Titre : L'Ami de l'enfance : journal des salles d'asile
Éditeur : Hachette (Paris)
Date d'édition : 1895-08-01
Contributeur : Cochin, Jean Denis Marie (1789-1841). Éditeur scientifique
Contributeur : Battelle (chef de bureau à l Assistance publique). Éditeur scientifique
Contributeur : Hachette, Louis (1800-1864). Éditeur scientifique
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32691160x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 4533 Nombre total de vues : 4533
Description : 01 août 1895 01 août 1895
Description : 1895/08/01 (A14,N21,SER5)-1895/08/14. 1895/08/01 (A14,N21,SER5)-1895/08/14.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5607707x
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-2016
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 27/12/2010
MÉTHODE FRANÇAISE D'ÉDUCATION MATERNELLE
535
Ces notions très élémentaires, et toutes pré-
sentées à l'aide d'une observation directe, ne
nous semblent pas dépasser la mesure de l'in-
telligence de nos petits écoliers.
Il est évident que nous ne ferons pas toutes
ces remarques à la fois, en une seule séance.
D'ailleurs, les occasions ne nous manqueront
pas pour revenir sur un sujet aussi vaste et
aussi intéressant. L'important est de savoir
s'arrêter au moment voulu, de savoir guider
l'observation, de savoir réveiller, par un mot,
par une interrogation bien placée, le souvenir
de ce que nous avons appris précédemment.
En procédantainsi, le jeu deviendra un passe-
temps utile et, à n'en pas douter, nos petits
enfants chez qui nous aurons développé l'esprit
d'observation en tireront un réel profit pour
leur instruction et pour l'éducation de leur
jeune intelligence.
C. ROUQUIN.
ENTRETIENS
D'UNE INSTITUTRICE AVEC SES ÉLÈVES
Werrlère la haie.
11 y a quelques semaines, me promenant à
la campagne, je fus attirée par un léger bruit
de voix qui se faisait entendre derrière la haie
Les chemins étant à tout le monde, je ne crus
pas commettre une indiscrétion en m'asseyant
sur la mousse pour écouter. Un gazouillement
joyeux m'apprit qu'il y avait là un petit trou-
peau d'enfants. Je reconnus bientôt la voix de
la personne qui parlait. C'était l'institutrice
du village de Saint-Euslache, s'adressant aux
plus jeunes de ses élèves, ou plutôt causant
avec eux. M" 0 X... récita ensuite la fable le
Lion et le Rat, lentement, avec des intonations
fort justes, et, ce qui est si important pour les
enfants, ayant l'air de prendre plaisir à cette
récitation. Son secret, c'est qu'en effet elle
y prenait plaisir. Quand elle eut fini, elle s'ar-
rêta un moment; j'apercevais, à travers la haie,
de petits yeux brillants fixés sur elle. Elle prit
sur ses genoux une petite fille de quatre ans et
dit : « Maintenant que nous avons récité la fable,
nous allons la raconter, puis nous la réciterons
encore une fois. ■. ■ _.
s II y avait une fois un petit rat qui demeu-
rait au bord d'une forêt. Il avait un trou où il
se réfugiait (ou se sauvait) quand il avait peur
de quelqu'un et où il allait passer la nuit. Un
jour, il voulut aller faire la petite promenade
qu'il faisait tous les soirs. 11 sortit de son trou
très vite, sans avoir regardé d'abord s'il n'y
avait rien à'inquictant (expliquer ce mot) aux
alentours. Tout à coup, il s'aperçut qu'il se
trouvait entre les pattes d'un lion, et il eut joli-
ment peur. Mais il n'y avait pas moyen de s'en
aller; il voyait les griffes du lion, ses dents
tranchantes, ses yeux brillants, et il ne bougea
pas. Le lion fut très gentil envers le rat, il lui
dit : « N'ayez pas peur mon petit; je ne vous
«ferai pas de mal. Vous pouvez aller vous pro-
« mener; moi, je m'en vais chez moi, dans la
« forêt. » Le rat s'en alla tout content; après
avoir grignoté une faîne etxun gland, il vint se
coucher dans son petit trou. Et il se disait, tout
en rentrant chez lui : « Je voudrais bien aussi
s rendre service à ce bon lion, qui m'a laissé
«partir sans me faire de mal. Mais les lions
« n'ont pas besoin de gens si petits que des
« rats. » ■-""
s Un autre jour que le rat se promenait au
bord de la forêt, il entendit un grand bruit. Il
tendit l'oreille (expliquer cette expression)
pour écouter d'où ce bruit venait et alla de ce
côté, et alors, de loin, il aperçut un grand filet,
dans lequel un lion était pris. Ce lion rugissait
très fort; c'était là le grand bruit que le rat
avait entendu. Le lion se débattait dans ces
rets ou dans ce filet; il essayait de le déchirer
avec ses dents et ses griffes et "ne pouvait pas y
arriver; il sautait de côté et d'autre, mais le
filet était fait de cordes très solides et ne se
déchirait pas du tout. Voyez mon sac, qui est
en filet; il est fait de ficelle de moyenne gros-
seur, et il y a longtemps qu'il me sert sans
s'être usé. Eh bien, le filet, dans lequel on avait
pris le lion, était fait de cordelettes beaucoup
plus fortes.
