La revue "Elegancias" et son directeur littéraire Rubén Darío

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Publié par Alejandra Torres le 7 juin 2017 dans Du côté des Gallicanautes

La Bibliothèque nationale de France met en valeur sur Gallica la grande revue illustrée Elegancias. Entre 1911 et 1914, sous la direction littéraire de l’écrivain moderniste Rubén Darío, la direction artistique de Leo Merello et grâce au financement des frères Guido, banquiers uruguayens, sont publiés à Paris le magazine illustré Mundial Magazine et sa « sœur jumelle », la revue Elegancias.

Pages de couverture de la renue Elegancias, en janvier (N15) et avril (N18) 1912
 

L'époque, la mode...

Depuis la capitale française, ce projet éditorial visait à informer le public hispanophone d’Amérique Latine des dernières nouveautés de l’Europe et plus particulièrement de Paris. L’originalité d’Elegancias vient de la communauté de lectrices imaginée par Rubén Darío. La revue s’adresse en effet à un public féminin intéressé par la mode, l’art et la littérature. Si elle a pu être considérée avec désinvolture par le milieu intellectuel de l’époque, à cause de sa thématique, elle reste néanmoins une expression particulièrement brillante de la grande attention portée au domaine de la mode par le courant moderniste.

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Illustrations pour la chronique "La gran moda", Elegancias, avril 1913
 

En France, la période de la « Belle époque » débute au milieu des années 1890 et se termine avec le début de la première guerre mondiale. La mode reflétait l’époque, et on peut apprécier les différences et les changements de styles entre 1911 et 1914 dans La revue Elegancias qui publie des essais sur la mode, des photographies et des dessins montrant l’évolution importante du design et de la décoration, tout en  accueillant les signatures d’écrivains modernistes et d’écrivaines comme la chilienne Gabriela Mistral, prix Nobel en 1945, qui participe à la revue au cours de l’année 1913 (N30).

La périodicité d’abord bimensuelle est rapidement ramenée à une publication mensuelle. La ligne éditoriale très soignée donne une grande importance à l’image photographique et aux illustrations en couleur. Elegancias met ainsi en valeur des sujets relatifs à la vie des femmes et aux femmes célèbres de l’époque. Dans cette publication, la mode est une façon de « normaliser » le genre et de sortir des stéréotypes de « l’idéal féminin ». Au moment où les discours d’émancipation et le féminisme commencent à se propager, Elegancias acompagne à sa manière les avancées des femmes dans la science et dans les arts. La revue les met à l’honneur à travers des portraits, toujours illustrés de photographies.

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Portrait de Delfina Bunge de Gálvez, Elegancias, mars 1913

 

La création au féminin

Dans la suite des numéros, le portrait de l’écrivaine Delfina Bunge de Gálvez se différentie par l’utilisation d’une illustration picturale et non photographique. Darío s’adresse à l’auteure en ces termes « Oui, une tête féminine, la vôtre, madame, qui, sans avoir jamais séjourné en France, étiez déjà, dans votre Argentine natale, la première poétesse hispano-américaine de langue française… » (Elegancias, mars 1913, N29, p. 418-19). L’article est une recension, par le directeur de la revue, du livre de poèmes de Bunge Simplement (1911). Delfina Bunge se démarque parce qu’elle est la seule femme à qui Darío dédie un texte et un dessin de Daniel Vázquez Díaz, à l’instar du traitement réservé aux portraits masculins dans la série « Cabezas » (Têtes), comme « la tête » de Delfina, du Mundial Magazine. Bunge de Gálvez, à l’instar des hommes de la culture et la politique, brille dans le panthéon des illustres.

Elegancias se propose de mettre en valeur les œuvres des femmes dans tous les domaines de la création : musique, théâtre, danse ou littérature. A une époque où leur action publique est généralement cantonnée aux activités philanthropiques, cette attention portée à leurs réalisations dans le domaine de la culture est remarquable. A côté de sujets sur la mode et ses accessoires, la revue publie des contes, des poèmes, des critiques littéraires et, vers 1913-1914, sous la plume de l’écrivain guatémaltèque Enrique Gómez Carrillo y de Marie Bertin (N31, N33, etc.) elle ouvre ses pages à la question du féminisme.

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Revue Elegancias, chronique "En la playa", juillet et août 1911

 

Contributions de Ruben Darío

Le directeur collabore assidûment. En 1911, Darío publie « Poemitas de verano » (juillet) et « Balada de la bella Niña del Brasil » (décembre).  En janvier 2012, le texte en honneur à l’actrice Greta Prozor, le poème « Spes », « Balada de la sencillez de las rosas ». La même année il publie « Poema para una Margarita » (avril), le texte pour l’écrivaine « Aurora Cáceres » (mai), « Fioretti » (Juin), « Lucía » (août) et « Flor argentina » (novembre). Au cours de l’année 1913 il publie un autre texte sur la grande actrice « Mimi Aguglia » (février), un texte très spécial pour « Delfina Bunge de Gálvez » (mars), la chronique « La gran moda », le poème « Baby Hood » (juillet) ; un portrait sur « Dulce María Borrero » (mai), « Recuerdos argentinos » (septembre), « Dos artistas argentinas » (octobre), le conte avec illustration « Mi tía Rosa » (décembre). Au mois de mars 1914 il publie « Las transformaciones de Mimí Pinson ». Tous ces textes sont accompagnés de photographies ou des dessins. On pourrait classer ces contributions en trois groupes : les poèmes, les textes sur des artistes remarquables tels que les actrices Mimi Aguglia ou Greta Prozor, les écrivaines Delfina Bunge de Gálvez ou Dulce María Borrero de Luján,  les musiciennes comme les sœurs Guglielmini et, enfin, les chroniques, contes ou le texte autobiographique sur son passage au Tigre, en Argentine.

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Elegancias, juin 1911

L’importance d’ Elegancias comme source historique vient du fait qu’il s’agit d’un document d’époque et qu’elle témoigne du projet éditorial ambitieux de son rédacteur en chef Darío. En ce sens, nous croyons qu’il n’est pas possible de séparer les deux revues Mundial et Elegancias. Outre le fait que Rubén Darío publie ses propres textes dans les deux titres, elles sont le support d’un réseau culturel, de rencontres et de débats qui se font écho d’un titre à l’autre.

 

Alejandra Torres, Investigadora en el CONICET (Consejo Nacional de Investigaciones Científicas y Técnicas), UBA (Universidad de Buenos Aires)/UNGS (Universidad Nacional General Sarmiento).

Traduction de Carmen Guy, Chargée de collections au département droit, économie, politique.

 

Note : pour aller directement au numéro du fascicule désiré utilisez la fonction Recherche avancée du moteur de recherche Gallica, puis croisez une recherche  sur le Titre : Elegancias, et sur les mots de la Notice : N1, ou N2, N3, etc., pour chacun des numéros recherchés.

 

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