Titre : Gil Blas / dir. A. Dumont
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1907-06-04
Contributeur : Dumont, Auguste (1816-1885). Directeur de publication
Contributeur : Gugenheim, Eugène (1857-1921). Directeur de publication
Contributeur : Mortier, Pierre (1882-1946). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 04 juin 1907 04 juin 1907
Description : 1907/06/04 (A28,N10089). 1907/06/04 (A28,N10089).
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-209
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 19/09/2012
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28e ANNEE. - NUMERO 10.0b* - PARIS ET DÉPARTEMENTS ihe Numéro 15 Centime&; MARDI 4 -
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futile mêlé à l'agréabl.. »
(Préface d* Gll Blas au lecteur).
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Et à l'Administration du Journa'
L'HOMME-OUTIL,
Les Gueules noires
Ecrire le « roman de la mine » après Germi-
nal paraîtrait à coup sûr œuvre fort audacieu-
se si deux générations ne s'étaient déjà suc-
oéidé dans le bassin minier du Nord, depuis
l'époque où Zola entreprenait, le premier, de
nous décrire la mentalité des foules indus-
irielles.
En notre temps d'évolution à outrance et de
progrès hâtif, les mœurs, les caractères se
transforment rapidement comme si l'homme
outil, faisant corps avec la machine, suivait les
modifications de cette dernière, pour rompre
Ensemble avec la tradition, sans espoir de re-
tour. Tout passe ici-bas. L'étude inoubliable
du maître naturaliste n'est plus d'actualité.
Elle restera une admirable préface du mouve-
ment social à mille pieds sous, terre, mais elle
ne saurait nous documenter, par exemple, sur
les formidables répercussions psychologiques
du conflit qui met aux prises le capital et le
travail. Tout a changé au pays noir ; tout a
pris là-bas un autre aspect. Le « A-oman'de la
mine » est à refaire. Avec infiniment de talent,
de conscience et d'observation minutieuse, M.
Eïuile Morel vient d'assumer cette tâche re-
doutable, dans les Gueules Noircs, que publie
ta librairie Sansot. A-t-il pleinement réussi ?
A vrai dire, nous ne le pensons pas. Car, si
modernes, si vivantes que paraissent ses sour-
ces d'information, nous allons voir qu'en vou-
lant nous décrire la mine d'aujourd'hui, c'est
déjà celle d'hier que l'auteur nous retrace.
* #
Rarement — hâtons-nous de le dire — un au-
teur ne s'est pénétré aussi fortement de son
sujet. 11 est certain que pour écrire un livre
semblable, M. Morel a dû vivre la vie des mi-
neurs, partager leurs fatigues, compatir à leur
misère. Il a longé les chemins d'escarbilles en-
tre les terrains chauves, • franchi ies flaques
d'eau semées dans la couche étendue de mâ-
chefer et de boue, visité les cités de briques
noirâtres frangées de maigres potagers, affron-
té même les cabarets aux salles basses em-
puanties d'aigre, de pétrole et de sueur. Ses
personnages sont de véritables statues liltérai-
res, superbement campées dans un paysage de
désolation. Son livre déborde d'un socialisme
douloureux et sincère qui n'est point celui de
nos rhéteurs parlementaires. C'est une des for-
mes excellentes de la pitié et de la solidarité
sociale. Le style nerveux, incisif, vous prend
et vous émeut par la netteté de l'image et la
concision de la pensée. En un mot, l'œuvre est
celle d'un philanthrope et d'ur poète. Mais
pourquoi subit-il uniquement l'hypnose du tra-
gique et du monstrueux, se complaisant dans
la description des tares, des vices, de l'ivres-
se et de la bêtise du troupeau humain ? Pre-
nons sa première histoire : c'est celle d'un al-
coolique qui paie sa boisson avec l'argent des-
tiné au cercueil de son enfant ! La seconde
Multitude-Solitude nous conte la rapide idylle
ébauchée entre une jeune trieuse, Marie, et
un vigoureux mineur, Honoré. Marie, bientôt
délaissée, tombe dans un désespoir silencieux:
« Une fois, le hasard voulut qu'elle surprît Ho-
noré caressant une moulineuse entre les piles
de madriers servant aux boisages do la mine.
Lui, se redressa, furieux, croyant que la petite
était venue là pour les épier. Il ramassa une
pierre et la lui lança à toute volée. Elle ne fut
pas atteinte,mais elle reçut un choc douloureux
au cœur, comme si la pierre y avait fait une
blessure. »
Vous le voyez, l'odieux jusque dans l'a-
ïhour, et, pour finir, le tragique. Honoré lui
annonce qu'il va quitter le pays. L'idylle est
terminée. Elle ne pourra môme plus l'aimer
par le regard ; elle ne pourra plus rôder au-
tour de lui, comme jadis. Vous pressentez la
fin.
« Le long du canal qui déroule son ruban
clair, tout droit, comme, une route, une petite
ombre glisse.
« Mais voici qu'elle s'est arrêtée et demeure
immobile sous le voile triste de la pluie fine
el glacée. Là, tout près de t'eau morte, au-
dessus de laquelle flottent des vapeurs blan-
châtres qui semblent un suaire.
« Puis, brusquement, la berge est déserte :
la petite om'bre immobile a dis>paru. Mais l'on-
de blême se plisse de rides qui, de la rive, vont
s'élargissant, comme un rictus mauvais et
mystérieux. »
M. Emile Morel veut-il nous donner une idée
de la façon dont les mineurs passent leur di-
manche ? Il choisira le combat de coqs, dé-
crit du reste avec une maestria remarquable-:
« Un long temps, elles se battent avec rage,
les pauvres petites bêtes ; avec furie, de leurs
ergots, elles se poignardent. Puis, viennent
les défaillances, la môme douloureuse et triste
fln de combat, qui montre toute la cruauté
froide, la cruauté lente de ce jeu. -
« Enfin, l'un tombe et .exp'ire avec des sou-
bresauts convulsifs. Et, sous le ciel gris, de-
vant les hommes blêmes, le coq qui est resté
seul debout jette un lamentable cri de victoi..
re, un cocorico qui gargouille dans le sang de
son petit gosier, qu'un éperon a transpercé. »
Si l'auteur met en scène l'administration de
la mine, c'est pour une cérémonie ridicule, le
baptême d'une nouvelle fosse ; puis, pour
mieux nous dépeindre « l'absorption de l'ou-
vrier par l'usine qui le dévore, le savoure, le
digère, puis l'excrète sous forme d'invalide
ou de cadavre », M. Morel nous donne, en
guise de dessert, deux symphonies en la mi-
neur, l'une sur la tuberculose, l'autre sur la
reconnaissance des corps après un coup de
grisou.
Tout cela n'est pas gai., *
J'ai cherché la raison de ce pessimisme ou-
tranieier, qui étonne chez un jeune auteur,
plein de vie, d'un incontestable talent, et je
crois l'avoir trouvée dans une magistrale pré-
face de M. Paul Adam, qui nous présente M.
Emile Morel comme un disciple de Gorki :
« Les adorateurs de Gorki se défendront mal
d'une extrême symipathie pour l'œuvre de M.
Morel, pour ce volume. Sans que le cachet de
l'exotisme ajoute aux qualités de ce conteur
une vertu tout extérieure et trop aliciante, il
réussit à surprendre notre sympathie par la
rude évocation de types tragiquement nets :
- il les érige dans leur décor propre et ils vivent
en toute vérité.
« Or, la vérité constitue le mérite vivace de ce
livre. Il la contient précise, soudaine, effroya-
ble, ironique envers soi. La fatalité des lois
économiques écrasant Jes foules industrielles
est subie par les travailleurs non sans une ab-
négation analogue à celle des multitudes reli-
gieuses qui, dans l'Inde, naguère, laissaient le
char de Siva écraser les dévots précipités sous
les roues saintes. Certes,, il y a les grèves, les
émeutes, les protestations électorales. Mais la
secousse d'énergie apaisée, chacun reprend le
collier de misère, et convaincu qu'une néces-
sité quasi divine l'emportera longtemps sur les
efforts de ses frères. Hagard, farouche, le peu-
ple se remet à l'œuvre de produire, pour l'ai-
sance des élites favorisées, richesse de la pa-
trie. »
- M. Morel recherche la vérité, mais il la re-
dherche et l'atteint suivant l'exemple de Gor-
ki. La voilà bien l'influence néfaste des litté-
ratures étrangères 1 Car, le jour où M. E. Mo-
rel se contentera d'être lui-même, de mettre
seulement en œuvre ses rares et précieuses
qualités, il se libèrera du seul défaut qu'on
puisse actuellement lui reprocher, de ce tae-
dium vitæ, de ce « mal à la vie » que les écri-
vains russes ont emprunté à Schopenhauer.
J'ai visité, moi aussi, les corons du Pas-de-
Calais et je n'en ai point rapporté cette im-
pression de douleur et de misère qu'on retrou-
ve à chaque page des Gueules noires. L'aib-
sorption de l'ouvrier par l'usine, mais c'est dé-
jà l'histoire d'hier ! Combien l'absorption de
l'usine par l'ouvrier paraîtrait plus actuelle !
L'instruction, malgré tout, a fait son œuvre.
Si les « Bécu » sont encore légion, si l'alcool
continue à causer parmi les mineurs de terri-
bles ravages, on voit fonctionner déjà à Lens,
à Courrières, des ligues antialcooliques, et ce
sont les chefs des « rouges » qui ont pris la
tête du mouvement. A côté des sociétés de
« coqueleux M, on a vu naître, dans tous les
centres miniers, des sociétés chorales, instru-
mentales et môme. théâtrales. Je me rappelle
d'une excellente soirée à la mairie de Lens, où
tous les acteurs étaient des mineurs. Bien
mieux, la poésie, jusque dans ces milieux, a
fait des prosélytes. Rien que dans le Pas-de-
Calais, il y a. tiois ou quatre poètes mineurs.
Quant au rôle politique de l'ouvrier, je ne le
trouve pas déjà si effacé qu'on veut bien le
dire. L'homme-outil a maintenant une arme
dans la main. son bulletin de vote, dont il fait
du reste généralement le plus mauvais usage.
Le métier est dur, c'est vrai : il présente de
multiples dangers, mais il est en partie com-
pensé par des salaires que n'atteindront ja-
mais les ouvriers les plus exposés des travaux
publics et du bâtiment. Il ne faut donc pas
exagérer le sort misérable des « gueules noi-
res ». On aurait tort de les considérer comme
des brutes courbées sous le joug que l'excès de
labeur et l'excès d'alcool tuent fatalement avant
la vieillesse. A l'homme-oulil de M. Morel, il
reste à opposer le mineur d'aujourd'hui, en
tous cas celui de demain. Quand je vous di-
sais que notre siècle évolue à outrance !.
