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Les femmes pionnières de la conquête de l’air

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14 septembre 2018

Les femmes ont été présentes dès le début de la conquête de l’air et de l’espace, contribuant à l’essor de l’aviation et ouvrant ainsi la voie à de futures carrières féminines. Ouvrons notre série consacrée aux femmes et à l'aviation par un premier épisode sur les pionnières oubliées.

Héroïnes souvent oubliées de l’histoire, elles n’ont pas toujours été reconnues à leur juste valeur et leurs prouesses sont parfois méconnues. Elles ont pourtant réussi à s’imposer professionnellement là où les hommes ne les attendaient pas toujours.
           

Trois marquises en montgolfière

En 1783, quelques mois après la première ascension humaine en montgolfière, trois marquises, accompagnées de Pilâtre de Rozier, s’élèvent en ballon au-dessus de Paris, démontrant ainsi que la constitution physique des nobles dames résistait aussi bien à l’altitude que celle des animaux ou des hommes.  En 1784, la lyonnaise Elisabeth Tible (parfois écrit "Thible"), malgré l’interdiction du roi Louis XVI qui estime que seuls les nobles pouvaient s’élever dans le ciel, réussit à s’envoler en ballon à 3 500 mètres, parcourant 3 kilomètres en présence du roi de Suède, invité pour l’occasion.
Au fil des ans, des aéronautes vont se manifester : Sophie Armant, (mariée à Pierre Blanchard qui effectua la première traversée de la Manche en 1785) devient aéronaute professionnelle sous Napoléon Ier et effectue les premiers essais de vol de nuit.
On peut aussi évoquer les sauts en parachute de Jeanne Labrosse et d’Elisa Garnerin, respectivement en 1797 et 1822, exigeant courage et résistance physique de celles qui appartenaient au sexe dit "faible".

Aida de Acosta, jeune cubaine résidant à Paris ose piloter en 1903 un dirigeable de Santos Dumont. En 1919, Gaby de Morlaix est brevetée pilote de dirigeable, avant de se lancer dans la vie artistique sous le nom de Gaby Morlay.
Les femmes accompagnent aussi l’émergence des plus lourds que l’air. Ainsi quelques mois après les exploits de Santos Dumont, Henri Farman et Louis Blériot, trois femmes obtiennent officiellement le brevet de pilote-aviateur en 1910 : Elise Deroche, dite la baronne de Laroche, Marie Marvingt et Marthe Niel.

Des amazones de l’air instruites et passionnées

Elise Deroche (brevetée numéro 36) est officiellement la première femme aviatrice. Artiste, belle et élégante, après s’être initiée au vol en ballon elle se spécialise comme pilote de démonstrations aériennes. Marie Marvingt, sportive de haut niveau, femme de lettres, ne cessera de voler durant sa longue vie, en ballon, avion, hydravion et même hélicoptère. Durant la guerre de 1914, elle est à l’origine de l’aviation sanitaire.

L’aviation, à cette époque est une activité sportive, spectaculaire mais dangereuse, nécessitant courage et maîtrise de soi. Ces amazones de l’air, bien nées, instruites, ayant du caractère, mais écartées à l’époque de la plupart des métiers, qui restent réservés aux hommes, s’engouffrent avec passion et compétence dans cette activité nouvelle, non encore normée, leur permettant de s’affirmer et de se faire un nom.
L’aviation civile prend son essor après la Grande Guerre, se démocratise et se professionnalise. Une nouvelle génération d’aviatrices apparaît, dont le but n’est plus de se faire un nom, mais d’assouvir une passion et d’exercer un métier.
Adrienne Bolland, brevetée pilote en 1920, est embauchée par l’avionneur René Caudron pour essayer ses avions et comme pilote de démonstration.
En mission en Amérique du Sud, elle réussit le 1er avril 1921 à franchir la cordillère des Andes (4200 mètres), dix ans avant Mermoz et Guillaumet. Elle remporte aussi plusieurs records, s’affirmant par ses compétences face à ses collègues masculins.

Maryse Hilsz (parfois écrit Hilz), pilote de transport public, accomplit des raids et des vols d’exploration à destination de Saigon, Tananarive, Tokyo… Dans les années 1930, à la même époque, les pilotes de l’Aéropostale volaient en Amérique du sud, mais les exploits de Maryse Hilsz seront moins médiatisés. Néanmoins, elle établit de nombreux records, dont celui de la distance seule à bord en 1931.
Maryse Bastié, pilote de démonstration des avions Potez, est quant à elle détentrice de nombreux records de distance et de durée de vol (38 heures en 1930, battant ainsi le record mondial, hommes et femmes confondus). Elle crée une école de pilotage à Orly. Après avoir été résistante durant la guerre, elle devient pilote militaire en 1944.

A la même époque, Hélène Boucher, surnommée "la grande mademoiselle de l’air", devient une virtuose de l’acrobatie aérienne et des courses de vitesse où elle représente la maison Caudron-Renault et ses avions de compétition. Elle remporte le record de vitesse toutes catégories en 1934, surclassant ses concurrents masculins.

