Titre : Le Journal du Midi
Éditeur : [s.n.] (Avignon)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Nîmes)
Date d'édition : 1902-12-12
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32800997q
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 12 décembre 1902 12 décembre 1902
Description : 1902/12/12 (A28). 1902/12/12 (A28).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG30 Collection numérique : BIPFPIG30
Description : Collection numérique : BIPFPIG84 Collection numérique : BIPFPIG84
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t51004247h
Source : Bibliothèque Carré d'art / Nîmes, 33330
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 19/09/2022
îaldnMi
POLITIQUE ET QUOTIDIEN DE LÂ RÉGION DU SUD-EST
DIRECTION, ADMINISTRATION et RÉDACTION
gis*® Eernard-Âton, à Mimes
LES MANUSCRITS NE SONT PAS RENDUS
ASS^MM-ElSKfliTS
8ARB ET LttHTROPHES
TROIS MOIS
SIX MOIS
UN AN
AUTRES DÉPARTEMENTS :
® fr. en sus par trimestre
5'6©
f 1 »
UN NUMÉRO : 6 CENTIMES
28™® ANNÉE. — VENDREDI 12 DÉCEMBRE
Saint Paul, év. — Demain ; Sainte Luce
1902
Gustave GOUBIER, Directeur politique
Assaoïiee» et Réelai»©®
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À Nimes, aux Bureaux du Journal.
LA JOURNEE
Le docteur Gogrel.nationalis-
te et M. Deville, socialiste, sont
candidats dans le 4e arrondis-
sementde Paris, en remplace-
ment de M. Daniel Cloutier, dé-
cédé.
La nuita été calmeà Marseil-
le le paquebot«Ville-de-Bône>>
a pu débarquer ses passagers
sans incidents.
Des manifestations anti-euro-
péennes se sont produites à Ca-
racas ; les Vénézuéliens ont
brisé les drapeaux anglais et
allemands.
Le roi Léopold venant de
Bruxelles est arrivé à Paris
dans la soirée.
La Cour de cassation a reje-
té le pourvoi de Vidal, le tueur
de femmes, condamné derniè-
rement à mort par la Cour d'as-
sises de Nice.
Voir plus loin les Nouvelles de la
Dernière Heure.
URBLSOG
Toutes les fois que les Chambres
partent en vacances, tout le monde, ou
à peu près, leur souhaite mauvais
voyage, et les journaux de l'opposi-
tion examinant leur oeuvre, s'attachent
à prouver qu'elle est nulle.
Cette appréciation sommaire n'est
pas tout à fait juste. Sans doute la
majorité de défense républicaine, con-
tinuant la tradition des autres, ne se
livre pas à un travail excessif.
Les élus, en mai 1902 de la candi-
dature et des fraudes officielles ont
reculé, dans leur fainéantise, les bor-
nés jusqu'ici connues de la paresse.
Non-seulement ils n'ont pas mené
jusqu'au bout une seule loi utile, mais
ils n'ont pas fait semblant d'esquisser
une réforme, ils n'ont même pas ache-
vé la vérification des pouvoirs.
Enfin, ce qui est sans précédent, ils
se séparent au mois de décembre
sans avoir amorcé la discussion du
budget ; ce qui nous assure pour l'an
prochain une joyeuse cascade de dou-
zièmes provisoires.
La majorité actuelle est encore plus
insuffisante, plus nulle, plus pares-
seuse que la majorité précédente.
On ne croyait pas que ce fût possi-
ble; le personnel républicain trouve
toujours moyen de tomber plus bas.
L'imagination se refuse à en admet-
tre un qui soit inférieur à celui qui
nous pille et nous ridiculise ; qu'il y
ait demain des élections, elles nous
apporteront une écume sociale encore
plus répugnante.
Que nous ayons une majorité de
députés fainéants, avec un défroqué
comme maire du Palais — du palais
de l'Elysée — c'est une chose certai-
ne et d'une telle évidence que person-
ne ne le conteste.
On leur reproche de n'être bons à
rien, on a raison, mais ce n'est mal-
heureusement pas le seul grief que le
pays ait contre eux.
Ils ne sont pas que paresseux, ils
sont nocifs.
Impuissants pour le bien, ils sont
doués, pour le mal, d'une facilité dé-
plorable.
Depuis qu'ils sont sortis des urnes
tripatouillées du mois de mai, qui ne
fut Pjamais si vilain, ils n'ont rien fait
de propre ; ils ont en revanche, ac-
compli les plus sales besognes.
Ils ont brisé le mandat d'un certain
nombre de collègues ; les faux élus ont
invalidé les vrais.
Ils ont ajouté à la loi de proscrip-
tion des congréganistes et des reli-
gieuses, une annexe qui la rend enco-
re plus odieuse et plus intolérable.
Combes a complété l'œuvre de Wal-
deck.
Ils ont préparé l'étranglement de ce
qui subsiste de la liberté de l'ensei-
gnement secondaire; il ne leur reste
plus qu'à serrer le lacet, et ce ne sera
pas long. Quand il s'agit de faire office
de bourreaux, ils sont toujours prêts
à marcher.
Ils ont criblé d'ordres du jour
de confiance les ministres les plus
compromis et les plus compromet-
tants. MM. Pictet et Pelletan n'ont
pas de soutiens plus fermes et moins
désintéressés. Le jour où l'un aura dé-
sarmé toute la flotte, et l'antre lait
passer la frontière à tous les plans de
constructions navales, ils les porteront
en triomphe. Dreyfus est venu trop
tôt dans une Défense trop jeune. Si ce
précurseur avait eu le nez d'attendre,
il aurait été en un brillant avenir au-
près du général André qui vient de
faire le voyage de Nancy, pour décla-
rer aux officiers du 20e corps qu'il
n'aime pas que les militaires aillent à
la messe.
Or, Dreyfus ne pouvant être sus-
pect de se rendre aux offices catholi-
ques, avait un titre de plus à la fa-
veur dé cet enragé d'anticléricalisme.
Ils ont soutenu, non seulement à
coups de vote, mais à coups de poing
et à coups de pied, le ministre de la
justice qui, interpellé sur les Hum-
bert, a entassé les mensonges sur les
absurdités.