Maurice Cabs.
La Poli tiq:u.e
Équilibre gouvernemental
MM. Monis, sénateur, et Dubief, député, ont
prononcé, dimanche, des discours qui méri-
tent d'être retenus.
, Le premier a reproché au gouvernement sa
politi-que trop radicale ; le second lui a repro-
ché sa politique trop modérée.
L'un et l'autre ont soutenu jusqu'ici le mi-
nistère de M. Clemenceau.
Ce phénomène s'explique aisément : le cabi-
net a deux politiques : l'une, modérée, qui lui
vaut les suffrages du centre, l'autre, d'allure
avancée, qui lui vaut le concours de la plu-
part des radicaux-socialistes et des radicaux.
De là sa majorité hétérogène qu'il évite, de
peur de la dissocier, déplacer en face des ré-
formes précises.
C'est la raison de son impuissance, de son
inaction.
Ce qu'il veut, c'est durer : si des problè-
mes, malgré tout, se posent, il renonce à ses
solutions personnelles, pour adopter celles du
plus grand nombre.
On l'a bien vu, à propos du renvoi de la
classe de 1908 ; on le verra, sans doute, au-
jourd'hui, à propos d'un article important de
là loi des finances, visant la détaxe des sucres.
A l'unanimité, la commission du budget
s'est prononcée contre la disposition pronon-
cée par le ministre des finances et, dès hier
soir, on apprenait que le gouvernement — qui
avait d'ajbord paru intraitable — transigeait, se
mettait d'accord avec la commission du bud-
get.
Tout cela est fort bien ; c'est de la bonne
politique de stabilité ministérielle et d'équili-
bre gouvernemental ; mais est-ce là gouver-
ner ?
GIL BLAS,
mm ■■ n
Echos ,
les Courses
Aujourd'hui, à 2 heures, courses à Saint-Ouen.
Pronostics de Gil Blas :
Prix de VAllier. — Oms, Etendard III.
Prix du Morvan. — Hamed, Va Bon Train II.
Prix de la Margeride. — Laverrière, Querelle.
Prix du Nivernais. - Stradivarius, Castelloubon.
Prix Killarney. - Violon II, Choisy le Roi.
Prix du Cher. - Priola, Paullinio.
Le temps d'hier.
Lundi soir. — De faibles averses ou des gouttes
sont tombées hier soir vers 1 h. 10, 2 h. 20 et 3 h.
soir. Ce malin, le ciel reste couvert ou très nua-
geux ; les courants sont assez forts de ouest à
jiord-ouest près du sol et dans les régions basses
e l'atmosphère.
La température reste fraîche.
fOUR OU CONTRE JEANNE D'ARC.
Est-ce qu'on ne va pas bientiôt la laisser
tranquille, cette infortunée Jeanne d'Arc ? Elle
a été assez malheureuse durant sa vie courte
et utile. Elle mérite bien de rester paisible-
ment dans la mort. ,
Autant le sénateur Joseph Fabre avait rai-
son de faire voter par ses collègues une fête
nationale de Jeanne d'Arc, alors que person-
ne ne songeait à considérer Jeanne d'Arc com-
me le précurseur du colonel Marchand, autant
il est inopportun maintenant de vouloir faire
voter par les députés l'institution de cette fête.
Depuis dix ans, le Sénat a voté. Pendant dix
ans, la Chambre est demeurée insoucieuse de
Jeanne d'Arc. Cela suffit. N'insistons pas. Il
est trop visible qu'aujourd'hui le vote de la
Chambre sera un vote de combat, c'est-à-dire
un vote d'actualité.
Jeanne d'Arc est déchiquetée par les gens
de tous les partis. A Rome, on s'occupe de la
béatilier ou de la sanctifier. A Paris, on choi-
sit Jeanne d'Arc comme la sainte laïque du pa-
triotisme. Les uns voteront pour Jeanne d'Arc
parce qu'ils voient en elle une cléricale. Les
autres voteront pour elle, justement pour ne
pas la laisser « accaparer par les cléricaux ».
Tels voteront contre elle parce qu'elle est une
fois de plus la prisonnière du clergé. Tels vo-
teront pour elle à cause de Cauchon et parce
que c'est là un mauvais souvenir pour les cu-
rés et qu'il est toujours amusant d'évoquer.
Tout cela est puéril. Je vous demande si ce
n'est point grotesque. Et je n'ajoute pas que
quelques députés, peut-être, voteront contre
Jeanne d'Arc parce qu'elle est patriote. Cela
deviendrait donc odieux.
Ni Jeanne d'Arc, ni le patriotisme ne gagne-
ront quoi que ce soit à cette fête, sans comp-
ter qu'au lendemain du vote de la loi, on pour-
ra instituer des tas de fêtes nationales qui ne
seront pas beaucoup moins justifiées que la
fête du patriotisme. La fête de la science, la
fête de l'art, la fête de la beauté, la fête de
la solidarité, la fête de ceci, la fête de cela,
et patati, et patata, me paraissent absolument
s'imposer dans notre république athénienne,
autant que démocratique. On n'en finira plus !
Allons ! allons ! soyons sérieux 1 Vive Jean-
ne d'Arc et laissons-lui la paix I
J. Ernest-Charles.
Dix francs gagnés.
M. Clemenceau apporte surtout au Conseil
des ministres une belle humeur et un esprit
qui rappellent le brillant polémiste qu'il fut.
On cite des anecdotes. Celle-ci, par exemple.
L'autre jour, il remarque, parmi les dossiers
qu'on lui soumet, une lettre de la commune de
X. demandant que le gouvernement se fît re-
présenter à l'inauguration d'un groupe sco-
laire.
— Cent sous que Dujardin-Beaumetz accepte-
ra d'y aller, glisse-t-il à l'oreille de M. Cail-
laux.
- Dix francs qU11 n'ira pas.
M. Cemenéeau, d'un air grave, donne lec-
ture de la demande. Tour à toui, MM. Briand,
Barthou, Sarrault, se récusent. Alors, M. Cle-
menceau, les yeux fixés sur le sous-secrétaire
d'Etat aux beaux-arts, prononce :
— Il importe cependant, Messieurs, que le
gouvernement de la République soit repré-
senté dans cette commune qui., dans cette
commune que.
M.Dujardin-Beaumetz essaie en vain d'échap-
per au regard du président du conseil. Il se
décide enfin : >
— Si vous croyez qu'il faut quelqu'un, mon
cher président.
—Mais mon cher ami, vous rendriez un
grand service.
— Soit, soupire M. Dujardin-Beaumetz. je
représenterai le gouvernement de la Républl-
que.
Et lorsque les ministres se lèvent. le con-
seil terminé, dans le brouhaha du départ, on
entend la voix de M. Clemenceau :
- Eh ! Caillaux. Vous me devez dix francs.
Le portefeuille. f
Trouver des documents politiques, et les
rapporter, n'est pas aussi rare qu'on le suppo-
serait, à voir les dossiers qui se publient par-
tout. Et tous les Français ne sont pas des mou*
chards. Il en est qui. mis par hasard en pos-
session de papiers secrets, les rapportent sans
s'en vanter, simplement parce que ces papiers
ne leur appartiennent pas.
La chose est arrivée à M. Albert Sarraut,
l'aimable sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur,
qui oubliait, samedi soir, dans un fiacre auto-
mobile dont il avait négligé de prendre le nu-
méro, une serviette en maroquin contenant
des papiers importants.
M. Lépine, préfet de police, aussitôt infor-
mé, avait demandé à tous les Chefs do poste
de Paris de le prévenir d'urgence si le pré-
cieux maroquin était rapporté' chez eux. L'é-
moi, au miwistère, était vif, Mais, paisiblement,
le loueur vint, à la première heure du lende-
main, rendre la serviette. Il aurait pu, s'il
avait été de son temps, l'aller vendre à quelque
clan politique. Il préféra ne pas même l'ouvrir.
-x-
La dernière épttre.
,. Un rédacteur de la Patrie ayant demandé au
général do Galliffet son opinion sur le renvoi
anticipé des classes 1903 et 1904, a reçu de
l'ancien ministre de la guerre le. billet que voi-
ci : -
Au rédacteur du journal la Patrie qui m'a, ce ma-
tin, interrogé par téléphone, voici ma réponse :
Remède : renvoyer les députés dans leurs foyers,
et garder les Classes dans leurs chambrées — tout
ira bien.
Salut,
Général de GALLIFFET.
Remarquez que M.de Galliffet dit : « Salut »
sans ajouter : « et Fraternité. » C'est qu'il se
rappelle 71. Constatons, au demeurant, que sa
réponsa ne manque pas de quelque bon sens.
Il est des vieillards qui vendent de la sagesse.
X-
Sur Gounod.
Une dernière anecdote, avant que les fleurs
ne soient fanées, qui s'épanouissaient, hier,
autour de son buste.
Gounod n'était pas toujours d'humeur aussi
sévère. Il ne manquait paé d'humour et même
ne détestait pas la mystIfication:
Un soir, à l'Opéra, raconte M. Camille Bel-
laigue — sur qui le maestro a dit Ge joli mot :
« Je l'aime depuis l'enfance de son père », —
un soir, Gounod était dans sa loge. Un jeune
homme nouvellement admis en présence du.
maître se tenait timidement à ses côtés. Il
tremblait et n'osait parler. On jouait Faust, et
la scène de la fenêtre se déroulait.
Soudain, tandis que le hautbois dessinait
son contre-chant célèbre, Gounod se précipita
sur le jouvenceau terrifié, et lui dit, d'une voix
haletante :
-- Sentez-vous, jeune homme, sentez-vous
des cheveux de femme dans votre cou ?
Regrets.
Nous avions annoncé la résiliation, par l'E-
tat, du bail de la société qui occupait le petit
bâtiment du jeu de paume sur la terrasse nord
des Tuileries et avions émis le vœu que cet
édifice, construit sous le second Empire pour
le jeu de paume du prince impérial, fût démo-
li.
Il n'en sera rien. M. Redon, architecte du
Louvre et des Tuileries, annonce que cette
horrible masure va seulement changer de dês-!
tinat.ion. On l'affectera désormais à des expo-
sitions artistiques dont la première aura lieu
ce mois-ci. [
Mais, combien plus artistique serait-il de -
supprimer ces bâtiments qui barrent la pers-
pective, enlaidissent les Tuileries S La place ne
manque pas pour les Expositions, et les cimai-
ses abondent où les croûtes trouvent l'accro-
chage !
La Fête des Fleurs.
