Titre : Le Constitutionnel : journal du commerce, politique et littéraire
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1852-12-01
Contributeur : Véron, Louis (1798-1867). Rédacteur
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 01 décembre 1852 01 décembre 1852
Description : 1852/12/01 (Numéro 336). 1852/12/01 (Numéro 336).
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
: ŒTJMÉHO 356
ilUU14.%tJ&. : rue fie, Wal^jbi (Palais-Etujnl), n £19.
B
1854. - MmiIftEDl 1" DÉCEftliiUJfc,
Prix de ï'abmffiei&eat.
DEPARTEIHENS î
10 fk." pour trois mois.
PARIS :
13 fr. i>ocb ti101s mois.
. UN NUMÉRO I 20 CMT1MSS.
pocb les pays étrangers, se reporter au
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15 de chaque mois,' - '
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JÉÉL 4Mb i-lâL^
JOURNAL POLITIQUE, LITTÉRAIRE, UNIVERSEL.
S'adresser, franco, pour l'administration
à H. DE1MIN, directeur^
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On i'abonna, dans les départemens, aux Messageries et aux, Directions de poste.—A londres, chez MM; CowiE et ïttS?
— A Strasbourg, chez M. A iexaspre, pour l'Allemagne.
1
Les annonces sont reçues c!>ez M. PAIsîS, régisseur, 10, place de la Bourse;
• et au bure'au du journal.
PARIS!, 50 NOVEMBRE.
La loi sur la presse, présentée aux cham
bres belges par le cabinet de Bruxelles, va
être mise en discussion. La commission
chargée de l'examiner a déposé son rap
port. Nous publions guelques passages de ce
document.On remarquera avec quelle netteté
• le rapporteur redonnait et proclame les obli
gations que la neutralité impose à la Belgi
que, vis-à-vis des puissances voisines. La
commission admet que la Belgique peut être
justement rendue responsable des attaques
dirigées à l'abri de ses lois contre les gouver-
nemens étrangers, et c'est de cette responsa
bilité qu'elle fait découler pour le gouverne
ment belge le droit et môme le devoir de ré
primer toute attaque de ce genre. La thèse
que la France a toujours soutenue enpareille
. matière est donc complètement admise par
l'honorable M. Lelièvre et par ses collè
gues. Nous sommes heureux de voir un
principe si conforme à l'équité, si essentiel
aux bons rapports de tous les peuples en
tre eux, être accepté et défendu par les mem
bres les plus distingués du parlement belge.
Nous en augurons bien, non seulement pour
le succès de la loi, mais pour le maintien des
bonnes relations entre deux pays qui ont
tant' d'intérêts communs. La Belgique prehd
le plus sûi? moyen de consacrer leffTlroits de
sa neutralité, quand elle se montre soigneu
se d'en "remplir les obligations.
CTICHEYAIi-CLARIGNT.
Voici comment s'exprime le rapporteur
de la commission :
« Examinons maintenant, au point de vue de
ces principes, le caractère des faits prévus par le
projet en discussion. La loi proposée atteint les
outrages commis envers les souverains étran
gers. Or, les injures et les outrages sont ré-
'putés délits môme d'après les règles du droit com
mun. Ils constituent un fait illicite dans le cas
même où ils nç sont adressés qu'à un simple
particulier. Mlis quand il s'agit des souverains
étrangers ou des chefs de ces gouvernement, le
fait dont il s'agit a un caractère tout spécial, il
constitue un véritable'délit contre la chose publi
que parce qu'il est dénaturé à produire des con
séquences" préjudiciables à la nation elle-même.
Ces principes sont surtout incontestables dans
l'hypothèse particulière qui nous occupe^ En ef
fet^ la Belgique . a des intérêts importans à ré
gler avec les gouvernemens étrangère ; elle doit
poursuivre" des négociations qui supposent une
bienveillance réciproque. Nul doute que des atta
ques méchantes, des outrages dirigés contre les
chefs de ces gouvernemens ne: soient.de nature à.
troubler les relations amicales qui doivent pré
sider aux négociations -pour en : , assurer le suc
cès, et porter ainsi un préj udice notable à l'in
térêt national. Le législateur a donc le droit de ré
primer des actes qui peuvent avoir des conséquent
ces fâcheuses pour les intérêts matériels du pays
et qtii, dans certaines circonstances, pourraient
: même compromettre sa nationalité.
.» D'un autre côté, ne perdons pas de.vue que la
neutralité de. la Belgique' repose sur la foi des. trai
tés; Or-, cette neutralité; en; nous conférant
des droits, nous impose aussi des devoirs au
nombre desquels se trouve celui de respecter
les gouverneruens "voisins. Nous repousserions, à
jliste titre et avec toute l'énergie delà raison, l'im
mixtion de l'étranger dans nos a flaires intérieures,
nous ne souffririons • pas qu'il jjrétendit faire
modifier nos- institutions nationales ; dès - lors
ne devons-nous pa3, et par. une juste récipro
cité, respecter -le droit de nos voisins d'établir tels
fouve.rnemsns qu'ils jugent nécessaires à leurs
«soins; et des outragra incassans dirigés con
tre la personne et l'autorité des chefs de; ces
gouvernemens -son|Éis compatibles avec la posi
tion que la Belgique occupe en vertu des traités
et avec les. conditions d'ordre et de sécurité qui
l ont fait admettre dans la grande famille euio-
péenne? Or,tous, ces actes qui, dans l'état.actucl
de choses, sont propres à ébranler notre indépen
dante nationale ou iVTa remettre en problême, ne
sauraient être tolérées, .......
» C'est en ce sens que les monumens de la lé
gislation démontrent que les principes sur cette
■matière ont une application constante, Le Code
pénal de 1791, dans l'art. 2 de la section 1 er , 2 e
partie, punissait le ministre auteur d'agressions.
;ou d'infractioi»& de traités, tendantes à allumer la
guerre entre la France-et 'une nation .étrangère,
i » L'art. 84 du Code pénal de 1810, encore en
vigueur chez nous, commine la peine du bannis
sement contre tout individu qui, par des actions
(hostiles non approuvées par le gouvernement,
'expose l'Etat à une déclaration de guerre. 11
ifrappe de là même peine celui qui, par "des actes
de môme nature, expose les Belges à éprouver des
'représailles.
» Pour apprécier les raisons qui ont dicté ces
dispositions, consultons les jurisconsultes qui ont
commenté nos lois pénales, et notamment Chau-
veau, qui déduit des considérations que nous li
-vrons aux méditations de la chambre, parce
qu'elles sont directement applicables du projet de
loi en discussion.
« C'est la paix, dit-il, ce sont les intérêts na-
» tionaux que la loi a voulu protéger, c'est le
» préjudice éventuel que les actes peuvent "pro-
» duire qui devient la base de la peine. Ainsi la
» .criminalité ne se puise pas dans la gravité in-
» trinsèque des faits, mais dans leur importance
» politique, dans les chances de guerre ou de re-
» présaillcs qu'ils ont soulevées, en un mot, dans
» la perturbation politique qu'ils ont causée. » '
«Ce sont les mômes motifs qui justifient le prin
cipe du projet.-La Belgique ne fait aucune con
cession. Elle agit, au contraire, exclusivement
dans ses intérêts, lorsqu'elle prohibe des actes qui
leur portent une atteinte sérieuse. Quand elle
interdit, sous des pénalités, des faits illicites,
compromettant les relations qui doivent exister
entre elle et les puissances étrangères, elle n'a
qu'un but, celui d'écarter les dommages que des
iactes imprudens peuvent produire au détriment
dé l'industrie nationale. A ce point de vue, il est
Impossible de contester _avec fondement le prin
cipe de la loi. ~ -
» Une disposition législative en ce sens n'est
pas du reste une innovation.
> La loi du 28 septembre 1816 réprime des faits
delà nature de ceux énoncés au projet, en se
fondant sur la considération que les individus qui
offensent les puissances étrangères se rendent
principalement responsables envers la société
dont ils fontv partie. Cette appréciation de l'acte
incriminé est d'une justesse évidente. Mais des
doutes se sont élevés sur la force obligatoire de
cette disposition législative, son existence a été
mise sérieusement en question. Il était dès lors du
devoir du gouvernement de provoquer des pres
criptions légales qui eussent une autorité incon
testée et incontestable. »
Nous reproduisons le texte de la loi sur la
presse, soumise aux chambres belges, telle
qu'elle est formulée par la section centrale :
« Art. fc". Quiconque, - par des écrits, des im
primés, des images ou emblèmes quelconques,
qui auront été affichés, distribués ou vendus, mis
en vente ou exposés, aux regards du ; public, se
sera rendu coupable d'offense envers la pérsonne
des souverains ou chefs des gouvernemens étran
gers; ou aura méchamment attaqué leur autori
té, sera puni d'un emprisonnement de trois mois
à deux ans et d'une amende de 100 fr. à 2,000 fr.
» Le coupable pourra, de plus, être interdit de
l'exercice de tout ou partie des droits mentionnés ■
à l'article 'A% * du-^ode ^pënal> pendant deux ans
au jn'' ^;s.cfectoq^ï'plus.
» Art. 2: Niit-he/pourra alléguer, comme moyen,
{l'excuse ovedë jïfe ficatiort, que les écrits, impri-
méSj images': ou emblèmes, ne sont que la repro- ■
dup/tioj» de publications faites-en Belgique, ou en
:iays étrangers.
■»Art.'3. La poursuite aura lieu sur Ja demande
dureprésèntànt du souverain ou du chef du gou
vernement qui se croira offensé. Cette demande
sera adressée au -ministre des affaires étrangères
et ne sera pas jointe aux pièces du procès. La dé
pêche de ce ministre sera seule visée - dans le ré
quisitoire du ministère public:
,ii Art. 4. La procédure tracée par les art. 4, J3
et' 7 de la loi du 6 avril 1847 sera suivie pour les
délits prévus par la présente loi. ......
».La disposition suivante, tjui remplace l'article
6 de la même loi .du G avril'1847, -est applicable
aux mêmes délits.
« Le prévenu, arrêté en vertu de l'article 5 de
la loi du 0 avril 1847, pourra obtenir sa mise
en liberté provisoire sous caution, en s'adres-
sant soit à la cour d'assises, soit au tribunal ;
correctionnel du lieu où siégeait cette cour, si
la session est close. L'a caution à fournir sera
débattue contradictoirement avec le ministère
public.
» S'il existé des circonstances atténuantes , la
cour pourra modifier les peines énoncées à l'art.
