Titre : Le Démocrate de Seine-et-Marne : journal de l'arrondissement de Coulommiers : politique, administratif, judiciaire, agricole, industriel, commercial, littéraire et d'annonces légales
Éditeur : [s.n.] (La Ferté-Gaucher)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Coulommiers)
Date d'édition : 1936-06-13
Contributeur : Verron, Émile. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755272h
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 13 juin 1936 13 juin 1936
Description : 1936/06/13 (A51,N4974). 1936/06/13 (A51,N4974).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG77 Collection numérique : BIPFPIG77
Description : Collection numérique : BIPFPIG77 Collection numérique : BIPFPIG77
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t539111636
Source : Archives départementales de Seine-et-Marne, PZ 10
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/01/2025
Bl’ ANNÉE — 4.974.
SAMEDI 18 JUIN 1986
PARAIT
LE MERCREDI ET LE SAMEDI
BUREAUX :
16, rue de la Pêcherie
COULOMM1ERS
DIRECTEUR :
Edmond RAYER
DE SEINE-ET-MARNE
Le N° : 25 CENTIMES
ABONNEMENTS
Un A.n. Six Mois.
Seine-et-Marne (
et ) 22 fr. 12fr. »
Departements J
limitrophes. '
Autres départ. 23 fr. 12 fr. 50
Téléphone, n° 14
COMPTE CHÈQUES POSTAUX, H° 844-01
LES GREVES A COULOMMIERS
Dans la plupart des usines arrêtées les grévistes occupent les ateliers
Débutant mardi matin à Coulommiers à l’ARGENTAL et à l’imprimerie BRODARD, le mouvement a gagné de nombreuses entreprises et usines de la région
Jeudi matin étaient en grève : ARGENTAL, BRODARD et Confiturerie, à Coulommiers ; Coubertin et Couverts de Mouroux ; Sainte-Marie à Boissy-le-Châtel ;
Nerson à Jouy-sur-Morin
Comme à la fin de la tempête les I
dernières vagues de l’Océan viennent
encore battre et submerger les rochers
du rivage, la grève générale, en dé-1
croissance à Paris, est venue déferler
jusqu’à Coulommiers.
Alors que samedi dernier rien ne
laissait présager un tel mouvement,
dès dimanche, à la suite de l’accord
de princpe survenu à Paris, entre dé
légations patronales et ouvrières, une
certaine agitation se faisait jour.
Déjà nous avions signalé les grèves
qui avaient éclaté à partir du jeudi
dans différents centres du départe
ment : à Melun et sa banlieue, à Mon-
tereau, à Provins, etc.
Le lundi, un cahier de revendica
tions était déposé par les ouvriers de
1TMPR1MER1E BRODARD entre les
mains de M. Huan, directeur. D’autre
part, le même soir, à 5 h. 1/2, le per
sonnel de l’ARGENTAL se réunissait
salle Vanus, dans la cour du Tivoli-
Cinéma, pour rédiger à son tour ses
revendications.
La grève éclate
Mais le mardi les événements de
vaient se précipiter.
Les délégués ouvriers de l’imprime
rie Brodard qui, la veille, avaient ac
cordé un délai de plusieurs jours à
l’organisation patronale afin de sta
tuer sur leurs demandes, réclamaient,
mardi matin, une réponse définitive
et immédiate, comme suite aux assu
rances favorables qui leur avaient été
données la veille au soir.
Mais Ja Direction, qui avait accepté
la plupart des revendications concer
nant le contrat collectif, la semaine
de 40 heures, le congés payés, etc.,
fit des objections relativement à l’im
portance de l’augmentation réclamée
de certains bas salaires, particulière
ment ceux des femmes et des enfants.
La grève était alors déclenchée : vers
10 heures, le Directeur quittait les
ateliers qui restaient entre les mains
du personne^ celui-ci ayant décidé, à
l’instar de ce qui se passe à Paris
comme un peu partout d’ailleurs, de
faire grève « sur le tas ».
Des délégués furent alors nommés
pour chaque service, tant à l’usine
des Capucins qu’à l’annexe de la Pro
vidence qui suivait le mouvement,
et toute une organisation, chargée du
service d’ordre, de l’entretien et de la
sécurité, fut mise sur pied. Nous en
reparlerons d’ailleurs un peu plus
loin. , , , , . ■
Mardi matin également, le cahier
de revendications du personnel de
l’Argental était soumis au directeur de
l’usine, M. Chambard. Là, de même,
après avoir souscrit à la plupart des
revendications générales formulées
par les ouvriers, le Directeur déclarait
ne pouvoir prendre immédiatement
une décision en ce qui concernait cer
tains cas particuliers et notamment le
réajustement des salaires. Cette der
nière question devait être d’ailleurs,
comme à l’imprimerie Brodard, la
pierre d’achoppement qui ferait
échouer les pourparlers.
En effet, dès 9 heures certains ate
liers s’arrêtaient, et à 10 heures et
demie — presque au même moment
qu’à l’imprimerie — la grève était
complète.
Là aussi, les mêmes mesures
furent prises : occupation de l’usine,
règlementation des entrées et des
sorties, organisation des services d’en
tretien, de sécurité, du ravitaille
ment, etc.
Le mouvement s’étend...
A Coulommiers
La nouvelle, qui fut rapidement
connue en ville, causa une vive sur
prise. Beaucoup refusaient d’y croire.
Ils ne pouvaient imaginer que ces
deux importantes usines — dont 1 une,
l’imprimerie Brodard, occupe plus de
400 ouvriers et ouvrières et l’autre,
l’Argental, 325 personnes — étaient
complètement arrêtées et tout leur
personnel en grève.
