Titre : Le Matin : derniers télégrammes de la nuit
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1905-05-11
Contributeur : Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 11 mai 1905 11 mai 1905
Description : 1905/05/11 (Numéro 7746). 1905/05/11 (Numéro 7746).
Description : Note : 3ème édition. Note : 3ème édition.
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/04/2008
Vingt-Deuxième Année. –Nd 7746
V- Jeudi 11 Mai
SEUL JOURNAL FRANÇAIS RECEVAKT PAR FILS ^PÉa8âOXl.ES DERNIÈRES NOUVELLES DU MONDE ENTIER
1^& ISflpessIffliis
D'UN
{On se, rappelle l'extraordinaire aventure
Se ce -colonel Arthur Lynch, un Irlandais; (lui
s'engagea dans les rangs des Boers, fut, d ia
tête d'un commando, un des acteurs les plus
fougueux du grand drame récent, puis, la
guerre finie, apprit que ses compatriotes de
Galway l'avaient élu député, 'décida crâne-
ment d'aller siéger, à Westminster et fut air-
rété dès' sôn .débarqivenaent à Londres, tra-
duit devant la justice pour crime de lèse-pa-
trie, enfin condamné à mort et gracié après
un an de détention.
Ce sont les impressions de son séjour dans
lés, prisons angtaises que ce curieux person.
nage, véritable héros de roman, a décrites
pour Les Lecteurs du Matin. Les voici
Condamnation à mort, puis à la déten-
tion à vie,.puis à un an de prison. Com-
bien d'émotions, de souvenirs poignants
• ces phrases évoquent, et combien il est
difficile, .dans un court article do jour-
rial, d'en donner au lecteur une idée
.quelque peu adéquate à la réalité
Lu. colonel Arthur Lyxcii,
chant bien -ce- qui m'y .attendait, au lieu
de rester Paris, ou je me trouvais en
Dans mon esprit, la raison en fut sim-
ple. J'avais consenti à me laisser élire au
Parlement comine représentant d'une
vifle d'Irlande,, et, si. j'avais. refusé d'as-
sumer' les.risques aussi bien que les pri-
vilèges. d'un tel mandat, j'aurais donné
un mauvais exemple' et fait baisser le
prestige des Irlandais, devant le monde.
̃Les Boers eux-mêmes .avaient 'fini par
-accepter d'entrer dans l'empire britan-
conclus que, pour le mal
Ou. pour le bien; nia destinée était liée à
celle de cette nation et que mon devoir
était dorénavant de faire valoir, par mon
influence, si faible fût-elle, las idées li-
bérales qui avaient guidé ma vie. Ma
lettre au speaker de la Chambre des com-
aminés fut donc l'expression sincère de
mes sentiments à cet égard.
Pendant quelques jours avant mon dé-
part de Paris, je fus filé par des agents de
police anglais la maison où j'habitais
était d'ailleurs étroitement surveillée. A
iia gare Saint-Lazare, au moment où je
pris place dans le train, des agents de la
police secrète tentaient de me reconnaî-
tre, d'après une assez mauvaise photogra-
phie qu'ils examinaient sous la lumière
d'une lampe. A. notre arrivée à Dieppe,
un agent dont, autrefois, j'avais.fait la
connaissance, prit place en face de nous;
ei, en descendant, à Londres, il me fit
'part; très poliment, de.son mandat d'a-
mener je partis avec lui, dans un fiacre,
§>our Bow street.
Cl'est déjà une vieille histoire que celle
3e ma comparution devant le juge de
Bôw street et de ma détention préven-
tfcive dé huit mois, en attendant le procès
.définitif, devant la Haute-Cour.
J'ai fait allusion plus haut à la politesse
de l'agent. chargé de mon arrestation. Je
dois ajouter qu'auprès du personnel,
tant du tribunal que de la prison, je n'ai
,Jamais trouvé qu'une considération par-
faite et une courtoisie même dont je suis
xeconnaissanti? La plupart de ceux qui
avaient mon affaire. en mains étaient Ir-
landais^ jusqu'aux avocats mêmes repré-
sentant la couronne. Certains d'entre eux
étaient même des « sympathiseras » et me
Jlrént part de leurs sentiments nationa-
listes i
Les huit remiers mois, que je passai
fen prison, 'a titre de prévenu,, ne furent
pas très pénibles à supporter. Tous les
jours, j'avais le privilège d'une visite de
ma femme et dé mes amis, et le gouver-
neur, de la, prison faisait le nécessaire
pour que la surveillance obligatoire du
gardien lût aussi peu encombrante que
possible. Certes, en dehors des heures
d'exercice, je passais tout le reste de ma
iQurnée dans une cellule très petite est
très obscure, où des dispositions avaient
été prises avec une malveillante ingénio-
sité pour empêchér d'entrer las quelques
rayons de soleil qu'aurait pu laisser pas-
ser l'atmosphère brumeuse de Londres.
J'avais apporté de Paris quelques, li-
vres de valeur, et, tout en bannissant les
idées noires et les tourments inutiles de
l'attente, je me livrais à des étudessé-
rieuses, surtout dans le domaine des ma-
thématiques. Mais cette application sé-
tre, dans des conditions déprimantes,
n"était nas exempte de mauvaises censé-
quences pour un homme privé de sa li-
fcerté, car de temps en temps je souf-
frais horriblement de névralgies. La cel-
lule, .en ces cas, devenait une espèce
d'enfer. et.il n'y avait pas moyen d'é-
chapper au supplice le docteur de la
prison ne connaissait, en effet, qu'un ra-
mède à ce genre de maux :.une prome-
nade à chevâl
̃ '>V.
Sans doute, 'mon procès n'est-il pas
oublié en France.
Je fus dûment condamné à mort. Quels
Iétaiént mes sentiments. en ce moment ?
Assez tranquilles, pourrais-je répondre.
Souvent, j'ai remarqué, que ce n'est pas
dans le moment psychologique des dra-
maturges que les émotions viennent
théâtralement à point. Pour moi, la ques-
tion était depuis longtemps déjà résolue
et classée. Dès ma décision de revenir
en Angleterre, j'avais eu une prévision
assez exacte du cours probable des évé-
nements, et je résolus, que rien n'ébran-
lerait ma fermeté, pas même la certitude
de la mort.
Pendant, la campagne sud-africaine,
j'avais d'ailleurs vu la mort de près
imis, sur le champ de bataille, ce n'est
pas la même chose. La mort survient su-
bitement, et puis,: dans le feu du com-
bat, on n'a pas le temps d'y penser. il
en va. autuement dans le morne silence
d'un cachot, où l'on iouillo, tes coins, les
recoins et jusqu'aux bas-fonds- de son
être.
Alors la mort est terrible, et nul cou-
rage ordinaire, nulle.de ces fanfaronna-
des de vanité qui sont capables de pro-
duira même des actes héroïques n'ont
plus cours. Mais l'homme trouve en lui-
même d'autres soutiens, presque incon-
nus auparavant. Il sent combien infime
est la vie individuelle dans la marche de
la nature et combien grandes et merveil-
leuses sont les forces qui planent au-des-
sus de notre vie, eut, dans ses aspirations,
il retrouve le calme.
̃̃ 'y'
A mon retour à la prison, après ma
condamnation à mort, j'avais dû endos-
ser l'affreux costume réglementaire des
forçats. Mes gardiens me montrèrent
des marques évidentes de leur sympa-
thie et me conduisirent dans la cellule
des condamnés à mort. La règle veut que
le condamné à mort soit accompagné
par deux gardiens qui ne le quittent pas
un instant, jusqu'au moment du dernier
supplice. Mais, léger adoucissement, on
ne s'oppose pas à. ce qu'ils s'entretien-
nent avec le condamné.
