Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1897-03-09
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32779904b
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 09 mars 1897 09 mars 1897
Description : 1897/03/09 (Numéro 5603). 1897/03/09 (Numéro 5603).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5298196
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/03/2008
SI* Ann~e. 3' série. ? 5603.
MARDI 9 MARS 13~
PAmS_Et DÉPARTEMENTS 15 CENTIMES
ARTM~ RSEYER
JDtycctettf
~tÉDACTtObJ
tM CPATRE 'EEURES DU SOIE A UNE HEURE DU MATOt
2, rue Drouot, 2
(Angio des b&uteverds Montmartre et des !tatieM
ABONNEMENTS
P&ris et dep&rtemeïtta
Un mois. Sfr. Six mois. 2Tfr.
Trois mois. 1360 Un an. 54 fr.
Etp&ngef
Troîs mors (U'nion postale). 16 fr.
Les manuacrits ne sont pas ron~uw
ARTM~ ?8 EIŒ~
Dt~ee~N~
ADMtNtSTRATtOM
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONCE
2, rue Drouot, 2
(Angis des boulevards Montmartre et daa KaBMO
ANNONCES
MM:. CH. LAGrRANGrE, GERF & Ot
6, PLACE DE LA. BOURSE, 6
E~ a <'a<~Mttt[~a
Le* manuscrits ne sont pas rendus
LE PLUS GRAND JOURNAL DU MATIN
lare « à la deuxième page a, en DERNIERE
HEURE, le texte de la Réponse de la Grèce à la
Nota des puissances.
mm frmm
MbtM~ew ~4~OM~ Daudet.
Un bijou sans pair qui va passer sous le mar-
teau de la vente Goncourt, cette grenouille de
jade, contenant, selon l'expression même du
maître d'Auteuil, « une goutte d'eau antédilu-
vienne ».
C'est à. la suite de ce bijou inouï que je veux
rentrer dans mon sujet, guidé par cette autre
« Grenouille bienfaisante a. Ce sujet, ce sera le
Japon écoulé et révolu, cet Extrême-Orient de-
venu public et qui eut son succès sur le tard, afin
que les exquis ou sérieux éléments en fussent
triés et répartis, et que la vaine broutille s'en
cparpiilât aux quatre vents du ciel, avec les péta-
les de Heurs et les ailes de papillons dont elle
était faite. II a fallu vingt ans pour que le vent
ide la mode accomplit cette besogne-là. Commen-
cée en 78, elle dépose aujourd'hui son bilan. Et
cette vente des japonaiseries de Goncourt en sera
le rapporteur élu.
Avant, il y avait eu des armateurs curieux des
arrivages des parents de marins à qui leurs fils
rapportaient des cargaisons des passionnés par-
tiels, des types de collectionneurs isolés, de ma-
niaques restes célèbres. Des chinoiseries, il s'en
trouvait en Hollande, dans des familles de navi-
gateurs, à Saint-Malo, où les grands financiers
découvrent encore auj ourd'hui des salons de laque.
Il s'en trouvaitàParis,hôtelPontalba; àBologne,
palais Ercolani; dans Balzac, chez. sa F~
Fille. De ci, de là, en d'anciennes maisons som-
meillaient de ces innombrables et hybrides ser-
vices de porcelaine de Chine, dont les dessins
souvent chrétiens étaient fournis aux céramistes
de la-bas, par les Jésuites. Et les délicats ou-
vriers de l'Empire du Milieu nous retournaient
avec une égale docilité, notre Sauveur sur des
boîtes a thé, et nos armoiries sur des bourda-
loues.
Lesperroquets,jadischersauxgrandesfavorites,
perchaient sur des étagère de choix, à côté des ma-
gots lippus et ventrus remuant leurs mains et
branlant la tête. Et cette belle maréchale Lan-
nes, dont Gérard nous'a lègue la triomphante ap-
parition au sommet d'un escalier de jardin ou de
beaux enfant l'environnent, fut, elle, l'idolâtre du
kaolin, l'adoratrice du pétunzé. Autour d'elle
sa collection s'accumulait, envahissant parvis et
parois comme les eaux d'un déluge. Les bouquets,
les insectes et les oiseaux de ses vases ché-
ris jouaient, en son palais, le rôle des~dessins
d'une tenture.
Mais tout cela était ësotérique et fermé, l'or-
gueil de plusieurs, la jouissance d'un petit nom-
bre. Il y fallait, pour une profanatoire consécra-
tion, ce banquet des mercenaires de Salammbô,
ou les trésors sont dilapidés, où l'on boit dans les
coupes sacrées. L'Exposition de 1878 marqua
pour nous et pour le Japon cette communion sa-
crilège. L'art japonais qui, jusqu'à ce jour, avait
&té forclos comme ses palais, cacM comme sea
souverains, fut voué aupilIage.Art monarchique,
légitimité du bibelot fraternisant tout à coup sur
le pavé en débordements et en déballages.
On n'a pas oublié cette révolution qui fut une
révélation, ce délicieux 93 des bambous où ne fu-
rent guillotinés que des magots, des iris et des
libellules. La C'a~M?,a~o~ s'en chanta par tout
Paris, et le drapeau s'en arbora sous forme de
&a/:eMMM pruniers et d'hortensias, de tortues et de chau-
ves-souris, d'une flore vivante, d'une animalité
en fleur, d'une humanité animale et spirituelle.
Cent termes jolis, qu'on s'apprenait à qui mieux
mieux, se pressèrent sur les lèvres des néophytes
japonisants et devinrent des locutions courantes.
C'étaient d'abord ces kakémonos et ces fou-
kousas dont je parlais tout à l'heure les pre-
miers, ces tableaux qui se déroulent comme les
anciennes cartes chères à Vermeer; les seconds,
ces carrés de broderies dans lesquels on envoie
les cadeaux, et qui sont aux armoiries de ceux
qui en ont. Les autres ont pour armes plus
joyeuses et plus vives fes flots de la mer, avec
leurs poissons les couchers de soleil, avec leurs
oiseaux; une colossale boule de neige, avec les
enfants qui la roulent. Tout le ciel et toute la
terre mêlés et unis par toutes les envolées et
tous les bondissements, de tous les plumages et
tous les pelages, sans oublier les lenteurs et les
rampements des carapaces, des tests et des
écailles.
On apprit ainsi à connaître les ~~e~, qui
sont ces ivoires sculptés drolatiques et charmants,
lesquels servent à attacher à la ceinture les in-
t~, qui sont, eux, les boîtes à médecines. Petits
casiers superposés c~ s'emboîtant, dans lesquels
les mires japonais enferment leurs drogues, à
l'efficacité desquelles contribue sans nul doute le
plaisant décor extérieur, paons aux plumes bur-
gautées et toute la fantasmagorie.
On connut encore les noms du M~'&OM~ et
du ~f~M~o, ces deux fins métaux qui se
combinent heureusement dans l'ornementa-
tion des manches de couteaux et des gar-
des de sabres. D'intelligentes dames 6rent ve-
nir chez elles des peintres japonais pour leur ap-
prendre à disperser savamment sur les écrans
des vols de passereaux ou de cigognes. Mme
Judith Gautier, qui fut toujours une initiatrice de
Tokio, comme deBayreuth, qui depuis longtemps fI
avait écrit le Dra~o~ t~pëW~, l'~M~~Mr i `
et autres prestigieuses variations chino-japonai-
ses, qui avait serti ce bijou le L~re de ~a~c. -c
anthologie ciselée de la poésie chinoise Judith
Gautier connut Komiosi et Motoyosi, et nous li-
vra des secrets plus savants et plus exquis en-
core.
c
i
Ce fut l'ère des bals costumés où triomphait la i
robe japonaise. Et l'on se récitait les sonnets de 1
Heredia encore inédits le ~aMMM~ le 7?e'c~ c
furent envahis par des flots de crépon et des cata-
ractes de papier, des torrents d'éventails et d'é- r
crans, eux-mêmes ruisselants de grenouilles et c
de glycines. Et de grossiers importateurs qui r
n'ont souci que de gros sous triomphèrent impu- n
demment. Et les directeurs de la Kiriu-Kôcho- n
Eonaicha, dont l'exposition avait si fort contri- e
bue à ce déluge, se désolèrent de voir à quelle
méchante besogne ils avaient coopéré, faisant la p
fortune du plus bas commerce de leur patrie et q
de la nôtre, mais eux-mêmes obligés de réexpé- r
dier en leur pays, faute de chalands, les seuls p
spécimens dignes d'attention et d'intérêt de la t!
plus ou moins récente production sur lesquels se q
fermaient les yeux de « la brute hyperboréen- d
ne)). Car, bien entendu et comme toujours, le f:
pubhc s'était.trompé ou, du moins, s'était as-
similé ce qu'il avait, pu de la rénovation et de la
réforme. Il avait cru que l'art japonais, c'était ti
toute cette paperasserie. Et de fait, à cet exemple, 6.
au moins vivant, se décrassaient nos papiers de v<
tenture. L'Angleterre, de qui les moyennes clas- c<
ses ont plus de goût, tira meilleur parti de ces
secours d'en bas, et c'est iaGItré par elle que nous d<
est venu l'allègement de nos décors mobiliers et fa
comme un rachat de notre faubour~ Saint-An- d'
toine. ° d'
Mais les paravents qui chantent la transparente
gloire de l'eau, que traverse un reflet d'oiseau, où ti<
~e mirage de la lune clapote et s'argente, le Phi- d'
listin ne sut que rire de tout cela; et de ce que fa
précisément coûtassent si cher, ces objets-là o!t
M~~ des cabinets char- M
gésd_apphques et d'incrustations se~ na
dans le Bon-Marché et dans le Louvre, so
Certes, il se fonda. dans le moment plusieurs
t importantes collections dont les moins nobles fu-
rent des spéculations; les autres redevinrent de
rêverie individuelle et de satisfaction isolée. On
cita les bronzes de Cernuschi, les chimères de
Mme d'Ennery, les jades de M. Barbet, les col-
lections Manzi, Burty et Gonse, et celle de M.
GiIIot, poteries, laques, bronzes et albums, qui
j demeure l'une des plus choisies. M. Bing fut,
durant vingt ans, le pourvoyeur émérite de ce
petit groupe, dont le véritable Prince fut Edmond
de Concourt.
Sa Afo~oM ~'MM ar~f apparut comme le
guide à ce nouveau pays de cocagne dont les ima-
ginations s'étaient férues. Il l'écrivit, ainsi que
l'aurait fait Gautier, dont on a souvent cité le joli
l mot sur un lieu qu'il allait visiter « Mais com-
ment ferai-je après pour le décrire ?. »
De fait, les voyageurs, avant Loti, n'avaient
guère fourni que des documents dont les rêveurs
se servaient pour évoquer de leur fonds les seuls
récits vrais, ceux qui, par la puissance d'une
Imaginative reconstitution, se trouvent être adé-
quats et conformes.
Et dans le même temps que la CA~sw~/tgH~
de ce précieux Loti donnait satisfaction à cette
clientèle frivole qui se représente le pays des Mi-
kados tout en parasols et en lanternes, les ./opo-
Mëri! ~'a~o~e, du même auteur, décrivaient
pour des lecteurs privilégiés de traditionnelles
expositions, de millénaires pèlerinages.
Donc.onlepeutassumeretrésumer.l'exposition
japonaise de 1878, que je vois encore ouvrant sur la
rue des Nations, par une fontaine en porcelaine
faite d'un nélumbô ueuri, mit !e feu aux poudres
d'or du laque aventuriné dont Goncourt écrivit la
véridique histoire et qu'il nous peignit, s'éla-
borant dans le mystère et dans la nuit, avec une
précision recueillie qui en raffina ]e prestige.
Mais l'important pour les chefs de cette frin-
gale déifcate, c'était de varier le menu. Après
l'épuisement des laques et des kaolins, d~ détour-
ner adroitement l'attention sur les bronzes et
les grès, les ivoires et les étoffes. Puis, toutes
ces veines s'épuisant, se leva 1' parmi
laquelle toujours sous la direction du maître
d'Auteuil, verdoya Outamaro, le peintre des
maisons couleur de prase. Et ce fut le dernier des
japonais bateaux. Car tout le Japon y avait
passé. Et l'on demandait encore.