D'après les indiscrétions commençant à se
faire jour, la « FÊTE DES FLEURS » des 7 et 8
juin, nous réserve de véritables surprises. On
sait, en/effet, que les voitures automobiles, se
prêtant si facilement à une superbe décoration
florale aussi bien que les plus beaux attela-
ges, auront accès, comme ces derniers, dans
l'enceinte de la Fête ; et déjà nos maîtres ès-
fleurs élaborent leurs plus artistiques motifs,
ce, pendant que les couturiers et les grandes
modistes mettent la dernière main à des mer-
veilles d'élégance. -.. -.
Le défilé nous révèlera donc dans ce cadre
Si bien appropria, les ultimes créations de la
Imode.
-x-
Progrès fâcheux.
Voici la dernière nouveauté, utile surtout
aux journalistes et aux hommes d'affaires :
c'est le phonographe reporter. »
Il s'agit d'une machine parlante qui peut se
mettre dans la poche. Quand un reporter va
interviewer un personnage notoire, il élève la-
dite machine entre sa victime et lui-même,
puis commence son interrogatoire. L'interview
est ainsi fidèlement enregistrée par l'instru-
ment, qui la peut répéter autant de fois qu'on
le désire.
Mais, avec ce système, plus de démenti pos-
sible ! Cette mécanique sera très mal vue dans
les milieux politiques.
Aux chanteurs, acteurs et orateurs 1
Enthousiasmée par la méthode d'éducation
physiologique de la voix, qu'applique le sa-
vant laryngologiste, docteur Pierre Bonnîei,
Réjane a eu un joli geste.
Elle a prêté son théâtre à l'éminent médecin,
qui, chaque mardi et vendredi matin, de 10
heures à midi, explique à qui veut bien l'écou-
ter, les règles physiologiques de la phonation,
la pose rationnelle de la voix et les moyens de
chanter et de parler longtemps et loin sans
effort.
On peut auditionner. Entrée libre pour tout
le monde.
L'Exposition Chardin-Fragonard.
De retour de Londres, M. Armand Dayot,
directeur de Y Art et les artistes, nous en rap-
porte la bonne nouvelle, qui sera, dans quel-
ques jours, officielle, que M. Pierpont Morgan,
le célèbre collectionneur américain, a consen-
ti à se dessaisir, pour la belle exposition qui
s'ouvrira le 11, de plusieurs de ses toiles de
Chardin et de Fragonard. Lesquelles ? M.
Dayot n'est pas encore fixé sur ce point, car
l'illustre Yankee voyage en ce moment en Ita-
lie, mais le prêt a été néanmoins consenti el
les deux admirables maîtres' vont être merveil-
leusement représentés.
En outre, M. Dayot Tapporte de son voyage
un certain nombre de sépias, de pastels et de
miniatures qui prendront place à côté des
grandes toiles. m
L'exposition comprendra également plu-
sieurs vitrines où seront disposés les palet-
tes, pinceaux, etc., ayant appartenu aux cé-
lèbres peintres, et d'une façon générale, les
objets familiers dont ils avaient coutume de
se servir. On y verra, en particulier, les fa-
meuses lunettes du bonhomme Chardin, qu'il
a peintes dans une de ses toiles les plus fa-
meuses.
Ce sont de lourdes et grandes besicles mon-
tées sur fer, et d'un poids respectable. Cette
pièce documentaire, d'une valeur unique, ne
sera pas l'une dos moins admirées.
-.x-
L'Exposition maritime de Bordoaux.
Lors de l'inauguration do l'Exposition, le dé-
puté de Bordeaux, M. Charles Chaumet, pre-
nant la parole — comme représentant la cir-
conscription où se trouver l'Exposition, et com-
me président du Comité bordelais de la Ligue
.Maritime, vante Bordeaux et ses séductions
de toutes sortes et fait ressortir combien a été
heureux le choix de cette belle cité pour y te-
nir les assises de la grande manifestation in-
dustrielle qu'on vient d'inaugurer.
Lés vêtements d'EJé, munis de devants indé-
formables peuvent être portés ouverts sans
prendre de mauvais plis. Ils conservent tou-
jours leur élégance.La Maison PARIS-TAILLEUR,
8, rue du Louvre, a seule le monopole de ces
devants qu'elle met dans tous ses costumes,
môme celui fait sur mesure à 65 fr.
-x-
Dans une sacristie :
Le marié à sa nouvelle épouse :
- On étouffe, là-dedans ; c'est bien la der-
nière fois que je me marie ici 1
Le Diable boiteux.
■■ ■ m m m ■■ ■
Propos du Jour
L'escrime et les Métèques
Voici la grande semaine des armes terminée, et,
enfln, plutôt bien que .nai, puisque notre équipe
nationale a une fois de plus prouvé notre supério-
rité de race dans le combat, en écrasant les équipes
étrangères.
Les Belges, dont on nous faisait un épouvantail,
ont été battus par 25 touches à 15, soit 10 points,
ce qui est énorme en pareil cas. Le sort des An-
glais, pourtant bien entraînés, fut encore plus
triste : 25 touches à 12, plus que doublés !
Des autres nous ne parlerons pas, sinon rçour
louer la parfaite courtoisie, la cordiale loyauté,
la belle tenue des officiers hollandais et grecs qui
les composaient. On ne compte pas les coups avec
de si sympathiques adversaires.
Le principal mérite de notre victoire revient sans
conteste au capitaine de notre équipe, Lucien Gau-
din. Dans la vie de ce jeune homme de vingt ans,
ce tournoi constituera une belle .page, qu'il pourra
relire avec fierté.
Nous le connaissions déjà depuis deux Qni
comme un tireur admirablement ('oué et instruit,
avec ce petit je ne sais quoi, cette flamme artis-
tique qui caractérise le grand tireur. La semaine
dernière, sur cette réduction de champ de bataille
que faisaient les luttes internationales, il a révélé
des qualités autrement rares et précieuses, celles
du chef : le sang-froid, l'énergie, le jugement sain
des ressources de l'adversaire et de la tactique à
employer, èt enfin l'autorité, sans laquelle toutes
les autres ne servent-de rien.
Dans les moments difficiles, il a littéralement
enlevé sa petite troupe, que de mauvais pronos-
tics avaient rendue un peu hésitante.
Sans rien exagérer, il est donc permis de lui
savoir gré d'avoir conservé, dans son rayon d'ac-
tion, la bonne renommée de notre race, dans un
exercice en armes, un peu supérieur tout de même,
au point de vue combatif, à une gymnastique quel-
conque et sans idéal.
Mais que dire de cette tendance de notre public
à se montrer favorable à nos adversaires étran-
gers ? Et ne prenez pas cela pour de la courtoisie.
Non, l'intention était nettement hostile à nos
champions. On les déclarait nuls à tous points ae
.vue, comme moyens, comme '-savoir et même
comme tenue.
Je me souviendrai longtemps d'un brave dame
assise derrière moi pendant la rencontre anglo-
française, et qui s'extasiait sur la correction, l'élé-
gance - et quoi encore ? — des champions bri-
tanniques. Or à ce moment précis, le pâle et blond
insulaire qui tirait sous nos yeux, portait le bas
de son pantalon rentré dans des chaussettes tire-
bouchonnant sur 'e cou-de-quette à carreaux sous le masque ! Ça 'le chic
anglais ? je ne m'en serais jamais douté. Il est
vrai qu'à l'Opéra.
Pour les Beiges, c'était du délire. L'un d'entre
eux avait gagné le tournoi individuel. Notez- qu'il
s'est formé et entraîné pendant quatre ans à Pa-
ris dans une de nos meilleures salles, dont il est
même, je crois, président.
Nos métèquee amateurs n'en considéraient pas
moins sa victoire comme un présage certain de
la défaite de notre équipe !
Cet enthousiasme intempestif l'a même empêché
de figurer dans son équipe nationale, des protes-
tations s'étant produites au point de vue sportif.
Ah ! le point de vue sportif, en voilà une scie l
Chaque fois qu'il y a une bonne absurdité à dire
ou à faire, vous pouvez être sûrs de le voir invo-
quer. C'est au nom du sport que l'on a empêche
co brave Edom, Belge,' de tirer dans l'équipe belge,
alors- qu'oa l'avait laissé tirer pour représenter
Paris dans une équipe de salle d'armes, et portant
le brassard à nos couleurs 1
Tâchons donc d'être de notre pays et de parier
notre langue, .quand ce ne serait que pour com-
prendre un peu ce que nous disons.
Pourquoi, après que la musique a joué la Mar-
seiïlctise, nos tireurs crient-ils : « Hip ! Hip ! Hur-
r&h 1 » comme s'ils étaient nés à Oxford ? Alors
que les Grecs, par exemple, crient en leur langue :
« Zito 1 »
C'est absurde et choquant. Une troupe de gens
d'épée français n'est pas une bande de jockeys et
de cockneys d'Epsom.
Notre langue, universellement employée par
tous les diplomates, est-elle devenue si pauvre que
l'on n'y puisse plus trouver un cri d'armes ?
Et quand ce ne serait que : France ! C'est un
mot qui n'a jamais donné envie de rire nulle part
quand il était lancé par six hommes ayant râpé!"
à la main, et. prononcé avec l'accent qu'il convient.
Louis d'Hurcourt.
* —
La Marine française
L'opinion de lord Brassey. — La quatrième puis-
sance maritime du monde et peut-être la cin-
quième. — Forces comparées. — Notre
décadence.
J'entre tout de suite dans le vif du sujet.
Chaque fois qu'il est question à la Chambre ou
au Sénat de la situation de notre flotte de guerre, le
ministre de la marine, quel qu'il soit, ne manque
pas de dire :
« La France, qui est toujours la seconde puis
« sance navale du monde. Pour garder notre rang,
« le deuxième, messieurs, et immédiatement après
« l'Angleterre, nous devons. »
Et le pays, rassuré par les paroles gouverne-
mentalea, continue de croire que l'affirmation est
vraie et de dormir dans une quiétude parfaite.
Pour connaître d'une façon précise notre impor-
tance maritime, ce n'est pas au ministre de la ma-
rine qu'il faut s'adresser. Quel qu'il soit, je le ré-
pète, il emploie devant le Parlement une formule
consacrée qui était exacte il y a à peine 8 ans, mais
qui ne l'est plus aujourd'hui,.quî est en contradic-
tion formelle avec la réalité des choses et qui ne
vis-e pas d'autre but que celui de ne pas écrairer
l'opinion publique. Nous en sommes toujours là,
en effet, que les ministres ont peur de ne pas pro-
clamer la vérité. Ils se figurent que la bonne poli-
tique consiste à répondre toujours : « Tout va
bien. Il ne manque même pas un bouton de guêtre. M
Nous devons pourtant savoir ce que nous coûte
l'optimisme offioiel qui, chez nous, est de tous les
temps et de tous les régimes.
Non, ce a'est pas notre ministère de la marine,
mais bien l'étranger que nous devons consulter.
