Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1917-03-17
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 17 mars 1917 17 mars 1917
Description : 1917/03/17 (Numéro 76). 1917/03/17 (Numéro 76).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k759378g
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
DIXIEME ANNEE. — N? 76.
V^BIÉnSMppi
Ce N oiséhd QwnDom : Cinq. Cenforë»
SAMEDI *17 MARS Ï9$
H enri VAUGEOIS, F ondateur
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
Tout ce qui est national est nôtre.
Le Duc d'Orléans?
DIRECTION et ADMINISTRATION
14, Hue de Home
ABONNEMENTS u PUBLICITÉ
Paris, Seine. Seine-et-Ois6
Provinces et AlHce»Lorraine
Etruna-fir..
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$ Boiit Bon m Journal, 14, Rue de Rome. — T él . Louvre S&49.
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La Publicité inséré« dans U Journal
n'tngage pas l'Action Françait».
(F
DIRECTEURS POLITIQUES
Léon DAUDET ^ Charles MAURRAS
RÉDACTION
1S, Rue de Home, 12
jusqu'à dix heures da soir.
19) Rue du Croissant, 19
à partir de dix heures du soir.
IftLgFHOMB : Louer* 38-48. il . T él A ph ohk î Central 64-07.
adrb8bb t6lé
UN 1830 A PETROGRADE
-w^WWW-
Nicolas II ne s'est pas conformé à la
maxime : « Rois, gouvernez hardiment.»
Il aurait terminé par une abdication qui
n'est pas encore certaine un règne
d'hésitations et de scrupules. Lorsque l'on
voit le. cours de la crise qui vient d'abou
tir à la formation d'un gouvernement
provisoire,issu de la Douma et qui a pro
clamé la régence du grand-duc Michel,
frère de l'empereur, on se rend compte
de la bonne volonté du peuple russe, des
possibilités qui s'offraient pourtant au
souverain.
La Russie, qui est en retard de quatre-
vingts ans sur le reste de l'Europe, vient-
de faire une demi-révolution qui est dans
le style des journées de 1830 beaucoup
plus que dans celui de 1789. Il montait,
là-bas, comme nous l'avons souvent
indiqué, un mouvement où le libéralis
me s'associait au nationalisme. C'est un
phénomène bien connu. Presque tous les
pays de l'Europe occidentale ont passé
par là jadis. Les monarchies du xix e siè
cle qui ont su comprendre ce mouve
ment, qui en ont pris la tête, em sont sor
ties plus grandes et plus fortes : ce fui
le cas die la maison de Savoie, ce fut, en
partie grâce à Bismarck, le cas des Ho-
Eenzolleirn. Les rois qui n'ont pas su
conduire cette eau à leur moulin ont fait
ce qui vient d'être demandé à Nicolas II :
ils ont tristement abdiqué.
Comme les autres formes de gouverne
ment, les monarchies ont besoin de se
reriouveler. C'est ainsi qu'elles durent.
Alexandre II avait inauguré un autre:
système que celui de Pierre le Grand et
de Catherine. Pierre le Grand lui-même
avait dû briser d'acharnées résistances
pour moderniser son Empire. La Russie
des Romanof a. toujours été le pays du
progrès imposé par en haut. Ce n'est ni
Pierre le Grand ni Alexandre qui se sont
crus, comme leur doux, loyal mais fai
ble successeur, enchaînée à leurs tradi
tions : ils les avaient interprétées pour le
bien de leur Empire. Ce n'étaient pas
eux, non plus, qui étaient prisonniers de
leurs fonctionnaires : ils n'imaginaient
pas un tsar entraîné dans la chute de
la bureaucratie. Le tchin était la créature
du tsarisme, un instrument nécessaire
pendant la phase de formation et d'uni
fication de la Russie. Qu'un empe
reur ait permis à la bureaucratie de
devenir plus forte que lui-même*, qu'il
l'ait laissée creuser un abîme entre lui
. et son peuple, on ne peut rien concevoir
qui contredise davantage l'idée directrice
de l'autocratie, telle que ses fondateurs
et ses grands chefs l'ont toujours repré
sentée.
Que la monarchie soit d'utilité publi
que pour la Russie, c'est ce que savent
parfaitement les libéraux eux-mêmes.
Ils n'ignorent pas les difficultés, les pé
rils die toute sorte auxquels ils s'expose
raient en méconnaissant les puissances
de sentiment qui s'attachent à la dynas
tie. Les plus intelligents d'entre eux, in
dépendamment de tout© autre considéra
tion politique, savent bien que, selon le
mot que nous disait un jour un des plus
brillants parmi les hommes die la gau
che, le meilleur moyen d'alimenter la
réaction serait de laisser le trône vacant.
A cet égard, le gouvernement provisoire
formé par la Douma a mc&itré une mo
dération et une habileté qui étaient con
formes aux prévisions. Ses manifestes,
pour autant qu'ils nous sont connus jus
qu'à ce jour, ont évité jusqu'aux appa
rences du style révolutionnaire. On gar
de la monarchie, mais on changie le mo
narque. Cela aussi est unie tradition
russe.
Nicolas II, qui a voulu éviter d'être un
Louis XVI, aura-t-il fini comme Char
les X ? Il semble que la Russie ait déjà
ou qu'elle soit sur le point d'avoir son
Louis-Philippe : pour voir j.usqu'où ira
la comparaison, il conviendra d'atten
dre la suite de l'histoire. Les origines et
les développements n'en sont jusqu'ici
que trop clairs. L'Empereur Nicolas
aura surtout péché par absence de
volonté et par excès d'idéalisme. C'était
un Vieux-Russe élevé par des profes
seurs de l'université française. Deux
éducations contradictoires, j/oinfces à son
caractère, expliquent les illusions et les
déboires de son règne. Le souverain qui
avait lancé l'idée de la paix aura subi
deux grandes guerres : c'est le fait, ho
norable pour son cœur, qui juge son es
prit d'illusion, sa méconnaissance du
temps et des hommes. S'il a fait pas
ser la couronne sur la tête d'un enfant
de treize ans sous la sauvegarde d'une
régence, il aura encore) montré cette
confiance que. les événemente auront si
souvent trompée.
Par la régence, du moins, l'essentiel
serait sauf et la Russie protégée contre le
pire des périls, celui d'un de ces retours
à l'anarchie slave dont son histoire offre
tant d'exemples. Ce qui fait, justement,
l'originalité de cette crise, c'est qu'elle
est sortie de la guerre, que le patrio
tisme l'a engendrée et qu'elle est née
d'une débilité du pouvoir qui contrastait
trop violemment avec les nécessités
de l'heure. En s'associant au mouve
ment, l'armée en a assuré le succès.
Elle en a aussi précisé le caractère. L'ar
mée sentait le besoin d'un pouvoir fort
et d'une administration nationale. Son
chef populaire, c'est un homme comme
le grand-duc Nicolas NicoJaïevitch, un
des héros die la guerre et qui sait pen
dre à propos les traîtres et les prévarica
teurs.
C'est ainsi que la voie se trouvera indi
quée au nouveau gouvernement pour
qu'il remplisse la lourde tâche dont
il se sera chargé. L'Allemagne, qui
comptait sur une révolution en Rus
sie comme sur une des cartes de son
jeu, verra ses calculs déjoués si les
choses suivent bien le cours que les jour
nées de Pétrograde indiquent. Il faut que
la rénovation russe ne devienne pas ce
que, jusqu'ici, elle ne veut pas être : une
révolution. Il faut que le nationalisme,
qui l'inspire, la règle aussi. La Russie
veut la victoire que n'avait pas su lui
donner l'administration bureaucratique.
Qu'elle se souvienne que ce n'est pas le
désordre qui la lui apportera.
Il y a neuf ans. un atutre Empire) des
pays d'Orient,où 1 esprit national s'alliait
à l'esprit libéral, a essayé, lui aussi, de
se régénérer par un changement de mo
narque. L'exemple de Constantinople
montre à Pétrograde les fautes a éviter.
Que la leçon des JeaiiDes-Tiircs ne soit
perdue ni pour les Jeunes-Russes ni
pour personne.
Jncaiies BA1NVILLE
LA POLITIQUE
/. Au ministère de la guerre
Aucun ministre de la guerre n'est dési
gné encore. La question se pose naturelle
ment de savoir s'il sera militaire ou civil.
II y a-trois mois et demi, nous avons dit
la raison de notre préférence pour le mi
litaire, à condition qu'il fût d'esprit supé
rieur, tel que ce général Lyautey, à qui
tout 1© monde pensait alors. U est facile
à um, soldat de savoir la langue des civile,
parmi lesquels il a été recruté autrefois.
Il n'est pas facile à un civil de savoir la
lange des soldats. En temps de guerre le
. bilinguisme est utile. De plus, la réorga
nisation du grand 1 qjuartier général conféré
au ministre de la guerre la charge de di
recteur en chef des opérations : il subsiste
un amiral au comité de guerre : n'y aura-t-il
plus d'autre général que le généralissime.