Ce fut alors qu'on se rabattit sur le bibelot vi-
vant, ces arbustes nains auxquels la Vierge
Rouge compare l'humanité atrophiée d'aujour-
d'hui, et dont elle dit « On devrait s'asseoir à
leur ombre »
Plusieurs goûtèrent fort, en 89, ce jardinet du
Trocadéro, où le jardinier japonais Hata Wasuké
fit fleurir a foison de si pénétrants lis martagons,
enroula autour de minuscules rochers des lier-
res finement découpés, les associant à des mons-
tres végétaux rabougris et gracieux, incurvés
selon d'impossibles courbes. w
« Jamais canaille c'est épatant w m'afurma
cet étrange Hata quand je le voulus prendre à
mon service. C'est à peu près tout ce qu'il savait
de français, et cela me parut de bon augure.
Hata devint mon jardinier et disposa les plus
élégants des boucp.iets, dont plus d'un visiteur
ami du pavillon Montesquieu a gardé le souvenir.
Ces bouquets, desquels la composition constitue
toute une éducation et une esthétique, consignées
ft\ d.6H ~tbuïM spccicbux a l'usage des mousméa,
qui les étudient et s'en pénètrent. Et quand on
requérait son secret de mon Pilois « Au Japon,
jamais agglomération w répondait-il sentencieu-
sement.
Les jours de fête, il demandait a me parler
et, vêtu de son costume national, me faisait les
honneurs de ses albums professionnels, qui s'ac-
croissaient et s'embellissaient, chaque saison, des
représentations que lui envoyaient des confrères
lointains, de la plus récente hybridation d'Iris
Kœmpferi, de pivoine ou de chrysanthèmes. Et
il étalait ses aquarelles, avec une ûère simplicité,
comme un joaillier ouvre ses écrins et présente
des pierres, en un orgueil qui reflète des feux,
une satisfaction ctincelante.
Tels sont les plus récents bibelots japonais,
derniers pétales du prunier d'Okousaï, charriés
vers nous par le neuve bleu ou jaune.
Et quand une finale adjudication aura retenti
sur le dernier bibelot de la vente Goncourt, le
Japon parisien aura vécu, et nous en conserve-
rons le souvenir empourpré d'un courant de cou-
leurs et de clartés ayant charrié vingt ans par
nos quartiers brumeux, une onde faite de dé-
pouilles de fleurs, de mirages d'insectes et d'oi-
seaux, entre lesquels des singes au bras géant
l'allongent démesurément, pour pêcher un reflet
de lune.
Robert de Montesquiou
Ce qui~ se passe
GAULOtS-GUtDE
~M~OMrd'/tMt
Courses a Saint-Ouen.
Diner-concert, satie des fêtes du Grand-HAte~ 8 fr..
vin compris (petites tabtes)..
L~ POL!TtQUE
UNFAUXPAS
Le ministère a failli, hier, glisser sur une pe-
lure d'orange et se rompre le col à la veille même
du jour où il posera lui-même la question de con-
fiance et où, s'il est renversé, il aura du moins la
consolation de tomber sur une question natio-
nale.
Il s'agissait d'une nomination de magistrat
qui a déplu à quelques-uns des députés corses,
quoiqu'elle eût réjoui les autres législateurs
insulaires. Et la Chambre a dû s'occuper du
président du tribunal de Corte, attaqué par M.
de Casablanca, défendu par Emmanuel Arène t
Montaigus et Capulets f M. de Casablanca plaide le
mauvais teint et M. Arène le bon teint du répu-
blicanisme de ce président. Grave sujet t Avec
ça et la Crète la France n'a plus le temps de s'en-
nuyer.
Quoi qu'il en soit, deux députés qui n'aiment
pas le cabinet, MM. Marcel-Habert et Pierre Ri-
chard, ont saisi avec habileté le défaut de la cui-
rasse et réclamé par un ordre du jour que doré-
navant le gouvernement évite de nommer des
magistrats dans les arrondissements où ils ont
été candidats à des fonctions électives.
M. Darlan voulait l'ordre du jour pur et sim-
ple, et il avait tort, car rien n'était plus équitable
que la réclamation de ses adversaires, parce que
rien n'est plus dangereux et plus arbitraire et
plus attentatoire à l'indépendance de la magis-
trature que de confier la justice à des hommes
qui ont été mêlés à des luttes politiques et ont
des créatures a favoriser et des rancunes a satis-
faire.
La chose allait donc se gâter, lorsque M. Lebon
a apporté un peu de vaseline en corrigeant la cri-
tique de ses collègues par l'expression de la con-
fiance de la Chambre dans le ministre, qu'elle
venait de blâmer implicitement. Le cabinet l'a
échappé belle.
Sa chute, eût été d'autant plus bizarre qu'au
début de la séance il avait remporté un succès en
faisant ajourner par la Chambre la demande
d'interpellation de M. G-oblet sur les affaires
d Orient.
Il a d'ailleurs promis à la Chambre qu'il la
tiendra au courant de tout ce que sa politique
d adhésion au concert européen l'entraînera à
faire.
Par conséquent, si les puissances décident un
blocus, les députés français pourront faire con-
naître leurs idées puisqu'on leur demandera la
somme Béccs~airc à cette onér&Uon.
Il leur sera permis de recommencer, s'ils y
tiennent, l'histoire fameuse de 1882 et de faire
rentrer notre Sotte, comme rentrèrent les cuiras-
sés français laissant la Sotte anglaise devant
Alexandrie et l'Angleterre par conséquent maî-
tresse de l'Egypte. J. CoRNÉLY.
ËCHOS JE~ PARIS
M. Claude Rajon, élu député dans l'Isère, est
un vrai jeune, puisqu'il n'a pas dépassé la tren-
taine. Il s'est présenté comme radical, et, en effet,
il remplit auprès de M. Combes, alors ministre
de l'instruction publique, les fonctions de chef du
secrétariat particulier.
Mais ce radical n'est pas un bien méchant
homme, il passe auprès de ses amis pour la dou-
ceur même. Très affable, il dit d'une voix mou-
rante les choses les plus aimables dans une forme
très pure, car M. Claude Rajon, hier encore
chargé d'un cours au collège Chaptal, est un let-
tré, qui occupa pendant quelques années le poste
de secrétaire de la rédaction de la AoMt~He re-
vue, que dirige Mme Adam.
Lorsque M. Combes quitta la rue de Grenelle,
il fut convenu que M. Claude Rajon serait nommé
inspecteur des théâtres lisez ce~&eMr à la
direction des beaux-arts. Mais, déjà attaché à la
bibliothèque Sainte-Geneviève, M. Rajon préféra
avancer sur place, et il venait d'être nommé sous-
bibliothécaire lorsque les électeurs de La Tour-
du-Pin l'ont choisi pour les représenter au Pa-
lais Bourbon.
7'a~ ~c.
La Faculté des sciences va être éclairée à l'élec-
tricité.
On lui doit bien cela, beaucoup d'épiceries Je-
tant déjà, qui n'ont jamais fait grand'chose pour
l'éclairage électrique. t>
Première conséquence de l'enquête à laquelle
a été soumise l'élection du nouveau député de la
troisième circonscription de Brest.
M. l'abbé Gayraud, qui devait prêcher le ca-
rême à l'église Notre-Dame-de-Lorette, vient de
faire savoir à M. l'abbé Dillenséger, curé de la
paroisse, que les circonstances l'obligeaient à re-
prendre sa parole.
Nous avions annoncé que l'abbé Gayraud pro-
noncerait hier soir son premier sermon de ca-
rême. Il a dû être remplacé, au pied levé, par un
autre prédicateur.
La statue d'Alexandre Dumas fils.
On se souvient sans doute du projet de donner
à la place Malesherbes le nom de place des Trois-
Dumas, en joignant au monument de Dumas
père celui du général Dumas et celui de Dumas
fils.
Ce projet, sur lequel nous reviendrons d'ail-
leurs, va, en partie du moins, se réaliser le
comité « Alexandre Dumas )) ayant obtenu du
conseil municipal l'autorisation d'ériger la statue
du célèbre écrivain en face de celle de son père.
Ledit comité a résolu d'ouvrir une souscription
publique et de faire appel à tous les amis et ad-
mirateurs de l'illustre défunt.
Cet appel-est-il utile de le dire?–seraentendu
de tous ceux qui s'intéressent à la littérature et
à. l'art dramatique de notre pays, dont Dumas fils
restera un des plus remarquables représentants.
Dans une ville de province où le conseil muni-
cipal doit vraiment avoir des loisirs, un conseiller
a émis le vœu de démolir la croix qui domine le
fronton de l'hospice, puisque le personnel va être
laïcisé. Un second conseiller a demandé de cou-
vrir la croix avec une plaque de plomb, un troi-
sième qu'on lui coupe les ailes.
Le maire a répondu que, dans les armes de la
communne, il y a aussi une croix, qu'il serait ri-
dicule d'en demander la suppression, et il a dé-
claré l'incident clos.
Pourquoi encore ne pas imposer un change-
ment de nom à ceux qui ont le malheur de s'ap-
peler Z~c~o~, Z~acroz'.r, Soulacroix, etc?
S'ils sont logiques, ces farouches conseillers
municipaux, ils devront refuser la croix quand
on la leur offrira.
I) n'en est du reste pas question.
COUP DE CRA.YON
Af.
M. Sauton, qui hier, à l'Hôtel de Ville, a vaincu le
socialisme. Le nouveau président du conseil muni-
cipal, quoique radical, appartient à la fraction la
plus modérée du groupe dit des Droits de Paris. Il a
voté autrefois tout aussi bien contre le projet de réta- e
bassement de la garde nationale et contre les secours
envoyés aux grévistes d'Anzin et la droite conserva-
trice a pu opter pour lui sans se mettre en con-
tradiction avec les principes qu'elle représente.
Il faut espérer que M. Sauton s'inspirera; dans la
direction des travaux du conseil, des idées qu'il émet-
tait dans une circulaire aux électeurs, en 1884
"Depuis que je suis au conseil municipal, j'ai ac-
quis la conviction profonde qu'en s'attardant à l'exa-
men des questions qui ne sont pas de sa compétence,
le conseil s'expose à laisser passer des affaires sou-
vent compromettantes pour nos finances municipales
dont le conseil avait le devoir de surveiller étroite-
ment la gestion..
» Pour ma part, en revendiquant énergiquement
les quelques franchises municipales que nous possé-
dons, je me suis surtout attaché à l'étude des ques-
tions d'intérêt municipal. n
M. Sauton, qui est âgé de dnquante-trois ans, a
marquéfréquemmentsa compétenceda.ns les questions
de travaux; à diverses reprises rapporteur dubudget,
il s'est appliqué à mettre de la clarté dans la compta-
bilité municipale. Il a été secrétaire et deux fois vice-
président du conseil municipal, président du. comité
du budget. Enfin il a été déjà président du conseil
municipal en 1893-1893.
Elu sénateur parle département de la Creuse aune
voix de majorité, il vit son élection annulée et ne se
représenta pas.
S'était déjà mesuré contre les socialistes aux der-*
niéres élections législatives dans le cinquième arron-
dissement, et il .s'en fallut de peu qu'il ne l'emportât
sur son concurrent M. Viviani.
Hier soir a eu lieu le dîner dit des Pr~ <~
.~MM7.
C'est sous ce calembour subtil et chatnoiresque
que se dissimule une joviale réunion de graves
personnages MM. Yves Guyot, Baillet, Puvis
de Chavannes, Jean Béraud, Roger Jourdain, etc.
La devise de cette association ? 9
Dîner gaiement et laisser dire! 1
Les tableaux d'art moderne de la .succession
Caillebotte, dont nous avons annoncé l'entrée au
Luxembourg, ont eu le donde provoquer quelque
émotion à l'Institut.
M. A. Rambaud, ministre de l'instruction pu-
blique, a en effet reçu une lettre, signée par un
certain nombre de membres de la section des
beaux-arts, tendant à attirer son attention sur un
précédent que ces messieurs considèrent comme
très fâcheux. « A quoi bon, disent-ils en subs-
tance, devancer les jugements de la postérité en
accueillant dans un musée national des œuvres
d'art par trop modernistes ? )) »
La protestation des membres de l'Institut
n'aura d'ailleurs pas d'autres suites nous
croyons savoir, en eifet, qu'elle a été classée pu-
rement et simplement, l'administration des
Beaux-Arts, en acceptant le legs Gaillebotte, ayant
répondu comme il convenait à l'attente de la jeu-
nesse artistique.
MLLST DU SOIR
M.Sarcc) annonçait hieràsesfecteurs du Vcw~
qu'on ne te verrait pas de dix jours à Paris, parce qu'il
part pour Marseitie. Comme il consacre le même jour,
dans le même 7~ tout un articie sit;ne S~anareHe
à louer )e citoyen Ftaissières, maire de MarseiUe, pour
avofr interdtt les chapeaux de femmes au théâtre, je
soupçonne le consciencieux critique d'être allé étudier
sur place les effets d'; cet arrête audacieux.