L'impudence de M. Vallé les a mis
dans un tel enthousiasme qu'ils ont
voulu assommer ceux qui mettaient le
nez de cette Excellence dans les con-
tre-vérités qu'elle débitait avec le cy¬
nisme le plus éhonté. Chahut, ba-
taille, horions, pugilat, censure et
expulsion de deux députés de la mi-
norité. Deux fois les soldats sont en-
très dans la salle des séances pour
arracher de leur banc des « représen-
tants du peuple». M. Bourgeois n'a
peut-être pas été très malin de com-
mander une manœuvre qui montre
aux troupiers la manière de flanquer à
la porte les députés récalcitrants. Du
Palais-Bourbon à la Seine, la dis-
tance n'est pas grande, et, si quelque
chef, un beau jour, voulait exécuter
en masse ce que M. Bourgeois ordon-
ne en détail, il saurait comment s'y
prendre...
Il n'est donc pas juste de dire que
la Chambre ne fait rien.
Elle se repose souvent, c'est vrai ;
mais elle est encore plus odieuse
quand elle travaille, puisque c'est à
l'abaissement, à la ruine et à la dé-
considération de notre pays.
Elle n'est pas qu'inutile, elle est
nuisible.
Georges Huillard.
AU JOUR LE JOUR
LA REVANCHE DES COGNACS
Il est impossible de lire l'exposé des
motifs des projets déposés par M. Com-
bes pour ôter la vie aux congrégations
sans être frappé de la grsssièreté de la
forme et du ton d'impertinence affectée
avec lesquels ils sont rédigés.
Jusqu'ici on avait mis quelque appa-
rente et superficielle décence dans la co-
dification de la haine et de l'iniquité.
M. Waldeck-Rousseau lui-même s'était
montré généralement courtois, lors de
la discussion de la loi que ses succès-
seurs vont appliquer.
M. Combes procède à la façon des
charretiers et des marauds.
On ne se moque pas plus cyniquement
et plus bassement d'un adversaire dé-
sarmé que ne le fait le malotru vieillard
de la place Beauveau.
Qu'il refuse sa gratitude aux services
rendus par les «agrégations monacales»;
qu'il ne veuille plus pour l'enseignement
public du concours de ces auxiliaires,
soit ; mais qu'il parle de les «remercier»,
comme on remercie un valet ; que, sous
prétexte d'assurer au clergé séculier le
« monopole de la prédication » il per-
sifle les « spécialistes de la chaire » ;
qu'il se moque dans un document offi-
ciel des pèlerinages et des basiliques :
qu'il écrive que les congrégations « se
nattent » de servir la France en pays
étrangers ; qu'il ose dire de certains re-
ligieux qu'ils « tiennent » la grotte de
Lourdes, comme il dirait de ses élec-
teurs qu'ils tiennent des bars ou des tri-
pots, voilà des termes qu'un galant
homme, même jacobin et sectaire, se fût
en d'autres temps soigneusement gardé
d'employer.
M. Combes harmonise son style au
langage de sa majorité. Est-ce une ex-
cuse ou une aggravation ? Une nous ap-
partient pas de prononcer.
Mais où il dépasse toute mesure, où
sa diatribe devient révoltante et sa parole
chantée, c'est dans son réquisitoire con-
tre les Chartreux.
Les Chartreux étaient particulière-
ment redoutables, en raison de leur po-
pularité, de leur notoriété universelle,
de leurs largesses et de leurs inépuisa-
bles charités.
Il fallait les marquer au fer rouge de-
vant l'opinion. M. Combes en fait des
propagateurs d'alcoolisme, des fauteurs
de paupérisme et des instruments de
ruine pour les populations du Dauphiné.
S'il est difficile d'être plus infâme, il
est également difficile de se tailler avec
plus d'opportunité une réclame devant
ses électeurs.
M. Combes, sénateur du pays des
trois-six, est soumis, en janvier à la
réélection. L'expulsion des Chartreux,
c'est pour lui la majorité assurée par les
voix de tous les Bucholtz-Monis de la
région ; c'est le triomphe des eaux-de-
vie sur la liqueur qui depuis un siècle
les supplante ; c'est la revanche des co-
gnacs.
L- B.
LA PRESSE DU JOUR
Paris, 11 décembre.
Le Soleil
Du Soleil, à propos du manifeste de
l'alliance républicaine progressiste du
Sénat :
« Il est très bien, ce manifeste, parce
que l'on ne saurait mieux résumer la
situation navrante où s'enlise notre
malheureux pays, la ruine morale et
matérielle qui nous fait descendre pen-
dant que montent nos concurrents et
nos rivaux.
« Si les républicains pouvaient cons-
tituer une république acceptable, cela
se saurait, comme dit l'autre. Us ont
eu depuis vingt ans le temps et les
moyens ; s'ils n'y ont pas réussi, c'est
que l'entreprise n'est pas possible.
L'expérience est sur ce point d'accord
avec le bon sens. De leurs tentatives
passées et ratées, il faut bien conclure
que ce régime n'est viable en notre pays
que pour le collectivisme et l'anar-
chie. »
La Vérité Française
De la Vérité Française :
« Sachant avec quel tribunal ils
avaient affaire, les évêques ont peut-
être poussé trop loin le respect d'une
juridiction absolument incompétente,
en ne dédaignant pas de se défendre.
Cette condescendance ne leur a servi
de rien. La cause était entendue avant
d'être plaidée. Les juges ont rendu leur
sentence en l'absence des accusés et
sans même accorder la moindre atten-
tion aux mémoires présentés par plu-
sieurs des prélats pour leur justifica-
tion. C'est la manière d'agir des tribu-
naux révolutionnaires.
« Le Conseil d'Etat n'a même plus la
pudeur des serviles besognes qu'on lui
demande. Il les accomplit sans le
moindre souci ni de la justice, ni des
convenances. Il condamne d'un coup
soixante-quatorze évêques, à peu près
tout l'épiscopat français, sans même
les avoir entendus. »
■ : ;
Les critiquas de Mgr Ferratta
Rome, 11 décembre.
Le journal L'Italie, commentant le
discours du cardinal Ferrata, dit que
les critiques très vives que l'ancien
nonce à Paris a faites de la politique
républicaine seront très remarquées en
France.
On croit que Mgr Ferrata a prononcé
ce discours avec la pleine approbation
du Pape. (Paris-Nouvelles).
LA GRÈVE DES FORTS
Le Havre, 11 décembre.
Un groupe d'une vingtaine de chô-
meurs a tenté sans succès de débau-
cher l'équipage du steamer Boileau,
amarré quai de Marne. La police les a
dispersés.
Le steamer Ville-de-Tarragone, à
bord duquel les grévistes eurent une
collision avec la police, est sorti du
port à destination de Rouen. Le départ
s'est effectué sans incident.
