Titre : Le Constitutionnel : journal du commerce, politique et littéraire
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1852-10-03
Contributeur : Véron, Louis (1798-1867). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32747578p
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 124053 Nombre total de vues : 124053
Description : 03 octobre 1852 03 octobre 1852
Description : 1852/10/03 (Numéro 277). 1852/10/03 (Numéro 277).
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
Description : Collection numérique : La Grande Collecte Collection numérique : La Grande Collecte
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k669790d
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
?...
XTMÉROS277.
I8CREAÏJX|: roc de Valois (Palais-Royal), i»° 1©,
B 4852. ~ DIMANCHE 5 OCTOBRE,
„ 1 FÀRIS ET DEPAKTEMENS :
î fc
v+ï 8 ÎR. POIÎR TROIS MOIS/ ;
. S2 .TR. POCR L'ANNÉE,
UN NU11ÉH0 ; f | CENTIMES,
pour les pays êtr^cebs, se reporter au
; tableau publié dans le 'journau les 10 et
• as de chaque mois. . ,
, S'adressçr, franco, pour la rêdactkn, à M. CrcnEVit-Ct.VXiiGîiY, rédacteur en chef.
' . Les articles déposés ne sont pas rendus. ;
JOURNAL POLITIQUE, LITTÊMIRE, UNIVERSEL.
s'abonne-, dam les départemrïis, aux Ji (-singeries et aux Directions de pos'e. —.4 Londres, chez MM> C qwie i
. j' " —A Strasbourg, chez M. A lexandre , jiovr l'Allemagne,. • : : - 1
On s'i
S'adresser, franco j.j)<>w* l'tàdntinismt
à M. DENA1N, directeur.
Les annonces sontreçues chez M. PANIS, régisseur,-10, place de la Bourse;
; ét au bureau du journal. '■
, PBH D'IBOIliVKIHinir -
PARIS ET LÉS DÈPARTEÎ1ESS.
; Pour trois mots. . § fr,
IPour six mois. . . 16 fr.
Ponr Tannée. . . . §2 fr.
Le prix ^'abonnement du CONSTITUTION
NEL est au-dessous de celui de tous les au
tres journaux politiques. '•%„<
PARIS, 2 OCTOBRE.
Un décret récent vient d'autoriser la créa
tion à Paris, près la place de l'Europe, de
docks ou magasins destinés à rece-vojr les
marchandises et à permettre d'en mobiliser,
la valeur au moyen de warrants. Qu'est-ce
' que des docks ? qu'est-ce que des warrants ?
Ces mots, qui trahissent suffisamment leur
origine anglaise, nous sont encore peu fa
miliers, et il faut traverser le détroit pour
apprécier convenablement le rôle .ainsi que
Je mécanisnîô'deiw&SFvastes entreprises, qui
constituent tout à la fois des établissemens
de magasinage public et des instrumensde
crédit .commercial. v
' Les docks les, plus complets, ceux qui sont
établis; à Londres, ne datent que du com-
mçnceiçént du siècle. Les magasins qui bor-
daieïii lar Tamise ne pouvaient plus suffire
, au commerce. Ils étaient d'ailleurs inabor
dables pour les pavires d'un fort tonnage,
qui étaient obligés de rester dans le milieu du
fleuve, et qui rie pouvaient décharger leurs
cargaisons que par la méthode lente et coû
teuse des transbordemens. Enfin, les rues qui
longeaient le derrière des magasins et par
lesquelles sortaient lès marchandises, étaient
tellement étroites, qu'il en résultait un en
combrement continuel. De là l'idée de créer
des bassins; entourés de bàtimens offrant
toutes les facilités désirables pour le débar
quement, le transport et l'enmagasinage des
marchandises. *
Nous, ne pouvons décrire ici les disposi
tions des doeks de Londres. Il nous suffira
de dire qu'ils ont été construits de façon à
.pouvoir faire, en grand, avec toute l'écono
mie qui résulte de la concentration des for
ces, ce que les magasins des bords de la. Ta
mise faisaient en' petit. C'est un spectacle
vraihient intéressant que celui du déchar
gement d'un navire dans ces -magnifiques
: établissemens. La marchandise, déposée sur
le quai au moyen d'une grue, passe suc
cessivement des mains du tonnelier, qui
l'examine et qui la met en état d'être em
magasinée, dans celle du marqueur qui ins
crit sur le colis le numéro de rotation du na
vire, le numéro porté sur le manifeste du ca
pitaine et la date de l'année; elle est placée
ensuite sur la balance; et enfin, après le
prélèvement des échantillons, elle est im
médiatement" portée dans les magasins,
où l'arrimage est disposé de manière à per-
; mettre un accès facile vers toutes les mar
chandises. Ces opérations sont conduites avec
un ordre, une régularité, une simplicité qu'on
ne saurait rendre. Aussi le négociant, con
vaincu que la marchandise qui lui appar
tient sera traitée avec tous les soins néces
saires., se contente-t-il' d'envoyer prendre
aux docks N les comptes de débarquement et
les titres de propriété.
- Une première conséquence de l'établisse
ment des docks, fut de doter le commerce
du système d'entrepôt qui n'existait pas à
Londres. Les garanties que ces entreprises
offraient au gouvernement parurent si com
plètes, que l'on n'hésita pas à leur faire cette
concession. Les docks sont donc entrepôts.
' Mais ce que nous devons surtout consta
ter, c'est la véritable révolution qu'ils ont
produite dans les habitudes du commerce de
. Londres. Le négociant était obligé, aupara
vant, d'habiter avec sa famille dans des
quartiers populeux, de louer des magasins
FEUIILETQNBU CONSTITUTIONNEL. 3 OCTOBRE.
LA. COMTESSE
DE MAULÉON.
XXIX.
otj l-on passé en revue quelques originaux.
— un dénombrement.
• J'allais parler lorsque Lucien m'arrêta, et,
m'entraînant dans la partie la plus libre du
calon :
— Tirons-nous de ce courant., me dit-il;
J y a trop d'oreilles ici. Venez, .mon cou
sin.
Quand il se crut mieux défendu contre les
indiscrets, je repris mes explications.
— Ce blond, lui demandai-je', c'est de ce
blond qu'il s'agit? N'allezpas commettre de
méprise.
— De ce blond, oui, mon cousin, l'habit
bleu à boutons de métal.
Eh bien! Lucien, inclinez-vous; c'est le
baron de la Fanfare, I'un-des princes du ro
man et qui ne se dérange pas à moins de
vingt-huit éditions. Vous iriez lui en propo
ser vingt-sept, qu'il déclarerait l'offre inad
missible ; il ne se. montré pas pour si peu.
Tel que vous le voyez, mon cher, il a eu des
veines incomparables. On cite un livre de
lui, un chef-d'œuvre, il est vrai, qui alla à
soixante-quatre éditions en trois jours; il en
paraissait une par heure, qu'il tît clair de
* ba rêpWshibWon ^"st ijrtêrâife.
• qiril payaif très cfier, d'entretenir -.un .pçr".;,
'sonnet considérable pour la surveillance et
la manutention de ses marchandises. Il n'en
est plus de même aujourd'hui. Les docks l'ont
dispensé cUavoir des magasins, un matériel
de transport, des hommes à- gage, etc., etc.
Il n'a plus ^besoin que de simples bureaux
de comptaÎHÎité. Il a réalisé ainsi une éco
nomie considérable, et, débarrassé de tous
les soins qu'exigent la réception, la conser
vation et la livraison des marchandises, il" a
pu consacrer toute son attention à ses opé
rations de commerce.
Enfin l'intervention des entreprises, de
docks a permis de faire des livraisons, sans
déplacement jusqu'au. moment den consommation. La marchandise', passe
des mains du vendeur à celles de l'acheteur,
sans quitter lé magasin, sans être grevée de
frais de manutention et de transport, sans
subir les déchets*qîii en sont la suite ordi
naire. Tout cela sç fait au moyen du war
rant, invention admirable, qui a puissam
ment contribué à la prospérité du port de
Londres.
Le warrant est là reconnaissance^ le récé
pissé que Ja compagnie des docks remet au
propriétaire* de la marchandise après les
justifications exigées. II constate qu'elle a
reçu et emmagasiné," pour son compte, teiïë
quantité de marchandise, de tel poids, de
telle qualité, et ! il indique le numéro de
l'échantillon qui a été porté à la Cité, c'est-à-
dire au centre des affaires. Le warrant est
trailsmissible par endossement,, et l'endos
sement constitue une vente légale, de telle
sorte qu'il suffit d'une signature pour opé
rer la vente et le transfert de la marchan
dise. •
Ainsi, par le système des docks, le négo
ciant n'a pas à s'occuper de la manutention
de la marchandise, et il est; dispensé d'avoir
des magasins, ainsi que tout le personnel
qu'ils entraînent; par le système des warrants,
il peut mettre sa marchandise en portefeuille
et la vendre par "voie d'endossement.
Pour donner une idée de l'importance de
ces entreprises, nous dirons que le dock
des Indes occidentales a coûté 66 millions,
le dock de Londres, proprement dit, 84, ce
lui de Sainte-Catherine 42. Outre ces trois
grands docks, il existe beaucoup de docks
spéciaux, moins considérables, mais qui peu
vent avoir absorbé 200 millions. Le capital
employé à l'établissement desdifférensdocks
île.Londres peut donc s'élever à environ 400
millions.;;* ■ " t*
Est-il b*esoin de rappeler tous les ayanta.-
ges que le commerce de Londres a retirés4e
la création de ces immenses établissemens ;
d'énumérer les économies réalisées sur la
tenue de la comptabilité, sur les frais de
déplacement des marchandises, sur le temps
consacré aux formalités de douane, sur les
dépenses de réception,- d'emmagasinage et
de livraison; do faire ressortir les consé
quences de la mobilisation de cette masse
de marchandises, entassée dans les entrepôts
de la capitale du monde commerçant, qui
circule de main en main avec une incroyable
facilité. . •
Nous n'avons pas assurément la préten-'
tion d'assimiler la place de Paris à celle de
Londres. Mais il n'est pas douteux que des
entreprises analogues, appropriées à nos be
soins, ne puissent rendre de grands servi
ces en introduisant de nouvelles habitudes.