En tous cas fes Parisiens auront hâte de te voit revenir
de cette enquête avec des conclusions pratiques, car la
question desChapeaux de femmes au théâtre prend de-
puis quelque temps des proportions adéquates à cettes
des chapeaux ettes-mêmes. It en est parlé partout, dans
les cerctes, dans les sa)ons, et le résultat de toute cette
agitation est déjà de nature à encourager tes partisans
de la reforme Flaissières. En effet, beaucoup de maris qui
ne se soucient pas d'avoir anaire à des spectateurs grin-
cheux signifient à leur femme qu'ils ne la mèneront
pas aux fauteuils d'orchestre et de balcon tant que la
période de trouble ne sera pas terminée. Raison anato-
gue à cette qui ajourne te départ de la Comédie-Fran-
çaise pour Athènes à une date où l'allumette crétoise ne
risquera plus de mettre le feu à l'Europe.
Pour ma part, dans ma petite sphère, j'ai fait un re-
~rM~KM féminin autour de moi. La question a été
posée ainsi <: Le petit ennui que peut vous donner ta
pensée de vous décoiffer, n'est-it pas amplement com-
pensé par t'agrément d'aller au théâtre ? )) L'immense
majorité des réponses a été affirmative. En revanche,
une non moins grande majorité de suffrages masculins
a répondu également oui à cette autre question <: La
crainte d'avoir un chapeau féminin devant vous au
théâtre vous détermine-t-elle souvent à n'y pas atter ? »
Messieurs les directeurs, concluez.
Comique l'incident arrivé l'autre soir à la gare
Saint-Lazare.
Un Auvergnat, nouvellement débarqué d'Au-
nllac et se rendant à Bois-de-Colombes, remar-
qua que beaucoup de voyageurs coupaient en
deux leur ticket et en gardaient la moitié, il
s empressa de faire comme eux. On ne s'aperçut
du fait qu'au retour, quand, après avoir donné un
demi-aller, il proposa un demi retour.
On eut d'ailleurs beaucoup de mal à faire com-
prendre au brave homme son erreur.
Tant de candeur et d'innocence autorisaient
vraiment un voyage à demi-place, comme pour
les enfants au-dessous de sept ans t
Ainsi que le question du monument de Beaumarchais vient de
recevoir une solution.
M. J. de Selves, préfet de la Seine, a donné des
ordres à M. Brown, inspecteur des beaux-arts de
la ville de Paris, pour que la statue de l'auteur du
AfarM~ ~e ~o'o soit placée au plus tôt sur le
socle dressé, à cet eû'et, sur le terre-plein de la
place des Tournelles, au carrefour des rues de la
Bastille et Saint-Antoine.
Voici les envois qui commencent nous avons
vu hier chez Mlle Louise Abbema les deux toiles
qu'elle doit (.envoyer dès aujourd'hui au Salon,
l'une, un portrait de femme et l'autre, un grand
panneau décoratif intitulé « Musique )) qui repré-
sente une femme couronnée d'orchidées, envelop-
pée d'une draperie légère mauve comme la cou-
ronne, ceinturée de gaze jaune et jouant du violon,
un véritable régal pour les amateurs délicats.
Mlle Blanche Jacquemot, deux jolis portraits,
dont celui de Mme Léa Maujan, qui est très
réussi. M. Didier-Pouget, Crépuscule et Bruyères
en fleurs plaine de Tarbes.
Mars, qui prélude de singulière façon au prin-
temps, nous ramène avec les brusques change-
ments de température la grippe, les troubles des
organes digestifs qu'augmentent encore les ré-
ceptions à peine interrompues pendant le ca-
rême.
A toutes ces attaques il faut opposer un solide
bouclier, et il n'en est pas de meilleur que l'u-
sage constant de l'Eau de Saint-Galmier source
Badoit; elle est le protecteur-né de notre estomac,
ne l'oublions pas.
En plus de 3,550 francs de prix en bijoux ou
espèces au choix qui seront distribués samedi,
13 courant, aux Dames les mieux costumées, à
l'occasion de la fête de gala du Palais de Glace
des Champs-Elysées, il faut ajouter cinq autres
prix représentés par de magniBques éventails.
C'est donc en tout neuf prix que le jury aura à
décerner. Un grand nombre d'artistes de divers
théâtres se proposent, paraît-il, d'aller samedi au
Palais de Glace dans les costumes de leurs rôles.
A travers les livres
On parle beaucoup dans le monde du nouveau
roman de H. Sudermann ~VM~~MC~'Mf ~a~e.
C'est la lutte très passionnée de i'amour contre
l'amitié.
NOUVELLES A LA MAIN
En voyage de nocss.
.EMe. Cette côte est bien dure à gravir, mon
ami.Ne pourrions-nous pas nous procurer un
âne?.
ZM! (tendrement). Ne suis-je pas lu, ma
chérie. Appuie-toi sur mon épaule t.
UnDomimo
L.ES AFFAIRES DE CRÈTE
~ESÏ!~ DE Mm~'CE
t~ réponse de !& Gfèce I~e cabinet et
I& ChîMnbre. t~e comceft emropéem
C~merre évitée.
Les cabinets européens n'avaient pas encore
reçu hier soir la réponse de la Grèce à la note
des puissances.
Voici, toutefois, l'analyse de ce document, qui
a dû être télégraphié hier soir aux représentants
helléniques à l'étranger:
Le gouvernement grec dit qu'il regrette de ne pou-
voir rappeler les troupes qm sont en Crète, dans la
crainte d'un retour des incidents qui avaient motivé
l'envoi du corps expéditionnaire grec. La Grèce té-
moigne de dispositions permettant aux puissances
de reprendre l'examen des points indiqués dans la
note des puissances, sans sortir du cadre des princi-
pes formulés, pour trouver une solution lui donnant
satisfaction et pouvant permettre au gouvernement
grec de tenir compte des désirs des puissances sans
froisser les aspirations nationales.
La note de la Grèce ne se borne pas à expliquer
d'une manière générale les motifs qui légitiment
l'intervention grecque en Crète.-
Abordant les deux points principaux faisant l'objet
de la note identique des puissances, le gouvernement
grec donne à entendre qu'il retirerait ses bâtiments
si les puissances prenaient l'engagement d'empêcher
la Turquie d'envoyer des renforts.
En ce qui concerne les troupes grecques, elle ne
pourrait point les rappeler sans compromettre grave-
ment la sécurité des chrétiens qu'elles sont allées
secourir.
Elle déclare toutefois queIaGrèce serait disposée à
retirer sa Sotte au cas ou les puissances remettraient
à l'armée grecque l'œuvre de la pacification, après
l'accomplissement de laquelle les Crétois exprime-
raient librement leur opinion,
En ce qui concerne l'organisation définitive de la
Crète, le gouvernement hellénique fait appel au sen-
timent de justice des puissances et les supplie d'ad-
mettre une combinaison qui permettra aux Crétois de
plébisciter sur leur sort.
Contrairement à ce que pouvaient laisser sup-
poser certaines indications, le cabinet ne se bor-
nera pas, si la réponse de la Grèce à la note des
puissances nécessite des mesures d'un ordre par-
ticulier, à faire connaître la situation a la Cham-
bre, en lui laissant purement et simplement le
soin de prendre telles décisions qu'il lui convien-
drait.
Si nous sommes bien informés et nous avons
lieu de le croire M. Hanotaux serait résolu, au
contraire, si les circonstances l'amènent à de-
mander le concours du parlement, à s'expliquer
très nettement sur la politique suivie jusqu'à ce
jour par le gouvernement, ainsi que sur celle
qu'il entend suivre, et a laisser à un autre le soin
de diriger les anaires étrangères dans le cas où la
Chambre lui refuserait son approbation.
Ce débat soulevé hier et ajourné ~c f~
ne pourra pas. semble-t-il, malgré les nouvelles
tentatives que doit faire aujourd'hui M. Mille-
rand, s'ouvrir utilement avant vendredi ou sa-
medi.
La réponse du gouvernement du roi Georges à
es la note des puissances n'était pas encore arrivée
ns hier soir à la légation de Grèce a Paris.
On peut supposer que M. Delyanni la recevra
dans la matinée.
Admettons que M. Hanotaux en soit saisi auj our-
nt d'hui avant midi il n'est pas excessif d,e lui ac-
ta corder le reste de la journée pour lire, étudier et
o- disséquer diplomatiquement un document
n- de cette importance.
Notre ministre des affaires étrangères ne se
,e- trouvera pas, en effet, en présence d'un refus ca-
tégorique et brutal. Onnous parle d'une note « ex-
plicative », et l'on ajoute qu'elle comprend « qua-
n. tre pages ». C'est quelque chose, surtout lorsqu'il
se importe est de lire entre les lignes.
e. D'autre part, et si parfait que soit l'accord eu-
vs ropéen, la lecture de cette réponse inspirera for-
cément aux divers gouvernements des réflexions
qu'ils désireront échanger avant de décider d'une
action commune.
A ce point de vue, la journée de demain pourra
.g être utilement employée par M. Hanotaux, puis-
que le mercredi est jour de réception diplomati-
que'au quai d'Orsay.
Mais il lui faudra, néanmoins, échanger des dé-
pèches avec Saint-Pétersbourg, Berlin, Londres,
il Vienne et Rome Il nous paraît impossible, ma-
tériellement, que toute cette besogne prélimi-
naire, mais indispensable, soit terminée avant
vendredi.
Donc vendredi au plus tôt, peut-être samedi, la
Chambre sera saisie de la question.
Sous quelle forme? Sans doute sous la forme
p d'une demande de crédits, car on estime géné-
ralement que la Grèce, dès maintenant résolue
à céder, exigera comme une satisfaction d'amour-
propre une démonstration navale des puissan-
ces.
La Chambre votera-t-elle ces crédits?
g Hier, nous aurions dit non.
g Mais il s'est produit depuis vingt-quatre heures
un revirement complet, le vote intervenu sur l'a-
journement de l'interpellation Goblet l'indique
très nettement.
La Chambre, si étonnant que cela puisse pa-
raître, se rend compte enfin de la situation, et
comprend que la première condition pour obtenir
g de la Turquie les réformes tant attendues est de
g la mettre à même de constater et d'apprécier
l'union des grandes puissances.
:1
A ce propos, et à titre d'indication de ce que
sera l'attitude de la Chambre, il nous paraît inté-
ressant de reproduire les paroles que nous avons
entendues hier de la bouche d'un député conser-
vateur et catholique, dans le salon de la Paix.
Ne serez-vous pas un peu gêné, lui deman-
s dait-on, et ne craignez-vous pas, vous qui repré-
s sentez une circonscription si essentiellement
catholique, qu'on vous accuse, si vous votez avec
le gouvernement, de pactiser avec le Croissant
contre la Croix?
Voilà plus de vingt ans que je suis député,
s a-t-il répondu. Jamais, dans une question d'ordre
3a-t-il répondu. Jamais,. dans une question d'ordre
supérieur, je ne me suis préoccupé de mes élec-
teurs, et j'ai toujours voté suivant ma conscience.
C'est ce que je ferai encore, cette fois, en votant,
moi qui ne suis pas un rallié, ce que nous de-
mandera le gouvernement.
a Avons-nous eu raison de ne pas persister dans
l'attitude de recueillement où nous étions depuis
1871 ? C'est une question qu'il serait trop long de
discuter aujourd'hui. Ce qu'il y a de certain, c'est
que nous sommes sortis de notre isolement pour
rentrer dans le concert européen il n'y a pas six
L mois que nous célébrions cet événement par des
chants de victoire t
» Et nous en sortirions aujourd'hui? Nous ne
le saurions faire sous peine de déchéance, et l'on
ne peut oublier, que c'est pour avoir eu l'heu-
reuse inspiration de s'allier, en de graves cir-
constances, à deux grandes puissances, que le
petit Etat qu'était le Piémont est 'devenu
l'Italie. B
Ou nous nous trompons fort, ou cet état d'es-
prit est aujourd'hui celui de la majorité delà
Chambre, et le gouvernement, s'il sait faire com-
prendre aux hésitants que les mesures énergi-
ques sont seules capables d'éviter une guerre,
même localisée, peut compter sur une imposante
majorité. Dàns le cas contraire, on pourrait se
demander, non sans anxiété, quelle serait, vis-à-
vis de l'Europe, la situation du successeur de
M. Hanotaux.
De notre cot'responda.ut de Londres:
Londres, 8 MMS, so!r.
