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Ignacy Jan Paderewski, la musique et la diplomatie

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23 janvier 2020

Alors que la Bibliothèque nationale de France propose un cycle de conférences consacrées à l’histoire de l’Europe Centrale et Orientale de l’entre-deux-guerres, redécouvrons Ignacy Jan Paderewski (1860-1941), artiste et homme d’État, considéré comme l’un des artisans du recouvrement de l’indépendance de la Pologne en 1918. Il conduisit les délégations polonaises qui signèrent les traités de Versailles et de Saint-Germain-en-Laye en 1919.

Véritable star à son époque, célébrité adulée en Europe et de l’autre côté de l’Atlantique, pianiste virtuose, compositeur, diplomate, homme d’État, orateur, mécène, philanthrope, Paderewski n’hésita pas à exploiter sa notoriété et ses multiples talents au service de la cause polonaise.
 

 

Un musicien virtuose

Ignacy Jan Paderewski naquit le 6 novembre 1860 dans une famille de petite noblesse appauvrie à Kuryłówka en Podolie, province polonaise qui faisait alors partie de l'Empire russe. Sa mère décéda quelques mois à peine après sa naissance et il se retrouva sous la garde de sa tante et de son père. Son père fut arrêté par les autorités tsaristes sous ses yeux alors qu’il n’avait que trois ans. À la suite de cette arrestation en répression de la participation de ce dernier à l’insurrection de janvier 1863 contre la Russie, son père écopera de trois ans de prison à Kiev.
Dès sa plus jeune enfance, Ignacy manifesta un grand talent musical et, à 12 ans, intégra l’Instytut Muzyczny, futur conservatoire à Varsovie. Une fois diplômé, il entreprit d’abord une carrière d’enseignant.
En 1880, il épousa Antonina Korsak qui mourut un an après, quelques jours à peine après avoir donné naissance à leur fils Alfred, né infirme et qui décéda en 1901 à l’âge de 20 ans.
Pour surmonter le chagrin, Paderewski se lança dans un travail acharné. Il aspirait à une carrière de concertiste tout en étant bien conscient que sa formation était insuffisante. Il se rendit à Berlin pour parfaire son art et y côtoya de nombreuses personnalités. La rencontre avec Helena Modrzejewska (1840-1909), grande comédienne de renommée internationale, fut un moment décisif pour sa carrière. Grâce à son soutien moral et financier, Paderewski put se rendre à Vienne afin d’y travailler le piano avec le professeur Théodore Leschetizky (Teodor Leszetycki) (1860-1915).
 

Il se mit au travail avec acharnement et devint rapidement l’élève le plus en vue de l’École Leszetycki, au grand étonnement du maître qui ne cachait pas au départ son scepticisme du fait de l’âge « avancé » de son élève. Paderewski occupa ensuite un poste de professeur de musique au Conservatoire de Strasbourg alors en Allemagne.
Il débuta au même moment une carrière de concertiste, d’abord à Vienne (en 1887), ensuite à Paris (1888) et à Londres (1890), où il remporta un immense succès. Le concert donné à Paris à la Salle Érard, auquel assistait notamment Tchaïkovsky, marqua particulièrement les esprits : il fut rappelé sur scène une heure durant. À Londres, il se produisit devant la reine Victoria. Sa virtuosité, son charisme, sa silhouette et sa chevelure rousse inoubliable suscitèrent l’enthousiasme d’un public exalté qui le surnomma « Le Lion de Paris ».
 

Sa popularité atteignit des sommets aux États-Unis où ses tournées triomphales dans les salles les plus prestigieuses engendrèrent une véritable « paddymania ».
 

En 1897, il acquit la magnifique propriété de « Riond-Bosson » près de Morges, en Suisse, où, avec sa seconde épouse Helena, il put se consacrer à la composition tout en menant une vie mondaine et recevant de nombreuses personnalités du monde artistique.

 

C’est dans cette résidence qu’il composa entre autres son opéra Manru.

 

Un patriote fervent

Tout en menant une carrière fulgurante loin de son pays natal, il ne l’oubliait pas et n’hésitait pas à se servir de sa popularité pour défendre la cause polonaise.
C’est à son initiative et grâce à son don généreux qu’en 1910 fut érigé à Cracovie le monument à l’occasion du 500e anniversaire de la bataille de Tannenberg (Grunwald) commémorant la victoire des armées polonaises et lituaniennes sur l’ordre des Chevaliers teutoniques en 1410. Lors de cette inauguration, Paderewski prononça un discours enflammé devant les foules euphoriques. Cet événement est considéré comme son premier geste à portée politique.
 