1" de la présenté loi, conformément à l'art. 6
de la lui du 15 mai 1849. » . -
» Art. 5. Les poursuites seront prescrites par
le laps de trois mois à partir du jour où le délit
aura été commis au d&eelui du darnieratte ju
diciaire. , :
v: Art. 6. La loi du 28 septembre 1816 est abro
gée. a . . ,
On sait qu'un magnifique vaisseau à va
peur et à hélicû,le Napoléon, construit à Tou
lon, a subfâvec succès les premières épreu
ves de la navigation. C'est une conquête de
notre génie maritime, et nous pouvons être
fiers, ajuste titre, de posséder ce bâtiment,
qui n'a pas son pareil dans les flottes étran
gères. /
Ce chef-d'œuvre de nos arsenaux a excité
la vive émulation, pour ne pas dire la ja
lousie de nos voisins-les Anglais. De leur,
côté, ils viennent de lancer un vaisseau, le
Windsor-Castle,rêcemmen t débaptiséét nom
mé définitivement Wèllington. Il est destine,
dit-on, à recevoir 147 pièces de canon,y com
pris 7 pièces à longue portée, qui seront pla
cées sur le pont. Ce léviathan aura une ma
chine auxiliaire à jliélice de700"chevaux. C'est
une réponse à nos ingénieurs. Nous avons
construit le Napoléon; les Anglais mettent à ;
l'eau le Wellington. C'est naturel, puisqu'ils
ont la vanité ou le patriotisme assez aveugle
pour croire sincèrement qu'il y a une com- !
paraison possible entre ces deux noms.
La presse anglaise a décrit avec bruit les
gigantesques proportions de ce navire sorti
de l'arsenal de Pembrocke. Les nouveaux
lords de l'amirauté.qui sont arrivés à la tête
de la marine anglaise lorsque lord Derby a
pris la direction des affaires de son pays,
avaient à cœur de signaler les débuts de leur
administration par un coup d'éclat. Sous le
gouvernement des whigs, les membres de la
précédente amirauté avaient été attaqués
avec un acharnement inouï, principalement
Ear l'amiral Napier, homme d-esprit et ha-
ile marin, qui" s'est montré très passionné
daas le débat auquel nous faisons allusion.
Le souvenir de cette opposition, qui a sus
cité tant de déboires à leurs prédéces
seurs, stimule le zèle des lords de l'amirauté;
mais rien ne prouve, jusqu'à présent, qu'ils
feront mieux que leurs devanciers..
La mauvaise organisation du service des
constructions navales en Angleterre subsiste, ;
malgré le changement des personnes placées
daas les régions supérieures de l'administra
tion maritime. Une enquête parlementaire
en a dévoilé les vices, et, sans doute, on a
essayé de les corriger. Mais il en est un qu'on
ne détruira qu'avec le temps, c'est l'inhabi
leté relative des constructeurs anglais; à part,
quelques exceptions. Tant qu'ils ne seront
pas au niveau de notre génie maritime, les-'
réformes qu'on pourra faire dans les arse-»*
naux seront .incomplètes. Ce n'est pas, d'ail
leurs, en quelques mois qu'on détruit des
abus séculaires. .
Les constructeurs de Pembrocke ont lancé
un bâtiment de dimensions plus grandes
qu'aucun autre vaisseau de ligne; ils comp
terions l'exécution de leur proje't pouries"
féliciter du succès, s'il y-a lieui 11 n'est pas..
dit,. parcè 4 ,qu'u'n> vaisseau a-de très grandes
dimensions, qu'il se tiendra bien sur l'eau,
qu'il portera toute son artillerie, tous, ses ap-
provisionnemens-et qu'il obéira rapidement (
à l'impulsion de sa machine ou à la traction ■
de ses voiles . C'est au moment où ils vont
aborder .'les difficultés de l'entreprise, que
les Anglais se mettent à chanter victoire.
Ils pourraient se souvenir de leurs précé-
dens essais si malheureux, du Blenheim,
par exemple, ou des trentè-trois bàtimens
à vapeur.en fer, en un mot, de cette masse
de navires, qui font figure sur l'annuaire,
mais quine sont bons qu'à servir de gardes-
côtes, ou bien à transporter, et parfois, ne
'oublions pas, à noyer des troupes en temps
de paix.
Ce Blenheim, que nous venons de nom
mer, est un ■ vaisseau que- les Anglais ont
voulu; dès 184-5, transformer en bâtiment
mixte au moyen d'un appareil à vapeur et à
hélice.. Pendant trois années, les construc
teurs, anglais ont soumis „ce navire à leur
expérimentation ; ils. out d'abord conservé
les formes de l'arriére, mais le BlenJieim- ne
marchait pas; ils ont ensuite allongé l'ar
riéré - de plusieurs pieds. C'est alors séule-
>' 'ment qu'il a pu sentir l'influence de sa
m'achine auxiliaire. Ces essais ont coûté
.1,100,000. : fr. dépensés uniquement pour
l'appropriation de la coque; en y joignant
le prix de l'appareil, on évàlue'àpres de
2 millions les frais de cette transformation.
-En définitive, le Blènheim n'a jamais pu dé
passer cinq nœuds à l'heure avec une petite
brise contraire.. Aujourd'hui ce bâtiment,
qui ne peut pas recevoir plus de 60 canons,
èst réduit à la triste condition de garde-côte,
• Passons à un autre essai : l'Amphion est
une frégate de 34 canons. On l'a pourvue
d'un appareil à hélice de' la force de 300 che
vaux; Après cela, l'Amphion n'a jamais pu
égaler m vitesse la frégate française à "hélice
la Pomme, dont le moteur nè dépasse pas la
force de 220 : chevaux; et, en outre, l'Am
phion n'a pu prendre que quatre jours de vi
vres. C'est dire qu'il n'est d'aucune utilité
dans la flotte. On l'a mis à l'écart. Les tra
vaux avaient coûté, environ 350,000 lr., sans
compter la valeur de l'appareil.
Parlerons-hous de la Megœra. C'était un
essai'd'un autre genre : un bâtiment en fer
à hélice. Il a pris la mer, le 3 janvier der
nier, pour transporter au cap de Bonne-Es
pérance, un bataillon de carabiniers. A peine
en route, il a pris feu, réchauffement de ses
chaudières ayant communiqué l'incendie
aux murailles du navire. On l'a ramené en
toijifi Mte à Plymouth : après la réparation
de Ws avaries, il a recommencé sa traversée;
mais, hélas ! il est resté soixante-seize jours
en route, tandis que les steamers ordinaires
font le voyage en quarante-cinq et cinquan
te jours, et le temps n'avait pas cessé d'être
beau.'
La. Harpy est un navire à vapeur de
même sorte, mu par des roues à aubes. Sa
dernière traversée du Brésil en Angleterre
•a duré cent dix jours. Le capitaine, sa
chant toute la répugnance de son navire
pour la locomotion, avait embarqué beau
coup plus; de charbon qu'il n'en eût"fallu à
borcl d'un bon bâtiment pour unp traversée
plus longue! Cet énorme approvisionnement
se trouva inutilement consommé après quel
ques jours de voyage. Il existe un dépôt de
charbon à l'île Saint-Vincent; mais, pour y
arriver, il fallut brûler tout ce qui pouvait
servir de combustible : tables, portes de ca
bines, cloisons, sièges, meubles, etc; Le bâ
timent se traîna, grâce à cet expédient, jus
qu'à Fayal et de là en Angleterre où il par
vint pnfm, réduit à toute extrémité
. Le Birkenhead ë tait un navire en fer, pour
vu d'une machine de 56i chevaux. 700
hommes de troupes anglaises y furent em
barqués pour aller au cap de 'Bonne-Espé
rance. Il était divisé en compartimens, de
mapière à isoler les diverses parties du bâti
tenty placer un armement formidable. A"t ^»;JiN ?mtaitet à laisser lesunesàflot lors môme que
- aurait envahi les autres. Mais les cloi-
■>"Gîïsetaierit si peu solides, que le Birkenhead,
VàjéHat donné contre un écueil le -25 février
* jlbniiér, elles furent -emportées enàtn ins
tant. Quatre cent, soixante-neuf hommes pé-,
rirent dans le naufrage. L'horreur de celte-
perte fut augmentée encore par le sentiment
de la situation précaire de la colonie, qui, pil
lée par les Cafres, attendait impatiemment
des renforts ; c'est au même moment que Id
Megœra et le bataillon de carabiniers qu'elle;
portait n'arrivaient que si lentement à leur
destination. Pouf le dire en passant, nos voi
sins d'Angleterre ont fait lautes sur fautes
dans cette, guerre d.es Cafres. N'ont-ils pas
envoyé dernièrement au Cap un régiment de
cavalerie sans chevaux, qui n'a pu entrer en
campagne parce que lés montures du pays
sont très petites et que les jambes des cava
liers étaient trop longues? •
Nous poumons multiplier les exemples
de navires dont la construction né fait pas
plus d'honneur aux arsenaux anglais.-Mal
gré la multitude de leurs bàtimens de guer- :
re à vapeur, ils sont obligés de fréter à cha
que instant des- steamers "appartenant aux
compagnies transatlantiques pour opérer Lé
transport des troupes. La compagnie pénin
sulaire et orientale a loué. dernièrement à
l'Etat le vapeur Madras pour cé service. Nos
voisins avaient mis en même temps sur chan
tier trente-deux bàtimens à vapeur en fer. On
les a tous construits, et ils se sont trouvés
tous hors* d'état de rendre de bons services.
Ils avaient coûté ensemble |>rès de 22 mil
lions. On les a vendus en partie çour le prix
du vieuxfer : le reste a été alfectéà des trans
ports insignifians.
Cette série d'insuccès a deux causes:
l'empressement excessif des Anglais à se
lancer dans la voie des expériences, sans étu
des suffisantes ; l'irrégularité et le décousu
des moyens d'exécution. Personne n'est
responsable dans les arsenaux. Quand une
construction- est mauvaise, l'amirauté ne
sait à qui s'en prendre. La direction des Ira-
vaux est divisée entre plusieurs chefs in-
dépendans les uns des autres , et cha
cun renvoie la balle à son voisin. Un
journal anglais a comparé l'amirauté à
un maître qui trouve sur sa cheminée un
vase de .porcelaine cassé. — Qui a brisé ce
vase, Mary? dit-il à sa. cuisinière. — Je n'en
sais rien, 'Monsieur, répond Mary. Les por
celaines de votre cheminée ne rentrent pas
dans mes attributions. — Là-dessus, le maî
tre appelle-son valet-de-chambre. —^Est-ce
vous, John, qui avez brisé ce vase ? — Je
n'en sais rien en vérité, Monsieur ; ce qu'il
y a de sûr c'est qu'il était fêle depuis le jour
où l'on s'en est servi pour faire du punch.
Le punch a été préparé à la cuisine.
C'est ainsi que l'amirauté, lorsqu'elle in
terroge les constructeurs des machines à
vapeur est renvoyée par eux aux construc
teurs des coques.' Il en sera de même tant
que l'ordre et la hiérarchie qui régnent dans
l'intérieur de nos arsenaux et dans leurs rap
ports dvec le pouvoir central ne seront pas
établis en Angleterre. Quant au Wellington,
ce n'est rien qu'un essai, un projet, et, jus-
au'à préuve contraire, on aura le droit de
outer, d'après les erreurs continuelles
des constructeurs de la Grande-Bretagne,
qu'il obtienne le succès que l'administration
anglaise se propose. Ce n'est pas d'aujour
d'hui qu'on songe à augmenter la. force des
batteries des vaisseaux à trois ponts. S'il ne
s'agissait pour réussir que d'agrandir les di
mensions actuelles des bàtimens de premier
rang, il n'y aurait pas de raistfn pour qu'on
ne construisît pas un navire propre à porter
deux cents canons. Mais un vaisseau n'est
pas comme une fortification immobile; il
est destiné à naviguer, et il est nécessaire de
combiner toutes les parties de sa masse de
manière à la mettre en rapport avec ses
moyens de locomotion. Nous "verrons bien
tôt comment les Anglais ont résolu ce -pro
blème.
