Les faits divers de Gallica, affaire Brierre épisode 3 : le bagne

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Publié par Julie Tchernookov le 6 mars 2017 dans Collections

Coup de tonnerre dans l’affaire Brierre le 1er février 1902 : le condamné bénéficie d’une grâce présidentielle de la part d’Emile Loubet (Le Figaro). Sa peine de mort est commuée en peine à perpétuité au bagne, sur l’île Royale au large de la Guyane. Au bagne où il vivra sept ans, Brierre est un infirmier consciencieux et un prisonnier modèle : il mange à sa faim et n’est pas mélangé avec les individus trop dangereux.

Ile Royale, une des îles du Salut, Guyane française : document cartographique manuscrit, 1882 (20x31cm)

 

La correspondance d’un père avec sa fille 

En 1905, après une accalmie de presque trois ans, La Presse refait sa Une avec l’affaire en publiant la correspondance d’Edouard Brierre et de sa fille Germaine. Brierre y clame une nouvelle fois son innocence et s’apitoie sur « [s]es pauvres enfants ». Il suggère également la difficulté qu’il a à vivre parmi des congénères qui le dégoûtent et dont il se « détourne » : «  Un homme comme moi qui a toujours vécu et travaillé honnêtement, être obligé de vivre avec un entourage comme ça ! », tout en soulignant « [qu’il n’est] plus ce qu[‘il] a été » (La Presse).

Malgré sa souffrance morale : « Des fois, j’ai envie de me tuer mais […] si je me tuais, on dirait que je suis coupable » (La Presse), Brierre poursuit sa défense au bagne. Quand il apprend que Lubin, son principal adversaire, détenteur d’une soit-disant fortune que Brierre convoitait, vient de faire faillite,  il écrit à sa fille et adresse notamment un « mémoire » à Alcide Delmont - son nouvel avocat - et à un « [groupe de] personnalités issues du monde judiciaire » qui croient en son innocence.

 

Demande de révision du procès 

Alors qu’il se dit « victime » et estime ne « pas avoir été défendu », Brierre attire sur lui l’attention du Président de la Ligue française pour les droits de l’homme, Maître Denis Coulon (Le Petit Parisien).  Il explique une nouvelle fois les faits, cherchant à pointer les incohérences de l’enquête, les omissions volontaires et « l’emploi de certains habitants de Corancez [pour faire des] perquisitions chez lui » (Le Petit Parisien).

La Presse elle-même, avec la parution du mémoire de Brierre, commence à parler « [d’]erreur judiciaire » tout en soulignant qu'il est un bagnard exemplaire « sain d’esprit, qui n’est ni hystérique, ni épileptique, ni alcoolique », selon l'opinion des médecins « partagée par beaucoup de fonctionnaires guyanais ». Les témoignages d’explorateurs ou d’anciens bagnards l'ayant côtoyé vont dans le même sens et parlent « [d’un homme] placide, brave et honnête paysan » (Le Petit parisien).

La thèse de l’erreur judiciaire se renforce notamment parce que l’analyse des empreintes digitales laissées sur les nombreuses pièces à conviction n’a jamais été faite alors que la technologie de l’époque le permet (Le Matin) et parce que l’enquête a toujours été à charge contre lui (Le Matin).

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Photo des pièces à conviction, Le Matin, 24 février 1909

Signe que la justice fait son chemin face à la revendication acharnée de son innocence et une attitude exemplaire, Brierre voit sa peine à perpétuité au bagne réduite à quinze années de travaux forcés (Le Matin).

 

Mort au bagne

Malheureusement, celui-ci n'en saura jamais rien : il meurt « brusquement » le 28 mars 1910 (Le Petit parisien). La nouvelle de sa mort n’arrive en métropole qu’un mois et demi après.

Alors qu’il venait de changer de pénitencier, visiblement pour raisons de santé, Brierre adresse une dernière lettre à sa fille où il évoque son hospitalisation et sa « fatigue » ainsi que son espoir de voir « l’affaire [aller] pour le mieux ».

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Brierre au bagne avec la signature de sa dernière lettre, Le Matin, 14 mai 1910,
et Germaine Brierre devenue Andreoletti, Le Matin, 10 mai 1910

Cet homme qui s’est battu pendant neuf ans, clamant sans relâche son innocence et demandant la révision de son procès, meurt au moment où la justice et l’opinion publique observent une certaine clémence à son égard grâce au travail acharné de réhabilitation demandé par sa fille Germaine, son gendre et son avocat (Le Matin)[1].

 

[1]Ce billet s'appuie principalement sur : Alain Denizet, L’affaire Brierre. Un crime insensé à la Belle Époque, Paris, Les éditions de la Bisquine, 2015, 317 p., préface d’Alain Corbin.

 

A suivre le 20 mars : La peine capitale en débat

 

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