Parmi l'équipage était un des prin-
cipaux meneurs du mouvement d'avant-
hier.
Marseille, 11 décembre.
Les inscrits maritimes ont tenu une
nouvelle réunion à la Rourse du Tra-
vail.
Les orateurs ont fait part à l'assem-
blée que les grévistes ayant surpris
quelques ouvriers se dirigeant vers le
bureau de l'inscription maritime pour
embarquer à bord de VIsly, les ont
détournés et amenés à la Bourse du
Travail où des secours en argent leur
ont été donnés.
Une lettre de M. Rrunetière^ de Nan-
tes, ex-secrétaire général de la Fédé-
ration nationale des inscrits mariiimes,
délégué officiellement reconnu par les
pouvoirs publics auprès d'eux, est lue
à la tribune.
Elle dit que les pêcheurs de Breta-
gne sont prêts à faire cause commune
avec les inscrits maritimes de Mar-
seille.
Les inscrits maritimes décident de
persévérer dans la lutte et lèvent la
séance au cri de : « Vive la grève ! »
A l'issue de la séance, la commis-
sion de la grève a reçu la visite de
plusieurs dames, membres de syndicats
professionnels, qui sont venues les in-
former à titre officieux que les syndi-
cats ouvriers de femmes prendraient
part au mouvement de grève générale
si celle-ci était déclarée.
Le syndicat des ouvriers bouchers et
charcutiers détaillants a décidé de faire
appel aux ouvriers bouchers des abat-
toirs pour assister à une réunion qui
aura lieu, aujourd'hui, à trois heures
de l'après-midi, avec l'ordre du jour
suivant : « Mesures à prendre en vue
de la grève des inscrits maritimes. »
Marseille, 11 décembre.
Le procureur de la République vient
de prescrire des poursuites contre deux
grévistes pour atteinte à la liberté du
travail. Ces deux grévistes faisaient
partie des meneurs qui, en usant de
menaces et de violences, tentèrent d'en-
traîner au début de la grève les équi-
pages du Rhône et de \ Armand-Bèhic.
Toute négociation est devenue im-
possible ; les armateurs l'ont si bien
compris, qu'ils viennent d'adresser une
lettre signée de M. Gouin, président
du Syndicat de la marine marchande,
au contre-amiral Rouvier et dans la-
quelle ils déclinent l'offre d'arbitrage
que le ministre de la marine avait
faite en la personne du contre-amiral
Rouvier.
L'opinion des armateurs
Que pensent de la situation les ar-
mateurs marseillais ? C'est ce que nous
sommes allé demander cet après-midi
à M. Guérin, directeur de la Compa-
gnie Nationale de navigation, qui jouit
d'une haute influence au syndicat de la
marine marchande.
« — Jamais nous n'avons prétendu
que les plaintes des équipages sont
dénuées de fondement. 11 est évident
que, pour qui veut jouer sur les mots,
le contrat de 1900 peut prêter à des di-
vergences d'interprétations, bien que
les termes fussent très précis. Les ca-
pitaines, notamment, étaient autorisés^
à croire qu'ils avaient raison et qu'ils
étaient dans leur droit, tandis que le
même texte, discuté inversement par
les marins, paraissait donner raison à
leurs revendications.Nous avons voulu
dissiper jusqu'à la moindre équivoque
et alors nous avons précisé certains
points.
« Quant à l'augmentation des effec-
tifs, nous n'avons pas cru devoir nous
en occuper, parce qu'elle ne nous pa-
raît pas possible. Nous avons fait à ce
sujet toutes les concessions que nous
pouvions faire. Je vous avouerai que
plusieurs de mes collègues voulaient
même retirer aux inscrits maritimes les
avantages précédemment consentis. Il
a fallu notre insistance pour qu'ils n'en
fissent rien et s'en tinssent au contrat
de 1900.
« Les grévistes devront s'en contên-
ter. Nous ne ferons rien de plus —■
parce que nous ne pouvons absolument
rien faire de plus. »
Le mouvement du port
Sur les quais de la Joliette, les tra-
vailleurs sont moins nombreux. Par
contre, l'activité continue dans les
docks et dans les môles.
L'Equateur, des Messageries mariti-
mes, courrier d'Alexandrie et de B8y-
routh, est arrivé ce matin au Frioul
avec 250 émigrants. Il est rentré cet
après-midi dans le bassin de la Jo-
bette.
L'Algérie, des Transports maritimes,
venant de Buenos-Ayres et Montevi-
deo, est arrivé ce matin avec 400 pas-
sagers, la plupart émigrants italiens.
Le Fèlix-Touache est parti à une
heure pour Tunis, avec des passagers,
des marchandises et dos dépêches. La
Ville-d'Alger est partie également à
une heure pour Alger, avec des passa-
FEUILLETON DU Journal du Midi
-58—
LES DRAMES
DEUXIÈME PARTIE
IX
Le» deux émotions
Il avait été sans doute ému par le spec-
acled'une affreuse misère; n'était-il pas de
es âmes privilégiées qui souffrent les dou-
eurs d'autrui avant de chercher à les sou-
ager?
Ah 1 il était bien, lui, digne fils du com-
e Albert de Saviguan ! et le noble cœur
de son père semblait battre dans sa poi-
rine...
— Allons, fit Laurence en tendant la main
- son frère, j'inscris vos protégés sur lalis-
e des miens et, aujourd'hui même, j'irai
eur faire une visite, puisque vous voulez
>ien être mon commissaire de charité.
Raoul serra doucement la main de sa
iceur.
La petite marquise, aussi bonne que lé-
gère, l'entraîna dans la salle à manger, où
ils déjeunèrent à la hâte, sans attendre que
le général fût de retour de sa promenade
habituelle au Bois.
Une heure après, on frapppait à la porte
du logement d'Etienne. La grosse Mélie
vint ouvrir.
C'est elle qui veillait pour l'instant sur
Hélène, pendant que Thérèse, brisée par la
fatigue et l'émotion, prenait un instant de
repos dans la pièce voisine.
A la vue des élégants visiteurs, l'excellen-
te fille se troubla tout d'abord ; mais elle se
remit bientôt en apercevant, derrière Lau-
rence, Rooul qui n'était pas un inconnu
pour elle.
Elle mit le doigt sur sa bouche pour leur
recommander le silence en leur montrant
Hélène, étendue sur son lit et dormant d'un
sommeil fiévreux.