Déjà, d'ailleurs, quelques établissemens de
magasinage public ont été créés et fonction
nent à Paris. Nous possédons l'entrepôt de
la gare des Marais, sur les bords du canal.
Saint-Martin, et les magasins libres qui ont
été construits à côté. Ces établissemens sont
très utiles. Mais, par cela seul qu'ils ont été
construits en vue des arrivages par eau, ils
ne sauraient suffire au développement com
mercial qu'a entraîné l'exécution de notre
réseau de chemins de fer. On ne peut citer
que l'entrepôt des Batignolles qui aitété fondé
depuis l'achèvement des voies nouvelles, et
il n'est.destiné qu'au mouvement du chemin*
de fer du Havre. *
Lorsque les consommations s'arrêtèrent,
taprèé la,jCé£o la% ftjd. & ffrrietyle gpuverne-
ment provisoire chercha dans le magasinage
public les moyens de venir en aide au com
merce, qui ne pouvait plus vendre ses pro
duits. Il décréta la création .de magasins
centraux, et il chercha à organiser un sys
tème de warants. Aux termes de ce décret,
qui porte la date du. 21 mars'1848, la
marchandise déposée dans les magasins
agréés par l'Etat-, est constatée par un réçé-
pfssé qui porte la date du dépôt, le nom du
déposant, l'espèce et la quantité de marchan
dise; enfin, le prix qui lui a été attribué à
1& suite d'un procès-verbal d'estimation.
'Cette estimation .est confiée à des experts,
choisis- par la chambre de commerce , la
chambre consultive des manufactures ou le
conseil municipal, et assistés d'un courtier
decommerce ou d'un commissaire-priseur. Le
récépissé est transmissible par voie d'endos
sement. Un simple transfert suffit pour saisir
du privilège de nantissement toute personne
qui prête sur la marchandise déposée. Joint
à un billet à ordre, le récépissé fait fonction
de secondé signature pour les comptoirs na
tionaux et de troisième signature pour la
Banque de France. Les principes posés dans
ce décret sont bons; mais les établissemens
spéciaux, manqu aient, et Je magasinage pu
blic ne" putlîrïîè ppuvait être, l "à cette épo
que, qu'une sorte de mont-de-piété commer
cial.
Il s'agit aujo^M'lMi^'de fonder un sys
tème général de 5i$gasinage , qui soit en -
harmonie avec l'ensemble des voies de com
munications aboutissant à la capitale, qui
réponde toutes les exigences du com
merce d'importation,: de consommation et
de transit, et qui:présente, les garanties
nécessaires pour familiariser le public avec
l'emploi des warrants. Tel est le but de la
compagnie qui vient d'être autorisée. Elle
se propose d'ouvrir au commerce des maga
sins, bien situés, construits dans de bonnes
conditions d'art, pourvus de tous les perfec-
tionnemens appliqués dans '(es., docks de
Londres, et de relever [en même- temps le
warrant, resté jusqu'ici à l'état dè lettre mor
te , en lui imprimant le caractère des meil
leures valeurs de circulation. C'est une en
treprise destinée en quelque sorte à couron
ner, à compléter-toutes ces 'entreprises de
chemins de fer qui mettent Paris en commu
nication avec les grands centras commerçans
ou industriel s^cTe la France et du. continent
éuropéen.
Si nous sommes bien.informés ;*la so= .
ciété-des docks parisiens ferait entrer les
établissemens existans dans son système gé-
-néral. Elle conserverait l'entrepôt et les ma
gasins libres de la gare des Marais qui reste
raient affectés aux arrivages par eau; elle
appliquerait les magasins des., batignolles
aux vins et aux céréales; enfin elle érigerait,
près la place de-l'Europe, un vjjSte établis
sement, embrassant un eutrepôt-et des ma
gasins libres, qui deâs'ervirait tout le^mou-
vement des chemins de fer. ' '
■ -Lé choix des terrains de Tivoli pour le
nouvel établissement nous paraît heureux.
Voisin d'une gare, qui sert aux chemins de
Rouen, du Havre et de l'Ouest, il sera relié,
parle chemin de ceinture,. avec toutes les
lignes qui aboutissent à Paris. 11 sera donc
avantageusement placé pour les importa
tions, pour les exportations et pour le
transit. Ajoutons qu'il sera à proximité
du véritable centre des affaires. Quant aux
constructions; appropriées au but qu'elles
doivent remplir, elles auront des propor
tions monumentales. Les plans adoptés sont
dus à MM. Hector Horeau et Victor Lenoir.
On peut donc espérer que nous verrons
s'effectuer dans les habitudes du com
merce de Paris une révolution analogue
à celle que la création des docks a pro
duite dans la capitale de l'Angleterre. Les
magasins de l'intérieur, consistant la plu
part en constructions irrégulièi'es et im
propres à leur destination, se louent fort
cher. Avec les nouveaux établissemens qui
vont être mis à sa disposition, le négo
ciant de Paris pourra, comme celui de Lon-
• se dispenser d'avoir-des magasins ainsi
• que-tout le ' matériel et tout le personnel
qu'ils -exigent. 11 pourra acheter ou vendre
sans avoir à s'occuper de la réception ou de
la livraison, il aura un titre "représentatif
qui circulera comme un billet à ordre, et
qui offrira cet -avantage .de reposer toujours
sur un gage certain. -
La place de Paris acquiert tous les jours"
une plus grande importance. Centre de pro
duction, de consommation et de transit, elle
voit s'ouvrir devant elle, par l'achèvement
"de notre réseau de chemins de fer, un avenir
en quelque sorte infini. Il ne lui manquait
plus qu'un système de magasinage public
analogue à celui qui a contribué si puissam
ment à la fortune de Londres. A son tour, elle
và avoir ses docks, et ce ne sera pas un mé
diocre avantage pour elle que de profiter
de l'expérience des quarante dernières an
nées quia porté les établissemens anglais au
point de perfection où nous" les voyons au
jourd'hui." J. B urat.
Nous publions plus loin lé texte de la dé
claration rédigée dans les conférences de
Munich par les plénipotentiaires de la coali
tion de Darmstadt. Cette déclaration a été
signée par tous les gouvernemens de l'Alle-
^ magne du sud, à l'exception du gouverne-
^ÏÏfci'it v badoïs. ' Communication vient d'en
être faite au ministère prussien par le pléni
potentiaire bavarois.
Le ton de cette note est extrêmement con
ciliant, mais aucune concession n'est faite à
la Prusse. On commence par rappeler que
les gouvernemens coalisés ont souscrit à
l'acceptation du traité conclu avec le Hano
vre et au renouvellement du Zollverein ;
mais qu'ils ont subordonné la conclusion
.définitive de cet arrangement et la fixation
de la durée .du nouveau Zollverein à la con
■clusion d'un traité de commerce avec l'Au
triche. Ils expriment le regret que la note
"prussienne du 30 août ne leur ait pas donné
satisfaction sur ce point essentiel.
Les gouvernemens coalisés acceptent ,
comme des concessions précieuses de la
part de la Prufese, la reconnaissance du
principe, que l'on doit tendre à former une
union douanière embrassant la totalité de
l'Allemagne, et l'offre faite par cette puissance
de négocier un traité decommerce avec l'Au
triche comme acheminement à cette union
universelle. Pour leur part, les gouverne
mens coalisés né demandent pas non plus
l'entrée immédiate de l'Autriche"dans le Zoll
verein ; ils se contentent du traité dj _
merce offert par la Prusse, mais à la condi
tion que ^gouvernement prussien donnera,
des garanties que les négociations qu'il va
ouvrir aboutiront à un résultat réel et sé
rieux. " "" - » * .
( 4 Or, cela ne paraît pas possible aux Etats
Coalisés, tant que la Prusse commencera
t par écarter absolument, comme elle l'a fait
cfàiis sa note du 30 août, le projet de traité
élaboré dans les conférences de vienne. Le
principe de ce projet" doit demeurer incon
testé. On ne saurait, admettre qu'on puisse
négocier avec l'Autriche comme avec un-
puissanç'e absolument étrangère à l'Alice
magne. Cette détermination de la Prusse
oblige les confédérés, à persister dans leurs
demandes. Ils acceptent le traité conclu avec
le Hanovre, mais ils ne peuvent faire d'autres
concessions : ils refusent donc de renouveler
. le. Zollverein pour douze ans, parce que cet-
teflurée rejette trop loin l'entrée de l'Autri
che dans l'union douanière, et ils refusent
• de s'engager sur le renouvellement même
du Zollverein tant qu'ils n'auront pas obtenu
les garanties qu'ils ont déjà réclamées'pour
le traité de commerce.
Telle est-l'analyse fidèle de la note des
coalisés, en la réduisant à ses propositions
principales et en la dégageant de l'obscure
et laborieuse terminologie de la diplomatie
germanique. " cucheval-ciaiiigk'ï.
VOYAGE DU PRIIVCIS-PRÉSIDEKT.
Le prince-Président a quitté Montpellier
aujourd'hui. Il arrive ce soir à Narbonne :
chaque étape va'maintenant rapprocher de
Paris le chef de l'Etat. Rien n'a été changé
jusqu'ici dans l'ordre indiqué pour les éta
pes et les séjours du prince.
Voici la suite des dépêchés :
Montpellier, "2 octobre, 6 h. du matin.
Le prince, après le dîner il la préfecture, est
allé au bal du théâtre, où S. A. a été accueillie
avec enthousiasme. Elle a fait le tour de la salle
saluéb par les femmes-et. par les hommes aux Cris
ïïljllo fois- répétés de Vice l'Empereur!
Pendant le séjour 'à Toulon du prince-Pré
sident, et de M. Ducos, ministre de la mari
ne, dès promotions importantes ont été fai
tes. Parmi ces promotions 011 cite les sui
vantes
M. le capitaine de vaisseau Lapierre, qui com
mande dans l'escadre d'évolutions, le vaisseau le
Jupiter, a été nommé contre-amiral, en rempla
cement de M. Deloffre, admis à la retraite. M. La
pierre, entré au service en 1812, est un des- plus
anciens capitaines de vaisseau. 11 compte de longs
et honorables services.