Admettons; du"réfete. <ïn» ooito ton mil vc;
ait un plein succès. Cela n'importe guère.
Un vaisseau de plus ou de moins en Angle
terre, portàt-il cent cinquante canons, ne
changerait pas l'état 'des forces navales
des deux pays. , La flotte, anglaise est et res- ;
tera probablement b'eaucoup plus nombreu-.
se que "la nôtre. Ne compte-Velle pas defà
une cinquantaine de "navires à hélice ? Mais
l'infériorité du nombre de nos bàtimens n'emv
pèche pas que l'emploi de la vapeur à bord
des vaisseaux ne porte à la marine anglai
se' un grand préjudice et ne * tende à
égaliser les forces des deux pays. Ce n'est pas
le matériel naval qui nous a jamais "man
qué, ce sont les marins. L'Angleterre pos
sédé en plus grand nombre que la France
des matelots familiarisés, par de fréquens
voyages, avec tous les détails de leur pro
fession. Tant que le succès d'un combat
naval a dû dépendre de la promptitude et de
l'habileté delà manœuvre, nous avons eu
peu de chances de rivaliser jamais avec la •
Grande-Bretagne.
Mais aujourd'hui les vaisseaux pourront
combattre sans le secours des voiles .Abord,
pendant un engagement, on. aura moins be
soin de matelots que cl'artilieurs et de fusir
liers ; les soldats rendront autant, de servi
ces que les marins, et, Dieu merci, la Fran*
ce pourrait opposer à ses adversaires, quels
qu'ils fussent, des phalanges nombreuses et
résolues. \
. Il n'en faut pas moins surveiller les prépa
ratifs de nos voisins. Nous avons dit que leç
essais du Napoléon avaient excité .leur emula 7
tion. L'amirauté' a prescrit, depuis lors, la
construction de plusieurs vaisseaux à hélice.
Déjà l'Agamemnon, de 90 canons, avec un ap-»
pareil de 600 chevaux, a été lancé à Wool-
wich le 29 mai, Une frégate à hélice, l'Im
périeuse, de SO canons, à été mise à l'eau en
septembre. On annonce l'àchèvement pro
chain de plusieurs vaisseaux mixtes, entre
autres du James-Watt, de 90 canons; du
Royal-Albert, de 120; du Saint-Jean-d'Acre,
de 100; du Sans-Pareil, de 81 canons. Nous
croyons fermement que, de son côté, no
tre gouvernement est prêt à suivre sans
précipitation la voie -où il est entré, et dont
les étapes sont marquées par le lancement
du Charlemagne, de l'Austerlitz, du Jean-
Bart et du Napoléon. Qu'importe que les An
glais se précipitent dans la même carrière
avec une espèce de fièvre ! Nos progrès n'en
sont pas moins sûrs; notre position n'en est
pas moins bonne. Jamais notre établisse
ment naval ne s'est trouvé dans un état si
satisfaisant et qui donne de plus légitimes
espérances.- • D enain.
Le Corps Législatif s'est réuni aujourd'hui
en séance publique, comme on le verra par
le sommaire que nous publions plus loin.
L'ordre du jour annonce deux séances'
pour demain : l'une à une heure, l'autre à
sept heures. C'est à l'issue de cette dernière
séance que le Corps Législatif se transpor
tera en corps à Saint-Cloud, pour remettre
le procès-verbal du recensement du vote
sur le plébiscite entre les - mains du prince-
Président.
Le cortège, qui se composera d'unè cen
taine de voitures, sera éclairé aux flambeaux,
Il marchera avec une escorte de la garde,
qu'on appellera encore ce soir-là républicaine.
Le Sénat se rendra aussi de son côté à
Saint-Cloud, qù il précédera le Corps Légis~
latif.
Le vice-président du Corps, Législatif et les ■
présidens de section, la maison militaire et
la maison civile du prince seront aussi pré
sens.
On croit que l'Empereur couchera jeudi
soir aux Tuileries.
Le secrétaire de la rédaction : t. iîoniface.
un a encore reçu aujourd'hui, au minis
tère de l'intérieur, quelques votes arriérés.
Le chiffre connu est le suivant : 'A
OUI. . . . 7,803,216
"NON'. ... 249,607 _
CORPS LEGISLATIF.
. . , (Session extraordinaire.) ^
' Séance du 30 novembre 1852. T . ;
présidence de m. biixaixt.
Ouverture de la séance à 3 heures.
Démission de M. le marquis de Calvières. —.
Serment prêté par M; le comte de Pennautier. : —.
Dépôt par MM. Evariste Bavoux, Alfred Leroux,
Delamarre (Creuse), Réveil, Anatole Lemercier,
Belmoutetet'Faugier, des rapports présentés au
nom des sept bureaux, et relatifs aù recensement
des votes émis sur le projet de plébiscite du 7 no
vembre. — Adoption par le Corps Législatif, à la
suite de cRacyn des sept rapports, desconclusions
des divers bureaux, : -
.Levée de la séance. . """T. .
., Ordre du jour du mardi ..I e * décembre. .. "
A deux heures, réunion dans les. bureaux, Suif^
FEUILLETON DU CONSTITUTIONNEL, I er DÉCEMBRE-
RENEE DE VARVII LE.'
' XVI,. -,
■ DEUX JEUNES FEMMES. '
" Renée resta donc seule pendant une lon
gue soirée de tristesse ; il en fut encore de
même le lendemain. > Mme de Savignyrvou-
lut la venir chercher pour un bal: Elle refu
sa. On lui proposa l'Opéra. Elle refusa.. C'est
que Renée ne voulait pas que sa'tristesse fût
consolée; elle ne voulait pas qu'une seconde
l'ois il... lui;,, celui qu'elle ne nommait ja-
mais_et que.sa pensée ne nommait pas, mê
me intérieurement, eût de nouveau l'idée
que ce monde des.plaisirs pût la distraire du
malheur de n'être pas à lui.
— Eh bien! se disait-elle, puisque cette
destinée que je rêvai un momentvet qui me-
sembla le bonbèui% est manquée pour tou
jours, que. rien ne vienne m'en: distraire! Je'
veux pleurer toute,ma vie ce.bonheur perdu
sans retour. . t
J'avais cru qu'.unç sainte amitié pouvait
lier ma vie à la sienne, sans tort et sans dan
ger» 11 me semblait qu'ainsi, dans la retraite,
j'aurais plus de joie au cœur qu'aucune autre
lemme !... Jlais il faut même renoncer à cette
pensée.— Il ne reviendra pins!.—Et je ne le
rappellerai pas ! — car j'ai compris ! Son ame
est trop belle pour supporter la moindre ap
parence de fausseté ; et quand son ami est
venu là, quand il lui a tendu la main, j'ai
senti que cette innocente vie que j'espérais,
était impossible; que ce qu'il serait obligé de
cacher de son c^ur à l'ami de son enfance
lui seinblerait une trahison. Mon Dieut vous
aviez créé cette ame délicate; vous m'aviez
donné l'espoir d'y trouver mon appui en ce
monde, et je voudrais essayer d'un autre
bonheur, quand celui-là m'est enlevé î^Non,
non ! ce serait indigne de 1 son ccÈur et du
mien!....Ce trésor*perdu ne sera remplacé
par-rien) .Je serai sa yëuvel Et toute ma vie
je porterai le deuil de'son amour.
La jeune femme.n'avait pas un doute sur
la sagesse d'une résolution aussi innocente,
non plus que sur, la " facilité de l'exécuter.
Quelques jours se passèrent. Maurice ab*
* La reproduction est interdite. .
sent, Sophie presque toujours avec une pa
rente, laissaient la solitude autour de Re
née. Son amour idéal croissait dans' son
cœur sans que rien vînt l'en dist^ire.
^Yvonne ne causait plus. Elle était sou
cieuse; et, son service fini, elle'allait hors
de la maison.'Renée cependant était sortie
plusieurs fois dans le jour et elle avait cher
ché Mme de Saint-Erain, qui n'était jamais
chez elle, mais qui se hâta d'arriver chez
iMme de Varville dès qu'elle eut appris sa
visite. ' ■ ■ ■ - -
Mme de Saint-Erain était .de toutes les
femmes celle dont'l'existence était-la plus
différente des habitudes de Renée, et cepen
dant c'était celle pour qui elle se sentait le
plus- d'attrait. Mme de Saint-Erain disait
tout, même les choses qu'on ne doit pas
dire. Elle se vantait même des choses qu'on
ne doit pas faire, et elle mêlait sans cesse des
épigrammes sur le mariage à des plaisante
ries sur- son mari, disant qu'elle était sage
et que c'était faire pour lui bien plus qu'il
ne méritait. ' ■■■■....
Elle le tenait quitte des égards, de l'amitié
et dé la déférence. Dès qu'il désirait d'elle
quelque chose, elle faisait le contraire, et,
dans la conversation, il suffisait qu'il eût un
avis pour qu'elle en prît un autre. Il faisait
de môme, et l'on pouvait dire que c'était un
ménage parfaitement d'accord pour se con
trarier constamment; -
; ■ Elle accourut chez Renée, disant qu'elle
n'avait qu'un instant à lui donner, car-elle
était toujours pressée et toujours en re
tard.
; Renée en lit la remarque en souriant,
' — Savez-vous pourquoi? lui répondit-elle;
c'est que j'arrange pour chaque jour des
plaisirs, des visites, des courses et des affai
res, de quoi remplir , au inojns trente-six
heures, et cela tout exprès pour n'avoir pas.
le temps de penser une minute.
Renee lui prit la main avec un mouve
ment alfectueux. 1
, Vos pensées sont donc bien tristes?
dit-elle. -
-— Je ne sais pas ce qu'elles. seraient, re-
!>rit en riant' Mme de Saint-Erain ; car je ne
es connais- pas. Je ne veux pas fair^. con
naissance avec moi-même : les proches voi
sins . sont gênans. Si une fois je me laissais
aller à. mes réflexions, Dieu;sait si je pour
rais • jamais- m'en débarrasser t.. Mais,. ne
parlons pas de cela ! Dites vite comment je
puis vous être bonne à quelque clfôse... j'ai
tant-à faire ce matin... sans compter qe soir.
