L'invention du stéthoscope

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Publié par Chantal Puech le 12 février 2016 dans Collections

Cet instrument médical pour l’auscultation du cœur et des poumons, symbole de la profession de médecin, a été inventé il y a 200 ans par le docteur René-Théophile-Hyacinthe Laennec (1781-1826).

Laennec, à l'hôpital Necker, ausculte un phtisique (BIUS)

René-Théophile-Hyacinthe Laennec est le fondateur de la pathologie pulmonaire moderne. Il fut élève puis collaborateur de Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821). En 1816, il est nommé médecin en chef à l’hôpital Necker à Paris et fait des recherches sur les maladies pulmonaires. Il invente, cette même année, un instrument pour permettre de mieux entendre les bruits du thorax par la technique de percussion mise au point par Léopold Avenbrugger (1722-1809), médecin autrichien. L’idée lui serait venue en observant des enfants qui jouaient dans la cour du Louvre. Ceux-ci se parlaient à travers une poutre en bois. Laennec était aussi musicien, il jouait de la flûte traversière. Il est probable que ses dons musicaux ne sont pas étrangers à l’invention du stéthoscope.

Au début, l’instrument se présente comme un simple rouleau de papier ficelé en forme de cylindre. Il collait son oreille à une extrémité pour écouter la cage thoracique du patient. Il crée ainsi l’auscultation médiate, à l’aide d’un instrument, contrairement à l’auscultation immédiate, en collant directement l’oreille à la poitrine. L’objectif est double : la pudeur et la performance. Ainsi, le médecin garde une distance avec la poitrine du patient et surtout de la patiente et l’éloignement s’avère, aussi, plus efficace pour écouter l’intérieur de la poitrine et les bruits pathologiques (battements du cœur, râles, épanchements, liquide…). Le diagnostic est ainsi posé de manière plus précise. A partir de la nature des bruits, il fit une classification des maladies pulmonaires toujours utilisée aujourd’hui.

Laennec construisit lui-même des modèles en bois creux. Au début de sa découverte, il le nomma le « cylindre », puis le « pectoriloquie » et enfin le « stéthoscope », du grec stêthos (στῆθος), poitrine et scope (σκοπεϊν), observer.

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Premier stéthoscope de Laennec (Académie de médecine). Stéthoscope en bois de Laennec (Académie de médecine).

Le docteur Laennec présente le 29 juin 1818 à l’Académie royale des sciences son « Mémoire sur l'auscultation à l’aide de divers instruments d’acoustique, employés comme moyen d’exploration dans les maladies des viscères thoraciques, et particulièrement dans la phtisie pulmonaire ». L'année suivante, il publie le résultat de ses recherches dans un traité en deux tomes, trois ans après la découverte du stéthoscope : De l’auscultation médiate ou Traité du diagnostic des maladies des poumons et du cœur, fondé principalement sur ce nouveau moyen d'exploration. (Tome 1), (Tome 2).

L’accueil fut mitigé. Le docteur Jean Noël Hallé (1754-1822) dit son admiration ainsi que François-René de Chateaubriand (1768-1848) tandis qu’une partie de la presse médicale le railla, parlant même de charlatanisme. Le cylindre fut l’objet de nombreuses plaisanteries.

Laennec a inventé l’auscultation médiate avec le stéthoscope, mais l’idée de l’auscultation et de l’observation revient historiquement à Hippocrate (460-377 av. J.-C) à qui il avait consacré sa thèse de doctorat en 1804. Cette pratique née à l’hôpital Necker à Paris en 1816 se répandit rapidement, presque partout dans le monde, et l’instrument connaîtra plusieurs évolutions techniques.

Commentaires

Soumis par Mealin le 12/02/2016

Merci pour cette histoire. Comme quoi les inventions les plus utiles ne sont pas toujours bien accueillie au départ !

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