Titre : La Dépêche : journal quotidien
Éditeur : [s.n.] (Toulouse)
Date d'édition : 1895-09-06
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327558876
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 06 septembre 1895 06 septembre 1895
Description : 1895/09/06 (A26,N9887). 1895/09/06 (A26,N9887).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : Presse locale Collection numérique : Presse locale
Description : Collection numérique : Presse quotidienne Collection numérique : Presse quotidienne
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4114366b
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10171
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/11/2018
LA DÉPÊCHE
Le Numéro S Centimes
ÉDITIONS RS0IÔH4LSS
QW—hwi mi*» ■ i nm
■ ' " . :I1JCUf1oD du BoussilloD
f^réffite-Oriaatalgï» Catalogne, (A vepon).
Lozère.
BdîUom de l'Hérault
1" Edition cte l'Ouest
Lot-8t-Garonn't Ttm-eî-Gar., Gers, Dordoguel
Edition du Sud-Ouest
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Journal de lau Démocratie
RÉDACTION ET ADMINISTRATION * TOULOUSE, 6)7, RUE BAYARD
Sureaus; a Pa.r1s : IF.Ueb ^o^c3.©a.-a
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S68 Année — VENDREDI 6 SEPTEMBRE 1895 - N° 9887
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* IZaVotS, 8, plane de la B8aTO et dans loxtes Us ajevee, 4c pMiei
LA DEPECHE publie chaque jour un
article politique ou économique et un
article littéraire des collaborateurs ci-
dessous désignés :
coi.MJ>ofttTBma H&fffçcss cmmumiRS L&imiMS
MM. - MM.
René GOBLÉi" " JEAN DES VIGNES
Camilfe PEI-LETAW Francisque SARCEY
Jean FRONTIÈRE Léon fëllLJ.OT
H. ALLAIN-TARGÉ NOW'.oDEi
Jean JAURÈS • Armand SSLVESTHE
RANC G. CLEMENCE.,'tU
Henry MARET Camille PELJLETAN
G. CLEMÈNCEAU. M!khsë! SUM!.
Jacques CLAIR , RÉKiO
LEMASSON L.-Xavier de RiCARD
FRANÇAIS B. MARCEL
EXPOSITION
.
Les dons offerts par les artistes
de l'Ecole de Toulouse pour la tombola
ail, profit de, la Société de secours mu-
tuels de i7Alliance DES ARTS, sont expo-
1 sés au Hall de la Dépêche. Entrée
libre de 8 heures du matin à minuit
LA POLITIQUE
Ame royale et chrétienne
M. Othenin d'Hansson ville, dans les sou-
venirs personnels qu'il vient de publier sur
le défunt comte de Paris, raconte qu'il
fit tout son possible pour détourner le
chef de la maison de France de l'al-
liance avec le général Boulanger. M.
d'Haussonville avait connu aux Etats-
Unis Boulanger et il le tenait en piètre
estime. Il avait très bien compris que les
royalistes, en travaillant pour le général,
seraient dupes ou complices, ou plutôt à
la fois complices et dupes. Ses paroles
furent perdues, ses conseils ne furent
pas entendus, ses avertissements restè-
rent lettre morte. M. le comte de Paris
continua à se cramponner à la queue du
cheval noir.
- Apn?sjse récit, M. d'Haussonville ajou-
**te : «"Je ne viens pas
que M. le comte de Paris ait eu raison,
aprês m'être permis de lui dire autrefois
qu'il avait tort. Je me suis même souvent
. demandé comment, avec un esprit si juste,
! il avait pu s'embarquer dans une aven-
ture qui répugnait autant à sa nature. »
M. d'Haussonville se pose là une ques-
tion à laquelle il pourrait très bien ré-
pondre lui-même. Il sait mieux que per-
sonne ce qui a déeidé M. le comte de
. Paris et qui l'a décidé.
Ses meilleurs amis, ses conseillers les
jplus autorisés ne voulurent pas entendre
parler du maquignonnage qui se prépa-
rait et n'acceptaient pas qu'on trafiquât ;
avec Boulanger. M. Bocher, M. Lambert
le Sainte-Croix, M. Ferdinand Duval, M.
tl'Audiffret-Pasquier et bien d'autres
étaient dans ces dispositions et ne. le ca- :
3haient pas. On sait avec quelle énergie :
et de quel ton de soldat le duc d'Aum<ùe :
parla à son neveu.
Rien n'y fit. Tout cela ne prévalut pas
contre l'influence de l'Eglise, du parti
catholique, des jésuites. Depuis le dis- ;
cours de Tours, le parti catholique était -
convaincu que le général Boulanger
était son homme. Boulanger devint le
candidat des sacristies. Qui ne se rap-
pelle qu'à l'élection de Paris, curés, vi-
caires, bedeaux, séminaristes, votaient à
bulletin ouvert pour l'homme qui avait
dit : « Les curés, sac au dos ! » Plus tard,
aux élections générales, on vit dans le
septième arrondissement les mêmes cu-
rés, les mêmes vicaires, les mêmes be-
deaux, lés mêmes séminaristes faire cam-
pagne pour M. Mermeix contre M. Denis
Çochin, un fervent catholique, mais un
libéral, mais un adversaire de Boulan-
ger ! w
Donc l'Eglise s'était attachée au char
au César d'aventure ; elle en voulait faire
un triomphateur. Ce fut le père Dulac,
l ancien directeur de la rue des Postes,
QUI fut chargé à Londres de préparer
les voies et de convertir le comte de Pa-
ris au boulangisme. Ce sont là choses
Que tout le monde sait dans le parti or-
léaniste. Puis, il y eut chez le comte de
{«■ris un véritable conseil. M. Bocher,
Lambert de Sainte-Croix, M. de Mun
£ assistaient. M. Bocher, M. Lambert de
,amte-Croix supplièrent le prince de
s arrêter dans la voie compromettante
Pour lui-même, pour son honneur et pour
I onneur de son parti, pour le bon re-
ll,,rn de la monarchie, où on voulait
1 engager. Ce fut M. de Mun qui leur ré-
pondit, M. de Mun porte-parole du père
plac et des jésuites. Il parla, parait-il,
|ort éloquemment, il fit valoir cet argu-
ment que l'Eglise avait déjà pris parti et
ju en France les intérêts de l'Eglise et
-de la monarchie étaient indis-
cutablement liés. Le comte de Paris .
1,! la raison et déclara à ses amis >
bue ia Révolution était prête. M. Lam-
Sainte-Croix se retira désolé et
oS?iî ^ ce jour resta à peu
es étranger à la politique. M. Bocher,
n '^e voulut pas abandonner son prince.
fier i lesça, il accepta d'être le tréso- ;
Ais tes l'opération. Je sais des orléa- •
d¿ qUI ont pas encore par- :
Uni la car se rendent compte du coup
".""t i r>orté ce jour-là à leur cause.
sinrmi est de l'histoire bien connue,
Ln ^(i.u Public, au moins de l'entourage
t>ar,n iin?es même pas de leur entou-
tiionh i> intime. Je ne crains de dé-
't' ti d aucun des intéressés.
: on veut juger de l'état d'esprit
| go de Paris à cette époque, il faut
W fi! ï a, manière d'oraison funè-
qu^lniL ^laiioine d'Huit a écrite
Wflriï ? semaines après la mort du
L cl^rs CG titre : « Une âme royale
Jusqu'en 1871, le comte de Paris était
très modérément catholique et pas du
tout clérical. C'est, au rapport de M.
d'Hulst, de 1873 que date sa conversion.
C'est à ce moment qu'il ouvrit les yeux à
la foi. Sa conversion religieuse coïncida
avec sa conversion politique. Il devint
fils soumis de l'Eglise en même temps
qu'il reconnaissait le droit héréditaire,
qu'il ne se présentait plus comme le suc-
cesseur de Louis-Philippe, roi de la Ré-
volution, mais comme l'héritier légitime
du comte de Chambord. On peut dire
de M. le comte de Paris que le
chemin de Frohsdorff a été son chemin
de Damas.
Depuis 1873, la ferveur catholique du
comte de Paris s'accentua singulière-
ment. Il en arriva à donner dans les plus
grossières superstitions, dans la plus
basse idolâtrie. M. d'Hulst raconte qu'en
1880, le petit-fils de Louis-Philippe, se
.sentant frappé par l'inexorable maladie,
fit un voeu à Notre-Dame de Lourdes. Il
ne demandait pas la guérison mais un
répit d'un an, ayant de grosses affaires
politiques et domestiques à terminer. Si
Notre-Dame de Lourdes daignait l'exau-
cer, il promettait d'affecter une forte
somme aux mosaïques de l'église du
Rosaire, à Lourdes, spécialement à celle
qui doit représenter « le troisième mys-
tère douloureux, le couronnement d'épi-
nes. »
Notre-Dame de Lourdes, l'église du
Rosaire, le couronnement d'épines! Som-
mes nous au moyen âge ou en 1889?
Mais 1889, c'est l'année du boulangis- -
me, de ses grandes batailles. Il est donc
infiniment probable que c'était là cette
grave affaire politique que M. le comte
de Paris avait à coeur de terminer et pour
laquelle il demandait à la sainte-vierge
un an de vie. L'alliance orléano-boulan-
giste, l'action parallèle, M. de Mun, M.
Naquet, M. Arthur Meyer, M. Paul de Cas-
sagnac, M. de Mackau, la duchesse d'U-
zès, les blanquistes dissidents, tous pla-
cés en bloc, en tas, sous l'invocation et
le patronage de Notre-Dame de Lourdes,
c'est drôle !
Le chancelier Pasquier raconte dans
ses Mémoires que le prince de Polignac
avait des visions qui lui avaient inspiré
les ordonnances de juillet et assuré le
succès. De là sa confiance imperturba-
ble jusqu'au dernier moment. Peut-être
M. t€ coîiïtb'1t^~^aris entendait-il lui
aussi des voix; peut-être avait-il, nui-
tamment, les visites de Notre-Dame de
Lourdes qui lui recommandait et lui ga-
rantissait le général Boulanger !
Tout cela parait fort ridicule, mais le
fond des choses reste sérieux. Le pape
aura beau conseiller l'adhésion à la Ré-
publique, les ralliés auront beau s'agiter
et intriguer, tout cela c'est pour les ba-
dauds. M. de Mun avait raison de le
dire, les intérêts de l'Eglise et ceux de
la monarchie sont en France indissolu-
blement liés."-
RANC.