Toutes mes prévisions sont en train de se réa-
liser. Je vous disais hier combien il était diffi-
cile, ici, de se renseigner exactement le diman-
che. Aujourd'hui, j'ai pu voir plusieurs person-
nalités politiques, et, bien que la réponse offi-
cielle de la Grèce ne soit pas encore arrivée, et
qu'on n'en connaisse que l'analyse apportée par
le télégraphe, il n'y a qu'une opinion ~~OMMe,
M;ï, ne croit a; la ~Merr
Cette conviction est basée, –et la base est so-
lide sur l'accord absolu des puissances, qui
n'ont pas fait, depuis trois semaines, les efforts
incessants que l'on sait en vue de maintenir la
paix, pour permettre aujourd'hui que ces efforts
demeurent stériles. Elles ont obtenu déjà de la
Turquie et la chose n'était pas aussi facile
qu'on pourrait le supposer, que tout incident
fût évité à la frontière, qui aurait pu avoir les
conséquences les plus regrettables elle obtien-
dront également de la Grèce qu'elle renonce à ses
prétentions injustifiées.
Le gouvernement du roi Georges on ne sau-
rait lui en faire un crime avait escompté un
désaccord qu'il considérait comme inévitable dans 1
le concert européen or, ce désaccord ne s'est
pas produit, et la Grèce sait maintenant, par les
avis qu'elle a reçus des puissances restées le plus (
directement en contact avec elle, qu'il ne se pro- 1
duira pas, et que, ~)OMr te blocus du .P?' no-
/aw~e~, ~'e~e~e e~< <ï6~MC. {
La conséquence s'impose t {
Par ce que l'on connaît de la réponse aux puis-
sances, il est hors de doute, puisque cette ré-
ponse est, dit-on, fort longue, qu'elle doit donner €
passage à de nouvelles négociations on m'as- r
sure même, et de bonne source, que ~a f
~OM~paWcr~ <d'MMe ~a?Mac~OM. d
Ce que sera cette transaction, je l'ignore mais
ce qui ne fait doute pour personne, c'est que les
pourparlers aboutiront, la Grèce étant disposée,
au fond, à considérer comme une victoire la 1
moindre concession qu'elle obtiendra des puis- j
sances.
Un autre point sur lequel je puis vous donner 1
une assurance formelle, c'est que, contrairement I
à une opinion qui paraissait dominer hier et au- p
jourd'hui, la Crète ne sera pas appelée à se pro- d
noncer par une sorte de plébiscite sur le régime h
qui sera; le sien.
Les puissances n'accepteront jamais ce mode d
de procéder bien plus, la Grèce ne la réclame
que pour la forme et avec le ferme espoir qu'on le
lui refusera, aucun moyen ne pouvant mieux as-
surer l'autonomie de l'ile. ]j
Les Crétois, en effet, ne sont, pas des enfants,
et vous pouvez considérer comme certain qu'en
présence de l'état précaire des finances hellènes, ) u
ils comprendraient parfaitement tout l'intérêt
qu'il y a, pour eux, à se soustraire à des obli-
gations et à des charges nouvelles.
Quant aux puissances.qui ont affirmé très haut
leur volonté de maintenir l'intégrité de l'empire
ottoman, elles ne peuvent donner la parole à la
Crète, qui ferait sans doute fort peu de cas de la
suzeraineté du Sultan.
Par conséquent, cette solution du plébiscite ne ~i~
satisferait personne et, plus que jamais, mon avis p~
reste ce qu'il était dès les premiers jours de la
crise la Crète deviendra puissance autonome, b)
sous la suzeraineté de la Porte, avec le prince
Georges de Grèce comme gouverneur généra'.
L.D.
< aq
~c-~fM ~ry/MM
r- DUELS DE HAtTRES D'ARMES
C- II est d'usage que des maîtres d'armes ne se ren.
et contrent pas sur le terrain avec des amateurs. Depuis
lt trente ans, on ne signale pas une infraction à cette
coutume. Tous les législateurs de la matière, de Cha.
teauvillard à Duverger de Saint-Thomas, sont formels
là-dessus. Ils estiment que le maître d'armes offense
par un simple mortel doit choisir le pistolet.
(- Si t'adversaire n'est qu'un médiocre tireur, c'est sim-
Plement une mesure d'évidente nécessité. Mais il est
n des amateurs, et à Paris, ils sont encore nombreux,
qui pourraient faire bonne figure contre n'importe
t- quel maître, sur le terrain comme à ta salle. D'autre
[.. part, tel petit prévôt qui a décroché tout juste son bre-
g vet de maître ne résisterait guère à nos amateure de
g première force.
Comme, après tout, pour être professeur d'escrime,
on n'en appartient pâs moins à la belliqueuse race de
<~ tTance, les mattres d'armes en sont d'ordinaire réduits
à se battres entre eux. Ces duels ont toujours des mo-
L- tifs peu graves froissement d'amour-propre ou rivalité
de métier.
M. Pini, le maître italien qui est en ce moment en
cause, se rencontra naguère sur le terrain avec son con-
frère Greco, lequel s'est rencontré trois ou quatre fois
avec des maîtres, entre autres avec un professeur italien,
à New-York.
Les duels de maîtres d'armes ou de tireurs expérimen-
tes sont rarement tragiques. Un homme qui sait bien
à se servir du fer est à peu prés sûr d'en protéger son
corps, à moms que les deux adversaires ne soient en
g proie à une animosité violente qui les jette l'un contre
tautre.
e
Jean-Louis, qui se battit successivement contre qua.
torze tireurs, est entré dans la légende. Remontons plus
haut, au fameux chevalier de Saint-Georges. Un maître
d armes, dont le nom n'est pas resté, eut une alterca-
tion avec lui.
Oh perchez-vous r avait-il dt,mandé d'un ton fort
impertinent au chevalier.
Sous l'arche Marion, répliqua Saint-Georges. Si le
e cœur vous en dit, j'y serai demain matin à six heures.
Au premier engagement, Saint-Georges désarma t'ad-
versaire. Ce dernier ne paraissant pas satisfait, Saint-
Georges se fit apporter une demi-douzaine de Heurets
j. et les lui cassa sur le dos.
Plus tard, deux jeunes maîtres d'armes de régiment
se battirent dans les fossés de Vincennes. L'undeuxde-
r vait devenir le maréchal Ney. Le jeune Ney toucha son
adversatre d'un rude coup de sabre.
Lafaugére, le « tireur phénomène », était, en 't8a5,
e professeur d'escrime à Lyon. fl avait son violon d'In-
e gres c'était la peinture, à laquelle il vouait tout le
temps que ne lui demandait pas le Heuret.
3 Les artistes ont l'épidémie sensible, artistes du pin-
ceau comme de l'épée. Lafaugère apprit que Bertrand
avait apprécié sa peinture. « Lafaugére a bien raison
de faire de la peinture, avait dit dans sa salle le
jeune maître parisien, un sourire ironique sous la
moustache peut-être se sent-il un peu uni en es-
crime. Il cherche à s'assurer une carrière pour ses
vieux jours. »
t Lafaugère vint à Paris avec deux de ses élevés, qu'il
dépêcha à Bertrand.
Le lendemain, une centaine d'amateurs, parmi les-
quels beaucoup de gardes du corps, élèves de Bertrand,
se rendaient voir lever,sur le bois de Vincennes, une jo-
lie aube de printemps et s'aligner les deux maîtres.
Vigeant a raconté la scène en articles friands. Les
épées croisées, Bertrand chercha à s'emparer du fer. H
était fiévreux, car il était tout jeune encore. Lafaugère,
quiavaitalorsquarante-cinqans.étaitcalme comme une
S statue. A la troisième reprise, Lafaugère logea une belle
riposte de quarte dans l'épaule de son adversaire.
Le soir même, le vainqueur recevait la visite de deux
gardes du corps, qui venaient, de la part de Bertrand,
lui demander un assaut, au neuret moucheté cette fois,
pour la quinzaine suivante.
L'assaut fut animé d'incidents. Les Parisiens apptau-
dissaient à chaque coup de bouton reçu par Lafaugère.
Un silence absolu accueillait les coups, plus nombreux,
reçus par Bertrand.
Alors, après avoir touché son adversaire, Lafaugére
ôta froidement son masque et son gant, puis il applau-
dit, seul, en prononçant « Bravo, Lafaugére »
Et il ajouta à Bertrand
Maintenant, monsieur, si l'on veut applaudir, vous
n'en fournirez plus l'occasion.
Il tint parole. Sa veste ne fut plus effleurée. Et l'as-
sistance, comprenant la leçon, l'applaudit à tout
rompre.
Le jeune Bertrand devait avoir plus tard sa revanche
sur le terrain avec le Gascon Lozès. Bertrand n'était en
possession de ses moyens que lorsque ses muscles
étaient échauffés. Dans son assaut avec Lozès, celui-ci,
malin et prudent, avait précipité ses attaques et battu
Bertrand avant qu'il eût pu reprendre l'avantage. Ber-
trand, vexé, obligea Lozès à reprendre l'assaut dans le
bois de Meudon, épées démouchetées.
Fidèle à sa tactique, Lozès cherchait à placer, dés te
début, un coup de pointe dans la jambe de l'adversaire.
Bertrand ramassa une grosse pierre et la brandit de ta
main gauche, tout en ferraillant
Ecoute, Lozès, si tu persistes à tirer à fa jambe,
comme tu le fais depuis cinq minutes, aussi vrai qu'it
y a un Dieu, je lâche mon épée et je t'assomme avee
cette pierre 1
M blessa légèrement Lozès à l'épaule.
En t858, une querelle s'éleva entre dcx chasseurs a
pied et les soldats du 49" de ligne. II fut décidé que le
différend serait vidé par une rencontre entre un prévôt
de chasseurs, Vanderbeck, et le second maître d'armes
du 49', bien que les deux champions fussent étrangers
à la querelle.
On se retrouva dans un bois avoisinant Sathonay.
Vanderbeck désarma cinq fois son adversaire. La sixième
fois
Fais-tu des excuses? demanda-t-il.
Non, jamais!
Alors, je pique..
Et il piqua au-dessus du sein droit, mais s~ légère-
ment que la pointe-ne pénétra que d'un centimètre.
Ce fut une belle rencontre que celle de Pons et San-
Malato en f88i. Ce n'étaient pas seulement deux
hommes, c'étaient deux écoles, la française et l'italienne,
qui se trouvaient en présence sur le terrain.
San-Malato arrivait à Paris avec une réputation très
brillante. Les amateurs vinrent en foule au Vésinet
pour voir le combat que dirigeait M. Paul de Cassagnac.
Pons, admirable de sang-froid et de tenue, parait les
attaques rapides, saccadées et bondissantes de l'Ita-
lien. Il envoya, après une heure un quart, un contre-
dégagement dans le poignet de l'adversaire, et si pro-
fondément que la lame pénétra jusqu'à l'os.
La dernière rencontre célèbre de maîtres fut celle de
Rue et Vigeant, à la suite du tournoi d'escrime de l'an
passé.
Les amateurs d'émotions et d'armes en parlent avec
enthousiasme. La terrible main gauche de Rue, l'élé-
gante droite de Vigeant traçaienr des phrases d'escrime
comme à la salle. On redoutait une blessure dange-
reuse. Heureusement, la pointe de Rue rencontra la
front de Vigeant. La piqûre fut légère.
Puissent toutes les rencontres n'avoir pas de plut
dangereux dénouements t
Tout-Paris
_-r,
?s ~M~Ê~M pMn?TM~s
M iNMiM'~MMiijE
Le théâtre sec, brutal, rapide, incisif, télégra*
phique, express qui procède par à-coups, sans
détails et sans préparations, et: dont la Loi <~
~o~M~ de M. Paul Hervieu, est le spécimen
le plus curieux et le plus accompli, ne date pas
d'hier. Il a fait d'abord les beaux jours du défunt
Théâtre-Libre avant de s'introduire rue de Ri.
chelieu, où on le cahote un peu, triomphant cer-
tains soirs sif&é certains autres vivant en plein
ballottage, devant un public qui s'interroge, in-
décis, plus étonné que charme.
Mais avant le Théâtre-Libre, il y a environ
une trentaine d'années, on l'a. pratiqué déjà
et ici, je ne veux pas parler d'Alexandre Du.
mas qui, dans -S'Mp~'ce ~?0 /'e~MM' et dana
la.P/Mcrapproché de cette forme, mais si peu, car celui"
là, avant tout, homme de théâtre, possédant à
fond l'art de pétrir son action, s'il l'a plus rapide"
ment menée que d'usage dans ces deux chefs<
d'oeuvre, a quand même conservé les prépara."
fions nécessaires, insufflant de la vie réelle à ses
personnages, au lieu de cette vie un peu factica
qu'on donne aujourd'hui à des marionnettes alg6<
briques.
