22 octobre 1895, l'accident de la gare Montparnasse

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Publié par Wilfried Muller le 10 novembre 2015 dans Collections

Le 22 octobre 1895, à 16h, le train express n° 56 en provenance de Granville transperce la façade de la gare Montparnasse. La locomotive et le tender tombent alors sur la place de Rennes située en contrebas, donnant naissance à une image restée dans toutes les mémoires.

 

La lecture des journaux de l'époque permet de replonger dans l'actualité de cet évènement spectaculaire et traité de différentes façons.

Le Constitutionnel, La Justice et Le Siècle, tout en soulignant que l'accident aurait pu avoir les plus graves conséquences, présentent les faits de manière assez sobre. Gil Blas, La Lanterne, Le Petit Parisien et L'Univers partent de la rumeur qui circule à Paris l'après-midi même de l'accident pour la contredire en présentant les évènements tels qu'ils se sont réellement déroulés.

Mais la majorité des journaux choisit plutôt l'emphase, revenant sur un "accident sans précédent" (Le Journal des débats politiques et littéraires), "extraordinaire" (La Croix, Le Petit journal), "terrible et étrange" (Le Gaulois). Car, "malgré les efforts inouïs du mécanicien" (Le Journal), c'est un "train fou" (Le Matin) qui achève sa course "dans la rue" (L'Intransigeant) causant des "dégâts considérables" et une "terrible panique" (La Presse). Si Le Rappel parle d'une "fantastique apparition" et Le Temps d'un "spectacle fantastique", L’Echo de Paris accumulera les superlatifs en indiquant que, "de mémoire d’homme, on n'a vu pareil accident, aussi bizarre, aussi étrange, aussi étonnant, aussi extraordinaire, aussi incompréhensible"…

Dans les jours qui suivent, si tous les journaux détaillent les opérations complexes, et parfois infructueuses, de déblaiement, certains tentent un angle différent. Le Gaulois souligne ainsi que le quartier de Montparnasse étant bâti sur des catacombes, la circulation des trains a dû être suspendue à proximité de l'accident pour éviter que les trépidations ne fassent s'enfoncer la locomotive. Le Figaro explique "comment on arrête un train" alors que Le Petit journal s'intéresse aux butoirs de la gare, qu'il aurait fallu remplacer. Le Petit journal va même jusqu'à plaider pour la destruction de la gare Montparnasse, qualifiée de "vieille bâtisse".

Concernant la responsabilité de l'accident, la plupart des journaux se contente de suivre l'enquête, qui aboutira assez rapidement à la culpabilité du mécanicien, Pellerin, et à la mise hors de cause du frein. L'Intransigeant, cependant, prend fait et cause pour le mécanicien Pellerin et le chauffeur Garnier, qui "ont fait leur devoir jusqu’au bout". Le Matin rapporte de son côté que tous les camarades du mécaniciens souhaitent vivement qu'il soit lavé de tout soupçon. Par ailleurs, Le Rappel s'attaque à une nouvelle rumeur qui commence à circuler et qui attribue à M. Christophle, député de l'Orne et gouverneur du Crédit foncier, une part de responsabilité dans l'accident. L'express avait en effet pris du retard sur son horaire pour que le wagon spécial du député soit raccroché au train, ce qui aurait forcé le mécanicien à prendre des risques pour rattraper son retard.

Finalement, si la mémoire collective n'a retenu qu'une image, spectaculaire, c'est toute l'atmosphère de l'époque qui transparaît à la lecture de la presse.

Pour en savoir plus :

- La page consacrée à cet évènement sur Wikipédia,
- La photo de l’accident sur le site du Musée d’Orsay.

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