 

Lorsque la première guerre mondiale éclata, il fonda en Suisse, avec l’écrivain Henryk Sienkiewicz (1846-1916), prix Nobel de littérature de 1905, le Comité central de secours pour les victimes de guerre en Pologne (dit Comité de Vevey) dont il fut d’abord le vice-président, puis le représentant aux États-Unis.

 

En 1915, il se rendit aux États-Unis pour soutenir diverses initiatives en faveur de l’indépendance de la Pologne. Il donna plus de 300 concerts précédés de réunions où il lança des appels fervents pour aider les Polonais qui se battaient pour la liberté. C’est grâce à son action que près de 30 000 volontaires de la diaspora polonaise aux États–Unis arrivèrent en France pour s’engager dans l'armée polonaise nouvellement créée, cette fameuse « Armée bleue » commandée par le général Józef Haller (1873-1960).
 

Ses contacts personnels avec le président américain Thomas Woodrow Wilson (1856-1924) lui permirent de sensibiliser ce dernier et l’administration américaine à la cause polonaise et en janvier 1917 il rédigea à leur intention un mémoire dans lequel il plaidait pour une Pologne libre et démocratique avec un accès à la mer assuré.
 

Ses nombreux efforts furent couronnés de succès. Le 8 janvier 1918, dans son message devant le Congrès, le président Wilson reconnut que la question de l'indépendance de la Pologne était l'une des conditions d'une paix future en Europe. Le point 13 de son fameux « Programme pour la paix en quatorze points » était consacré à la Pologne : « Un État polonais indépendant devrait être créé, qui inclurait les territoires habités par des populations indiscutablement polonaises, auxquelles on devrait assurer un libre accès à la mer, et dont l'indépendance politique et économique ainsi que l'intégrité territoriale devraient être garanties par un accord international. »
 

Six mois plus tard, le 3 juin, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie se prononcèrent en faveur du point 13 dans une déclaration commune.
Ainsi à la fin de la Grande Guerre, le rêve de plusieurs générations de Polonais se réalisa : la Pologne revint sur les cartes de l’Europe en tant qu’État après 123 ans d’absence.
Le 16 janvier 1919, le chef de l’État polonais, le maréchal Józef Piłsudski (1867-1935), nomma Ignacy Jan Paderewski à la tête du nouveau gouvernement ainsi que ministre des affaires étrangères et représentant de la Pologne à la Conférence de la paix à Paris.
 

Le 28 juin 1919, il signa au nom de la Pologne le Traité de Versailles et le 10 septembre de la même année celui de Saint-Germain-en-Laye.
 

Le 9 décembre 1919, il quitta le gouvernement et retourna vivre en Suisse, tout en continuant à servir la Pologne comme diplomate en participant à diverses conférences internationales.
À la fin des années 20, il dut affronter un nouveau drame personnel : la santé mentale de sa seconde épouse se dégrada et elle décéda en 1934.
Au début de la seconde guerre mondiale, malgré son âge avancé, Paderewski prit la tête du Conseil national polonais en exil, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort. En août 1940, il se rendit aux Etats Unis afin d’y chercher à nouveau de l’aide pour sa patrie écrasée par l’invasion allemande et soviétique de 1939. Il décéda le 29 juin 1941 à New York. En 1992, ses restes furent transférés en Pologne. Il fut inhumé lors de funérailles nationales dans la cathédrale St. Jean à Varsovie en présence des présidents polonais Lech Wałęsa et américain George Bush (1924-2018).

Pour aller plus loin

  • Voir la Bibliothèque numérique France-Pologne. Ce site bilingue (français-polonais) réunit une sélection de plus de 3 000 documents variés, contextualisés par des articles de spécialistes français et polonais. Manuscrits, imprimés, journaux, estampes, cartes, photographies et enregistrements audiovisuels sont issus de Gallica ou de Polona, la bibliothèque numérique de la Biblioteka Narodowa (Bibliothèque nationale de Pologne), mais aussi d’autres établissements partenaires.
  • Et écouter les conférences à la Bibliothèque nationale de France du cycle « Naissance d’un nouveau monde »

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