C'est vers 1869 que Jules Jalin, en belle ho~
meur,aquali6é cette forme sèche de «théâtre
squelette t, et ce fut au lendemain de la preau~
MARDI 9 MARS 13~
PAmS_Et DÉPARTEMENTS 15 CENTIMES
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tM CPATRE 'EEURES DU SOIE A UNE HEURE DU MATOt
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MM:. CH. LAGrRANGrE, GERF & Ot
6, PLACE DE LA. BOURSE, 6
E~ a <'a<~Mttt[~a
Le* manuscrits ne sont pas rendus
LE PLUS GRAND JOURNAL DU MATIN
lare « à la deuxième page a, en DERNIERE
HEURE, le texte de la Réponse de la Grèce à la
Nota des puissances.
mm frmm
MbtM~ew ~4~OM~ Daudet.
Un bijou sans pair qui va passer sous le mar-
teau de la vente Goncourt, cette grenouille de
jade, contenant, selon l'expression même du
maître d'Auteuil, « une goutte d'eau antédilu-
vienne ».
C'est à. la suite de ce bijou inouï que je veux
rentrer dans mon sujet, guidé par cette autre
« Grenouille bienfaisante a. Ce sujet, ce sera le
Japon écoulé et révolu, cet Extrême-Orient de-
venu public et qui eut son succès sur le tard, afin
que les exquis ou sérieux éléments en fussent
triés et répartis, et que la vaine broutille s'en
cparpiilât aux quatre vents du ciel, avec les péta-
les de Heurs et les ailes de papillons dont elle
était faite. II a fallu vingt ans pour que le vent
ide la mode accomplit cette besogne-là. Commen-
cée en 78, elle dépose aujourd'hui son bilan. Et
cette vente des japonaiseries de Goncourt en sera
le rapporteur élu.
Avant, il y avait eu des armateurs curieux des
arrivages des parents de marins à qui leurs fils
rapportaient des cargaisons des passionnés par-
tiels, des types de collectionneurs isolés, de ma-
niaques restes célèbres. Des chinoiseries, il s'en
trouvait en Hollande, dans des familles de navi-
gateurs, à Saint-Malo, où les grands financiers
découvrent encore auj ourd'hui des salons de laque.
Il s'en trouvaitàParis,hôtelPontalba; àBologne,
palais Ercolani; dans Balzac, chez. sa F~
Fille. De ci, de là, en d'anciennes maisons som-
meillaient de ces innombrables et hybrides ser-
vices de porcelaine de Chine, dont les dessins
souvent chrétiens étaient fournis aux céramistes
de la-bas, par les Jésuites. Et les délicats ou-
vriers de l'Empire du Milieu nous retournaient
avec une égale docilité, notre Sauveur sur des
boîtes a thé, et nos armoiries sur des bourda-
loues.
Lesperroquets,jadischersauxgrandesfavorites,
perchaient sur des étagère de choix, à côté des ma-
gots lippus et ventrus remuant leurs mains et
branlant la tête. Et cette belle maréchale Lan-
nes, dont Gérard nous'a lègue la triomphante ap-
parition au sommet d'un escalier de jardin ou de
beaux enfant l'environnent, fut, elle, l'idolâtre du
kaolin, l'adoratrice du pétunzé. Autour d'elle
sa collection s'accumulait, envahissant parvis et
parois comme les eaux d'un déluge. Les bouquets,
les insectes et les oiseaux de ses vases ché-
ris jouaient, en son palais, le rôle des~dessins
d'une tenture.
Mais tout cela était ësotérique et fermé, l'or-
gueil de plusieurs, la jouissance d'un petit nom-
bre. Il y fallait, pour une profanatoire consécra-
tion, ce banquet des mercenaires de Salammbô,
ou les trésors sont dilapidés, où l'on boit dans les
coupes sacrées. L'Exposition de 1878 marqua
pour nous et pour le Japon cette communion sa-
crilège. L'art japonais qui, jusqu'à ce jour, avait
&té forclos comme ses palais, cacM comme sea
souverains, fut voué aupilIage.Art monarchique,
légitimité du bibelot fraternisant tout à coup sur
le pavé en débordements et en déballages.
On n'a pas oublié cette révolution qui fut une
révélation, ce délicieux 93 des bambous où ne fu-
rent guillotinés que des magots, des iris et des
libellules. La C'a~M?,a~o~ s'en chanta par tout
Paris, et le drapeau s'en arbora sous forme de
&a/:eMMM
ves-souris, d'une flore vivante, d'une animalité
en fleur, d'une humanité animale et spirituelle.
Cent termes jolis, qu'on s'apprenait à qui mieux
mieux, se pressèrent sur les lèvres des néophytes
japonisants et devinrent des locutions courantes.
C'étaient d'abord ces kakémonos et ces fou-
kousas dont je parlais tout à l'heure les pre-
miers, ces tableaux qui se déroulent comme les
anciennes cartes chères à Vermeer; les seconds,
ces carrés de broderies dans lesquels on envoie
les cadeaux, et qui sont aux armoiries de ceux
qui en ont. Les autres ont pour armes plus
joyeuses et plus vives fes flots de la mer, avec
leurs poissons les couchers de soleil, avec leurs
oiseaux; une colossale boule de neige, avec les
enfants qui la roulent. Tout le ciel et toute la
terre mêlés et unis par toutes les envolées et
tous les bondissements, de tous les plumages et
tous les pelages, sans oublier les lenteurs et les
rampements des carapaces, des tests et des
écailles.
On apprit ainsi à connaître les ~~e~, qui
sont ces ivoires sculptés drolatiques et charmants,
lesquels servent à attacher à la ceinture les in-
t~, qui sont, eux, les boîtes à médecines. Petits
casiers superposés c~ s'emboîtant, dans lesquels
les mires japonais enferment leurs drogues, à
l'efficacité desquelles contribue sans nul doute le
plaisant décor extérieur, paons aux plumes bur-
gautées et toute la fantasmagorie.
On connut encore les noms du M~'&OM~ et
du ~f~M~o, ces deux fins métaux qui se
combinent heureusement dans l'ornementa-
tion des manches de couteaux et des gar-
des de sabres. D'intelligentes dames 6rent ve-
nir chez elles des peintres japonais pour leur ap-
prendre à disperser savamment sur les écrans
des vols de passereaux ou de cigognes. Mme
Judith Gautier, qui fut toujours une initiatrice de
Tokio, comme deBayreuth, qui depuis longtemps fI
avait écrit le Dra~o~ t~pëW~, l'~M~~Mr i `
et autres prestigieuses variations chino-japonai-
ses, qui avait serti ce bijou le L~re de ~a~c. -c
anthologie ciselée de la poésie chinoise Judith
Gautier connut Komiosi et Motoyosi, et nous li-
vra des secrets plus savants et plus exquis en-
core.
c
i
Ce fut l'ère des bals costumés où triomphait la i
robe japonaise. Et l'on se récitait les sonnets de 1
Heredia encore inédits le ~aMMM~ le 7?e'c~ c
furent envahis par des flots de crépon et des cata-
ractes de papier, des torrents d'éventails et d'é- r
crans, eux-mêmes ruisselants de grenouilles et c
de glycines. Et de grossiers importateurs qui r
n'ont souci que de gros sous triomphèrent impu- n
demment. Et les directeurs de la Kiriu-Kôcho- n
Eonaicha, dont l'exposition avait si fort contri- e
bue à ce déluge, se désolèrent de voir à quelle
méchante besogne ils avaient coopéré, faisant la p
fortune du plus bas commerce de leur patrie et q
de la nôtre, mais eux-mêmes obligés de réexpé- r
dier en leur pays, faute de chalands, les seuls p
spécimens dignes d'attention et d'intérêt de la t!
plus ou moins récente production sur lesquels se q
fermaient les yeux de « la brute hyperboréen- d
ne)). Car, bien entendu et comme toujours, le f:
pubhc s'était.trompé ou, du moins, s'était as-
similé ce qu'il avait, pu de la rénovation et de la
réforme. Il avait cru que l'art japonais, c'était ti
toute cette paperasserie. Et de fait, à cet exemple, 6.
au moins vivant, se décrassaient nos papiers de v<
tenture. L'Angleterre, de qui les moyennes clas- c<
ses ont plus de goût, tira meilleur parti de ces
secours d'en bas, et c'est iaGItré par elle que nous d<
est venu l'allègement de nos décors mobiliers et fa
comme un rachat de notre faubour~ Saint-An- d'
toine. ° d'
Mais les paravents qui chantent la transparente
gloire de l'eau, que traverse un reflet d'oiseau, où ti<
~e mirage de la lune clapote et s'argente, le Phi- d'
listin ne sut que rire de tout cela; et de ce que fa
précisément coûtassent si cher, ces objets-là o!t
M~~ des cabinets char- M
gésd_apphques et d'incrustations se~ na
dans le Bon-Marché et dans le Louvre, so
Certes, il se fonda. dans le moment plusieurs
t importantes collections dont les moins nobles fu-
rent des spéculations; les autres redevinrent de
rêverie individuelle et de satisfaction isolée. On
cita les bronzes de Cernuschi, les chimères de
Mme d'Ennery, les jades de M. Barbet, les col-
lections Manzi, Burty et Gonse, et celle de M.
GiIIot, poteries, laques, bronzes et albums, qui
j demeure l'une des plus choisies. M. Bing fut,
durant vingt ans, le pourvoyeur émérite de ce
petit groupe, dont le véritable Prince fut Edmond
de Concourt.
Sa Afo~oM ~'MM ar~f apparut comme le
guide à ce nouveau pays de cocagne dont les ima-
ginations s'étaient férues. Il l'écrivit, ainsi que
l'aurait fait Gautier, dont on a souvent cité le joli
l mot sur un lieu qu'il allait visiter « Mais com-
ment ferai-je après pour le décrire ?. »
De fait, les voyageurs, avant Loti, n'avaient
guère fourni que des documents dont les rêveurs
se servaient pour évoquer de leur fonds les seuls
récits vrais, ceux qui, par la puissance d'une
Imaginative reconstitution, se trouvent être adé-
quats et conformes.
Et dans le même temps que la CA~sw~/tgH~
de ce précieux Loti donnait satisfaction à cette
clientèle frivole qui se représente le pays des Mi-
kados tout en parasols et en lanternes, les ./opo-
Mëri! ~'a~o~e, du même auteur, décrivaient
pour des lecteurs privilégiés de traditionnelles
expositions, de millénaires pèlerinages.
Donc.onlepeutassumeretrésumer.l'exposition
japonaise de 1878, que je vois encore ouvrant sur la
rue des Nations, par une fontaine en porcelaine
faite d'un nélumbô ueuri, mit !e feu aux poudres
d'or du laque aventuriné dont Goncourt écrivit la
véridique histoire et qu'il nous peignit, s'éla-
borant dans le mystère et dans la nuit, avec une
précision recueillie qui en raffina ]e prestige.
Mais l'important pour les chefs de cette frin-
gale déifcate, c'était de varier le menu. Après
l'épuisement des laques et des kaolins, d~ détour-
ner adroitement l'attention sur les bronzes et
les grès, les ivoires et les étoffes. Puis, toutes
ces veines s'épuisant, se leva 1' parmi
laquelle toujours sous la direction du maître
d'Auteuil, verdoya Outamaro, le peintre des
maisons couleur de prase. Et ce fut le dernier des
japonais bateaux. Car tout le Japon y avait
passé. Et l'on demandait encore.
Ce fut alors qu'on se rabattit sur le bibelot vi-
vant, ces arbustes nains auxquels la Vierge
Rouge compare l'humanité atrophiée d'aujour-
d'hui, et dont elle dit « On devrait s'asseoir à
leur ombre »
Plusieurs goûtèrent fort, en 89, ce jardinet du
Trocadéro, où le jardinier japonais Hata Wasuké
fit fleurir a foison de si pénétrants lis martagons,
enroula autour de minuscules rochers des lier-
res finement découpés, les associant à des mons-
tres végétaux rabougris et gracieux, incurvés
selon d'impossibles courbes. w
« Jamais canaille c'est épatant w m'afurma
cet étrange Hata quand je le voulus prendre à
mon service. C'est à peu près tout ce qu'il savait
de français, et cela me parut de bon augure.