Mes gardions se laissèrent envahir par,
ta tristesse. Moi, je pris un livre et, tout
en lisant d'uii air distrait, je les écoutais
qui parlaient à mi-voix. Une conversa-
tien, typique Ils parlaient tout le temps
de,pendaisons, et j'appris, d'après leurs
dires, que cette mort est loin d'être aussi
rapide et aussi peu pénible que le veut
la tradition officielle.
Rappelle-toi, dit l'un, ce garçon
d'hôtel, celui qui avait tué sa maîtresse ?
En voilà un qui a résisté long-temps La
corde n'était pas assez longue, à mon
avis. Tu as remarqué quels efforts vio-
lents il faisait pour délier ses mains.
Et ce garçon boulanger, celui qui
avait tué et rôti son patron, et qui tenta
ensuite de se faire passer pour fou ?
En effet, celui-là n'avait pas. grand
courage. Nous avons dû l'apporter à l'é-
chafaud sur une chaise.
Et l'entretien se poursuivît sur cet
agréable sujet, jusqu à l'heure où jevdé-
autorités capables due me mettre à-mort,
car, malgré que. le pays. eût tout intérêt
à faire, oublier les détails de la guerre,
nies juges avaient fait tout leur possible
pour exciter les mauvaises passions de
la foule. Mais la souffrance m'avait en-
seigné la philosophie. Cela arrivera, dis-
je, que je dorme ou que je ne dorme pas,
et, dans le- premier cas, il;y, aura tou-
jours quelque chose de gagné. Et bien-
tôt je m'endormis tranquillement. Mais,
vecs.le milieu de la nuit, le gouverneur,
inquiet-à mon égard, vint frapper à la
porte de ma cellule. Il demanda aux gar-
diens comment je me portais, et il se
montra très satisfait que j'eusse pris le
parti de ne pas me tourmenter;
Le lendemain, le gouverneur vint en-
core il m'encouragea à prendre 'espoir.
Certes, les circonstances déprimantes
ne manquaient pas; Je ne pouvais faire
un mouvement sans être observé de
près. Même ma tranquillité passait pour
de l'insouciance. Une demi-heure d'exer-
cice dans une petite cour de la prison
constituait ma seule distraction.
Le surlendemain, je reçus la visite de
M. John Redmond, chef du parti irlan-
dais, qui m'informa d'un mouvement en
ma faveur parmi les,,citoyens des Etats-
Unis, surtout à Boston.. Il aîla jusqu'à
m'assurer que ma détention serait de
courte durée, et, à cet égard, je crois
pouvoir affirmer qu'à un certain mo-
ment c'était l'avis du gouvernement.
D'autres influences, qui n'étaient pas
exemptes d'inimitié personnelle, préva-
lurent, et j'ai dû passer une année de ma
vie au régime du solitary confinement
(régime cellulaire), c'est-à-dire que, tout
en étant, soumis à une surveillance de
chaque instant car, bien que le soleil
fût exclu de ma cellule, le gaz *y flambait
toute la nuit je n'avais pas le droit de
proférer un mot, excapté pour répondre!
aux questions qui me seraient adressées-
par les officiers de la prison.
xxx I
Six bois de ce régime-là suffisent gé-'
néraleihënt pour laisser une trace indé-
lébile dans la mentalité du condamné,]
et si je gardai, moi, mon esprit intact,
ce ne;fut que grâoe à une force de résis-
tance dont je ne me serais pas cru capa-
ble. '̃'
Dans: Une autre prison, celle de Lewes,
je fis la connaissance, de vue tout au
moins, de toutes sortes de criminels et
j'eus la curiosité d'essayer de deviner,,
[par l'étude de leur physionomie, la na-;
ture des crimes pour lesquels ils avaient
été condamnes. Ce fut même, pendant
un certain temps, ma seule distraction,
car j'étais alors privé de livres.
Plus tard, le régime auquel j'étais sou-
mis, s'adoucit quelque peu on me per-
mit de reprendre mes études de mathé-
matiques et'je trouvai aussi quelques li-
vres: intéressants dans la bibliothèque de
la prison.
Tous les instants que je pouvais dé-
rober au régime stupide et abrutissant
de la prison je. les donnais l'élude. A
force de piocher, j'avais même formulé
un plan de travail qui aurait bien em-
ployé mes 'facultés, sans que j'eusse be-
soin d'aucun livre.
Dans ma prison, je trouve, en faisant
le compte, que j'ai lu beaucoup d'œu--
vres de valeur et qu'en outre j'ai com-
posé plusieurs petits poèmes, un roman
assez long, des esquisses de diverses
idées littéraires, que j'ai complétées de-
puis, et aussi des travaux qui m'intéres-
saient énormément dans le domaine de
la psychologie.
Bientôt, accoutumé à la vie cellulaire
et trouvant encore parmi les officiers de
la prison des sympathies évidentes il
y avait, de l'avis de tous, quelque chose
d'absurde dans cette punition féroce
je cessai de spéculer trop sur la question
de ma libération. Un beau jour, cela ar-
riva à l'improviste et dans des circons-
tances.assez dramatiques.
Mais, bien que je ne fasse qu'effleurer
fe monde de mes souvenirs, il faut que
mon article prenne fin. Les impressions
qu'on vient de lire sont celles d'un hom-
me qui a été condamné à mort je ne
souhaite à aucun de mes ennemis de les
ressentir.
Arthur Lynch.
DE MIDI A MINUIT
,Les faits d'hier En France et à l'étranger.
A la Bourse de Paris, le 3 0/0 est testant,
ainsi que l'ensemble du marché.
Le général Pendezec, chef d'état-major gé-
néral'dë l'armée, accompagné des généraux
Joffre, Amourél, du Moriez, Marsy, Saba-
tier, Sdcillon et de Ferron, vient d'arriver à
Toulon pour inspecter; les batteries de la'
A Limoges, la gendarmerie a dispersé les
grévistes qui assiégeaient la maison de M.
Beaulieu. Ce dernier s'étant refusé à toute
concession; la grève continue*.
La digue du marais de Saint-Vincent,
Dax, a été emportée par les eaux de l'Adour
sur une longueur de 60 mètres. L'A Jour est
il 5*30 â' ISiix. La crue parait avoir atteint.
son maximum. ̃
Deux croiseurs de l'escadre de .Rb}cfest-;
vençky sont descendus jusqu'au cap Saint-
Jacques, au large duquel, croit-on, l'escadre
de Niebogatoff aurait passé. hier.
La célébration de la fête du 1er mai (style
russe) a été l'objet, à Saint-Pétersbourg et il
Reval, de réunions ouvrières qui n'ori't d'au-
leurs 'suscité aucun incident. A Bakou, la
police a saisi dés caractères d'imprimerie
destinés à une imprimerie clandestine.
Cent soixante médecins anglais, dnnt le
docteur Broadbent, médecin du roi Edouard,
AUTOMOBILE
LA COUPE DE LA MEDITERRANEE
En raison de la tempête qui s'est élevée sur
la Méditerranée, les canots ont sus-
pendu leur départ.
Mahon, 10 mai. -7- Par dépêche de notre en-
noyé spécial.. Les croiseurs Kléber et De-
saix ont fait une sortie cette nuit pour se
rendre compte de d'état de la mer.