Les rois de France aimaient à faire ad
ministrer leurs aimées et leurs flottes par
des civils. Mais ils étaient eux-mêmes des
imliltaires. D'autre part, quelques-uns de
nos ministres civils de la guerre ont été les
plus favorables à l'autonomie de l'armée et
des services : M. de Freycinet autour de
1890. M. Millerand, en 1912 et en 1914-1915.
Au contraire, certains généraux, André,
Picquart, Brun ont gouverné et adminis
tré contre l'armée dont ils sortaient et aussi
contre la défense nationale dont ils avaient
la charge... Il y a des précédents à peu près
pour toutes les solutions. Attendons.
II. Un cacoiogue à la tribune
L'intervention de M. Compère-Morel, qui
se dit partisan « absolu » de la liberté de
la Presse et qui se plaint des insuffisances
de la Censure, montre d'abord que ce dé
puté unifié ignore « absolument » le sens
des termes qu'il apporte à la tribune fran
çaise. Nous n'attaquons pas le Parlement,
nous le défendons même en soulignant la
cacologie d'orateurs indignes : l'ignorance
des mots mène aux confusions sur les idées.
Donc, ce partisan « absolu » de la liberté
de la Presse ne l'admet en réalité que
pour ses amis. Cette Censure qu'il appelle
sur des adversaires, auxquels il serait lien
embarrassé de rien répondre, ne doit pas
s'exercer uniquement sur les écrits : elle
devra également porter sur l'être des cho
ses et, par exemple, s'il déplaît à M. Com
père que A soit A, il fera dire qu'A est
B. Ne vous récriez point. Jeudi matin, il
était utile à M. Compère que les journaux
de gauche fussent reconnue plus maltraités
que ceux de droite par la Censure. Oh ! ce
n'était pas vrai. L'évidence était mêmt, _
Il n'en a pas moins fait in
sérer au Journal officiel de longues et acri
monieuses lamentations sur là faveur dont
jouiraient les organes modérés oui conser
vateurs. La simple comparaison du jour
nal de M. Compère, l'Humanité, et de
notre journal eût suffi à montrer le jour
même, que M. Compère dénaturait la vé
rité à plaisir : on n'avait pas échoppé vingt
lignes à l'Humanité, et notre première
page n'était jiu'ime claie. Mais Justement !
III. Rêveries de tyrans
Ne croyez pas que j'exagère, le point
de vue de M. Compère et de ses pareils est
exactement oelui-îà. Ils conçoivent deux
ou trois chose®, leur volonté, leur fantai
sie, leur intérêt, ils ne conçoivent rien au
delà. Avant-hier M. Compère avait enivie
de lire à la tribune l'article de Capus qui
avait été la veille décrété de caviar et puis
de saisie. M. Paul Deeohonel et le prési
dent du conseil lui ont objecté tour à tour
le règlement, le droit, le bon ordre de la
discussion, la justice, le sens commun. C'é
tait comme s'ils eussent chanté ! A cheval
sur son caprice. M.. Compère le mainte
nait, mordicus. Enfin, un honpie de génie
s'est avisé de lui dire — Mai/, triple sot,
l'article dont vous voulez prohiber la
diffusion, si vous le lisez à la tribune,figu
rera au compte rendu de la séance et pour
ra passer sans encombre dans toutes les
feuilles de France et de Navarre... Seul,
l'argument a pu convaincre M; Compère. Il
était tiré des intérêts de sa thèse. Soyez
sûrs que hors de là on n'eût rien obtenu de
lui. Sa sottise est impénétrable à toutes les
actions de lintérêt général.
Un minus habens de ce genre ne sauraitt
être convaincu ni ébranlé par aucune ob
jection à ses rêveries sur l'intangibilité dû
Parlement
IV. Critiquer n'est pas diffamer
M. Compère-Morel s'est donc désolé
de voir « dénaturer l'action du Parle
ment ». La.plainte serait juste si elle s'ap
pliquait : il doit être défendu dè dénaturer
l'action de qui que ce soit, celle de M. Com
père-Morel ou ïa mienne, à plus forte rai
son celle d'un grand corps de l'Etat. Mais
dans la même phrase, M. Compère-Morel
range au même casier de la perversité et
de l'infamie le fait de « critiquer » son
cher Palais-Bourbon. Le critiquer ou déna
turer son action, cela revient au même.
Impossible d'admettre cette assimila
tion 1 Le même argument constitu
tionnel qui met aux (mains du Parle
ment l'arme de la critique contre les admi
nistrations civiles et miltaires remet aux
citoyens la même arme à l'égard de leurs
mandataires, MM. les parlementaires. On
pourrait convenir d'arrêter la discussion et
la critique, mais il faudrait alors que ce
haiLte-là fût dit pour les Chambres. Il ne
l'est pas. La discussion commence là. 11
faut donc qu'elle se poursuive au delà :
le gouvernement d'opinion doit se dérouler
avec ses conséquences... Au nom de
quoi discutent et critiquent les députés ?
Du mandat qu'ils tiennent die nous, leurs
électeurs et leurs maîtres. S'ils ne sont plus
nos mandataires, ils ne sont rien. Et s'ils
restent nos mandataires, nous avons le
droit et le devoir de tout discuter d'eux :
personnalités, paroles et actions.
Ou la critique des membres du Parlement
doit s'arrêter et laisser faine au gouverne
ment, ou si le gouvernement doit être cri
tiqué, le Parlement doit l'être aussi : tout
son droit à l'existence est conditionné par
le libre exercice de la même faculté de cri
tique et de discussion à ses dépens.
Il va sans dire que cette critique doit
être loyale,doit être probante,comme toute
parole, comme toute pensée. Mais rien ne
serait plus facile que de dénoncer nos. dé
loyautés si nous en commettions. J'attends
qûTon en montre une seule:
V. les martyrs républicains
Mais, dit M. Compère, le gouvernement
laisse la liberté la plus complète aux orga
nes antiparlementaires et frappe les orga
nes républicains.
Ici la réponse aurait été facile, mais
dure. Le président du conseil s'en est
gardé.
Il est de fait que des organes républi
cains sont frappés en assez grand nom
bre. Ce sont dey organes anarchistes,
kienthaliens ou pour lesquels le terme de
philoboche n'est pas trop dur. Il n'y a pas
de tels organes en dehors de la communion
républicaine. La nuance royaliste kientha-
Henne ou philoboche antiparlementaire, rst
inconnue. Tous ceux qui font des-campa-
gnes antimilitaristes invoquent soit les
droit de l'homme ou les idées de 48, soit
les traditions de l'Affaire de 1899. Ce n'est
peut être pas agréable au gouvernement,
au parlement, à La censure, mais c'est ain
si. Quand ils sortent de la mesure, quand
leur propagande est inconciliable avec les
conditions de la défense nationale, il faut
bien les flrapper. Oui, il faut bien frapper
ces organes républicains : à la dernière ex
trémité quand on a supporté d'eux non seu
lement l'insupportable mais l'inimaginable.
Tant pis si la République est atteinte. C'est
1 ' antipatrdotisme et l'anarchie que la cen
sure a visé et touché en eux.
VI. Le respect et ses conditions
— Mais les attaques contre la Républi
que ?... » J'ai montré hier qu'il n'y avait
point d'atïaque contre la République, mais
analyse et discussion de principes qui
n'existeraient pas s'ils ne pamvaient_se dé
fendre qu'au moyen de caviar contre la dis
cussion et contre l'an sont réclamés en tout temps.. Et l'Etat
républicain serait-il attaqué, on devrait
encore faire observer qu'il n'y a pas de
commune mesure entre une attaque con
tre l'armée ou la patrie et l'attaque
contre le régime. La Gensuire a été insti
tuée au nom du pays envahi et des néces
sités du temps de guerre. Elle est née d'un
pacte entre patriotes, et non entre gens de
parti. Si l'on veut modifier le pacte qu'on
le dise clairement. Personne n'a le droit
ni d'ailleurs les moyens d'en dénaturer
les conditions historiques. Personne n'a le
droit de dire aux Français de 1914 divisés
sur la politique, unis par le patriotisme,
que leurs divisions n'existaient pas ou
qu'ils étaient unis par autre chose que
leur patrie.
— Mais, poursuivrait sans le dire M.
Compère-Morel et ses amis, le Parlement,
et par extension l'Etat ont besoin d'être res
pectés.