— J'étais sûre que vous viendriez 1 dit-
elle tout bas au jeune homme.
Raoul regarda la grisette assez étonné...
— Eb 1 oui, reprit-elle à voix basse et
avec sa volubilité habituelle, je n'ai pas les
yeux dans ma poche, et j'étais sur le carré
avant-hier, quand vous êtes descendu
d'ici !...
— Eh bien ? demanda Raoul un peu
gêné.
— J'ai remarqué que vous ne la quittiez
pas du regard pendant qu'elle vous recon-
duisait avec sa mère.
— Quelle idée! protesta le jeu e hom-
me, pendant que sa sœur souriait du bavar-
dage de la grosse Mélie.
— Après tout, continua celle-ci, ça n'est
pas mon affaire et, si ça vous con trarie,
admettons que je me suis trompée ; une
chose certaine, c'est que dans son délire,
la jeune fille ne fait que parler de vous ;
dans ses terreurs, c'est vous qu'elle appelle
à son aide.
— Moi 1 fit Raoul, qui reçut cette confi-
dence, faite à brûle-pourpoint avec une dou-
ce émotion.
Pendant ce temps, Hélène avait ouvert
ses yeux creusés par la fièvre et d'où s'échap-
pait en ce moment un regard épouvan-
table.
. Elle aperçut le visiteur et le reconnut,
bien qu'elle n'eût pas sa connaissance.
— Au secours 1 lui cria-t-elle, au secours 1
Vous seul pouvez me protéger contre....
lui !...
— Vous me sauverez !...
— Ah! je vous en prie !...fiveutme pren-
dre, m'enlever, empêchez-le, monsieur !...
Arrachez-le d'ici !... ou je suis perdue !...
La marquise de Treffières et son frère
écoutèrent avec surprise les paroles que le
délire arrachait à la pauvre enfant qui,
peu à peu calmée, en arriva à murmurer
ces mots d'une voix entrecoupée, mais in-
Animent plus douce :
— Je n'ai plus peur... le monstre ne me
fera pas de mal... monsieur Raoul est là
maintenant...
— Je puis être tranquille...
La tète tournée vers le jeune homme,
elle fixa sur lui un regardlong et pénétrant,
comme si elle eût voulu graver ses traits
dans sa mémoire, avant de s'endormir ;
puis, peu à peu, ses paupières se fermèrent
pendant que de ses lèvres s'envolait ' ce
nom :
— M. Raoul I...
— C'est singulier 1 fit Laurence en regar-
dant son frère.
— Très singulier, répéta-t-il, comme
bercé par une voix mourante de la ma-
lade.
— Madame est sans doute votre sœur?
lui demanda Mélie.
Et, sans lui donner le temps de répon-
dre, elle ajouta :
— Je l'ai deviné, sans ça je ne me serais
pas permis de vous raconter mes histoires
de tout à l'heure...
— Oh ! j'ai du nez, allez !
Raoul commençait à être ennuyé de voir
la grisette persister dans des hypothèses
dont l'émission était, en tout cas, parfai-
tement inopportune.
S'empressant de changer le sujet de la
conversation, il s'enquit de l'état de la ma-
lade et profita de l'absence momentanée de
la mère pour s'informer de la situation du
ménage.
— Ah ! monsieur, ah 1 madame, reprit
la polisseuse, pour ce qui est de la petite,
ça ne va pas bien, car elle est depuis avant-
hier comme vous la voyez là ; le médecin
est rassurant comme le baromètre quand
il va tomber de l'eau ; mais maintenant
que vous voilà tous les deux, je suis bien
sûre au moins quelespauvres gens ne man-
queront de rien.
— Je vous remercie de nous avoir si
bien jugés, mademoiseUe, dit la marquise ;
certainement, nous nous occuperons, -mon
frère et moi, d'améliorer le sort de cette
famille si éprouvée, et, tenez, madame,
ajouta-t-elle en se retournant vers Thérèse
qui venait d'entrer.
— Jesuisheurpuse, si pela peu adoucir vo-
tre angoisse, hélas 1 tro# naturelle, de vpus
apprendre ce que j'ai décidé à votre égard :
l'emploi que vous avez ne vous sera pas
retiré et vous toucherez vos appointements
intégralement pendant tout le temps que la
maladie de votre enfant nécessitera votre
présence auprès d'elle.
— Oh 1 madame 1 balbutia Thérèse que
de bonté !... c'est trop 1... je n'aurai pas ga-
gné !...
— Madame Etienne, reprit la marquise,
si vous faisiez partie de ma maison depuis
un peu plus de temps, vous sauriez que je
n'établis pas un précédent en votre faveur
et que la mesure dont vous êtes l'objet..en-
tre dans mes habitudes.
— Entre-t-il également dans vos habitu-
des, demanda la pauvre femme toute cod-
luse, d'aller en personne consoler dans leur
humble demeure les gens que vous faites
travailler, ne fût-ce que depuis un jour ?
— J'avoue, répondit Laurence, que si je
me suis particulièrement intéressée à vous,
tout l'honneur en revient à mon frère,
que voici ; il vous a présentés à mes yeux
comme des gens si honnêtes, si laborieux
et supportant si dignement la mauvaise
fortune, que j'ai voulu venir moi-même
vous apporter mes consolations et vous of-
frir mon appui.
— Soyez bénis tous deux, dit Thérèse avec
âme, puisque vous voulez bien aider une
mère à disputer sa fille à la mort !
Logier était resté dans la pièce voi-
sine.
Avec une délicatesse que motivait l'état
du malheureux, il ne fut fait aucune allu-
sion à lui par les charitables visiteurs.
— Il est probable, dit tout bas Laurence
à l'oreille de Thérèse, qu'il vous serait dif-
ficile d'attendre, dans les circonstances pré¬
sentes, à la fin du mois pour toucher vos
appointements ; j'ai pensé qu'il vous serait
agréable de les recevoir d'avance et je vous
les apporte.
Thérèse remercia la charmante femme
avec effusion ; mais l'entrée du médecin
abrégea l'expression de sa reconnaissance.
En arrivant près du lit d'Hélène, le doc-
teur manifesta un vif étonnement. Depu is
le début de sa maladie, jamais la jeune fil-
le n'avait été aussi calme.
Cette bavarde de Mélie ne put retenir sa
langue cette fois encore.
— Ça n'est pas étonnant, dit-elle, vous
savez bien, ce bon monsieur qu'elle appe-
lait à son secours dans son délire, il est ici,
le voici !
