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Louise Michel, une femme libre au bagne

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20 août 2018

Romanesque, telle fut la vie de Louise Michel (1830-1905), fille illégitime d’un châtelain et de sa servante, tour à tour institutrice ; communarde ;  artiste et poètesse ; bagnarde. Mais c’est avant tout la vie d’une femme libre, généreuse dans ses combats politiques et humains à qui Victor Hugo dédia un poème : Viro Major.

Menhirs volcaniques, Nouvelle-Calédonie, dessin de Louise Michel
 

Figure féminine majeure de la Commune de Paris (18 mars 1871 – 28 mai 1871), Louise Michel est arrêtée en mai 1871 et doit répondre à plusieurs chefs d’inculpation, la condamnant à dix ans de réclusion au bagne en Nouvelle-Calédonie.
 

Un procès "original"

Ce qui marque dans tous les récits décrivant Louise Michel, c’est sa détermination, traduisant un caractère entier : « trente-six ans, chevelure abondante et noire ; front découvert, regard étincelant, nez effilé, sourire narquois, attitude énergique ; tel est, en raccourci, Louise Michel ». Les commentateurs n’hésitent pas à rapprocher ses traits de caractère de ceux d’un homme « d’une extrême dureté », ou « d’une louve assoiffée de sang » dont le « cœur [est] de marbre » (L’univers, 18 décembre 1871).

 

Photographie par E. Appert, et dessin par L. Lemercier de Neuville

 

D’une façon plus ou moins appuyée, la presse déplore les « malheureuses conséquences » auxquelles une « femme peut être poussée quand elle veut mettre les pieds sur le terrain brûlant de la politique », contraire au « rôle que la nature et les lois sociales ont tracé à la femme » (Le Gaulois, 18 décembre 1871).

Pendant son procès qualifié d’« un […] des plus origina[aux] qui se soient déroulé[s] devant les conseils de guerre », Louise Michel assume pleinement la responsabilité de tous ses actes mais ne souhaite pas se défendre : « je ne veux ni me défendre, ni être défendue ; j’appartiens à la Révolution sociale et j’accepte la responsabilité de mes actes ! » (Louise Michel devant le 6ème Conseil de guerre : son arrestation par elle-même dans une lettre au citoyen Paysant).

La presse retrace son parcours d’institutrice devenue militante, rappelant les charges qui pèsent sur elle : « 1 – attentat ayant pour but de changer le gouvernement ; 2 – excitation à la guerre civile ; 3 – port d’armes apparentes et d’uniforme militaire ; usage de ses armes ; 4 – faux en écriture ; 5 – usage de faux ; 6 – complicité, par provocation et machination, d’assassinat de personnes retenues, soi-disant, comme otages par la Commune ; 7 – complicité d’arrestations illégales, suivies de tortures et de mort ». Cependant, le Conseil de guerre ne retiendra que celui de « port d’armes apparentes et d’uniforme militaire avec usage de ses armes ». Bien que Louise Michel demande à être tuée comme ses frères du camp de Satory, c’est la déportation dans une enceinte fortifiée qui sera retenue.
 


Dessin au crayon, "La fleur des prisons", Louise Michel

 

L'incarcération en France

Louise Michel va être incarcérée à différents endroits avant son départ pour la Nouvelle-Calédonie. D’abord au camp de Satory à Versailles, entre mai et novembre 1871, où certains de ses compagnons d’infortune de la Commune seront exécutés dont Théophile Ferré, son grand ami. De décembre 1871 à août 1873, elle sera incarcérée à l’Abbaye d’Auberive en Haute-Marne, transformée pour l’occasion en prison.

Pendant qu’elle attend sa déportation en Nouvelle-Calédonie, Louise s’ennuie et écrit dès qu’elle peut. Le livre des morts, La conscience et La femme à travers les âges : autant de textes dont Louise Michel parle dans ses Mémoires ou Histoire de ma vie : seconde et troisième parties (Londres, août 1904), et qui nous permettent de mesurer l’intensité de son activité littéraire.

Malheureusement, ces textes sont aujourd’hui disparus et seul  Le livre du jour de l’an : historiettes, contes et légendes pour enfants, publié en 1884, subsiste de cette période troublée.