Personne n'en est plus convaincu (jue
nous. Il faut respecter l'Etat. Il f audrait
■respecter le Parlement. A une condition :
c'est que l'Etat; le Parlement se montras
sent respectueux de qui a plus de droits
qu'eux-mêmes au respect
Il y a des raisons aux choses. Il faudrait
se le rappeler. Or, par toute l'échelle des
autorités respectables, rien n'est plus élevé
que ces autorités dont les actes compor
tent des sanctions de vie et de merrt, de
défaite et de victoire, d'invasion ooi de li
bertés nationales. Trop d'existences hu
maines et trop de destins nationaux sont
intéressés à ce que leurs ordres soient
remplis, leurs consignes suivies, leurs mou
vements exécutés. Si l'on ne respecte per
sonne, il faudrait respecter le commande
ment militaire. Si une seule autorité est
dite responsable, ce sera celle-là. Et, natu
rellement, qui ne la respectera point, qui
affectera même de la traiter avec légèreté
se retranche soi-même du cercle de ia vé
nération légitime.
VII. Pour une caisse
de récompenses militaires
Avant de publier notre première liste,
je voudrais extraire quelques-unes des bel
les lettres qui nous été adressées à cette
occasion. Un lecteur nous dit ;
Je vous envoie ci-joint ma cotisation
mensuelle de 10 fr. pour la crise du pa
pier (Un officier de marine royaliste) et
j'y ajoute une somme égale pour votre
« Caisse de Récompenses militaires.
Il était bien dans Vordre qu'une initia
tive aussi heureuse fut prise par. l'Action
Française." v ,.
Un autre :
Veuillez recevoir ci-inclus un mandat-
poste de 100 francs. L'argent est destiné
à la Caisse que votre journal fonde dans
le but d'offrir à nos soldats, qui se distin
guèrent au front, des preuves palpables
et immédiates de notre reconnaissance.
Un troisième :
Inclus cent francs pour votre « Caisse
nationale de prises militaires ».
Votre propagande patriotique doit être
aidée de tous ceux qui vous approuvent
et suivent la canipagne de M. Daudet.
Un quatrième :
Veuillez trouver cUjoint la somme de
cinq francs pour la part du poilu. N'ayant
pu me battre, je considère comme de mon
devoir d'aider à ceux qui combattent
pou rnous.
Un cinquième, blessé glorieux :
Permettez-moi de venir vous crier ma
joie lorsque j'ai lu que vous aviez l'inten-
tiôn de créer une caisse de la Part du
Poilu. Merveilleuse idée, dont la réalisa
tion peut entraîner un grand mouvement.
Allez-y carrément d'une souscription. Cette
campagne de la Part du Poilu est la plus
importante à mener à l'heure qu'il est.
« Le poilu qu'on essaye de déprimer »,
ajoute, notre ami, « sera" ainsi moins triste
et moins mélancolique ». « Aidons-y, ai
dons-y », conclut-il avec toute l'ardeur de
son cœur et de sa raison. Oui, qu'on nous
aidte 1 Tous ! Il ne peut échapper à nos
lecteurs que nous faisons jouer une im
portante contre-mine à cette « propagande
eamemie en France » contre laquelle tous
les discours seront vains s'ils ne sont ap
puyés par des réalités.
C&4RZJSS MAVllRAB,
-
Nous progressons
entre l'Avre et l'Oise
NOTRE AVANCE S'EST CONTINUÉE HIER
SUR DIVERS POINTS DU FRQHT ENNEMI
, Dans le secteur entre VAvre et l'Oise,
nos détachements légers ont continué de
■progresser, hier, occupant, sans rencon
trer une sérieuse résistance, un certain
nombre de points précédemment tenus
par l'ennemi. Autour de Maiisons-de-
Champagne, duels d'artillerie assez vio
lents.
. (Voir en Dernière Heure les oommuniquiés
français.)
É CHO S
Plus de dix mille exemplaires en
douze jours : tel est le chiffre cte dépairt
de Salons et Journaux, le quatrième vo
lume des Souvenirs de Léon Daudet, à
la 'Nouvelle Librairie Nationale, il, nue
de Médicis, Paris. Cet ouvrage, où se
trouvent peints sur le vif nos principaux
contemporains, mais qui comporte aussi
plus d'une haute leçon, suscite une cu
riosité générale. Il n'est pas de lecture
plus attachante, ni pkra actuelle, ni plus
variée.
Du même coup, l'attention du public
se reporte sur les volumes précédents
des Souvenirs, qui sont Fantômes et Vi
vants, Devant la Doreur et YEntre-deux-
Guerres. C'est un tableau compleit de la
société parisienne, entre 1880 et 1908.
\vvw%
Le savon peut-il être employé comme
Dentifrice ?
— Oui ! à condition de choisir un sa
von bien neut/e, sans âcreté, ni amertu
me, n'attaquant pas les muqueuses.
La savon dentifrice du Docteur Pierre,
de la Faculté de médecine de Paris,
est frais pour les lèvres* doux aux gen
cives. Il est fabriqué avec de l'huile
d'olive de Provence.
Logé dans une boîte élégante, bien
étudiée, il reste constamment sec, mal
gré le contact journalier avec la brosse
^chargée d'eau. ■ i
: : ^
L'Action française et ls erisi lu papier
« Le millier manquant ». — C'est un su
jet de préoccupation pour nos amis : il
manquait, dimanche dernier, un millier
de-francs à ce demi-million réuni par nos
souscripteurs du 21 mars 1916 au prochain
21 mars 1917. Une lectrice nous écrit :
Vous voudrez bien joindre le montant de
ce trop modeste mandat à votre liste du
21 mars, sous la mention ; « En l'honneur
de la merveilleuse campagne de Monsieur
Léon Daudet contre les .Boches. » Cela
ne vous rapprochera guère du millier man
quant, mais il m'est' impossible de mieux
faire en ce moment. Et peut-être que beau
coup de vos lecteurs pourront se nwntrer
plus .généreux.
Au début de Vannée, je vous avais pro
mis de vous envoyer cinq francs, tous les
trois mois ; malheureusement, je crains
de ne pouvoir m'acquitter de cette petite
contribution en avril prochain. Il a fait
tellement froid cet hiver qu'il a bien fallu
doubler et même tripler les envois de lai
nages à nos braves de l'avant et les dons
aux pauvres petits réfugiés ! Mais, te ne
sera que partie remise et, si cela ne vous
fait rien, j'-en serai quitte pour doubler
simplement ma part, en juillet.
'■^lous remercions vivement notre géné
reuse correspondante,et nous avons le plai
sir de lui affirmer, ainsi qu'à tous ceux qui
en sont inquiets, que le « millier man
quant » ne manque plus ; par conséquent,
notre demi-million est atteint. Nous leur
adressons nos remerciements, nos félici
tations, et nous y ajoutons nos requêtes
nouivelles, tant pour la crise du papier
que pour notre « Part du Poilu ». —
CH. M.
UNE REVOLUTION NATIONALE EN RUSSIE
Abdication dn Tsar iigolas SI
VWWW"
LA REGENCE DO GRAND-DOC MICHEL
-SgPtS:-
Une révolution a éclaté à Petrograde.
La Douma a refusé de se séparer, s'est
constituée en gouvernement provisoire et
les événements se précipitent avec rapidité,
on annonce «aujourd'hui, l'arrestation des
ministres èt l'abdication du tsar.
Voici les faits dans leur ordre chrono
logique :
Depuis une dizaine de jours, la disette
de pain était telle à Pétrograde qu'il fallait
faire queue pendant trois ou quatre heures
pour en recevoir à peine une ou deux li
vres. Les malheureux qui-n'avaient point
la faculté de perdre ce temps, ont enduré
la faim. La situation devenait de plus en
plus critique, les murmures se firent de
pltus en plus forts.
Sur la. proposition du président de la
Douma, M. Rodzianko, le ministère, du
prince . Galitzine consentit à ce que le ser
vice du ravitaillement de Pétrograde fut
assumé par le conseil municipal de la ca
pitale. Mais il était déjà trop tard pour
que des palliatifs de cet genre pussent apai
ser le mécontentement et l'excitation po
pulaire.
Les premiers troubles
A dater du vendredi 9 mars, les tram
ways cessèrent leur service ; des cortèges
se formèrent dans les rues et la foule-
criait: « Nous voulons du pain J » Plu
sieurs boulangeries furent pillées, la po
lice molestée.
Le samedi 10 mars, la grève générale des
tramways et des usines étaient décrétées,
le mouvement gréviste se propage rapide
ment ; les magasins se fermèrent. Des
sotnias de cosaques se mirent à parcou
rir la ville, des contingents de police s'ef
forçaient de disperser la foule. C'est ce
jour-là que l'on eut à enregistrer les pre
mières victimes, la police et les cosaques
ayant fait usage de leurs armes, mais la
trouipe mobilisée comme renfort fit cause
commune avec les manifestants et vint
grossir les cortèges.
Le gouvernement provisoire
Le dimanche 11 mars, un décret signé
par l'empereur Nicolas et contresigné par
le prince Galitzine ordonne la suspension
de la Douma. Aucun journal n'ayant pa
ru. le décret est affiché sur les murs. La
Domina passe outre et continue à siéger.
