Bolivar ? Changer à Barbès ! La Caraïbe dans le métro…

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Publié par Patrick Odent-Allet le 3 avril 2017 dans Partenaires

Gallica ne serait pas si riche sans ses nombreuses bibliothèques numériques partenaires. Aujourd’hui, Manioc, la bibliothèque numérique Caraïbe, Amazonie Plateau des Guyanes, vous propose de (re)découvrir le métro parisien et l’histoire de la Caraïbe.  

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Les grands personnages de l'histoire de la Caraïbe dans le métro parisien.

Barbes, Bolivar, Dugommier, Dumas, Gallieni…  Cinq personnages signalés par la bibliothèque numérique Manioc en raison de leur lien, direct ou indirect, avec l’histoire de la Caraïbe. Mais cinq personnages qui ont aussi en commun d’appartenir depuis longtemps à la toponymie parisienne, tels qu’en stations de métro l’Histoire les a changés ! 

Cinq sur plus de 300 noms qu'égrène ce réseau RATP long de 220 km, c'est peu et beaucoup à la fois, quand on songe aux faits d'armes des intéressés, où se mêlent essentiellement tenants de l'ordre colonial et suppôts de la subversion révolutionnaire...

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Armand Barbès dans Contribution de la Guadeloupe à la Pensée Française,
Henri Adolphe Lara, Paris, Jean Crès, 1936.

Mais que sait-on au juste de cet Armand Barbès, curieusement associé pour l’éternité, sur les lignes 2 et 4 du métro, à la religieuse Marguerite de Rochechouart, abbesse de Montmartre ? Né à Pointe-à-Pitre en 1809, ce révolutionnaire qui fraya avec Blanqui fut un opposant farouche à la Monarchie de Juillet - régime pourvoyeur de barricades s’il en fut- jusqu’à la chute de cette dernière en 1848. Ses nombreux démêlés judiciaires face au pouvoir de l'époque lui valurent un temps d'être déporté au Mont Saint-Michel...

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Simon Bolivar, fondateur de l'indépendance de cinq états de l'Amérique du Sud,
Nouvelle géographie de l'Ile d'Haïti contenant : des notions historiques et topographiques sur les autres Antilles,
Dantès Fortunat, Paris, Henri Noirot, 1888.

La figure de Simon Bolivar jouit en revanche d’une visibilité historique plus dense, à laquelle, toutefois, ne rend pas justice la très confidentielle station de métro à lui dédiée. Le Libertador, natif de Caracas, qui mena à l’indépendance tant d'anciennes colonies espagnoles d’Amérique du Sud, se trouve en effet relégué au mitan de l’une des plus courtes lignes du réseau parisien (la 7 bis, 19ème arrdt), qui est également l’une des moins fréquentées et l'une des plus profondes. 20 mètres de profondeur, des foules clairsemées…  pas là de quoi freiner les velléités révolutionnaires les plus affirmées...

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Jacques Coquille Dugommier, Contribution de la Guadeloupe à la Pensée Française,
Henri Adolphe Lara, Paris, Jean Crès, 1936.

Concernant Jacques Coquille Dugommier, la postérité n’a conservé qu’un souvenir lointain de ce Conventionnel natif de Trois-Rivières (Guadeloupe), qui participa en 1759 à la défense de la Guadeloupe lorgnée par les britanniques, et s’illustra lors de la Bataille de la Sierra Negra, entre les troupes françaises et espagnoles, au cours de laquelle il trouva la mort. En 1939, il rejoint pour l’éternité la ligne du 6 métro parisien, du côté de Reuilly, non loin de la station qui ne s’appelait pas encore Nation-Place des Antilles…

Alexandre Dumas père, romancier, Album de référence de l'Atelier Nadar. Vol. 2,
Image fixe, série "Visites anciennes. Contemporains".