Elle se mit à rire alors de bon cœur.;
— Ce soir, les jambes dansantes qui cap
tivent M. de Saint-Erain s'exercent dans un
pas nouveau; je veux voir cela! d'autant
pins qu'on doit les chuter! Cela se dit ainsi à
l'Opéra pour témoigner son mécontentement,
et j'en rirai bien. , • '
—Vous êtes jalouse? .■
—Ah ! la bonné idée ! jalouse de-.deux-
jambes maigres''? Allons, doijc !■ je leur ai des.
obligations; elles me débarrassent de mon
mari, et il n'y a rien de plus commode qu'un ,
mari infidèle" • : ..
' —Oh ! dit Renée d'un ton cîe reproche.
—Soyez traiiquillè, ma chère cousine, .re
prit Mme de Saiut-Erain, je ne ferai pas un
mauvais usage de ma liberté; je suis sûre de-
moi... maintenant. ■ ■ ■ ; v
—Maintenant? '
-'—Je suis à l'épreuve, et,-heureusement, '
mon expérience ne m'a pas coûté aiissi cher
que cela pouvait être !... Mais enfin j'avais un
jour laissé aller mon cœur...
—Ah!... vous avez aimé? ; •
—Bien peu, ' dit en 'riant Mme^de Saiht-
Érain. Mais écoutez d'abord : ■■ "> l
' Un homme d'esprit a dit : Ùn peu dé vo
lupté, un peu de .vanité,-voilà tout ce qu'il y
a dans les hommes de notre temps.—M. de
Saint-Erain est un des types les plus cou
ple! s de cette déllnition... Il ne m'aima
point. - (
■ J'étais jolie> riche et recherchée par les
meilleurs partis; il voulut, par vanité, m'a-
voir pour femme: Sa vtmité, plus tard, se
trouvait intéressée à eulever une beauté de
l'Opéra à un de ses amis; il y mit la même ■
importance qu'à m'épouser. Moi, ma chère
Renée, j'avais quitté manière, qui me gâtait
à force de m'aimer, et qui a vécu depuis
dans ses terres. J'avais quitté ma sœur, qui
vit en province. Ce qu'il y avait de tendresse
dans mon cœur tout aimant de vingt ans, je
n'en savais que faire, et je m'ennuyais ! Un
fai... Oh ! il y en a encore à présent qui
s'occupent des femmes sans les aimer... Un
fat donc, qui passait poxir homme d'es
prit, qui était estimé, honoré, comme un
des plus distingués de notre monde, fit sem
blant d'être amoureux de moi : mon c(cur s'y
laissa prendre. Il avait de douces manières,-
une grâce aimable, qui ressemblait à l'affec
tion;- il m'en promettait une dévouée ; moi,
je l'aimai et-je lui confiai,-dans là-tenaresse >
de mon cœur, ce besoin d etre aimée que
l'on éprouve à vingt ans... Ôh ! j'étais sur la
pente,.* Voici ce qui me sauva : J'avais une
amie, à qui j'avais dit le trouble ' de. mon
cœur. Un soir, chez elle, avec notre parente
Mme de Rebel, dont vous connaissez l'esprit*
méchant, la conversation roula sur les l'em-
mes, le mariage et l'amour; Mon fat étaitlà,
et je le vis s'unir à ces dames pour se blo
quer du sentiment et de ces beautés sensi
bles qui cherchent un cœur qui les com
prenne..... Bientôt, dans les phrasés citées
par ces dames pour les tourner en ridicule,
se trouvaient mes paroles de la veille, que
. ce monsieur n'avait rien eu de plus pressé
que de livrer à la raillerie, pour se vanter de
ma conquête... Ce que je souffris, je ne puis
encore y penser sans une impression dou
loureuse; il me sembla que cet homme, "que
j'aimais, déchirait de 'ses mains tout mon
cœur palpitant, pour en livrer les lambeaux,
à des furies L. Je'pâlis, je rougis dix fois en
quelques minutes; je voulus parler; ma voix
s'arrêta au passage. Ce que j'avais cru con
fier à un cœur dévoué, ou au moins à la dé
licatesse d'un homme d'honneur, ce-fat l'a
vait livré lâchement aux railleries d'àutrés
femmes, par vanité! Et mon amie en riait avec
lui, pour se venger peut-être de ce que j'a
vais eu le désir'de plaire à' cet homme qui,
jadis, lui avait été clier... à ce que j'ai su
depuis,; . .. v
Ma chère itenëe, je rentrai chez moi avec
une si terrible-souffrance, que je crus mon
cœur prêt à se briser ; mais, le lendemain,
j'étais guérie de l'amitié comme de l'amour
pour le resfe de ma viè !
Depuis ce moment, je n'aime que moi ; je
. né" m'occupe que de moi, de mon bien-être,
dftïnpu"plaisir, et, pour ne plus rien trouver
de sensible en mon cœur pour les autres, je
l'ai desséché. N'albz pas chercher à l'atten
drir, ce n'esLpluà possible ! Vous voilà pré
venue : je ne vous aime pas.
Renée. la regardai t avec une douceur si
tendre, qu'on voyait bien que ces derniors
mots s'adressaient à elle pour repousser cette
•expression de tendresse qui se peignait sur
■sonvisage. •
— Mais dites donc ce que vous voulez de
moi? réprit-elie. -
Renée ne l'écoulait plus. Tout entière aux
pensées que son récit avait fait naître, elle
comparait Théodore aux autres hommes, et
se plaisait à constater cet!e supériorité qui
l'élevait tant au-dessus d'eux; puis, reve
nant à cette jeune femme>- qui lui avait ou
vert toute sa pensée, elle ne put s'empêcher
de dire tristement :
— Quoi ! le monde est-il donc réellement'
/ait de telle façon, qu'il failles pour y vivre
en sécurité, étouffer la première des facul
tés que Dieu donne à notre amé, le : pouvoir ■
d'aimer ? . .... * ...
Ce fut au tour de Mme de Saint-Erain de
la regarder avec surprime.
— Ah! dit-elle, Mme de Savigny a raison
quand elle affirme que vous êtes dévote..
Renée rougit un peu. i. puis elfe reprit :
— Mais pourquoi ne chercheriez-vous pas
dans l'étude, le travail, le goût des»arts... ,
— Ma chère; tout cela est bon à dire; mais,
quand je faisais de la musique^ mon mari
s'en allait; quand je peignais, il né regardait
pas mon tableau... Voilà les arts en famille!.
Quant aux arts pour le public,.;, c'est bien
pis !... . , ■ • - .
Alors, se levant, elle ajouta en riant :
— Dans notre monde, si nous -avions des
succès de ce genre, on nous mépriserait. Là-
perfection d'une îemm^omme nous, c'est
d'être yaniteuse"et -imbéwle ! voilà où en est
arrivée la société la plus spirituelle de l'Uni
vers ! Quant aux hommes, nous en avons 4
l'échantillon par votre mari et le mien, ils
se ruinent dans la mauvaise compagnie î;..
Et je vous quitte, Renée; pour- aller voir
mon frère dans une- maison d'aliénés où
les excès qu'il a faits dans ce monde-là :
l'ont conduit !. . . mon pauvre Guy ! ; v
— Je vais avec vous... voilà ce que ; je vou
lais vous demander... dit Renée. . ;
— Volontiers ! Etes-vous donc curieuse
d'un si triste spectacle? '
Non !... mais je veux prendre quelques--
arrangemens pour placer dans uné maison
de ce genre une pauvre femme, dont la-
ràison est dérangée.
—.Venez;., je vous attends! . *
■ Elle s'assit, et Renée sonna pour avoir un
mantelet, un chapeau, et, pendant ce temps,
pensive et rêveuse, elle s'approcha de Mme
de Saint-Erain, et,.s'appuyant sur son siège,
se' baissant près d'elle, elle l'embrassa sur
le front, comme eût fait une mère : car elle
se sentait (quoiqu'elle fût bien plus jeune
qu'elle) un désir de la protéger contre elle-
même, et de. veqir au secours de- ce cœur
découragé, . ■ :
" — Chere belle, lui dit-elle tendrement,
les causes des chagrins ne sont-elles pas tou
jours des fautes? El ne pourrait-on pas re
médier aux maux par des contraires ? Ce que '
j'iii vu du monde ne.conflrm&'que trop vos
paroles, pour quelques parties du moins de
la société; mais comment les troubles de la
vie politique n'auraient-ils pas. jeté le dé
sordre dans lés idées? Et pourquoi; dans des ;
jours de calme, ne trouverait-on' pas unè :
idée... un but qui. rallierait et occuperait*
cette société, qui a tout son temps ^ dépen
ser en plaisirs? Mais il r faudrait d'abord que
;chaque femme mît tout ce qu'elle a de jeu
nesse, d'esprit et (Te beauté, à garder ou à ;
ramener prés-d'elle et dans sa famille son
mari!...
— Ali! s'écria Mme de Saint-Ërain en
riant, vous voulez qu'ôn soit coquette pour
un homme qui doit vous aimer par ordre et
Vous être dévoué de par la loi ?
— La loi ? reprit Renée avec un sourire, :
on est si dispose à la braver de notre temps,}
qu'il faut la faire accepter-par son adresse.,»-
et séduire ceux qu'on veut gouverner.
— Se donner tant de peine, pourquoi?
pour ramener des maris?*;, Mais, machèrei-;
notre seul bonheur-, c'est leur absence !
— Vous, riez toujours, -dit Renée mécon-»
.tente. _ ' .,.....
. - — De peur de pleurer -sans 'Cessé, répon-
;dît Mme de Sairft-Erain!-...' MàisÂ, voyons, sé-'-
.rieusement; Renée; seriez-vous.-donc biea"
heureuse si M.' de Varville; ennuyé ou dé-'
goûté de cette femme chez qui; il passe sa •:
vie, revenait à vous, s'il voug apportait soii ; -
amour?' ' 1 ;
■ Renés recula.comme si un fer lui eût tou- •
ohé le cœur.. ■ '
— S'il revenait à moi ? 'dit-elle,"et elle pâ
lit. Cette idée n'était jamais venue ^.^n es- ''
prit. : '.••
— Oui, si, ce qui* aura-lieu.,un jour où
l'autre, Maurice, malade, fatigué et en co
lère contre cette beauté qui aura-ruiné et sa
fortune et sa santé, rentre dans sa maison
avec cette mauvaise humeur qu'ont tous les -
gens -mécontens d'eux-mêmes", s'il 'vient
vous demander cet amour qu'il dédaigne k
présent..'.
— Est-ce que c'est possible? s'écria invo
lontairement Renée.
— S'il faut, poursuivit "Mme de Saint- -
Erain^ que vous trouviez dans votre cœur •
ces iraîches inspirations de d'amour, ces *
douces paroles qu'il envoie, bien plus... une *
intimité complète..., un abandon de toute =
votre personne ?> •
Renée tremblait; elle eut peur de sa cou» .
sine, se sauva dans sa- chambrç, et élevant
au ciel ses yeux remplis de lartâes : : ,
-—• Mon Dieu ! mon Dièu-î. dit-elle dans soa> : ,
ame, vous savez bien que je ne le pourrais
; pas!.. Oh! je ne pourrais pas... lui donner
mon amour j à lui.., Mon Dieu !... il vaudrai
ilUU14.%tJ&. : rue fie, Wal^jbi (Palais-Etujnl), n £19.