Hata devint mon jardinier et disposa les plus
élégants des boucp.iets, dont plus d'un visiteur
ami du pavillon Montesquieu a gardé le souvenir.
Ces bouquets, desquels la composition constitue
toute une éducation et une esthétique, consignées
ft\ d.6H ~tbuïM spccicbux a l'usage des mousméa,
qui les étudient et s'en pénètrent. Et quand on
requérait son secret de mon Pilois « Au Japon,
jamais agglomération w répondait-il sentencieu-
sement.
Les jours de fête, il demandait a me parler
et, vêtu de son costume national, me faisait les
honneurs de ses albums professionnels, qui s'ac-
croissaient et s'embellissaient, chaque saison, des
représentations que lui envoyaient des confrères
lointains, de la plus récente hybridation d'Iris
Kœmpferi, de pivoine ou de chrysanthèmes. Et
il étalait ses aquarelles, avec une ûère simplicité,
comme un joaillier ouvre ses écrins et présente
des pierres, en un orgueil qui reflète des feux,
une satisfaction ctincelante.
Tels sont les plus récents bibelots japonais,
derniers pétales du prunier d'Okousaï, charriés
vers nous par le neuve bleu ou jaune.
Et quand une finale adjudication aura retenti
sur le dernier bibelot de la vente Goncourt, le
Japon parisien aura vécu, et nous en conserve-
rons le souvenir empourpré d'un courant de cou-
leurs et de clartés ayant charrié vingt ans par
nos quartiers brumeux, une onde faite de dé-
pouilles de fleurs, de mirages d'insectes et d'oi-
seaux, entre lesquels des singes au bras géant
l'allongent démesurément, pour pêcher un reflet
de lune.
Robert de Montesquiou
Ce qui~ se passe
GAULOtS-GUtDE
~M~OMrd'/tMt
Courses a Saint-Ouen.
Diner-concert, satie des fêtes du Grand-HAte~ 8 fr..
vin compris (petites tabtes)..
L~ POL!TtQUE
UNFAUXPAS
Le ministère a failli, hier, glisser sur une pe-
lure d'orange et se rompre le col à la veille même
du jour où il posera lui-même la question de con-
fiance et où, s'il est renversé, il aura du moins la
consolation de tomber sur une question natio-
nale.
Il s'agissait d'une nomination de magistrat
qui a déplu à quelques-uns des députés corses,
quoiqu'elle eût réjoui les autres législateurs
insulaires. Et la Chambre a dû s'occuper du
président du tribunal de Corte, attaqué par M.
de Casablanca, défendu par Emmanuel Arène t
Montaigus et Capulets f M. de Casablanca plaide le
mauvais teint et M. Arène le bon teint du répu-
blicanisme de ce président. Grave sujet t Avec
ça et la Crète la France n'a plus le temps de s'en-
nuyer.
Quoi qu'il en soit, deux députés qui n'aiment
pas le cabinet, MM. Marcel-Habert et Pierre Ri-
chard, ont saisi avec habileté le défaut de la cui-
rasse et réclamé par un ordre du jour que doré-
navant le gouvernement évite de nommer des
magistrats dans les arrondissements où ils ont
été candidats à des fonctions électives.
M. Darlan voulait l'ordre du jour pur et sim-
ple, et il avait tort, car rien n'était plus équitable
que la réclamation de ses adversaires, parce que
rien n'est plus dangereux et plus arbitraire et
plus attentatoire à l'indépendance de la magis-
trature que de confier la justice à des hommes
qui ont été mêlés à des luttes politiques et ont
des créatures a favoriser et des rancunes a satis-
faire.
La chose allait donc se gâter, lorsque M. Lebon
a apporté un peu de vaseline en corrigeant la cri-
tique de ses collègues par l'expression de la con-
fiance de la Chambre dans le ministre, qu'elle
venait de blâmer implicitement. Le cabinet l'a
échappé belle.
Sa chute, eût été d'autant plus bizarre qu'au
début de la séance il avait remporté un succès en
faisant ajourner par la Chambre la demande
d'interpellation de M. G-oblet sur les affaires
d Orient.
Il a d'ailleurs promis à la Chambre qu'il la
tiendra au courant de tout ce que sa politique
d adhésion au concert européen l'entraînera à
faire.
Par conséquent, si les puissances décident un
blocus, les députés français pourront faire con-
naître leurs idées puisqu'on leur demandera la
somme Béccs~airc à cette onér&Uon.
Il leur sera permis de recommencer, s'ils y
tiennent, l'histoire fameuse de 1882 et de faire
rentrer notre Sotte, comme rentrèrent les cuiras-
sés français laissant la Sotte anglaise devant
Alexandrie et l'Angleterre par conséquent maî-
tresse de l'Egypte. J. CoRNÉLY.
ËCHOS JE~ PARIS
M. Claude Rajon, élu député dans l'Isère, est
un vrai jeune, puisqu'il n'a pas dépassé la tren-
taine. Il s'est présenté comme radical, et, en effet,
il remplit auprès de M. Combes, alors ministre
de l'instruction publique, les fonctions de chef du
secrétariat particulier.
Mais ce radical n'est pas un bien méchant
homme, il passe auprès de ses amis pour la dou-
ceur même. Très affable, il dit d'une voix mou-
rante les choses les plus aimables dans une forme
très pure, car M. Claude Rajon, hier encore
chargé d'un cours au collège Chaptal, est un let-
tré, qui occupa pendant quelques années le poste
de secrétaire de la rédaction de la AoMt~He re-
vue, que dirige Mme Adam.
Lorsque M. Combes quitta la rue de Grenelle,
il fut convenu que M. Claude Rajon serait nommé
inspecteur des théâtres lisez ce~&eMr à la
direction des beaux-arts. Mais, déjà attaché à la
bibliothèque Sainte-Geneviève, M. Rajon préféra
avancer sur place, et il venait d'être nommé sous-
bibliothécaire lorsque les électeurs de La Tour-
du-Pin l'ont choisi pour les représenter au Pa-
lais Bourbon.
7'a~ ~c.
La Faculté des sciences va être éclairée à l'élec-
tricité.
On lui doit bien cela, beaucoup d'épiceries Je-
tant déjà, qui n'ont jamais fait grand'chose pour
l'éclairage électrique. t>
Première conséquence de l'enquête à laquelle
a été soumise l'élection du nouveau député de la
troisième circonscription de Brest.
M. l'abbé Gayraud, qui devait prêcher le ca-
rême à l'église Notre-Dame-de-Lorette, vient de
faire savoir à M. l'abbé Dillenséger, curé de la
paroisse, que les circonstances l'obligeaient à re-
prendre sa parole.
Nous avions annoncé que l'abbé Gayraud pro-
noncerait hier soir son premier sermon de ca-
rême. Il a dû être remplacé, au pied levé, par un
autre prédicateur.
La statue d'Alexandre Dumas fils.
On se souvient sans doute du projet de donner
à la place Malesherbes le nom de place des Trois-
Dumas, en joignant au monument de Dumas
père celui du général Dumas et celui de Dumas
fils.
Ce projet, sur lequel nous reviendrons d'ail-
leurs, va, en partie du moins, se réaliser le
comité « Alexandre Dumas )) ayant obtenu du
conseil municipal l'autorisation d'ériger la statue
du célèbre écrivain en face de celle de son père.
Ledit comité a résolu d'ouvrir une souscription
publique et de faire appel à tous les amis et ad-
mirateurs de l'illustre défunt.
Cet appel-est-il utile de le dire?–seraentendu
de tous ceux qui s'intéressent à la littérature et
à. l'art dramatique de notre pays, dont Dumas fils
restera un des plus remarquables représentants.
Dans une ville de province où le conseil muni-
cipal doit vraiment avoir des loisirs, un conseiller
a émis le vœu de démolir la croix qui domine le
fronton de l'hospice, puisque le personnel va être
laïcisé. Un second conseiller a demandé de cou-
vrir la croix avec une plaque de plomb, un troi-
sième qu'on lui coupe les ailes.
Le maire a répondu que, dans les armes de la
communne, il y a aussi une croix, qu'il serait ri-
dicule d'en demander la suppression, et il a dé-
claré l'incident clos.
Pourquoi encore ne pas imposer un change-
ment de nom à ceux qui ont le malheur de s'ap-
peler Z~c~o~, Z~acroz'.r, Soulacroix, etc?
S'ils sont logiques, ces farouches conseillers
municipaux, ils devront refuser la croix quand
on la leur offrira.
I) n'en est du reste pas question.
COUP DE CRA.YON
Af.
M. Sauton, qui hier, à l'Hôtel de Ville, a vaincu le
socialisme. Le nouveau président du conseil muni-
cipal, quoique radical, appartient à la fraction la
plus modérée du groupe dit des Droits de Paris. Il a
voté autrefois tout aussi bien contre le projet de réta- e
bassement de la garde nationale et contre les secours
envoyés aux grévistes d'Anzin et la droite conserva-
trice a pu opter pour lui sans se mettre en con-
tradiction avec les principes qu'elle représente.
Il faut espérer que M. Sauton s'inspirera; dans la
direction des travaux du conseil, des idées qu'il émet-
tait dans une circulaire aux électeurs, en 1884
"Depuis que je suis au conseil municipal, j'ai ac-
quis la conviction profonde qu'en s'attardant à l'exa-
men des questions qui ne sont pas de sa compétence,
le conseil s'expose à laisser passer des affaires sou-
vent compromettantes pour nos finances municipales
dont le conseil avait le devoir de surveiller étroite-
ment la gestion..
» Pour ma part, en revendiquant énergiquement
les quelques franchises municipales que nous possé-
dons, je me suis surtout attaché à l'étude des ques-
tions d'intérêt municipal. n
M. Sauton, qui est âgé de dnquante-trois ans, a
marquéfréquemmentsa compétenceda.ns les questions
de travaux; à diverses reprises rapporteur dubudget,
il s'est appliqué à mettre de la clarté dans la compta-
bilité municipale. Il a été secrétaire et deux fois vice-
président du conseil municipal, président du. comité
du budget. Enfin il a été déjà président du conseil
municipal en 1893-1893.
Elu sénateur parle département de la Creuse aune
voix de majorité, il vit son élection annulée et ne se
représenta pas.
S'était déjà mesuré contre les socialistes aux der-*
niéres élections législatives dans le cinquième arron-
dissement, et il .s'en fallut de peu qu'il ne l'emportât
sur son concurrent M. Viviani.
Hier soir a eu lieu le dîner dit des Pr~ <~
.~MM7.
C'est sous ce calembour subtil et chatnoiresque
que se dissimule une joviale réunion de graves
personnages MM. Yves Guyot, Baillet, Puvis
de Chavannes, Jean Béraud, Roger Jourdain, etc.
La devise de cette association ? 9
Dîner gaiement et laisser dire! 1
Les tableaux d'art moderne de la .succession
Caillebotte, dont nous avons annoncé l'entrée au
Luxembourg, ont eu le donde provoquer quelque
émotion à l'Institut.
M. A. Rambaud, ministre de l'instruction pu-
blique, a en effet reçu une lettre, signée par un
certain nombre de membres de la section des
beaux-arts, tendant à attirer son attention sur un
précédent que ces messieurs considèrent comme
très fâcheux. « A quoi bon, disent-ils en subs-
tance, devancer les jugements de la postérité en
accueillant dans un musée national des œuvres
d'art par trop modernistes ? )) »
La protestation des membres de l'Institut
n'aura d'ailleurs pas d'autres suites nous
croyons savoir, en eifet, qu'elle a été classée pu-
rement et simplement, l'administration des
Beaux-Arts, en acceptant le legs Gaillebotte, ayant
répondu comme il convenait à l'attente de la jeu-
nesse artistique.
MLLST DU SOIR
M.Sarcc) annonçait hieràsesfecteurs du Vcw~
qu'on ne te verrait pas de dix jours à Paris, parce qu'il
part pour Marseitie. Comme il consacre le même jour,
dans le même 7~ tout un articie sit;ne S~anareHe
à louer )e citoyen Ftaissières, maire de MarseiUe, pour
avofr interdtt les chapeaux de femmes au théâtre, je
soupçonne le consciencieux critique d'être allé étudier
sur place les effets d'; cet arrête audacieux.