La DÉPÊCHE publiera demain un a,rticlo de
lU. HEN il Y illA,.P% ET
PROFILS
M. MAURICE BARRÉS
C'est M. Maurice Barrés qui a pris le premier
la parole dans la campagne qui se poursuit ac-
tuellement contre l'exposition de 1900. M. Mau-
rice Barrés mène parallèlement une campagne
en faveur de la décentralisation. L'ancien député
de Nancy entend-il reconquérir, par. ce moyen
sa place au Palais-Bourbon. Je n'en sais rien, et
à la vérité je ne veux pas même le supposer,
tant ce psychologue ingénieux à qui nous devons
Sous l'œil des Barbares et le Jardin de
Bérénice affecta autrefois de dédain pour le
parlementarisme et de dégoût pour les parle-
mentaires. Et pourtant M. Barrés adore la poli-
tique. Il l'arjoi-e même un peu plus qu'il ne con-
vient à un ditettàtlie. l'J
Si vous voulez lire un joli portrait de M. Mau-
rice Barrès, lisez celui qu'en a tracé dans son
dernier roman M. Paul Adam, qui est de ses in-
times et qui fut comme lui candidat boulangiste à
Nancy. Une figure mince, le nez dessinant un
arc audacieux, des yeux noirs dont la note ar-
dente éclate plus vive encore dans la pâleur
morne du visage, une voix sourde et rauque sor-
tant d'une bouche cruelle et froide, une tête
d'oiseau de proie qui serait très civilisé pour tout
dire. Tel est M. Maurice Barrés qui fit, on le
sait, peu de bruit au Palais-Bourbon tant que
dura son mandat. Mais il a composé des livres
extrêmement curieux qui sont des choses fra-
giles et ténues, ondoyantes et précieuses, — de
la philosophie dans du bibelot — toujours très
noble avec cela. On l'a appelé a Mademoiselle
Renan ». Je voudrais un prénom à cette demoi-
selle si distinguée, et surtout à celui de la chan-
teuse aimée de nos jeunes générations, je dirais
volontiers : Mlle Yvette Renan !
M. Maurice Barrès entra tout jeune au Parle-
ment. Sa grande faute fut, je crois, de ne pas
percevoir que le boulangisme avait son germe de
mort dans Boulanger lui-même. Cette fois, sa
psychologie fut en défaut, et sa sagacité s'égara.
M. Barrés affecte toutefois de ne pas le regretter,
et il porte encore des fleurs de temps à autre au
cimetière d'Ixelles. Pour ce trait de courage, je
Nick.
CHRONIQUE
LE QUATRE-SEPTEMBRE
Voici le vingt-cinquième anniversaire du
Quatre-Septembre. Un quart de siècle nous
separe du moment où la République fut défi-
nitivement proclamée en France. Combien
d'années nous séparent encore, dans 1 autre
sens, du moment où elle sera républicaine r
Quand la Révolution se fit, sans efforts d un
côté, sans résistance de l'autre, il y avait long-
temps que la chute de l'Empire n était plus
qu'une question d'heures. Les désastres
avaient achevé la ruine du régime sorti du
De ux -Décembre. On sentait que chaque jour
de retard était perdy pour le salut de la
France. Tout le monde comprend, après coup,
combien les choses auraient changé, si la Ré-
volution s'était produite à temps pour arrêter :
la marche sur Sedan. Ce qu'il est aisé d'éta-
blir positivement, après l'événement, on le
devinait dès lors. Il semblait qu'il n'y eût qu'à
pousser l'Empire pour qu'il tombât. C'était
l'idée passionnée de nombre de républicains
et de patriotes.
Plusieurs tentatives eurent lieu. Je n'ai ja-
mais mieux compris qu'à ce moment l'impuis-
sance des projets formés d'avance et des orga-
nisations les plus fortes en matière de révolu-
tion. Deux ou trois fois, durant le mois d'avril,
rendez-vous fut , pris pour porter le dernier
coup à l'Empire. Il me souvient encore des s
conciliabules tenus dans les bureaux de la
Cloche et du F{appel. Le succès paraissait fa- :
cile. Nous avions avec nous l'unanimité :.(.du ;
sentiment public, et une puissance révolution-
naire fameuse, l'Internationale. Tous ses chefs,
tous ceux qui firent le Dix-huit Mars et la
Commune, se trouvaient à nos réunions, —
| avec des libéraux fort modérés. On fixait un
jour ; on préparait le mouvement. Tout avor-
tait misérablement : quand nous nous rendions
aux rendez-vous, nous y trouvions tout au
plus un millier d'hommes. C'est yn étrange
préjugé de croire que même aux moments l'es
plus favorables, on soulève artificiellement,
par une organisation quelconque, les couches
profondes de la population. Ce sont des mou-
vements spontanés qui font les révolutions; les -
préparations les plus savantes n'aboutissent
qu'à des échauffourées.
Tout changea le 3 septembre.' Comment ?
Nul ne le sait. La capitulation de Sedan avait
-eù lieu, mais le gouvernement gardait la nou-
velle secrète. Comment un écho lointain du
désastre se répandit-il dans Paris? Qui, en
quelques heures, répandit la nouvelle dans
toutes les villes ? Par quel instinct les foules
devinèrent-elles la vérité dans une rumeur
incertaine ? Par quel mystérieux concert se '
donnèrent-elles rendez-vous? Je l'ignore; ;
mais, dès le début de la soirée, toute la popu- ]
lation était soulevée; un flot colossal de plus 1
de cent mille hommes roulait sur les boule- !
vards, se pressait jusqu'à l'Elysée, ■ où était ,
installé, je crois, le général Trochu; la Révo- 1
lution était déjà faite. ]
Nous allâmes, avec quelques amis, assister j
à la séance de nuit du Corps législatif. Rien i
de sinistre, le 3 au soir, comme le palais de !
la Représentation nationale, entouré de ténè- '
bres et de solitude. La police écartait les pas- J
sants ; les grilles étaient fermées et ne s'entre* -à
baillaient^u!avec .jjrécaùtiûû^.pourJafsser pë-
nétrer les privilégiés pourvus de billets. A
cette heure décisive, malgré la curiosité fé-
brile du public, les galeries de la salle étaient f
à peu près désertes. Quelques rares specta- j
teurs en faisaient mieux remarquer le vide. ]
Rien de sinistre, dans de telles circonstances, ]
comme l'aspect de cette grande salle, pleine de ]
lumière et de silence. Quand les députés offi-
ciels de l'Empire entrèrent, accablés, ils ]
osaient à peine échanger un niot à voix basse. <
Nulle rumeur ne s'élevait au-dessus de ce ]
fourmillement de têtes. On eût dit une Assena- ]
blée de fantômes. : - - 1
Ce fut chose saisissante d'entendre, au milieu <
d'un silence lugubre, Jules Favre proclamer
la déchéance de l'Empire. Son masque fatal, -
d'une étrangeté tragique ; sa voix d'airain. son <
geste puissent- et solennel contribuaient à ]
donner à cette scène un caractère profondé- .
ment pathétique. Il apportait et lut le projet <
qui constatait la chute du régime napoléonien. 1
On eût dit qu'il. parlait à un auditoire'pétrifié. j
Pas un murmure de protestation ne sortit de )
cette majorité, qui sentait sa dernière heure 1
venue. j
Aussitôt après, on se dispersa dans les rues
déjà si solitaires. Une inquiétude était pré- :
sente à tous les esprits. L'Empire aux abois ]
essaierait-il, dans la nuit, une dernière tenta- ]
tive? A défaut de troupes peu sûres, il avait r
sa police. Il pouvait essayer de faire arrêter, 1
avant le jour, comme au coup d'Etat, les ré- ^
publicains les plus influents. Ç'aurait été une
résolution désespérée et certainement inutile. i
Plus d'un, néanmoins, prit ses précautions : ]
c'était le plus sÚr.
On peut dire que la République éclata le ]
lendemain avec le soleil. Dès le matin, la place '
de la Concorde était couverte de foule. j'ai vu ■
de loin, je crois, les derniers coups portés par <
la police impériale. Les agents bousculaient ]
sur le pont de la Concorde Vésinier, le futur *
membre de la Commune, l'ancien secrétaire 3
d'Eugène Sue, que Rochefort, d'un mot si ;
pittoresque, baptisa « Racine de bois ». Du- 4
reste, aucune résistance-sérieuse : l'Empire ne <
se défendait plus. Les réactionnaires ontun cer-
tain aplomb, quand ils reprochent aux répu- j
blicains d'avoir fait une révolution en pré- \
sence de l'ennemi. D'abord, ce serait un re- j
proche que nous pourrions accepter sans s
crainte. Le Dix-Août aussi fut une révolution s
faite en présence de l'ennemi, et il a sauvé ia 1
France. Hélas! le Quatre-Septembre ne l'a
pas sauvée ! Il a du moins relevé son honneur \
en prolongeant la défense et en rendant quel-
quefois la victoire incertaine. Sans l'élan donné ]
par la République à la résistance, où en se- |
rions-nous ? Voyez-vous la paix conclue et f
l'Alsace-Lorraine cédée un ou deux mois après j
Sedan, sans un effort désespéré pour ressaisir j
la fortune ? Nous tombions au dernier degré de ]
la honte : la France devenait une victime li- <
vrée d'avance à la fois au mépris du monde et ]
aux agressions de tous ses ennemis. Mais la i
vérité fut qu'il n'y eut pas à proprement parler <
de révolution. Où donc étaient les bonapar- j
listes, le Quatre-Septembre ? Ce lut beaucoup (
moins le renversement de l'Empire que la j
constatation de sa chute. t f ^ j
Il est inutile de raconter la journée où M. (
Sardou, lui-même, prit les Tuileries d'assaut, -
sans que personne les défendit, d'ailleurs. ^ Il ]
n'y eut, à vrai dire, qu'un immense _ et irrésis- ]
tible mouvement de loule, au Palais-Bourbon
d'abord, puis aux Tuileries et à l'Hôtel-de-
Ville. Tout le monde sait comment on ne j
pensa pas au Sénat. Ces choses-là peuvent j
arriver. Pendant que le peuple proclamait la j
République, M. Rouhtr in vitait solennellement'
les pères conscrits à rester sur leurs sièges, et
à y attendre héroïquement les violences^révo-
lutionnaires. Tous jurèrent de mourir à leur
poste ; après quoi ils rentrèrent tous chez t eux, j
y compris M. Rouher. Mais ils avaient fui trop i
vite. On ne songea pas même à ces honnêtes '
débris des vieilles réactions. On eut à leur ,
égard un procédé plus insultant que le dédain : ;
l oubli C lst de cette façon que tous ie& Sé»,
nats ont défendu les régimes dont ils faisaient
partie. Malgré tout ce qu'on nous a dit au mo-
ment du boulangisme, je ne compterais guère
plus, le cas échéant, sur le Sénat actuel.