Or, voici comment les Anglais apprécient notre-
force navale. Le Naval Annual, c'est-à-dire l'an-
nuaire naval de lord Brassey, la seule publication
maritime qui fasse autorité dans le monde entier,
s'exprime ainsi, sous la signature de son auteur
(édition de 1907, page 139) :
« Un très grand changement des forces navales
« comparées résulte de ce fait que les Etats-Unis
« sont devenus, cette année, la seconde puissance
« maritime du monde. Les Etats-Unis ont main-
« tenant vingt-deux cuirassés de premier rang en
« service, tandis que l'Allemagne n'en a que vingt..
« A moins que la France ne se remue beaucoup,
« la flotte japonaise ne tardera pas à être supé
« rieure à la sienne. La flotte française souffre du
« temps énorme qui est consacré à la construction
« des navires en chantiers. Une trop grande part
« des crédits des constructions neuves est affectée
« aux sous-marins et aux torpilleurs. »
C'est net. Lord Brassey ne nous met au'à la qua-
trième place, en ajoutant que cette place nous sera,
a. bref délai, enlevée par le Japon. Or, à cette heure,
le Japon est plus fort que nods. Sa flotte est, en
effet, mieux exercée que la nôtre, compte plus
d'unités de valeur et porte une artillerie bien meil-
leure. Les Allemands ne se gênent pas pour nous
le dire.
En forces de première ligne, les seules qui comp-
tent, lord Brassey classe ainsi les -iations mari-
times :
1° Angleterre : 50 cuirassés plus 5 en construc.
tion-;
2° Etals-Unis : 22 cuirassés plus 5 en construc-
tion ; -
30 Allemagne : 20 cuirassés olus 6 en construc-
tion ; -
40 France : 12 cuirassés plus 10 en construction
(déduction est faite du lêna).
50 Japon : 11 cuirassés plus 2 en construction ;
60 Italie : 5 cuirassés plus 3 en construction ;
70 Russie : 4 cuirassés plus 4 en construction.
Les croiseurs-cuirassés de première ligne ne
sont pns, à proprement parler, des bâtiments de
combat, car ils n'ont pas assez de grosse artillerie.
L'Angleterre en a 42 ; nous en possédons autant
que les Etats-Unis, 11, et 5 de plus que l'Allemagne,
mais ceux des Allemands sont autrement solides et
armés que les nôtres, qui font avaries sur avaries
le Japon en a neuf à la mer. Viennent ensuite
l'Italie avec 3 et la Russie avec 2.
On voudra parler sans doute des petites unités,
contre-torpilleurs et sous-marins ?
L'Angleterre compte en service 115 « destroyers u
de 300 à 893 tonneailx de déplacement ; l'Alle-
magne 72, de 300 à 560 tonneaux ; la France, 37
seulement, de 300 à 430 tonneaux, et tous sont loin
d'être en bon état ; le Japon, 46, de 307 à 374 ton-
neaux.
Comme sous-marîns, nous allons perflre notre
avance : l'Angleterre dispose déjà de 39 unités,
dont beaucoup sont plus grosses que les 45 que
nous possédons en apparence, car la moitié est à
peine mobilisable. Les Etats-Unis et l'Allemagne
commencent seulement à en construire.
Toutes ces statistiques sont tirées du Naval An-
nual : Elles nous permettent de mesurer la pro-
fondeur de notre chute. Comme puissance mari-
time, nous n'existons plus. <-
Charles Bos.
———————
Victime du Devoir
'———— or
Nous avons raconté comment M. Monniot
avait été grièvement blessé en voulant monter
en pleine marche sur une pompe à vapeur qui
passait, rue de Trévise, devant son domicile,
au moment où il en sortait.. Le malheureux of-
ficier de paix avait été transporté à l'hôpital
Lariboisière, où le docteur Dujarrier, succes-
seur du professeur Poirier, avait procédé à la
réduction d'une fracture de l'os iliaque. M.
Monniot qui avait été chloroformé, est mort
pendant l'opération. On attribue son décès à
une embolie, et on suppose que, par suite de
la compression de l'artère fémorale déterminée
par le poids de la pompe à vapeur, un caillot
de sang, rentré dans le torrent circulatoire, se-
ra remonté au cœur.
M. Lépine, préfet de police va demander au
conseil municipal que les obsèques de M. Mon-
niot soient célébrées aux frais de la ville. A ce
propos, on dit que le fonctionnaire défunt ne
peut pas être considéré comme une victime du
devoir « parce qu'il n'est pas mort en affron-
tant un danger. »
Ainsi, voilà un officier de paix qui sort de
son domicile pour aller prendre son service.
Il voit passer la pompe à vapeur. Il pourrait
la laisser continuer sa route : rien ne dit que
le feu soit dans l'étendue de sa juridiction. Il
pourrait encore l'arrêter au passage, se ren-
seigner, et prendre place sur la voiture seule-
ment dans le cas où l'incendie serait dans son
quartier. M. Monniot ne calcule pas. Il y a un
sinistre. Il ne réfléchit pas. Il obéit à un
instinct. Il doit aiier au sinistre, ~çt 7 aller le
plus tôt possible. Il ne songe même pas à re-
tarder d'une minute la pompe à vapeur pour y
monter. Il court, et saute en pleine vitesse sur
le marche-pied. C'est le terre-neuve qui se jet-
te à l'eau. C'est le chien de chasse qui s'élance
sur les fumées de la bête. Oui, c'est l'instinct
Mais comment s'appelle-t-il, sinon l'intact
du devoir ?
Il n'a pas affronté de danger ? Naturellement.
Il ne s'est même pas demandé, daris; son mou-
vement spontané, s'il pouvait y avoir danger à
sauter sur la voiture en marche. Il y aurait
songé qu'il aurait sauté quand même. Et au
surplus, c'est-à un incendie qu'il courait. N'y
a-t-il donc jamais de danger, dans les incen.
dies ?
Il me semble, à moi, que la société a con-
tracté une dette envers les êtres chers que
laisse derrière lui ce brave homme. J'aime à
croire que tout le monde se ralliera à M. Lépi-
ne pour ne pas la laisser en souffrance. Il se-
rait indigne de la Ville de Paris de s'abriter
derrière je ne sais quelles subtilités pour ne
pas manifester à une veuve ainsi frappée en
pleine jeunesse, sa sympathie effective, et
cela non pas, naturellement à titre de secours,
mais comme une insuffisante, hélas ! et res-
pectueuse compensation à son malheur.
Georges Priee.
Une Classe moyenne
Pères de famille français !
Vous qui voulez ouvrir l'accès
- D'une libérale carrière
A vos fils. -gardez-vous en bien f
Ça ne vaut plus rien. moins que rien :
Faites donc machine en arrière !
Vous alliez, dans vos noirs desseins,
Les faire avocats, médecins,
Statuaires, peintres. que sais-je 1
Ou bien — jusqu'où n'alliez-vous point ! —
Les lâcher sur le contrepoint,
Et l'harmonie et le solfège !
Sachez que pour quelques veinards
Qui gagneront gros dans leurs arts
Et qui tiendront toute la place,
Tous les autres végéteront
Et par les contrôleurs seront
Taxés comme moyenne classe.
Alors pouvez-vous oublier,
Qu'hier, notre Grand Trésorier,
Lâchant les coutumes anciennes,
A déclaré que les impôts
Allaient retomber sur le dos
Exclusif des classes moyennes P
Or, les moyennes, ce sont ceux
Qui ne sont pas tout à fait gueux
Ni tout à fait millionnaires,
Qui ne peuvent tenir cachés
Les quelques mille francs touchés
Pour leurs modestes ordinaires.
Leurs noms — certes ! c'est très flalteur!-
Chez l'ironique percepteur,
Rempliront, seuls, toutes les listes.
Caillaux en fit l'aveu complet :
Par les mailles de son filet
S'échappent les capitalistes 1
Dooo, évitez, sages papas,
A vos fils ce sort sans appas. -
Qu'ils soient riches, s'ils sont pratiques,
Tels un marchand de Chicago,
Ou pauvres, comme an hidalgo
De 7os poètes romantiques.
Il leur faut jouer au plus fin :
'Millionnaire ou meurt-de-faim.
Des tas d'or ou pas cinq centimes.-
A moins que CaiHaux converti
N'adopte le meilleur parti
De moins limiter les victimes^
Octave Pradels. 1
■■ M 11 ■ * m » ■ -
Le vrncès. des
anarcJlistes esppls
L'attentat contre Alphonse XIII
Hier ont comparu devant les juges de Ma-
drid les noifimés Ferrer, Nakens, Iparra,
Mayoral, Martinez, Mata et la femme Concep-
cion Perez, accusés 3e complicité dans l'atten-
tat du 31 mai de l'année dernière, calle Mayoc
et dont on trouvera les détails ci-après :
Ferrer eh Nakens retiennent tout l'intérêt
car on les accuse nettement d'avoir procuré à
Morrales les moyens d'accomplir son crime.
(Les autres sont de malheureux comparses,
qu'un hasard néfaste a placés sur le chemin du
régicide.
On sait que Ferrer n'est gardé en prison de-
puis un an, que parce qu'il avait confié à Mor-
rales le poste de bibliothécaire des écoles qu'il
dirige à Barcelone ; quant à Nakens, le journa-
liste républicain, directeur du Motin, à Ma-
drid, il est accusé de complicité parce que
Morrales est venu chercher asile chez lui,
après avoir lancé la bombe.
Par des -conférences, par une énergique
campagne de presse, les politiciens espagnols
ont essayé de démontrer l'innocence de Fer-
rer, victime des contingences.
Pour Nakens, les apparences semblent con-
tre lui, quoiqu'il soit prouvé qu'il ignorait
totalement Morrales avant que celui-ci ne vînt
le trouver une fois son crime accompli. Mais
enfin, il lui a donné asile et, en Espagnol de
vieille souche, il n'a pas dénoncé l'homme qui
se réfugiait sous son toit. Tel est le grief que
M. l'avocat général Becerra del Toro, brandit
contre lui.
Nakens est pourtant l'homme le plus doux,
le plus pacifique de la péninsule. Dans les
innombralbles articles qu'il a signés, on n'a
jamais relevé la moindre exhortation à la vio-
lence, la plus petite apologie de la propagan-
de par le fait.
Nous sommes heureux de pouvoir publier
une lettre qu'il adressait à la reine Christine,
en 1898, pour lui demander la grâce de deux
condamnés.
Puisse ce document, en passant de nouveau
sous les yeux de la souveraine, lui rappeler
qu'elle se donna jadis la joie de pardonner et
l'inciter à user de sa bénéfique influence pour
obtenir de son fils la grâce de son solliciteur
révolutionnaire 1
Berthe Delaunay.