Les aînées ont ouvert la voie

Bien d’autres noms d’aviatrices françaises et étrangères ont marqué l’histoire aéronautique : Léna Bernstein, Madeleine Charnaux, Amélia Erhart, Amy Jonhson (1929, première femme brevetée mécanicien sol en Angleterre puis pilote), Elisabeth Boselli (première Française macaronée pilote de chasse en 1946), Jacqueline Auriol…

Les femmes continuent à s’affirmer dans le monde de l’aviation. Les métiers de l’aéronautique civile et militaire s’ouvrent progressivement. Une victoire pour toutes celles qui ont dû lutter dès le début de la conquête de l’air et de l’espace.

Bernard Pourchet

 
Pour aller plus loin...
- La mode chez les aviatrices – La revue aérienne, n° 82, 10 mars 1912, p. 125 à p. 128.
- Les femmes dans l’AéronautiqueLa revue aérienne, n°92, 10 août 1912, p. 421 à p. 425.
- Les débuts d’une AéronauteLa Vie au Grand Air, n° 66, 17 décembre 1899, p. 161 à 162.
- Mon vol le plus émouvant, Marie MarvingtLa Vie au Grand Air, n° 638, 10 décembre 1910, p. 897.
- Pour la coupe FeminaLa Vie au Grand Air, n° 675, 26 août 1911, p. 570.
- Les parachutes au début de l’aérostationLa Revue Aérienne, n° 121, 25 octobre 1913, p. 573 à 576.
- Seule avec le cielAviation Française, n° 20, 20 juin 1945, p. 7.
- Il y a 9 ans Maryse Bastié vengeait MermozAviation Française, n° 47, 26 décembre 1945, p. 6.
- Adrienne Bolland, un garçon manquéAviation Française, n° 61, 3 avril 1946, p. 6.
- Andrée Dupeyron, Marie MarvingtAviation Française, n° 66, 8 mai 1946, p. 8-9.
- La femme et l’avionÉchos de l’air, n° 1, mars 1947, p. 11.
- Comment je suis montée à 5 500 mètresAviation Française, n° 162, 28 avril 1948, p. 8.
- Une femme survole la Cordillère des AndesConcorde, n° 290, 6 avril 2011, p. 5.

https://gallica.bnf.fr/html/sites/default/files/airfrance_0.png
  • Bernard Pourchet

    Bernard Pourchet est ingénieur. Il débute sa carrière à Sud Aviation Toulouse (prototype Concorde), il rejoint ensuite Air France où il sera responsables d’organismes (Entretien Avion, Commissariat Aérien, …) et Directeur de la Postale de nuit.
    Aujourd’hui à la retraite, il se consacre à l’aspect historique de sa passion ; il est vice-président de l’association Musée Air France, membre de l’Académie de l’Air et de l’Espace et de l’Aéro-club de France.
    Il écrit des articles ou chroniques aéronautiques et participe à des projets de sauvegarde du patrimoine Aviation.

Commentaires

Soumis par largaud mireile le 21/09/2018

merci de nous proposer des sujets aussi intéressants..et plein de recherches de qualité
la conquête de l'espace des pionnières parmi les articles ou chroniques sont des chefs d'œuvre pour le patrimoine

Soumis par Nadia Marguerit... le 04/10/2018

Bonjour,
Merci de votre lecture attentive. La correction a été apportée en tenant compte de la réalité de certaines publications.
Bien cordialement,

Soumis par Alain Vaussard le 23/11/2018

Un défaut de relecture? Une inexactitude "Sophie Armant, (mariée à Pierre Blanchard qui effectua la première traversée de la Manche en 1785) devient aéronaute professionnelle sous Napoléon III ". Sophie Armant, morte le 1er 6 juillet 1819 dans un accident de ballon, fut en réalité aéronaute professionnelle (et officielle) de Napoléon 1er.

Soumis par Nadia Marguerit... le 18/12/2018

Bonjour,
Merci de votre lecture attentive, l'erreur a été corrigée.
Bien cordialement,

Soumis par Nadia Marguerit... le 18/12/2018

Bonjour,
Un paragraphe de quatre lignes est réservé à Hélène Boucher, mais il n'y a pas d'illustration associée.
Bien cordialement,

Soumis par Pierre Coester le 12/12/2018

Elle fut ministre de Napoléon 1er, pas IlI,
Morte le 6.7.1819 dans la chute de son ballon, d’après Wikipedia qui paraît plausible.
Merci pour l’article.

Soumis par Nadia Marguerit... le 18/12/2018

Bonjour,
Merci de votre lecture attentive, l'erreur a été corrigée.
Bien cordialement,

Soumis par Robin le 12/12/2018

Sophie Blanchard que vous signalez dans le commentaire est devenue "aéronaute" professionnelle, la première au monde sous Napoléon 1er dont elle fut ministre et non Napoléon III ; elle se tua en ballon en 1819 au Tivoli.

"Sophie Armant, (mariée à Pierre Blanchard qui effectua la première traversée de la Manche en 1785) devient aéronaute professionnelle sous Napoléon III ..."

Soumis par Nadia Marguerit... le 18/12/2018

Bonjour,
Merci de votre lecture attentive, l'erreur a été corrigée.
Bien cordialement,

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