« Quand le rat vit de loin ce lion si fort en
colère, il eut peur, sachant que les lions ont
des dents pour mordre et manger d'autres ani-
maux, et dés griffes longues et tranchantes qui
peuvent blesser. 11 regarda un certain temps
de loin le lion pris dans le filet, et se souvint
du bon lion qui l'avait laissé aller peu de jours
auparavant ; tout à coup il dit : « Mais, c'est
« lui! je le reconnais. Puisqu'il a été si gentil
« pour moi, je vais lui demander si je ne pour-
« rais pas lui rendre service. »
Î Alors le petit rat s'en alla en trottinant vers
le lion et lui dit : s Monsieur le lion, puis-je
« faire quelque chose pour vous? » D'abord le
lion ne répondit rien, parce qu'il n'avait pas
entendu la petite voix du rat; puis il le regarda
et lui dit : « Mon pauvre petit ami, puisque
« moi, qui suis grand et fort, je n'ai pas réussi
« à sortir de là, malgré toute la peine que je
« me suis donnée, comment, vous, tout mince,
« et tout petit, pourriez-vous m'aider?
— J'ai une idée, répondit le rat. Vous savez
« bien comment sont faites mes dents de de-
i « vant? J'ai des incisiyes de rongeur. Je ne puis
« pas déchirer la, viande comme vous, mais je
■ « ronge même des choses très dures, et je vous
I « assure que, lorsque je m'y mets, je fais de
■ « bons trous dans les étoffes, dans le cuir, dans
i « le bois. Tenez, la corde dont est faite ce filet
i « doit être en chanvre, et j'ai entendu dire que
i « si l'on parvenait à défaire une maille d'un
,' « filet, il n'y avait plus qu'à tirer et tout se dé-
; « faisait. Voulez-vous que j'essaye? En tout cas,
j «c cela ne peut pas faire de mal.
— Essayez, si vous voulez, répondit le lion,
i « mais je crois bien que vous ne réussirez pas.
s — Nous allons voir. »
i « Là-dessus, le rat regarda attentivement le
i filet, pour se rendre compte du.sens des mailles,
; et il se mit à ronser une corde, tout doucement.
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Ces notions très élémentaires, et toutes pré-
sentées à l'aide d'une observation directe, ne
nous semblent pas dépasser la mesure de l'in-
telligence de nos petits écoliers.
Il est évident que nous ne ferons pas toutes
ces remarques à la fois, en une seule séance.
D'ailleurs, les occasions ne nous manqueront
pas pour revenir sur un sujet aussi vaste et
aussi intéressant. L'important est de savoir
s'arrêter au moment voulu, de savoir guider
l'observation, de savoir réveiller, par un mot,
par une interrogation bien placée, le souvenir
de ce que nous avons appris précédemment.
En procédantainsi, le jeu deviendra un passe-
temps utile et, à n'en pas douter, nos petits
enfants chez qui nous aurons développé l'esprit
d'observation en tireront un réel profit pour
leur instruction et pour l'éducation de leur
jeune intelligence.
C. ROUQUIN.
ENTRETIENS
D'UNE INSTITUTRICE AVEC SES ÉLÈVES
Werrlère la haie.
11 y a quelques semaines, me promenant à
la campagne, je fus attirée par un léger bruit
de voix qui se faisait entendre derrière la haie
Les chemins étant à tout le monde, je ne crus
pas commettre une indiscrétion en m'asseyant
sur la mousse pour écouter. Un gazouillement
joyeux m'apprit qu'il y avait là un petit trou-
peau d'enfants. Je reconnus bientôt la voix de
la personne qui parlait. C'était l'institutrice
du village de Saint-Euslache, s'adressant aux
plus jeunes de ses élèves, ou plutôt causant
avec eux. M" 0 X... récita ensuite la fable le
Lion et le Rat, lentement, avec des intonations
fort justes, et, ce qui est si important pour les
enfants, ayant l'air de prendre plaisir à cette
récitation. Son secret, c'est qu'en effet elle
y prenait plaisir. Quand elle eut fini, elle s'ar-
rêta un moment; j'apercevais, à travers la haie,
de petits yeux brillants fixés sur elle. Elle prit
sur ses genoux une petite fille de quatre ans et
dit : « Maintenant que nous avons récité la fable,
nous allons la raconter, puis nous la réciterons
encore une fois. ■. ■ _.