Le De saix est allé à 100 milles au large, et
le Ktéber a croisé à 30.milles, Une bourras-
qui qui sévit au nord a forcé les deux croi-
seurs à regagner Manon. Ils sont rentrés au
port ce matin.
En manœuvrant, le Kléber a perdu son
ancre en rade, par suito de la rupture de la
chaîne.
Un vent violent souffle en Méditerranée.
La pluie commence à tomber. ,Il faudra at-
tendre trois jours au moins pour avoir beau
temps.
Le départ des canots automobiles pour la
croisière Manon-Toulon se trouve donc for-
cément suspendu.
Mais la population, mahonaise ne se dé-
partit aucunement de la joie enthousiaste
qu'elle a manifestée avec tant d'éclat en
1 honneur des concurrents de notre grande
épreuve. C'est ainsi qu'on s'occupe déjà d'or-'
ganiser un bal et d'autres divertissements
pour tâcher de fairo oublier aux hâtes de
la bonne et généreuse ville de Mahon la
maussaderie d'un ciel pluvieux et le contre-
temps imposé par la mer inclémente.
1 Le, due Santo-Mauro, président du Royal
Automobile Club d'Espagne, a adressé à M.
Leslonnat un télégramme de félicitations
pour la course Alger-Toulon Automobile, qui
démontre l'énergie éli le courage de la race
MERCÉDÈS-MERÇÉDÈS
sont partis de Londres pour Paris dans la
Au Sénat italien, M. Tittoni, répondant.
aux interpellations relatives il l'incilent de
Tripoli, a déclaré que les bruits qui ont
couru ne reposaient absolument sur rien et
que l'attitude du gouvernement français était
d'une correction inattaquable.
Le Reichstag a' ratifié la convention si-
griée à la conférence sanitaire internationale
de Paris, le 3 décembre 1903, par les repré-
sentants de l'Allemagne et de nombreuses
autres puissances.
̃ A la Chambre des députés autrichienne,
le comte Bylàndt-Rheidt a défendu le cabieet
précédent contre l'accusation d'avoir offrît
il des industriels de les faire entrer, à prix
d'argent, il la Chambre des seigneurs.
Le marquis de Cologan, ancien ministre
d'Espagne au Maroc, qui vient d'être nommé
ambassadeur à Washington, a quitté Tan-
ger son successeur, M. Llaberia, est arrivé
dans ce port, à bord du croiseur Rio -de la-
Plala.
Le roi de Siam a, sur les instances du poti-
vernement français, décrété l'aboli lion de
l'esclavage dans ses Etats.
Au cours .d'un banquet réunissant il '1;
hington les délégués au congrès inter'i^tio-
nal des chemins de 'fer, M. Taft, sous-socré-
taire d'Etat, a déclaré qu'il était opposé ou
rachat des chemins de ter-par l'Etat!
PRpPOS L'UN PARISIEN
,:Il existe dans notre législation tutélaire
une loi aux termes de laquelle les ouvriers
ont le droit de s'unir et de refuser de travail-
ler quand, pour une raison ou pour une au-
tre, et même sans raison, ils croient avoir
à se plaindre de leur patr,on.
.Cette même loi dit que l'autorité est tenue
d'assurer la liberté du travail, c'est-à-dire
d'accorder aide et protection aux ouvriers
qui, en temps de grève, veulent continuer
travailler.
Il va sans dire que les patrons doivent
bénéficier de la même protection.
Or, il se passe ceci à Limoges. Une usine
est mise en interdit par les ouvriers. Ces
derniers ont établi un cordon de sentinelles
autour de cette usine où se trouvent enfer-
més le patron, sa femme, quelques servi-
teurs et leurs enfants.
Les grévistes ont la prétention dé réduire
le. patron par la famine, ils refusent de lais-
ser passer les vivres, et un enfant de treize
ans, le fils du'concierge, étant sorti pour
aller chercher du lait destiné à ses petits
frères, a ;été frappé si brutalement par les
grévistes qu'il a eu deux côtes fracturées.
Tels sont les faits. Veuillez noter qu'il y
a à Limoges des'autorités un préfet avec
de la police et un maire perpétuellement oc-
cupé à' servir d'intermédiaire entre les ou-
vriers, epii ne veulent rien entendre, et4es
faire, lequel
ainsi le rôle du jobard inérrin-
Une question se, pose la loi, en France,
est égale pour tous, du moins, on le dit. Si un
patron avait les moyens de priver de nour-
riture des ouvriers pour les obliger à accep-
ter des prix de famine, l'autorité le laisse-
rait-elle faire ?
Non certainement. Alors, étant donné ce
qui'se passe à Limoges, il n'est pas.vrai
que la loi est égale pour tous. H. Harduin.
humaine et procure à l'industrie l'occasion
d'un nouveau progrès, et aux nations amies
le moyen de resserrer leurs liens par l'admi-
ration que provoquent l'intelligence, la
science et le courtage réunis.
A Toulon.
Tour,ou, 10 mai. Par déptche de notre
enuojfé spécial. Dès ce matin, une cer-
taine animation règne aux abords du port.
Sur la foi des journaux et des rumeurs an-
nonçant le départ des canots automobiles de
Mahon dans la nuit, il y a même, à partir de
jsQtidï, des embarcations qui se dirigent vers
où, la mer est un peu houleuse.
A cinq heures, une foule considérable est
groupée le long du port et des jetées; Toute
fumée qui apparalt au loin donne l'espérance
que c'est celle du Kléber.- Le désappointe-
ment est grand lprsqu'on apprend, sur le
tard, que l'état de la mer n'a pas encore per-
mis aux vaillants lutteurs de quitter le port
de Mahon. >
La ville reste décorée comme au premier
jour des fêtes. On attend les concurrents
pour leur faire un accueil enthousiaste.
Le retour de M. Thomson.
M. Thomson, ministre de la marine, est
rentré hier, à midi, à Paris, où, sur le quai
de la gare de Lyon, l'attendaient Mme et
Mlles Thomson.
Le ministre, qui nous a paru très dispos,
s'est déclaré enchanté de son voyage et des
belles fêtes auxquelles il venait d'assister.
Ces fêtes lui laisseront un souvenir d'autant
plus durable que celui de la réconciliation
définitive et cordiale entre les divers élé-
ments de la population toulonnaise doit y
rester attaché.
L'amiral Gigon, préfet maritime de Tou-
lon, qui vient assister au conseil supérieur
de ,la marine, est arrivé a Paris sn même
temps que le ministre.
ÉPISODE DE GRÈVE A LIMOGES
La gendarmerie refoule les grévistes qui assiégeaient
l'usine Beaulieu La municipalité réprouve les
violences et dégage sa responsabilité.
>•̃ (Phot. SauvAdet)
LA GARDE DE L'USINE BEAULIEU
Limoges, 10 mai. Dépêche particulière
du Matin n. Le siège de la maison Beau-
lieu est terminé. Ce matin, cent gendarmes
se sont rendus à l'usine de la rue d'Auzette
et, après avoir déblayé la rue, en ont barré
les deux issues. M., GerscheU, commissaire
central, -dirigeait le service d'ordre. Quel-
ques grévistes, ayant refusé, de circuler, ont
Mme Be.aulieu ot les personnes qui l'ac-
compagnaient ont pu quitter la maison, es-
cortées par trente gendarmes. M. Beaulieu
quitta également son domicile pour se ren-
dre à la réunion de la mairie.