B
1854. - MmiIftEDl 1" DÉCEftliiUJfc,
Prix de ï'abmffiei&eat.
DEPARTEIHENS î
10 fk." pour trois mois.
PARIS :
13 fr. i>ocb ti101s mois.
. UN NUMÉRO I 20 CMT1MSS.
pocb les pays étrangers, se reporter au
■ tableau publié dans le journal, les 16 et
15 de chaque mois,' - '
fjy*
JÉÉL 4Mb i-lâL^
JOURNAL POLITIQUE, LITTÉRAIRE, UNIVERSEL.
S'adresser, franco, pour l'administration
à H. DE1MIN, directeur^
Toute lettre non affranchie sera rigoureusement refusée.
Les articles déposés ne sont pas rendus.
!
On i'abonna, dans les départemens, aux Messageries et aux, Directions de poste.—A londres, chez MM; CowiE et ïttS?
— A Strasbourg, chez M. A iexaspre, pour l'Allemagne.
1
Les annonces sont reçues c!>ez M. PAIsîS, régisseur, 10, place de la Bourse;
• et au bure'au du journal.
PARIS!, 50 NOVEMBRE.
La loi sur la presse, présentée aux cham
bres belges par le cabinet de Bruxelles, va
être mise en discussion. La commission
chargée de l'examiner a déposé son rap
port. Nous publions guelques passages de ce
document.On remarquera avec quelle netteté
• le rapporteur redonnait et proclame les obli
gations que la neutralité impose à la Belgi
que, vis-à-vis des puissances voisines. La
commission admet que la Belgique peut être
justement rendue responsable des attaques
dirigées à l'abri de ses lois contre les gouver-
nemens étrangers, et c'est de cette responsa
bilité qu'elle fait découler pour le gouverne
ment belge le droit et môme le devoir de ré
primer toute attaque de ce genre. La thèse
que la France a toujours soutenue enpareille
. matière est donc complètement admise par
l'honorable M. Lelièvre et par ses collè
gues. Nous sommes heureux de voir un
principe si conforme à l'équité, si essentiel
aux bons rapports de tous les peuples en
tre eux, être accepté et défendu par les mem
bres les plus distingués du parlement belge.
Nous en augurons bien, non seulement pour
le succès de la loi, mais pour le maintien des
bonnes relations entre deux pays qui ont
tant' d'intérêts communs. La Belgique prehd
le plus sûi? moyen de consacrer leffTlroits de
sa neutralité, quand elle se montre soigneu
se d'en "remplir les obligations.
CTICHEYAIi-CLARIGNT.
Voici comment s'exprime le rapporteur
de la commission :
« Examinons maintenant, au point de vue de
ces principes, le caractère des faits prévus par le
projet en discussion. La loi proposée atteint les
outrages commis envers les souverains étran
gers. Or, les injures et les outrages sont ré-
'putés délits môme d'après les règles du droit com
mun. Ils constituent un fait illicite dans le cas
même où ils nç sont adressés qu'à un simple
particulier. Mlis quand il s'agit des souverains
étrangers ou des chefs de ces gouvernement, le
fait dont il s'agit a un caractère tout spécial, il
constitue un véritable'délit contre la chose publi
que parce qu'il est dénaturé à produire des con
séquences" préjudiciables à la nation elle-même.
Ces principes sont surtout incontestables dans
l'hypothèse particulière qui nous occupe^ En ef
fet^ la Belgique . a des intérêts importans à ré
gler avec les gouvernemens étrangère ; elle doit
poursuivre" des négociations qui supposent une
bienveillance réciproque. Nul doute que des atta
ques méchantes, des outrages dirigés contre les
chefs de ces gouvernemens ne: soient.de nature à.
troubler les relations amicales qui doivent pré
sider aux négociations -pour en : , assurer le suc
cès, et porter ainsi un préj udice notable à l'in
térêt national. Le législateur a donc le droit de ré
primer des actes qui peuvent avoir des conséquent
ces fâcheuses pour les intérêts matériels du pays
et qtii, dans certaines circonstances, pourraient
: même compromettre sa nationalité.
.» D'un autre côté, ne perdons pas de.vue que la
neutralité de. la Belgique' repose sur la foi des. trai
tés; Or-, cette neutralité; en; nous conférant
des droits, nous impose aussi des devoirs au
nombre desquels se trouve celui de respecter
les gouverneruens "voisins. Nous repousserions, à
jliste titre et avec toute l'énergie delà raison, l'im
mixtion de l'étranger dans nos a flaires intérieures,
nous ne souffririons • pas qu'il jjrétendit faire
modifier nos- institutions nationales ; dès - lors
ne devons-nous pa3, et par. une juste récipro
cité, respecter -le droit de nos voisins d'établir tels
fouve.rnemsns qu'ils jugent nécessaires à leurs
«soins; et des outragra incassans dirigés con
tre la personne et l'autorité des chefs de; ces
gouvernemens -son|Éis compatibles avec la posi
tion que la Belgique occupe en vertu des traités
et avec les. conditions d'ordre et de sécurité qui
l ont fait admettre dans la grande famille euio-
péenne? Or,tous, ces actes qui, dans l'état.actucl
de choses, sont propres à ébranler notre indépen
dante nationale ou iVTa remettre en problême, ne
sauraient être tolérées, .......
» C'est en ce sens que les monumens de la lé
gislation démontrent que les principes sur cette
■matière ont une application constante, Le Code
pénal de 1791, dans l'art. 2 de la section 1 er , 2 e
partie, punissait le ministre auteur d'agressions.
;ou d'infractioi»& de traités, tendantes à allumer la
guerre entre la France-et 'une nation .étrangère,
i » L'art. 84 du Code pénal de 1810, encore en
vigueur chez nous, commine la peine du bannis
sement contre tout individu qui, par des actions
(hostiles non approuvées par le gouvernement,
'expose l'Etat à une déclaration de guerre. 11
ifrappe de là même peine celui qui, par "des actes
de môme nature, expose les Belges à éprouver des
'représailles.
» Pour apprécier les raisons qui ont dicté ces
dispositions, consultons les jurisconsultes qui ont
commenté nos lois pénales, et notamment Chau-
veau, qui déduit des considérations que nous li
-vrons aux méditations de la chambre, parce
qu'elles sont directement applicables du projet de
loi en discussion.
« C'est la paix, dit-il, ce sont les intérêts na-
» tionaux que la loi a voulu protéger, c'est le
» préjudice éventuel que les actes peuvent "pro-
» duire qui devient la base de la peine. Ainsi la
» .criminalité ne se puise pas dans la gravité in-
» trinsèque des faits, mais dans leur importance
» politique, dans les chances de guerre ou de re-
» présaillcs qu'ils ont soulevées, en un mot, dans
» la perturbation politique qu'ils ont causée. » '
«Ce sont les mômes motifs qui justifient le prin
cipe du projet.-La Belgique ne fait aucune con
cession. Elle agit, au contraire, exclusivement
dans ses intérêts, lorsqu'elle prohibe des actes qui
leur portent une atteinte sérieuse. Quand elle
interdit, sous des pénalités, des faits illicites,
compromettant les relations qui doivent exister
entre elle et les puissances étrangères, elle n'a
qu'un but, celui d'écarter les dommages que des
iactes imprudens peuvent produire au détriment
dé l'industrie nationale. A ce point de vue, il est
Impossible de contester _avec fondement le prin
cipe de la loi. ~ -
» Une disposition législative en ce sens n'est
pas du reste une innovation.
> La loi du 28 septembre 1816 réprime des faits
delà nature de ceux énoncés au projet, en se
fondant sur la considération que les individus qui
offensent les puissances étrangères se rendent
principalement responsables envers la société
dont ils fontv partie. Cette appréciation de l'acte
incriminé est d'une justesse évidente. Mais des
doutes se sont élevés sur la force obligatoire de
cette disposition législative, son existence a été
mise sérieusement en question. Il était dès lors du
devoir du gouvernement de provoquer des pres
criptions légales qui eussent une autorité incon
testée et incontestable. »
Nous reproduisons le texte de la loi sur la
presse, soumise aux chambres belges, telle
qu'elle est formulée par la section centrale :
« Art. fc". Quiconque, - par des écrits, des im
primés, des images ou emblèmes quelconques,
qui auront été affichés, distribués ou vendus, mis
en vente ou exposés, aux regards du ; public, se
sera rendu coupable d'offense envers la pérsonne
des souverains ou chefs des gouvernemens étran
gers; ou aura méchamment attaqué leur autori
té, sera puni d'un emprisonnement de trois mois
à deux ans et d'une amende de 100 fr. à 2,000 fr.
» Le coupable pourra, de plus, être interdit de
l'exercice de tout ou partie des droits mentionnés ■
à l'article 'A% * du-^ode ^pënal> pendant deux ans
au jn'' ^;s.cfectoq^ï'plus.
» Art. 2: Niit-he/pourra alléguer, comme moyen,
{l'excuse ovedë jïfe ficatiort, que les écrits, impri-
méSj images': ou emblèmes, ne sont que la repro- ■
dup/tioj» de publications faites-en Belgique, ou en
:iays étrangers.
■»Art.'3. La poursuite aura lieu sur Ja demande
dureprésèntànt du souverain ou du chef du gou
vernement qui se croira offensé. Cette demande
sera adressée au -ministre des affaires étrangères
et ne sera pas jointe aux pièces du procès. La dé
pêche de ce ministre sera seule visée - dans le ré
quisitoire du ministère public:
,ii Art. 4. La procédure tracée par les art. 4, J3
et' 7 de la loi du 6 avril 1847 sera suivie pour les
délits prévus par la présente loi. ......
».La disposition suivante, tjui remplace l'article
6 de la même loi .du G avril'1847, -est applicable
aux mêmes délits.
« Le prévenu, arrêté en vertu de l'article 5 de
la loi du 0 avril 1847, pourra obtenir sa mise
en liberté provisoire sous caution, en s'adres-
sant soit à la cour d'assises, soit au tribunal ;
correctionnel du lieu où siégeait cette cour, si
la session est close. L'a caution à fournir sera
débattue contradictoirement avec le ministère
public.
» S'il existé des circonstances atténuantes , la
cour pourra modifier les peines énoncées à l'art.