L'aspect de la soirée fut inoubliable. Tout
Paris était sur les boulevards. Au milieu de la
douleur des désastres, on eut un moment de
joie et un soupir de soulagement. Une sorte
' de fête républicaine avait été improvisée. Des
. chars improvisés, chargés d'ouvriers et de sol-
dats mêlés, avec des torches, passaient au mi-
lieu de la foule. On se sentait délivré, on
avait le cœur gonflé d'espérance. Hélas 1 les
désillusions devaient être rapides !
Vingt-cinq ans Et voilà où nous en som-
'mes ! Le gouvernement se traîne dans l'ornière
des vieilles monarchies. Et quant aux revan-
ches espérées... nous avons été à Kiel, et les
Allemands viennent insolemment célébrer jus-
que sur le territoire resté français les anniver-
saires de nos désastres! Eh bien ! malgré cela,
rien n'a pu ébranler la République; elle a déjà
atteint un âge qu'aucun des gouvernements de
ce siècle n'avait atteint en France. On n'a pas
pu la détruire ; on ne l'empêchera pas de por-
ter ses fruits. 1
CAMILLE PELLETAN.
là DÉPÊOHE publiera demain uïï article de
U'Ilà'IIAEL SUNI
M. Allain-Targé et M. Trarieux
Le Temps portant la date du 4 septem-
bre publiait la note suivante :
Dans une interview prise par M. Georges
Aubry, rédacteur de la Liberté et parue dans
ce dernier journal, M. Trarieux s'est expliqué
sur une anecdote publiée par le Rappel et dans
laquelle on parlait de ses débuts d'avocat au
barreau de Bordeaux. D'après, ce récit, M. Tra-
rieux, pour sortir de son obscurité « d'avocat
sans cause », n'aurait pas craint, en 1871, en
plein état de siège, de prendre la défense !
d'un espion avéré, que M. Allain-Targé, alors :
préfet de la Gironde, avait fait arrêter. M. AJ-
lam-Targé aurait appelé le jeune avocat dans
son cabinet, lui aurait mis sous les yeux les
preuves absolues de la culpabilité de son client;
rien n'y aurait fait, et M. Trarieux, loin de
s'incliner devant toutes ces preuves, se serait
« rebiffé avec tant d'insolence » que le préfet -
aurait été obligé del lui « donner brutalement
congé ». Le procès aurait eu lieu, que, bien ■
entendu, M. Trarieux aurait perdu, après avoir- :
même été « admonesté par le tribunal et ba-
foulo »..
Voici comment M. Trarieux s'est exprimé :
« A l'époque où la préfecture de Bordeaux
se trouvait occupée par M. Allain-Targ-é, on
arrêta un personnage qui portait le costume
de lieutenant-colonel de francs-tireurs et dont
l'identité fut un moment difficile à établir,
parce qu'il disait avoir reçu une mission du
gouvernement et que les communications avec
Paris étaient interrompues.
Ce personnage fut traduit en police cor-
rectionnelle, sous la prévention de port illégal
de costume militaire. Il fit appel a moi pour
le défendre et je pris en main sa cause, après
m'être convaincu qu'il était victime d'une er-
reur: Je n'étai-s alors que simple avocat. Je ne
m'inspirais que du devoir ( professionnel ; j'a-
gissais donc en pleine indépendance.
» J'obtins l'acquittement de mon client de-
vant le tribunal. On fit appel ; je le fis de nou-
veau acquitter devant la cour. Il devait alors
être remis en liberté ; mais, à ma grande sur-
prise, le lendemain du jour où la levée de l'é-
crou avait été ordonnée par le parquet, je fus
appelé à la prison pour constater qu'il y était
encore détenu. Là, on m'expliqua que ce n'é-
tait plus la justice, mais M. le préfet de la Gi- •
ronde qui avait la responsabilité de cette pro-
longation de détention. C'était donc à ce der-
nier que mon client avait à s'adresser pour
réclamer son élargissement et protester con-
tre un acte qui avait tout le caractère d'une
mesure arbitraire.
» C'est ce qu'il se décida à faire lorsque,
après m'ètre renseigné, je lui fis connaître que
l'intention de la préfecture était de le retenir
prisonnier, comme snspect d'espionnage, jus-
qu'à la fin de la guerre. Il adressa à M. Allain-
Targé un acte d'huissier le mettant en de-
meure d'avoir à revenir sur une décision
illégale, sous peine de l'en rendre civilement
responsable. ■■ „
» Il est exact que le préfet de la Gironde me
fit alors prier d'aller lui fournir des explica-
tions sur les circonstances dans lesquelles cet
acte lui avait été signifié..
» Vous me permettrez de ne pas reproduire
les détails de l'entretien que nous eûmes alors
ensemble et qui, d'ailleurs, sont, pour ce
que vous désirez savoir, sans intérêt.
» Le fait positif, c'est que M. le préfet de la
Gironde n'opposa point-, comme on le prétend,
une résistance formelle à l'invitation qui lui
avait été adressée; c'est qu'il n'y eut point ;
procès''; c'est que, au contraire, dans les qua-
rante-huit heures de la signification de son
acte, mon client fut remis en lïoerte ; c'est
que ie^récit du journal que vous placez sous
mes yeux est de pure invention et absolument
contraire à la vérité...
» J'ajoute, d'ailleurs, que je n'eus point a,
1 . regretter plus tard d'avoir, en cette circons-
tance, énergiquement défendu la liberté indi-
viduelle d'un homme qui m'avait confié sa dé-
fense, car, tout en l'ayant perdu de vue, je
sais qu'il est rentré à Paris, après la fin du
siège, et que son identité a été alors recon-
nue. ».
Le lendemain, le Journal des Débats,
au sujet de l'article du Rappel et de l'inter-
view de la Liberté faisait ces réflexions :
Il est surprenant que le Rappel n'ait pas vu
la contradiction absolue du récit qu'il a re-
produit et des déclarations de M. Trarieux. Il
s'agit de savoir de quel côté est la vérité.
Pour ce qui nous concerne, nous n'hésitons
guère entre les affirmations positives du garde
des sceaux et les souvenirs de propos qui ont
pu être plus ou moins bien compris ou plus
ou moins exactement retenus. '
Le Rappel a invoqué à deux-reprises . le té-
iïioig,flci£,6 de M. Allain-Targe. Eh, bien ! c'est
à M. Allaiu-Targé à dire maintenant laquelle
des deux versions il tient pour exacte, celle du
Rappel ou celle de M. Trarieux. Il ne peut pas
laisser peser sur son nom une accusation de ce
genre sans la confirmer ou la démentir, SI sa
mémoire, après un si long temps écoulé, hési-
tait, un peu, on trouverait les moyens de véri-
fication et de contrôle aux greffes du tribunal
et de la cour de Bordeaux, et dans les archi-
ves-de la préfecture ttt) la Gironde. Rien n est
plus facile que de tires' <3<3tte affaire au clair.
M. Allain-Targ-é ne s'y refusera pas certaine-
ment.
Le Journal des Débats va avoir com-
plète satisfaction. Avant la publication de
sa note, M. Allain-Targé adressait, de
Montsoreau, au directeur de la Dépêche
la lettre suivante :
Montsoreau, 4 septembre 1895,
Mon cher ami, .
Je lis dans le Temps un extrait d ' un
article de la Liberté, où mon nom se
trouve mêlé à des cxplicati.ons de M.
Trarieux à propos d'un incident judi-
ciaire de 1870 ou 1871 doiit j'ai conservé
le souvenir.
à Je n'ai point à vous dire quelle _ii-npros-
: slPn me laissa à cette époque le jeune
défenseur de la liberté individuelle d'un
franc-tireur soupçonné d'espionnage, et
que M. le général Trochu nous avait
ordonné de retenir en prison jusqu'à la
fin de la guerre. Si j'exprimai avec sin-
cérité mon sentiment à M. Trarieux, je
ne pense pas l'avoir fait « brutalement» ;
il était chez moi, je l'avais fait appeler et
il exerçait sa profession.
Pour le détail des plaidoiries et de la
procédure qu'il dirigea en faveur de son
client, on en retrouvera la trace et le
compte-rendu dans la collection de la
Gironde. Mais ol1 la mémoire du jeune
avocat, aujourd'hui garde des sceaux, le
sert tout à fait mal, c'est quand il ra-
conte que son. acte d'huissier eut pour
effet de ; réduire dans les quarante-huit
heures l'opposition du préfet de la Défense
et d'ouvrir à son franc-tireur les portes
du château duHâ. Nous prenions, en ce
temps-là et tous les jours, des responsa-
bilités bien trop graves pour nous sou-
cier d'un acte d'huissier et d'une action
en dommages et intérêts, mème soute-
nue par M. Trarieux. D'ailleurs, le prési-
dent du tribunal, un de mes vieux amis
et un bon patriote, M. Lavaur, avait jugé
le procès du jeune avocat et était venu,
incorrectement sans. doute, mais les cir-
constances excusaient l'incorrection,
de lui-même à la préfecture annoncer
qu'il se chargerait d'aller à l'audience,
s'il le fallait et de faire justice. Je gardai
donc le client de M. Trarieux, malgré
ses menaces, sous clef jusqu'à la fin de
la guerre, et je ne permis la levée de
l'écrou qu'après la capitulation de Paris,
considérant que les instructions de M.
le général Trochu étaient désormais
sans but. Mais j'ai fait mon devoir, sous
ma responsabilité et jusqu'au bout. Je
tiens à constater ce fait facile à vérifier
par la constatation des dates.
Bien amicalement.
H. ALLAIN-TARGÉ.
LA QUINZAINE LITTÉRAIRE
« LES REINES DE PARIS » (1)
1 Voici une œuvre forte.
De qui est-elle? Elle est signée bien simple-
ment. Stéphane — et i ion de plu",.
Le lecteur non informé de Stéphane ne man-
querait pas de conclure, avec une légère va-
riante, comme Musset fermant le livre de Léo-
pardi :
Ton livre est ferme et fr,,nc-, brave homme ; il fait penser
Mais « brave homme » serait ici on ne peut
moins de circonstance, car ce livre, d'une sa-
veur vraiment nouvelle, qui ne ressemble à rien
de déjà fait, ce livre, bien que l'idée profonde et
précise y tienne plus de place que l'imagination
ou la sentimentalité, sort de la plume d'une
femme.
D'une jeune femme, d'une jeune veuve alliée
à l'une des familles les plus notables de Montau-
ban en Tarn-et-Garonne... La modestie excessive
de l'auteur ne nom pardonnerait pas de soulever
davantage son voile ; mais, patience! Encore un
livre aussi particulier et aussi substantiel que les
Reines de Paris, et il faudra bien, de gré ou de
force, que le public découvre la personnalité si
jalousement dérobée d'un écrivain de pareille en-
, vergure.