A minuit, un gouvernement provisoire, ap
pelé officiellement « Comité exécutif » est
formé ; il est composé de députés appar
tenant à tous les partis, sous la prési
dence de M. Rodzianko. Ces membres
sont v : MM. Kerenski, socialiste ; Tdheidzé,
socialiste ; Choulguine, nationaliste ; Mi*
loukof, Karaoulof, cadets ; Konovalof, De-
mitrioukof, octobristes ; Ghidlowski, pré
sident du bloc progressiste ; Nekrassof,
vice-iprésident de la Douma ; Lvof, le co
lonel Engelhardtt, officier du grand quar
tier général, également député de la
JÔouma.
Le lendemain, lé gouvernement provi
soire lançait le manifeste suivant :
L'APPEL DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE
« Considérant les difficultés d'ordre in
térieur dues à la politique du précédent
gouvernement exécutif, le comité de la
Douina se considère obligé de prendre en
main l'ordre public. Consciente des res
ponsabilités qui découlent de cette déci
sion, la commission exprime sa certitude
que le peuple et l'armée lui prêteront as
sistance dans la tâche difficile qui incombe
au nouveau gouvernement, lequel accepte
les vœux du peuple et jouit de sa con
fiance. » ,
Le député Engelhard, colonel du grand
état-major, est nommé gouverneur de Pé
trograde.
Les troupes se mêlent au mouvement
Durant toute la journée, des régiments
entiers se rendent à la Chambre, affirmant
leur adhésion au mouvement révolution
naire et se mettant à la disposition du
gouvernement provisoire.
Le régiment de la garde Préobrajenski,
composé exclusivement de jeunes soldats
enrégimentés depuis la guerre, faut envoyé
au palais de Tauride pour en expulser la
Chambre. Son président, M. Rodzianko,
ancien officier de la garde, se dressa de
toute sa stature à la tribune en s'écrïant
de sa voix de stentor :
« Préobrajenski, garde à vous ! Soldats
de la vraie foi, permettez-moi, comme à
un vieux soldat de vous saluer, suivant
notre vieille cou une bonne samté ! »
Le régiment répondit à haute voix :
« Nous souhaitons urne bonne santé à Vo
tre Excellence !»
Le président remercia alors les soldats
de la garde du concours qu'ils avaient
prêté à la Douma pour maintenir l'ordre
et travailler à la gloire de la patrie. Il
les exhorta à rester fidèles "à leurs offi
ciers et à avoir confiance en eux.
« Notre tâche, conclut M. Rodzianko,
est d'établir une nouvelle amtorité dans
laquelle nous pourrons avoir confiance et
qui pourra travailler au salut et à la gran
deur de notre mère la Russie. »
Les soldats se retirèrent en bon ordre,
guid'éa par leurs officiers, en poussant des
hourras. *
M. Rodzianko reçut, de même, les offi
ciers et soldats des grenadiers de la garde
et du 2 e régiment de cavalerie et leur
adressa également une allocution patrio
tique.
De sorte que la troupe mobilisée pour
réprimer les troubles, se trouva partagée
un instant entre ses sentiments qui la
poussaient nettement du côté des révolu
tionnaires et son serment. Elle se rangea
définitivement du côté populaire, prenant
fait et cause pour la révolution, après que;,
dans quelques casernes, un certain nom
bre d'officiers eurent été tués par leur#
hommes.
Le lundi 12 mars, M. Rodzianko, aui
nom du gouvernement provisoire, envoie»
des téiégranames aux pràncipajux chefs mi-i
litaires du front et aux commandants de?
■esoadres, en leur faisant savoir que l'an-s
cien gouvernement impérial n'existe plus.-.
Les troupes révolutionnaires et la foule,
âxiïiiéô occuipôii.t plusieurs édifices* gouver-
nemenfarux. Là où il y. a résistance de la!
ipart des troupes impériales, la batailles
s'engage, les mitrailleuses sont mises en
action et bientôt les troupe® cèdent et 8âf
rangent du côté des révolutionnaires.
La forteresse Pierre-et-Piau! se rend;
sans résistance, les nombreux prisonnier^
qui étaient enfermés dans cette citadeUa
sont libérés. La prison Kresity où étaient
enfermés les membres ouvriers du comité'
d'industrie de guerre • récemment arrêtés
est prise d'assaut. L'arsenal de Pétrograde:
est conquis de la même façon et les ar
mes qu'il contenait sont transportées à la'
forteresse Pierre-et-Paul qui est devenue!
la. base principale d'action des révolution
naires. ,
Le mardi 13 mars la Révolutiofi;
bat son plein. Plusieurs milliers de sol
dats, officiers en tête, défilent devant lai
Douma qu'ils acclament chaleureusement..
M. Rodzianko sort sur le parvis pour les
haranguer, les remerciant de leur patrio
tisme et les priant de contribuer au main
tien de l'ordre dans la ca.pitaie. Ces trou
pes, naguère encore .auxiliaires des cosa-
tfues, répondent en criant à tue-tête :'
« Nous sommes à vos ordres, disposez de
nous !»
Pendant la journée, la fusillade dans les"
rues est assez nourrie. L'iancien gouverne
ment place des mitrailleuses et des agents
de police sur les toits des maisons et'
même dans les tours des églises, d p où on
tire sur la foule. Les troupes révolution-
inaires répondent à ces provocations en-
bombardant les maisons où se sont cachés
les policiers. Cette fusillade diure déjà de
puis plusieurs jours ; edle n'est même pas-
interrompue la nuit.
Au cours des troubles, la foule essaya:
d'incendier le piaLaïs d'Hiver, qui fut au- ;
fcrefois résidence des tsars ; Les commissa
riats de police furent surtout visés par la<
foule.
Les arrestations
Le gouvernement provisoire procède à*
de nombreuses arrestations ; l'urne dies pre
mières est celle du premier président du
conseil de l'empire Schteglovitof, l'un des
hommes Les plus abhorrés du pays ; il estr
transporté à la Douma où om l'emprisonne^
dans le pavillon ministériel du palais de
Tauride.
Le pavillon ministériel au palais de Taur
ride regorge bientôt de prisonniers. Suc-f :
cessiveanent sont arrêtés tous lies minis
tres, l'ancien ministre Rhein, prévarica
teur célèbre ; l'ancien président du conseil-
Sturmer, qui meurt subitement die peur ;
le préfet de Pétrograde,Balk ; les généraux-
de police, Kourlof et Kommissarof ; l'an-,
cien directeur du département de police.'
Klimovitch, le comte Frederieni, la comtes
se Kleinmichel, bien connue à Pétrogradi
'pour ses intrigues germanophiles et qui!
s'était réfugiée à la légation de Chine ; l'a
miral Gîers, le vice-amiral Kartsef, le gé
néral Soukhomlinof, d'autres encore.
Lorsque les soldats qui gardaient la-
Douma ont appriei l'arrivée du général
Soukhomlinof, ils l'ont réclamé bruyam
ment afin qu'on, le leur livrât pour ea
flaire justice. Les députés ont eu une'-
grande peine à oalrçner les soldats qui ont
insisté quand même pour que les épauLet-r
tes fussent arrachées au général Soukhom
linof, auquel acte l'ancien ministre die la
guerre s'est soumis docilement.
M. Pro-krovsky, hier encore ministre des.
affaires étrangères, est em liberté ; il con
tinue à se rendre au Ponit-des-Chantres,.
s'entretenant avec les ambassadeurs poutt
les éclairer sur la situation.
A propos du ministre de la justice Do-
brovolaki, on rapporte que s'éitant réfugié,
à l'ambassade d'Italie, ce fut lui-même qui
téléphona à M. Rodzianko de le mettre en
état d'arrestation, de façon à avoir la via
saju've. On annonce également que l'ancien
ministre de l'intérieur Protopopof est venu
de lui-même se mettre entre les mains du
gouvernement provisoire.
Le ministère de la marine; qiui était resté
jusqu'ici défendu par une compagnie dU
régiment Ismtaïlovski, vie^t d'être aban
donné par cette troupe et les révolution
naires ont pris possession aussitôt du pa j
lais de L'Amirauté. , _
L'ordre à Petrograde et dans l'empire
Le conseil municipal a repris ses fonc
tions et s'est soumis aux ordres du gouver
nement provisoire ; il orgamise une milice.
Une série de mesures ont été prises pour
assurer le ravitaillement de la capitale.
Le gouvernement provisoire a délégué ses
oonimissaires qui surveillent les arrivages
et la juste répartition des aliments.
Plusieurs chefs à!e différents dféparfô-t
ments ministériels se sont empressés d«
reconnaître le gouvernement provisoire, se
mettant à sa disposition.
M. Rodzianko a télégraphié à tous lea.
gouverneurs de province leur demandant-
de se mettre aux ordres du nouveâu gou
vernement élu par la Douma.