L'usine est maintenant gardée par vingt-
cinq gendarmes qui empêchent de stationner
les grévistes et les curieux.
La réunion que nous annoncions hier a
eu lieu, à neuf heures, à la mairie. M. Beau-
lieu n'a voulu faire aucune nouvelle conces-
sion et est même revenu sur certaines pro-
positions qu'il avait faites depuis le commen-
cement de la grève. Dans ces conditions, le
conflit n'est pas sur le point de se termi-
ner.
Pendant toute la journée, de nombreux
gendarmes, venant des départements voi-
sins, sont arrivés à Limoges. La police est
entre lés mains de la préfecture. Le conseil
municipal a fait afficher ce matin la procla-
mation suivante
Citoyens,
Pour la seconde fois, le' maire de Limoges
ne possède plus les pouvoirs de police cette
situation, créée par les incidents regrettables
qui se multiplient tous les jours, ne peut se
prolonger.
Le conseil municipal est unanime à réprou-
ver les agressions et les manifestations vio-
lentes qui se sont produites cette semaine. Il
est unanime à blâmer les troubles et les ba-
garres qui ne sauvent que nuire au succès de
la cause prolétarienne. Une municipalité so-
cialiste a besoin du oalme et de l'ordre pour
accomplir sa tâche et défendre comme elles le
méritent toutes les revendications,' si justi-
fiées, de la classe ouvrière.
Le conseil municipal dégage à nouveau sa
responsabilité d'une façon nette et précise. et
déclare qu'il ne se solidarise pas avec ceux
qui ne recherchent que les désordres. Il es-
père qu'il sera entendu et approuvé par la.ma-
jorité de la population, qui comprendra que
toute administration serait impossible si les
actes inqualifiables qui se sont produits se
renouvelaient.
Cet appel est suivi de la signature du
maire, des adjoints et do tous les conseillers
municipaux.
De son côté, l'Union des fabricants de par-
celaine de Limoges a adressé au président
du conseil une lettre demandant une en-
quêté judiciaire ou administrative, sans au-
cun élément politique, sur la situation faite
aux industries de Limoges, et spécialement
sur le cas des contremaîtres Penaud et Sau-
tour, et la publication de ce rapport impar-
tial.
Une réunion de la chambre syndicale des
fabricants de porcelaine, des fabricants de
chaussures, des entrepreneurs en bâtiments
et des maîtres imprimeurs a eu lieu hier.
Une délégation a été nommée pour se rendre
au ministère de l'intérieur pour exposer au
ministre la situation faite au commerce et à
l'industrie de Limoges. Cette délégation est
partie ce soir et sera reçue demain jeudi par
M. Etienne.
Violents incidents.
Depuis da tragique soirée du 17 avril, de
violentes altercations ont eu lieu presque
journellement entre civils et militaires. Les
ouvriers, encore très affectés par la mort de
leur camarade Vardelle, font sentir parfois
un peu violemment leur ressentiment à ceux
qui portent d'uniforme. La nuit dernière, une
quinzaine de dragons regagnaient leur quar-
tier, lorsque, du collège, plusieurs projectiles
(leur furent lancés. Quelques-uns d entre eux'
dégainèrent et, ne connaissant pas leurs
agresseurs, frappèrent d'inoffensifs pas-
sants. Des curieux étant intervenus, une
échauffourée eut lieu. Les militaires, serrés
de près, gagnèrent leur caserne. ,Une seule
personne- a été sérieusement blessée dans la
bagarre. Une enquête: est ouverte par l'au-
torité militaire, d'accord avec l'autorité ci-
vile.
Pour éviter'tout nouvel incident, une cen-
taine de gendarmes à pied ont occupé la
place'Ca.rnot et font 'circuler les curieux.
Vers quatre heures, une cinquantaine de
gendarmes à cheval les ont renforcés et une
consigne des plus sévères ne, pern|ât à per-
sonne de stationner.
Les ouvriers sortent tranquillement. des
usines et, étonnés par ce déploiement de
forces, s'arrêtent sur la place pour se ren-
dre compte des incidents qui ;ont,'pu se pro-
duire dans la journée. Les gendarmes, com-
mandés par deqs capitaines et un lieute-
nant, chargent aldrB-daQS-.ioutes les. direc-
tions. C'est un moment d'affolement. Ou-
vriers et curieux, surpris par cette brusque
attaque, se réfugient en hâte dans les maga-
sins, qui sont aussitôt fermés. Pendant une
heure, l'on entend le galop des chevaux et.
l'on n'aperçoit que des personnes fuyant:
dans toutes les directions.
Les charges continuent dans des rues très!
éloignées de la place Carnot. Uri brigadier,,
séparé de ses hommes, devant la caserne
des chasseurs, sort son revolver et, visant
la foule, menace de tuer la première per-
sonne qui dira une parole
Les ouvriers, qui étaient très calmes &
la sortie des usines, se considèrent comme
provoqués et se montrent, à présent, très,
surexcités. Ceux qui ont donné l'ordre de:
charger ces gens paisibles et inofférisifs ont
encouru une lourde responsabilité. Cinq ar-
relations ont été opérées. Les personnes ar-
rêtéesont 'été conduite la caserne du 21°'
régiment de chasseurs.
Nouvelles arrestations.
Une dizaine de personnes ont été arrêtés
a la suite des charges de ce soir. Parmi elles
figure, un' nommé Dupleix, qui'aurait, pa-
raît-il, tenté de frapper M. Théodore Havi-
land d'un coup de couteau, d'ans là soirée
du 15 avril. Il sera poursuivi pour tentative
de meurtre.
UNE ARRESTATION A TOK1O
Un Français et un Anglais résidant à Tokior
accusés d'espionnage au profit des Rus-
ses, ont été arrêtés.
Nous avons reçu, hier, le cablosramme sut*
vant
Tokio, 10 mai, 2 h. 20 du soir., -,La po-
lice a opéré à Tokio une perquisition domi-
ciliaire à la résidence du capitaine Bougouin,
ancien attaché naval de France. Le capitaine
Bougouin est accusé de pratiquer, l'espion-^
nage au profit de la Russie. Il était absent
quand la perquisition a eu lieu. Son beau-
fils, qui est sujet anglais et- se nomme M. F..
Strange, a été arrêté.
L'attaché militaire, .français, qui est fiancé
à la fille de M. Bougouin, fait des démarches.,
Un Singulier Candidat
On annonce qu'une haute personnalité po.
litique, qui pense probablement que Mer-
cure est à la fois le dieu des voleurs et du
commerce, cherche en ce moment à faire
accorder, par le ministre, à M. Heim, an-
cien professeur agrégé de botanique, sus-
pendu, une chaire d'hygiène industrielle aa
Conservatoire des arts et métiers, chaire
nouvelle, créée à l'instigation de cette per-
sonnalité politique.
Il est vraiment curieux que ce Heim puis-
se, même pendant une seconde, être candi-
dat à une fonction de l'Etat.
En effet, Heim, dont nous avons le dos-
sier sous les yeux, est dans une- situation,
telle que, si la prescription n'était pas ac-
quise à ce triste personnage, le procureur
de la République aurait comme premier de-
voir de s emparer du jugement du conseil de
l'Université de Paris du 24 novembre 1897
et de déférer à la police correctionnelle le
coupable des détournements faits au préju-
dice du Muséum.