Et l'intarissable grisette, désignant
Raoul :
— Au moment même où M. de Savignan
a été aperçu par elle, la tranquillité a suc-
cédé à l'agitation...
Voyez-là, elle dort paisiblement comme
un petit ange.
— Excellent signe ! déclara le méde-
ciia ; vous pouvez vous flatter, monsieur,
d'avoir produit surl'étatdela malade unef-
fet des plus salutaires; ce matin encore, dans
son sommeil, elle poussait des cris affreux?
à présent, c'est à peine si de temps à au-
tre sa bouche s'entrouvre doucement pour
laisser passer quelques paroles.
— Le médecin disait vrai.
Le repos d'Hélène n'était interrompu
maintenant que par le nom de Raoul, re-
venant par intervalles sur ses lèvres déco-
lorées.
( La suite à demain t)
Alfmd SIRVEN ar A. SIEGEL,
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a pu débarquer ses passagers
sans incidents.
Des manifestations anti-euro-
péennes se sont produites à Ca-
racas ; les Vénézuéliens ont
brisé les drapeaux anglais et
allemands.
Le roi Léopold venant de
Bruxelles est arrivé à Paris
dans la soirée.
La Cour de cassation a reje-
té le pourvoi de Vidal, le tueur
de femmes, condamné derniè-
rement à mort par la Cour d'as-
sises de Nice.
Voir plus loin les Nouvelles de la
Dernière Heure.
URBLSOG
Toutes les fois que les Chambres
partent en vacances, tout le monde, ou
à peu près, leur souhaite mauvais
voyage, et les journaux de l'opposi-
tion examinant leur oeuvre, s'attachent
à prouver qu'elle est nulle.
Cette appréciation sommaire n'est
pas tout à fait juste. Sans doute la
majorité de défense républicaine, con-
tinuant la tradition des autres, ne se
livre pas à un travail excessif.
Les élus, en mai 1902 de la candi-
dature et des fraudes officielles ont
reculé, dans leur fainéantise, les bor-
nés jusqu'ici connues de la paresse.
Non-seulement ils n'ont pas mené
jusqu'au bout une seule loi utile, mais
ils n'ont pas fait semblant d'esquisser
une réforme, ils n'ont même pas ache-
vé la vérification des pouvoirs.
Enfin, ce qui est sans précédent, ils
se séparent au mois de décembre
sans avoir amorcé la discussion du
budget ; ce qui nous assure pour l'an
prochain une joyeuse cascade de dou-
zièmes provisoires.
La majorité actuelle est encore plus
insuffisante, plus nulle, plus pares-
seuse que la majorité précédente.
On ne croyait pas que ce fût possi-
ble; le personnel républicain trouve
toujours moyen de tomber plus bas.
L'imagination se refuse à en admet-
tre un qui soit inférieur à celui qui
nous pille et nous ridiculise ; qu'il y
ait demain des élections, elles nous
apporteront une écume sociale encore
plus répugnante.
Que nous ayons une majorité de
députés fainéants, avec un défroqué
comme maire du Palais — du palais
de l'Elysée — c'est une chose certai-
ne et d'une telle évidence que person-
ne ne le conteste.
On leur reproche de n'être bons à
rien, on a raison, mais ce n'est mal-
heureusement pas le seul grief que le
pays ait contre eux.
Ils ne sont pas que paresseux, ils
sont nocifs.
Impuissants pour le bien, ils sont
doués, pour le mal, d'une facilité dé-
plorable.
Depuis qu'ils sont sortis des urnes
tripatouillées du mois de mai, qui ne
fut Pjamais si vilain, ils n'ont rien fait
de propre ; ils ont en revanche, ac-
compli les plus sales besognes.
Ils ont brisé le mandat d'un certain
nombre de collègues ; les faux élus ont
invalidé les vrais.
Ils ont ajouté à la loi de proscrip-
tion des congréganistes et des reli-
gieuses, une annexe qui la rend enco-
re plus odieuse et plus intolérable.
Combes a complété l'œuvre de Wal-
deck.
Ils ont préparé l'étranglement de ce
qui subsiste de la liberté de l'ensei-
gnement secondaire; il ne leur reste
plus qu'à serrer le lacet, et ce ne sera
pas long. Quand il s'agit de faire office
de bourreaux, ils sont toujours prêts
à marcher.
Ils ont criblé d'ordres du jour
de confiance les ministres les plus
compromis et les plus compromet-
tants. MM. Pictet et Pelletan n'ont
pas de soutiens plus fermes et moins
désintéressés. Le jour où l'un aura dé-
sarmé toute la flotte, et l'antre lait
passer la frontière à tous les plans de
constructions navales, ils les porteront
en triomphe. Dreyfus est venu trop
tôt dans une Défense trop jeune. Si ce
précurseur avait eu le nez d'attendre,
il aurait été en un brillant avenir au-
près du général André qui vient de
faire le voyage de Nancy, pour décla-
rer aux officiers du 20e corps qu'il
n'aime pas que les militaires aillent à
la messe.
Or, Dreyfus ne pouvant être sus-
pect de se rendre aux offices catholi-
ques, avait un titre de plus à la fa-
veur dé cet enragé d'anticléricalisme.
Ils ont soutenu, non seulement à
coups de vote, mais à coups de poing
et à coups de pied, le ministre de la
justice qui, interpellé sur les Hum-
bert, a entassé les mensonges sur les
absurdités.
L'impudence de M. Vallé les a mis
dans un tel enthousiasme qu'ils ont
voulu assommer ceux qui mettaient le
nez de cette Excellence dans les con-
tre-vérités qu'elle débitait avec le cy¬
nisme le plus éhonté. Chahut, ba-
taille, horions, pugilat, censure et
expulsion de deux députés de la mi-
norité. Deux fois les soldats sont en-
très dans la salle des séances pour
arracher de leur banc des « représen-
tants du peuple». M. Bourgeois n'a
peut-être pas été très malin de com-
mander une manœuvre qui montre
aux troupiers la manière de flanquer à
la porte les députés récalcitrants. Du
Palais-Bourbon à la Seine, la dis-
tance n'est pas grande, et, si quelque
chef, un beau jour, voulait exécuter
en masse ce que M. Bourgeois ordon-
ne en détail, il saurait comment s'y
prendre...
Il n'est donc pas juste de dire que
la Chambre ne fait rien.
Elle se repose souvent, c'est vrai ;
mais elle est encore plus odieuse
quand elle travaille, puisque c'est à
l'abaissement, à la ruine et à la dé-
considération de notre pays.