»
* *
Ce qu'il faudrait dire, pour donner une idée
suffisante de l'œuvre, outrepasserait de' beaucoup
les limites d'une notice bibliographique : bornons-
nous, à regret, à quelques indications générales,
au dégagement d'une impression d'ensemble.
Un simple mot, d'ailleurs, fera pressentir l'inté-
rêt, la puissante curiosité que doit forcément pro-
voquer ce livre parmi les lecteurs cultives; c'est
une exposition du problème social, une étude
intuitive de l'obscur devenir par où passe actuel-
lement l'humanité politique et morale, mais une
exposition et une étude prises d'un point de vue
peu commun; du point de vue d'un esprit bour-
geois par sa naissance, indépendant et impartial
par sa nature, regrettant la bourgeoisie qui s'en
va démoralisée et appréhendant le prolétariat trop
matériel qui lui semble venir. en vertu de ses
sympathies et antipathies ataviques, mais com-
prenant et acceptant l'inéluctabilité de la succes-
sioja-imminente, et la rêvant progrès au lieu de
chiite, grâce à l'intervention... de la Femme nou-
velle et du rôle qu'elle jouera dans la société à
venir. # ,
Cette conception du monde moral sauvé par la
Femme (conception que l'auteur, à son insu peut-
être, renouvelle d'une pensée jadis traduite en
dogme religieux) trahit seule le masque masculin
de l'auteur, tandis que, par contre, la fermeté
lapidaire du style, — d'un style bien personnel,
comme le plan général de l'ouvrage et comme
l'esprit qui l'inspire ; d'un style qui ne pastiche
celui d'aucun autre écrivain, — un étrange souci
de précision dans l'expression de thèses même
un peu subtiles ou dans l'analyse de sentiments
même un peu mystiques, d'heureux pléonasmes
accentuant souvent l'idée et en faisant bien pene- .
trer la profonde vérité,au moins subjective, enfin
et surtout, çà et lii, l'audace ingénue de quelques
images, corroborent, confirment, renforcent jus- •
qu'à la rendre impénétrable aux plus perçants
regards ce masque de virilité. , , t s
Je me trompe : un autre détail par ou la bonté, ;
l'indulgence féminime se laissent inconsciemment :
apercevoir, c'est que, dans ces Reines de Paris, |
décidément très captivantes, il n'y a pas, mais :
pas du tout, de vilains personnages. ■ !
Pas de traîtres, pas de méchants, et,par-dessus ;
tout, pas de sots ! =
Non seulement, les héros supérieurs, Mab et ;
Daniel, atteignent à la perfection idéale, mais les
figures secondaires, Jacques Bord, Landry, Claire
rayonnent tout au moins d'intention vers le su-
blime, les types simplement anredotiques, le
bonhomme Crapaud, le sous-lieutenant Rivais,
mêlent à leurs diverses et d'ailleurs excusables
faiblesses de jolis héroïsmes, et les repoussoirs
eux-mêmes, les perverses, les maudites, la mon-
daine Fausta et la demi-mondaine Virginie (les
reines actuelles de Paris, par opposition antithéti-
que aux futures sœurs de Mab qui seront demain
les reines du monde), confessent leur propre mi-
sère avec une si candide humilité, la déplorent
avec une si sincère amertume, lèvent d'en bas
vers les sommets des bras si éperdus, qu'en
dépit de leurs pires chutes circonstancielles, ef-
fets de la névrose, de l'éducation ou de la fatalité
sociale, il faudrait avoir un fameux rocher en
place de cœur pour leur en garder la moindre
rancune.
Ah l'Stéthaii,Ll, Stéphane, si le monde actuel
j n'était composé que de gens comme ceux de votre
! peinture, Celui qui va lui succéder aurait peut-
être fort à faire, rien que pour le valoir!
| (1) Victor Havard.. éditeur, t68, boulevard Saiut-
l Germain, P ar4
d'une I ÏÏ t l'intrigue, qui est d'ailleurs
dans !ITP >C1Ae de ^rpente. Et au fait, comme
c'es btnl de Montesquieu.
c est bien là son rôle dans les Reines de Paris
re» ne,n moins qu'un roman d'aventu-
rev, , elle y sert a soutenir, à développer, à dé-
de philosophie sous tous ses multiples aspects un édifice
oLï e psychologique et et sociale, de pro-
o ffrrf 'infe' C, aussi de généreux rêve.
fice Outre la H4T délectable faut laisser au lecteur l'entier béné-
Paris lli S Ie surprise les Reines de
nnTr ^f réser%,ent, j'en ai assez dit, au surplus,
pour attirer sur le trop modeste Stéphane l'atten-
tion que mente Madame... J'allais la nommer 1
AUGUSTE FRANC.
Nos Télégrammes
Par Fil Spécial
UNE BOMBE CHEZ ROTHSCHILD
De notre correspondant spec/a':
Paris, 5 septembre, soir.
Ce soir le bruit courait dans Paris qu'un
nouvel attentat à la dynamite venait d'être
commis à trois heures de l'après-midi,
chez le banquier Rothschild.
Nous nous sommes aussitôt mis en quête
de renseignements, et voici ce que nous
avous recueilli :
Depuis l'attentat dont a été victime, ré-
cemment, M. Jodkowitz, homme de con-
fiance du banquier Rothschild, une sur-
veillance très active est exercée aux
abords de l'hôtel de la rue Laffitte.
Outre les agents en costume qui font les
cent pas devant la porte, des policiers en
bourgeois à allure d'hercules de foire, se
promènent ostensiblement dans la rue où
se trouvent les bureaux de MM. Roths-
child frères.
Or. aujourd'hui, à trois heures et demie,
çes. divers surveillants apercevaient un
individu de 25 ou 30 ans, qui pénétrait
dans l'hôtel Rothschild avec des allures
équivoques. L'un des agents s'avança vers
lui et le rejoignit dans l'escalier du pre-
mier étage.
L'individu enflammait à ce moment une
allumette, dont il allait communiquer le
feu à la mèche sortant d'un engin qu'il
avait dans ses mains. En apercevant l'a-
gent, ii projeta son engin avw;..fo'çce cou-
tre terre, mais l'épaisseur du tapis amor-
tit le choc et empêcha l'explosion que l'in-
dividu avait semblé vouloir provoquer.
L'inconnu prit alors la fuite, poursuivi
par l'agent qui le rattrapa dans la rue.
Une vive lutte s'engagea, au cours de
laquelle l'individu sortit de sa poche un
rasoir dont il menaça son adversaire. Mais,
l'agent, quoique tenu par le cou, put se
dégager et donner sur la main du person-
nage suspect un coup de sabre qui fit tom-
ber le rasoir.
- L'individu continua cependant la lutte.
mais il fut saisi par d'autres agents qui
survinrent et qui le mirent hors d'état de
nuire. On le conduisit aussitôt au commis-
sariat voisin, dans la rue de Provence, où
M. Guenin, commissaire, lui fit subir un
premier interrogatoire.
. L'individu a refusé de donner son nom
et d'indiquer sa profession, et n'a pas
voulu répondre aux questions que lui po-
sait le commissaire. Cet individu est de
taille au-dessous de la moyenne, son visage
rasé de près ne porte qu'une petite mous-
tache de nuance châtain ; il est vêtu d'un
pantalon de couleur sombre, d'une jaquette
et d'un gilet noirs, d'une chemise blanche ;
il a l'air d'un petit employé de commerce..
Dans ses poches on a trouvé, outre le ra-
soir susmentionné, du savon et un blai-
reau, un foulard bleu, un échevau de fil
blanc.
L'engin est une de ces boites en ferblanc
qui renferment le cacao Van Houles ;
celle-ci a dix centimètres de hauteur, eUo
est entourée de fil de fer et porte sur son
couvercle une ouverture carrée qui donne
passage à une mèche. Elle a été transpor-
tée au commissariat de police où une voi-
ture du laboratoire municipal est venue la
chercher.
M. Lépine, préfet de police, a immédia-
tement commencé l'enquête avec le par-
quet, mais le résultat de ces investigations
est encore inconnu ; on a d'ailleurs essaye,
à la préfecture de police, d'empêcher l'af-
faire de s'ébruiter; on ne veut rien dire
avant de connaître le résultat de l'examen
de la bombe fait par M. Girard.
C'est cet examen seul qui pourra dire si
l'on se trouve réellement en presence d un
attentat anarchiste. Jusqu'à présent, ce
qui le donnerait à penser, c'est la vive ré-
sistance opposée par l'individu aux agents
' qui voulaient l'arrêter. Mais, d'autre part,
beaucoup de personnes pensent que cet
individu a voulu surtout faire une démons-
tration.
A. S.
A CARMAUX
LES JOURNAUX
De notre correspondant s/?ee/a/ :
• Paris, 5 septembre, soir.
[ - LA DÈMISSION DE M. SIKVEN ■
I La formelle désapprobation que l'hono-
; rable M. Sirven a spontanément donnée
aux actes de son coactionnaire Resseguier
continue de provoquer les commentaires
i de la presse républicaine. Nous avons re-
produit, hier, la plupart des appréciations
I émises à ce sujet par nos confreres répu-
blicains. Voici ce que dit aujourd hui M.
i Ranc, dan" le Paris, après avoir pris con-
! naissance de la lettre, de M. Sirven et de
la réponse de M. Resseguier :
i M Sirven, comme nous l'avions annoncé,
I donne sa démission, non seulement de vice-
président, mais de membre du conseil d'ad-
ministration des verreries. Il ne la. donne pas
: pour des motifs de santé ou pour toute autre
raison' personnelle, comme le prétendaient,
hier encore, les défenseurs de M. Rességiuer.
M. Sirven se retire parce qu'il désapprouve
les décisions prises pa,r M. Hesség-uier, parce
qu'il était partisan de la coneiliatioIJ, parce
que, jusqu'tui dernier moment, il avait
que la grève pourrait être conjure. M. bii-
ven donne sa démission parce
pas sentir peser sur lui la i^ponbabuitc du
chômage décide par M. Ressegutfcu ,
Qui parle ainsi, qui agit ainsi!
volutionnaire, un socialiste, ^
M. Sirven appartient, à la ni^ncv, la >
dérée du parti républicain, il và été pumai*
Le Numéro S Centimes
ÉDITIONS RS0IÔH4LSS
QW—hwi mi*» ■ i nm
■ ' " . :I1JCUf1oD du BoussilloD
f^réffite-Oriaatalgï» Catalogne, (A vepon).
Lozère.