Il est vraiment attristant de voir que
lorsqu'un pauvre diable, mourant de faim,
volè un morceau de pain il est poursuivi et
condamné, justement nous le reconnaissons,
mais condamné, et qu'un individu pouvant
avoir de hautes protections politiques soit
à même de redevenir professeur et de don-
ner aux jeunes générations des leçons.
V- Jeudi 11 Mai
SEUL JOURNAL FRANÇAIS RECEVAKT PAR FILS ^PÉa8âOXl.ES DERNIÈRES NOUVELLES DU MONDE ENTIER
1^& ISflpessIffliis
D'UN
{On se, rappelle l'extraordinaire aventure
Se ce -colonel Arthur Lynch, un Irlandais; (lui
s'engagea dans les rangs des Boers, fut, d ia
tête d'un commando, un des acteurs les plus
fougueux du grand drame récent, puis, la
guerre finie, apprit que ses compatriotes de
Galway l'avaient élu député, 'décida crâne-
ment d'aller siéger, à Westminster et fut air-
rété dès' sôn .débarqivenaent à Londres, tra-
duit devant la justice pour crime de lèse-pa-
trie, enfin condamné à mort et gracié après
un an de détention.
Ce sont les impressions de son séjour dans
lés, prisons angtaises que ce curieux person.
nage, véritable héros de roman, a décrites
pour Les Lecteurs du Matin. Les voici
Condamnation à mort, puis à la déten-
tion à vie,.puis à un an de prison. Com-
bien d'émotions, de souvenirs poignants
• ces phrases évoquent, et combien il est
difficile, .dans un court article do jour-
rial, d'en donner au lecteur une idée
.quelque peu adéquate à la réalité
Lu. colonel Arthur Lyxcii,
chant bien -ce- qui m'y .attendait, au lieu
de rester Paris, ou je me trouvais en
Dans mon esprit, la raison en fut sim-
ple. J'avais consenti à me laisser élire au
Parlement comine représentant d'une
vifle d'Irlande,, et, si. j'avais. refusé d'as-
sumer' les.risques aussi bien que les pri-
vilèges. d'un tel mandat, j'aurais donné
un mauvais exemple' et fait baisser le
prestige des Irlandais, devant le monde.
̃Les Boers eux-mêmes .avaient 'fini par
-accepter d'entrer dans l'empire britan-
conclus que, pour le mal
Ou. pour le bien; nia destinée était liée à
celle de cette nation et que mon devoir
était dorénavant de faire valoir, par mon
influence, si faible fût-elle, las idées li-
bérales qui avaient guidé ma vie. Ma
lettre au speaker de la Chambre des com-
aminés fut donc l'expression sincère de
mes sentiments à cet égard.
Pendant quelques jours avant mon dé-
part de Paris, je fus filé par des agents de
police anglais la maison où j'habitais
était d'ailleurs étroitement surveillée. A
iia gare Saint-Lazare, au moment où je
pris place dans le train, des agents de la
police secrète tentaient de me reconnaî-
tre, d'après une assez mauvaise photogra-
phie qu'ils examinaient sous la lumière
d'une lampe. A. notre arrivée à Dieppe,
un agent dont, autrefois, j'avais.fait la
connaissance, prit place en face de nous;
ei, en descendant, à Londres, il me fit
'part; très poliment, de.son mandat d'a-
mener je partis avec lui, dans un fiacre,
§>our Bow street.
Cl'est déjà une vieille histoire que celle
3e ma comparution devant le juge de
Bôw street et de ma détention préven-
tfcive dé huit mois, en attendant le procès
.définitif, devant la Haute-Cour.
J'ai fait allusion plus haut à la politesse
de l'agent. chargé de mon arrestation. Je
dois ajouter qu'auprès du personnel,
tant du tribunal que de la prison, je n'ai
,Jamais trouvé qu'une considération par-
faite et une courtoisie même dont je suis
xeconnaissanti? La plupart de ceux qui
avaient mon affaire. en mains étaient Ir-
landais^ jusqu'aux avocats mêmes repré-
sentant la couronne. Certains d'entre eux
étaient même des « sympathiseras » et me
Jlrént part de leurs sentiments nationa-
listes i
Les huit remiers mois, que je passai
fen prison, 'a titre de prévenu,, ne furent
pas très pénibles à supporter. Tous les
jours, j'avais le privilège d'une visite de
ma femme et dé mes amis, et le gouver-
neur, de la, prison faisait le nécessaire
pour que la surveillance obligatoire du
gardien lût aussi peu encombrante que
possible. Certes, en dehors des heures
d'exercice, je passais tout le reste de ma
iQurnée dans une cellule très petite est
très obscure, où des dispositions avaient
été prises avec une malveillante ingénio-
sité pour empêchér d'entrer las quelques
rayons de soleil qu'aurait pu laisser pas-
ser l'atmosphère brumeuse de Londres.
J'avais apporté de Paris quelques, li-
vres de valeur, et, tout en bannissant les
idées noires et les tourments inutiles de
l'attente, je me livrais à des étudessé-
rieuses, surtout dans le domaine des ma-
thématiques. Mais cette application sé-
tre, dans des conditions déprimantes,
n"était nas exempte de mauvaises censé-
quences pour un homme privé de sa li-
fcerté, car de temps en temps je souf-
frais horriblement de névralgies. La cel-
lule, .en ces cas, devenait une espèce
d'enfer. et.il n'y avait pas moyen d'é-
chapper au supplice le docteur de la
prison ne connaissait, en effet, qu'un ra-
mède à ce genre de maux :.une prome-
nade à chevâl
̃ '>V.
Sans doute, 'mon procès n'est-il pas
oublié en France.
Je fus dûment condamné à mort. Quels
Iétaiént mes sentiments. en ce moment ?
Assez tranquilles, pourrais-je répondre.
Souvent, j'ai remarqué, que ce n'est pas
dans le moment psychologique des dra-
maturges que les émotions viennent
théâtralement à point. Pour moi, la ques-
tion était depuis longtemps déjà résolue
et classée. Dès ma décision de revenir
en Angleterre, j'avais eu une prévision
assez exacte du cours probable des évé-
nements, et je résolus, que rien n'ébran-
lerait ma fermeté, pas même la certitude
de la mort.
Pendant, la campagne sud-africaine,
j'avais d'ailleurs vu la mort de près
imis, sur le champ de bataille, ce n'est
pas la même chose. La mort survient su-
bitement, et puis,: dans le feu du com-
bat, on n'a pas le temps d'y penser. il
en va. autuement dans le morne silence
d'un cachot, où l'on iouillo, tes coins, les
recoins et jusqu'aux bas-fonds- de son
être.
Alors la mort est terrible, et nul cou-
rage ordinaire, nulle.de ces fanfaronna-
des de vanité qui sont capables de pro-
duira même des actes héroïques n'ont
plus cours. Mais l'homme trouve en lui-
même d'autres soutiens, presque incon-
nus auparavant. Il sent combien infime
est la vie individuelle dans la marche de
la nature et combien grandes et merveil-
leuses sont les forces qui planent au-des-
sus de notre vie, eut, dans ses aspirations,
il retrouve le calme.
̃̃ 'y'
A mon retour à la prison, après ma
condamnation à mort, j'avais dû endos-
ser l'affreux costume réglementaire des
forçats. Mes gardiens me montrèrent
des marques évidentes de leur sympa-
thie et me conduisirent dans la cellule
des condamnés à mort. La règle veut que
le condamné à mort soit accompagné
par deux gardiens qui ne le quittent pas
un instant, jusqu'au moment du dernier
supplice. Mais, léger adoucissement, on
ne s'oppose pas à. ce qu'ils s'entretien-
nent avec le condamné.