1" de la présenté loi, conformément à l'art. 6
de la lui du 15 mai 1849. » . -
» Art. 5. Les poursuites seront prescrites par
le laps de trois mois à partir du jour où le délit
aura été commis au d&eelui du darnieratte ju
diciaire. , :
v: Art. 6. La loi du 28 septembre 1816 est abro
gée. a . . ,
On sait qu'un magnifique vaisseau à va
peur et à hélicû,le Napoléon, construit à Tou
lon, a subfâvec succès les premières épreu
ves de la navigation. C'est une conquête de
notre génie maritime, et nous pouvons être
fiers, ajuste titre, de posséder ce bâtiment,
qui n'a pas son pareil dans les flottes étran
gères. /
Ce chef-d'œuvre de nos arsenaux a excité
la vive émulation, pour ne pas dire la ja
lousie de nos voisins-les Anglais. De leur,
côté, ils viennent de lancer un vaisseau, le
Windsor-Castle,rêcemmen t débaptiséét nom
mé définitivement Wèllington. Il est destine,
dit-on, à recevoir 147 pièces de canon,y com
pris 7 pièces à longue portée, qui seront pla
cées sur le pont. Ce léviathan aura une ma
chine auxiliaire à jliélice de700"chevaux. C'est
une réponse à nos ingénieurs. Nous avons
construit le Napoléon; les Anglais mettent à ;
l'eau le Wellington. C'est naturel, puisqu'ils
ont la vanité ou le patriotisme assez aveugle
pour croire sincèrement qu'il y a une com- !
paraison possible entre ces deux noms.
La presse anglaise a décrit avec bruit les
gigantesques proportions de ce navire sorti
de l'arsenal de Pembrocke. Les nouveaux
lords de l'amirauté.qui sont arrivés à la tête
de la marine anglaise lorsque lord Derby a
pris la direction des affaires de son pays,
avaient à cœur de signaler les débuts de leur
administration par un coup d'éclat. Sous le
gouvernement des whigs, les membres de la
précédente amirauté avaient été attaqués
avec un acharnement inouï, principalement
Ear l'amiral Napier, homme d-esprit et ha-
ile marin, qui" s'est montré très passionné
daas le débat auquel nous faisons allusion.
Le souvenir de cette opposition, qui a sus
cité tant de déboires à leurs prédéces
seurs, stimule le zèle des lords de l'amirauté;
mais rien ne prouve, jusqu'à présent, qu'ils
feront mieux que leurs devanciers..
La mauvaise organisation du service des
constructions navales en Angleterre subsiste, ;
malgré le changement des personnes placées
daas les régions supérieures de l'administra
tion maritime. Une enquête parlementaire
en a dévoilé les vices, et, sans doute, on a
essayé de les corriger. Mais il en est un qu'on
ne détruira qu'avec le temps, c'est l'inhabi
leté relative des constructeurs anglais; à part,
quelques exceptions. Tant qu'ils ne seront
pas au niveau de notre génie maritime, les-'
réformes qu'on pourra faire dans les arse-»*
naux seront .incomplètes. Ce n'est pas, d'ail
leurs, en quelques mois qu'on détruit des
abus séculaires. .
Les constructeurs de Pembrocke ont lancé
un bâtiment de dimensions plus grandes
qu'aucun autre vaisseau de ligne; ils comp
terions l'exécution de leur proje't pouries"
féliciter du succès, s'il y-a lieui 11 n'est pas..
dit,. parcè 4 ,qu'u'n> vaisseau a-de très grandes
dimensions, qu'il se tiendra bien sur l'eau,
qu'il portera toute son artillerie, tous, ses ap-
provisionnemens-et qu'il obéira rapidement (
à l'impulsion de sa machine ou à la traction ■
de ses voiles . C'est au moment où ils vont
aborder .'les difficultés de l'entreprise, que
les Anglais se mettent à chanter victoire.
Ils pourraient se souvenir de leurs précé-
dens essais si malheureux, du Blenheim,
par exemple, ou des trentè-trois bàtimens
à vapeur.en fer, en un mot, de cette masse
de navires, qui font figure sur l'annuaire,
mais quine sont bons qu'à servir de gardes-
côtes, ou bien à transporter, et parfois, ne
'oublions pas, à noyer des troupes en temps
de paix.
Ce Blenheim, que nous venons de nom
mer, est un ■ vaisseau que- les Anglais ont
voulu; dès 184-5, transformer en bâtiment
mixte au moyen d'un appareil à vapeur et à
hélice.. Pendant trois années, les construc
teurs, anglais ont soumis „ce navire à leur
expérimentation ; ils. out d'abord conservé
les formes de l'arriére, mais le BlenJieim- ne
marchait pas; ils ont ensuite allongé l'ar
riéré - de plusieurs pieds. C'est alors séule-
>' 'ment qu'il a pu sentir l'influence de sa
m'achine auxiliaire. Ces essais ont coûté
.1,100,000. : fr. dépensés uniquement pour
l'appropriation de la coque; en y joignant
le prix de l'appareil, on évàlue'àpres de
2 millions les frais de cette transformation.
-En définitive, le Blènheim n'a jamais pu dé
passer cinq nœuds à l'heure avec une petite
brise contraire.. Aujourd'hui ce bâtiment,
qui ne peut pas recevoir plus de 60 canons,
èst réduit à la triste condition de garde-côte,
• Passons à un autre essai : l'Amphion est
une frégate de 34 canons. On l'a pourvue
d'un appareil à hélice de' la force de 300 che
vaux; Après cela, l'Amphion n'a jamais pu
égaler m vitesse la frégate française à "hélice
la Pomme, dont le moteur nè dépasse pas la
force de 220 : chevaux; et, en outre, l'Am
phion n'a pu prendre que quatre jours de vi
vres. C'est dire qu'il n'est d'aucune utilité
dans la flotte. On l'a mis à l'écart. Les tra
vaux avaient coûté, environ 350,000 lr., sans
compter la valeur de l'appareil.
Parlerons-hous de la Megœra. C'était un
essai'd'un autre genre : un bâtiment en fer
à hélice. Il a pris la mer, le 3 janvier der
nier, pour transporter au cap de Bonne-Es
pérance, un bataillon de carabiniers. A peine
en route, il a pris feu, réchauffement de ses
chaudières ayant communiqué l'incendie
aux murailles du navire. On l'a ramené en
toijifi Mte à Plymouth : après la réparation
de Ws avaries, il a recommencé sa traversée;
mais, hélas ! il est resté soixante-seize jours
en route, tandis que les steamers ordinaires
font le voyage en quarante-cinq et cinquan
te jours, et le temps n'avait pas cessé d'être
beau.'
La. Harpy est un navire à vapeur de
même sorte, mu par des roues à aubes. Sa
dernière traversée du Brésil en Angleterre
•a duré cent dix jours. Le capitaine, sa
chant toute la répugnance de son navire
pour la locomotion, avait embarqué beau
coup plus; de charbon qu'il n'en eût"fallu à
borcl d'un bon bâtiment pour unp traversée
plus longue! Cet énorme approvisionnement
se trouva inutilement consommé après quel
ques jours de voyage. Il existe un dépôt de
charbon à l'île Saint-Vincent; mais, pour y
arriver, il fallut brûler tout ce qui pouvait
servir de combustible : tables, portes de ca
bines, cloisons, sièges, meubles, etc; Le bâ
timent se traîna, grâce à cet expédient, jus
qu'à Fayal et de là en Angleterre où il par
vint pnfm, réduit à toute extrémité
. Le Birkenhead ë tait un navire en fer, pour
vu d'une machine de 56i chevaux. 700
hommes de troupes anglaises y furent em
barqués pour aller au cap de 'Bonne-Espé
rance. Il était divisé en compartimens, de
mapière à isoler les diverses parties du bâti
tenty placer un armement formidable. A"t ^»;JiN ?mtaitet à laisser lesunesàflot lors môme que
- aurait envahi les autres. Mais les cloi-
■>"Gîïsetaierit si peu solides, que le Birkenhead,
VàjéHat donné contre un écueil le -25 février
* jlbniiér, elles furent -emportées enàtn ins
tant. Quatre cent, soixante-neuf hommes pé-,
rirent dans le naufrage. L'horreur de celte-
perte fut augmentée encore par le sentiment
de la situation précaire de la colonie, qui, pil
lée par les Cafres, attendait impatiemment
des renforts ; c'est au même moment que Id
Megœra et le bataillon de carabiniers qu'elle;
portait n'arrivaient que si lentement à leur
destination. Pouf le dire en passant, nos voi
sins d'Angleterre ont fait lautes sur fautes
dans cette, guerre d.es Cafres. N'ont-ils pas
envoyé dernièrement au Cap un régiment de
cavalerie sans chevaux, qui n'a pu entrer en
campagne parce que lés montures du pays
sont très petites et que les jambes des cava
liers étaient trop longues? •
Nous poumons multiplier les exemples
de navires dont la construction né fait pas
plus d'honneur aux arsenaux anglais.-Mal
gré la multitude de leurs bàtimens de guer- :
re à vapeur, ils sont obligés de fréter à cha
que instant des- steamers "appartenant aux
compagnies transatlantiques pour opérer Lé
transport des troupes. La compagnie pénin
sulaire et orientale a loué. dernièrement à
l'Etat le vapeur Madras pour cé service. Nos
voisins avaient mis en même temps sur chan
tier trente-deux bàtimens à vapeur en fer. On
les a tous construits, et ils se sont trouvés
tous hors* d'état de rendre de bons services.
Ils avaient coûté ensemble |>rès de 22 mil
lions. On les a vendus en partie çour le prix
du vieuxfer : le reste a été alfectéà des trans
ports insignifians.
Cette série d'insuccès a deux causes:
l'empressement excessif des Anglais à se
lancer dans la voie des expériences, sans étu
des suffisantes ; l'irrégularité et le décousu
des moyens d'exécution. Personne n'est
responsable dans les arsenaux. Quand une
construction- est mauvaise, l'amirauté ne
sait à qui s'en prendre. La direction des Ira-
vaux est divisée entre plusieurs chefs in-
dépendans les uns des autres , et cha
cun renvoie la balle à son voisin. Un
journal anglais a comparé l'amirauté à
un maître qui trouve sur sa cheminée un
vase de .porcelaine cassé. — Qui a brisé ce
vase, Mary? dit-il à sa. cuisinière. — Je n'en
sais rien, 'Monsieur, répond Mary. Les por
celaines de votre cheminée ne rentrent pas
dans mes attributions. — Là-dessus, le maî
tre appelle-son valet-de-chambre. —^Est-ce
vous, John, qui avez brisé ce vase ? — Je
n'en sais rien en vérité, Monsieur ; ce qu'il
y a de sûr c'est qu'il était fêle depuis le jour
où l'on s'en est servi pour faire du punch.
Le punch a été préparé à la cuisine.
C'est ainsi que l'amirauté, lorsqu'elle in
terroge les constructeurs des machines à
vapeur est renvoyée par eux aux construc
teurs des coques.' Il en sera de même tant
que l'ordre et la hiérarchie qui régnent dans
l'intérieur de nos arsenaux et dans leurs rap
ports dvec le pouvoir central ne seront pas
établis en Angleterre. Quant au Wellington,
ce n'est rien qu'un essai, un projet, et, jus-
au'à préuve contraire, on aura le droit de
outer, d'après les erreurs continuelles
des constructeurs de la Grande-Bretagne,
qu'il obtienne le succès que l'administration
anglaise se propose. Ce n'est pas d'aujour
d'hui qu'on songe à augmenter la. force des
batteries des vaisseaux à trois ponts. S'il ne
s'agissait pour réussir que d'agrandir les di
mensions actuelles des bàtimens de premier
rang, il n'y aurait pas de raistfn pour qu'on
ne construisît pas un navire propre à porter
deux cents canons. Mais un vaisseau n'est
pas comme une fortification immobile; il
est destiné à naviguer, et il est nécessaire de
combiner toutes les parties de sa masse de
manière à la mettre en rapport avec ses
moyens de locomotion. Nous "verrons bien
tôt comment les Anglais ont résolu ce -pro
blème.