BdîUom de l'Hérault
1" Edition cte l'Ouest
Lot-8t-Garonn't Ttm-eî-Gar., Gers, Dordoguel
Edition du Sud-Ouest
at?!* Pyrénées, Basses-Pyrénées. Landers
Journal de lau Démocratie
RÉDACTION ET ADMINISTRATION * TOULOUSE, 6)7, RUE BAYARD
Sureaus; a Pa.r1s : IF.Ueb ^o^c3.©a.-a
■ InITIONS F£GIONALES
'Sctitioii cfa Centre
Gutal, Cessés®, fi».Vicna«,
édition du XarD
mdition erG rjLud®
.. I?:CUUoD tfc l'Ouest.
Ls^ Xarn-Rî-Garcaac,
Edition ae Toulouse
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les Abonnements de trois moi., six mois et un an partent des 1er et 16 d, tkatpt* rroi&
Ils sont payables d'avllnce l Envoyer GO cent. pour eh&nement dlax!îes&
S68 Année — VENDREDI 6 SEPTEMBRE 1895 - N° 9887
A 1° mesurées mesurées en en 7 7 s & is-ia ligne
îi„i, a vKKs a t-î d pft?ïe (9 colon. à,la-p:ue), MeSurées ei 7 «a fr t-,»
ChrcniQue à la 3 pasre '6 co'onn ls à la paire.1, mesurées en 7 6 fr' so
Les itiaerttctte soxl reçues au bu,c.. (1. i. ». v-,ul eu i *» ii% t»i»
A Pari$, à J'agence Wvm 8 X«• iTi. « d. U DbtCDS.
* IZaVotS, 8, plane de la B8aTO et dans loxtes Us ajevee, 4c pMiei
LA DEPECHE publie chaque jour un
article politique ou économique et un
article littéraire des collaborateurs ci-
dessous désignés :
coi.MJ>ofttTBma H&fffçcss cmmumiRS L&imiMS
MM. - MM.
René GOBLÉi" " JEAN DES VIGNES
Camilfe PEI-LETAW Francisque SARCEY
Jean FRONTIÈRE Léon fëllLJ.OT
H. ALLAIN-TARGÉ NOW'.oDEi
Jean JAURÈS • Armand SSLVESTHE
RANC G. CLEMENCE.,'tU
Henry MARET Camille PELJLETAN
G. CLEMÈNCEAU. M!khsë! SUM!.
Jacques CLAIR , RÉKiO
LEMASSON L.-Xavier de RiCARD
FRANÇAIS B. MARCEL
EXPOSITION
.
Les dons offerts par les artistes
de l'Ecole de Toulouse pour la tombola
ail, profit de, la Société de secours mu-
tuels de i7Alliance DES ARTS, sont expo-
1 sés au Hall de la Dépêche. Entrée
libre de 8 heures du matin à minuit
LA POLITIQUE
Ame royale et chrétienne
M. Othenin d'Hansson ville, dans les sou-
venirs personnels qu'il vient de publier sur
le défunt comte de Paris, raconte qu'il
fit tout son possible pour détourner le
chef de la maison de France de l'al-
liance avec le général Boulanger. M.
d'Haussonville avait connu aux Etats-
Unis Boulanger et il le tenait en piètre
estime. Il avait très bien compris que les
royalistes, en travaillant pour le général,
seraient dupes ou complices, ou plutôt à
la fois complices et dupes. Ses paroles
furent perdues, ses conseils ne furent
pas entendus, ses avertissements restè-
rent lettre morte. M. le comte de Paris
continua à se cramponner à la queue du
cheval noir.
- Apn?sjse récit, M. d'Haussonville ajou-
**te : «"Je ne viens pas
que M. le comte de Paris ait eu raison,
aprês m'être permis de lui dire autrefois
qu'il avait tort. Je me suis même souvent
. demandé comment, avec un esprit si juste,
! il avait pu s'embarquer dans une aven-
ture qui répugnait autant à sa nature. »
M. d'Haussonville se pose là une ques-
tion à laquelle il pourrait très bien ré-
pondre lui-même. Il sait mieux que per-
sonne ce qui a déeidé M. le comte de
. Paris et qui l'a décidé.
Ses meilleurs amis, ses conseillers les
jplus autorisés ne voulurent pas entendre
parler du maquignonnage qui se prépa-
rait et n'acceptaient pas qu'on trafiquât ;
avec Boulanger. M. Bocher, M. Lambert
le Sainte-Croix, M. Ferdinand Duval, M.
tl'Audiffret-Pasquier et bien d'autres
étaient dans ces dispositions et ne. le ca- :
3haient pas. On sait avec quelle énergie :
et de quel ton de soldat le duc d'Aum<ùe :
parla à son neveu.
Rien n'y fit. Tout cela ne prévalut pas
contre l'influence de l'Eglise, du parti
catholique, des jésuites. Depuis le dis- ;
cours de Tours, le parti catholique était -
convaincu que le général Boulanger
était son homme. Boulanger devint le
candidat des sacristies. Qui ne se rap-
pelle qu'à l'élection de Paris, curés, vi-
caires, bedeaux, séminaristes, votaient à
bulletin ouvert pour l'homme qui avait
dit : « Les curés, sac au dos ! » Plus tard,
aux élections générales, on vit dans le
septième arrondissement les mêmes cu-
rés, les mêmes vicaires, les mêmes be-
deaux, lés mêmes séminaristes faire cam-
pagne pour M. Mermeix contre M. Denis
Çochin, un fervent catholique, mais un
libéral, mais un adversaire de Boulan-
ger ! w
Donc l'Eglise s'était attachée au char
au César d'aventure ; elle en voulait faire
un triomphateur. Ce fut le père Dulac,
l ancien directeur de la rue des Postes,
QUI fut chargé à Londres de préparer
les voies et de convertir le comte de Pa-
ris au boulangisme. Ce sont là choses
Que tout le monde sait dans le parti or-
léaniste. Puis, il y eut chez le comte de
{«■ris un véritable conseil. M. Bocher,
Lambert de Sainte-Croix, M. de Mun
£ assistaient. M. Bocher, M. Lambert de
,amte-Croix supplièrent le prince de
s arrêter dans la voie compromettante
Pour lui-même, pour son honneur et pour
I onneur de son parti, pour le bon re-
ll,,rn de la monarchie, où on voulait
1 engager. Ce fut M. de Mun qui leur ré-
pondit, M. de Mun porte-parole du père
plac et des jésuites. Il parla, parait-il,
|ort éloquemment, il fit valoir cet argu-
ment que l'Eglise avait déjà pris parti et
ju en France les intérêts de l'Eglise et
-de la monarchie étaient indis-
cutablement liés. Le comte de Paris .
1,! la raison et déclara à ses amis >
bue ia Révolution était prête. M. Lam-
Sainte-Croix se retira désolé et
oS?iî ^ ce jour resta à peu
es étranger à la politique. M. Bocher,
n '^e voulut pas abandonner son prince.
fier i lesça, il accepta d'être le tréso- ;
Ais tes l'opération. Je sais des orléa- •
d¿ qUI ont pas encore par- :
Uni la car se rendent compte du coup
".""t i r>orté ce jour-là à leur cause.
sinrmi est de l'histoire bien connue,
Ln ^(i.u Public, au moins de l'entourage
t>ar,n iin?es même pas de leur entou-
tiionh i> intime. Je ne crains de dé-
't' ti d aucun des intéressés.
: on veut juger de l'état d'esprit
| go de Paris à cette époque, il faut
W fi! ï a, manière d'oraison funè-
qu^lniL ^laiioine d'Huit a écrite
Wflriï ? semaines après la mort du
L cl^rs CG titre : « Une âme royale
Jusqu'en 1871, le comte de Paris était
très modérément catholique et pas du
tout clérical. C'est, au rapport de M.
d'Hulst, de 1873 que date sa conversion.
C'est à ce moment qu'il ouvrit les yeux à
la foi. Sa conversion religieuse coïncida
avec sa conversion politique. Il devint
fils soumis de l'Eglise en même temps
qu'il reconnaissait le droit héréditaire,
qu'il ne se présentait plus comme le suc-
cesseur de Louis-Philippe, roi de la Ré-
volution, mais comme l'héritier légitime
du comte de Chambord. On peut dire
de M. le comte de Paris que le
chemin de Frohsdorff a été son chemin
de Damas.
Depuis 1873, la ferveur catholique du
comte de Paris s'accentua singulière-
ment. Il en arriva à donner dans les plus
grossières superstitions, dans la plus
basse idolâtrie. M. d'Hulst raconte qu'en
1880, le petit-fils de Louis-Philippe, se
.sentant frappé par l'inexorable maladie,
fit un voeu à Notre-Dame de Lourdes. Il
ne demandait pas la guérison mais un
répit d'un an, ayant de grosses affaires
politiques et domestiques à terminer. Si
Notre-Dame de Lourdes daignait l'exau-
cer, il promettait d'affecter une forte
somme aux mosaïques de l'église du
Rosaire, à Lourdes, spécialement à celle
qui doit représenter « le troisième mys-
tère douloureux, le couronnement d'épi-
nes. »
Notre-Dame de Lourdes, l'église du
Rosaire, le couronnement d'épines! Som-
mes nous au moyen âge ou en 1889?
Mais 1889, c'est l'année du boulangis- -
me, de ses grandes batailles. Il est donc
infiniment probable que c'était là cette
grave affaire politique que M. le comte
de Paris avait à coeur de terminer et pour
laquelle il demandait à la sainte-vierge
un an de vie. L'alliance orléano-boulan-
giste, l'action parallèle, M. de Mun, M.
Naquet, M. Arthur Meyer, M. Paul de Cas-
sagnac, M. de Mackau, la duchesse d'U-
zès, les blanquistes dissidents, tous pla-
cés en bloc, en tas, sous l'invocation et
le patronage de Notre-Dame de Lourdes,
c'est drôle !
Le chancelier Pasquier raconte dans
ses Mémoires que le prince de Polignac
avait des visions qui lui avaient inspiré
les ordonnances de juillet et assuré le
succès. De là sa confiance imperturba-
ble jusqu'au dernier moment. Peut-être
M. t€ coîiïtb'1t^~^aris entendait-il lui
aussi des voix; peut-être avait-il, nui-
tamment, les visites de Notre-Dame de
Lourdes qui lui recommandait et lui ga-
rantissait le général Boulanger !
Tout cela parait fort ridicule, mais le
fond des choses reste sérieux. Le pape
aura beau conseiller l'adhésion à la Ré-
publique, les ralliés auront beau s'agiter
et intriguer, tout cela c'est pour les ba-
dauds. M. de Mun avait raison de le
dire, les intérêts de l'Eglise et ceux de
la monarchie sont en France indissolu-
blement liés."-
RANC.