Le gouvernement provisoire prend unefc
série de mesures pour rétablir l'ordre Ift
plus promptement possible. Toutes les mfe
V^BIÉnSMppi
Ce N oiséhd QwnDom : Cinq. Cenforë»
SAMEDI *17 MARS Ï9$
H enri VAUGEOIS, F ondateur
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
Tout ce qui est national est nôtre.
Le Duc d'Orléans?
DIRECTION et ADMINISTRATION
14, Hue de Home
ABONNEMENTS u PUBLICITÉ
Paris, Seine. Seine-et-Ois6
Provinces et AlHce»Lorraine
Etruna-fir..
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$ Boiit Bon m Journal, 14, Rue de Rome. — T él . Louvre S&49.
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13 «24 »
18 «136 a
La Publicité inséré« dans U Journal
n'tngage pas l'Action Françait».
(F
DIRECTEURS POLITIQUES
Léon DAUDET ^ Charles MAURRAS
RÉDACTION
1S, Rue de Home, 12
jusqu'à dix heures da soir.
19) Rue du Croissant, 19
à partir de dix heures du soir.
IftLgFHOMB : Louer* 38-48. il . T él A ph ohk î Central 64-07.
adrb8bb t6lé
UN 1830 A PETROGRADE
-w^WWW-
Nicolas II ne s'est pas conformé à la
maxime : « Rois, gouvernez hardiment.»
Il aurait terminé par une abdication qui
n'est pas encore certaine un règne
d'hésitations et de scrupules. Lorsque l'on
voit le. cours de la crise qui vient d'abou
tir à la formation d'un gouvernement
provisoire,issu de la Douma et qui a pro
clamé la régence du grand-duc Michel,
frère de l'empereur, on se rend compte
de la bonne volonté du peuple russe, des
possibilités qui s'offraient pourtant au
souverain.
La Russie, qui est en retard de quatre-
vingts ans sur le reste de l'Europe, vient-
de faire une demi-révolution qui est dans
le style des journées de 1830 beaucoup
plus que dans celui de 1789. Il montait,
là-bas, comme nous l'avons souvent
indiqué, un mouvement où le libéralis
me s'associait au nationalisme. C'est un
phénomène bien connu. Presque tous les
pays de l'Europe occidentale ont passé
par là jadis. Les monarchies du xix e siè
cle qui ont su comprendre ce mouve
ment, qui en ont pris la tête, em sont sor
ties plus grandes et plus fortes : ce fui
le cas die la maison de Savoie, ce fut, en
partie grâce à Bismarck, le cas des Ho-
Eenzolleirn. Les rois qui n'ont pas su
conduire cette eau à leur moulin ont fait
ce qui vient d'être demandé à Nicolas II :
ils ont tristement abdiqué.
Comme les autres formes de gouverne
ment, les monarchies ont besoin de se
reriouveler. C'est ainsi qu'elles durent.
Alexandre II avait inauguré un autre:
système que celui de Pierre le Grand et
de Catherine. Pierre le Grand lui-même
avait dû briser d'acharnées résistances
pour moderniser son Empire. La Russie
des Romanof a. toujours été le pays du
progrès imposé par en haut. Ce n'est ni
Pierre le Grand ni Alexandre qui se sont
crus, comme leur doux, loyal mais fai
ble successeur, enchaînée à leurs tradi
tions : ils les avaient interprétées pour le
bien de leur Empire. Ce n'étaient pas
eux, non plus, qui étaient prisonniers de
leurs fonctionnaires : ils n'imaginaient
pas un tsar entraîné dans la chute de
la bureaucratie. Le tchin était la créature
du tsarisme, un instrument nécessaire
pendant la phase de formation et d'uni
fication de la Russie. Qu'un empe
reur ait permis à la bureaucratie de
devenir plus forte que lui-même*, qu'il
l'ait laissée creuser un abîme entre lui
. et son peuple, on ne peut rien concevoir
qui contredise davantage l'idée directrice
de l'autocratie, telle que ses fondateurs
et ses grands chefs l'ont toujours repré
sentée.
Que la monarchie soit d'utilité publi
que pour la Russie, c'est ce que savent
parfaitement les libéraux eux-mêmes.
Ils n'ignorent pas les difficultés, les pé
rils die toute sorte auxquels ils s'expose
raient en méconnaissant les puissances
de sentiment qui s'attachent à la dynas
tie. Les plus intelligents d'entre eux, in
dépendamment de tout© autre considéra
tion politique, savent bien que, selon le
mot que nous disait un jour un des plus
brillants parmi les hommes die la gau
che, le meilleur moyen d'alimenter la
réaction serait de laisser le trône vacant.
A cet égard, le gouvernement provisoire
formé par la Douma a mc&itré une mo
dération et une habileté qui étaient con
formes aux prévisions. Ses manifestes,
pour autant qu'ils nous sont connus jus
qu'à ce jour, ont évité jusqu'aux appa
rences du style révolutionnaire. On gar
de la monarchie, mais on changie le mo
narque. Cela aussi est unie tradition
russe.
Nicolas II, qui a voulu éviter d'être un
Louis XVI, aura-t-il fini comme Char
les X ? Il semble que la Russie ait déjà
ou qu'elle soit sur le point d'avoir son
Louis-Philippe : pour voir j.usqu'où ira
la comparaison, il conviendra d'atten
dre la suite de l'histoire. Les origines et
les développements n'en sont jusqu'ici
que trop clairs. L'Empereur Nicolas
aura surtout péché par absence de
volonté et par excès d'idéalisme. C'était
un Vieux-Russe élevé par des profes
seurs de l'université française. Deux
éducations contradictoires, j/oinfces à son
caractère, expliquent les illusions et les
déboires de son règne. Le souverain qui
avait lancé l'idée de la paix aura subi
deux grandes guerres : c'est le fait, ho
norable pour son cœur, qui juge son es
prit d'illusion, sa méconnaissance du
temps et des hommes. S'il a fait pas
ser la couronne sur la tête d'un enfant
de treize ans sous la sauvegarde d'une
régence, il aura encore) montré cette
confiance que. les événemente auront si
souvent trompée.
Par la régence, du moins, l'essentiel
serait sauf et la Russie protégée contre le
pire des périls, celui d'un de ces retours
à l'anarchie slave dont son histoire offre
tant d'exemples. Ce qui fait, justement,
l'originalité de cette crise, c'est qu'elle
est sortie de la guerre, que le patrio
tisme l'a engendrée et qu'elle est née
d'une débilité du pouvoir qui contrastait
trop violemment avec les nécessités
de l'heure. En s'associant au mouve
ment, l'armée en a assuré le succès.
Elle en a aussi précisé le caractère. L'ar
mée sentait le besoin d'un pouvoir fort
et d'une administration nationale. Son
chef populaire, c'est un homme comme
le grand-duc Nicolas NicoJaïevitch, un
des héros die la guerre et qui sait pen
dre à propos les traîtres et les prévarica
teurs.
C'est ainsi que la voie se trouvera indi
quée au nouveau gouvernement pour
qu'il remplisse la lourde tâche dont
il se sera chargé. L'Allemagne, qui
comptait sur une révolution en Rus
sie comme sur une des cartes de son
jeu, verra ses calculs déjoués si les
choses suivent bien le cours que les jour
nées de Pétrograde indiquent. Il faut que
la rénovation russe ne devienne pas ce
que, jusqu'ici, elle ne veut pas être : une
révolution. Il faut que le nationalisme,
qui l'inspire, la règle aussi. La Russie
veut la victoire que n'avait pas su lui
donner l'administration bureaucratique.
Qu'elle se souvienne que ce n'est pas le
désordre qui la lui apportera.
Il y a neuf ans. un atutre Empire) des
pays d'Orient,où 1 esprit national s'alliait
à l'esprit libéral, a essayé, lui aussi, de
se régénérer par un changement de mo
narque. L'exemple de Constantinople
montre à Pétrograde les fautes a éviter.
Que la leçon des JeaiiDes-Tiircs ne soit
perdue ni pour les Jeunes-Russes ni
pour personne.
Jncaiies BA1NVILLE
LA POLITIQUE
/. Au ministère de la guerre
Aucun ministre de la guerre n'est dési
gné encore. La question se pose naturelle
ment de savoir s'il sera militaire ou civil.
II y a-trois mois et demi, nous avons dit
la raison de notre préférence pour le mi
litaire, à condition qu'il fût d'esprit supé
rieur, tel que ce général Lyautey, à qui
tout 1© monde pensait alors. U est facile
à um, soldat de savoir la langue des civile,
parmi lesquels il a été recruté autrefois.
Il n'est pas facile à un civil de savoir la
lange des soldats. En temps de guerre le
. bilinguisme est utile. De plus, la réorga
nisation du grand 1 qjuartier général conféré
au ministre de la guerre la charge de di
recteur en chef des opérations : il subsiste
un amiral au comité de guerre : n'y aura-t-il
plus d'autre général que le généralissime.