De nombreuses lettres autographes datant de cette période de détention nous renseignent également sur l’état d’esprit et les émotions de Louise Michel, toujours soucieuse du bien-être des  autres avant le sien. S’adressant à ses amis comme dans cette lettre à Théophile Ferré  qui occupe beaucoup ses pensées depuis son exécution ou à l’Abbé Folley,  aumônier des prisons, afin qu’il donne de ses nouvelles à sa mère ou pour qu’il plaide la libération d’une autre détenue, Louise Michel écrit également à ses ennemis comme au Capitaine Briot, substitut du rapporteur au 4e Conseil de guerre ou le Colonel Gaillard. Mais c’est dans ses poèmes que Louise Michel nous transmet le mieux sa verve révolutionnaire doublé d’un talent littéraire indéniable. Toute la force des convictions qui l’anime transparait dans des poèmes comme Chant de mort à mes frères  ou Eternité.

 

Ville de Numbo et île de Nou, dessin de Louise Michel

 

Au bagne en Nouvelle-Calédonie

Le 10 août 1873, elle embarque sur le bateau Virginie qui l’emmène en Nouvelle-Calédonie pour une traversée longue de 4 mois. Un de ses compagnons de route sera le célèbre Henri Rochefort, déporté comme elle pour son implication dans la Commune de Paris.

Entre le 10 décembre 1873 et le 11 juillet 1880, Louise Michel purge sa peine, loin de Paris. D’abord à la presqu’île Ducos, dans le camp de Numbo, une enceinte fortifiée pour les prisonniers politiques qui, comme elle, ont été les instigateurs de la Commune de Paris. Louise, comme les dix-sept femmes qui l’accompagnent, doit en réalité purger sa peine sur l’île de Bourail, plus accueillante et confortable que Ducos. Mais par solidarité avec les autres prisonniers masculins, elle demande pour elle et ses compagnes d’être traitée comme un homme. S’illustrant par une force de caractère bien trempé, les gardes finissent par lui donner raison. Elle sera ensuite transférée à la baie de l’Ouest, et pour finir à Nouméa où elle vit libre.

Dans cet exil forcé long de sept ans, Louise Michel se comporte une fois encore d’une façon « originale ».

Comme ethnologue d’abord. Seule contre la majorité de ses co-détenus et de l’administration pénitentiaire, elle sympathise avec les autochtones et recueille leurs chansons, leurs langues et leurs coutumes. Ce travail se traduira par la publication en 1885 à son retour en France de Légendes et chansons de gestes canaques : avec dessins et vocabulaires en collaboration avec Charles Malato, jeune déporté de 17 ans arrivé au bagne avec ses parents. Elle sera également l'une des rares personnalités européennes à prendre la défense des Kanaks lors des révoltes de 1878, perçus le plus souvent comme une population de sauvages incontrôlables (Le Gaulois, 30 septembre 1878). Son idéal révolutionnaire ne supportera pas la souffrance de ce peuple auquel on subtilise sa terre et ses droits ancestraux.

Ensuite comme botaniste. Passionnée par le vivant, Louise Michel élève et recueille toute sorte d’animaux tout en ne se lassant pas de décrire et de dessiner une nature luxuriante. Puis comme institutrice, l’éducation étant, selon elle, le seul moyen d’armer les populations pour combattre toute forme d’asservissement.

Le 16 octobre 1879, elle refuse une remise de peine par solidarité pour ses compagnons aussi déportés. Il faut que cette « amnistie soit totale ou [elle] ne sera pas ».
 

L'amnistie et le retour

Le 11 juillet 1880, une amnistie générale pour tous « les individus condamnés pour avoir pris part aux évènements insurrectionnels de 1870-1871 » est signée. Louise Michel rentre triomphalement à Paris le 9 novembre 1880 (La Justice, 11 novembre 1880) où une foule de vingt-mille personnes l’attend à la Gare St-Lazare ! Ironie du sort pour celle qui fût si souvent critiquée pendant la Commune de Paris : voici qu’on la nomme « Louise la bien-aimée » (Le Figaro, 10 novembre 1880). Mais Louise, peu soucieuse de ce triomphe, s’empresse d’aller voir sa mère souffrante.

 

Louise Michel à son retour de Nouvelle-Calédonie

Avant de reprendre son combat politique en parcourant la France entière pour s’exprimer dans différents meetings où sa poésie révolutionnaire peut se résumer par cette citation : « la Révolution sera la floraison de l’humanité, comme l’amour est la floraison du cœur » (Mémoires ,1886). Adulée ou détestée, Louise Michel ne laissera personne indifférent et ce, jusqu’à sa mort en 1905 (L'Aurore, 10 janvier 1905).

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