Lettre de José Nakens à Sa Majesté
la reine Christine, régente du
royaume d'Espagne
Madame,
C'est comme suppliant que se présente aujour-
d'hui à Votre Majesté l'humble signataire de cette
lettre. Il vient solliciter de votre justice que vous
consentiez à apposer votre gceau royal sur le re-
cours en grâce des nommés Francisco et Vicente
Perez Guttierez, récemment condamnés à mort par
le tribunal de Valence.
Aprèe avoir attentivement et impartialement étu-
dié leur cause et recueilli tous les renseignements
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L'HOMME-OUTIL,
Les Gueules noires
Ecrire le « roman de la mine » après Germi-
nal paraîtrait à coup sûr œuvre fort audacieu-
se si deux générations ne s'étaient déjà suc-
oéidé dans le bassin minier du Nord, depuis
l'époque où Zola entreprenait, le premier, de
nous décrire la mentalité des foules indus-
irielles.
En notre temps d'évolution à outrance et de
progrès hâtif, les mœurs, les caractères se
transforment rapidement comme si l'homme
outil, faisant corps avec la machine, suivait les
modifications de cette dernière, pour rompre
Ensemble avec la tradition, sans espoir de re-
tour. Tout passe ici-bas. L'étude inoubliable
du maître naturaliste n'est plus d'actualité.
Elle restera une admirable préface du mouve-
ment social à mille pieds sous, terre, mais elle
ne saurait nous documenter, par exemple, sur
les formidables répercussions psychologiques
du conflit qui met aux prises le capital et le
travail. Tout a changé au pays noir ; tout a
pris là-bas un autre aspect. Le « A-oman'de la
mine » est à refaire. Avec infiniment de talent,
de conscience et d'observation minutieuse, M.
Eïuile Morel vient d'assumer cette tâche re-
doutable, dans les Gueules Noircs, que publie
ta librairie Sansot. A-t-il pleinement réussi ?
A vrai dire, nous ne le pensons pas. Car, si
modernes, si vivantes que paraissent ses sour-
ces d'information, nous allons voir qu'en vou-
lant nous décrire la mine d'aujourd'hui, c'est
déjà celle d'hier que l'auteur nous retrace.
* #
Rarement — hâtons-nous de le dire — un au-
teur ne s'est pénétré aussi fortement de son
sujet. 11 est certain que pour écrire un livre
semblable, M. Morel a dû vivre la vie des mi-
neurs, partager leurs fatigues, compatir à leur
misère. Il a longé les chemins d'escarbilles en-
tre les terrains chauves, • franchi ies flaques
d'eau semées dans la couche étendue de mâ-
chefer et de boue, visité les cités de briques
noirâtres frangées de maigres potagers, affron-
té même les cabarets aux salles basses em-
puanties d'aigre, de pétrole et de sueur. Ses
personnages sont de véritables statues liltérai-
res, superbement campées dans un paysage de
désolation. Son livre déborde d'un socialisme
douloureux et sincère qui n'est point celui de
nos rhéteurs parlementaires. C'est une des for-
mes excellentes de la pitié et de la solidarité
sociale. Le style nerveux, incisif, vous prend
et vous émeut par la netteté de l'image et la
concision de la pensée. En un mot, l'œuvre est
celle d'un philanthrope et d'ur poète. Mais
pourquoi subit-il uniquement l'hypnose du tra-
gique et du monstrueux, se complaisant dans
la description des tares, des vices, de l'ivres-
se et de la bêtise du troupeau humain ? Pre-
nons sa première histoire : c'est celle d'un al-
coolique qui paie sa boisson avec l'argent des-
tiné au cercueil de son enfant ! La seconde
Multitude-Solitude nous conte la rapide idylle
ébauchée entre une jeune trieuse, Marie, et
un vigoureux mineur, Honoré. Marie, bientôt
délaissée, tombe dans un désespoir silencieux:
« Une fois, le hasard voulut qu'elle surprît Ho-
noré caressant une moulineuse entre les piles
de madriers servant aux boisages do la mine.
Lui, se redressa, furieux, croyant que la petite
était venue là pour les épier. Il ramassa une
pierre et la lui lança à toute volée. Elle ne fut
pas atteinte,mais elle reçut un choc douloureux
au cœur, comme si la pierre y avait fait une
blessure. »
Vous le voyez, l'odieux jusque dans l'a-
ïhour, et, pour finir, le tragique. Honoré lui
annonce qu'il va quitter le pays. L'idylle est
terminée. Elle ne pourra môme plus l'aimer
par le regard ; elle ne pourra plus rôder au-
tour de lui, comme jadis. Vous pressentez la
fin.
« Le long du canal qui déroule son ruban
clair, tout droit, comme, une route, une petite
ombre glisse.
« Mais voici qu'elle s'est arrêtée et demeure
immobile sous le voile triste de la pluie fine
el glacée. Là, tout près de t'eau morte, au-
dessus de laquelle flottent des vapeurs blan-
châtres qui semblent un suaire.
« Puis, brusquement, la berge est déserte :
la petite om'bre immobile a dis>paru. Mais l'on-
de blême se plisse de rides qui, de la rive, vont
s'élargissant, comme un rictus mauvais et
mystérieux. »
M. Emile Morel veut-il nous donner une idée
de la façon dont les mineurs passent leur di-
manche ? Il choisira le combat de coqs, dé-
crit du reste avec une maestria remarquable-:
« Un long temps, elles se battent avec rage,
les pauvres petites bêtes ; avec furie, de leurs
ergots, elles se poignardent. Puis, viennent
les défaillances, la môme douloureuse et triste
fln de combat, qui montre toute la cruauté
froide, la cruauté lente de ce jeu. -
« Enfin, l'un tombe et .exp'ire avec des sou-
bresauts convulsifs. Et, sous le ciel gris, de-
vant les hommes blêmes, le coq qui est resté
seul debout jette un lamentable cri de victoi..
re, un cocorico qui gargouille dans le sang de
son petit gosier, qu'un éperon a transpercé. »
Si l'auteur met en scène l'administration de
la mine, c'est pour une cérémonie ridicule, le
baptême d'une nouvelle fosse ; puis, pour
mieux nous dépeindre « l'absorption de l'ou-
vrier par l'usine qui le dévore, le savoure, le
digère, puis l'excrète sous forme d'invalide
ou de cadavre », M. Morel nous donne, en
guise de dessert, deux symphonies en la mi-
neur, l'une sur la tuberculose, l'autre sur la
reconnaissance des corps après un coup de
grisou.
Tout cela n'est pas gai., *
J'ai cherché la raison de ce pessimisme ou-
tranieier, qui étonne chez un jeune auteur,
plein de vie, d'un incontestable talent, et je
crois l'avoir trouvée dans une magistrale pré-
face de M. Paul Adam, qui nous présente M.
Emile Morel comme un disciple de Gorki :
« Les adorateurs de Gorki se défendront mal
d'une extrême symipathie pour l'œuvre de M.
Morel, pour ce volume. Sans que le cachet de
l'exotisme ajoute aux qualités de ce conteur
une vertu tout extérieure et trop aliciante, il
réussit à surprendre notre sympathie par la
rude évocation de types tragiquement nets :
- il les érige dans leur décor propre et ils vivent
en toute vérité.
« Or, la vérité constitue le mérite vivace de ce
livre. Il la contient précise, soudaine, effroya-
ble, ironique envers soi. La fatalité des lois
économiques écrasant Jes foules industrielles
est subie par les travailleurs non sans une ab-
négation analogue à celle des multitudes reli-
gieuses qui, dans l'Inde, naguère, laissaient le
char de Siva écraser les dévots précipités sous
les roues saintes. Certes,, il y a les grèves, les
émeutes, les protestations électorales. Mais la
secousse d'énergie apaisée, chacun reprend le
collier de misère, et convaincu qu'une néces-
sité quasi divine l'emportera longtemps sur les
efforts de ses frères. Hagard, farouche, le peu-
ple se remet à l'œuvre de produire, pour l'ai-
sance des élites favorisées, richesse de la pa-
trie. »
- M. Morel recherche la vérité, mais il la re-
dherche et l'atteint suivant l'exemple de Gor-
ki. La voilà bien l'influence néfaste des litté-
ratures étrangères 1 Car, le jour où M. E. Mo-
rel se contentera d'être lui-même, de mettre
seulement en œuvre ses rares et précieuses
qualités, il se libèrera du seul défaut qu'on
puisse actuellement lui reprocher, de ce tae-
dium vitæ, de ce « mal à la vie » que les écri-
vains russes ont emprunté à Schopenhauer.
J'ai visité, moi aussi, les corons du Pas-de-
Calais et je n'en ai point rapporté cette im-
pression de douleur et de misère qu'on retrou-
ve à chaque page des Gueules noires. L'aib-
sorption de l'ouvrier par l'usine, mais c'est dé-
jà l'histoire d'hier ! Combien l'absorption de
l'usine par l'ouvrier paraîtrait plus actuelle !
L'instruction, malgré tout, a fait son œuvre.
Si les « Bécu » sont encore légion, si l'alcool
continue à causer parmi les mineurs de terri-
bles ravages, on voit fonctionner déjà à Lens,
à Courrières, des ligues antialcooliques, et ce
sont les chefs des « rouges » qui ont pris la
tête du mouvement. A côté des sociétés de
« coqueleux M, on a vu naître, dans tous les
centres miniers, des sociétés chorales, instru-
mentales et môme. théâtrales. Je me rappelle
d'une excellente soirée à la mairie de Lens, où
tous les acteurs étaient des mineurs. Bien
mieux, la poésie, jusque dans ces milieux, a
fait des prosélytes. Rien que dans le Pas-de-
Calais, il y a. tiois ou quatre poètes mineurs.
Quant au rôle politique de l'ouvrier, je ne le
trouve pas déjà si effacé qu'on veut bien le
dire. L'homme-outil a maintenant une arme
dans la main. son bulletin de vote, dont il fait
du reste généralement le plus mauvais usage.
Le métier est dur, c'est vrai : il présente de
multiples dangers, mais il est en partie com-
pensé par des salaires que n'atteindront ja-
mais les ouvriers les plus exposés des travaux
publics et du bâtiment. Il ne faut donc pas
exagérer le sort misérable des « gueules noi-
res ». On aurait tort de les considérer comme
des brutes courbées sous le joug que l'excès de
labeur et l'excès d'alcool tuent fatalement avant
la vieillesse. A l'homme-oulil de M. Morel, il
reste à opposer le mineur d'aujourd'hui, en
tous cas celui de demain. Quand je vous di-
sais que notre siècle évolue à outrance !.
Maurice Cabs.
La Poli tiq:u.e
Équilibre gouvernemental
MM. Monis, sénateur, et Dubief, député, ont
prononcé, dimanche, des discours qui méri-
tent d'être retenus.
, Le premier a reproché au gouvernement sa
politi-que trop radicale ; le second lui a repro-
ché sa politique trop modérée.