M. le capitaine de frégate Guesnet, qui com
mande, dans l'escadre d'évolutions, la corvette à
vapeur le Calon, est-nommé capitaine de vais
seau.
M. le lieutenant de vaisseau d'Heureux est
nommé capitaine de frégate. •
"M. Dupuy de Lomé, ingénieur de la marine de
seconde classe, qui a construit le vaisseau à va
peur le Napoléon, est nommé ingénieur de pre
mière classe.
M. le capitaine de Vaisseau Penaud est nommé
commandeur de la Légion-d'Honneur. '
Indépendamment do ces promotions, d'autres
nominations ont encore eu lieu. Toutes ces mesu
res ont reçu une approbation unanime.
En outrej" M. le capitainede vaisseau Laurenein
a été nommé au -comnimandement du vaisseau
l'Austerlitz; M. le capitaine de vaisseau Touchard
a été nommé au commandement du vaisseau le
Jean-Bart, et M. le capitaine.dc vaisseau de Cba-
bannes-Curtori a' été nommé au commandement
du vaisseau le' Charlemagne.' ...
M. le ministre, de l'intérieur a adressé la
circulaire suivante aux préfets des départe-
mens que le prince-Président a traversés ou
traversera pendant son,voyage :
/ Paris, le 30 septembre 1852.
Monsieur' le préfet, le voyage que le prince-
Président a entrepris, et qu'il poursuit en ce mo
ment aux acclamations de la France entière,
est un de ces événomens qui doivent laisser
des traces durables dans le souvenir et le cœur
du peuple. L'acte est si grand par lui-même, et
s'accomplit dans des conditions si glorieuse
ment exceptionnelles, que tous les faits qui s'y
rattachent ont leur signification et leur impor
tance. Aussi, est-ce un devoir pour le gouverne
ment de les enregistrer avec la plus scrupuleuse
exactitude ci de s'entourer des documens les plus
complets pour écrire et livrer à la mémoire du
peuple line dos plus belles -'pages de notre his
toire. ' -
Je vous invite, en conséquence, Monsieur le pré
fet, à recueillir et à m'adresser les détails les plus
circonstanciés sur tout ce qui se rapportera au
passage du prince dans votre département. Vous
devrez me signaler les communes où. il se sera ar
rêté, les députations qu'it v iura trouvées au-de
vant de lui, le» établissemens publics ou particu-
licrayu'il aura visités, etc., etc.;
je vous recominandp .le plus spé
cialement, c'est de inc l'aire connaître les noms
des maires, conseillers généraux ou municipaux,
fonctionnaires, industriels, artistes, ouvriers, cul
tivateurs, anciens militaires, et sans exception de
tous ceuxqui auront eu l'honneur d'avoir quelques*
rapports avec le prince. Le gouvernement tient par-
culiôrement à ce que le nom d'aucun de ceux qui
ont pris une part, môme modeste, aux événomens
do ce glorieux voyage 11e soit pas perdu pour l'his
toire. il veut que tous ces documens, pleins d'un
intérêt vraiment national, forment un tout com
plet qui restera dans chaque département comme
une des pièces les plus précieuses de ses archives.
Vous serez heureux, Monsieur le préfet, de vous
associer à cette pensée ; je compte sur votre con
cours'pour la réaliser dans un bref délai.
Recevez, Monsieur le préfet, l'assurance de ma
considération la plus distinguée.
Le ministre de l'intérieur,
F. DE l'IiUSlGNY.
Un supjplériicnt à la Gazette officielle de la
Guadeloupe, portant la date du 7 septembre,
contient la circulaire suivante du gouver
neur de cette colonie au commandant mili
taire, à l'ordonnateur, au directeur de l'in
térieur, au procureur-général et* au contrô
leur :
Messieurs,
J'ai mis sous les yeux du ministre de la marine,
le détail des manifestations qui ont signalé l'arri
vée de M. le conseiller Dain à la Guadeloupe, et
dés mesures que j'ai cru "devoir adopter, après
avoir pris l'avis des hauts fonctionnaires de la co
lonie, pour faire cesser l'agitation et maintenir
chacun dans l'obéissance due aux actes du prince-
Président de la République.
Le ministre; en réponse à ma correspondance,
nie tf ace une voie qui est la mémo que celle que
j'avais adoptée il y a deux mois. Ainsi, le conseil
privé continuera de fonctionner avec le seul con
cours des chefs d'administration, jusqu'il ce que
les conseillers démissionnaires soient rentrés dans
leurs fonctions ou aient été remplacés.
Tant que persistera le système d'abstention des
conseillers municipaux qui ont retiré leur con
cours, l'action diracte et énergique de l'adininis-
tratio/i continuera d'y suppléer 1;1 où elle ne trou-
veratpas à organiser des administrations suffisam
ment éclairées ou dignes de sa confiance.
L'on doit compter sut l'intérêt des justiciables
et sur le bon esprit de MM. les avocats,, pour, la
prompte i'tpvise des"affaires civiles» Une. abstenj-
tion plus prolongée ne serait pas" à la hauteiir dâ .
leur ministère, et deviendrait; par, c,ela même>
plus inexcusable.- • ' .: V'. '
. En £e qui touche l'ordee matériel, ma procla
mation du G juillet n'a pas perdu de son actuali
té; les démonstrations qui la- suivirent le lende
main n'ont échappé à la juridiction politique quij
déjà, était saisie del'affaire des inculpés, que par
suite d'un conflit de juridiction devant la repro
duction duquel je ne m'arrêterais pas, si de nou
veaux désordres avaient lieu..
Au surplus, quels que soient les embarras du
moment, l'administration locale no" s'en préoccupe
ra que pour maintenirlatranquillité. Nous somme»
en présence d'un principe d'ordre supérieur, dè- „
vant lequel tous les inconvéniens qu'on peut pré
voir sont secondaires : il s'agit de ne pas laisser
s'établir dans la colonie la jiensée d'une, sorte
d'indépendance relative, l'idce qu'au moyen de
protestations tumultueuses et d'appels A l'.oninioji
publique, les liabitans peuvent tenir, en écliec lé
gouvernement, et lui arracher le désaveu de Sfis
actes.
La question relative à M. le conseiller Dain -a
été posée dans des termes que ne peut accepter
un gouvernement qui se respecte. Ce recours au
chef de l'Etat s'est trouve, en quelquç sorte, para
lysé d'avance par les manifestations turbulentes
qui ont accueilli le débarquement du magistrat, _
par la violence irrespectueuse avec laquelle mie
partie de la population s'est permis de protester
contre un acte régulier du pouvoir, et enfin, par
la publicité donnée, en France, à une adresse con
çue dans des termes dont l'inconvenance n'eût pàs
été. excusable, même en l'absence de toute divul
gation. ;
M. le conseiller Dain sera donc iijaintcnu aii
siège qui lui a été donné ;l la coUr'd'àppel ds la
Guadeloupe, par le décret du 17 mai dernier.
Faites savoir à ceux des habitans de la colonie
avec qui vous êtes en rapport, que telle est la vo
lonté du président ; laites-leur comprendre qu'il
ne pouvait en être autrement après, ce qui s'est
passé. - -
Donnez-leur, d'ailleurs, l'assurajacc que ce sç-
rait se méprendre que de supposer qu'à l'époqqe
où la nomination a eu lieu, le prince-Président et
ses ministres ne l'avaient pas mûrement pesée. '
Que cette assurance donnée les rassure donc fct
leur suffise; qu'ils se confient, comme parle pasr
sé, avec tous les bons Français delà métropole,
en la personne du prince-Président et en son gou
vernement, comme ils l'avaient fait depuis le l'O
décembre 1848, et surtout depuis le 2 décembre
de l'année qui vient de s'écouler.
La politiq## 'du Président, qui est d'effacer lés
anciennes classifications des partis, en appelant
autour de lui, sans rechercher leur passé, les
hommes qui lui apportent le tribut de leur dévoû-
ment, est une politique qui a été acceptée avec,
empressement dans la colonie comme elle l'a,été
dans la métropole : elle ne-peut pas être scindéK-
Quant à sa politique coloniale, elle n'a pas c!ia& T ,>V.
gé : le ministre 111'avatt ckar $é .ds ne point l^Jsis-.ir
sor ignorer aux liabitans de Ja 'Guadeloup&tlîjo^'
magistrat qui a combattu naguère-cette po'UCi'qfte Y -
à la tribune nationale a été appelé à servir lé goù-
vernement du prince-Président, c'est qu'il s.'v V'H
rallié depuis. • ■.
Vous vous attacherez, Messieurs, à fairtfiêbnj-
prendre et accepter par toutes les classes deTa*pe-
pulation l'acte du prince-Président.
S'il restait encore à la Guadeloupe un parti
anarchique comptant sur un bouleversement en
France pour convoiter les emplois et les fortunes,
que ceux qui *le composent ouvrent les yeux pt
comprennent enfin que toutes les chanc«£»d5iye-
nir sont désormais dans le respect de l'a rriô'j'ate,
dans la serupul-Ji'isa observation des lois'et
propriété acquise par le travail. En préseiijfe des-! V
efforts laits par le gouverniiiuent depuis le-lO^Sr:
cembre 1818, pour le maintien de tous les prin- : ' ?.
ci pes d'ordre et de conservation, l'amnistie abcoV-
dée à d'anciens égaremens politiques ne peut-;
avoir à leurs yeux d'autre signification que cèle
da la bienveillance qui les attend eux-mêmes,
s'ils veulent devenir de bons citoyens.
Quant aux hommes dans lesquels le gouverne
ment avait mis sa confiance, et qui lui ont retiré
leur concours, qu'ils comprennent ce que le de
voir et le respe'-tdù au pouvoir leur commandent
aujourd'hui : qu'ils donnent au président et il son
gouvernement une preuve de leur dévoûment, de
leur confiance et de leur patriotisme, en retirant
des démissions affligeantes et eu se consacrant de
nouveau, avec un abandon sans réserve, h l'œu
vre commune de régénération du pays et de rap
prochement de tous les partis.
Le ministre de la marine compte sur la coopé
ration active de toutes les autorités de la colonie
pour faimprévaloir la détermination du prince-
Président ; vous vous consacrerez donc tout entiers
Messieurs, à cette mission, et je serai heureux de
n'avoir à rendre compte au département que d'un
dévouement entier et général de la part de l'ad
ministration comme de celle des administrés.