Mes gardions se laissèrent envahir par,
ta tristesse. Moi, je pris un livre et, tout
en lisant d'uii air distrait, je les écoutais
qui parlaient à mi-voix. Une conversa-
tien, typique Ils parlaient tout le temps
de,pendaisons, et j'appris, d'après leurs
dires, que cette mort est loin d'être aussi
rapide et aussi peu pénible que le veut
la tradition officielle.
Rappelle-toi, dit l'un, ce garçon
d'hôtel, celui qui avait tué sa maîtresse ?
En voilà un qui a résisté long-temps La
corde n'était pas assez longue, à mon
avis. Tu as remarqué quels efforts vio-
lents il faisait pour délier ses mains.
Et ce garçon boulanger, celui qui
avait tué et rôti son patron, et qui tenta
ensuite de se faire passer pour fou ?
En effet, celui-là n'avait pas. grand
courage. Nous avons dû l'apporter à l'é-
chafaud sur une chaise.
Et l'entretien se poursuivît sur cet
agréable sujet, jusqu à l'heure où jevdé-
car, malgré que. le pays. eût tout intérêt
à faire, oublier les détails de la guerre,
nies juges avaient fait tout leur possible
pour exciter les mauvaises passions de
la foule. Mais la souffrance m'avait en-
seigné la philosophie. Cela arrivera, dis-
je, que je dorme ou que je ne dorme pas,
et, dans le- premier cas, il;y, aura tou-
jours quelque chose de gagné. Et bien-
tôt je m'endormis tranquillement. Mais,
vecs.le milieu de la nuit, le gouverneur,
inquiet-à mon égard, vint frapper à la
porte de ma cellule. Il demanda aux gar-
diens comment je me portais, et il se
montra très satisfait que j'eusse pris le
parti de ne pas me tourmenter;
Le lendemain, le gouverneur vint en-
core il m'encouragea à prendre 'espoir.
Certes, les circonstances déprimantes
ne manquaient pas; Je ne pouvais faire
un mouvement sans être observé de
près. Même ma tranquillité passait pour
de l'insouciance. Une demi-heure d'exer-
cice dans une petite cour de la prison
constituait ma seule distraction.
Le surlendemain, je reçus la visite de
M. John Redmond, chef du parti irlan-
dais, qui m'informa d'un mouvement en
ma faveur parmi les,,citoyens des Etats-
Unis, surtout à Boston.. Il aîla jusqu'à
m'assurer que ma détention serait de
courte durée, et, à cet égard, je crois
pouvoir affirmer qu'à un certain mo-
ment c'était l'avis du gouvernement.
D'autres influences, qui n'étaient pas
exemptes d'inimitié personnelle, préva-
lurent, et j'ai dû passer une année de ma
vie au régime du solitary confinement
(régime cellulaire), c'est-à-dire que, tout
en étant, soumis à une surveillance de
chaque instant car, bien que le soleil
fût exclu de ma cellule, le gaz *y flambait
toute la nuit je n'avais pas le droit de
proférer un mot, excapté pour répondre!
aux questions qui me seraient adressées-
par les officiers de la prison.
xxx I
Six bois de ce régime-là suffisent gé-'
néraleihënt pour laisser une trace indé-
lébile dans la mentalité du condamné,]
et si je gardai, moi, mon esprit intact,
ce ne;fut que grâoe à une force de résis-
tance dont je ne me serais pas cru capa-
ble. '̃'
Dans: Une autre prison, celle de Lewes,
je fis la connaissance, de vue tout au
moins, de toutes sortes de criminels et
j'eus la curiosité d'essayer de deviner,,
[par l'étude de leur physionomie, la na-;
ture des crimes pour lesquels ils avaient
été condamnes. Ce fut même, pendant
un certain temps, ma seule distraction,
car j'étais alors privé de livres.
Plus tard, le régime auquel j'étais sou-
mis, s'adoucit quelque peu on me per-
mit de reprendre mes études de mathé-
matiques et'je trouvai aussi quelques li-
vres: intéressants dans la bibliothèque de
la prison.
Tous les instants que je pouvais dé-
rober au régime stupide et abrutissant
de la prison je. les donnais l'élude. A
force de piocher, j'avais même formulé
un plan de travail qui aurait bien em-
ployé mes 'facultés, sans que j'eusse be-
soin d'aucun livre.
Dans ma prison, je trouve, en faisant
le compte, que j'ai lu beaucoup d'œu--
vres de valeur et qu'en outre j'ai com-
posé plusieurs petits poèmes, un roman
assez long, des esquisses de diverses
idées littéraires, que j'ai complétées de-
puis, et aussi des travaux qui m'intéres-
saient énormément dans le domaine de
la psychologie.
Bientôt, accoutumé à la vie cellulaire
et trouvant encore parmi les officiers de
la prison des sympathies évidentes il
y avait, de l'avis de tous, quelque chose
d'absurde dans cette punition féroce
je cessai de spéculer trop sur la question
de ma libération. Un beau jour, cela ar-
riva à l'improviste et dans des circons-
tances.assez dramatiques.
Mais, bien que je ne fasse qu'effleurer
fe monde de mes souvenirs, il faut que
mon article prenne fin. Les impressions
qu'on vient de lire sont celles d'un hom-
me qui a été condamné à mort je ne
souhaite à aucun de mes ennemis de les
ressentir.
Arthur Lynch.
DE MIDI A MINUIT
,Les faits d'hier En France et à l'étranger.
A la Bourse de Paris, le 3 0/0 est testant,
ainsi que l'ensemble du marché.
Le général Pendezec, chef d'état-major gé-
néral'dë l'armée, accompagné des généraux
Joffre, Amourél, du Moriez, Marsy, Saba-
tier, Sdcillon et de Ferron, vient d'arriver à
Toulon pour inspecter; les batteries de la'
A Limoges, la gendarmerie a dispersé les
grévistes qui assiégeaient la maison de M.
Beaulieu. Ce dernier s'étant refusé à toute
concession; la grève continue*.
La digue du marais de Saint-Vincent,
Dax, a été emportée par les eaux de l'Adour
sur une longueur de 60 mètres. L'A Jour est
il 5*30 â' ISiix. La crue parait avoir atteint.
son maximum. ̃
Deux croiseurs de l'escadre de .Rb}cfest-;
vençky sont descendus jusqu'au cap Saint-
Jacques, au large duquel, croit-on, l'escadre
de Niebogatoff aurait passé. hier.
La célébration de la fête du 1er mai (style
russe) a été l'objet, à Saint-Pétersbourg et il
Reval, de réunions ouvrières qui n'ori't d'au-
leurs 'suscité aucun incident. A Bakou, la
police a saisi dés caractères d'imprimerie
destinés à une imprimerie clandestine.
Cent soixante médecins anglais, dnnt le
docteur Broadbent, médecin du roi Edouard,
AUTOMOBILE
LA COUPE DE LA MEDITERRANEE
En raison de la tempête qui s'est élevée sur
la Méditerranée, les canots ont sus-
pendu leur départ.
Mahon, 10 mai. -7- Par dépêche de notre en-
noyé spécial.. Les croiseurs Kléber et De-
saix ont fait une sortie cette nuit pour se
rendre compte de d'état de la mer.
Le De saix est allé à 100 milles au large, et
le Ktéber a croisé à 30.milles, Une bourras-
qui qui sévit au nord a forcé les deux croi-
seurs à regagner Manon. Ils sont rentrés au
port ce matin.