La DÉPÊCHE publiera demain un a,rticlo de
lU. HEN il Y illA,.P% ET
PROFILS
M. MAURICE BARRÉS
C'est M. Maurice Barrés qui a pris le premier
la parole dans la campagne qui se poursuit ac-
tuellement contre l'exposition de 1900. M. Mau-
rice Barrés mène parallèlement une campagne
en faveur de la décentralisation. L'ancien député
de Nancy entend-il reconquérir, par. ce moyen
sa place au Palais-Bourbon. Je n'en sais rien, et
à la vérité je ne veux pas même le supposer,
tant ce psychologue ingénieux à qui nous devons
Sous l'œil des Barbares et le Jardin de
Bérénice affecta autrefois de dédain pour le
parlementarisme et de dégoût pour les parle-
mentaires. Et pourtant M. Barrés adore la poli-
tique. Il l'arjoi-e même un peu plus qu'il ne con-
vient à un ditettàtlie. l'J
Si vous voulez lire un joli portrait de M. Mau-
rice Barrès, lisez celui qu'en a tracé dans son
dernier roman M. Paul Adam, qui est de ses in-
times et qui fut comme lui candidat boulangiste à
Nancy. Une figure mince, le nez dessinant un
arc audacieux, des yeux noirs dont la note ar-
dente éclate plus vive encore dans la pâleur
morne du visage, une voix sourde et rauque sor-
tant d'une bouche cruelle et froide, une tête
d'oiseau de proie qui serait très civilisé pour tout
dire. Tel est M. Maurice Barrés qui fit, on le
sait, peu de bruit au Palais-Bourbon tant que
dura son mandat. Mais il a composé des livres
extrêmement curieux qui sont des choses fra-
giles et ténues, ondoyantes et précieuses, — de
la philosophie dans du bibelot — toujours très
noble avec cela. On l'a appelé a Mademoiselle
Renan ». Je voudrais un prénom à cette demoi-
selle si distinguée, et surtout à celui de la chan-
teuse aimée de nos jeunes générations, je dirais
volontiers : Mlle Yvette Renan !
M. Maurice Barrès entra tout jeune au Parle-
ment. Sa grande faute fut, je crois, de ne pas
percevoir que le boulangisme avait son germe de
mort dans Boulanger lui-même. Cette fois, sa
psychologie fut en défaut, et sa sagacité s'égara.
M. Barrés affecte toutefois de ne pas le regretter,
et il porte encore des fleurs de temps à autre au
cimetière d'Ixelles. Pour ce trait de courage, je
Nick.
CHRONIQUE
LE QUATRE-SEPTEMBRE
Voici le vingt-cinquième anniversaire du
Quatre-Septembre. Un quart de siècle nous
separe du moment où la République fut défi-
nitivement proclamée en France. Combien
d'années nous séparent encore, dans 1 autre
sens, du moment où elle sera républicaine r
Quand la Révolution se fit, sans efforts d un
côté, sans résistance de l'autre, il y avait long-
temps que la chute de l'Empire n était plus
qu'une question d'heures. Les désastres
avaient achevé la ruine du régime sorti du
De ux -Décembre. On sentait que chaque jour
de retard était perdy pour le salut de la
France. Tout le monde comprend, après coup,
combien les choses auraient changé, si la Ré-
volution s'était produite à temps pour arrêter :
la marche sur Sedan. Ce qu'il est aisé d'éta-
blir positivement, après l'événement, on le
devinait dès lors. Il semblait qu'il n'y eût qu'à
pousser l'Empire pour qu'il tombât. C'était
l'idée passionnée de nombre de républicains
et de patriotes.
Plusieurs tentatives eurent lieu. Je n'ai ja-
mais mieux compris qu'à ce moment l'impuis-
sance des projets formés d'avance et des orga-
nisations les plus fortes en matière de révolu-
tion. Deux ou trois fois, durant le mois d'avril,
rendez-vous fut , pris pour porter le dernier
coup à l'Empire. Il me souvient encore des s
conciliabules tenus dans les bureaux de la
Cloche et du F{appel. Le succès paraissait fa- :
cile. Nous avions avec nous l'unanimité :.(.du ;
sentiment public, et une puissance révolution-
naire fameuse, l'Internationale. Tous ses chefs,
tous ceux qui firent le Dix-huit Mars et la
Commune, se trouvaient à nos réunions, —
| avec des libéraux fort modérés. On fixait un
jour ; on préparait le mouvement. Tout avor-
tait misérablement : quand nous nous rendions
aux rendez-vous, nous y trouvions tout au
plus un millier d'hommes. C'est yn étrange
préjugé de croire que même aux moments l'es
plus favorables, on soulève artificiellement,
par une organisation quelconque, les couches
profondes de la population. Ce sont des mou-
vements spontanés qui font les révolutions; les -
préparations les plus savantes n'aboutissent
qu'à des échauffourées.
Tout changea le 3 septembre.' Comment ?
Nul ne le sait. La capitulation de Sedan avait
-eù lieu, mais le gouvernement gardait la nou-
velle secrète. Comment un écho lointain du
désastre se répandit-il dans Paris? Qui, en
quelques heures, répandit la nouvelle dans
toutes les villes ? Par quel instinct les foules
devinèrent-elles la vérité dans une rumeur
incertaine ? Par quel mystérieux concert se '
donnèrent-elles rendez-vous? Je l'ignore; ;
mais, dès le début de la soirée, toute la popu- ]
lation était soulevée; un flot colossal de plus 1
de cent mille hommes roulait sur les boule- !
vards, se pressait jusqu'à l'Elysée, ■ où était ,
installé, je crois, le général Trochu; la Révo- 1
lution était déjà faite. ]
Nous allâmes, avec quelques amis, assister j
à la séance de nuit du Corps législatif. Rien i
de sinistre, le 3 au soir, comme le palais de !
la Représentation nationale, entouré de ténè- '
bres et de solitude. La police écartait les pas- J
sants ; les grilles étaient fermées et ne s'entre* -à
baillaient^u!avec .jjrécaùtiûû^.pourJafsser pë-
nétrer les privilégiés pourvus de billets. A
cette heure décisive, malgré la curiosité fé-
brile du public, les galeries de la salle étaient f
à peu près désertes. Quelques rares specta- j
teurs en faisaient mieux remarquer le vide. ]
Rien de sinistre, dans de telles circonstances, ]
comme l'aspect de cette grande salle, pleine de ]
lumière et de silence. Quand les députés offi-
ciels de l'Empire entrèrent, accablés, ils ]
osaient à peine échanger un niot à voix basse. <
Nulle rumeur ne s'élevait au-dessus de ce ]
fourmillement de têtes. On eût dit une Assena- ]
blée de fantômes. : - - 1
Ce fut chose saisissante d'entendre, au milieu <
d'un silence lugubre, Jules Favre proclamer
la déchéance de l'Empire. Son masque fatal, -
d'une étrangeté tragique ; sa voix d'airain. son <
geste puissent- et solennel contribuaient à ]
donner à cette scène un caractère profondé- .
ment pathétique. Il apportait et lut le projet <
qui constatait la chute du régime napoléonien. 1
On eût dit qu'il. parlait à un auditoire'pétrifié. j
Pas un murmure de protestation ne sortit de )
cette majorité, qui sentait sa dernière heure 1
venue. j
Aussitôt après, on se dispersa dans les rues
déjà si solitaires. Une inquiétude était pré- :
sente à tous les esprits. L'Empire aux abois ]
essaierait-il, dans la nuit, une dernière tenta- ]
tive? A défaut de troupes peu sûres, il avait r
sa police. Il pouvait essayer de faire arrêter, 1
avant le jour, comme au coup d'Etat, les ré- ^
publicains les plus influents. Ç'aurait été une
résolution désespérée et certainement inutile. i
Plus d'un, néanmoins, prit ses précautions : ]
c'était le plus sÚr.
On peut dire que la République éclata le ]
lendemain avec le soleil. Dès le matin, la place '
de la Concorde était couverte de foule. j'ai vu ■
de loin, je crois, les derniers coups portés par <
la police impériale. Les agents bousculaient ]
sur le pont de la Concorde Vésinier, le futur *
membre de la Commune, l'ancien secrétaire 3
d'Eugène Sue, que Rochefort, d'un mot si ;
pittoresque, baptisa « Racine de bois ». Du- 4
reste, aucune résistance-sérieuse : l'Empire ne <
se défendait plus. Les réactionnaires ontun cer-
tain aplomb, quand ils reprochent aux répu- j
blicains d'avoir fait une révolution en pré- \
sence de l'ennemi. D'abord, ce serait un re- j
proche que nous pourrions accepter sans s
crainte. Le Dix-Août aussi fut une révolution s
faite en présence de l'ennemi, et il a sauvé ia 1
France. Hélas! le Quatre-Septembre ne l'a
pas sauvée ! Il a du moins relevé son honneur \
en prolongeant la défense et en rendant quel-
quefois la victoire incertaine. Sans l'élan donné ]
par la République à la résistance, où en se- |
rions-nous ? Voyez-vous la paix conclue et f
l'Alsace-Lorraine cédée un ou deux mois après j
Sedan, sans un effort désespéré pour ressaisir j
la fortune ? Nous tombions au dernier degré de ]
la honte : la France devenait une victime li- <
vrée d'avance à la fois au mépris du monde et ]
aux agressions de tous ses ennemis. Mais la i
vérité fut qu'il n'y eut pas à proprement parler <
de révolution. Où donc étaient les bonapar- j
listes, le Quatre-Septembre ? Ce lut beaucoup (
moins le renversement de l'Empire que la j
constatation de sa chute. t f ^ j
Il est inutile de raconter la journée où M. (
Sardou, lui-même, prit les Tuileries d'assaut, -
sans que personne les défendit, d'ailleurs. ^ Il ]
n'y eut, à vrai dire, qu'un immense _ et irrésis- ]
tible mouvement de loule, au Palais-Bourbon
d'abord, puis aux Tuileries et à l'Hôtel-de-
Ville. Tout le monde sait comment on ne j
pensa pas au Sénat. Ces choses-là peuvent j
arriver. Pendant que le peuple proclamait la j
République, M. Rouhtr in vitait solennellement'
les pères conscrits à rester sur leurs sièges, et
à y attendre héroïquement les violences^révo-
lutionnaires. Tous jurèrent de mourir à leur
poste ; après quoi ils rentrèrent tous chez t eux, j
y compris M. Rouher. Mais ils avaient fui trop i
vite. On ne songea pas même à ces honnêtes '
débris des vieilles réactions. On eut à leur ,
égard un procédé plus insultant que le dédain : ;
l oubli C lst de cette façon que tous ie& Sé»,
nats ont défendu les régimes dont ils faisaient
partie. Malgré tout ce qu'on nous a dit au mo-
ment du boulangisme, je ne compterais guère
plus, le cas échéant, sur le Sénat actuel.