Recevez, etc.
Le gouverneur, aubry-bailleui .
L'épidémie, qui perdait de son intensité à
la Martinique, avait éclat'} à la liasse-Terre
(Guadeloupe), où deux gendarmes, le capi
taine de la gendarmerie, plusieurs soldats
de la garnison et deux jeuaesprètresétaient
dangereusement malades.
On a reçu en Angleterre, par la voie de
Trieste, le message télégraphique suivant
par anticipation sur les malles de l'Inde :
behes
lune ou non. C'était.merveilleux. On n'avait
pas le temps de se retourner, qu'on avait
cinq éditions aux trousses ; en se réveillant
011 s'en trouvait dix sur les bras. Les petits
pâtés ne s'enlèvent pas plus vite et ne se
mangent pas plus chauds. Soixante-quatre
éditions coup sur coup; avez-vous l'idée
de ça?
—r* Il y avait de quoi satisfaire le plus
ambitieux.
— C'est ce qui vous 1 trompe, Lucien ; l'ame
du baron ne s'en contenta point; elle était
trop vaste pour cela.. Il était l'homme le
plus édité de France; il n'en était pas le plus
traduit. Voilà de quel côté il se porta.Il vou
lut que son existence fût parsemée de tra
ductions, comme elle l'avait été d'éditions,
ni plus ni moins; il se plut à l'idée d'être tra
duit.aux-quatre points cardinaux, de l'orient
au couchant, du midi au septentrion, chez le
gamoïède comme chez l'Iroquois, de la Nor-
wège aux terres australes. Autant d'idiomes
humains, autant de traductions; il n'en ex
ceptait pas même les langues mortes. Telle
fut sa prétention, et j'ajoute qu'elle n'a point
été vaine; il n'est rien ici-bas dont 011 ne
vienne à bout par une forte volonté. Dans le
début, à peine rallia-t-il une langue ou deux;
aujourd'hui il ne marche pas à moins de
trente-deux langues, et trois dans le nombre
ne servent que pour lui. Rien ne manque
désormais ni à ses qualités ni à ses titres : il
a les deux couronnes que son front rêvait;
il est l'homme le. plus traduit du globe com-
•mc.il en-était'le plus édité.
— Tant de gloires à la fois, est-ce croya
ble?
— Oui, Lucien, le témoignage en est là ;
des traductions et des éditions par' milliers;
voilà 1« lot du barons et à sa mort son héca
tombe, A sa place je m'en passerais bien; la
terre ne lui sera pas légère là-dessous.
— C'est donc serieux ce que vous dites là,
mon cousin ? .
— Très sérieux, Lucien. Les traductions,
les éditions, tout est sérieux. Seulement, 011
ajoute à l'oreille que la baronne achète les
éditions et paie les traductions; mais ce sont
de sots-propos qu'il convient de renvoyer à
ceux qui les tiennent. Le baron a eu des
traducteurs magyars ; où trouver cela, et
comment y mettre le prix?
Pendant que j'achevais mon explication,
la scène changea, et le fauteuil de la maî-
tressedu logis s'entoura de nouveaux visa-
tre les siennes le plus tendrement et le plus
familièrement du monde. Lucien n'y tint
pas.
— Mon cousin, s'éeria-t-il, et celui-ci, cet
habit noir, ce pion de collège ! qui est-il?
Voilà une singulière tenue, surtout en pu
blic !
— Point d'irrévérence, Lucien; vous tou
chez encore à un maître. C'est le marquis
du Sabbat, prince de la composition à toute
volée. Avant lui, la musique n'usait du cui
vre qu'avec une certaine timidité et se fût
bien gardée d'élever ses prétentions jusqu'au
bronze. Il est le premier qui ait envisagé
carrément cet art dans ses rapports avec la
fusion des métaux. Vqilà sa découverte, et il
s'est montré généréux ; aucun brevet ne lé
détend contre le plagiat.; Rien de plus cu
rieux, d'ailleurs, que l'histoire de cette in
vention, si ce n'est l'invention elle-même.
A l'origine, il ne s'agissait que d'un détail,
te timbre d'une cloche introduit dans l'ac
compagnement. Sonnerait-elle en la , sonne
rait-elle ( eii ré? se contenterait-on d'un
bourdon, ou bien en. aurait - on deux ,
l'un en si bémol, l'autre en fa dièze? Tel
était le cercle restreint dans lequel s'a
gitait la question des métaux appliqués à
la composition musicale. Une tempête dans
un verre d'eau, rien de plus. Mais, à l'es
sai, l'idée a grandi; elle a pris des pro
portions énormes;" ce n'est plus un détail
d'orchestre, c'est la musique même. Cloches,
clochetons, bourdons, faux-bourdons, tout
airain a eu sa note, tout carillon ses règles;
le tocsin même à obéi aux lois du contre
point. Dans l'orchestre, sur la scène, au sein
des coulisses, c'est le métal qui a régné. Le
cuivre et le bronze 11e suffisaient plus aux
besoins nouveaux; on les a combinés d'acier
. et de platine, d'antimoine et de zinc;-la vo
gue appartenait désormais aux matières so
nores. Ainsi le marquis a été servi au-delà
de ses vœux; il ne poursuivait qu'une ré
forme, il a obtenu une révolution. Etcroyez,
Lucien, qu'il ne s'en t iendra pas là; tout cliétif
qu'il est, c'est le plus obstiné des hommes.
Je le connais, il poussera l'art jusqu'au ca
non. On parle déjà, dans des conciliabules
mystérieux, de batteries d'harmonie et d'ar-
tilïerie chromatique". Ce sera son dernier
triomphe et le frontispice de son monument.
Les empressés se succédaient auprès de la
comtesse, et je n'étais pas au bôut de cette
galerie de portraits. Lucien y prenait goût
et s'y éclairait sur les rivalités qu'il avait à
craindre. Tout en me prêtant à son désir, je
le suivais de l'œil et lisais si,tr son visage
l'impression qu'y causaient les assiduités*
dont il était témoin. C'était toujours la mé-,
me jalousie; elle 11e désarmait pas dévant :
les plus grands noms, Je venais pourtant
d'en* prononcer un qui avait mené bien du
tapage dans les journaux, celui d'un artiste
qui savait concilier avec les opinions les plus
larouches l'art de soigner sa réputation.
— Le comte Melehior, me dit-il, lui, ici?
— Oui, Lucien, répliquai-je, vous l'avez
sous les yeux ; oui, c'est le comte Melehior,
le prince'de la statuaire, celui qui a dégros
si le plus de héros maigres et élevé le plus
de blocs de grès ou de marbre sur nos pla
ces et nos carrefours. Un fameux ciseau, al
lez, rude et indépendant, toujours prêt à
s'exercer pour la patrie. Qui ne l'admire et
ne le connaît ? La France est jonchée de ses
monumens. Il ne se construit pas un pié
destal qu'il n'en soit; un fronton qu'il n'en
ait sa part. Toujours là, et jamais au dé
pourvu ; il a des blocs pour toutes les gloi
res. Tenez, Lucien, voici un renseignement
précis et qui peut vous être d'une grande
utilité. Toutes les fois que, dans une localité
quelconque, en province comme à Pa
ris , vous trouverez un grand homme ex
posé à l'air, boudant sur son piédestal,
avec des airsrogues et un aplomb douteux,
morose, mal en jambes, tiré en charge, mé
content des autres et de lui-même, vous
pouvez dire hardiment : c'est du Melehior.
Le mot frappera à coup sûr. Que si eii outre
la draperie est lourde et la chevelure en dé
sarroi, si le collet de l'habit s'en va de tra
vers et le pantalon à l'aventure, si l'ensem
ble manque de grâce, d'harmonie et. de dis
tinction, vous pouvez répéter plus haut en
core et avec plus d'assurance que jamais :
C'est du Melehior. Tous ses blocs portent ce
.cachet. 11 dédaigne le détail, il aime l'inculte,
. il lient à honneur de voir plus laid que na
ture. C'est son titre et sa supériorité. Et pour
quoi la chercherait-il ailleurs? C'est par là qu'il
a plu, qu'il a réussi, c'est par là que plaisent e t
réussissent lesartisteshérissés. Ils ont inoins
de talent que de vertu, moins de dessin que
d'austérité; mais qu'importe, si la palme est
au bout, et s'ils couvrent le pays de leurs
blocs de marbre?
Il était dit que la comtesse soutiendrait ce
soir là un siège dans toutes, les formes et de
la part d'un nombre, infini d'assaillans: A
peine le sculpteur Melehior se fut-il éloigné,
que le peintre Maxime vint s'asseoir auprès
d'elle. C'était changer d'art seulement, quit
ter le ciseau pour le pinceau. Cependant il se
fit dans les manières d'Angèle une modifica
tion sensible, même pour l'observateur le
moins clairvoyant; elle avait été rieuse et fo
lâtre jusque-là : avec Maxime elle fut toute
autre. 11 faut dire que l'air du peintre impe
sait (-je: sonne, ne portait la tète avec plus
de grandeur et ne rehaussait son maintien
d'une dignité plus naturelle. Les traits, du
\isage, le tour "de l'esprit,'le geste et l'accent,
tout avait chez lui un caractère particulier
etqu'on eû t vainement cherché ailleurs. Aussi
l'accueil "de la comtesse paraissait-il s'en res
sentir. L'entretien était a peine engagé, qu'il
s'animait déjà et que les fauteuils se tou
chaient de très près. Lucien ne perdait rien de
cette scène ; il en suivait les détails ave* une
évidente anxiété : uirpressentiment. lui disait
que de toutes les rivalités dont il s'était
préoccupé, celle-ci était la plus sérieuse, la
plus redoutable pour son repos. De là, des
accès d'impatience qu'il ne pouvait contenir
et unr! suite de questions qu'il m'adressait
Icoup sur coup et saus -me donner le temps
de répondre : — Qui est-il? — Que fait-il? —
j A quel litre esUl ici ? Enfin, ma parole put
[ se faire jour, et je lui nommai le nouveau
1 soupirant :
XTMÉROS277.