En tous cas fes Parisiens auront hâte de te voit revenir
de cette enquête avec des conclusions pratiques, car la
question desChapeaux de femmes au théâtre prend de-
puis quelque temps des proportions adéquates à cettes
des chapeaux ettes-mêmes. It en est parlé partout, dans
les cerctes, dans les sa)ons, et le résultat de toute cette
agitation est déjà de nature à encourager tes partisans
de la reforme Flaissières. En effet, beaucoup de maris qui
ne se soucient pas d'avoir anaire à des spectateurs grin-
cheux signifient à leur femme qu'ils ne la mèneront
pas aux fauteuils d'orchestre et de balcon tant que la
période de trouble ne sera pas terminée. Raison anato-
gue à cette qui ajourne te départ de la Comédie-Fran-
çaise pour Athènes à une date où l'allumette crétoise ne
risquera plus de mettre le feu à l'Europe.
Pour ma part, dans ma petite sphère, j'ai fait un re-
~rM~KM féminin autour de moi. La question a été
posée ainsi <: Le petit ennui que peut vous donner ta
pensée de vous décoiffer, n'est-it pas amplement com-
pensé par t'agrément d'aller au théâtre ? )) L'immense
majorité des réponses a été affirmative. En revanche,
une non moins grande majorité de suffrages masculins
a répondu également oui à cette autre question <: La
crainte d'avoir un chapeau féminin devant vous au
théâtre vous détermine-t-elle souvent à n'y pas atter ? »
Messieurs les directeurs, concluez.
Comique l'incident arrivé l'autre soir à la gare
Saint-Lazare.
Un Auvergnat, nouvellement débarqué d'Au-
nllac et se rendant à Bois-de-Colombes, remar-
qua que beaucoup de voyageurs coupaient en
deux leur ticket et en gardaient la moitié, il
s empressa de faire comme eux. On ne s'aperçut
du fait qu'au retour, quand, après avoir donné un
demi-aller, il proposa un demi retour.
On eut d'ailleurs beaucoup de mal à faire com-
prendre au brave homme son erreur.
Tant de candeur et d'innocence autorisaient
vraiment un voyage à demi-place, comme pour
les enfants au-dessous de sept ans t
Ainsi que le question du monument de Beaumarchais vient de
recevoir une solution.
M. J. de Selves, préfet de la Seine, a donné des
ordres à M. Brown, inspecteur des beaux-arts de
la ville de Paris, pour que la statue de l'auteur du
AfarM~ ~e ~o'o soit placée au plus tôt sur le
socle dressé, à cet eû'et, sur le terre-plein de la
place des Tournelles, au carrefour des rues de la
Bastille et Saint-Antoine.
Voici les envois qui commencent nous avons
vu hier chez Mlle Louise Abbema les deux toiles
qu'elle doit (.envoyer dès aujourd'hui au Salon,
l'une, un portrait de femme et l'autre, un grand
panneau décoratif intitulé « Musique )) qui repré-
sente une femme couronnée d'orchidées, envelop-
pée d'une draperie légère mauve comme la cou-
ronne, ceinturée de gaze jaune et jouant du violon,
un véritable régal pour les amateurs délicats.
Mlle Blanche Jacquemot, deux jolis portraits,
dont celui de Mme Léa Maujan, qui est très
réussi. M. Didier-Pouget, Crépuscule et Bruyères
en fleurs plaine de Tarbes.
Mars, qui prélude de singulière façon au prin-
temps, nous ramène avec les brusques change-
ments de température la grippe, les troubles des
organes digestifs qu'augmentent encore les ré-
ceptions à peine interrompues pendant le ca-
rême.
A toutes ces attaques il faut opposer un solide
bouclier, et il n'en est pas de meilleur que l'u-
sage constant de l'Eau de Saint-Galmier source
Badoit; elle est le protecteur-né de notre estomac,
ne l'oublions pas.
En plus de 3,550 francs de prix en bijoux ou
espèces au choix qui seront distribués samedi,
13 courant, aux Dames les mieux costumées, à
l'occasion de la fête de gala du Palais de Glace
des Champs-Elysées, il faut ajouter cinq autres
prix représentés par de magniBques éventails.
C'est donc en tout neuf prix que le jury aura à
décerner. Un grand nombre d'artistes de divers
théâtres se proposent, paraît-il, d'aller samedi au
Palais de Glace dans les costumes de leurs rôles.
A travers les livres
On parle beaucoup dans le monde du nouveau
roman de H. Sudermann ~VM~~MC~'Mf ~a~e.
C'est la lutte très passionnée de i'amour contre
l'amitié.
NOUVELLES A LA MAIN
En voyage de nocss.
.EMe. Cette côte est bien dure à gravir, mon
ami.Ne pourrions-nous pas nous procurer un
âne?.
ZM! (tendrement). Ne suis-je pas lu, ma
chérie. Appuie-toi sur mon épaule t.
UnDomimo
L.ES AFFAIRES DE CRÈTE
~ESÏ!~ DE Mm~'CE
t~ réponse de !& Gfèce I~e cabinet et
I& ChîMnbre. t~e comceft emropéem
C~merre évitée.
Les cabinets européens n'avaient pas encore
reçu hier soir la réponse de la Grèce à la note
des puissances.
Voici, toutefois, l'analyse de ce document, qui
a dû être télégraphié hier soir aux représentants
helléniques à l'étranger:
Le gouvernement grec dit qu'il regrette de ne pou-
voir rappeler les troupes qm sont en Crète, dans la
crainte d'un retour des incidents qui avaient motivé
l'envoi du corps expéditionnaire grec. La Grèce té-
moigne de dispositions permettant aux puissances
de reprendre l'examen des points indiqués dans la
note des puissances, sans sortir du cadre des princi-
pes formulés, pour trouver une solution lui donnant
satisfaction et pouvant permettre au gouvernement
grec de tenir compte des désirs des puissances sans
froisser les aspirations nationales.
La note de la Grèce ne se borne pas à expliquer
d'une manière générale les motifs qui légitiment
l'intervention grecque en Crète.-
Abordant les deux points principaux faisant l'objet
de la note identique des puissances, le gouvernement
grec donne à entendre qu'il retirerait ses bâtiments
si les puissances prenaient l'engagement d'empêcher
la Turquie d'envoyer des renforts.
En ce qui concerne les troupes grecques, elle ne
pourrait point les rappeler sans compromettre grave-
ment la sécurité des chrétiens qu'elles sont allées
secourir.
Elle déclare toutefois queIaGrèce serait disposée à
retirer sa Sotte au cas ou les puissances remettraient
à l'armée grecque l'œuvre de la pacification, après
l'accomplissement de laquelle les Crétois exprime-
raient librement leur opinion,
En ce qui concerne l'organisation définitive de la
Crète, le gouvernement hellénique fait appel au sen-
timent de justice des puissances et les supplie d'ad-
mettre une combinaison qui permettra aux Crétois de
plébisciter sur leur sort.
Contrairement à ce que pouvaient laisser sup-
poser certaines indications, le cabinet ne se bor-
nera pas, si la réponse de la Grèce à la note des
puissances nécessite des mesures d'un ordre par-
ticulier, à faire connaître la situation a la Cham-
bre, en lui laissant purement et simplement le
soin de prendre telles décisions qu'il lui convien-
drait.
Si nous sommes bien informés et nous avons
lieu de le croire M. Hanotaux serait résolu, au
contraire, si les circonstances l'amènent à de-
mander le concours du parlement, à s'expliquer
très nettement sur la politique suivie jusqu'à ce
jour par le gouvernement, ainsi que sur celle
qu'il entend suivre, et a laisser à un autre le soin
de diriger les anaires étrangères dans le cas où la
Chambre lui refuserait son approbation.
Ce débat soulevé hier et ajourné ~c f~
ne pourra pas. semble-t-il, malgré les nouvelles
tentatives que doit faire aujourd'hui M. Mille-
rand, s'ouvrir utilement avant vendredi ou sa-
medi.
La réponse du gouvernement du roi Georges à
es la note des puissances n'était pas encore arrivée
ns hier soir à la légation de Grèce a Paris.
On peut supposer que M. Delyanni la recevra
dans la matinée.
Admettons que M. Hanotaux en soit saisi auj our-
nt d'hui avant midi il n'est pas excessif d,e lui ac-
ta corder le reste de la journée pour lire, étudier et
o- disséquer diplomatiquement un document
n- de cette importance.
Notre ministre des affaires étrangères ne se
,e- trouvera pas, en effet, en présence d'un refus ca-
tégorique et brutal. Onnous parle d'une note « ex-
plicative », et l'on ajoute qu'elle comprend « qua-
n. tre pages ». C'est quelque chose, surtout lorsqu'il
se importe est de lire entre les lignes.
e. D'autre part, et si parfait que soit l'accord eu-
vs ropéen, la lecture de cette réponse inspirera for-
cément aux divers gouvernements des réflexions
qu'ils désireront échanger avant de décider d'une
action commune.
A ce point de vue, la journée de demain pourra
.g être utilement employée par M. Hanotaux, puis-
que le mercredi est jour de réception diplomati-
que'au quai d'Orsay.
Mais il lui faudra, néanmoins, échanger des dé-
pèches avec Saint-Pétersbourg, Berlin, Londres,
il Vienne et Rome Il nous paraît impossible, ma-
tériellement, que toute cette besogne prélimi-
naire, mais indispensable, soit terminée avant
vendredi.
Donc vendredi au plus tôt, peut-être samedi, la
Chambre sera saisie de la question.
Sous quelle forme? Sans doute sous la forme
p d'une demande de crédits, car on estime géné-
ralement que la Grèce, dès maintenant résolue
à céder, exigera comme une satisfaction d'amour-
propre une démonstration navale des puissan-
ces.
La Chambre votera-t-elle ces crédits?
g Hier, nous aurions dit non.
g Mais il s'est produit depuis vingt-quatre heures
un revirement complet, le vote intervenu sur l'a-
journement de l'interpellation Goblet l'indique
très nettement.
La Chambre, si étonnant que cela puisse pa-
raître, se rend compte enfin de la situation, et
comprend que la première condition pour obtenir
g de la Turquie les réformes tant attendues est de
g la mettre à même de constater et d'apprécier
l'union des grandes puissances.
:1
A ce propos, et à titre d'indication de ce que
sera l'attitude de la Chambre, il nous paraît inté-
ressant de reproduire les paroles que nous avons
entendues hier de la bouche d'un député conser-
vateur et catholique, dans le salon de la Paix.
Ne serez-vous pas un peu gêné, lui deman-
s dait-on, et ne craignez-vous pas, vous qui repré-
s sentez une circonscription si essentiellement
catholique, qu'on vous accuse, si vous votez avec
le gouvernement, de pactiser avec le Croissant
contre la Croix?
Voilà plus de vingt ans que je suis député,
s a-t-il répondu. Jamais, dans une question d'ordre
3a-t-il répondu. Jamais,. dans une question d'ordre
supérieur, je ne me suis préoccupé de mes élec-
teurs, et j'ai toujours voté suivant ma conscience.
C'est ce que je ferai encore, cette fois, en votant,
moi qui ne suis pas un rallié, ce que nous de-
mandera le gouvernement.
a Avons-nous eu raison de ne pas persister dans
l'attitude de recueillement où nous étions depuis
1871 ? C'est une question qu'il serait trop long de
discuter aujourd'hui. Ce qu'il y a de certain, c'est
que nous sommes sortis de notre isolement pour
rentrer dans le concert européen il n'y a pas six
L mois que nous célébrions cet événement par des
chants de victoire t
» Et nous en sortirions aujourd'hui? Nous ne
le saurions faire sous peine de déchéance, et l'on
ne peut oublier, que c'est pour avoir eu l'heu-
reuse inspiration de s'allier, en de graves cir-
constances, à deux grandes puissances, que le
petit Etat qu'était le Piémont est 'devenu
l'Italie. B
Ou nous nous trompons fort, ou cet état d'es-
prit est aujourd'hui celui de la majorité delà
Chambre, et le gouvernement, s'il sait faire com-
prendre aux hésitants que les mesures énergi-
ques sont seules capables d'éviter une guerre,
même localisée, peut compter sur une imposante
majorité. Dàns le cas contraire, on pourrait se
demander, non sans anxiété, quelle serait, vis-à-
vis de l'Europe, la situation du successeur de
M. Hanotaux.
De notre cot'responda.ut de Londres:
Londres, 8 MMS, so!r.