Elle n'est pas qu'inutile, elle est
nuisible.
Georges Huillard.
AU JOUR LE JOUR
LA REVANCHE DES COGNACS
Il est impossible de lire l'exposé des
motifs des projets déposés par M. Com-
bes pour ôter la vie aux congrégations
sans être frappé de la grsssièreté de la
forme et du ton d'impertinence affectée
avec lesquels ils sont rédigés.
Jusqu'ici on avait mis quelque appa-
rente et superficielle décence dans la co-
dification de la haine et de l'iniquité.
M. Waldeck-Rousseau lui-même s'était
montré généralement courtois, lors de
la discussion de la loi que ses succès-
seurs vont appliquer.
M. Combes procède à la façon des
charretiers et des marauds.
On ne se moque pas plus cyniquement
et plus bassement d'un adversaire dé-
sarmé que ne le fait le malotru vieillard
de la place Beauveau.
Qu'il refuse sa gratitude aux services
rendus par les «agrégations monacales»;
qu'il ne veuille plus pour l'enseignement
public du concours de ces auxiliaires,
soit ; mais qu'il parle de les «remercier»,
comme on remercie un valet ; que, sous
prétexte d'assurer au clergé séculier le
« monopole de la prédication » il per-
sifle les « spécialistes de la chaire » ;
qu'il se moque dans un document offi-
ciel des pèlerinages et des basiliques :
qu'il écrive que les congrégations « se
nattent » de servir la France en pays
étrangers ; qu'il ose dire de certains re-
ligieux qu'ils « tiennent » la grotte de
Lourdes, comme il dirait de ses élec-
teurs qu'ils tiennent des bars ou des tri-
pots, voilà des termes qu'un galant
homme, même jacobin et sectaire, se fût
en d'autres temps soigneusement gardé
d'employer.
M. Combes harmonise son style au
langage de sa majorité. Est-ce une ex-
cuse ou une aggravation ? Une nous ap-
partient pas de prononcer.
Mais où il dépasse toute mesure, où
sa diatribe devient révoltante et sa parole
chantée, c'est dans son réquisitoire con-
tre les Chartreux.
Les Chartreux étaient particulière-
ment redoutables, en raison de leur po-
pularité, de leur notoriété universelle,
de leurs largesses et de leurs inépuisa-
bles charités.
Il fallait les marquer au fer rouge de-
vant l'opinion. M. Combes en fait des
propagateurs d'alcoolisme, des fauteurs
de paupérisme et des instruments de
ruine pour les populations du Dauphiné.
S'il est difficile d'être plus infâme, il
est également difficile de se tailler avec
plus d'opportunité une réclame devant
ses électeurs.
M. Combes, sénateur du pays des
trois-six, est soumis, en janvier à la
réélection. L'expulsion des Chartreux,
c'est pour lui la majorité assurée par les
voix de tous les Bucholtz-Monis de la
région ; c'est le triomphe des eaux-de-
vie sur la liqueur qui depuis un siècle
les supplante ; c'est la revanche des co-
gnacs.
L- B.
LA PRESSE DU JOUR
Paris, 11 décembre.
Le Soleil
Du Soleil, à propos du manifeste de
l'alliance républicaine progressiste du
Sénat :
« Il est très bien, ce manifeste, parce
que l'on ne saurait mieux résumer la
situation navrante où s'enlise notre
malheureux pays, la ruine morale et
matérielle qui nous fait descendre pen-
dant que montent nos concurrents et
nos rivaux.
« Si les républicains pouvaient cons-
tituer une république acceptable, cela
se saurait, comme dit l'autre. Us ont
eu depuis vingt ans le temps et les
moyens ; s'ils n'y ont pas réussi, c'est
que l'entreprise n'est pas possible.
L'expérience est sur ce point d'accord
avec le bon sens. De leurs tentatives
passées et ratées, il faut bien conclure
que ce régime n'est viable en notre pays
que pour le collectivisme et l'anar-
chie. »
La Vérité Française
De la Vérité Française :
« Sachant avec quel tribunal ils
avaient affaire, les évêques ont peut-
être poussé trop loin le respect d'une
juridiction absolument incompétente,
en ne dédaignant pas de se défendre.
Cette condescendance ne leur a servi
de rien. La cause était entendue avant
d'être plaidée. Les juges ont rendu leur
sentence en l'absence des accusés et
sans même accorder la moindre atten-
tion aux mémoires présentés par plu-
sieurs des prélats pour leur justifica-
tion. C'est la manière d'agir des tribu-
naux révolutionnaires.
« Le Conseil d'Etat n'a même plus la
pudeur des serviles besognes qu'on lui
demande. Il les accomplit sans le
moindre souci ni de la justice, ni des
convenances. Il condamne d'un coup
soixante-quatorze évêques, à peu près
tout l'épiscopat français, sans même
les avoir entendus. »
■ : ;
Les critiquas de Mgr Ferratta
Rome, 11 décembre.
Le journal L'Italie, commentant le
discours du cardinal Ferrata, dit que
les critiques très vives que l'ancien
nonce à Paris a faites de la politique
républicaine seront très remarquées en
France.
On croit que Mgr Ferrata a prononcé
ce discours avec la pleine approbation
du Pape. (Paris-Nouvelles).
LA GRÈVE DES FORTS
Le Havre, 11 décembre.
Un groupe d'une vingtaine de chô-
meurs a tenté sans succès de débau-
cher l'équipage du steamer Boileau,
amarré quai de Marne. La police les a
dispersés.
Le steamer Ville-de-Tarragone, à
bord duquel les grévistes eurent une
collision avec la police, est sorti du
port à destination de Rouen. Le départ
s'est effectué sans incident.
Parmi l'équipage était un des prin-
cipaux meneurs du mouvement d'avant-
hier.
Marseille, 11 décembre.
Les inscrits maritimes ont tenu une
nouvelle réunion à la Rourse du Tra-
vail.
Les orateurs ont fait part à l'assem-
blée que les grévistes ayant surpris
quelques ouvriers se dirigeant vers le
bureau de l'inscription maritime pour
embarquer à bord de VIsly, les ont
détournés et amenés à la Bourse du
Travail où des secours en argent leur
ont été donnés.
Une lettre de M. Rrunetière^ de Nan-
tes, ex-secrétaire général de la Fédé-
ration nationale des inscrits mariiimes,
délégué officiellement reconnu par les
pouvoirs publics auprès d'eux, est lue
à la tribune.