I8CREAÏJX|: roc de Valois (Palais-Royal), i»° 1©,
B 4852. ~ DIMANCHE 5 OCTOBRE,
„ 1 FÀRIS ET DEPAKTEMENS :
î fc
v+ï 8 ÎR. POIÎR TROIS MOIS/ ;
. S2 .TR. POCR L'ANNÉE,
UN NU11ÉH0 ; f | CENTIMES,
pour les pays êtr^cebs, se reporter au
; tableau publié dans le 'journau les 10 et
• as de chaque mois. . ,
, S'adressçr, franco, pour la rêdactkn, à M. CrcnEVit-Ct.VXiiGîiY, rédacteur en chef.
' . Les articles déposés ne sont pas rendus. ;
JOURNAL POLITIQUE, LITTÊMIRE, UNIVERSEL.
s'abonne-, dam les départemrïis, aux Ji (-singeries et aux Directions de pos'e. —.4 Londres, chez MM> C qwie i
. j' " —A Strasbourg, chez M. A lexandre , jiovr l'Allemagne,. • : : - 1
On s'i
S'adresser, franco j.j)<>w* l'tàdntinismt
à M. DENA1N, directeur.
Les annonces sontreçues chez M. PANIS, régisseur,-10, place de la Bourse;
; ét au bureau du journal. '■
, PBH D'IBOIliVKIHinir -
PARIS ET LÉS DÈPARTEÎ1ESS.
; Pour trois mots. . § fr,
IPour six mois. . . 16 fr.
Ponr Tannée. . . . §2 fr.
Le prix ^'abonnement du CONSTITUTION
NEL est au-dessous de celui de tous les au
tres journaux politiques. '•%„<
PARIS, 2 OCTOBRE.
Un décret récent vient d'autoriser la créa
tion à Paris, près la place de l'Europe, de
docks ou magasins destinés à rece-vojr les
marchandises et à permettre d'en mobiliser,
la valeur au moyen de warrants. Qu'est-ce
' que des docks ? qu'est-ce que des warrants ?
Ces mots, qui trahissent suffisamment leur
origine anglaise, nous sont encore peu fa
miliers, et il faut traverser le détroit pour
apprécier convenablement le rôle .ainsi que
Je mécanisnîô'deiw&SFvastes entreprises, qui
constituent tout à la fois des établissemens
de magasinage public et des instrumensde
crédit .commercial. v
' Les docks les, plus complets, ceux qui sont
établis; à Londres, ne datent que du com-
mçnceiçént du siècle. Les magasins qui bor-
daieïii lar Tamise ne pouvaient plus suffire
, au commerce. Ils étaient d'ailleurs inabor
dables pour les pavires d'un fort tonnage,
qui étaient obligés de rester dans le milieu du
fleuve, et qui rie pouvaient décharger leurs
cargaisons que par la méthode lente et coû
teuse des transbordemens. Enfin, les rues qui
longeaient le derrière des magasins et par
lesquelles sortaient lès marchandises, étaient
tellement étroites, qu'il en résultait un en
combrement continuel. De là l'idée de créer
des bassins; entourés de bàtimens offrant
toutes les facilités désirables pour le débar
quement, le transport et l'enmagasinage des
marchandises. *
Nous, ne pouvons décrire ici les disposi
tions des doeks de Londres. Il nous suffira
de dire qu'ils ont été construits de façon à
.pouvoir faire, en grand, avec toute l'écono
mie qui résulte de la concentration des for
ces, ce que les magasins des bords de la. Ta
mise faisaient en' petit. C'est un spectacle
vraihient intéressant que celui du déchar
gement d'un navire dans ces -magnifiques
: établissemens. La marchandise, déposée sur
le quai au moyen d'une grue, passe suc
cessivement des mains du tonnelier, qui
l'examine et qui la met en état d'être em
magasinée, dans celle du marqueur qui ins
crit sur le colis le numéro de rotation du na
vire, le numéro porté sur le manifeste du ca
pitaine et la date de l'année; elle est placée
ensuite sur la balance; et enfin, après le
prélèvement des échantillons, elle est im
médiatement" portée dans les magasins,
où l'arrimage est disposé de manière à per-
; mettre un accès facile vers toutes les mar
chandises. Ces opérations sont conduites avec
un ordre, une régularité, une simplicité qu'on
ne saurait rendre. Aussi le négociant, con
vaincu que la marchandise qui lui appar
tient sera traitée avec tous les soins néces
saires., se contente-t-il' d'envoyer prendre
aux docks N les comptes de débarquement et
les titres de propriété.
- Une première conséquence de l'établisse
ment des docks, fut de doter le commerce
du système d'entrepôt qui n'existait pas à
Londres. Les garanties que ces entreprises
offraient au gouvernement parurent si com
plètes, que l'on n'hésita pas à leur faire cette
concession. Les docks sont donc entrepôts.
' Mais ce que nous devons surtout consta
ter, c'est la véritable révolution qu'ils ont
produite dans les habitudes du commerce de
. Londres. Le négociant était obligé, aupara
vant, d'habiter avec sa famille dans des
quartiers populeux, de louer des magasins
FEUIILETQNBU CONSTITUTIONNEL. 3 OCTOBRE.
LA. COMTESSE
DE MAULÉON.
XXIX.
otj l-on passé en revue quelques originaux.
— un dénombrement.
• J'allais parler lorsque Lucien m'arrêta, et,
m'entraînant dans la partie la plus libre du
calon :
— Tirons-nous de ce courant., me dit-il;
J y a trop d'oreilles ici. Venez, .mon cou
sin.
Quand il se crut mieux défendu contre les
indiscrets, je repris mes explications.
— Ce blond, lui demandai-je', c'est de ce
blond qu'il s'agit? N'allezpas commettre de
méprise.
— De ce blond, oui, mon cousin, l'habit
bleu à boutons de métal.
Eh bien! Lucien, inclinez-vous; c'est le
baron de la Fanfare, I'un-des princes du ro
man et qui ne se dérange pas à moins de
vingt-huit éditions. Vous iriez lui en propo
ser vingt-sept, qu'il déclarerait l'offre inad
missible ; il ne se. montré pas pour si peu.
Tel que vous le voyez, mon cher, il a eu des
veines incomparables. On cite un livre de
lui, un chef-d'œuvre, il est vrai, qui alla à
soixante-quatre éditions en trois jours; il en
paraissait une par heure, qu'il tît clair de
* ba rêpWshibWon ^"st ijrtêrâife.
• qiril payaif très cfier, d'entretenir -.un .pçr".;,
'sonnet considérable pour la surveillance et
la manutention de ses marchandises. Il n'en
est plus de même aujourd'hui. Les docks l'ont
dispensé cUavoir des magasins, un matériel
de transport, des hommes à- gage, etc., etc.
Il n'a plus ^besoin que de simples bureaux
de comptaÎHÎité. Il a réalisé ainsi une éco
nomie considérable, et, débarrassé de tous
les soins qu'exigent la réception, la conser
vation et la livraison des marchandises, il" a
pu consacrer toute son attention à ses opé
rations de commerce.
Enfin l'intervention des entreprises, de
docks a permis de faire des livraisons, sans
déplacement jusqu'au. moment d
des mains du vendeur à celles de l'acheteur,
sans quitter lé magasin, sans être grevée de
frais de manutention et de transport, sans
subir les déchets*qîii en sont la suite ordi
naire. Tout cela sç fait au moyen du war
rant, invention admirable, qui a puissam
ment contribué à la prospérité du port de
Londres.
Le warrant est là reconnaissance^ le récé
pissé que Ja compagnie des docks remet au
propriétaire* de la marchandise après les
justifications exigées. II constate qu'elle a
reçu et emmagasiné," pour son compte, teiïë
quantité de marchandise, de tel poids, de
telle qualité, et ! il indique le numéro de
l'échantillon qui a été porté à la Cité, c'est-à-
dire au centre des affaires. Le warrant est
trailsmissible par endossement,, et l'endos
sement constitue une vente légale, de telle
sorte qu'il suffit d'une signature pour opé
rer la vente et le transfert de la marchan
dise. •
Ainsi, par le système des docks, le négo
ciant n'a pas à s'occuper de la manutention
de la marchandise, et il est; dispensé d'avoir
des magasins, ainsi que tout le personnel
qu'ils entraînent; par le système des warrants,
il peut mettre sa marchandise en portefeuille
et la vendre par "voie d'endossement.
Pour donner une idée de l'importance de
ces entreprises, nous dirons que le dock
des Indes occidentales a coûté 66 millions,
le dock de Londres, proprement dit, 84, ce
lui de Sainte-Catherine 42. Outre ces trois
grands docks, il existe beaucoup de docks
spéciaux, moins considérables, mais qui peu
vent avoir absorbé 200 millions. Le capital
employé à l'établissement desdifférensdocks
île.Londres peut donc s'élever à environ 400
millions.;;* ■ " t*
Est-il b*esoin de rappeler tous les ayanta.-
ges que le commerce de Londres a retirés4e
la création de ces immenses établissemens ;
d'énumérer les économies réalisées sur la
tenue de la comptabilité, sur les frais de
déplacement des marchandises, sur le temps
consacré aux formalités de douane, sur les
dépenses de réception,- d'emmagasinage et
de livraison; do faire ressortir les consé
quences de la mobilisation de cette masse
de marchandises, entassée dans les entrepôts
de la capitale du monde commerçant, qui
circule de main en main avec une incroyable
facilité. . •
Nous n'avons pas assurément la préten-'
tion d'assimiler la place de Paris à celle de
Londres. Mais il n'est pas douteux que des
entreprises analogues, appropriées à nos be
soins, ne puissent rendre de grands servi
ces en introduisant de nouvelles habitudes.
Déjà, d'ailleurs, quelques établissemens de
magasinage public ont été créés et fonction
nent à Paris. Nous possédons l'entrepôt de
la gare des Marais, sur les bords du canal.