Toutes mes prévisions sont en train de se réa-
liser. Je vous disais hier combien il était diffi-
cile, ici, de se renseigner exactement le diman-
che. Aujourd'hui, j'ai pu voir plusieurs person-
nalités politiques, et, bien que la réponse offi-
cielle de la Grèce ne soit pas encore arrivée, et
qu'on n'en connaisse que l'analyse apportée par
le télégraphe, il n'y a qu'une opinion ~~OMMe,
M;ï, ne croit a; la ~Merr
Cette conviction est basée, –et la base est so-
lide sur l'accord absolu des puissances, qui
n'ont pas fait, depuis trois semaines, les efforts
incessants que l'on sait en vue de maintenir la
paix, pour permettre aujourd'hui que ces efforts
demeurent stériles. Elles ont obtenu déjà de la
Turquie et la chose n'était pas aussi facile
qu'on pourrait le supposer, que tout incident
fût évité à la frontière, qui aurait pu avoir les
conséquences les plus regrettables elle obtien-
dront également de la Grèce qu'elle renonce à ses
prétentions injustifiées.
Le gouvernement du roi Georges on ne sau-
rait lui en faire un crime avait escompté un
désaccord qu'il considérait comme inévitable dans 1
le concert européen or, ce désaccord ne s'est
pas produit, et la Grèce sait maintenant, par les
avis qu'elle a reçus des puissances restées le plus (
directement en contact avec elle, qu'il ne se pro- 1
duira pas, et que, ~)OMr te blocus du .P?' no-
/aw~e~, ~'e~e~e e~< <ï6~MC. {
La conséquence s'impose t {
Par ce que l'on connaît de la réponse aux puis-
sances, il est hors de doute, puisque cette ré-
ponse est, dit-on, fort longue, qu'elle doit donner €
passage à de nouvelles négociations on m'as- r
sure même, et de bonne source, que ~a f
~OM~paWcr~ <
Ce que sera cette transaction, je l'ignore mais
ce qui ne fait doute pour personne, c'est que les
pourparlers aboutiront, la Grèce étant disposée,
au fond, à considérer comme une victoire la 1
moindre concession qu'elle obtiendra des puis- j
sances.
Un autre point sur lequel je puis vous donner 1
une assurance formelle, c'est que, contrairement I
à une opinion qui paraissait dominer hier et au- p
jourd'hui, la Crète ne sera pas appelée à se pro- d
noncer par une sorte de plébiscite sur le régime h
qui sera; le sien.
Les puissances n'accepteront jamais ce mode d
de procéder bien plus, la Grèce ne la réclame
que pour la forme et avec le ferme espoir qu'on le
lui refusera, aucun moyen ne pouvant mieux as-
surer l'autonomie de l'ile. ]j
Les Crétois, en effet, ne sont, pas des enfants,
et vous pouvez considérer comme certain qu'en
présence de l'état précaire des finances hellènes, ) u
ils comprendraient parfaitement tout l'intérêt
qu'il y a, pour eux, à se soustraire à des obli-
gations et à des charges nouvelles.
Quant aux puissances.qui ont affirmé très haut
leur volonté de maintenir l'intégrité de l'empire
ottoman, elles ne peuvent donner la parole à la
Crète, qui ferait sans doute fort peu de cas de la
suzeraineté du Sultan.
Par conséquent, cette solution du plébiscite ne ~i~
satisferait personne et, plus que jamais, mon avis p~
reste ce qu'il était dès les premiers jours de la
crise la Crète deviendra puissance autonome, b)
sous la suzeraineté de la Porte, avec le prince
Georges de Grèce comme gouverneur généra'.
L.D.
< aq
~c-~fM ~ry/MM
r- DUELS DE HAtTRES D'ARMES
C- II est d'usage que des maîtres d'armes ne se ren.
et contrent pas sur le terrain avec des amateurs. Depuis
lt trente ans, on ne signale pas une infraction à cette
coutume. Tous les législateurs de la matière, de Cha.
teauvillard à Duverger de Saint-Thomas, sont formels
là-dessus. Ils estiment que le maître d'armes offense
par un simple mortel doit choisir le pistolet.
(- Si t'adversaire n'est qu'un médiocre tireur, c'est sim-
Plement une mesure d'évidente nécessité. Mais il est
n des amateurs, et à Paris, ils sont encore nombreux,
qui pourraient faire bonne figure contre n'importe
t- quel maître, sur le terrain comme à ta salle. D'autre
[.. part, tel petit prévôt qui a décroché tout juste son bre-
g vet de maître ne résisterait guère à nos amateure de
g première force.
Comme, après tout, pour être professeur d'escrime,
on n'en appartient pâs moins à la belliqueuse race de
<~ tTance, les mattres d'armes en sont d'ordinaire réduits
à se battres entre eux. Ces duels ont toujours des mo-
L- tifs peu graves froissement d'amour-propre ou rivalité
de métier.
M. Pini, le maître italien qui est en ce moment en
cause, se rencontra naguère sur le terrain avec son con-
frère Greco, lequel s'est rencontré trois ou quatre fois
avec des maîtres, entre autres avec un professeur italien,
à New-York.
Les duels de maîtres d'armes ou de tireurs expérimen-
tes sont rarement tragiques. Un homme qui sait bien
à se servir du fer est à peu prés sûr d'en protéger son
corps, à moms que les deux adversaires ne soient en
g proie à une animosité violente qui les jette l'un contre
tautre.
e
Jean-Louis, qui se battit successivement contre qua.
torze tireurs, est entré dans la légende. Remontons plus
haut, au fameux chevalier de Saint-Georges. Un maître
d armes, dont le nom n'est pas resté, eut une alterca-
tion avec lui.
Oh perchez-vous r avait-il dt,mandé d'un ton fort
impertinent au chevalier.
Sous l'arche Marion, répliqua Saint-Georges. Si le
e cœur vous en dit, j'y serai demain matin à six heures.
Au premier engagement, Saint-Georges désarma t'ad-
versaire. Ce dernier ne paraissant pas satisfait, Saint-
Georges se fit apporter une demi-douzaine de Heurets
j. et les lui cassa sur le dos.
Plus tard, deux jeunes maîtres d'armes de régiment
se battirent dans les fossés de Vincennes. L'undeuxde-
r vait devenir le maréchal Ney. Le jeune Ney toucha son
adversatre d'un rude coup de sabre.
Lafaugére, le « tireur phénomène », était, en 't8a5,
e professeur d'escrime à Lyon. fl avait son violon d'In-
e gres c'était la peinture, à laquelle il vouait tout le
temps que ne lui demandait pas le Heuret.
3 Les artistes ont l'épidémie sensible, artistes du pin-
ceau comme de l'épée. Lafaugère apprit que Bertrand
avait apprécié sa peinture. « Lafaugére a bien raison
de faire de la peinture, avait dit dans sa salle le
jeune maître parisien, un sourire ironique sous la
moustache peut-être se sent-il un peu uni en es-
crime. Il cherche à s'assurer une carrière pour ses
vieux jours. »
t Lafaugère vint à Paris avec deux de ses élevés, qu'il
dépêcha à Bertrand.
Le lendemain, une centaine d'amateurs, parmi les-
quels beaucoup de gardes du corps, élèves de Bertrand,
se rendaient voir lever,sur le bois de Vincennes, une jo-
lie aube de printemps et s'aligner les deux maîtres.
Vigeant a raconté la scène en articles friands. Les
épées croisées, Bertrand chercha à s'emparer du fer. H
était fiévreux, car il était tout jeune encore. Lafaugère,
quiavaitalorsquarante-cinqans.étaitcalme comme une
S statue. A la troisième reprise, Lafaugère logea une belle
riposte de quarte dans l'épaule de son adversaire.
Le soir même, le vainqueur recevait la visite de deux
gardes du corps, qui venaient, de la part de Bertrand,
lui demander un assaut, au neuret moucheté cette fois,
pour la quinzaine suivante.
L'assaut fut animé d'incidents. Les Parisiens apptau-
dissaient à chaque coup de bouton reçu par Lafaugère.
Un silence absolu accueillait les coups, plus nombreux,
reçus par Bertrand.
Alors, après avoir touché son adversaire, Lafaugére
ôta froidement son masque et son gant, puis il applau-
dit, seul, en prononçant « Bravo, Lafaugére »
Et il ajouta à Bertrand
Maintenant, monsieur, si l'on veut applaudir, vous
n'en fournirez plus l'occasion.
Il tint parole. Sa veste ne fut plus effleurée. Et l'as-
sistance, comprenant la leçon, l'applaudit à tout
rompre.
Le jeune Bertrand devait avoir plus tard sa revanche
sur le terrain avec le Gascon Lozès. Bertrand n'était en
possession de ses moyens que lorsque ses muscles
étaient échauffés. Dans son assaut avec Lozès, celui-ci,
malin et prudent, avait précipité ses attaques et battu
Bertrand avant qu'il eût pu reprendre l'avantage. Ber-
trand, vexé, obligea Lozès à reprendre l'assaut dans le
bois de Meudon, épées démouchetées.
Fidèle à sa tactique, Lozès cherchait à placer, dés te
début, un coup de pointe dans la jambe de l'adversaire.
Bertrand ramassa une grosse pierre et la brandit de ta
main gauche, tout en ferraillant
Ecoute, Lozès, si tu persistes à tirer à fa jambe,
comme tu le fais depuis cinq minutes, aussi vrai qu'it
y a un Dieu, je lâche mon épée et je t'assomme avee
cette pierre 1
M blessa légèrement Lozès à l'épaule.
En t858, une querelle s'éleva entre dcx chasseurs a
pied et les soldats du 49" de ligne. II fut décidé que le
différend serait vidé par une rencontre entre un prévôt
de chasseurs, Vanderbeck, et le second maître d'armes
du 49', bien que les deux champions fussent étrangers
à la querelle.
On se retrouva dans un bois avoisinant Sathonay.
Vanderbeck désarma cinq fois son adversaire. La sixième
fois
Fais-tu des excuses? demanda-t-il.
Non, jamais!
Alors, je pique..
Et il piqua au-dessus du sein droit, mais s~ légère-
ment que la pointe-ne pénétra que d'un centimètre.
Ce fut une belle rencontre que celle de Pons et San-
Malato en f88i. Ce n'étaient pas seulement deux
hommes, c'étaient deux écoles, la française et l'italienne,
qui se trouvaient en présence sur le terrain.
San-Malato arrivait à Paris avec une réputation très
brillante. Les amateurs vinrent en foule au Vésinet
pour voir le combat que dirigeait M. Paul de Cassagnac.
Pons, admirable de sang-froid et de tenue, parait les
attaques rapides, saccadées et bondissantes de l'Ita-
lien. Il envoya, après une heure un quart, un contre-
dégagement dans le poignet de l'adversaire, et si pro-
fondément que la lame pénétra jusqu'à l'os.
La dernière rencontre célèbre de maîtres fut celle de
Rue et Vigeant, à la suite du tournoi d'escrime de l'an
passé.
Les amateurs d'émotions et d'armes en parlent avec
enthousiasme. La terrible main gauche de Rue, l'élé-
gante droite de Vigeant traçaienr des phrases d'escrime
comme à la salle. On redoutait une blessure dange-
reuse. Heureusement, la pointe de Rue rencontra la
front de Vigeant. La piqûre fut légère.
Puissent toutes les rencontres n'avoir pas de plut
dangereux dénouements t
Tout-Paris
_-r,
?s ~M~Ê~M pMn?TM~s
M iNMiM'~MMiijE
Le théâtre sec, brutal, rapide, incisif, télégra*
phique, express qui procède par à-coups, sans
détails et sans préparations, et: dont la Loi <~
~o~M~ de M. Paul Hervieu, est le spécimen
le plus curieux et le plus accompli, ne date pas
d'hier. Il a fait d'abord les beaux jours du défunt
Théâtre-Libre avant de s'introduire rue de Ri.
chelieu, où on le cahote un peu, triomphant cer-
tains soirs sif&é certains autres vivant en plein
ballottage, devant un public qui s'interroge, in-
décis, plus étonné que charme.
Mais avant le Théâtre-Libre, il y a environ
une trentaine d'années, on l'a. pratiqué déjà
et ici, je ne veux pas parler d'Alexandre Du.
mas qui, dans -S'Mp~'ce ~?0 /'e~MM' et dana
la.P/Mcrapproché de cette forme, mais si peu, car celui"
là, avant tout, homme de théâtre, possédant à
fond l'art de pétrir son action, s'il l'a plus rapide"
ment menée que d'usage dans ces deux chefs<
d'oeuvre, a quand même conservé les prépara."
fions nécessaires, insufflant de la vie réelle à ses
personnages, au lieu de cette vie un peu factica
qu'on donne aujourd'hui à des marionnettes alg6<
briques.
C'est vers 1869 que Jules Jalin, en belle ho~
meur,aquali6é cette forme sèche de «théâtre
squelette t, et ce fut au lendemain de la preau~
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