s II y avait une fois un petit rat qui demeu-
rait au bord d'une forêt. Il avait un trou où il
se réfugiait (ou se sauvait) quand il avait peur
de quelqu'un et où il allait passer la nuit. Un
jour, il voulut aller faire la petite promenade
qu'il faisait tous les soirs. 11 sortit de son trou
très vite, sans avoir regardé d'abord s'il n'y
avait rien à'inquictant (expliquer ce mot) aux
alentours. Tout à coup, il s'aperçut qu'il se
trouvait entre les pattes d'un lion, et il eut joli-
ment peur. Mais il n'y avait pas moyen de s'en
aller; il voyait les griffes du lion, ses dents
tranchantes, ses yeux brillants, et il ne bougea
pas. Le lion fut très gentil envers le rat, il lui
dit : « N'ayez pas peur mon petit; je ne vous
«ferai pas de mal. Vous pouvez aller vous pro-
« mener; moi, je m'en vais chez moi, dans la
« forêt. » Le rat s'en alla tout content; après
avoir grignoté une faîne etxun gland, il vint se
coucher dans son petit trou. Et il se disait, tout
en rentrant chez lui : « Je voudrais bien aussi
s rendre service à ce bon lion, qui m'a laissé
«partir sans me faire de mal. Mais les lions
« n'ont pas besoin de gens si petits que des
« rats. » ■-""
s Un autre jour que le rat se promenait au
bord de la forêt, il entendit un grand bruit. Il
tendit l'oreille (expliquer cette expression)
pour écouter d'où ce bruit venait et alla de ce
côté, et alors, de loin, il aperçut un grand filet,
dans lequel un lion était pris. Ce lion rugissait
très fort; c'était là le grand bruit que le rat
avait entendu. Le lion se débattait dans ces
rets ou dans ce filet; il essayait de le déchirer
avec ses dents et ses griffes et "ne pouvait pas y
arriver; il sautait de côté et d'autre, mais le
filet était fait de cordes très solides et ne se
déchirait pas du tout. Voyez mon sac, qui est
en filet; il est fait de ficelle de moyenne gros-
seur, et il y a longtemps qu'il me sert sans
s'être usé. Eh bien, le filet, dans lequel on avait
pris le lion, était fait de cordelettes beaucoup
plus fortes.
« Quand le rat vit de loin ce lion si fort en
colère, il eut peur, sachant que les lions ont
des dents pour mordre et manger d'autres ani-
maux, et dés griffes longues et tranchantes qui
peuvent blesser. 11 regarda un certain temps
de loin le lion pris dans le filet, et se souvint
du bon lion qui l'avait laissé aller peu de jours
auparavant ; tout à coup il dit : « Mais, c'est
« lui! je le reconnais. Puisqu'il a été si gentil
« pour moi, je vais lui demander si je ne pour-
« rais pas lui rendre service. »
Î Alors le petit rat s'en alla en trottinant vers
le lion et lui dit : s Monsieur le lion, puis-je
« faire quelque chose pour vous? » D'abord le
lion ne répondit rien, parce qu'il n'avait pas
entendu la petite voix du rat; puis il le regarda
et lui dit : « Mon pauvre petit ami, puisque
« moi, qui suis grand et fort, je n'ai pas réussi
« à sortir de là, malgré toute la peine que je
« me suis donnée, comment, vous, tout mince,
« et tout petit, pourriez-vous m'aider?
— J'ai une idée, répondit le rat. Vous savez
« bien comment sont faites mes dents de de-
i « vant? J'ai des incisiyes de rongeur. Je ne puis
« pas déchirer la, viande comme vous, mais je
■ « ronge même des choses très dures, et je vous
I « assure que, lorsque je m'y mets, je fais de
■ « bons trous dans les étoffes, dans le cuir, dans
i « le bois. Tenez, la corde dont est faite ce filet
i « doit être en chanvre, et j'ai entendu dire que
i « si l'on parvenait à défaire une maille d'un
,' « filet, il n'y avait plus qu'à tirer et tout se dé-
; « faisait. Voulez-vous que j'essaye? En tout cas,
j «c cela ne peut pas faire de mal.
— Essayez, si vous voulez, répondit le lion,
i « mais je crois bien que vous ne réussirez pas.
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