Meurtre au Mans

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Publié par Benjamin Prémel le 1 janvier 2013 dans Collections

Le 2 février 1933, la police du Mans découvre au domicile de M. Lancelin les cadavres de sa femme et de sa fille. Un étage plus haut, les domestiques Léa et Christine Papin sont appréhendées ; elles avoueront peu après.

Les Sœurs Papin sont une énigme proposée aux jurés, Le Petit Journal, 30 septembre 1933

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k633385b.langFR

 

Le 3 février, L’Echo de Paris reprend l’événement en première page à partir d’une dépêche de l’agence Havas. Le lendemain, le fait divers fait encore la Une des journaux. Si on parlait la veille de corps « horriblement mutilés », on s’attarde à présent avec effroi sur les détails les plus atroces du crime. Et le journal de s’interroger : « les deux sœurs sont-elles folles ? ». Une interrogation similaire conclut l’article de L’Ouest Eclair qui s’émeut de l’absence de remords des deux meurtrières : la « cruauté inouïe » le dispute à l’« horrible sang–froid ». Tous les journaux populaires, à l’instar du Petit Journal et du Petit Parisien, s’emparent de cette affaire qui passionne les foules. L’ouverture du procès au Mans en septembre rassemble curieux, journalistes et photographes ainsi que des écrivains inspirés par ce sordide fait divers. Les journaux illustrent souvent leurs articles du portrait des deux sœurs que Le Petit Parisien qualifie de « primitives » et « mystérieuses ». Le Matin s’inscrit dans la même veine, reprenant à son compte le rapport des experts qui reconnaît la responsabilité des sœurs. Il décrit avec force détails la « férocité fantaisiste », la « sauvage allégresse » des « deux monstres », insiste sur leur « laideur banale et terne » et évoque rapidement leur « affection équivoque ». L’Humanité récuse cette vision en mettant en doute le rapport des experts. Il dénonce le « féroce » réquisitoire « bourgeois » du procureur et rejoint l’avocate de la défense, qui ne voit dans les sœurs Papin que « deux pauvres filles ». Pointe d’ironie, le journal s’amuse que l’on ait trouvé dans la chambre des bonnes uniquement des lectures pieuses.
L’Ouest-Eclair reproduit de larges extraits des échanges tenus lors du procès, dans une volonté d’échapper aux lectures univoques et idéologiques d’un procès où il ne voit « que du vide et du mystère ». Selon le journal, défense et accusation ont appelé le jury à faire preuve de « bon sens ». Étrangement, l’article se conclut en précisant que la partie civile a obtenu le franc de dommages et intérêts demandé.
A l’issue d’un procès qui a rassemblé presse populaire et titres moins versés dans le sensationnalisme, Christine Papin est condamnée à mort, sa sœur Léa, à dix ans de travaux forcés, verdict repris par tous les journaux en Une ou à l’intérieur. La décision fait l’objet d’un pourvoi en Cassation. L’aura de mystère teintée d’horreur qui entoure le fait divers demeure…

Benjamin Prémel - direction des Collections, département Droit, Economie, Science politique.

Publié initialement le 8 juin 2012.

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