Saint-Martin, et les magasins libres qui ont
été construits à côté. Ces établissemens sont
très utiles. Mais, par cela seul qu'ils ont été
construits en vue des arrivages par eau, ils
ne sauraient suffire au développement com
mercial qu'a entraîné l'exécution de notre
réseau de chemins de fer. On ne peut citer
que l'entrepôt des Batignolles qui aitété fondé
depuis l'achèvement des voies nouvelles, et
il n'est.destiné qu'au mouvement du chemin*
de fer du Havre. *
Lorsque les consommations s'arrêtèrent,
taprèé la,jCé£o la% ftjd. & ffrrietyle gpuverne-
ment provisoire chercha dans le magasinage
public les moyens de venir en aide au com
merce, qui ne pouvait plus vendre ses pro
duits. Il décréta la création .de magasins
centraux, et il chercha à organiser un sys
tème de warants. Aux termes de ce décret,
qui porte la date du. 21 mars'1848, la
marchandise déposée dans les magasins
agréés par l'Etat-, est constatée par un réçé-
pfssé qui porte la date du dépôt, le nom du
déposant, l'espèce et la quantité de marchan
dise; enfin, le prix qui lui a été attribué à
1& suite d'un procès-verbal d'estimation.
'Cette estimation .est confiée à des experts,
choisis- par la chambre de commerce , la
chambre consultive des manufactures ou le
conseil municipal, et assistés d'un courtier
decommerce ou d'un commissaire-priseur. Le
récépissé est transmissible par voie d'endos
sement. Un simple transfert suffit pour saisir
du privilège de nantissement toute personne
qui prête sur la marchandise déposée. Joint
à un billet à ordre, le récépissé fait fonction
de secondé signature pour les comptoirs na
tionaux et de troisième signature pour la
Banque de France. Les principes posés dans
ce décret sont bons; mais les établissemens
spéciaux, manqu aient, et Je magasinage pu
blic ne" putlîrïîè ppuvait être, l "à cette épo
que, qu'une sorte de mont-de-piété commer
cial.
Il s'agit aujo^M'lMi^'de fonder un sys
tème général de 5i$gasinage , qui soit en -
harmonie avec l'ensemble des voies de com
munications aboutissant à la capitale, qui
réponde toutes les exigences du com
merce d'importation,: de consommation et
de transit, et qui:présente, les garanties
nécessaires pour familiariser le public avec
l'emploi des warrants. Tel est le but de la
compagnie qui vient d'être autorisée. Elle
se propose d'ouvrir au commerce des maga
sins, bien situés, construits dans de bonnes
conditions d'art, pourvus de tous les perfec-
tionnemens appliqués dans '(es., docks de
Londres, et de relever [en même- temps le
warrant, resté jusqu'ici à l'état dè lettre mor
te , en lui imprimant le caractère des meil
leures valeurs de circulation. C'est une en
treprise destinée en quelque sorte à couron
ner, à compléter-toutes ces 'entreprises de
chemins de fer qui mettent Paris en commu
nication avec les grands centras commerçans
ou industriel s^cTe la France et du. continent
éuropéen.
Si nous sommes bien.informés ;*la so= .
ciété-des docks parisiens ferait entrer les
établissemens existans dans son système gé-
-néral. Elle conserverait l'entrepôt et les ma
gasins libres de la gare des Marais qui reste
raient affectés aux arrivages par eau; elle
appliquerait les magasins des., batignolles
aux vins et aux céréales; enfin elle érigerait,
près la place de-l'Europe, un vjjSte établis
sement, embrassant un eutrepôt-et des ma
gasins libres, qui deâs'ervirait tout le^mou-
vement des chemins de fer. ' '
■ -Lé choix des terrains de Tivoli pour le
nouvel établissement nous paraît heureux.
Voisin d'une gare, qui sert aux chemins de
Rouen, du Havre et de l'Ouest, il sera relié,
parle chemin de ceinture,. avec toutes les
lignes qui aboutissent à Paris. 11 sera donc
avantageusement placé pour les importa
tions, pour les exportations et pour le
transit. Ajoutons qu'il sera à proximité
du véritable centre des affaires. Quant aux
constructions; appropriées au but qu'elles
doivent remplir, elles auront des propor
tions monumentales. Les plans adoptés sont
dus à MM. Hector Horeau et Victor Lenoir.
On peut donc espérer que nous verrons
s'effectuer dans les habitudes du com
merce de Paris une révolution analogue
à celle que la création des docks a pro
duite dans la capitale de l'Angleterre. Les
magasins de l'intérieur, consistant la plu
part en constructions irrégulièi'es et im
propres à leur destination, se louent fort
cher. Avec les nouveaux établissemens qui
vont être mis à sa disposition, le négo
ciant de Paris pourra, comme celui de Lon-
• se dispenser d'avoir-des magasins ainsi
• que-tout le ' matériel et tout le personnel
qu'ils -exigent. 11 pourra acheter ou vendre
sans avoir à s'occuper de la réception ou de
la livraison, il aura un titre "représentatif
qui circulera comme un billet à ordre, et
qui offrira cet -avantage .de reposer toujours
sur un gage certain. -
La place de Paris acquiert tous les jours"
une plus grande importance. Centre de pro
duction, de consommation et de transit, elle
voit s'ouvrir devant elle, par l'achèvement
"de notre réseau de chemins de fer, un avenir
en quelque sorte infini. Il ne lui manquait
plus qu'un système de magasinage public
analogue à celui qui a contribué si puissam
ment à la fortune de Londres. A son tour, elle
và avoir ses docks, et ce ne sera pas un mé
diocre avantage pour elle que de profiter
de l'expérience des quarante dernières an
nées quia porté les établissemens anglais au
point de perfection où nous" les voyons au
jourd'hui." J. B urat.
Nous publions plus loin lé texte de la dé
claration rédigée dans les conférences de
Munich par les plénipotentiaires de la coali
tion de Darmstadt. Cette déclaration a été
signée par tous les gouvernemens de l'Alle-
^ magne du sud, à l'exception du gouverne-
^ÏÏfci'it v badoïs. ' Communication vient d'en
être faite au ministère prussien par le pléni
potentiaire bavarois.
Le ton de cette note est extrêmement con
ciliant, mais aucune concession n'est faite à
la Prusse. On commence par rappeler que
les gouvernemens coalisés ont souscrit à
l'acceptation du traité conclu avec le Hano
vre et au renouvellement du Zollverein ;
mais qu'ils ont subordonné la conclusion
.définitive de cet arrangement et la fixation
de la durée .du nouveau Zollverein à la con
■clusion d'un traité de commerce avec l'Au
triche. Ils expriment le regret que la note
"prussienne du 30 août ne leur ait pas donné
satisfaction sur ce point essentiel.
Les gouvernemens coalisés acceptent ,
comme des concessions précieuses de la
part de la Prufese, la reconnaissance du
principe, que l'on doit tendre à former une
union douanière embrassant la totalité de
l'Allemagne, et l'offre faite par cette puissance
de négocier un traité decommerce avec l'Au
triche comme acheminement à cette union
universelle. Pour leur part, les gouverne
mens coalisés né demandent pas non plus
l'entrée immédiate de l'Autriche"dans le Zoll
verein ; ils se contentent du traité dj _
merce offert par la Prusse, mais à la condi
tion que ^gouvernement prussien donnera,
des garanties que les négociations qu'il va
ouvrir aboutiront à un résultat réel et sé
rieux. " "" - » * .
( 4 Or, cela ne paraît pas possible aux Etats
Coalisés, tant que la Prusse commencera
t par écarter absolument, comme elle l'a fait
cfàiis sa note du 30 août, le projet de traité
élaboré dans les conférences de vienne. Le
principe de ce projet" doit demeurer incon
testé. On ne saurait, admettre qu'on puisse
négocier avec l'Autriche comme avec un-
puissanç'e absolument étrangère à l'Alice
magne. Cette détermination de la Prusse
oblige les confédérés, à persister dans leurs
demandes. Ils acceptent le traité conclu avec
le Hanovre, mais ils ne peuvent faire d'autres
concessions : ils refusent donc de renouveler
. le. Zollverein pour douze ans, parce que cet-
teflurée rejette trop loin l'entrée de l'Autri
che dans l'union douanière, et ils refusent
• de s'engager sur le renouvellement même
du Zollverein tant qu'ils n'auront pas obtenu
les garanties qu'ils ont déjà réclamées'pour
le traité de commerce.
Telle est-l'analyse fidèle de la note des
coalisés, en la réduisant à ses propositions
principales et en la dégageant de l'obscure
et laborieuse terminologie de la diplomatie
germanique. " cucheval-ciaiiigk'ï.
VOYAGE DU PRIIVCIS-PRÉSIDEKT.
Le prince-Président a quitté Montpellier
aujourd'hui. Il arrive ce soir à Narbonne :
chaque étape va'maintenant rapprocher de
Paris le chef de l'Etat. Rien n'a été changé
jusqu'ici dans l'ordre indiqué pour les éta
pes et les séjours du prince.
Voici la suite des dépêchés :
Montpellier, "2 octobre, 6 h. du matin.
Le prince, après le dîner il la préfecture, est
allé au bal du théâtre, où S. A. a été accueillie
avec enthousiasme. Elle a fait le tour de la salle
saluéb par les femmes-et. par les hommes aux Cris
ïïljllo fois- répétés de Vice l'Empereur!
Pendant le séjour 'à Toulon du prince-Pré
sident, et de M. Ducos, ministre de la mari
ne, dès promotions importantes ont été fai
tes. Parmi ces promotions 011 cite les sui
vantes
M. le capitaine de vaisseau Lapierre, qui com
mande dans l'escadre d'évolutions, le vaisseau le
Jupiter, a été nommé contre-amiral, en rempla
cement de M. Deloffre, admis à la retraite. M. La
pierre, entré au service en 1812, est un des- plus
anciens capitaines de vaisseau. 11 compte de longs
et honorables services.
M. le capitaine de frégate Guesnet, qui com
mande, dans l'escadre d'évolutions, la corvette à
vapeur le Calon, est-nommé capitaine de vais
seau.
M. le lieutenant de vaisseau d'Heureux est
nommé capitaine de frégate. •
"M. Dupuy de Lomé, ingénieur de la marine de
seconde classe, qui a construit le vaisseau à va
peur le Napoléon, est nommé ingénieur de pre
mière classe.
M. le capitaine de Vaisseau Penaud est nommé
commandeur de la Légion-d'Honneur. '
Indépendamment do ces promotions, d'autres
nominations ont encore eu lieu. Toutes ces mesu
res ont reçu une approbation unanime.