D’ailleurs le mouvement ne devait
pas en rester là. Le lundi, déjà, le
Sersonnel de l’entreprise de travaux
ROUARD, travaillant au ballast, sur
la voie terrée entre Coulommiers et
Chailly-Boissy, avait lui aussi débrayé
et s’était installé à la gare de Cou
lommiers, dans la cour de la petite
vitesse où se trouve un dépôt de
matériel de cette maison.
Mercredi malin, le personnel de la
maison RIESTER frères, à Coulom
miers, faisait valoir à son tour ses
revendications. Après un arrêt de
quelques heures, le personnel obte
nait satisfaction et le travail repre
nait au début de l’après-midi.
A la CONFITURERIE, société Vitrac,
où un accord de principe avait été
Un groupe de grévistes de l’Argental
constata une hausse de certains pro
duits agricoles. Hausse dans laquelle
on ne doit voir qu’une simple coïnci
dence, car le fait de la grève en cours
ne suffit pas à l’expliquer.
Pourtant, le mouvement de hausse
ayant tendance à gagner le commerce
local, M. le Commissaire de Police
qui a reçu des "instructions formelles
du Sous-Préfet de Meaux, a ouvert
une enquête et procédé à de nom
breux sondages. Un procès-verbal a
déjà été dressé à un établissement
d'alimentation qui, sur l’ordre de la
direction régionale, avait affiché des
prix en hausse que rien ne justifiait.
Et cette surveillance va continuer...
Ces premières mesures n’ont pas
tardé à produire leur effet car nous
apprenons que la direction de la mai
son visée a immédiatement rapporté
ses circulaires de hausse.
Jusqu'au moment où nous écrivons
— jeudi après-midi '— on ne signale
aucun incident, ni à l’intérieur des
usines, ni sur la voie publique, et il y
a tout lieu de croire qu’il en sera
conclu au début de la semaine, un
relèvement de salaire était demandé
mercredi.
Satisfaction n’ayant pu lui être
donnée immédiatement, le personnel
cessait le travail et occupait l’usine à
son tour. Dans cette maison le nom
bre des gréviste est de 35.
... Et dans la région
Ce mouvement, nous l’avons dit,
n’est pas resté localisé à Coulommiers.
Il s’est propagé dans toute la contrée,
principalement le long de la vallée du
Morin où l’on compte un certain
nombre d’usines.
A Jouy-sur-Morin, à la suite de
la présentation de leurs diverses re
vendications, le directeur de la
CARTONNERIE NERSON, à la Chair-
aux-Gens, opposait, lundi dernier aux
ouvriers une fin de non-recevoir. Mardi
matin les portes de l'usine étaient
fermées etM. Nerson avait disparu.
Les papeteries du MARAIS, à Jouy-
sur-Morin, sont également en grève à
l’exception de l’usine de Crèvecœur
où le travail continue.
Les grévistes de l’imprimerie Brodard, atelier des Capucins
Nous publions donc ci-dessous plu
sieurs communiqués émanant des or
ganisations ouvrières ou patronales
intéressées étant entendu que nous
en laissons l’entière responsabilité
à leurs auteurs
Nous publierons également par la
suite et avec la même impartialité, les
communiqués que les autres usines
ou entreprises voudraient bien nous
adresser :
Imprimerie Brodard
Communiqué du Comité de grève ;
Le personnel de l’imprimerie Bro
dard, en complet accord, après avoir
déposé un cahier de revendications
entre les mains de M. Huan, directeur
s’est mis en grève mardi matin, vers
10 heures, aucune entente n’étant in
tervenue entre les deux parties.
Le personnel a décidé immédiate
ment l'occupations des ateliers, et a
désigné des délégués pour défendre
ses revendications et, d’autre part,
assurer le bon ordre ainsi que les
services d’entretien et de sécurité de
l’usine.
Il a été décidé que les jeunes gens
au-dessous de 18 ans et les hommes
au-dessus de 50 ans, ainsi que les
malades, seraient autorisés à coucher
à leur domicile et pourraient sortir
dès l’heure habituelle de fermeture
des ateliers. En ce qui concerne le
personnel féminin, celui-ci, obligatoi
rement, ne doit ni coucher, ni rester à
l’usine le soir. afin de couper court à
tout commentaire malveillant.
Un service de surveillance, avec pi
quets d’incendie, rondes, etc., a été
organisé. L’entrée des boissons est
réglementée; seule la bière est auto
risée entre les repas, lesquels sont
pris à l’atelier.
Outre le contrat collectif, la semaine
de 40 heures et les congés payés, pré
vus par la loi, le personnel réclame
un réajustement des salaires à la base.
En effet, certains salaires sont mani
festement trop bas et la majoration de
15 0/0 prévue, n’apportant, dans ce
cas, qu une amélioration dérisoire.
Mardi après-midi, une entrevue a
eu lieu entre les délégués du person
nel et un délégué de la Fédération du
livre, d’une part, et M. Huan, direc
teur, d’autre part. Celui-ci s’est borné
à maintenir ses précédentes proposi
tions, c’est-à-dire majoration de 7 à
15 0/0, mais sans réajustement des sa
laires.
Les prix de base minima réclamés
par le personnel et que celui-ci estime
justes et raisonnables, étant les sui
vants : 5 frs de l’heure pour les hom
mes adultes spécialisés; 4 frs pour les
femmes spécialisées; 3 frs pour les
brocheuses; suppression du travail
aux pièces et au boni. Le salaire
horaire pour les autres catégories
d’ouvriers et d’ouvrières devront être
établis d’après ces taux.
Des quêtes ayant été faites en ville
par plusieurs de nos camarades, le
Comité de grève adresse tous ses re
merciements aux commerçants qui,
en grand nombre, ont tenu à appor
ter leur aide aux grévistes.