En manœuvrant, le Kléber a perdu son
ancre en rade, par suito de la rupture de la
chaîne.
Un vent violent souffle en Méditerranée.
La pluie commence à tomber. ,Il faudra at-
tendre trois jours au moins pour avoir beau
temps.
Le départ des canots automobiles pour la
croisière Manon-Toulon se trouve donc for-
cément suspendu.
Mais la population, mahonaise ne se dé-
partit aucunement de la joie enthousiaste
qu'elle a manifestée avec tant d'éclat en
1 honneur des concurrents de notre grande
épreuve. C'est ainsi qu'on s'occupe déjà d'or-'
ganiser un bal et d'autres divertissements
pour tâcher de fairo oublier aux hâtes de
la bonne et généreuse ville de Mahon la
maussaderie d'un ciel pluvieux et le contre-
temps imposé par la mer inclémente.
1 Le, due Santo-Mauro, président du Royal
Automobile Club d'Espagne, a adressé à M.
Leslonnat un télégramme de félicitations
pour la course Alger-Toulon Automobile, qui
démontre l'énergie éli le courage de la race
MERCÉDÈS-MERÇÉDÈS
sont partis de Londres pour Paris dans la
Au Sénat italien, M. Tittoni, répondant.
aux interpellations relatives il l'incilent de
Tripoli, a déclaré que les bruits qui ont
couru ne reposaient absolument sur rien et
que l'attitude du gouvernement français était
d'une correction inattaquable.
Le Reichstag a' ratifié la convention si-
griée à la conférence sanitaire internationale
de Paris, le 3 décembre 1903, par les repré-
sentants de l'Allemagne et de nombreuses
autres puissances.
̃ A la Chambre des députés autrichienne,
le comte Bylàndt-Rheidt a défendu le cabieet
précédent contre l'accusation d'avoir offrît
il des industriels de les faire entrer, à prix
d'argent, il la Chambre des seigneurs.
Le marquis de Cologan, ancien ministre
d'Espagne au Maroc, qui vient d'être nommé
ambassadeur à Washington, a quitté Tan-
ger son successeur, M. Llaberia, est arrivé
dans ce port, à bord du croiseur Rio -de la-
Plala.
Le roi de Siam a, sur les instances du poti-
vernement français, décrété l'aboli lion de
l'esclavage dans ses Etats.
Au cours .d'un banquet réunissant il '1;
hington les délégués au congrès inter'i^tio-
nal des chemins de 'fer, M. Taft, sous-socré-
taire d'Etat, a déclaré qu'il était opposé ou
rachat des chemins de ter-par l'Etat!
PRpPOS L'UN PARISIEN
,:Il existe dans notre législation tutélaire
une loi aux termes de laquelle les ouvriers
ont le droit de s'unir et de refuser de travail-
ler quand, pour une raison ou pour une au-
tre, et même sans raison, ils croient avoir
à se plaindre de leur patr,on.
.Cette même loi dit que l'autorité est tenue
d'assurer la liberté du travail, c'est-à-dire
d'accorder aide et protection aux ouvriers
qui, en temps de grève, veulent continuer
travailler.
Il va sans dire que les patrons doivent
bénéficier de la même protection.
Or, il se passe ceci à Limoges. Une usine
est mise en interdit par les ouvriers. Ces
derniers ont établi un cordon de sentinelles
autour de cette usine où se trouvent enfer-
més le patron, sa femme, quelques servi-
teurs et leurs enfants.
Les grévistes ont la prétention dé réduire
le. patron par la famine, ils refusent de lais-
ser passer les vivres, et un enfant de treize
ans, le fils du'concierge, étant sorti pour
aller chercher du lait destiné à ses petits
frères, a ;été frappé si brutalement par les
grévistes qu'il a eu deux côtes fracturées.
Tels sont les faits. Veuillez noter qu'il y
a à Limoges des'autorités un préfet avec
de la police et un maire perpétuellement oc-
cupé à' servir d'intermédiaire entre les ou-
vriers, epii ne veulent rien entendre, et4es
faire, lequel
ainsi le rôle du jobard inérrin-
Une question se, pose la loi, en France,
est égale pour tous, du moins, on le dit. Si un
patron avait les moyens de priver de nour-
riture des ouvriers pour les obliger à accep-
ter des prix de famine, l'autorité le laisse-
rait-elle faire ?
Non certainement. Alors, étant donné ce
qui'se passe à Limoges, il n'est pas.vrai
que la loi est égale pour tous. H. Harduin.
humaine et procure à l'industrie l'occasion
d'un nouveau progrès, et aux nations amies
le moyen de resserrer leurs liens par l'admi-
ration que provoquent l'intelligence, la
science et le courtage réunis.
A Toulon.
Tour,ou, 10 mai. Par déptche de notre
enuojfé spécial. Dès ce matin, une cer-
taine animation règne aux abords du port.
Sur la foi des journaux et des rumeurs an-
nonçant le départ des canots automobiles de
Mahon dans la nuit, il y a même, à partir de
jsQtidï, des embarcations qui se dirigent vers
où, la mer est un peu houleuse.
A cinq heures, une foule considérable est
groupée le long du port et des jetées; Toute
fumée qui apparalt au loin donne l'espérance
que c'est celle du Kléber.- Le désappointe-
ment est grand lprsqu'on apprend, sur le
tard, que l'état de la mer n'a pas encore per-
mis aux vaillants lutteurs de quitter le port
de Mahon. >
La ville reste décorée comme au premier
jour des fêtes. On attend les concurrents
pour leur faire un accueil enthousiaste.
Le retour de M. Thomson.
M. Thomson, ministre de la marine, est
rentré hier, à midi, à Paris, où, sur le quai
de la gare de Lyon, l'attendaient Mme et
Mlles Thomson.
Le ministre, qui nous a paru très dispos,
s'est déclaré enchanté de son voyage et des
belles fêtes auxquelles il venait d'assister.
Ces fêtes lui laisseront un souvenir d'autant
plus durable que celui de la réconciliation
définitive et cordiale entre les divers élé-
ments de la population toulonnaise doit y
rester attaché.
L'amiral Gigon, préfet maritime de Tou-
lon, qui vient assister au conseil supérieur
de ,la marine, est arrivé a Paris sn même
temps que le ministre.
ÉPISODE DE GRÈVE A LIMOGES
La gendarmerie refoule les grévistes qui assiégeaient
l'usine Beaulieu La municipalité réprouve les
violences et dégage sa responsabilité.
>•̃ (Phot. SauvAdet)
LA GARDE DE L'USINE BEAULIEU
Limoges, 10 mai. Dépêche particulière
du Matin n. Le siège de la maison Beau-
lieu est terminé. Ce matin, cent gendarmes
se sont rendus à l'usine de la rue d'Auzette
et, après avoir déblayé la rue, en ont barré
les deux issues. M., GerscheU, commissaire
central, -dirigeait le service d'ordre. Quel-
ques grévistes, ayant refusé, de circuler, ont
Mme Be.aulieu ot les personnes qui l'ac-
compagnaient ont pu quitter la maison, es-
cortées par trente gendarmes. M. Beaulieu
quitta également son domicile pour se ren-
dre à la réunion de la mairie.
L'usine est maintenant gardée par vingt-
cinq gendarmes qui empêchent de stationner
les grévistes et les curieux.