En outrej" M. le capitainede vaisseau Laurenein
a été nommé au -comnimandement du vaisseau
l'Austerlitz; M. le capitaine de vaisseau Touchard
a été nommé au commandement du vaisseau le
Jean-Bart, et M. le capitaine.dc vaisseau de Cba-
bannes-Curtori a' été nommé au commandement
du vaisseau le' Charlemagne.' ...
M. le ministre, de l'intérieur a adressé la
circulaire suivante aux préfets des départe-
mens que le prince-Président a traversés ou
traversera pendant son,voyage :
/ Paris, le 30 septembre 1852.
Monsieur' le préfet, le voyage que le prince-
Président a entrepris, et qu'il poursuit en ce mo
ment aux acclamations de la France entière,
est un de ces événomens qui doivent laisser
des traces durables dans le souvenir et le cœur
du peuple. L'acte est si grand par lui-même, et
s'accomplit dans des conditions si glorieuse
ment exceptionnelles, que tous les faits qui s'y
rattachent ont leur signification et leur impor
tance. Aussi, est-ce un devoir pour le gouverne
ment de les enregistrer avec la plus scrupuleuse
exactitude ci de s'entourer des documens les plus
complets pour écrire et livrer à la mémoire du
peuple line dos plus belles -'pages de notre his
toire. ' -
Je vous invite, en conséquence, Monsieur le pré
fet, à recueillir et à m'adresser les détails les plus
circonstanciés sur tout ce qui se rapportera au
passage du prince dans votre département. Vous
devrez me signaler les communes où. il se sera ar
rêté, les députations qu'it v iura trouvées au-de
vant de lui, le» établissemens publics ou particu-
licrayu'il aura visités, etc., etc.;
je vous recominandp .le plus spé
cialement, c'est de inc l'aire connaître les noms
des maires, conseillers généraux ou municipaux,
fonctionnaires, industriels, artistes, ouvriers, cul
tivateurs, anciens militaires, et sans exception de
tous ceuxqui auront eu l'honneur d'avoir quelques*
rapports avec le prince. Le gouvernement tient par-
culiôrement à ce que le nom d'aucun de ceux qui
ont pris une part, môme modeste, aux événomens
do ce glorieux voyage 11e soit pas perdu pour l'his
toire. il veut que tous ces documens, pleins d'un
intérêt vraiment national, forment un tout com
plet qui restera dans chaque département comme
une des pièces les plus précieuses de ses archives.
Vous serez heureux, Monsieur le préfet, de vous
associer à cette pensée ; je compte sur votre con
cours'pour la réaliser dans un bref délai.
Recevez, Monsieur le préfet, l'assurance de ma
considération la plus distinguée.
Le ministre de l'intérieur,
F. DE l'IiUSlGNY.
Un supjplériicnt à la Gazette officielle de la
Guadeloupe, portant la date du 7 septembre,
contient la circulaire suivante du gouver
neur de cette colonie au commandant mili
taire, à l'ordonnateur, au directeur de l'in
térieur, au procureur-général et* au contrô
leur :
Messieurs,
J'ai mis sous les yeux du ministre de la marine,
le détail des manifestations qui ont signalé l'arri
vée de M. le conseiller Dain à la Guadeloupe, et
dés mesures que j'ai cru "devoir adopter, après
avoir pris l'avis des hauts fonctionnaires de la co
lonie, pour faire cesser l'agitation et maintenir
chacun dans l'obéissance due aux actes du prince-
Président de la République.
Le ministre; en réponse à ma correspondance,
nie tf ace une voie qui est la mémo que celle que
j'avais adoptée il y a deux mois. Ainsi, le conseil
privé continuera de fonctionner avec le seul con
cours des chefs d'administration, jusqu'il ce que
les conseillers démissionnaires soient rentrés dans
leurs fonctions ou aient été remplacés.
Tant que persistera le système d'abstention des
conseillers municipaux qui ont retiré leur con
cours, l'action diracte et énergique de l'adininis-
tratio/i continuera d'y suppléer 1;1 où elle ne trou-
veratpas à organiser des administrations suffisam
ment éclairées ou dignes de sa confiance.
L'on doit compter sut l'intérêt des justiciables
et sur le bon esprit de MM. les avocats,, pour, la
prompte i'tpvise des"affaires civiles» Une. abstenj-
tion plus prolongée ne serait pas" à la hauteiir dâ .
leur ministère, et deviendrait; par, c,ela même>
plus inexcusable.- • ' .: V'. '
. En £e qui touche l'ordee matériel, ma procla
mation du G juillet n'a pas perdu de son actuali
té; les démonstrations qui la- suivirent le lende
main n'ont échappé à la juridiction politique quij
déjà, était saisie del'affaire des inculpés, que par
suite d'un conflit de juridiction devant la repro
duction duquel je ne m'arrêterais pas, si de nou
veaux désordres avaient lieu..
Au surplus, quels que soient les embarras du
moment, l'administration locale no" s'en préoccupe
ra que pour maintenirlatranquillité. Nous somme»
en présence d'un principe d'ordre supérieur, dè- „
vant lequel tous les inconvéniens qu'on peut pré
voir sont secondaires : il s'agit de ne pas laisser
s'établir dans la colonie la jiensée d'une, sorte
d'indépendance relative, l'idce qu'au moyen de
protestations tumultueuses et d'appels A l'.oninioji
publique, les liabitans peuvent tenir, en écliec lé
gouvernement, et lui arracher le désaveu de Sfis
actes.
La question relative à M. le conseiller Dain -a
été posée dans des termes que ne peut accepter
un gouvernement qui se respecte. Ce recours au
chef de l'Etat s'est trouve, en quelquç sorte, para
lysé d'avance par les manifestations turbulentes
qui ont accueilli le débarquement du magistrat, _
par la violence irrespectueuse avec laquelle mie
partie de la population s'est permis de protester
contre un acte régulier du pouvoir, et enfin, par
la publicité donnée, en France, à une adresse con
çue dans des termes dont l'inconvenance n'eût pàs
été. excusable, même en l'absence de toute divul
gation. ;
M. le conseiller Dain sera donc iijaintcnu aii
siège qui lui a été donné ;l la coUr'd'àppel ds la
Guadeloupe, par le décret du 17 mai dernier.
Faites savoir à ceux des habitans de la colonie
avec qui vous êtes en rapport, que telle est la vo
lonté du président ; laites-leur comprendre qu'il
ne pouvait en être autrement après, ce qui s'est
passé. - -
Donnez-leur, d'ailleurs, l'assurajacc que ce sç-
rait se méprendre que de supposer qu'à l'époqqe
où la nomination a eu lieu, le prince-Président et
ses ministres ne l'avaient pas mûrement pesée. '
Que cette assurance donnée les rassure donc fct
leur suffise; qu'ils se confient, comme parle pasr
sé, avec tous les bons Français delà métropole,
en la personne du prince-Président et en son gou
vernement, comme ils l'avaient fait depuis le l'O
décembre 1848, et surtout depuis le 2 décembre
de l'année qui vient de s'écouler.
La politiq## 'du Président, qui est d'effacer lés
anciennes classifications des partis, en appelant
autour de lui, sans rechercher leur passé, les
hommes qui lui apportent le tribut de leur dévoû-
ment, est une politique qui a été acceptée avec,
empressement dans la colonie comme elle l'a,été
dans la métropole : elle ne-peut pas être scindéK-
Quant à sa politique coloniale, elle n'a pas c!ia& T ,>V.
gé : le ministre 111'avatt ckar $é .ds ne point l^Jsis-.ir
sor ignorer aux liabitans de Ja 'Guadeloup&tlîjo^'
magistrat qui a combattu naguère-cette po'UCi'qfte Y -
à la tribune nationale a été appelé à servir lé goù-
vernement du prince-Président, c'est qu'il s.'v V'H
rallié depuis. • ■.
Vous vous attacherez, Messieurs, à fairtfiêbnj-
prendre et accepter par toutes les classes deTa*pe-
pulation l'acte du prince-Président.
S'il restait encore à la Guadeloupe un parti
anarchique comptant sur un bouleversement en
France pour convoiter les emplois et les fortunes,
que ceux qui *le composent ouvrent les yeux pt
comprennent enfin que toutes les chanc«£»d5iye-
nir sont désormais dans le respect de l'a rriô'j'ate,
dans la serupul-Ji'isa observation des lois'et
propriété acquise par le travail. En préseiijfe des-! V
efforts laits par le gouverniiiuent depuis le-lO^Sr:
cembre 1818, pour le maintien de tous les prin- : ' ?.
ci pes d'ordre et de conservation, l'amnistie abcoV-
dée à d'anciens égaremens politiques ne peut-;
avoir à leurs yeux d'autre signification que cèle
da la bienveillance qui les attend eux-mêmes,
s'ils veulent devenir de bons citoyens.
Quant aux hommes dans lesquels le gouverne
ment avait mis sa confiance, et qui lui ont retiré
leur concours, qu'ils comprennent ce que le de
voir et le respe'-tdù au pouvoir leur commandent
aujourd'hui : qu'ils donnent au président et il son
gouvernement une preuve de leur dévoûment, de
leur confiance et de leur patriotisme, en retirant
des démissions affligeantes et eu se consacrant de
nouveau, avec un abandon sans réserve, h l'œu
vre commune de régénération du pays et de rap
prochement de tous les partis.
Le ministre de la marine compte sur la coopé
ration active de toutes les autorités de la colonie
pour faimprévaloir la détermination du prince-
Président ; vous vous consacrerez donc tout entiers
Messieurs, à cette mission, et je serai heureux de
n'avoir à rendre compte au département que d'un
dévouement entier et général de la part de l'ad
ministration comme de celle des administrés.
Recevez, etc.
Le gouverneur, aubry-bailleui .
L'épidémie, qui perdait de son intensité à
la Martinique, avait éclat'} à la liasse-Terre
(Guadeloupe), où deux gendarmes, le capi
taine de la gendarmerie, plusieurs soldats
de la garnison et deux jeuaesprètresétaient
dangereusement malades.