Admettons; du"réfete. <ïn» ooito ton mil vc;
ait un plein succès. Cela n'importe guère.
Un vaisseau de plus ou de moins en Angle
terre, portàt-il cent cinquante canons, ne
changerait pas l'état 'des forces navales
des deux pays. , La flotte, anglaise est et res- ;
tera probablement b'eaucoup plus nombreu-.
se que "la nôtre. Ne compte-Velle pas defà
une cinquantaine de "navires à hélice ? Mais
l'infériorité du nombre de nos bàtimens n'emv
pèche pas que l'emploi de la vapeur à bord
des vaisseaux ne porte à la marine anglai
se' un grand préjudice et ne * tende à
égaliser les forces des deux pays. Ce n'est pas
le matériel naval qui nous a jamais "man
qué, ce sont les marins. L'Angleterre pos
sédé en plus grand nombre que la France
des matelots familiarisés, par de fréquens
voyages, avec tous les détails de leur pro
fession. Tant que le succès d'un combat
naval a dû dépendre de la promptitude et de
l'habileté delà manœuvre, nous avons eu
peu de chances de rivaliser jamais avec la •
Grande-Bretagne.
Mais aujourd'hui les vaisseaux pourront
combattre sans le secours des voiles .Abord,
pendant un engagement, on. aura moins be
soin de matelots que cl'artilieurs et de fusir
liers ; les soldats rendront autant, de servi
ces que les marins, et, Dieu merci, la Fran*
ce pourrait opposer à ses adversaires, quels
qu'ils fussent, des phalanges nombreuses et
résolues. \
. Il n'en faut pas moins surveiller les prépa
ratifs de nos voisins. Nous avons dit que leç
essais du Napoléon avaient excité .leur emula 7
tion. L'amirauté' a prescrit, depuis lors, la
construction de plusieurs vaisseaux à hélice.
Déjà l'Agamemnon, de 90 canons, avec un ap-»
pareil de 600 chevaux, a été lancé à Wool-
wich le 29 mai, Une frégate à hélice, l'Im
périeuse, de SO canons, à été mise à l'eau en
septembre. On annonce l'àchèvement pro
chain de plusieurs vaisseaux mixtes, entre
autres du James-Watt, de 90 canons; du
Royal-Albert, de 120; du Saint-Jean-d'Acre,
de 100; du Sans-Pareil, de 81 canons. Nous
croyons fermement que, de son côté, no
tre gouvernement est prêt à suivre sans
précipitation la voie -où il est entré, et dont
les étapes sont marquées par le lancement
du Charlemagne, de l'Austerlitz, du Jean-
Bart et du Napoléon. Qu'importe que les An
glais se précipitent dans la même carrière
avec une espèce de fièvre ! Nos progrès n'en
sont pas moins sûrs; notre position n'en est
pas moins bonne. Jamais notre établisse
ment naval ne s'est trouvé dans un état si
satisfaisant et qui donne de plus légitimes
espérances.- • D enain.
Le Corps Législatif s'est réuni aujourd'hui
en séance publique, comme on le verra par
le sommaire que nous publions plus loin.
L'ordre du jour annonce deux séances'
pour demain : l'une à une heure, l'autre à
sept heures. C'est à l'issue de cette dernière
séance que le Corps Législatif se transpor
tera en corps à Saint-Cloud, pour remettre
le procès-verbal du recensement du vote
sur le plébiscite entre les - mains du prince-
Président.
Le cortège, qui se composera d'unè cen
taine de voitures, sera éclairé aux flambeaux,
Il marchera avec une escorte de la garde,
qu'on appellera encore ce soir-là républicaine.
Le Sénat se rendra aussi de son côté à
Saint-Cloud, qù il précédera le Corps Légis~
latif.
Le vice-président du Corps, Législatif et les ■
présidens de section, la maison militaire et
la maison civile du prince seront aussi pré
sens.
On croit que l'Empereur couchera jeudi
soir aux Tuileries.
Le secrétaire de la rédaction : t. iîoniface.
un a encore reçu aujourd'hui, au minis
tère de l'intérieur, quelques votes arriérés.
Le chiffre connu est le suivant : 'A
OUI. . . . 7,803,216
"NON'. ... 249,607 _
CORPS LEGISLATIF.
. . , (Session extraordinaire.) ^
' Séance du 30 novembre 1852. T . ;
présidence de m. biixaixt.
Ouverture de la séance à 3 heures.
Démission de M. le marquis de Calvières. —.
Serment prêté par M; le comte de Pennautier. : —.
Dépôt par MM. Evariste Bavoux, Alfred Leroux,
Delamarre (Creuse), Réveil, Anatole Lemercier,
Belmoutetet'Faugier, des rapports présentés au
nom des sept bureaux, et relatifs aù recensement
des votes émis sur le projet de plébiscite du 7 no
vembre. — Adoption par le Corps Législatif, à la
suite de cRacyn des sept rapports, desconclusions
des divers bureaux, : -
.Levée de la séance. . """T. .
., Ordre du jour du mardi ..I e * décembre. .. "
A deux heures, réunion dans les. bureaux, Suif^
FEUILLETON DU CONSTITUTIONNEL, I er DÉCEMBRE-
RENEE DE VARVII LE.'
' XVI,. -,
■ DEUX JEUNES FEMMES. '
" Renée resta donc seule pendant une lon
gue soirée de tristesse ; il en fut encore de
même le lendemain. > Mme de Savignyrvou-
lut la venir chercher pour un bal: Elle refu
sa. On lui proposa l'Opéra. Elle refusa.. C'est
que Renée ne voulait pas que sa'tristesse fût
consolée; elle ne voulait pas qu'une seconde
l'ois il... lui;,, celui qu'elle ne nommait ja-
mais_et que.sa pensée ne nommait pas, mê
me intérieurement, eût de nouveau l'idée
que ce monde des.plaisirs pût la distraire du
malheur de n'être pas à lui.
— Eh bien! se disait-elle, puisque cette
destinée que je rêvai un momentvet qui me-
sembla le bonbèui% est manquée pour tou
jours, que. rien ne vienne m'en: distraire! Je'
veux pleurer toute,ma vie ce.bonheur perdu
sans retour. . t
J'avais cru qu'.unç sainte amitié pouvait
lier ma vie à la sienne, sans tort et sans dan
ger» 11 me semblait qu'ainsi, dans la retraite,
j'aurais plus de joie au cœur qu'aucune autre
lemme !... Jlais il faut même renoncer à cette
pensée.— Il ne reviendra pins!.—Et je ne le
rappellerai pas ! — car j'ai compris ! Son ame
est trop belle pour supporter la moindre ap
parence de fausseté ; et quand son ami est
venu là, quand il lui a tendu la main, j'ai
senti que cette innocente vie que j'espérais,
était impossible; que ce qu'il serait obligé de
cacher de son c^ur à l'ami de son enfance
lui seinblerait une trahison. Mon Dieut vous
aviez créé cette ame délicate; vous m'aviez
donné l'espoir d'y trouver mon appui en ce
monde, et je voudrais essayer d'un autre
bonheur, quand celui-là m'est enlevé î^Non,
non ! ce serait indigne de 1 son ccÈur et du
mien!....Ce trésor*perdu ne sera remplacé
par-rien) .Je serai sa yëuvel Et toute ma vie
je porterai le deuil de'son amour.
La jeune femme.n'avait pas un doute sur
la sagesse d'une résolution aussi innocente,
non plus que sur, la " facilité de l'exécuter.
Quelques jours se passèrent. Maurice ab*
* La reproduction est interdite. .
sent, Sophie presque toujours avec une pa
rente, laissaient la solitude autour de Re
née. Son amour idéal croissait dans' son
cœur sans que rien vînt l'en dist^ire.
^Yvonne ne causait plus. Elle était sou
cieuse; et, son service fini, elle'allait hors
de la maison.'Renée cependant était sortie
plusieurs fois dans le jour et elle avait cher
ché Mme de Saint-Erain, qui n'était jamais
chez elle, mais qui se hâta d'arriver chez
iMme de Varville dès qu'elle eut appris sa
visite. ' ■ ■ ■ - -
Mme de Saint-Erain était .de toutes les
femmes celle dont'l'existence était-la plus
différente des habitudes de Renée, et cepen
dant c'était celle pour qui elle se sentait le
plus- d'attrait. Mme de Saint-Erain disait
tout, même les choses qu'on ne doit pas
dire. Elle se vantait même des choses qu'on
ne doit pas faire, et elle mêlait sans cesse des
épigrammes sur le mariage à des plaisante
ries sur- son mari, disant qu'elle était sage
et que c'était faire pour lui bien plus qu'il
ne méritait. ' ■■■■....
Elle le tenait quitte des égards, de l'amitié
et dé la déférence. Dès qu'il désirait d'elle
quelque chose, elle faisait le contraire, et,
dans la conversation, il suffisait qu'il eût un
avis pour qu'elle en prît un autre. Il faisait
de môme, et l'on pouvait dire que c'était un
ménage parfaitement d'accord pour se con
trarier constamment; -
; ■ Elle accourut chez Renée, disant qu'elle
n'avait qu'un instant à lui donner, car-elle
était toujours pressée et toujours en re
tard.
; Renée en lit la remarque en souriant,
' — Savez-vous pourquoi? lui répondit-elle;
c'est que j'arrange pour chaque jour des
plaisirs, des visites, des courses et des affai
res, de quoi remplir , au inojns trente-six
heures, et cela tout exprès pour n'avoir pas.
le temps de penser une minute.
Renee lui prit la main avec un mouve
ment alfectueux. 1
, Vos pensées sont donc bien tristes?
dit-elle. -
-— Je ne sais pas ce qu'elles. seraient, re-
!>rit en riant' Mme de Saint-Erain ; car je ne
es connais- pas. Je ne veux pas fair^. con
naissance avec moi-même : les proches voi
sins . sont gênans. Si une fois je me laissais
aller à. mes réflexions, Dieu;sait si je pour
rais • jamais- m'en débarrasser t.. Mais,. ne
parlons pas de cela ! Dites vite comment je
puis vous être bonne à quelque clfôse... j'ai
tant-à faire ce matin... sans compter qe soir.