La réunion que nous annoncions hier a
eu lieu, à neuf heures, à la mairie. M. Beau-
lieu n'a voulu faire aucune nouvelle conces-
sion et est même revenu sur certaines pro-
positions qu'il avait faites depuis le commen-
cement de la grève. Dans ces conditions, le
conflit n'est pas sur le point de se termi-
ner.
Pendant toute la journée, de nombreux
gendarmes, venant des départements voi-
sins, sont arrivés à Limoges. La police est
entre lés mains de la préfecture. Le conseil
municipal a fait afficher ce matin la procla-
mation suivante
Citoyens,
Pour la seconde fois, le' maire de Limoges
ne possède plus les pouvoirs de police cette
situation, créée par les incidents regrettables
qui se multiplient tous les jours, ne peut se
prolonger.
Le conseil municipal est unanime à réprou-
ver les agressions et les manifestations vio-
lentes qui se sont produites cette semaine. Il
est unanime à blâmer les troubles et les ba-
garres qui ne sauvent que nuire au succès de
la cause prolétarienne. Une municipalité so-
cialiste a besoin du oalme et de l'ordre pour
accomplir sa tâche et défendre comme elles le
méritent toutes les revendications,' si justi-
fiées, de la classe ouvrière.
Le conseil municipal dégage à nouveau sa
responsabilité d'une façon nette et précise. et
déclare qu'il ne se solidarise pas avec ceux
qui ne recherchent que les désordres. Il es-
père qu'il sera entendu et approuvé par la.ma-
jorité de la population, qui comprendra que
toute administration serait impossible si les
actes inqualifiables qui se sont produits se
renouvelaient.
Cet appel est suivi de la signature du
maire, des adjoints et do tous les conseillers
municipaux.
De son côté, l'Union des fabricants de par-
celaine de Limoges a adressé au président
du conseil une lettre demandant une en-
quêté judiciaire ou administrative, sans au-
cun élément politique, sur la situation faite
aux industries de Limoges, et spécialement
sur le cas des contremaîtres Penaud et Sau-
tour, et la publication de ce rapport impar-
tial.
Une réunion de la chambre syndicale des
fabricants de porcelaine, des fabricants de
chaussures, des entrepreneurs en bâtiments
et des maîtres imprimeurs a eu lieu hier.
Une délégation a été nommée pour se rendre
au ministère de l'intérieur pour exposer au
ministre la situation faite au commerce et à
l'industrie de Limoges. Cette délégation est
partie ce soir et sera reçue demain jeudi par
M. Etienne.
Violents incidents.
Depuis da tragique soirée du 17 avril, de
violentes altercations ont eu lieu presque
journellement entre civils et militaires. Les
ouvriers, encore très affectés par la mort de
leur camarade Vardelle, font sentir parfois
un peu violemment leur ressentiment à ceux
qui portent d'uniforme. La nuit dernière, une
quinzaine de dragons regagnaient leur quar-
tier, lorsque, du collège, plusieurs projectiles
(leur furent lancés. Quelques-uns d entre eux'
dégainèrent et, ne connaissant pas leurs
agresseurs, frappèrent d'inoffensifs pas-
sants. Des curieux étant intervenus, une
échauffourée eut lieu. Les militaires, serrés
de près, gagnèrent leur caserne. ,Une seule
personne- a été sérieusement blessée dans la
bagarre. Une enquête: est ouverte par l'au-
torité militaire, d'accord avec l'autorité ci-
vile.
Pour éviter'tout nouvel incident, une cen-
taine de gendarmes à pied ont occupé la
place'Ca.rnot et font 'circuler les curieux.
Vers quatre heures, une cinquantaine de
gendarmes à cheval les ont renforcés et une
consigne des plus sévères ne, pern|ât à per-
sonne de stationner.
Les ouvriers sortent tranquillement. des
usines et, étonnés par ce déploiement de
forces, s'arrêtent sur la place pour se ren-
dre compte des incidents qui ;ont,'pu se pro-
duire dans la journée. Les gendarmes, com-
mandés par deqs capitaines et un lieute-
nant, chargent aldrB-daQS-.ioutes les. direc-
tions. C'est un moment d'affolement. Ou-
vriers et curieux, surpris par cette brusque
attaque, se réfugient en hâte dans les maga-
sins, qui sont aussitôt fermés. Pendant une
heure, l'on entend le galop des chevaux et.
l'on n'aperçoit que des personnes fuyant:
dans toutes les directions.
Les charges continuent dans des rues très!
éloignées de la place Carnot. Uri brigadier,,
séparé de ses hommes, devant la caserne
des chasseurs, sort son revolver et, visant
la foule, menace de tuer la première per-
sonne qui dira une parole
Les ouvriers, qui étaient très calmes &
la sortie des usines, se considèrent comme
provoqués et se montrent, à présent, très,
surexcités. Ceux qui ont donné l'ordre de:
charger ces gens paisibles et inofférisifs ont
encouru une lourde responsabilité. Cinq ar-
relations ont été opérées. Les personnes ar-
rêtéesont 'été conduite la caserne du 21°'
régiment de chasseurs.
Nouvelles arrestations.
Une dizaine de personnes ont été arrêtés
a la suite des charges de ce soir. Parmi elles
figure, un' nommé Dupleix, qui'aurait, pa-
raît-il, tenté de frapper M. Théodore Havi-
land d'un coup de couteau, d'ans là soirée
du 15 avril. Il sera poursuivi pour tentative
de meurtre.
UNE ARRESTATION A TOK1O
Un Français et un Anglais résidant à Tokior
accusés d'espionnage au profit des Rus-
ses, ont été arrêtés.
Nous avons reçu, hier, le cablosramme sut*
vant
Tokio, 10 mai, 2 h. 20 du soir., -,La po-
lice a opéré à Tokio une perquisition domi-
ciliaire à la résidence du capitaine Bougouin,
ancien attaché naval de France. Le capitaine
Bougouin est accusé de pratiquer, l'espion-^
nage au profit de la Russie. Il était absent
quand la perquisition a eu lieu. Son beau-
fils, qui est sujet anglais et- se nomme M. F..
Strange, a été arrêté.
L'attaché militaire, .français, qui est fiancé
à la fille de M. Bougouin, fait des démarches.,
Un Singulier Candidat
On annonce qu'une haute personnalité po.
litique, qui pense probablement que Mer-
cure est à la fois le dieu des voleurs et du
commerce, cherche en ce moment à faire
accorder, par le ministre, à M. Heim, an-
cien professeur agrégé de botanique, sus-
pendu, une chaire d'hygiène industrielle aa
Conservatoire des arts et métiers, chaire
nouvelle, créée à l'instigation de cette per-
sonnalité politique.
Il est vraiment curieux que ce Heim puis-
se, même pendant une seconde, être candi-
dat à une fonction de l'Etat.
En effet, Heim, dont nous avons le dos-
sier sous les yeux, est dans une- situation,
telle que, si la prescription n'était pas ac-
quise à ce triste personnage, le procureur
de la République aurait comme premier de-
voir de s emparer du jugement du conseil de
l'Université de Paris du 24 novembre 1897
et de déférer à la police correctionnelle le
coupable des détournements faits au préju-
dice du Muséum.
Il est vraiment attristant de voir que
lorsqu'un pauvre diable, mourant de faim,
volè un morceau de pain il est poursuivi et
condamné, justement nous le reconnaissons,
mais condamné, et qu'un individu pouvant
avoir de hautes protections politiques soit
à même de redevenir professeur et de don-
ner aux jeunes générations des leçons.
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