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Blanche Edwards-Pilliet, la pasionaria.

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Il y a 80 ans mourait la doctoresse Blanche Edwards-Pilliet (1848-1941). Elle décida de bousculer le réglement et les idées reçues en militant en faveur de l'ouverture des concours des hôpitaux aux femmes.

Mme le Docteur Blanche Edwards-Pilliet faisant un cours aux infirmières de la Salpêtrière, 1901. (Collections de la BIU Santé).

Une ténacité hors norme

Fille de médecin, Blanche Edwards passe les baccalauréats ès-lettres et ès-sciences avant de s'inscrire à la Faculté de médecine de Paris. Elle doit batailler et mener une âpre campagne pour obtenir le droit des femmes à concourir à l'externat, puis à l'internat des hôpitaux.
Ce qui avait été refusé à Madeleine Brès en 1871, Blanche Edwards va l'obtenir dix ans plus tard à force d'obstination. Accompagnée de sa mère pour respecter les bienséances, elle aurait fait plus de trois cents visites pour faire revenir l'administration sur sa décision. L'autorisation est accordée, mais sous la réserve expresse que les nouvelles externes ne pourront pas s'en prévaloir pour se présenter à l'internat. Condition en totale contradiction avec le réglement : en effet, les externes hommes devaient obligatoirement se présenter à l'internat sous peine de radiation. En compagnie de l'Américaine Augusta Klumpke, toutes deux préparent le concours de l'externat et deviennent externes des hôpitaux en 1882.

Nécrologie par André Thomas in l'Encéphale, journal de psychiatrie, 1928.

Le professeur Charcot

Blanche Edwards choisit d'effectuer son stage à l'hôpital de la Salpêtrière, dans le service de neurologie du professeur Charcot. Peut-être parce que ce dernier démontrait dans ses travaux que l'état hystérique n'est pas l'apanage des femmes. Charcot est d'ailleurs un des onze médecins signataires de la pétition en faveur de l'admission des femmes. Selon toute vraisemblance, c'est Blanche qui figurerait sur l'illustration ci-dessous : seule femme parmi les les disciples du maître.

Une expérience du docteur Charcot. Extr. de "Collection Jaquet".

L'internat et son plafond de verre

Les deux nouvelles externes vont rencontrer une hostilité plus grande encore lorsqu'elles viseront l'internat. On assiste alors à une bataille à coup de pétitions. Les opposants invoquent des inaptitudes physiques, intellectuelles et morales et suprême argument, une pudeur féminine incompatible avec l'ambiance grivoise propre aux salles de garde :

L'étude et la pratique de la médecine exigent des qualités viriles. Pour être médecin, il faut avoir une intelligence ouverte et prompte, une instruction solide et variée, un caractère sérieux et ferme, un grand sans-froid, un mélange de bonté et d'énergie, un empire complet sur toutes ses sensations, une vigueur morale et, au besoin, la force musculaire. Est-ce que ces qualités et ces aptitudes, sauf de très rares exceptions, peuvent se trouver réunies chez la femme? Ne sont-elles pas précisément le contraire de la nature féminine?

En définitive, le préfet de la Seine Eugène Poubelle autorise les femmes à se présenter à l'internat en 1885. Il subsistera longtemps une hostilité à l'égard de ce décret. Les étudiants iront jusqu'à brûler l'effigie de la jeune fille au bal de l'internat. Contrairement à Augusta Klumpke reçue titulaire de l'internat en 1886, Blanche Edwards est nommée avec le statut hybride d'interne provisoire aux Enfants-assistés en 1887, puis à la Maternité en 1888.

Suffragette par dépit ?

En 1889, elle obtient son doctorat avec une thèse sur L'hémiplégie dans quelques affections nerveuses. Dans son cabinet de médecin généraliste, elle soigne des femmes et enfants défavorisés. Elle s'occupe surtout de gynécologie du point de vue médical et chirurgical ainsi que des maladies de l'enfance. Elle fonde la Ligue des mères de famille, une des premières ONG.  

Blanche Edwards-Pillet

Elle épouse un confrère, le docteur Alexandre-Henri Pilliet et à la mort de celui-ci, élève seule ses trois enfants. En 1892, elle est nommée professeur à l'école des infirmiers et infirmières de la Ville de Paris. En 1911, elle est interviewée dans le journal Le Matin pour défendre la cause des femmes médecins. En 1928, elle milite bien sûr pour le vote des femmes. Elle meurt en 1941 à l'âge de 83 ans.
Chaque fois que ces premières étudiantes en médecine ont remporté une bataille, aussitôt s'est dressé devant elles un nouvel obstacle. Ainsi un amendement au décret de 1885 susmentionné stipula que les femmes titulaires du diplôme de docteur en médecine n'étaient pas autorisées à se présenter au concours du clinicat. Une fois de plus, deux poids deux mesures !  Blanche Edwards-Pilliet pour sa part ne tira aucun bénéfice de sa ténacité puisque, atteinte par la limite d'âge, elle resta à tout jamais une interne provisoire.

Pour aller plus loin :

 

Commentaires

Soumis par lucien.mercier@... le 11/02/2021

Elle fut une conférencière assidue des Universités populaires au début des années 1900.

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