Elle dit que les pêcheurs de Breta-
gne sont prêts à faire cause commune
avec les inscrits maritimes de Mar-
seille.
Les inscrits maritimes décident de
persévérer dans la lutte et lèvent la
séance au cri de : « Vive la grève ! »
A l'issue de la séance, la commis-
sion de la grève a reçu la visite de
plusieurs dames, membres de syndicats
professionnels, qui sont venues les in-
former à titre officieux que les syndi-
cats ouvriers de femmes prendraient
part au mouvement de grève générale
si celle-ci était déclarée.
Le syndicat des ouvriers bouchers et
charcutiers détaillants a décidé de faire
appel aux ouvriers bouchers des abat-
toirs pour assister à une réunion qui
aura lieu, aujourd'hui, à trois heures
de l'après-midi, avec l'ordre du jour
suivant : « Mesures à prendre en vue
de la grève des inscrits maritimes. »
Marseille, 11 décembre.
Le procureur de la République vient
de prescrire des poursuites contre deux
grévistes pour atteinte à la liberté du
travail. Ces deux grévistes faisaient
partie des meneurs qui, en usant de
menaces et de violences, tentèrent d'en-
traîner au début de la grève les équi-
pages du Rhône et de \ Armand-Bèhic.
Toute négociation est devenue im-
possible ; les armateurs l'ont si bien
compris, qu'ils viennent d'adresser une
lettre signée de M. Gouin, président
du Syndicat de la marine marchande,
au contre-amiral Rouvier et dans la-
quelle ils déclinent l'offre d'arbitrage
que le ministre de la marine avait
faite en la personne du contre-amiral
Rouvier.
L'opinion des armateurs
Que pensent de la situation les ar-
mateurs marseillais ? C'est ce que nous
sommes allé demander cet après-midi
à M. Guérin, directeur de la Compa-
gnie Nationale de navigation, qui jouit
d'une haute influence au syndicat de la
marine marchande.
« — Jamais nous n'avons prétendu
que les plaintes des équipages sont
dénuées de fondement. 11 est évident
que, pour qui veut jouer sur les mots,
le contrat de 1900 peut prêter à des di-
vergences d'interprétations, bien que
les termes fussent très précis. Les ca-
pitaines, notamment, étaient autorisés^
à croire qu'ils avaient raison et qu'ils
étaient dans leur droit, tandis que le
même texte, discuté inversement par
les marins, paraissait donner raison à
leurs revendications.Nous avons voulu
dissiper jusqu'à la moindre équivoque
et alors nous avons précisé certains
points.
« Quant à l'augmentation des effec-
tifs, nous n'avons pas cru devoir nous
en occuper, parce qu'elle ne nous pa-
raît pas possible. Nous avons fait à ce
sujet toutes les concessions que nous
pouvions faire. Je vous avouerai que
plusieurs de mes collègues voulaient
même retirer aux inscrits maritimes les
avantages précédemment consentis. Il
a fallu notre insistance pour qu'ils n'en
fissent rien et s'en tinssent au contrat
de 1900.
« Les grévistes devront s'en contên-
ter. Nous ne ferons rien de plus —■
parce que nous ne pouvons absolument
rien faire de plus. »
Le mouvement du port
Sur les quais de la Joliette, les tra-
vailleurs sont moins nombreux. Par
contre, l'activité continue dans les
docks et dans les môles.
L'Equateur, des Messageries mariti-
mes, courrier d'Alexandrie et de B8y-
routh, est arrivé ce matin au Frioul
avec 250 émigrants. Il est rentré cet
après-midi dans le bassin de la Jo-
bette.
L'Algérie, des Transports maritimes,
venant de Buenos-Ayres et Montevi-
deo, est arrivé ce matin avec 400 pas-
sagers, la plupart émigrants italiens.
Le Fèlix-Touache est parti à une
heure pour Tunis, avec des passagers,
des marchandises et dos dépêches. La
Ville-d'Alger est partie également à
une heure pour Alger, avec des passa-
FEUILLETON DU Journal du Midi
-58—
LES DRAMES
DEUXIÈME PARTIE
IX
Le» deux émotions
Il avait été sans doute ému par le spec-
acled'une affreuse misère; n'était-il pas de
es âmes privilégiées qui souffrent les dou-
eurs d'autrui avant de chercher à les sou-
ager?
Ah 1 il était bien, lui, digne fils du com-
e Albert de Saviguan ! et le noble cœur
de son père semblait battre dans sa poi-
rine...
— Allons, fit Laurence en tendant la main
- son frère, j'inscris vos protégés sur lalis-
e des miens et, aujourd'hui même, j'irai
eur faire une visite, puisque vous voulez
>ien être mon commissaire de charité.
Raoul serra doucement la main de sa
iceur.
La petite marquise, aussi bonne que lé-
gère, l'entraîna dans la salle à manger, où
ils déjeunèrent à la hâte, sans attendre que
le général fût de retour de sa promenade
habituelle au Bois.
Une heure après, on frapppait à la porte
du logement d'Etienne. La grosse Mélie
vint ouvrir.
C'est elle qui veillait pour l'instant sur
Hélène, pendant que Thérèse, brisée par la
fatigue et l'émotion, prenait un instant de
repos dans la pièce voisine.
A la vue des élégants visiteurs, l'excellen-
te fille se troubla tout d'abord ; mais elle se
remit bientôt en apercevant, derrière Lau-
rence, Rooul qui n'était pas un inconnu
pour elle.
Elle mit le doigt sur sa bouche pour leur
recommander le silence en leur montrant
Hélène, étendue sur son lit et dormant d'un
sommeil fiévreux.
— J'étais sûre que vous viendriez 1 dit-
elle tout bas au jeune homme.
Raoul regarda la grisette assez étonné...
— Eb 1 oui, reprit-elle à voix basse et
avec sa volubilité habituelle, je n'ai pas les
yeux dans ma poche, et j'étais sur le carré
avant-hier, quand vous êtes descendu
d'ici !...
— Eh bien ? demanda Raoul un peu
gêné.
— J'ai remarqué que vous ne la quittiez
pas du regard pendant qu'elle vous recon-
duisait avec sa mère.
— Quelle idée! protesta le jeu e hom-
me, pendant que sa sœur souriait du bavar-
dage de la grosse Mélie.
— Après tout, continua celle-ci, ça n'est
pas mon affaire et, si ça vous con trarie,
admettons que je me suis trompée ; une
chose certaine, c'est que dans son délire,
la jeune fille ne fait que parler de vous ;
dans ses terreurs, c'est vous qu'elle appelle
à son aide.