L'Alexandre Dumas représenté sur la photo ci-dessus n'est pas éligible en tant que tel au présent exercice de célébration de l'histoire caribéenne. Si c'est bien lui qui a hérité d'une place de choix sur la ligne 2 Nation-Dauphine, l'auteur des Trois-Mousquetaires (Dumas père) nous sert ici d'alibi naturel pour évoquer la mémoire de son géniteur, le général Thomas Alexandre Dumas, sur l'estampe ci-dessous. Né à Saint-Domingue en 1762, fils d'une esclave d'origine africaine, Thomas Alexandre Dumas est le premier officier général de l'armée française issu d'origines afro-antillaise. Dans les rangs de la Révolution, il s'illustra notamment durant la guerre de Vendée.

Thomas Alexandre Dumas, estampe dessiné par Le Thiere,
gravé par Marchand, Potrelle, Paris, 1797-1799.

Pas de détour dans l'histoire coloniale française sans mention de l'imposant personnage que fut Joseph Gallieni. Point de départ de la ligne 3 Gallieni-Levallois, ce militaire aux moustaches conquérantes, qui avait le goût du voyage et des expéditions, n'aurait sans doute pas répugné à ce que l'on baptisât de son nom la célèbre gare routière internationale située à Bagnolet, porte ouverte sur le vaste monde !

 Rien que de bien classique dans le parcours de ce Saint-Cyrien, né en 1849, qui débute sa carrière coloniale à la Réunion, la poursuit en Afrique et se pose quelque temps en Martinique : il y séjourne de 1883 à 1886 comme officier supérieur. Grâce au Musée militaire de Lyon, on sait qu'il mit à profit ces trois années antillaises pour rédiger le récit de son expédition Voyage au Soudan. La suite de son parcours achève de brosser le portrait de celui que ce même musée appelle "un grand colonial" : l'Afrique à nouveau , "où il se montre très ferme avec les dissidents" (ibid.), puis le Tonkin...

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Le Général Galliéni, Histoire des colonies françaises, Maurice Besson, Paris, Boivin, 1931.

Au terme de ce bref crochet par les couloirs du métro parisien, on est frappé de constater que c'est essentiellement le nord et l'est de la capitale qui se partagent le souvenir de l'histoire des Antilles : on n'en tirera aucune conclusion hâtive quant aux curieux hasards de la distribution toponymique. D'ailleurs, contrebalançant cette impression de promiscuité, risquons-nous dans les quartiers chics et ne résistons pas à livrer à la curiosité de nos lecteurs un petit détail historique méconnu touchant à l'histoire antillaise à Paris. Dans Voyage de Classe : des étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtent dans les beaux quartiers (La Découverte, 2014), l'universitaire Nicolas Jounin commence son propos par la description de la mairie du 8ème arrondissement de Paris, où il a décidé de partir en "terrain"  avec ses étudiants de sociologie : "La mairie du 8ème arrondissement de Paris occupe un ancien hôtel particulier qu'un capitaliste enrichi, Jean-François Cail, se fit construire sous le Second Empire (...). Actif dans la métallurgie et les chemins de fer, cet homme engagea également ses capitaux dans la production sucrière aux Antilles. Dans son ancienne demeure, on dirait que le moindre centimètre carré a été conçu pour aguicher". Après avoir rappelé les évènements de la Commune, qui ont laissé une trace de balle toujours visible dans une des parois de ce respectable bâtiment, Jounin poursuit : "Il faut faire parler les murs ; ils ont tant à dire d'une histoire indissociablement urbaine, sociale et coloniale".  Les murs et les plaques de station... La mairie du 8ème ? Métro Europe, direct par Gallieni...

A lire sur Manioc :

A lire sur Gallica :

A écouter sur France culture :

Le Venezuela de Chávez : entre bolivarisme et caudillisme. Émission "Concordance des temps", produite et présentée par Jean-Noël Jeanneney, 1/12/2012.

Patrick Odent-Allet
Bibliothèque numérique Manioc
Service commun de la documentation de l’Université des Antilles

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