L'un et l'autre ont soutenu jusqu'ici le mi-
nistère de M. Clemenceau.
Ce phénomène s'explique aisément : le cabi-
net a deux politiques : l'une, modérée, qui lui
vaut les suffrages du centre, l'autre, d'allure
avancée, qui lui vaut le concours de la plu-
part des radicaux-socialistes et des radicaux.
De là sa majorité hétérogène qu'il évite, de
peur de la dissocier, déplacer en face des ré-
formes précises.
C'est la raison de son impuissance, de son
inaction.
Ce qu'il veut, c'est durer : si des problè-
mes, malgré tout, se posent, il renonce à ses
solutions personnelles, pour adopter celles du
plus grand nombre.
On l'a bien vu, à propos du renvoi de la
classe de 1908 ; on le verra, sans doute, au-
jourd'hui, à propos d'un article important de
là loi des finances, visant la détaxe des sucres.
A l'unanimité, la commission du budget
s'est prononcée contre la disposition pronon-
cée par le ministre des finances et, dès hier
soir, on apprenait que le gouvernement — qui
avait d'ajbord paru intraitable — transigeait, se
mettait d'accord avec la commission du bud-
get.
Tout cela est fort bien ; c'est de la bonne
politique de stabilité ministérielle et d'équili-
bre gouvernemental ; mais est-ce là gouver-
ner ?
GIL BLAS,
mm ■■ n
Echos ,
les Courses
Aujourd'hui, à 2 heures, courses à Saint-Ouen.
Pronostics de Gil Blas :
Prix de VAllier. — Oms, Etendard III.
Prix du Morvan. — Hamed, Va Bon Train II.
Prix de la Margeride. — Laverrière, Querelle.
Prix du Nivernais. - Stradivarius, Castelloubon.
Prix Killarney. - Violon II, Choisy le Roi.
Prix du Cher. - Priola, Paullinio.
Le temps d'hier.
Lundi soir. — De faibles averses ou des gouttes
sont tombées hier soir vers 1 h. 10, 2 h. 20 et 3 h.
soir. Ce malin, le ciel reste couvert ou très nua-
geux ; les courants sont assez forts de ouest à
jiord-ouest près du sol et dans les régions basses
e l'atmosphère.
La température reste fraîche.
fOUR OU CONTRE JEANNE D'ARC.
Est-ce qu'on ne va pas bientiôt la laisser
tranquille, cette infortunée Jeanne d'Arc ? Elle
a été assez malheureuse durant sa vie courte
et utile. Elle mérite bien de rester paisible-
ment dans la mort. ,
Autant le sénateur Joseph Fabre avait rai-
son de faire voter par ses collègues une fête
nationale de Jeanne d'Arc, alors que person-
ne ne songeait à considérer Jeanne d'Arc com-
me le précurseur du colonel Marchand, autant
il est inopportun maintenant de vouloir faire
voter par les députés l'institution de cette fête.
Depuis dix ans, le Sénat a voté. Pendant dix
ans, la Chambre est demeurée insoucieuse de
Jeanne d'Arc. Cela suffit. N'insistons pas. Il
est trop visible qu'aujourd'hui le vote de la
Chambre sera un vote de combat, c'est-à-dire
un vote d'actualité.
Jeanne d'Arc est déchiquetée par les gens
de tous les partis. A Rome, on s'occupe de la
béatilier ou de la sanctifier. A Paris, on choi-
sit Jeanne d'Arc comme la sainte laïque du pa-
triotisme. Les uns voteront pour Jeanne d'Arc
parce qu'ils voient en elle une cléricale. Les
autres voteront pour elle, justement pour ne
pas la laisser « accaparer par les cléricaux ».
Tels voteront contre elle parce qu'elle est une
fois de plus la prisonnière du clergé. Tels vo-
teront pour elle à cause de Cauchon et parce
que c'est là un mauvais souvenir pour les cu-
rés et qu'il est toujours amusant d'évoquer.
Tout cela est puéril. Je vous demande si ce
n'est point grotesque. Et je n'ajoute pas que
quelques députés, peut-être, voteront contre
Jeanne d'Arc parce qu'elle est patriote. Cela
deviendrait donc odieux.
Ni Jeanne d'Arc, ni le patriotisme ne gagne-
ront quoi que ce soit à cette fête, sans comp-
ter qu'au lendemain du vote de la loi, on pour-
ra instituer des tas de fêtes nationales qui ne
seront pas beaucoup moins justifiées que la
fête du patriotisme. La fête de la science, la
fête de l'art, la fête de la beauté, la fête de
la solidarité, la fête de ceci, la fête de cela,
et patati, et patata, me paraissent absolument
s'imposer dans notre république athénienne,
autant que démocratique. On n'en finira plus !
Allons ! allons ! soyons sérieux 1 Vive Jean-
ne d'Arc et laissons-lui la paix I
J. Ernest-Charles.
Dix francs gagnés.
M. Clemenceau apporte surtout au Conseil
des ministres une belle humeur et un esprit
qui rappellent le brillant polémiste qu'il fut.
On cite des anecdotes. Celle-ci, par exemple.
L'autre jour, il remarque, parmi les dossiers
qu'on lui soumet, une lettre de la commune de
X. demandant que le gouvernement se fît re-
présenter à l'inauguration d'un groupe sco-
laire.
— Cent sous que Dujardin-Beaumetz accepte-
ra d'y aller, glisse-t-il à l'oreille de M. Cail-
laux.
- Dix francs qU11 n'ira pas.
M. Cemenéeau, d'un air grave, donne lec-
ture de la demande. Tour à toui, MM. Briand,
Barthou, Sarrault, se récusent. Alors, M. Cle-
menceau, les yeux fixés sur le sous-secrétaire
d'Etat aux beaux-arts, prononce :
— Il importe cependant, Messieurs, que le
gouvernement de la République soit repré-
senté dans cette commune qui., dans cette
commune que.
M.Dujardin-Beaumetz essaie en vain d'échap-
per au regard du président du conseil. Il se
décide enfin : >
— Si vous croyez qu'il faut quelqu'un, mon
cher président.
—Mais mon cher ami, vous rendriez un
grand service.
— Soit, soupire M. Dujardin-Beaumetz. je
représenterai le gouvernement de la Républl-
que.
Et lorsque les ministres se lèvent. le con-
seil terminé, dans le brouhaha du départ, on
entend la voix de M. Clemenceau :
- Eh ! Caillaux. Vous me devez dix francs.
Le portefeuille. f
Trouver des documents politiques, et les
rapporter, n'est pas aussi rare qu'on le suppo-
serait, à voir les dossiers qui se publient par-
tout. Et tous les Français ne sont pas des mou*
chards. Il en est qui. mis par hasard en pos-
session de papiers secrets, les rapportent sans
s'en vanter, simplement parce que ces papiers
ne leur appartiennent pas.
La chose est arrivée à M. Albert Sarraut,
l'aimable sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur,
qui oubliait, samedi soir, dans un fiacre auto-
mobile dont il avait négligé de prendre le nu-
méro, une serviette en maroquin contenant
des papiers importants.
M. Lépine, préfet de police, aussitôt infor-
mé, avait demandé à tous les Chefs do poste
de Paris de le prévenir d'urgence si le pré-
cieux maroquin était rapporté' chez eux. L'é-
moi, au miwistère, était vif, Mais, paisiblement,
le loueur vint, à la première heure du lende-
main, rendre la serviette. Il aurait pu, s'il
avait été de son temps, l'aller vendre à quelque
clan politique. Il préféra ne pas même l'ouvrir.
-x-
La dernière épttre.
,. Un rédacteur de la Patrie ayant demandé au
général do Galliffet son opinion sur le renvoi
anticipé des classes 1903 et 1904, a reçu de
l'ancien ministre de la guerre le. billet que voi-
ci : -
Au rédacteur du journal la Patrie qui m'a, ce ma-
tin, interrogé par téléphone, voici ma réponse :
Remède : renvoyer les députés dans leurs foyers,
et garder les Classes dans leurs chambrées — tout
ira bien.
Salut,
Général de GALLIFFET.
Remarquez que M.de Galliffet dit : « Salut »
sans ajouter : « et Fraternité. » C'est qu'il se
rappelle 71. Constatons, au demeurant, que sa
réponsa ne manque pas de quelque bon sens.
Il est des vieillards qui vendent de la sagesse.
X-
Sur Gounod.
Une dernière anecdote, avant que les fleurs
ne soient fanées, qui s'épanouissaient, hier,
autour de son buste.
Gounod n'était pas toujours d'humeur aussi
sévère. Il ne manquait paé d'humour et même
ne détestait pas la mystIfication:
Un soir, à l'Opéra, raconte M. Camille Bel-
laigue — sur qui le maestro a dit Ge joli mot :
« Je l'aime depuis l'enfance de son père », —
un soir, Gounod était dans sa loge. Un jeune
homme nouvellement admis en présence du.
maître se tenait timidement à ses côtés. Il
tremblait et n'osait parler. On jouait Faust, et
la scène de la fenêtre se déroulait.
Soudain, tandis que le hautbois dessinait
son contre-chant célèbre, Gounod se précipita
sur le jouvenceau terrifié, et lui dit, d'une voix
haletante :
-- Sentez-vous, jeune homme, sentez-vous
des cheveux de femme dans votre cou ?
Regrets.
Nous avions annoncé la résiliation, par l'E-
tat, du bail de la société qui occupait le petit
bâtiment du jeu de paume sur la terrasse nord
des Tuileries et avions émis le vœu que cet
édifice, construit sous le second Empire pour
le jeu de paume du prince impérial, fût démo-
li.
Il n'en sera rien. M. Redon, architecte du
Louvre et des Tuileries, annonce que cette
horrible masure va seulement changer de dês-!
tinat.ion. On l'affectera désormais à des expo-
sitions artistiques dont la première aura lieu
ce mois-ci. [
Mais, combien plus artistique serait-il de -
supprimer ces bâtiments qui barrent la pers-
pective, enlaidissent les Tuileries S La place ne
manque pas pour les Expositions, et les cimai-
ses abondent où les croûtes trouvent l'accro-
chage !
La Fête des Fleurs.
D'après les indiscrétions commençant à se
faire jour, la « FÊTE DES FLEURS » des 7 et 8
juin, nous réserve de véritables surprises. On
sait, en/effet, que les voitures automobiles, se
prêtant si facilement à une superbe décoration
florale aussi bien que les plus beaux attela-
ges, auront accès, comme ces derniers, dans
l'enceinte de la Fête ; et déjà nos maîtres ès-
fleurs élaborent leurs plus artistiques motifs,
ce, pendant que les couturiers et les grandes
modistes mettent la dernière main à des mer-
veilles d'élégance. -.. -.