Les rois de France aimaient à faire ad
ministrer leurs aimées et leurs flottes par
des civils. Mais ils étaient eux-mêmes des
imliltaires. D'autre part, quelques-uns de
nos ministres civils de la guerre ont été les
plus favorables à l'autonomie de l'armée et
des services : M. de Freycinet autour de
1890. M. Millerand, en 1912 et en 1914-1915.
Au contraire, certains généraux, André,
Picquart, Brun ont gouverné et adminis
tré contre l'armée dont ils sortaient et aussi
contre la défense nationale dont ils avaient
la charge... Il y a des précédents à peu près
pour toutes les solutions. Attendons.
II. Un cacoiogue à la tribune
L'intervention de M. Compère-Morel, qui
se dit partisan « absolu » de la liberté de
la Presse et qui se plaint des insuffisances
de la Censure, montre d'abord que ce dé
puté unifié ignore « absolument » le sens
des termes qu'il apporte à la tribune fran
çaise. Nous n'attaquons pas le Parlement,
nous le défendons même en soulignant la
cacologie d'orateurs indignes : l'ignorance
des mots mène aux confusions sur les idées.
Donc, ce partisan « absolu » de la liberté
de la Presse ne l'admet en réalité que
pour ses amis. Cette Censure qu'il appelle
sur des adversaires, auxquels il serait lien
embarrassé de rien répondre, ne doit pas
s'exercer uniquement sur les écrits : elle
devra également porter sur l'être des cho
ses et, par exemple, s'il déplaît à M. Com
père que A soit A, il fera dire qu'A est
B. Ne vous récriez point. Jeudi matin, il
était utile à M. Compère que les journaux
de gauche fussent reconnue plus maltraités
que ceux de droite par la Censure. Oh ! ce
n'était pas vrai. L'évidence était mêmt, _
Il n'en a pas moins fait in
sérer au Journal officiel de longues et acri
monieuses lamentations sur là faveur dont
jouiraient les organes modérés oui conser
vateurs. La simple comparaison du jour
nal de M. Compère, l'Humanité, et de
notre journal eût suffi à montrer le jour
même, que M. Compère dénaturait la vé
rité à plaisir : on n'avait pas échoppé vingt
lignes à l'Humanité, et notre première
page n'était jiu'ime claie. Mais Justement !
III. Rêveries de tyrans
Ne croyez pas que j'exagère, le point
de vue de M. Compère et de ses pareils est
exactement oelui-îà. Ils conçoivent deux
ou trois chose®, leur volonté, leur fantai
sie, leur intérêt, ils ne conçoivent rien au
delà. Avant-hier M. Compère avait enivie
de lire à la tribune l'article de Capus qui
avait été la veille décrété de caviar et puis
de saisie. M. Paul Deeohonel et le prési
dent du conseil lui ont objecté tour à tour
le règlement, le droit, le bon ordre de la
discussion, la justice, le sens commun. C'é
tait comme s'ils eussent chanté ! A cheval
sur son caprice. M.. Compère le mainte
nait, mordicus. Enfin, un honpie de génie
s'est avisé de lui dire — Mai/, triple sot,
l'article dont vous voulez prohiber la
diffusion, si vous le lisez à la tribune,figu
rera au compte rendu de la séance et pour
ra passer sans encombre dans toutes les
feuilles de France et de Navarre... Seul,
l'argument a pu convaincre M; Compère. Il
était tiré des intérêts de sa thèse. Soyez
sûrs que hors de là on n'eût rien obtenu de
lui. Sa sottise est impénétrable à toutes les
actions de lintérêt général.
Un minus habens de ce genre ne sauraitt
être convaincu ni ébranlé par aucune ob
jection à ses rêveries sur l'intangibilité dû
Parlement
IV. Critiquer n'est pas diffamer
M. Compère-Morel s'est donc désolé
de voir « dénaturer l'action du Parle
ment ». La.plainte serait juste si elle s'ap
pliquait : il doit être défendu dè dénaturer
l'action de qui que ce soit, celle de M. Com
père-Morel ou ïa mienne, à plus forte rai
son celle d'un grand corps de l'Etat. Mais
dans la même phrase, M. Compère-Morel
range au même casier de la perversité et
de l'infamie le fait de « critiquer » son
cher Palais-Bourbon. Le critiquer ou déna
turer son action, cela revient au même.
Impossible d'admettre cette assimila
tion 1 Le même argument constitu
tionnel qui met aux (mains du Parle
ment l'arme de la critique contre les admi
nistrations civiles et miltaires remet aux
citoyens la même arme à l'égard de leurs
mandataires, MM. les parlementaires. On
pourrait convenir d'arrêter la discussion et
la critique, mais il faudrait alors que ce
haiLte-là fût dit pour les Chambres. Il ne
l'est pas. La discussion commence là. 11
faut donc qu'elle se poursuive au delà :
le gouvernement d'opinion doit se dérouler
avec ses conséquences... Au nom de
quoi discutent et critiquent les députés ?
Du mandat qu'ils tiennent die nous, leurs
électeurs et leurs maîtres. S'ils ne sont plus
nos mandataires, ils ne sont rien. Et s'ils
restent nos mandataires, nous avons le
droit et le devoir de tout discuter d'eux :
personnalités, paroles et actions.
Ou la critique des membres du Parlement
doit s'arrêter et laisser faine au gouverne
ment, ou si le gouvernement doit être cri
tiqué, le Parlement doit l'être aussi : tout
son droit à l'existence est conditionné par
le libre exercice de la même faculté de cri
tique et de discussion à ses dépens.
Il va sans dire que cette critique doit
être loyale,doit être probante,comme toute
parole, comme toute pensée. Mais rien ne
serait plus facile que de dénoncer nos. dé
loyautés si nous en commettions. J'attends
qûTon en montre une seule:
V. les martyrs républicains
Mais, dit M. Compère, le gouvernement
laisse la liberté la plus complète aux orga
nes antiparlementaires et frappe les orga
nes républicains.
Ici la réponse aurait été facile, mais
dure. Le président du conseil s'en est
gardé.
Il est de fait que des organes républi
cains sont frappés en assez grand nom
bre. Ce sont dey organes anarchistes,
kienthaliens ou pour lesquels le terme de
philoboche n'est pas trop dur. Il n'y a pas
de tels organes en dehors de la communion
républicaine. La nuance royaliste kientha-
Henne ou philoboche antiparlementaire, rst
inconnue. Tous ceux qui font des-campa-
gnes antimilitaristes invoquent soit les
droit de l'homme ou les idées de 48, soit
les traditions de l'Affaire de 1899. Ce n'est
peut être pas agréable au gouvernement,
au parlement, à La censure, mais c'est ain
si. Quand ils sortent de la mesure, quand
leur propagande est inconciliable avec les
conditions de la défense nationale, il faut
bien les flrapper. Oui, il faut bien frapper
ces organes républicains : à la dernière ex
trémité quand on a supporté d'eux non seu
lement l'insupportable mais l'inimaginable.
Tant pis si la République est atteinte. C'est
1 ' antipatrdotisme et l'anarchie que la cen
sure a visé et touché en eux.
VI. Le respect et ses conditions
— Mais les attaques contre la Républi
que ?... » J'ai montré hier qu'il n'y avait
point d'atïaque contre la République, mais
analyse et discussion de principes qui
n'existeraient pas s'ils ne pamvaient_se dé
fendre qu'au moyen de caviar contre la dis
cussion et contre l'an
républicain serait-il attaqué, on devrait
encore faire observer qu'il n'y a pas de
commune mesure entre une attaque con
tre l'armée ou la patrie et l'attaque
contre le régime. La Gensuire a été insti
tuée au nom du pays envahi et des néces
sités du temps de guerre. Elle est née d'un
pacte entre patriotes, et non entre gens de
parti. Si l'on veut modifier le pacte qu'on
le dise clairement. Personne n'a le droit
ni d'ailleurs les moyens d'en dénaturer
les conditions historiques. Personne n'a le
droit de dire aux Français de 1914 divisés
sur la politique, unis par le patriotisme,
que leurs divisions n'existaient pas ou
qu'ils étaient unis par autre chose que
leur patrie.
— Mais, poursuivrait sans le dire M.
Compère-Morel et ses amis, le Parlement,
et par extension l'Etat ont besoin d'être res
pectés.
