L’Ancien Paris de Martial Potémont

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Publié par Monique Moulène le 1 janvier 2013 dans Collections

« D’éminents écrivains diront ce qu’étaient les habitations de nos pères. Ils parleront des constructions et des rues dont les noms sont restés. Ils décriront l’ancien Paris. Ces eaux-fortes les montrent ».

ANCIEN PARIS. 300 feuilles [estampe] / A.P. MARTIAL POTEMONT, 1866 ; eau-forte ; 27,4 x 21,4 cm

Paris est le grand sujet d’Adolphe Martial Potémont, dit Martial. Son projet est parfaitement résumé dans ce propos servant de préface à un volume de l’album L’Ancien Paris. On y devine déjà deux notes personnelles : la nostalgie et un rapport intime à cette ville où il est né en 1828, où il a passé sa vie – à l’exception d’un séjour à La Réunion de 1847 à 1857 –, où il est mort en 1883. Martial a été l’élève de Léon Cogniet et de Félix Brissot de Warville, pour apprendre l’art du paysage urbain qui fut sa spécialité. Il débute la gravure vers 1840 et son premier succès dans ce domaine arrive en 1864 avec la publication des trois cents eaux-fortes qui constituent L’Ancien Paris. En 1867, quarante-huit eaux-fortes sur Paris complètent ce panorama de la capitale, enrichi en 1874 par une approche plus personnelle dans un Paris intime, puis en 1877 par une série de quarante-cinq planches sur Les Boulevards de Paris. Entre temps, prenant en compte les événements, il ajoute une dimension politique à ses estampes en publiant Les Femmes de Paris pendant le siège, Les Prussiens chez nous et Paris sous la Commune. Martial s’intéresse aussi aux événements culturels parisiens, représentant les salons annuels ou l’Exposition universelle de 1878. Graveur prolifique, il illustre Les Jolies femmes de Paris de Charles Diguet – Paris toujours, sous un autre angle ! – ou Les contes et nouvelles en vers de Jean de La Fontaine.

Passage de l'Opéra : Boulevard des Italiens : [estampe] / APM [Potémont], 1877 ; eau-forte, rehauts d'aquarelle ; 15,8 x 12,1 cm

Martial a donc beaucoup gravé. Toutefois, la qualité du travail n’est pas négligée et on trouve sévère aujourd’hui le propos de Béraldi à son sujet, qui déclare : « comme exécutant, rien de particulier à en dire ». Martial a été membre de la Société des aquafortistes en 1862 et fait partie des artistes édités par Alfred Cadart, gage d’un talent reconnu. Il pousse même la virtuosité jusqu’à graver ses propres textes dans les notes qui accompagnent les gravures. Sa maîtrise de l’eau-forte le conduit à rédiger un Traité sur la gravure à l’eau-forte pour les peintres et dessinateurs publié par le même Cadart en 1873.

Il faut dire que Martial a trouvé un sujet qui l’inspire, comme il en a séduit d’autres dans cette deuxième moitié du XIXe siècle. « Paris a tenté bien des artistes. Si Meryon a été le plus grand, d’autres graveurs méritent de ne pas être oubliés, comme Martial, Delauney, Lalanne », déclare Delteil dans son Manuel de l’amateur d’estampes. Paris qui se transforme sous la férule du baron Haussmann fournit un sujet de réflexion aux artistes. Certains soulignent les nouveautés. D’autres, comme Martial, se tournent vers le passé, ne veulent pas oublier. Martial veut montrer ce qui a été démoli, « ce que la ville a renfermé de curieux ». Un Paris pittoresque, anecdotique, vibrant d’histoire(s). Regardons ces rues aux noms pleins de réminiscences, la rue du Contrat Social, la rue Transnonnain

 

Monique Moulène

Département des Estampes et de la photographie

 

Publié initialement le 26 juin 2012.

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