D’autre part, le Comité de grève
avait sollicité de la municipalité l’ob
tention de matériel de couchage ainsi
que des secours pour les grévistes. A
la suite d’une réunion plénière du
Conseil municipal, nos délégués ont
été avisés que celui-ci n’envisageait
pas la possibilité de leur accorder
satisfaction, mais que, comme par le
passé, des secours seraient donnés
aux familles vraiment nécessiteuses
qui en feraient personnellement la
demande.
L’ensemble du personnel est bien
décidé à poursuivre la grève jusqu’à
ce que complète satisfaction lui soit
accordée.
N.D.L.R. — Nous n’avons reçu aucune
communication de la direction de l’Impri
merie.
Argentai
Communiqué du Comité de grève :
Le comité de grève de l’Argental se
déclare en complet accord avec les
termes du communiqué transmis par
les délégués ouvriers de l’imprimerie
Brodard. La grève dans les deux éta
blissements ayant sensiblement le
même caractère, les mêmes mesures
d’ordre, de police et de sécurité ont
La VANNERIE LOURDIN qui oc
cupe 15 ouvriers, après un arrêt d’une
journée, a repris le travail jeudi, le
personnel ayant obtenu satisfaction.
A Boissy-le-Châtel, autre centre
importantoù se trouventles papeteries
du Marais, la grève a aussi éclaté.
Mardi aprés-midi, à SAINTE-MARIE,
principale usine du centre des pape
teries dont.le directeur est M. Ma-
rucchi, le travail était également ar
rêté. 250 grévistes occupaient à leur
tour les ateliers.
A Mouroux, centre ouvrier, la grève
n’a pas tardé à faire sentir ses effets.
Dès mardi, la petite usine de nicke
lage de COUBERTIN, qui occupe une
vingtaine de personnes, arrêtait le
travail. Ouvriers et ouvrières faisaient
eux aussi la grève sur le tas. A l’usine
des COUVERTS DE MOUROUX la
grève était également déclarée et 250
ouvriers et ouvrières occupaient à
leur tour les bâtiments de cette so
ciété.
Par contre, à l’usine de Gourtalin, à
Tresmes de Pommeuse, le personnel
ayant obtenu satisfaction, le travail a
continué sans interruption,
Premières journées
de grève
Tout d’abord un point sur lequel
on ne saurait trop insister c’est le
calme absolu qui règne en ville.
Calme qu’ignoraient jadis les cités ou
vrières en grève. L’occupation des
usines, si elle est illégale, n’en a pas
moins cet avantage... inattendu
qu’elle facilite grandement le service
d’ordre et qu’elle le rend presque sans
utilité.
Les rues de notre ville ont même
perdu cette animation qu'on leur
connaissait aux heures d’entrée et de
sortie des usines. Par contre, on
enregistre des spectacles nouveaux,
comme par exemple ceux du ravitail
lement des grévistes. Deux lois par
jour, à midi et le soir, on voit passer
une longue théorie de femmes por
tant sacs et paniers bourrés de vic
tuailles et de boissons destinés aux
pères, maris, frères, parents, enfer
més dans l’usine. Arrêtées à la porte
de l’établissement, on vient les débar
rasser de leur fardeau, car, dans la
plupart des entreprises, la consigne
est formelle : aucune personne étran
gère ne doit pénétrer dans les usines.
A l’instar de Paris, les comités de
grève locaux ont fait preuve d’une
grande activité et ont mis sur pied
une organisation fort bien conçue,
relative au service d’ordre, à la sécu
rité, à l’entretien, etc. dont on trou
vera les détails dans les communiqués
des grévistes que nous publions
d’autre part.
A l’intérieur des diverses usines que
nous avons pu voir, régnent le bon
ordre et la discipline. Ceux-ci n’ex
cluent pas d’ailleurs la gaieté et la
bonne humeur.
A part les rondes, les piquets de
surveillance et de sécurité, la plupart
des grévistes étant désœuvrés, il a été
procédé à une organisation des loisirs.
Retrouvant pour un instant la joie
et l’insouciance du jeune âge, femmes,
jeunes gens et jeunes filles organisent
des rondes et des jeux innocents.
Nous avons été témoin dans la cour
de l’imprimerie Brodard de ces joyeux
ébats. Des « vieux », dans des coins
plus tranquilles, se livraient à d’inter
minables parties de belotte ou de
manille, rappelant le temps lointain
du régiment...
Des phonos avaient été apportés,
des postes de T. S. F. installés, on a
alors chanté, puis dansé. Mercredi
après-midi, un véritable bal, avec
orchestre de trois musiciens, avait été
improvisé à l’Argental, et jeunes et
vieux s’en payèrent avec entrain. Il
en fut d’ailleurs de même à l’impri
merie Brodard.
Pendant ce temps, des couples d’ou
vriers et d’ouvrières, désignés par
leurs camarades, quêtaient dans les
rues, sollicitant la générosité des pas
sants et des commerçants en faveur
des grévistes. L’argenl, réparti entre
les entreprises en grève servit à ache
ter des vivres pour ceux qui ne pou
vaient pas être ravitaillés du dehors
et pour les familles nécessiteuses.
Enfin dès jeudi une popote était or
ganisée dans les deux usines ci-
dessus.
Contre la hausse des prix
Signalons toutefois que le mouve
ment de grève a eu mercredi une fâ
cheuse répercussion sur le marché de
Coulommiers.
Celui-ci fut particulièrement mau
vais : il y avait peu d’acheteurs, tant
de la ville que de la campagne. On
Les grévistes de l’annexe de la Providence
été prises.
Toutefois, le Comité tient à préci
ser certains points particuliers:
Tout d’abord le personnel de l’Ar
gentai est unanime à assurer M.
Chambard, son directeur, de son esti
me et de sa profonde sympathie.