Personne n'en est plus convaincu (jue
nous. Il faut respecter l'Etat. Il f audrait
■respecter le Parlement. A une condition :
c'est que l'Etat; le Parlement se montras
sent respectueux de qui a plus de droits
qu'eux-mêmes au respect
Il y a des raisons aux choses. Il faudrait
se le rappeler. Or, par toute l'échelle des
autorités respectables, rien n'est plus élevé
que ces autorités dont les actes compor
tent des sanctions de vie et de merrt, de
défaite et de victoire, d'invasion ooi de li
bertés nationales. Trop d'existences hu
maines et trop de destins nationaux sont
intéressés à ce que leurs ordres soient
remplis, leurs consignes suivies, leurs mou
vements exécutés. Si l'on ne respecte per
sonne, il faudrait respecter le commande
ment militaire. Si une seule autorité est
dite responsable, ce sera celle-là. Et, natu
rellement, qui ne la respectera point, qui
affectera même de la traiter avec légèreté
se retranche soi-même du cercle de ia vé
nération légitime.
VII. Pour une caisse
de récompenses militaires
Avant de publier notre première liste,
je voudrais extraire quelques-unes des bel
les lettres qui nous été adressées à cette
occasion. Un lecteur nous dit ;
Je vous envoie ci-joint ma cotisation
mensuelle de 10 fr. pour la crise du pa
pier (Un officier de marine royaliste) et
j'y ajoute une somme égale pour votre
« Caisse de Récompenses militaires.
Il était bien dans Vordre qu'une initia
tive aussi heureuse fut prise par. l'Action
Française." v ,.
Un autre :
Veuillez recevoir ci-inclus un mandat-
poste de 100 francs. L'argent est destiné
à la Caisse que votre journal fonde dans
le but d'offrir à nos soldats, qui se distin
guèrent au front, des preuves palpables
et immédiates de notre reconnaissance.
Un troisième :
Inclus cent francs pour votre « Caisse
nationale de prises militaires ».
Votre propagande patriotique doit être
aidée de tous ceux qui vous approuvent
et suivent la canipagne de M. Daudet.
Un quatrième :
Veuillez trouver cUjoint la somme de
cinq francs pour la part du poilu. N'ayant
pu me battre, je considère comme de mon
devoir d'aider à ceux qui combattent
pou rnous.
Un cinquième, blessé glorieux :
Permettez-moi de venir vous crier ma
joie lorsque j'ai lu que vous aviez l'inten-
tiôn de créer une caisse de la Part du
Poilu. Merveilleuse idée, dont la réalisa
tion peut entraîner un grand mouvement.
Allez-y carrément d'une souscription. Cette
campagne de la Part du Poilu est la plus
importante à mener à l'heure qu'il est.
« Le poilu qu'on essaye de déprimer »,
ajoute, notre ami, « sera" ainsi moins triste
et moins mélancolique ». « Aidons-y, ai
dons-y », conclut-il avec toute l'ardeur de
son cœur et de sa raison. Oui, qu'on nous
aidte 1 Tous ! Il ne peut échapper à nos
lecteurs que nous faisons jouer une im
portante contre-mine à cette « propagande
eamemie en France » contre laquelle tous
les discours seront vains s'ils ne sont ap
puyés par des réalités.
C&4RZJSS MAVllRAB,
-
Nous progressons
entre l'Avre et l'Oise
NOTRE AVANCE S'EST CONTINUÉE HIER
SUR DIVERS POINTS DU FRQHT ENNEMI
, Dans le secteur entre VAvre et l'Oise,
nos détachements légers ont continué de
■progresser, hier, occupant, sans rencon
trer une sérieuse résistance, un certain
nombre de points précédemment tenus
par l'ennemi. Autour de Maiisons-de-
Champagne, duels d'artillerie assez vio
lents.
. (Voir en Dernière Heure les oommuniquiés
français.)
É CHO S
Plus de dix mille exemplaires en
douze jours : tel est le chiffre cte dépairt
de Salons et Journaux, le quatrième vo
lume des Souvenirs de Léon Daudet, à
la 'Nouvelle Librairie Nationale, il, nue
de Médicis, Paris. Cet ouvrage, où se
trouvent peints sur le vif nos principaux
contemporains, mais qui comporte aussi
plus d'une haute leçon, suscite une cu
riosité générale. Il n'est pas de lecture
plus attachante, ni pkra actuelle, ni plus
variée.
Du même coup, l'attention du public
se reporte sur les volumes précédents
des Souvenirs, qui sont Fantômes et Vi
vants, Devant la Doreur et YEntre-deux-
Guerres. C'est un tableau compleit de la
société parisienne, entre 1880 et 1908.
\vvw%
Le savon peut-il être employé comme
Dentifrice ?
— Oui ! à condition de choisir un sa
von bien neut/e, sans âcreté, ni amertu
me, n'attaquant pas les muqueuses.
La savon dentifrice du Docteur Pierre,
de la Faculté de médecine de Paris,
est frais pour les lèvres* doux aux gen
cives. Il est fabriqué avec de l'huile
d'olive de Provence.
Logé dans une boîte élégante, bien
étudiée, il reste constamment sec, mal
gré le contact journalier avec la brosse
^chargée d'eau. ■ i
: : ^
L'Action française et ls erisi lu papier
« Le millier manquant ». — C'est un su
jet de préoccupation pour nos amis : il
manquait, dimanche dernier, un millier
de-francs à ce demi-million réuni par nos
souscripteurs du 21 mars 1916 au prochain
21 mars 1917. Une lectrice nous écrit :
Vous voudrez bien joindre le montant de
ce trop modeste mandat à votre liste du
21 mars, sous la mention ; « En l'honneur
de la merveilleuse campagne de Monsieur
Léon Daudet contre les .Boches. » Cela
ne vous rapprochera guère du millier man
quant, mais il m'est' impossible de mieux
faire en ce moment. Et peut-être que beau
coup de vos lecteurs pourront se nwntrer
plus .généreux.
Au début de Vannée, je vous avais pro
mis de vous envoyer cinq francs, tous les
trois mois ; malheureusement, je crains
de ne pouvoir m'acquitter de cette petite
contribution en avril prochain. Il a fait
tellement froid cet hiver qu'il a bien fallu
doubler et même tripler les envois de lai
nages à nos braves de l'avant et les dons
aux pauvres petits réfugiés ! Mais, te ne
sera que partie remise et, si cela ne vous
fait rien, j'-en serai quitte pour doubler
simplement ma part, en juillet.
'■^lous remercions vivement notre géné
reuse correspondante,et nous avons le plai
sir de lui affirmer, ainsi qu'à tous ceux qui
en sont inquiets, que le « millier man
quant » ne manque plus ; par conséquent,
notre demi-million est atteint. Nous leur
adressons nos remerciements, nos félici
tations, et nous y ajoutons nos requêtes
nouivelles, tant pour la crise du papier
que pour notre « Part du Poilu ». —
CH. M.
UNE REVOLUTION NATIONALE EN RUSSIE
Abdication dn Tsar iigolas SI
VWWW"
LA REGENCE DO GRAND-DOC MICHEL
-SgPtS:-
Une révolution a éclaté à Petrograde.
La Douma a refusé de se séparer, s'est
constituée en gouvernement provisoire et
les événements se précipitent avec rapidité,
on annonce «aujourd'hui, l'arrestation des
ministres èt l'abdication du tsar.
Voici les faits dans leur ordre chrono
logique :
Depuis une dizaine de jours, la disette
de pain était telle à Pétrograde qu'il fallait
faire queue pendant trois ou quatre heures
pour en recevoir à peine une ou deux li
vres. Les malheureux qui-n'avaient point
la faculté de perdre ce temps, ont enduré
la faim. La situation devenait de plus en
plus critique, les murmures se firent de
pltus en plus forts.
Sur la. proposition du président de la
Douma, M. Rodzianko, le ministère, du
prince . Galitzine consentit à ce que le ser
vice du ravitaillement de Pétrograde fut
assumé par le conseil municipal de la ca
pitale. Mais il était déjà trop tard pour
que des palliatifs de cet genre pussent apai
ser le mécontentement et l'excitation po
pulaire.
Les premiers troubles
A dater du vendredi 9 mars, les tram
ways cessèrent leur service ; des cortèges
se formèrent dans les rues et la foule-
criait: « Nous voulons du pain J » Plu
sieurs boulangeries furent pillées, la po
lice molestée.
Le samedi 10 mars, la grève générale des
tramways et des usines étaient décrétées,
le mouvement gréviste se propage rapide
ment ; les magasins se fermèrent. Des
sotnias de cosaques se mirent à parcou
rir la ville, des contingents de police s'ef
forçaient de disperser la foule. C'est ce
jour-là que l'on eut à enregistrer les pre
mières victimes, la police et les cosaques
ayant fait usage de leurs armes, mais la
trouipe mobilisée comme renfort fit cause
commune avec les manifestants et vint
grossir les cortèges.
Le gouvernement provisoire
Le dimanche 11 mars, un décret signé
par l'empereur Nicolas et contresigné par
le prince Galitzine ordonne la suspension
de la Douma. Aucun journal n'ayant pa
ru. le décret est affiché sur les murs. La
Domina passe outre et continue à siéger.
A minuit, un gouvernement provisoire, ap
pelé officiellement « Comité exécutif » est
formé ; il est composé de députés appar
tenant à tous les partis, sous la prési
dence de M. Rodzianko. Ces membres
sont v : MM. Kerenski, socialiste ; Tdheidzé,
socialiste ; Choulguine, nationaliste ; Mi*
loukof, Karaoulof, cadets ; Konovalof, De-
mitrioukof, octobristes ; Ghidlowski, pré
sident du bloc progressiste ; Nekrassof,
vice-iprésident de la Douma ; Lvof, le co
lonel Engelhardtt, officier du grand quar
tier général, également député de la
JÔouma.
Le lendemain, lé gouvernement provi
soire lançait le manifeste suivant :
L'APPEL DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE
« Considérant les difficultés d'ordre in
térieur dues à la politique du précédent
gouvernement exécutif, le comité de la
Douina se considère obligé de prendre en
main l'ordre public. Consciente des res
ponsabilités qui découlent de cette déci
sion, la commission exprime sa certitude
que le peuple et l'armée lui prêteront as
sistance dans la tâche difficile qui incombe
au nouveau gouvernement, lequel accepte
les vœux du peuple et jouit de sa con
fiance. » ,
Le député Engelhard, colonel du grand
état-major, est nommé gouverneur de Pé
trograde.
Les troupes se mêlent au mouvement
Durant toute la journée, des régiments
entiers se rendent à la Chambre, affirmant
leur adhésion au mouvement révolution
naire et se mettant à la disposition du
gouvernement provisoire.
Le régiment de la garde Préobrajenski,
composé exclusivement de jeunes soldats
enrégimentés depuis la guerre, faut envoyé
au palais de Tauride pour en expulser la
Chambre. Son président, M. Rodzianko,
ancien officier de la garde, se dressa de
toute sa stature à la tribune en s'écrïant
de sa voix de stentor :
« Préobrajenski, garde à vous ! Soldats
de la vraie foi, permettez-moi, comme à
un vieux soldat de vous saluer, suivant
notre vieille cou
Le régiment répondit à haute voix :
« Nous souhaitons urne bonne santé à Vo
tre Excellence !»
Le président remercia alors les soldats
de la garde du concours qu'ils avaient
prêté à la Douma pour maintenir l'ordre
et travailler à la gloire de la patrie. Il
les exhorta à rester fidèles "à leurs offi
ciers et à avoir confiance en eux.
« Notre tâche, conclut M. Rodzianko,
est d'établir une nouvelle amtorité dans
laquelle nous pourrons avoir confiance et
qui pourra travailler au salut et à la gran
deur de notre mère la Russie. »
Les soldats se retirèrent en bon ordre,
guid'éa par leurs officiers, en poussant des
hourras. *
M. Rodzianko reçut, de même, les offi
ciers et soldats des grenadiers de la garde
et du 2 e régiment de cavalerie et leur
adressa également une allocution patrio
tique.
De sorte que la troupe mobilisée pour
réprimer les troubles, se trouva partagée
un instant entre ses sentiments qui la
poussaient nettement du côté des révolu
tionnaires et son serment. Elle se rangea
définitivement du côté populaire, prenant
fait et cause pour la révolution, après que;,
dans quelques casernes, un certain nom
bre d'officiers eurent été tués par leur#
hommes.
Le lundi 12 mars, M. Rodzianko, aui
nom du gouvernement provisoire, envoie»
des téiégranames aux pràncipajux chefs mi-i
litaires du front et aux commandants de?
■esoadres, en leur faisant savoir que l'an-s
cien gouvernement impérial n'existe plus.-.
Les troupes révolutionnaires et la foule,
âxiïiiéô occuipôii.t plusieurs édifices* gouver-
nemenfarux. Là où il y. a résistance de la!
ipart des troupes impériales, la batailles
s'engage, les mitrailleuses sont mises en
action et bientôt les troupe® cèdent et 8âf
rangent du côté des révolutionnaires.
La forteresse Pierre-et-Piau! se rend;
sans résistance, les nombreux prisonnier^
qui étaient enfermés dans cette citadeUa
sont libérés. La prison Kresity où étaient
enfermés les membres ouvriers du comité'
d'industrie de guerre • récemment arrêtés
est prise d'assaut. L'arsenal de Pétrograde:
est conquis de la même façon et les ar
mes qu'il contenait sont transportées à la'
forteresse Pierre-et-Paul qui est devenue!
la. base principale d'action des révolution
naires. ,
Le mardi 13 mars la Révolutiofi;
bat son plein. Plusieurs milliers de sol
dats, officiers en tête, défilent devant lai
Douma qu'ils acclament chaleureusement..
M. Rodzianko sort sur le parvis pour les
haranguer, les remerciant de leur patrio
tisme et les priant de contribuer au main
tien de l'ordre dans la ca.pitaie. Ces trou
pes, naguère encore .auxiliaires des cosa-
tfues, répondent en criant à tue-tête :'
« Nous sommes à vos ordres, disposez de
nous !»
Pendant la journée, la fusillade dans les"
rues est assez nourrie. L'iancien gouverne
ment place des mitrailleuses et des agents
de police sur les toits des maisons et'
même dans les tours des églises, d p où on
tire sur la foule. Les troupes révolution-
inaires répondent à ces provocations en-
bombardant les maisons où se sont cachés
les policiers. Cette fusillade diure déjà de
puis plusieurs jours ; edle n'est même pas-
interrompue la nuit.
Au cours des troubles, la foule essaya:
d'incendier le piaLaïs d'Hiver, qui fut au- ;
fcrefois résidence des tsars ; Les commissa
riats de police furent surtout visés par la<
foule.
Les arrestations
Le gouvernement provisoire procède à*
de nombreuses arrestations ; l'urne dies pre
mières est celle du premier président du
conseil de l'empire Schteglovitof, l'un des
hommes Les plus abhorrés du pays ; il estr
transporté à la Douma où om l'emprisonne^
dans le pavillon ministériel du palais de
Tauride.
Le pavillon ministériel au palais de Taur
ride regorge bientôt de prisonniers. Suc-f :
cessiveanent sont arrêtés tous lies minis
tres, l'ancien ministre Rhein, prévarica
teur célèbre ; l'ancien président du conseil-
Sturmer, qui meurt subitement die peur ;
le préfet de Pétrograde,Balk ; les généraux-
de police, Kourlof et Kommissarof ; l'an-,
cien directeur du département de police.'
Klimovitch, le comte Frederieni, la comtes
se Kleinmichel, bien connue à Pétrogradi
'pour ses intrigues germanophiles et qui!
s'était réfugiée à la légation de Chine ; l'a
miral Gîers, le vice-amiral Kartsef, le gé
néral Soukhomlinof, d'autres encore.
Lorsque les soldats qui gardaient la-
Douma ont appriei l'arrivée du général
Soukhomlinof, ils l'ont réclamé bruyam
ment afin qu'on, le leur livrât pour ea
flaire justice. Les députés ont eu une'-
grande peine à oalrçner les soldats qui ont
insisté quand même pour que les épauLet-r
tes fussent arrachées au général Soukhom
linof, auquel acte l'ancien ministre die la
guerre s'est soumis docilement.
M. Pro-krovsky, hier encore ministre des.
affaires étrangères, est em liberté ; il con
tinue à se rendre au Ponit-des-Chantres,.
s'entretenant avec les ambassadeurs poutt
les éclairer sur la situation.
A propos du ministre de la justice Do-
brovolaki, on rapporte que s'éitant réfugié,
à l'ambassade d'Italie, ce fut lui-même qui
téléphona à M. Rodzianko de le mettre en
état d'arrestation, de façon à avoir la via
saju've. On annonce également que l'ancien
ministre de l'intérieur Protopopof est venu
de lui-même se mettre entre les mains du
gouvernement provisoire.
Le ministère de la marine; qiui était resté
jusqu'ici défendu par une compagnie dU
régiment Ismtaïlovski, vie^t d'être aban
donné par cette troupe et les révolution
naires ont pris possession aussitôt du pa j
lais de L'Amirauté. , _
L'ordre à Petrograde et dans l'empire
Le conseil municipal a repris ses fonc
tions et s'est soumis aux ordres du gouver
nement provisoire ; il orgamise une milice.
Une série de mesures ont été prises pour
assurer le ravitaillement de la capitale.
Le gouvernement provisoire a délégué ses
oonimissaires qui surveillent les arrivages
et la juste répartition des aliments.
Plusieurs chefs à!e différents dféparfô-t
ments ministériels se sont empressés d«
reconnaître le gouvernement provisoire, se
mettant à sa disposition.
M. Rodzianko a télégraphié à tous lea.
gouverneurs de province leur demandant-
de se mettre aux ordres du nouveâu gou
vernement élu par la Douma.
Le gouvernement provisoire prend unefc
série de mesures pour rétablir l'ordre Ift
plus promptement possible. Toutes les mfe
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