Le défilé nous révèlera donc dans ce cadre
Si bien appropria, les ultimes créations de la
Imode.
-x-
Progrès fâcheux.
Voici la dernière nouveauté, utile surtout
aux journalistes et aux hommes d'affaires :
c'est le phonographe reporter. »
Il s'agit d'une machine parlante qui peut se
mettre dans la poche. Quand un reporter va
interviewer un personnage notoire, il élève la-
dite machine entre sa victime et lui-même,
puis commence son interrogatoire. L'interview
est ainsi fidèlement enregistrée par l'instru-
ment, qui la peut répéter autant de fois qu'on
le désire.
Mais, avec ce système, plus de démenti pos-
sible ! Cette mécanique sera très mal vue dans
les milieux politiques.
Aux chanteurs, acteurs et orateurs 1
Enthousiasmée par la méthode d'éducation
physiologique de la voix, qu'applique le sa-
vant laryngologiste, docteur Pierre Bonnîei,
Réjane a eu un joli geste.
Elle a prêté son théâtre à l'éminent médecin,
qui, chaque mardi et vendredi matin, de 10
heures à midi, explique à qui veut bien l'écou-
ter, les règles physiologiques de la phonation,
la pose rationnelle de la voix et les moyens de
chanter et de parler longtemps et loin sans
effort.
On peut auditionner. Entrée libre pour tout
le monde.
L'Exposition Chardin-Fragonard.
De retour de Londres, M. Armand Dayot,
directeur de Y Art et les artistes, nous en rap-
porte la bonne nouvelle, qui sera, dans quel-
ques jours, officielle, que M. Pierpont Morgan,
le célèbre collectionneur américain, a consen-
ti à se dessaisir, pour la belle exposition qui
s'ouvrira le 11, de plusieurs de ses toiles de
Chardin et de Fragonard. Lesquelles ? M.
Dayot n'est pas encore fixé sur ce point, car
l'illustre Yankee voyage en ce moment en Ita-
lie, mais le prêt a été néanmoins consenti el
les deux admirables maîtres' vont être merveil-
leusement représentés.
En outre, M. Dayot Tapporte de son voyage
un certain nombre de sépias, de pastels et de
miniatures qui prendront place à côté des
grandes toiles. m
L'exposition comprendra également plu-
sieurs vitrines où seront disposés les palet-
tes, pinceaux, etc., ayant appartenu aux cé-
lèbres peintres, et d'une façon générale, les
objets familiers dont ils avaient coutume de
se servir. On y verra, en particulier, les fa-
meuses lunettes du bonhomme Chardin, qu'il
a peintes dans une de ses toiles les plus fa-
meuses.
Ce sont de lourdes et grandes besicles mon-
tées sur fer, et d'un poids respectable. Cette
pièce documentaire, d'une valeur unique, ne
sera pas l'une dos moins admirées.
-.x-
L'Exposition maritime de Bordoaux.
Lors de l'inauguration do l'Exposition, le dé-
puté de Bordeaux, M. Charles Chaumet, pre-
nant la parole — comme représentant la cir-
conscription où se trouver l'Exposition, et com-
me président du Comité bordelais de la Ligue
.Maritime, vante Bordeaux et ses séductions
de toutes sortes et fait ressortir combien a été
heureux le choix de cette belle cité pour y te-
nir les assises de la grande manifestation in-
dustrielle qu'on vient d'inaugurer.
Lés vêtements d'EJé, munis de devants indé-
formables peuvent être portés ouverts sans
prendre de mauvais plis. Ils conservent tou-
jours leur élégance.La Maison PARIS-TAILLEUR,
8, rue du Louvre, a seule le monopole de ces
devants qu'elle met dans tous ses costumes,
môme celui fait sur mesure à 65 fr.
-x-
Dans une sacristie :
Le marié à sa nouvelle épouse :
- On étouffe, là-dedans ; c'est bien la der-
nière fois que je me marie ici 1
Le Diable boiteux.
■■ ■ m m m ■■ ■
Propos du Jour
L'escrime et les Métèques
Voici la grande semaine des armes terminée, et,
enfln, plutôt bien que .nai, puisque notre équipe
nationale a une fois de plus prouvé notre supério-
rité de race dans le combat, en écrasant les équipes
étrangères.
Les Belges, dont on nous faisait un épouvantail,
ont été battus par 25 touches à 15, soit 10 points,
ce qui est énorme en pareil cas. Le sort des An-
glais, pourtant bien entraînés, fut encore plus
triste : 25 touches à 12, plus que doublés !
Des autres nous ne parlerons pas, sinon rçour
louer la parfaite courtoisie, la cordiale loyauté,
la belle tenue des officiers hollandais et grecs qui
les composaient. On ne compte pas les coups avec
de si sympathiques adversaires.
Le principal mérite de notre victoire revient sans
conteste au capitaine de notre équipe, Lucien Gau-
din. Dans la vie de ce jeune homme de vingt ans,
ce tournoi constituera une belle .page, qu'il pourra
relire avec fierté.
Nous le connaissions déjà depuis deux Qni
comme un tireur admirablement ('oué et instruit,
avec ce petit je ne sais quoi, cette flamme artis-
tique qui caractérise le grand tireur. La semaine
dernière, sur cette réduction de champ de bataille
que faisaient les luttes internationales, il a révélé
des qualités autrement rares et précieuses, celles
du chef : le sang-froid, l'énergie, le jugement sain
des ressources de l'adversaire et de la tactique à
employer, èt enfin l'autorité, sans laquelle toutes
les autres ne servent-de rien.
Dans les moments difficiles, il a littéralement
enlevé sa petite troupe, que de mauvais pronos-
tics avaient rendue un peu hésitante.
Sans rien exagérer, il est donc permis de lui
savoir gré d'avoir conservé, dans son rayon d'ac-
tion, la bonne renommée de notre race, dans un
exercice en armes, un peu supérieur tout de même,
au point de vue combatif, à une gymnastique quel-
conque et sans idéal.
Mais que dire de cette tendance de notre public
à se montrer favorable à nos adversaires étran-
gers ? Et ne prenez pas cela pour de la courtoisie.
Non, l'intention était nettement hostile à nos
champions. On les déclarait nuls à tous points ae
.vue, comme moyens, comme '-savoir et même
comme tenue.
Je me souviendrai longtemps d'un brave dame
assise derrière moi pendant la rencontre anglo-
française, et qui s'extasiait sur la correction, l'élé-
gance - et quoi encore ? — des champions bri-
tanniques. Or à ce moment précis, le pâle et blond
insulaire qui tirait sous nos yeux, portait le bas
de son pantalon rentré dans des chaussettes tire-
bouchonnant sur 'e cou-de-
anglais ? je ne m'en serais jamais douté. Il est
vrai qu'à l'Opéra.
Pour les Beiges, c'était du délire. L'un d'entre
eux avait gagné le tournoi individuel. Notez- qu'il
s'est formé et entraîné pendant quatre ans à Pa-
ris dans une de nos meilleures salles, dont il est
même, je crois, président.
Nos métèquee amateurs n'en considéraient pas
moins sa victoire comme un présage certain de
la défaite de notre équipe !
Cet enthousiasme intempestif l'a même empêché
de figurer dans son équipe nationale, des protes-
tations s'étant produites au point de vue sportif.
Ah ! le point de vue sportif, en voilà une scie l
Chaque fois qu'il y a une bonne absurdité à dire
ou à faire, vous pouvez être sûrs de le voir invo-
quer. C'est au nom du sport que l'on a empêche
co brave Edom, Belge,' de tirer dans l'équipe belge,
alors- qu'oa l'avait laissé tirer pour représenter
Paris dans une équipe de salle d'armes, et portant
le brassard à nos couleurs 1
Tâchons donc d'être de notre pays et de parier
notre langue, .quand ce ne serait que pour com-
prendre un peu ce que nous disons.
Pourquoi, après que la musique a joué la Mar-
seiïlctise, nos tireurs crient-ils : « Hip ! Hip ! Hur-
r&h 1 » comme s'ils étaient nés à Oxford ? Alors
que les Grecs, par exemple, crient en leur langue :
« Zito 1 »
C'est absurde et choquant. Une troupe de gens
d'épée français n'est pas une bande de jockeys et
de cockneys d'Epsom.
Notre langue, universellement employée par
tous les diplomates, est-elle devenue si pauvre que
l'on n'y puisse plus trouver un cri d'armes ?
Et quand ce ne serait que : France ! C'est un
mot qui n'a jamais donné envie de rire nulle part
quand il était lancé par six hommes ayant râpé!"
à la main, et. prononcé avec l'accent qu'il convient.
Louis d'Hurcourt.
* —
La Marine française
L'opinion de lord Brassey. — La quatrième puis-
sance maritime du monde et peut-être la cin-
quième. — Forces comparées. — Notre
décadence.
J'entre tout de suite dans le vif du sujet.
Chaque fois qu'il est question à la Chambre ou
au Sénat de la situation de notre flotte de guerre, le
ministre de la marine, quel qu'il soit, ne manque
pas de dire :
« La France, qui est toujours la seconde puis
« sance navale du monde. Pour garder notre rang,
« le deuxième, messieurs, et immédiatement après
« l'Angleterre, nous devons. »
Et le pays, rassuré par les paroles gouverne-
mentalea, continue de croire que l'affirmation est
vraie et de dormir dans une quiétude parfaite.
Pour connaître d'une façon précise notre impor-
tance maritime, ce n'est pas au ministre de la ma-
rine qu'il faut s'adresser. Quel qu'il soit, je le ré-
pète, il emploie devant le Parlement une formule
consacrée qui était exacte il y a à peine 8 ans, mais
qui ne l'est plus aujourd'hui,.quî est en contradic-
tion formelle avec la réalité des choses et qui ne
vis-e pas d'autre but que celui de ne pas écrairer
l'opinion publique. Nous en sommes toujours là,
en effet, que les ministres ont peur de ne pas pro-
clamer la vérité. Ils se figurent que la bonne poli-
tique consiste à répondre toujours : « Tout va
bien. Il ne manque même pas un bouton de guêtre. M
Nous devons pourtant savoir ce que nous coûte
l'optimisme offioiel qui, chez nous, est de tous les
temps et de tous les régimes.
Non, ce a'est pas notre ministère de la marine,
mais bien l'étranger que nous devons consulter.
Or, voici comment les Anglais apprécient notre-
force navale. Le Naval Annual, c'est-à-dire l'an-
nuaire naval de lord Brassey, la seule publication
maritime qui fasse autorité dans le monde entier,
s'exprime ainsi, sous la signature de son auteur
(édition de 1907, page 139) :
« Un très grand changement des forces navales
« comparées résulte de ce fait que les Etats-Unis
« sont devenus, cette année, la seconde puissance
« maritime du monde. Les Etats-Unis ont main-
« tenant vingt-deux cuirassés de premier rang en
« service, tandis que l'Allemagne n'en a que vingt..