A la suite de plusieurs entrevues
qui ont eu lieu lundi soir et mardi ma
tin, la grève a été déclarée mardi à
10 heures et demie.
A midi, le docteur Arbeltier, député,
accompagné des camarades Jean Bré-
vinion, secrétaire du syndicat et Pou-
lingue, délégué du personnel, ont été
reçus par M. Chambard. Unedeuxième
entrevue a eu lieu mercredi, vers
16 h. 30, à laquelle assistaient cette
fois tous les délégués d’atelier et le
secrétaire du syndicat. Jusqu’ici au
cun accord n’est intervenu.
Outre les avantages généraux pré
vus au projet de loi actuellement en
instance devant les Chambres, le per
sonnel demande : le réajustement
préalable de certains salaires mani
festement trop bas; la suppression des
primes, la diminution du prix des
fournitures payées par les ouvriers et
ainsi jusqu’à la finde la grève qu’il
faut espérer très prochaine, dans l’in
térêt bien compris de tous.
Points de vue...
La grève qui vient de se déclencher
semble, maigre son ampleur peu com
mune, être d’ordre purement corpora
tif. Elle paraît duo à la diminution
constante des salaires des ouvriers,
diminutions basées plus sur les né
cessités de la concurrence et les ré
percussions de la crise économique,
que sur une diminution correspôn
aante du coût de la vie.
Il ne nous arpartient pas de pren
dre position dans celle grave ques
tion pour l’une ou l’autre des parties.
A l’heure actuelle elles sont opposées
l’une à l’autre; mais souhaitons que,
rapidement, elles trouvent un terrain
d’entente; la prolongation de ce con
flit pouvant avoir pour tous des consé
quences désastreuses.
Néanmoins, en toute impartialité,
afin de renseigner exactement l’opi
nion publique, Le Démocrate a tenu à
reproduire le point de vue actuel des
organisations ouvrières et patronales
sur les questions qui les divisent.
Les grévistes de l’entreprise Drouard, devant leur wagon
où flottent les drapeaux rouge et tricolore
qui grève trop lourdement leur jour
née.
Le Comité, au nom de tout le per
sonnel, remercie bien sincèrement les
nombreuses personnes ayant parti
cipé aux collectes faites en ville et
particulièrement les commerçants,
mais il regrette l’attitude de quel
ques-uns d entre eux dont les ouvriers
sauront se souvenir.
Le Comité adresse des remercie
ments tout particuliers à M. Monnet,
boucher à Vaux, pour son geste géné
reux en faveur du ravitaillement des
grévistes.
Communiqué de la Direction :
> D'autre part M. Chambard, Directeur de
l Argentai a bien voulu nous adresser la
communication suivante :
Mardi matin 9 juin dernier, à la
rentrée de l’usine, une délégation
représentant tous les ateliers demande
à me parler. Je la reçois aussitôt.
Les délégués me remettent un
cahier de revendications dont je
prends connaissance devant eux. Lec
ture faite je leur déclare que je ne
juis, sur les points touchant aux sa
tires, leur rendre une réponse immé
diate, mais je leur donne l’assurance
que je ferai tout mon possible pour
améliorer leur situation.
Je les mets cependant en garde sur
deux points. Si notre usine n’a pas
chômé depuis bientôt 6 ans que la
crise existe, c’est que notre maison a
fait une politique de prix de vente
raisonnables. Cela nous a permis,
chose précieuse par ces temps de chô
mage, de porter le chiffre de notre
personnel de 250 en 1930 à 325 en 1936
et, malgré certaines compressions de
tarifs demandées à notre main-d’œuvre
la mieux payée, une augmentation
moyenne de salaires atteignant dans
le même temps presque 10 %.
Le deuxième point a trait à la façon
familiale et humaine avec laquelle
nous avons traité notre personnel.
Des ouvriers âgés ou souffrants ne
pouvant continuer momentanément et
même parfois définitivement leur tra
vail habituel, nous ne les avons pas
congédiés; mais nous avons serré un
peu les coudes pour leur conserver
une petite place.
Tout cela compte dans un prix de
revient.
Ce que j’avais dit aux délégués des
ateliers, je suis allé, avec eux, le re
dire à tout notre personnel réuni.
Néanmoins, comme je ne pouvais
immédiatement leur répondre sur
toutes les revendications qu'ils pré
sentaient, les ouvriers et ouvrières
prirent la décision d’arrêter le travail
et d’occuper l’usine.
Je n’ai pas besoin de dire que j’ai
protesté aussitôt auprès de toutes'les
autorités compétentes contre cette
occupation illégale.
J ai fait hier soir, mercredi, aux
délégués rassemblés, une proposition
transactionnelle, s’inspirant de l’arbi
trage de Monsieur le Président du
Conseil, en attendant l’établissement
du Contrat collectif.
Ils ontde ce fait, et tout de suite, un
premier avantage matériel.
Je souhaite qu’ils l’acceptent. Oue,
reprenant le travail, ils attendent
moins péniblement les améliorations
que la loi leur apporte, qu’avec leur
concours et dans une mutuelle con
fiance en l’avenir, nous appliquerons
avec foi.
A. CHAMBARD
Entreprise Orouard
Communiqué du Comité de grève :
A Coulommiers, les ouvriers de
l’entreprise Drouard, (réfection des
voies) ont déclanché la grève lundi à
U h. Celle-ci continue, sa durée n’a
rien d’anormal, les accords entre les
délégués et le patronal, étant assez
lents à se réaliser, les chantiers en
cours étant assez éloignés les uns des
autres (chantiers à Coulommiers, Es-
terimy, Vaires-Torcy, etc.)