L'aspect de la soirée fut inoubliable. Tout
Paris était sur les boulevards. Au milieu de la
douleur des désastres, on eut un moment de
joie et un soupir de soulagement. Une sorte
' de fête républicaine avait été improvisée. Des
. chars improvisés, chargés d'ouvriers et de sol-
dats mêlés, avec des torches, passaient au mi-
lieu de la foule. On se sentait délivré, on
avait le cœur gonflé d'espérance. Hélas 1 les
désillusions devaient être rapides !
Vingt-cinq ans Et voilà où nous en som-
'mes ! Le gouvernement se traîne dans l'ornière
des vieilles monarchies. Et quant aux revan-
ches espérées... nous avons été à Kiel, et les
Allemands viennent insolemment célébrer jus-
que sur le territoire resté français les anniver-
saires de nos désastres! Eh bien ! malgré cela,
rien n'a pu ébranler la République; elle a déjà
atteint un âge qu'aucun des gouvernements de
ce siècle n'avait atteint en France. On n'a pas
pu la détruire ; on ne l'empêchera pas de por-
ter ses fruits. 1
CAMILLE PELLETAN.
là DÉPÊOHE publiera demain uïï article de
U'Ilà'IIAEL SUNI
M. Allain-Targé et M. Trarieux
Le Temps portant la date du 4 septem-
bre publiait la note suivante :
Dans une interview prise par M. Georges
Aubry, rédacteur de la Liberté et parue dans
ce dernier journal, M. Trarieux s'est expliqué
sur une anecdote publiée par le Rappel et dans
laquelle on parlait de ses débuts d'avocat au
barreau de Bordeaux. D'après, ce récit, M. Tra-
rieux, pour sortir de son obscurité « d'avocat
sans cause », n'aurait pas craint, en 1871, en
plein état de siège, de prendre la défense !
d'un espion avéré, que M. Allain-Targé, alors :
préfet de la Gironde, avait fait arrêter. M. AJ-
lam-Targé aurait appelé le jeune avocat dans
son cabinet, lui aurait mis sous les yeux les
preuves absolues de la culpabilité de son client;
rien n'y aurait fait, et M. Trarieux, loin de
s'incliner devant toutes ces preuves, se serait
« rebiffé avec tant d'insolence » que le préfet -
aurait été obligé del lui « donner brutalement
congé ». Le procès aurait eu lieu, que, bien ■
entendu, M. Trarieux aurait perdu, après avoir- :
même été « admonesté par le tribunal et ba-
foulo »..
Voici comment M. Trarieux s'est exprimé :
« A l'époque où la préfecture de Bordeaux
se trouvait occupée par M. Allain-Targ-é, on
arrêta un personnage qui portait le costume
de lieutenant-colonel de francs-tireurs et dont
l'identité fut un moment difficile à établir,
parce qu'il disait avoir reçu une mission du
gouvernement et que les communications avec
Paris étaient interrompues.
Ce personnage fut traduit en police cor-
rectionnelle, sous la prévention de port illégal
de costume militaire. Il fit appel a moi pour
le défendre et je pris en main sa cause, après
m'être convaincu qu'il était victime d'une er-
reur: Je n'étai-s alors que simple avocat. Je ne
m'inspirais que du devoir ( professionnel ; j'a-
gissais donc en pleine indépendance.
» J'obtins l'acquittement de mon client de-
vant le tribunal. On fit appel ; je le fis de nou-
veau acquitter devant la cour. Il devait alors
être remis en liberté ; mais, à ma grande sur-
prise, le lendemain du jour où la levée de l'é-
crou avait été ordonnée par le parquet, je fus
appelé à la prison pour constater qu'il y était
encore détenu. Là, on m'expliqua que ce n'é-
tait plus la justice, mais M. le préfet de la Gi- •
ronde qui avait la responsabilité de cette pro-
longation de détention. C'était donc à ce der-
nier que mon client avait à s'adresser pour
réclamer son élargissement et protester con-
tre un acte qui avait tout le caractère d'une
mesure arbitraire.
» C'est ce qu'il se décida à faire lorsque,
après m'ètre renseigné, je lui fis connaître que
l'intention de la préfecture était de le retenir
prisonnier, comme snspect d'espionnage, jus-
qu'à la fin de la guerre. Il adressa à M. Allain-
Targé un acte d'huissier le mettant en de-
meure d'avoir à revenir sur une décision
illégale, sous peine de l'en rendre civilement
responsable. ■■ „
» Il est exact que le préfet de la Gironde me
fit alors prier d'aller lui fournir des explica-
tions sur les circonstances dans lesquelles cet
acte lui avait été signifié..
» Vous me permettrez de ne pas reproduire
les détails de l'entretien que nous eûmes alors
ensemble et qui, d'ailleurs, sont, pour ce
que vous désirez savoir, sans intérêt.
» Le fait positif, c'est que M. le préfet de la
Gironde n'opposa point-, comme on le prétend,
une résistance formelle à l'invitation qui lui
avait été adressée; c'est qu'il n'y eut point ;
procès''; c'est que, au contraire, dans les qua-
rante-huit heures de la signification de son
acte, mon client fut remis en lïoerte ; c'est
que ie^récit du journal que vous placez sous
mes yeux est de pure invention et absolument
contraire à la vérité...
» J'ajoute, d'ailleurs, que je n'eus point a,
1 . regretter plus tard d'avoir, en cette circons-
tance, énergiquement défendu la liberté indi-
viduelle d'un homme qui m'avait confié sa dé-
fense, car, tout en l'ayant perdu de vue, je
sais qu'il est rentré à Paris, après la fin du
siège, et que son identité a été alors recon-
nue. ».
Le lendemain, le Journal des Débats,
au sujet de l'article du Rappel et de l'inter-
view de la Liberté faisait ces réflexions :
Il est surprenant que le Rappel n'ait pas vu
la contradiction absolue du récit qu'il a re-
produit et des déclarations de M. Trarieux. Il
s'agit de savoir de quel côté est la vérité.
Pour ce qui nous concerne, nous n'hésitons
guère entre les affirmations positives du garde
des sceaux et les souvenirs de propos qui ont
pu être plus ou moins bien compris ou plus
ou moins exactement retenus. '
Le Rappel a invoqué à deux-reprises . le té-
iïioig,flci£,6 de M. Allain-Targe. Eh, bien ! c'est
à M. Allaiu-Targé à dire maintenant laquelle
des deux versions il tient pour exacte, celle du
Rappel ou celle de M. Trarieux. Il ne peut pas
laisser peser sur son nom une accusation de ce
genre sans la confirmer ou la démentir, SI sa
mémoire, après un si long temps écoulé, hési-
tait, un peu, on trouverait les moyens de véri-
fication et de contrôle aux greffes du tribunal
et de la cour de Bordeaux, et dans les archi-
ves-de la préfecture ttt) la Gironde. Rien n est
plus facile que de tires' <3<3tte affaire au clair.
M. Allain-Targ-é ne s'y refusera pas certaine-
ment.
Le Journal des Débats va avoir com-
plète satisfaction. Avant la publication de
sa note, M. Allain-Targé adressait, de
Montsoreau, au directeur de la Dépêche
la lettre suivante :
Montsoreau, 4 septembre 1895,
Mon cher ami, .
Je lis dans le Temps un extrait d ' un
article de la Liberté, où mon nom se
trouve mêlé à des cxplicati.ons de M.
Trarieux à propos d'un incident judi-
ciaire de 1870 ou 1871 doiit j'ai conservé
le souvenir.
à Je n'ai point à vous dire quelle _ii-npros-
: slPn me laissa à cette époque le jeune
défenseur de la liberté individuelle d'un
franc-tireur soupçonné d'espionnage, et
que M. le général Trochu nous avait
ordonné de retenir en prison jusqu'à la
fin de la guerre. Si j'exprimai avec sin-
cérité mon sentiment à M. Trarieux, je
ne pense pas l'avoir fait « brutalement» ;
il était chez moi, je l'avais fait appeler et
il exerçait sa profession.
Pour le détail des plaidoiries et de la
procédure qu'il dirigea en faveur de son
client, on en retrouvera la trace et le
compte-rendu dans la collection de la
Gironde. Mais ol1 la mémoire du jeune
avocat, aujourd'hui garde des sceaux, le
sert tout à fait mal, c'est quand il ra-
conte que son. acte d'huissier eut pour
effet de ; réduire dans les quarante-huit
heures l'opposition du préfet de la Défense
et d'ouvrir à son franc-tireur les portes
du château duHâ. Nous prenions, en ce
temps-là et tous les jours, des responsa-
bilités bien trop graves pour nous sou-
cier d'un acte d'huissier et d'une action
en dommages et intérêts, mème soute-
nue par M. Trarieux. D'ailleurs, le prési-
dent du tribunal, un de mes vieux amis
et un bon patriote, M. Lavaur, avait jugé
le procès du jeune avocat et était venu,
incorrectement sans. doute, mais les cir-
constances excusaient l'incorrection,
de lui-même à la préfecture annoncer
qu'il se chargerait d'aller à l'audience,
s'il le fallait et de faire justice. Je gardai
donc le client de M. Trarieux, malgré
ses menaces, sous clef jusqu'à la fin de
la guerre, et je ne permis la levée de
l'écrou qu'après la capitulation de Paris,
considérant que les instructions de M.
le général Trochu étaient désormais
sans but. Mais j'ai fait mon devoir, sous
ma responsabilité et jusqu'au bout. Je
tiens à constater ce fait facile à vérifier
par la constatation des dates.
Bien amicalement.
H. ALLAIN-TARGÉ.
LA QUINZAINE LITTÉRAIRE
« LES REINES DE PARIS » (1)
1 Voici une œuvre forte.
De qui est-elle? Elle est signée bien simple-
ment. Stéphane — et i ion de plu",.
Le lecteur non informé de Stéphane ne man-
querait pas de conclure, avec une légère va-
riante, comme Musset fermant le livre de Léo-
pardi :
Ton livre est ferme et fr,,nc-, brave homme ; il fait penser
Mais « brave homme » serait ici on ne peut
moins de circonstance, car ce livre, d'une sa-
veur vraiment nouvelle, qui ne ressemble à rien
de déjà fait, ce livre, bien que l'idée profonde et
précise y tienne plus de place que l'imagination
ou la sentimentalité, sort de la plume d'une
femme.