« A moins que la France ne se remue beaucoup,
« la flotte japonaise ne tardera pas à être supé
« rieure à la sienne. La flotte française souffre du
« temps énorme qui est consacré à la construction
« des navires en chantiers. Une trop grande part
« des crédits des constructions neuves est affectée
« aux sous-marins et aux torpilleurs. »
C'est net. Lord Brassey ne nous met au'à la qua-
trième place, en ajoutant que cette place nous sera,
a. bref délai, enlevée par le Japon. Or, à cette heure,
le Japon est plus fort que nods. Sa flotte est, en
effet, mieux exercée que la nôtre, compte plus
d'unités de valeur et porte une artillerie bien meil-
leure. Les Allemands ne se gênent pas pour nous
le dire.
En forces de première ligne, les seules qui comp-
tent, lord Brassey classe ainsi les -iations mari-
times :
1° Angleterre : 50 cuirassés plus 5 en construc.
tion-;
2° Etals-Unis : 22 cuirassés plus 5 en construc-
tion ; -
30 Allemagne : 20 cuirassés olus 6 en construc-
tion ; -
40 France : 12 cuirassés plus 10 en construction
(déduction est faite du lêna).
50 Japon : 11 cuirassés plus 2 en construction ;
60 Italie : 5 cuirassés plus 3 en construction ;
70 Russie : 4 cuirassés plus 4 en construction.
Les croiseurs-cuirassés de première ligne ne
sont pns, à proprement parler, des bâtiments de
combat, car ils n'ont pas assez de grosse artillerie.
L'Angleterre en a 42 ; nous en possédons autant
que les Etats-Unis, 11, et 5 de plus que l'Allemagne,
mais ceux des Allemands sont autrement solides et
armés que les nôtres, qui font avaries sur avaries
le Japon en a neuf à la mer. Viennent ensuite
l'Italie avec 3 et la Russie avec 2.
On voudra parler sans doute des petites unités,
contre-torpilleurs et sous-marins ?
L'Angleterre compte en service 115 « destroyers u
de 300 à 893 tonneailx de déplacement ; l'Alle-
magne 72, de 300 à 560 tonneaux ; la France, 37
seulement, de 300 à 430 tonneaux, et tous sont loin
d'être en bon état ; le Japon, 46, de 307 à 374 ton-
neaux.
Comme sous-marîns, nous allons perflre notre
avance : l'Angleterre dispose déjà de 39 unités,
dont beaucoup sont plus grosses que les 45 que
nous possédons en apparence, car la moitié est à
peine mobilisable. Les Etats-Unis et l'Allemagne
commencent seulement à en construire.
Toutes ces statistiques sont tirées du Naval An-
nual : Elles nous permettent de mesurer la pro-
fondeur de notre chute. Comme puissance mari-
time, nous n'existons plus. <-
Charles Bos.
———————
Victime du Devoir
'———— or
Nous avons raconté comment M. Monniot
avait été grièvement blessé en voulant monter
en pleine marche sur une pompe à vapeur qui
passait, rue de Trévise, devant son domicile,
au moment où il en sortait.. Le malheureux of-
ficier de paix avait été transporté à l'hôpital
Lariboisière, où le docteur Dujarrier, succes-
seur du professeur Poirier, avait procédé à la
réduction d'une fracture de l'os iliaque. M.
Monniot qui avait été chloroformé, est mort
pendant l'opération. On attribue son décès à
une embolie, et on suppose que, par suite de
la compression de l'artère fémorale déterminée
par le poids de la pompe à vapeur, un caillot
de sang, rentré dans le torrent circulatoire, se-
ra remonté au cœur.
M. Lépine, préfet de police va demander au
conseil municipal que les obsèques de M. Mon-
niot soient célébrées aux frais de la ville. A ce
propos, on dit que le fonctionnaire défunt ne
peut pas être considéré comme une victime du
devoir « parce qu'il n'est pas mort en affron-
tant un danger. »
Ainsi, voilà un officier de paix qui sort de
son domicile pour aller prendre son service.
Il voit passer la pompe à vapeur. Il pourrait
la laisser continuer sa route : rien ne dit que
le feu soit dans l'étendue de sa juridiction. Il
pourrait encore l'arrêter au passage, se ren-
seigner, et prendre place sur la voiture seule-
ment dans le cas où l'incendie serait dans son
quartier. M. Monniot ne calcule pas. Il y a un
sinistre. Il ne réfléchit pas. Il obéit à un
instinct. Il doit aiier au sinistre, ~çt 7 aller le
plus tôt possible. Il ne songe même pas à re-
tarder d'une minute la pompe à vapeur pour y
monter. Il court, et saute en pleine vitesse sur
le marche-pied. C'est le terre-neuve qui se jet-
te à l'eau. C'est le chien de chasse qui s'élance
sur les fumées de la bête. Oui, c'est l'instinct
Mais comment s'appelle-t-il, sinon l'intact
du devoir ?
Il n'a pas affronté de danger ? Naturellement.
Il ne s'est même pas demandé, daris; son mou-
vement spontané, s'il pouvait y avoir danger à
sauter sur la voiture en marche. Il y aurait
songé qu'il aurait sauté quand même. Et au
surplus, c'est-à un incendie qu'il courait. N'y
a-t-il donc jamais de danger, dans les incen.
dies ?
Il me semble, à moi, que la société a con-
tracté une dette envers les êtres chers que
laisse derrière lui ce brave homme. J'aime à
croire que tout le monde se ralliera à M. Lépi-
ne pour ne pas la laisser en souffrance. Il se-
rait indigne de la Ville de Paris de s'abriter
derrière je ne sais quelles subtilités pour ne
pas manifester à une veuve ainsi frappée en
pleine jeunesse, sa sympathie effective, et
cela non pas, naturellement à titre de secours,
mais comme une insuffisante, hélas ! et res-
pectueuse compensation à son malheur.
Georges Priee.
Une Classe moyenne
Pères de famille français !
Vous qui voulez ouvrir l'accès
- D'une libérale carrière
A vos fils. -gardez-vous en bien f
Ça ne vaut plus rien. moins que rien :
Faites donc machine en arrière !
Vous alliez, dans vos noirs desseins,
Les faire avocats, médecins,
Statuaires, peintres. que sais-je 1
Ou bien — jusqu'où n'alliez-vous point ! —
Les lâcher sur le contrepoint,
Et l'harmonie et le solfège !
Sachez que pour quelques veinards
Qui gagneront gros dans leurs arts
Et qui tiendront toute la place,
Tous les autres végéteront
Et par les contrôleurs seront
Taxés comme moyenne classe.
Alors pouvez-vous oublier,
Qu'hier, notre Grand Trésorier,
Lâchant les coutumes anciennes,
A déclaré que les impôts
Allaient retomber sur le dos
Exclusif des classes moyennes P
Or, les moyennes, ce sont ceux
Qui ne sont pas tout à fait gueux
Ni tout à fait millionnaires,
Qui ne peuvent tenir cachés
Les quelques mille francs touchés
Pour leurs modestes ordinaires.
Leurs noms — certes ! c'est très flalteur!-
Chez l'ironique percepteur,
Rempliront, seuls, toutes les listes.
Caillaux en fit l'aveu complet :
Par les mailles de son filet
S'échappent les capitalistes 1
Dooo, évitez, sages papas,
A vos fils ce sort sans appas. -
Qu'ils soient riches, s'ils sont pratiques,
Tels un marchand de Chicago,
Ou pauvres, comme an hidalgo
De 7os poètes romantiques.
Il leur faut jouer au plus fin :
'Millionnaire ou meurt-de-faim.
Des tas d'or ou pas cinq centimes.-
A moins que CaiHaux converti
N'adopte le meilleur parti
De moins limiter les victimes^
Octave Pradels. 1
■■ M 11 ■ * m » ■ -
Le vrncès. des
anarcJlistes esppls
L'attentat contre Alphonse XIII
Hier ont comparu devant les juges de Ma-
drid les noifimés Ferrer, Nakens, Iparra,
Mayoral, Martinez, Mata et la femme Concep-
cion Perez, accusés 3e complicité dans l'atten-
tat du 31 mai de l'année dernière, calle Mayoc
et dont on trouvera les détails ci-après :
Ferrer eh Nakens retiennent tout l'intérêt
car on les accuse nettement d'avoir procuré à
Morrales les moyens d'accomplir son crime.
(Les autres sont de malheureux comparses,
qu'un hasard néfaste a placés sur le chemin du
régicide.
On sait que Ferrer n'est gardé en prison de-
puis un an, que parce qu'il avait confié à Mor-
rales le poste de bibliothécaire des écoles qu'il
dirige à Barcelone ; quant à Nakens, le journa-
liste républicain, directeur du Motin, à Ma-
drid, il est accusé de complicité parce que
Morrales est venu chercher asile chez lui,
après avoir lancé la bombe.
Par des -conférences, par une énergique
campagne de presse, les politiciens espagnols
ont essayé de démontrer l'innocence de Fer-
rer, victime des contingences.
Pour Nakens, les apparences semblent con-
tre lui, quoiqu'il soit prouvé qu'il ignorait
totalement Morrales avant que celui-ci ne vînt
le trouver une fois son crime accompli. Mais
enfin, il lui a donné asile et, en Espagnol de
vieille souche, il n'a pas dénoncé l'homme qui
se réfugiait sous son toit. Tel est le grief que
M. l'avocat général Becerra del Toro, brandit
contre lui.
Nakens est pourtant l'homme le plus doux,
le plus pacifique de la péninsule. Dans les
innombralbles articles qu'il a signés, on n'a
jamais relevé la moindre exhortation à la vio-
lence, la plus petite apologie de la propagan-
de par le fait.
Nous sommes heureux de pouvoir publier
une lettre qu'il adressait à la reine Christine,
en 1898, pour lui demander la grâce de deux
condamnés.
Puisse ce document, en passant de nouveau
sous les yeux de la souveraine, lui rappeler
qu'elle se donna jadis la joie de pardonner et
l'inciter à user de sa bénéfique influence pour
obtenir de son fils la grâce de son solliciteur
révolutionnaire 1
Berthe Delaunay.
Lettre de José Nakens à Sa Majesté
la reine Christine, régente du
royaume d'Espagne
Madame,
C'est comme suppliant que se présente aujour-
d'hui à Votre Majesté l'humble signataire de cette
lettre. Il vient solliciter de votre justice que vous
consentiez à apposer votre gceau royal sur le re-
cours en grâce des nommés Francisco et Vicente
Perez Guttierez, récemment condamnés à mort par
le tribunal de Valence.
Aprèe avoir attentivement et impartialement étu-
dié leur cause et recueilli tous les renseignements
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