Outre les avantages généraux pré
vus par la convention Matignon, le
personnel réclame l’application du
tarif syndical, suppression du travail
à la tâche et à la prime; réglement
des journées de grève, pharmacie
portative et fourniture de vêtements
i ^perméables en cas d’intempérie
Des deux côté on note nne bonne
volonté manifeste d’aboutir à une
prompte conciliation. Des piquets de
grève ont été établis. Le matériel est
( Voir aux vitrines du Démocrate notre
reportage photographique sur les grèves à
Coulommiers).
SAMEDI 18 JUIN 1986
PARAIT
LE MERCREDI ET LE SAMEDI
BUREAUX :
16, rue de la Pêcherie
COULOMM1ERS
DIRECTEUR :
Edmond RAYER
DE SEINE-ET-MARNE
Le N° : 25 CENTIMES
ABONNEMENTS
Un A.n. Six Mois.
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et ) 22 fr. 12fr. »
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Autres départ. 23 fr. 12 fr. 50
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COMPTE CHÈQUES POSTAUX, H° 844-01
LES GREVES A COULOMMIERS
Dans la plupart des usines arrêtées les grévistes occupent les ateliers
Débutant mardi matin à Coulommiers à l’ARGENTAL et à l’imprimerie BRODARD, le mouvement a gagné de nombreuses entreprises et usines de la région
Jeudi matin étaient en grève : ARGENTAL, BRODARD et Confiturerie, à Coulommiers ; Coubertin et Couverts de Mouroux ; Sainte-Marie à Boissy-le-Châtel ;
Nerson à Jouy-sur-Morin
Comme à la fin de la tempête les I
dernières vagues de l’Océan viennent
encore battre et submerger les rochers
du rivage, la grève générale, en dé-1
croissance à Paris, est venue déferler
jusqu’à Coulommiers.
Alors que samedi dernier rien ne
laissait présager un tel mouvement,
dès dimanche, à la suite de l’accord
de princpe survenu à Paris, entre dé
légations patronales et ouvrières, une
certaine agitation se faisait jour.
Déjà nous avions signalé les grèves
qui avaient éclaté à partir du jeudi
dans différents centres du départe
ment : à Melun et sa banlieue, à Mon-
tereau, à Provins, etc.
Le lundi, un cahier de revendica
tions était déposé par les ouvriers de
1TMPR1MER1E BRODARD entre les
mains de M. Huan, directeur. D’autre
part, le même soir, à 5 h. 1/2, le per
sonnel de l’ARGENTAL se réunissait
salle Vanus, dans la cour du Tivoli-
Cinéma, pour rédiger à son tour ses
revendications.
La grève éclate
Mais le mardi les événements de
vaient se précipiter.
Les délégués ouvriers de l’imprime
rie Brodard qui, la veille, avaient ac
cordé un délai de plusieurs jours à
l’organisation patronale afin de sta
tuer sur leurs demandes, réclamaient,
mardi matin, une réponse définitive
et immédiate, comme suite aux assu
rances favorables qui leur avaient été
données la veille au soir.
Mais Ja Direction, qui avait accepté
la plupart des revendications concer
nant le contrat collectif, la semaine
de 40 heures, le congés payés, etc.,
fit des objections relativement à l’im
portance de l’augmentation réclamée
de certains bas salaires, particulière
ment ceux des femmes et des enfants.
La grève était alors déclenchée : vers
10 heures, le Directeur quittait les
ateliers qui restaient entre les mains
du personne^ celui-ci ayant décidé, à
l’instar de ce qui se passe à Paris
comme un peu partout d’ailleurs, de
faire grève « sur le tas ».
Des délégués furent alors nommés
pour chaque service, tant à l’usine
des Capucins qu’à l’annexe de la Pro
vidence qui suivait le mouvement,
et toute une organisation, chargée du
service d’ordre, de l’entretien et de la
sécurité, fut mise sur pied. Nous en
reparlerons d’ailleurs un peu plus
loin. , , , , . ■
Mardi matin également, le cahier
de revendications du personnel de
l’Argental était soumis au directeur de
l’usine, M. Chambard. Là, de même,
après avoir souscrit à la plupart des
revendications générales formulées
par les ouvriers, le Directeur déclarait
ne pouvoir prendre immédiatement
une décision en ce qui concernait cer
tains cas particuliers et notamment le
réajustement des salaires. Cette der
nière question devait être d’ailleurs,
comme à l’imprimerie Brodard, la
pierre d’achoppement qui ferait
échouer les pourparlers.
En effet, dès 9 heures certains ate
liers s’arrêtaient, et à 10 heures et
demie — presque au même moment
qu’à l’imprimerie — la grève était
complète.
Là aussi, les mêmes mesures
furent prises : occupation de l’usine,
règlementation des entrées et des
sorties, organisation des services d’en
tretien, de sécurité, du ravitaille
ment, etc.
Le mouvement s’étend...
A Coulommiers
La nouvelle, qui fut rapidement
connue en ville, causa une vive sur
prise. Beaucoup refusaient d’y croire.
Ils ne pouvaient imaginer que ces
deux importantes usines — dont 1 une,
l’imprimerie Brodard, occupe plus de
400 ouvriers et ouvrières et l’autre,
l’Argental, 325 personnes — étaient
complètement arrêtées et tout leur
personnel en grève.
D’ailleurs le mouvement ne devait
pas en rester là. Le lundi, déjà, le
Sersonnel de l’entreprise de travaux
ROUARD, travaillant au ballast, sur
la voie terrée entre Coulommiers et
Chailly-Boissy, avait lui aussi débrayé
et s’était installé à la gare de Cou
lommiers, dans la cour de la petite
vitesse où se trouve un dépôt de
matériel de cette maison.
Mercredi malin, le personnel de la
maison RIESTER frères, à Coulom
miers, faisait valoir à son tour ses
revendications. Après un arrêt de
quelques heures, le personnel obte
nait satisfaction et le travail repre
nait au début de l’après-midi.
A la CONFITURERIE, société Vitrac,
où un accord de principe avait été
Un groupe de grévistes de l’Argental
constata une hausse de certains pro
duits agricoles. Hausse dans laquelle
on ne doit voir qu’une simple coïnci
dence, car le fait de la grève en cours
ne suffit pas à l’expliquer.
Pourtant, le mouvement de hausse
ayant tendance à gagner le commerce
local, M. le Commissaire de Police
qui a reçu des "instructions formelles
du Sous-Préfet de Meaux, a ouvert
une enquête et procédé à de nom
breux sondages. Un procès-verbal a
déjà été dressé à un établissement
d'alimentation qui, sur l’ordre de la
direction régionale, avait affiché des
prix en hausse que rien ne justifiait.
Et cette surveillance va continuer...
Ces premières mesures n’ont pas
tardé à produire leur effet car nous
apprenons que la direction de la mai
son visée a immédiatement rapporté
ses circulaires de hausse.
Jusqu'au moment où nous écrivons
— jeudi après-midi '— on ne signale
aucun incident, ni à l’intérieur des
usines, ni sur la voie publique, et il y
a tout lieu de croire qu’il en sera
conclu au début de la semaine, un
relèvement de salaire était demandé
mercredi.
Satisfaction n’ayant pu lui être
donnée immédiatement, le personnel
cessait le travail et occupait l’usine à
son tour. Dans cette maison le nom
bre des gréviste est de 35.
... Et dans la région
Ce mouvement, nous l’avons dit,
n’est pas resté localisé à Coulommiers.
Il s’est propagé dans toute la contrée,
principalement le long de la vallée du
Morin où l’on compte un certain
nombre d’usines.
A Jouy-sur-Morin, à la suite de
la présentation de leurs diverses re
vendications, le directeur de la
CARTONNERIE NERSON, à la Chair-
aux-Gens, opposait, lundi dernier aux
ouvriers une fin de non-recevoir. Mardi
matin les portes de l'usine étaient
fermées etM. Nerson avait disparu.
Les papeteries du MARAIS, à Jouy-
sur-Morin, sont également en grève à
l’exception de l’usine de Crèvecœur
où le travail continue.
Les grévistes de l’imprimerie Brodard, atelier des Capucins
Nous publions donc ci-dessous plu
sieurs communiqués émanant des or
ganisations ouvrières ou patronales
intéressées étant entendu que nous
en laissons l’entière responsabilité
à leurs auteurs
Nous publierons également par la
suite et avec la même impartialité, les
communiqués que les autres usines
ou entreprises voudraient bien nous
adresser :
Imprimerie Brodard
Communiqué du Comité de grève ;
Le personnel de l’imprimerie Bro
dard, en complet accord, après avoir
déposé un cahier de revendications
entre les mains de M. Huan, directeur
s’est mis en grève mardi matin, vers
10 heures, aucune entente n’étant in
tervenue entre les deux parties.
Le personnel a décidé immédiate
ment l'occupations des ateliers, et a
désigné des délégués pour défendre
ses revendications et, d’autre part,
assurer le bon ordre ainsi que les
services d’entretien et de sécurité de
l’usine.
Il a été décidé que les jeunes gens
au-dessous de 18 ans et les hommes
au-dessus de 50 ans, ainsi que les
malades, seraient autorisés à coucher
à leur domicile et pourraient sortir
dès l’heure habituelle de fermeture
des ateliers. En ce qui concerne le
personnel féminin, celui-ci, obligatoi
rement, ne doit ni coucher, ni rester à
l’usine le soir. afin de couper court à
tout commentaire malveillant.
Un service de surveillance, avec pi
quets d’incendie, rondes, etc., a été
organisé. L’entrée des boissons est
réglementée; seule la bière est auto
risée entre les repas, lesquels sont
pris à l’atelier.
Outre le contrat collectif, la semaine
de 40 heures et les congés payés, pré
vus par la loi, le personnel réclame
un réajustement des salaires à la base.
En effet, certains salaires sont mani
festement trop bas et la majoration de
15 0/0 prévue, n’apportant, dans ce
cas, qu une amélioration dérisoire.
Mardi après-midi, une entrevue a
eu lieu entre les délégués du person
nel et un délégué de la Fédération du
livre, d’une part, et M. Huan, direc
teur, d’autre part. Celui-ci s’est borné
à maintenir ses précédentes proposi
tions, c’est-à-dire majoration de 7 à
15 0/0, mais sans réajustement des sa
laires.
Les prix de base minima réclamés
par le personnel et que celui-ci estime
justes et raisonnables, étant les sui
vants : 5 frs de l’heure pour les hom
mes adultes spécialisés; 4 frs pour les
femmes spécialisées; 3 frs pour les
brocheuses; suppression du travail
aux pièces et au boni. Le salaire
horaire pour les autres catégories
d’ouvriers et d’ouvrières devront être
établis d’après ces taux.
Des quêtes ayant été faites en ville
par plusieurs de nos camarades, le
Comité de grève adresse tous ses re
merciements aux commerçants qui,
en grand nombre, ont tenu à appor
ter leur aide aux grévistes.
D’autre part, le Comité de grève
avait sollicité de la municipalité l’ob
tention de matériel de couchage ainsi
que des secours pour les grévistes. A
la suite d’une réunion plénière du
Conseil municipal, nos délégués ont
été avisés que celui-ci n’envisageait
pas la possibilité de leur accorder
satisfaction, mais que, comme par le
passé, des secours seraient donnés
aux familles vraiment nécessiteuses
qui en feraient personnellement la
demande.
L’ensemble du personnel est bien
décidé à poursuivre la grève jusqu’à
ce que complète satisfaction lui soit
accordée.
N.D.L.R. — Nous n’avons reçu aucune
communication de la direction de l’Impri
merie.
Argentai
Communiqué du Comité de grève :
Le comité de grève de l’Argental se
déclare en complet accord avec les
termes du communiqué transmis par
les délégués ouvriers de l’imprimerie
Brodard. La grève dans les deux éta
blissements ayant sensiblement le
même caractère, les mêmes mesures
d’ordre, de police et de sécurité ont
La VANNERIE LOURDIN qui oc
cupe 15 ouvriers, après un arrêt d’une
journée, a repris le travail jeudi, le
personnel ayant obtenu satisfaction.
A Boissy-le-Châtel, autre centre
importantoù se trouventles papeteries
du Marais, la grève a aussi éclaté.
Mardi aprés-midi, à SAINTE-MARIE,
principale usine du centre des pape
teries dont.le directeur est M. Ma-
rucchi, le travail était également ar
rêté. 250 grévistes occupaient à leur
tour les ateliers.
A Mouroux, centre ouvrier, la grève
n’a pas tardé à faire sentir ses effets.
Dès mardi, la petite usine de nicke
lage de COUBERTIN, qui occupe une
vingtaine de personnes, arrêtait le
travail. Ouvriers et ouvrières faisaient
eux aussi la grève sur le tas. A l’usine
des COUVERTS DE MOUROUX la
grève était également déclarée et 250
ouvriers et ouvrières occupaient à
leur tour les bâtiments de cette so
ciété.
Par contre, à l’usine de Gourtalin, à
Tresmes de Pommeuse, le personnel
ayant obtenu satisfaction, le travail a
continué sans interruption,
Premières journées
de grève
Tout d’abord un point sur lequel
on ne saurait trop insister c’est le
calme absolu qui règne en ville.
Calme qu’ignoraient jadis les cités ou
vrières en grève. L’occupation des
usines, si elle est illégale, n’en a pas
moins cet avantage... inattendu
qu’elle facilite grandement le service
d’ordre et qu’elle le rend presque sans
utilité.
Les rues de notre ville ont même
perdu cette animation qu'on leur
connaissait aux heures d’entrée et de
sortie des usines. Par contre, on
enregistre des spectacles nouveaux,
comme par exemple ceux du ravitail
lement des grévistes. Deux lois par
jour, à midi et le soir, on voit passer
une longue théorie de femmes por
tant sacs et paniers bourrés de vic
tuailles et de boissons destinés aux
pères, maris, frères, parents, enfer
més dans l’usine. Arrêtées à la porte
de l’établissement, on vient les débar
rasser de leur fardeau, car, dans la
plupart des entreprises, la consigne
est formelle : aucune personne étran
gère ne doit pénétrer dans les usines.
A l’instar de Paris, les comités de
grève locaux ont fait preuve d’une
grande activité et ont mis sur pied
une organisation fort bien conçue,
relative au service d’ordre, à la sécu
rité, à l’entretien, etc. dont on trou
vera les détails dans les communiqués
des grévistes que nous publions
d’autre part.
A l’intérieur des diverses usines que
nous avons pu voir, régnent le bon
ordre et la discipline. Ceux-ci n’ex
cluent pas d’ailleurs la gaieté et la
bonne humeur.
A part les rondes, les piquets de
surveillance et de sécurité, la plupart
des grévistes étant désœuvrés, il a été
procédé à une organisation des loisirs.
Retrouvant pour un instant la joie
et l’insouciance du jeune âge, femmes,
jeunes gens et jeunes filles organisent
des rondes et des jeux innocents.
Nous avons été témoin dans la cour
de l’imprimerie Brodard de ces joyeux
ébats. Des « vieux », dans des coins
plus tranquilles, se livraient à d’inter
minables parties de belotte ou de
manille, rappelant le temps lointain
du régiment...
Des phonos avaient été apportés,
des postes de T. S. F. installés, on a
alors chanté, puis dansé. Mercredi
après-midi, un véritable bal, avec
orchestre de trois musiciens, avait été
improvisé à l’Argental, et jeunes et
vieux s’en payèrent avec entrain. Il
en fut d’ailleurs de même à l’impri
merie Brodard.
Pendant ce temps, des couples d’ou
vriers et d’ouvrières, désignés par
leurs camarades, quêtaient dans les
rues, sollicitant la générosité des pas
sants et des commerçants en faveur
des grévistes. L’argenl, réparti entre
les entreprises en grève servit à ache
ter des vivres pour ceux qui ne pou
vaient pas être ravitaillés du dehors
et pour les familles nécessiteuses.
Enfin dès jeudi une popote était or
ganisée dans les deux usines ci-
dessus.
Contre la hausse des prix
Signalons toutefois que le mouve
ment de grève a eu mercredi une fâ
cheuse répercussion sur le marché de
Coulommiers.
Celui-ci fut particulièrement mau
vais : il y avait peu d’acheteurs, tant
de la ville que de la campagne. On
Les grévistes de l’annexe de la Providence
été prises.
Toutefois, le Comité tient à préci
ser certains points particuliers:
Tout d’abord le personnel de l’Ar
gentai est unanime à assurer M.
Chambard, son directeur, de son esti
me et de sa profonde sympathie.
A la suite de plusieurs entrevues
qui ont eu lieu lundi soir et mardi ma
tin, la grève a été déclarée mardi à
10 heures et demie.
A midi, le docteur Arbeltier, député,
accompagné des camarades Jean Bré-
vinion, secrétaire du syndicat et Pou-
lingue, délégué du personnel, ont été
reçus par M. Chambard. Unedeuxième
entrevue a eu lieu mercredi, vers
16 h. 30, à laquelle assistaient cette
fois tous les délégués d’atelier et le
secrétaire du syndicat. Jusqu’ici au
cun accord n’est intervenu.