— Moi 1 fit Raoul, qui reçut cette confi-
dence, faite à brûle-pourpoint avec une dou-
ce émotion.
Pendant ce temps, Hélène avait ouvert
ses yeux creusés par la fièvre et d'où s'échap-
pait en ce moment un regard épouvan-
table.
. Elle aperçut le visiteur et le reconnut,
bien qu'elle n'eût pas sa connaissance.
— Au secours 1 lui cria-t-elle, au secours 1
Vous seul pouvez me protéger contre....
lui !...
— Vous me sauverez !...
— Ah! je vous en prie !...fiveutme pren-
dre, m'enlever, empêchez-le, monsieur !...
Arrachez-le d'ici !... ou je suis perdue !...
La marquise de Treffières et son frère
écoutèrent avec surprise les paroles que le
délire arrachait à la pauvre enfant qui,
peu à peu calmée, en arriva à murmurer
ces mots d'une voix entrecoupée, mais in-
Animent plus douce :
— Je n'ai plus peur... le monstre ne me
fera pas de mal... monsieur Raoul est là
maintenant...
— Je puis être tranquille...
La tète tournée vers le jeune homme,
elle fixa sur lui un regardlong et pénétrant,
comme si elle eût voulu graver ses traits
dans sa mémoire, avant de s'endormir ;
puis, peu à peu, ses paupières se fermèrent
pendant que de ses lèvres s'envolait ' ce
nom :
— M. Raoul I...
— C'est singulier 1 fit Laurence en regar-
dant son frère.
— Très singulier, répéta-t-il, comme
bercé par une voix mourante de la ma-
lade.
— Madame est sans doute votre sœur?
lui demanda Mélie.
Et, sans lui donner le temps de répon-
dre, elle ajouta :
— Je l'ai deviné, sans ça je ne me serais
pas permis de vous raconter mes histoires
de tout à l'heure...
— Oh ! j'ai du nez, allez !
Raoul commençait à être ennuyé de voir
la grisette persister dans des hypothèses
dont l'émission était, en tout cas, parfai-
tement inopportune.
S'empressant de changer le sujet de la
conversation, il s'enquit de l'état de la ma-
lade et profita de l'absence momentanée de
la mère pour s'informer de la situation du
ménage.
— Ah ! monsieur, ah 1 madame, reprit
la polisseuse, pour ce qui est de la petite,
ça ne va pas bien, car elle est depuis avant-
hier comme vous la voyez là ; le médecin
est rassurant comme le baromètre quand
il va tomber de l'eau ; mais maintenant
que vous voilà tous les deux, je suis bien
sûre au moins quelespauvres gens ne man-
queront de rien.
— Je vous remercie de nous avoir si
bien jugés, mademoiseUe, dit la marquise ;
certainement, nous nous occuperons, -mon
frère et moi, d'améliorer le sort de cette
famille si éprouvée, et, tenez, madame,
ajouta-t-elle en se retournant vers Thérèse
qui venait d'entrer.
— Jesuisheurpuse, si pela peu adoucir vo-
tre angoisse, hélas 1 tro# naturelle, de vpus
apprendre ce que j'ai décidé à votre égard :
l'emploi que vous avez ne vous sera pas
retiré et vous toucherez vos appointements
intégralement pendant tout le temps que la
maladie de votre enfant nécessitera votre
présence auprès d'elle.
— Oh 1 madame 1 balbutia Thérèse que
de bonté !... c'est trop 1... je n'aurai pas ga-
gné !...
— Madame Etienne, reprit la marquise,
si vous faisiez partie de ma maison depuis
un peu plus de temps, vous sauriez que je
n'établis pas un précédent en votre faveur
et que la mesure dont vous êtes l'objet..en-
tre dans mes habitudes.
— Entre-t-il également dans vos habitu-
des, demanda la pauvre femme toute cod-
luse, d'aller en personne consoler dans leur
humble demeure les gens que vous faites
travailler, ne fût-ce que depuis un jour ?
— J'avoue, répondit Laurence, que si je
me suis particulièrement intéressée à vous,
tout l'honneur en revient à mon frère,
que voici ; il vous a présentés à mes yeux
comme des gens si honnêtes, si laborieux
et supportant si dignement la mauvaise
fortune, que j'ai voulu venir moi-même
vous apporter mes consolations et vous of-
frir mon appui.
— Soyez bénis tous deux, dit Thérèse avec
âme, puisque vous voulez bien aider une
mère à disputer sa fille à la mort !
Logier était resté dans la pièce voi-
sine.
Avec une délicatesse que motivait l'état
du malheureux, il ne fut fait aucune allu-
sion à lui par les charitables visiteurs.
— Il est probable, dit tout bas Laurence
à l'oreille de Thérèse, qu'il vous serait dif-
ficile d'attendre, dans les circonstances pré¬
sentes, à la fin du mois pour toucher vos
appointements ; j'ai pensé qu'il vous serait
agréable de les recevoir d'avance et je vous
les apporte.
Thérèse remercia la charmante femme
avec effusion ; mais l'entrée du médecin
abrégea l'expression de sa reconnaissance.
En arrivant près du lit d'Hélène, le doc-
teur manifesta un vif étonnement. Depu is
le début de sa maladie, jamais la jeune fil-
le n'avait été aussi calme.
Cette bavarde de Mélie ne put retenir sa
langue cette fois encore.
— Ça n'est pas étonnant, dit-elle, vous
savez bien, ce bon monsieur qu'elle appe-
lait à son secours dans son délire, il est ici,
le voici !
Et l'intarissable grisette, désignant
Raoul :
— Au moment même où M. de Savignan
a été aperçu par elle, la tranquillité a suc-
cédé à l'agitation...
Voyez-là, elle dort paisiblement comme
un petit ange.
— Excellent signe ! déclara le méde-
ciia ; vous pouvez vous flatter, monsieur,
d'avoir produit surl'étatdela malade unef-
fet des plus salutaires; ce matin encore, dans
son sommeil, elle poussait des cris affreux?
à présent, c'est à peine si de temps à au-
tre sa bouche s'entrouvre doucement pour
laisser passer quelques paroles.
— Le médecin disait vrai.
Le repos d'Hélène n'était interrompu
maintenant que par le nom de Raoul, re-
venant par intervalles sur ses lèvres déco-
lorées.
( La suite à demain t)
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