Elle se mit à rire alors de bon cœur.;
— Ce soir, les jambes dansantes qui cap
tivent M. de Saint-Erain s'exercent dans un
pas nouveau; je veux voir cela! d'autant
pins qu'on doit les chuter! Cela se dit ainsi à
l'Opéra pour témoigner son mécontentement,
et j'en rirai bien. , • '
—Vous êtes jalouse? .■
—Ah ! la bonné idée ! jalouse de-.deux-
jambes maigres''? Allons, doijc !■ je leur ai des.
obligations; elles me débarrassent de mon
mari, et il n'y a rien de plus commode qu'un ,
mari infidèle" • : ..
' —Oh ! dit Renée d'un ton cîe reproche.
—Soyez traiiquillè, ma chère cousine, .re
prit Mme de Saiut-Erain, je ne ferai pas un
mauvais usage de ma liberté; je suis sûre de-
moi... maintenant. ■ ■ ■ ; v
—Maintenant? '
-'—Je suis à l'épreuve, et,-heureusement, '
mon expérience ne m'a pas coûté aiissi cher
que cela pouvait être !... Mais enfin j'avais un
jour laissé aller mon cœur...
—Ah!... vous avez aimé? ; •
—Bien peu, ' dit en 'riant Mme^de Saiht-
Érain. Mais écoutez d'abord : ■■ "> l
' Un homme d'esprit a dit : Ùn peu dé vo
lupté, un peu de .vanité,-voilà tout ce qu'il y
a dans les hommes de notre temps.—M. de
Saint-Erain est un des types les plus cou
ple! s de cette déllnition... Il ne m'aima
point. - (
■ J'étais jolie> riche et recherchée par les
meilleurs partis; il voulut, par vanité, m'a-
voir pour femme: Sa vtmité, plus tard, se
trouvait intéressée à eulever une beauté de
l'Opéra à un de ses amis; il y mit la même ■
importance qu'à m'épouser. Moi, ma chère
Renée, j'avais quitté manière, qui me gâtait
à force de m'aimer, et qui a vécu depuis
dans ses terres. J'avais quitté ma sœur, qui
vit en province. Ce qu'il y avait de tendresse
dans mon cœur tout aimant de vingt ans, je
n'en savais que faire, et je m'ennuyais ! Un
fai... Oh ! il y en a encore à présent qui
s'occupent des femmes sans les aimer... Un
fat donc, qui passait poxir homme d'es
prit, qui était estimé, honoré, comme un
des plus distingués de notre monde, fit sem
blant d'être amoureux de moi : mon c(cur s'y
laissa prendre. Il avait de douces manières,-
une grâce aimable, qui ressemblait à l'affec
tion;- il m'en promettait une dévouée ; moi,
je l'aimai et-je lui confiai,-dans là-tenaresse >
de mon cœur, ce besoin d etre aimée que
l'on éprouve à vingt ans... Ôh ! j'étais sur la
pente,.* Voici ce qui me sauva : J'avais une
amie, à qui j'avais dit le trouble ' de. mon
cœur. Un soir, chez elle, avec notre parente
Mme de Rebel, dont vous connaissez l'esprit*
méchant, la conversation roula sur les l'em-
mes, le mariage et l'amour; Mon fat étaitlà,
et je le vis s'unir à ces dames pour se blo
quer du sentiment et de ces beautés sensi
bles qui cherchent un cœur qui les com
prenne..... Bientôt, dans les phrasés citées
par ces dames pour les tourner en ridicule,
se trouvaient mes paroles de la veille, que
. ce monsieur n'avait rien eu de plus pressé
que de livrer à la raillerie, pour se vanter de
ma conquête... Ce que je souffris, je ne puis
encore y penser sans une impression dou
loureuse; il me sembla que cet homme, "que
j'aimais, déchirait de 'ses mains tout mon
cœur palpitant, pour en livrer les lambeaux,
à des furies L. Je'pâlis, je rougis dix fois en
quelques minutes; je voulus parler; ma voix
s'arrêta au passage. Ce que j'avais cru con
fier à un cœur dévoué, ou au moins à la dé
licatesse d'un homme d'honneur, ce-fat l'a
vait livré lâchement aux railleries d'àutrés
femmes, par vanité! Et mon amie en riait avec
lui, pour se venger peut-être de ce que j'a
vais eu le désir'de plaire à' cet homme qui,
jadis, lui avait été clier... à ce que j'ai su
depuis,; . .. v
Ma chère itenëe, je rentrai chez moi avec
une si terrible-souffrance, que je crus mon
cœur prêt à se briser ; mais, le lendemain,
j'étais guérie de l'amitié comme de l'amour
pour le resfe de ma viè !
Depuis ce moment, je n'aime que moi ; je
. né" m'occupe que de moi, de mon bien-être,
dftïnpu"plaisir, et, pour ne plus rien trouver
de sensible en mon cœur pour les autres, je
l'ai desséché. N'albz pas chercher à l'atten
drir, ce n'esLpluà possible ! Vous voilà pré
venue : je ne vous aime pas.
Renée. la regardai t avec une douceur si
tendre, qu'on voyait bien que ces derniors
mots s'adressaient à elle pour repousser cette
•expression de tendresse qui se peignait sur
■sonvisage. •
— Mais dites donc ce que vous voulez de
moi? réprit-elie. -
Renée ne l'écoulait plus. Tout entière aux
pensées que son récit avait fait naître, elle
comparait Théodore aux autres hommes, et
se plaisait à constater cet!e supériorité qui
l'élevait tant au-dessus d'eux; puis, reve
nant à cette jeune femme>- qui lui avait ou
vert toute sa pensée, elle ne put s'empêcher
de dire tristement :
— Quoi ! le monde est-il donc réellement'
/ait de telle façon, qu'il failles pour y vivre
en sécurité, étouffer la première des facul
tés que Dieu donne à notre amé, le : pouvoir ■
d'aimer ? . .... * ...
Ce fut au tour de Mme de Saint-Erain de
la regarder avec surprime.
— Ah! dit-elle, Mme de Savigny a raison
quand elle affirme que vous êtes dévote..
Renée rougit un peu. i. puis elfe reprit :
— Mais pourquoi ne chercheriez-vous pas
dans l'étude, le travail, le goût des»arts... ,
— Ma chère; tout cela est bon à dire; mais,
quand je faisais de la musique^ mon mari
s'en allait; quand je peignais, il né regardait
pas mon tableau... Voilà les arts en famille!.
Quant aux arts pour le public,.;, c'est bien
pis !... . , ■ • - .
Alors, se levant, elle ajouta en riant :
— Dans notre monde, si nous -avions des
succès de ce genre, on nous mépriserait. Là-
perfection d'une îemm^omme nous, c'est
d'être yaniteuse"et -imbéwle ! voilà où en est
arrivée la société la plus spirituelle de l'Uni
vers ! Quant aux hommes, nous en avons 4
l'échantillon par votre mari et le mien, ils
se ruinent dans la mauvaise compagnie î;..
Et je vous quitte, Renée; pour- aller voir
mon frère dans une- maison d'aliénés où
les excès qu'il a faits dans ce monde-là :
l'ont conduit !. . . mon pauvre Guy ! ; v
— Je vais avec vous... voilà ce que ; je vou
lais vous demander... dit Renée. . ;
— Volontiers ! Etes-vous donc curieuse
d'un si triste spectacle? '
Non !... mais je veux prendre quelques--
arrangemens pour placer dans uné maison
de ce genre une pauvre femme, dont la-
ràison est dérangée.
—.Venez;., je vous attends! . *
■ Elle s'assit, et Renée sonna pour avoir un
mantelet, un chapeau, et, pendant ce temps,
pensive et rêveuse, elle s'approcha de Mme
de Saint-Erain, et,.s'appuyant sur son siège,
se' baissant près d'elle, elle l'embrassa sur
le front, comme eût fait une mère : car elle
se sentait (quoiqu'elle fût bien plus jeune
qu'elle) un désir de la protéger contre elle-
même, et de. veqir au secours de- ce cœur
découragé, . ■ :
" — Chere belle, lui dit-elle tendrement,
les causes des chagrins ne sont-elles pas tou
jours des fautes? El ne pourrait-on pas re
médier aux maux par des contraires ? Ce que '
j'iii vu du monde ne.conflrm&'que trop vos
paroles, pour quelques parties du moins de
la société; mais comment les troubles de la
vie politique n'auraient-ils pas. jeté le dé
sordre dans lés idées? Et pourquoi; dans des ;
jours de calme, ne trouverait-on' pas unè :
idée... un but qui. rallierait et occuperait*
cette société, qui a tout son temps ^ dépen
ser en plaisirs? Mais il r faudrait d'abord que
;chaque femme mît tout ce qu'elle a de jeu
nesse, d'esprit et (Te beauté, à garder ou à ;
ramener prés-d'elle et dans sa famille son
mari!...
— Ali! s'écria Mme de Saint-Ërain en
riant, vous voulez qu'ôn soit coquette pour
un homme qui doit vous aimer par ordre et
Vous être dévoué de par la loi ?
— La loi ? reprit Renée avec un sourire, :
on est si dispose à la braver de notre temps,}
qu'il faut la faire accepter-par son adresse.,»-
et séduire ceux qu'on veut gouverner.
— Se donner tant de peine, pourquoi?
pour ramener des maris?*;, Mais, machèrei-;
notre seul bonheur-, c'est leur absence !
— Vous, riez toujours, -dit Renée mécon-»
.tente. _ ' .,.....
. - — De peur de pleurer -sans 'Cessé, répon-
;dît Mme de Sairft-Erain!-...' MàisÂ, voyons, sé-'-
.rieusement; Renée; seriez-vous.-donc biea"
heureuse si M.' de Varville; ennuyé ou dé-'
goûté de cette femme chez qui; il passe sa •:
vie, revenait à vous, s'il voug apportait soii ; -
amour?' ' 1 ;
■ Renés recula.comme si un fer lui eût tou- •
ohé le cœur.. ■ '
— S'il revenait à moi ? 'dit-elle,"et elle pâ
lit. Cette idée n'était jamais venue ^.^n es- ''
prit. : '.••
— Oui, si, ce qui* aura-lieu.,un jour où
l'autre, Maurice, malade, fatigué et en co
lère contre cette beauté qui aura-ruiné et sa
fortune et sa santé, rentre dans sa maison
avec cette mauvaise humeur qu'ont tous les -
gens -mécontens d'eux-mêmes", s'il 'vient
vous demander cet amour qu'il dédaigne k
présent..'.
— Est-ce que c'est possible? s'écria invo
lontairement Renée.
— S'il faut, poursuivit "Mme de Saint- -
Erain^ que vous trouviez dans votre cœur •
ces iraîches inspirations de d'amour, ces *
douces paroles qu'il envoie, bien plus... une *
intimité complète..., un abandon de toute =
votre personne ?> •
Renée tremblait; elle eut peur de sa cou» .
sine, se sauva dans sa- chambrç, et élevant
au ciel ses yeux remplis de lartâes : : ,
-—• Mon Dieu ! mon Dièu-î. dit-elle dans soa> : ,
ame, vous savez bien que je ne le pourrais
; pas!.. Oh! je ne pourrais pas... lui donner
mon amour j à lui.., Mon Dieu !... il vaudrai
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