Outre les avantages généraux pré
vus au projet de loi actuellement en
instance devant les Chambres, le per
sonnel demande : le réajustement
préalable de certains salaires mani
festement trop bas; la suppression des
primes, la diminution du prix des
fournitures payées par les ouvriers et
ainsi jusqu’à la finde la grève qu’il
faut espérer très prochaine, dans l’in
térêt bien compris de tous.
Points de vue...
La grève qui vient de se déclencher
semble, maigre son ampleur peu com
mune, être d’ordre purement corpora
tif. Elle paraît duo à la diminution
constante des salaires des ouvriers,
diminutions basées plus sur les né
cessités de la concurrence et les ré
percussions de la crise économique,
que sur une diminution correspôn
aante du coût de la vie.
Il ne nous arpartient pas de pren
dre position dans celle grave ques
tion pour l’une ou l’autre des parties.
A l’heure actuelle elles sont opposées
l’une à l’autre; mais souhaitons que,
rapidement, elles trouvent un terrain
d’entente; la prolongation de ce con
flit pouvant avoir pour tous des consé
quences désastreuses.
Néanmoins, en toute impartialité,
afin de renseigner exactement l’opi
nion publique, Le Démocrate a tenu à
reproduire le point de vue actuel des
organisations ouvrières et patronales
sur les questions qui les divisent.
Les grévistes de l’entreprise Drouard, devant leur wagon
où flottent les drapeaux rouge et tricolore
qui grève trop lourdement leur jour
née.
Le Comité, au nom de tout le per
sonnel, remercie bien sincèrement les
nombreuses personnes ayant parti
cipé aux collectes faites en ville et
particulièrement les commerçants,
mais il regrette l’attitude de quel
ques-uns d entre eux dont les ouvriers
sauront se souvenir.
Le Comité adresse des remercie
ments tout particuliers à M. Monnet,
boucher à Vaux, pour son geste géné
reux en faveur du ravitaillement des
grévistes.
Communiqué de la Direction :
> D'autre part M. Chambard, Directeur de
l Argentai a bien voulu nous adresser la
communication suivante :
Mardi matin 9 juin dernier, à la
rentrée de l’usine, une délégation
représentant tous les ateliers demande
à me parler. Je la reçois aussitôt.
Les délégués me remettent un
cahier de revendications dont je
prends connaissance devant eux. Lec
ture faite je leur déclare que je ne
juis, sur les points touchant aux sa
tires, leur rendre une réponse immé
diate, mais je leur donne l’assurance
que je ferai tout mon possible pour
améliorer leur situation.
Je les mets cependant en garde sur
deux points. Si notre usine n’a pas
chômé depuis bientôt 6 ans que la
crise existe, c’est que notre maison a
fait une politique de prix de vente
raisonnables. Cela nous a permis,
chose précieuse par ces temps de chô
mage, de porter le chiffre de notre
personnel de 250 en 1930 à 325 en 1936
et, malgré certaines compressions de
tarifs demandées à notre main-d’œuvre
la mieux payée, une augmentation
moyenne de salaires atteignant dans
le même temps presque 10 %.
Le deuxième point a trait à la façon
familiale et humaine avec laquelle
nous avons traité notre personnel.
Des ouvriers âgés ou souffrants ne
pouvant continuer momentanément et
même parfois définitivement leur tra
vail habituel, nous ne les avons pas
congédiés; mais nous avons serré un
peu les coudes pour leur conserver
une petite place.
Tout cela compte dans un prix de
revient.
Ce que j’avais dit aux délégués des
ateliers, je suis allé, avec eux, le re
dire à tout notre personnel réuni.
Néanmoins, comme je ne pouvais
immédiatement leur répondre sur
toutes les revendications qu'ils pré
sentaient, les ouvriers et ouvrières
prirent la décision d’arrêter le travail
et d’occuper l’usine.
Je n’ai pas besoin de dire que j’ai
protesté aussitôt auprès de toutes'les
autorités compétentes contre cette
occupation illégale.
J ai fait hier soir, mercredi, aux
délégués rassemblés, une proposition
transactionnelle, s’inspirant de l’arbi
trage de Monsieur le Président du
Conseil, en attendant l’établissement
du Contrat collectif.
Ils ontde ce fait, et tout de suite, un
premier avantage matériel.
Je souhaite qu’ils l’acceptent. Oue,
reprenant le travail, ils attendent
moins péniblement les améliorations
que la loi leur apporte, qu’avec leur
concours et dans une mutuelle con
fiance en l’avenir, nous appliquerons
avec foi.
A. CHAMBARD
Entreprise Orouard
Communiqué du Comité de grève :
A Coulommiers, les ouvriers de
l’entreprise Drouard, (réfection des
voies) ont déclanché la grève lundi à
U h. Celle-ci continue, sa durée n’a
rien d’anormal, les accords entre les
délégués et le patronal, étant assez
lents à se réaliser, les chantiers en
cours étant assez éloignés les uns des
autres (chantiers à Coulommiers, Es-
terimy, Vaires-Torcy, etc.)
Outre les avantages généraux pré
vus par la convention Matignon, le
personnel réclame l’application du
tarif syndical, suppression du travail
à la tâche et à la prime; réglement
des journées de grève, pharmacie
portative et fourniture de vêtements
i ^perméables en cas d’intempérie
Des deux côté on note nne bonne
volonté manifeste d’aboutir à une
prompte conciliation. Des piquets de
grève ont été établis. Le matériel est
( Voir aux vitrines du Démocrate notre
reportage photographique sur les grèves à
Coulommiers).
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