D'une jeune femme, d'une jeune veuve alliée
à l'une des familles les plus notables de Montau-
ban en Tarn-et-Garonne... La modestie excessive
de l'auteur ne nom pardonnerait pas de soulever
davantage son voile ; mais, patience! Encore un
livre aussi particulier et aussi substantiel que les
Reines de Paris, et il faudra bien, de gré ou de
force, que le public découvre la personnalité si
jalousement dérobée d'un écrivain de pareille en-
, vergure.
»
* *
Ce qu'il faudrait dire, pour donner une idée
suffisante de l'œuvre, outrepasserait de' beaucoup
les limites d'une notice bibliographique : bornons-
nous, à regret, à quelques indications générales,
au dégagement d'une impression d'ensemble.
Un simple mot, d'ailleurs, fera pressentir l'inté-
rêt, la puissante curiosité que doit forcément pro-
voquer ce livre parmi les lecteurs cultives; c'est
une exposition du problème social, une étude
intuitive de l'obscur devenir par où passe actuel-
lement l'humanité politique et morale, mais une
exposition et une étude prises d'un point de vue
peu commun; du point de vue d'un esprit bour-
geois par sa naissance, indépendant et impartial
par sa nature, regrettant la bourgeoisie qui s'en
va démoralisée et appréhendant le prolétariat trop
matériel qui lui semble venir. en vertu de ses
sympathies et antipathies ataviques, mais com-
prenant et acceptant l'inéluctabilité de la succes-
sioja-imminente, et la rêvant progrès au lieu de
chiite, grâce à l'intervention... de la Femme nou-
velle et du rôle qu'elle jouera dans la société à
venir. # ,
Cette conception du monde moral sauvé par la
Femme (conception que l'auteur, à son insu peut-
être, renouvelle d'une pensée jadis traduite en
dogme religieux) trahit seule le masque masculin
de l'auteur, tandis que, par contre, la fermeté
lapidaire du style, — d'un style bien personnel,
comme le plan général de l'ouvrage et comme
l'esprit qui l'inspire ; d'un style qui ne pastiche
celui d'aucun autre écrivain, — un étrange souci
de précision dans l'expression de thèses même
un peu subtiles ou dans l'analyse de sentiments
même un peu mystiques, d'heureux pléonasmes
accentuant souvent l'idée et en faisant bien pene- .
trer la profonde vérité,au moins subjective, enfin
et surtout, çà et lii, l'audace ingénue de quelques
images, corroborent, confirment, renforcent jus- •
qu'à la rendre impénétrable aux plus perçants
regards ce masque de virilité. , , t s
Je me trompe : un autre détail par ou la bonté, ;
l'indulgence féminime se laissent inconsciemment :
apercevoir, c'est que, dans ces Reines de Paris, |
décidément très captivantes, il n'y a pas, mais :
pas du tout, de vilains personnages. ■ !
Pas de traîtres, pas de méchants, et,par-dessus ;
tout, pas de sots ! =
Non seulement, les héros supérieurs, Mab et ;
Daniel, atteignent à la perfection idéale, mais les
figures secondaires, Jacques Bord, Landry, Claire
rayonnent tout au moins d'intention vers le su-
blime, les types simplement anredotiques, le
bonhomme Crapaud, le sous-lieutenant Rivais,
mêlent à leurs diverses et d'ailleurs excusables
faiblesses de jolis héroïsmes, et les repoussoirs
eux-mêmes, les perverses, les maudites, la mon-
daine Fausta et la demi-mondaine Virginie (les
reines actuelles de Paris, par opposition antithéti-
que aux futures sœurs de Mab qui seront demain
les reines du monde), confessent leur propre mi-
sère avec une si candide humilité, la déplorent
avec une si sincère amertume, lèvent d'en bas
vers les sommets des bras si éperdus, qu'en
dépit de leurs pires chutes circonstancielles, ef-
fets de la névrose, de l'éducation ou de la fatalité
sociale, il faudrait avoir un fameux rocher en
place de cœur pour leur en garder la moindre
rancune.
Ah l'Stéthaii,Ll, Stéphane, si le monde actuel
j n'était composé que de gens comme ceux de votre
! peinture, Celui qui va lui succéder aurait peut-
être fort à faire, rien que pour le valoir!
| (1) Victor Havard.. éditeur, t68, boulevard Saiut-
l Germain, P ar4
d'une I ÏÏ t l'intrigue, qui est d'ailleurs
dans !ITP >C1Ae de ^rpente. Et au fait, comme
c'es btnl de Montesquieu.
c est bien là son rôle dans les Reines de Paris
re» ne,n moins qu'un roman d'aventu-
rev, , elle y sert a soutenir, à développer, à dé-
de philosophie sous tous ses multiples aspects un édifice
oLï e psychologique et et sociale, de pro-
o ffrrf 'infe' C, aussi de généreux rêve.
fice Outre la H4T délectable faut laisser au lecteur l'entier béné-
Paris lli S Ie surprise les Reines de
nnTr ^f réser%,ent, j'en ai assez dit, au surplus,
pour attirer sur le trop modeste Stéphane l'atten-
tion que mente Madame... J'allais la nommer 1
AUGUSTE FRANC.
Nos Télégrammes
Par Fil Spécial
UNE BOMBE CHEZ ROTHSCHILD
De notre correspondant spec/a':
Paris, 5 septembre, soir.
Ce soir le bruit courait dans Paris qu'un
nouvel attentat à la dynamite venait d'être
commis à trois heures de l'après-midi,
chez le banquier Rothschild.
Nous nous sommes aussitôt mis en quête
de renseignements, et voici ce que nous
avous recueilli :
Depuis l'attentat dont a été victime, ré-
cemment, M. Jodkowitz, homme de con-
fiance du banquier Rothschild, une sur-
veillance très active est exercée aux
abords de l'hôtel de la rue Laffitte.
Outre les agents en costume qui font les
cent pas devant la porte, des policiers en
bourgeois à allure d'hercules de foire, se
promènent ostensiblement dans la rue où
se trouvent les bureaux de MM. Roths-
child frères.
Or. aujourd'hui, à trois heures et demie,
çes. divers surveillants apercevaient un
individu de 25 ou 30 ans, qui pénétrait
dans l'hôtel Rothschild avec des allures
équivoques. L'un des agents s'avança vers
lui et le rejoignit dans l'escalier du pre-
mier étage.
L'individu enflammait à ce moment une
allumette, dont il allait communiquer le
feu à la mèche sortant d'un engin qu'il
avait dans ses mains. En apercevant l'a-
gent, ii projeta son engin avw;..fo'çce cou-
tre terre, mais l'épaisseur du tapis amor-
tit le choc et empêcha l'explosion que l'in-
dividu avait semblé vouloir provoquer.
L'inconnu prit alors la fuite, poursuivi
par l'agent qui le rattrapa dans la rue.
Une vive lutte s'engagea, au cours de
laquelle l'individu sortit de sa poche un
rasoir dont il menaça son adversaire. Mais,
l'agent, quoique tenu par le cou, put se
dégager et donner sur la main du person-
nage suspect un coup de sabre qui fit tom-
ber le rasoir.
- L'individu continua cependant la lutte.
mais il fut saisi par d'autres agents qui
survinrent et qui le mirent hors d'état de
nuire. On le conduisit aussitôt au commis-
sariat voisin, dans la rue de Provence, où
M. Guenin, commissaire, lui fit subir un
premier interrogatoire.
. L'individu a refusé de donner son nom
et d'indiquer sa profession, et n'a pas
voulu répondre aux questions que lui po-
sait le commissaire. Cet individu est de
taille au-dessous de la moyenne, son visage
rasé de près ne porte qu'une petite mous-
tache de nuance châtain ; il est vêtu d'un
pantalon de couleur sombre, d'une jaquette
et d'un gilet noirs, d'une chemise blanche ;
il a l'air d'un petit employé de commerce..
Dans ses poches on a trouvé, outre le ra-
soir susmentionné, du savon et un blai-
reau, un foulard bleu, un échevau de fil
blanc.
L'engin est une de ces boites en ferblanc
qui renferment le cacao Van Houles ;
celle-ci a dix centimètres de hauteur, eUo
est entourée de fil de fer et porte sur son
couvercle une ouverture carrée qui donne
passage à une mèche. Elle a été transpor-
tée au commissariat de police où une voi-
ture du laboratoire municipal est venue la
chercher.
M. Lépine, préfet de police, a immédia-
tement commencé l'enquête avec le par-
quet, mais le résultat de ces investigations
est encore inconnu ; on a d'ailleurs essaye,
à la préfecture de police, d'empêcher l'af-
faire de s'ébruiter; on ne veut rien dire
avant de connaître le résultat de l'examen
de la bombe fait par M. Girard.
C'est cet examen seul qui pourra dire si
l'on se trouve réellement en presence d un
attentat anarchiste. Jusqu'à présent, ce
qui le donnerait à penser, c'est la vive ré-
sistance opposée par l'individu aux agents
' qui voulaient l'arrêter. Mais, d'autre part,
beaucoup de personnes pensent que cet
individu a voulu surtout faire une démons-
tration.
A. S.
A CARMAUX
LES JOURNAUX
De notre correspondant s/?ee/a/ :
• Paris, 5 septembre, soir.
[ - LA DÈMISSION DE M. SIKVEN ■
I La formelle désapprobation que l'hono-
; rable M. Sirven a spontanément donnée
aux actes de son coactionnaire Resseguier
continue de provoquer les commentaires
i de la presse républicaine. Nous avons re-
produit, hier, la plupart des appréciations
I émises à ce sujet par nos confreres répu-
blicains. Voici ce que dit aujourd hui M.
i Ranc, dan" le Paris, après avoir pris con-
! naissance de la lettre, de M. Sirven et de
la réponse de M. Resseguier :
i M Sirven, comme nous l'avions annoncé,
I donne sa démission, non seulement de vice-
président, mais de membre du conseil d'ad-
ministration des verreries. Il ne la. donne pas
: pour des motifs de santé ou pour toute autre
raison' personnelle, comme le prétendaient,
hier encore, les défenseurs de M. Rességiuer.
M. Sirven se retire parce qu'il désapprouve
les décisions prises pa,r M. Hesség-uier, parce
qu'il était partisan de la coneiliatioIJ, parce
que, jusqu'tui dernier moment, il avait
que la grève pourrait être conjure. M. bii-
ven donne sa démission parce
pas sentir peser sur lui la i^ponbabuitc du
chômage décide par M. Ressegutfcu ,
Qui parle ainsi, qui agit ainsi!
volutionnaire, un socialiste, ^
M. Sirven appartient, à la ni^ncv, la >
dérée du parti républicain, il và été pumai*
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