On a reçu en Angleterre, par la voie de
Trieste, le message télégraphique suivant
par anticipation sur les malles de l'Inde :
behes
lune ou non. C'était.merveilleux. On n'avait
pas le temps de se retourner, qu'on avait
cinq éditions aux trousses ; en se réveillant
011 s'en trouvait dix sur les bras. Les petits
pâtés ne s'enlèvent pas plus vite et ne se
mangent pas plus chauds. Soixante-quatre
éditions coup sur coup; avez-vous l'idée
de ça?
—r* Il y avait de quoi satisfaire le plus
ambitieux.
— C'est ce qui vous 1 trompe, Lucien ; l'ame
du baron ne s'en contenta point; elle était
trop vaste pour cela.. Il était l'homme le
plus édité de France; il n'en était pas le plus
traduit. Voilà de quel côté il se porta.Il vou
lut que son existence fût parsemée de tra
ductions, comme elle l'avait été d'éditions,
ni plus ni moins; il se plut à l'idée d'être tra
duit.aux-quatre points cardinaux, de l'orient
au couchant, du midi au septentrion, chez le
gamoïède comme chez l'Iroquois, de la Nor-
wège aux terres australes. Autant d'idiomes
humains, autant de traductions; il n'en ex
ceptait pas même les langues mortes. Telle
fut sa prétention, et j'ajoute qu'elle n'a point
été vaine; il n'est rien ici-bas dont 011 ne
vienne à bout par une forte volonté. Dans le
début, à peine rallia-t-il une langue ou deux;
aujourd'hui il ne marche pas à moins de
trente-deux langues, et trois dans le nombre
ne servent que pour lui. Rien ne manque
désormais ni à ses qualités ni à ses titres : il
a les deux couronnes que son front rêvait;
il est l'homme le. plus traduit du globe com-
•mc.il en-était'le plus édité.
— Tant de gloires à la fois, est-ce croya
ble?
— Oui, Lucien, le témoignage en est là ;
des traductions et des éditions par' milliers;
voilà 1« lot du barons et à sa mort son héca
tombe, A sa place je m'en passerais bien; la
terre ne lui sera pas légère là-dessous.
— C'est donc serieux ce que vous dites là,
mon cousin ? .
— Très sérieux, Lucien. Les traductions,
les éditions, tout est sérieux. Seulement, 011
ajoute à l'oreille que la baronne achète les
éditions et paie les traductions; mais ce sont
de sots-propos qu'il convient de renvoyer à
ceux qui les tiennent. Le baron a eu des
traducteurs magyars ; où trouver cela, et
comment y mettre le prix?
Pendant que j'achevais mon explication,
la scène changea, et le fauteuil de la maî-
tressedu logis s'entoura de nouveaux visa-
tre les siennes le plus tendrement et le plus
familièrement du monde. Lucien n'y tint
pas.
— Mon cousin, s'éeria-t-il, et celui-ci, cet
habit noir, ce pion de collège ! qui est-il?
Voilà une singulière tenue, surtout en pu
blic !
— Point d'irrévérence, Lucien; vous tou
chez encore à un maître. C'est le marquis
du Sabbat, prince de la composition à toute
volée. Avant lui, la musique n'usait du cui
vre qu'avec une certaine timidité et se fût
bien gardée d'élever ses prétentions jusqu'au
bronze. Il est le premier qui ait envisagé
carrément cet art dans ses rapports avec la
fusion des métaux. Vqilà sa découverte, et il
s'est montré généréux ; aucun brevet ne lé
détend contre le plagiat.; Rien de plus cu
rieux, d'ailleurs, que l'histoire de cette in
vention, si ce n'est l'invention elle-même.
A l'origine, il ne s'agissait que d'un détail,
te timbre d'une cloche introduit dans l'ac
compagnement. Sonnerait-elle en la , sonne
rait-elle ( eii ré? se contenterait-on d'un
bourdon, ou bien en. aurait - on deux ,
l'un en si bémol, l'autre en fa dièze? Tel
était le cercle restreint dans lequel s'a
gitait la question des métaux appliqués à
la composition musicale. Une tempête dans
un verre d'eau, rien de plus. Mais, à l'es
sai, l'idée a grandi; elle a pris des pro
portions énormes;" ce n'est plus un détail
d'orchestre, c'est la musique même. Cloches,
clochetons, bourdons, faux-bourdons, tout
airain a eu sa note, tout carillon ses règles;
le tocsin même à obéi aux lois du contre
point. Dans l'orchestre, sur la scène, au sein
des coulisses, c'est le métal qui a régné. Le
cuivre et le bronze 11e suffisaient plus aux
besoins nouveaux; on les a combinés d'acier
. et de platine, d'antimoine et de zinc;-la vo
gue appartenait désormais aux matières so
nores. Ainsi le marquis a été servi au-delà
de ses vœux; il ne poursuivait qu'une ré
forme, il a obtenu une révolution. Etcroyez,
Lucien, qu'il ne s'en t iendra pas là; tout cliétif
qu'il est, c'est le plus obstiné des hommes.
Je le connais, il poussera l'art jusqu'au ca
non. On parle déjà, dans des conciliabules
mystérieux, de batteries d'harmonie et d'ar-
tilïerie chromatique". Ce sera son dernier
triomphe et le frontispice de son monument.
Les empressés se succédaient auprès de la
comtesse, et je n'étais pas au bôut de cette
galerie de portraits. Lucien y prenait goût
et s'y éclairait sur les rivalités qu'il avait à
craindre. Tout en me prêtant à son désir, je
le suivais de l'œil et lisais si,tr son visage
l'impression qu'y causaient les assiduités*
dont il était témoin. C'était toujours la mé-,
me jalousie; elle 11e désarmait pas dévant :
les plus grands noms, Je venais pourtant
d'en* prononcer un qui avait mené bien du
tapage dans les journaux, celui d'un artiste
qui savait concilier avec les opinions les plus
larouches l'art de soigner sa réputation.
— Le comte Melehior, me dit-il, lui, ici?
— Oui, Lucien, répliquai-je, vous l'avez
sous les yeux ; oui, c'est le comte Melehior,
le prince'de la statuaire, celui qui a dégros
si le plus de héros maigres et élevé le plus
de blocs de grès ou de marbre sur nos pla
ces et nos carrefours. Un fameux ciseau, al
lez, rude et indépendant, toujours prêt à
s'exercer pour la patrie. Qui ne l'admire et
ne le connaît ? La France est jonchée de ses
monumens. Il ne se construit pas un pié
destal qu'il n'en soit; un fronton qu'il n'en
ait sa part. Toujours là, et jamais au dé
pourvu ; il a des blocs pour toutes les gloi
res. Tenez, Lucien, voici un renseignement
précis et qui peut vous être d'une grande
utilité. Toutes les fois que, dans une localité
quelconque, en province comme à Pa
ris , vous trouverez un grand homme ex
posé à l'air, boudant sur son piédestal,
avec des airsrogues et un aplomb douteux,
morose, mal en jambes, tiré en charge, mé
content des autres et de lui-même, vous
pouvez dire hardiment : c'est du Melehior.
Le mot frappera à coup sûr. Que si eii outre
la draperie est lourde et la chevelure en dé
sarroi, si le collet de l'habit s'en va de tra
vers et le pantalon à l'aventure, si l'ensem
ble manque de grâce, d'harmonie et. de dis
tinction, vous pouvez répéter plus haut en
core et avec plus d'assurance que jamais :
C'est du Melehior. Tous ses blocs portent ce
.cachet. 11 dédaigne le détail, il aime l'inculte,
. il lient à honneur de voir plus laid que na
ture. C'est son titre et sa supériorité. Et pour
quoi la chercherait-il ailleurs? C'est par là qu'il
a plu, qu'il a réussi, c'est par là que plaisent e t
réussissent lesartisteshérissés. Ils ont inoins
de talent que de vertu, moins de dessin que
d'austérité; mais qu'importe, si la palme est
au bout, et s'ils couvrent le pays de leurs
blocs de marbre?
Il était dit que la comtesse soutiendrait ce
soir là un siège dans toutes, les formes et de
la part d'un nombre, infini d'assaillans: A
peine le sculpteur Melehior se fut-il éloigné,
que le peintre Maxime vint s'asseoir auprès
d'elle. C'était changer d'art seulement, quit
ter le ciseau pour le pinceau. Cependant il se
fit dans les manières d'Angèle une modifica
tion sensible, même pour l'observateur le
moins clairvoyant; elle avait été rieuse et fo
lâtre jusque-là : avec Maxime elle fut toute
autre. 11 faut dire que l'air du peintre impe
sait (-je: sonne, ne portait la tète avec plus
de grandeur et ne rehaussait son maintien
d'une dignité plus naturelle. Les traits, du
\isage, le tour "de l'esprit,'le geste et l'accent,
tout avait chez lui un caractère particulier
etqu'on eû t vainement cherché ailleurs. Aussi
l'accueil "de la comtesse paraissait-il s'en res
sentir. L'entretien était a peine engagé, qu'il
s'animait déjà et que les fauteuils se tou
chaient de très près. Lucien ne perdait rien de
cette scène ; il en suivait les détails ave* une
évidente anxiété : uirpressentiment. lui disait
que de toutes les rivalités dont il s'était
préoccupé, celle-ci était la plus sérieuse, la
plus redoutable pour son repos. De là, des
accès d'impatience qu'il ne pouvait contenir
et unr! suite de questions qu'il m'adressait
Icoup sur coup et saus -me donner le temps
de répondre : — Qui est-il? — Que fait-il? —
j A quel litre esUl ici ? Enfin, ma parole put
[ se faire jour, et je lui nommai le nouveau
1 soupirant :
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 82.48%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 82.48%.
- Collections numériques similaires Bibliothèques d'Orient Bibliothèques d'Orient /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BbLevt0"Collections de l’École nationale des ponts et chaussées Collections de l’École nationale des ponts et chaussées /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPC000"
- Auteurs similaires Bibliothèques d'Orient Bibliothèques d'Orient /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BbLevt0"Collections de l’École nationale des ponts et chaussées Collections de l’École nationale des ponts et chaussées /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "EnPC000"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k669790d/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k669790d/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k669790d/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k669790d/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k669790d
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k669790d
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k669790d/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest