Titre : La Lanterne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1899-02-14
Contributeur : Flachon, Victor. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328051026
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 14 février 1899 14 février 1899
Description : 1899/02/14 (N1483,A16). 1899/02/14 (N1483,A16).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG33 Collection numérique : BIPFPIG33
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-54
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 16/07/2012
Seizième Année. — N° 1483
ABONNEMENTS AU SUPPLÉMENT
PARIS & DÉPARTEMENTS
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RÉDACTION ET ADMINISTRATION
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GRAND JOURNAL LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ
Paraissant trois fois par semaine : les MARDIS, JEUDIS et SAMEDIS
• 14 Février i899
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Six Mois. 8
Un an. J."
le N° cent. S
- Les Manuscrits non insérés ne sont
pas rendus
EN VENTE PARTOUT
£ JUnwuacîi
du
jluplêmeut
PRIX : 60 CENTIMES
(ENVOI FRANCO)
SOMMAIRE
MARCEL L'HEUREUX : Causerie.
JACQUES REDELSPERGER : 11111 masqué.
RICHARD O'MONROY : Les Guêtres.
BOBÈCHE : Veille de Carême.
J -H. ROSNY : LIA Revanche.
ALPHONSE ALLAIS : Question de Détail.
Tgisiisi BERNARD : Incidents passionnels.
POIF : Carnaval.
JEAN GOUD ZKI : Mécène
GUY DE TÉRAMOND : Le l.ivre d'or de la Bonne.
HIPPOLYTE LENCOU : L'Impossible.
DAURIAN : La Chauve-Souris.
PAUL ROUGET : La Servante.
G. DAVIN DE CHAMPCLOS : Sporting - Gazette.
L. DE ROBERT: L'Envers dune Courtisane (feuilleton).
RAPIIAËL-BAURY : Mariage sur le tard (feuilleton).
JACIC ABEILLE : Maillots (dessin).
CAUSERIE
Les Théories d'un Misogyne
Comme ce soir-là, nous remontions
le boulevard, au-dessus de la rue
Drouot, et qu'il faisait très froid, Mon-
sieur Brindilles me proposa d'entrer
dans un de ces cafés, où de pâles Ba-
tignollais en habit, pitoyables rivaux
des tziganes charmeurs de princesses,
versent des flots d'harmonie dans
l'oreille enivrée des buveurs et des bu-
veuses de bocks. « J'aime, me dit Mon-
sieur Brindilles, j'aime à contempler
la tête dodelinante, les traits béats et
les yeux languides des bourgeois qu'é-
moustille le piquant des polkas et que
balance le flux et reflux des valses on-
duleuses. Que voulez-vous, ajouta-
t-il, en surprenant un peu d'ironie au
coin de mes lèvres; c'est du sadisme,
je le reconnais ; mais chacun prend
son plaisir où il le trouve. »
Donc, nous entrâmes dans ce tem-
ple de la musique mise à la portée de
toutes les ouïes, et, nous étant fait ser-
vir des grogs réconfortants, tandis que
nous savourions la banalité berceuse
des mélodies « audranesques », nos
regards tombèrent tout-à-coup sur un
admirable spécimen de la niaiserie
humaine : Quarante ans environ, des
cheveux poivre et sel casquant un
front remarquablement étroit, l'œil
bleu de ciel, rêveur et vide, et au-des-
sous d'un nez quelconque qui avait
l'air de se demander ce qu'il attendait
au milieu d'un tel visage, une bouche
gobeuseet infatuée, prompte à tous
les attendrissements et béatement sou-
riante.
— « Voilà, me dit Monsieur Brindilles,
le mélomane qu'il faut à cette musi-
que; regardez le jouir aux sons de
ces accords insipides; toute la came-
lote de cette harmonie pénètre sa sen-
sibilité à fleur d'âme et à fleur de peau.
Une molle ivresse glisse à travers ses
veines; voici son visage qui s'illumine,
son chef qui bat la mesure., ses lèvres
-qui s'humectent; il oublie ses misères,
la pauvreté de sa lamentable exis-
tence, la monotonie du rond de cuir
où se sont ankylosés ses aspirations,
les avanies dont il est abreuvé au foyer
conjugal, il ne rêve à rien, mais il rêve,
il rêve doucement, stupidement, à deux
et à trois temps, et il se sent meilleur.
« N'est-ce pas, bourgeois vertueux et
musicolâtre, que tu te sens meilleur ?
continua Monsieur Brindilles, dont les
petits yeux malicieux semblaient vou-
loir fouiller l'inconsciente pensée du
mélomane. N'est-ce pas que ton âme,
confite dans le jeu des fausses senti-
mentalités, croit en ce moment que
toutes les femmes sont bonnes, ai-
mantes et belles; n'est-ce pas que le
libertinage se pare,dans ton imagina-
tion saoûle. de mélodies, des ailes de
l'Amour; qu'un enthousiasme poé-
tique idéalise à l'avance les contacts
d'épidermes, que tu prévois pro-
chains. Vois cette sirène, aux che-
veux jaunes et aux lèvres rouges, qui
tend vers toi l'invite de son sourire et
la promesse des libres joies dont sa
générosité est prodigue. Ah ! brigand,
te voilà tout ému, ton idéal devient
réalité. Tu éloignes l'importun sou-
venir des lèvres légitimes, l'image in-
tempestive de ton épouse, que tu sup-
poses impatiente de ton retour et l'ai-
guille à la main, au coin de l'âtre. - -
«Va, buveur de valses, fais risette à la
dame, dont la voix rauque s'essaie à
être enjôleuse, et n'aie pas de remords :
si ton incommensurable vanité te le
permettait, tu verrais en ce moment ta
femme faire exactement avec Monsieur
Jules ou avec Monsieur Paul ce que tu
es tenté de faire avec l'occasionnelle
amoureuse qui s'ingénie à te plaire.
Tes yeux s'alanguissent et tu souris
vaguement : allons, un peu de courage,
sors victorieux des hésitations inspi-
rées par la timidité et par l'économie;
surtout ne gâ te paston idéal en songeant
que peut-être les baisers de la sirène
sont de vénéneux baisers. Et dans une
heure, tu rentreras chez toi, n'en doutes
pas, pourri comme François Ier et cocu
comme Napoléon. :
«. A propos de Napoléon, reprit d'un
ton moins lyrique Monsieur Brindil-
les — tan<;l!t¡. que s'éloignaient parmi
les tables dès consommateurs le mé-
lomane et la sirène — avez-vous lu la
Joséphine de Beauharnais, de M. Fré-
déric Masson ? Ah ! combien exquise,
combien plaisante, parce que favo-
rable à mes opinions sur son sexe,
cette Joséphine, synthèse-de toutes1 les
grâces, de toutes-les vanités et de tou-
tes les bassesses féminines. Sublime
Joséphine! Elle se joue de l'amour du
grand homme qui l'épouse, elle mène
par le bout du nez le vainqueur des
vainqueurs, elle ridiculise le héros
d'Austerlitz et d'Iéna, elle trompe Na-
poléon, qui a fait d'elle une impéra-
trice, tantôt avec Monsieur Charles,
sous-lieutenant, tantôt avec un nègre.
« Joséphine de Beauharnais, conclut
Monsieur Brindilles, c'est toute la
femme, qui se venge de l'amour, à
qui elle doit de la reconnaissance,
prompte toujours à aimer non qui
l'élève mais qui l'abaisse. La seule mo-
rale à dégager de son histoire, c'est
que pour conserver quelques droits
aux égards d'une femme, le sage doit
bien se garder de faire d'elle une im-
pératrice. »
MARCEL L'HEUREUX.
——— —
mê%gk ~?â
Ils s'en vont tout frileux, les masques,
Dans le colon de leurs maillots;
Avec des plumes et des casques,
Et pour argent quelques grelots;
Ils ont des allures fantasques,
Des airs sinistres et falots »
Quand la neige, avec ses bourrasques.
Fait claquer leurs dents et leurs os.
Ils sont les lugubres emblèmes
De ces fêles sans lendemain,
Et leurs traits étirés sont blêmes,
Malgré le fard et le carmin.
La femme en tarlatane blanche,
Avec ses quilles en fuseau
Fait des manières, se déhanche,
Et grimace avec son museau;
Tout le costume scnt la dèche
Et son corps au milieu du bal,
Secoué par une toux sèche,
Semble évadé de l'hôpital.
A côté d'elle, un pauvre hère,
Dans un vieux pourpoint de velours,
Rit. de ce rire de misère
Dont rit le peuple aux mauvais jours;
Pierrot, sous sa farine sale,
Rappelle les neiges d'antan,
Et l'orchestre au fond de la salle
Evoque l'ombre de Satan.
Et pendant que la sarabande
Excite les municipaux,
Une famille arrive, en bande
Sous le couvert des dominos,
Ce sont les bourgeois de province.
Mamans aux corsets copieux
Que l'on bouscule, que l'on pince
A des endroits très sérieux.
Après un long martyrologe,
Sous des torrents de conleltis,
Ils accostent enfin leur loge,
Sauvés, mon Dieu! mais abrutis !
Alors, la mère de famille
Sur les couples lourbillant
Dans la tempête du qualrille
Ouvre ses yeux de ruminant
Elle les contemple pensive,
Et reste en extase sans voir
Monsieur son époux qui s'esquive
Pour faire un tour dans le couloir ;
Car c'est là que des formes 'sombres,
Fleurant l'ambre et le lilas blanc,
Frôlent l'homme comme des ombres
A la faveur du loup troublant ;
Au son des clameurs et des danse:
Sous les dominos de satin,
Passe un souffle de confidences
Mortes avant demain malin.
Tous les cerveaux sont pris de fièvre,
Les jeunes comme les usés,
Et sur la pourpre de la lèvre
Glisse un murmure de baisers.
Alors, on caresse le rêve
De deviner sous le velours
Le mystère introuvable, l'Eve
Que Uiomme cherchera toujours.
L'inconnu lui tourne la tête ;
Comme dans le conte, le Loup,
Pour avoir sa bonne galette,
L'emmène souper n'importe où.
Et quand la charmante personne
Se démasque. tout est manqué !
Le monsieur reconnaît sa bonne.
Il a soupé du bal masqué.
Jacques Redelsperger
Les Guêtres
— Tu regardes mes guêtres chamois, me
dit Champerel, qui était en train de termi-
ner sa toilette, pour aller déjeuner avec
moi au cercle.
— Oui. et je n'aime pas beaucoup ce
luxe. Je trouve que ça a l'air « vieux mon-
sieur ».
— Je pourrais te répondre, continua mon
ami, qu'en effet, c'est beaucoup plus chaud
sur le cou-de-pied que des bottines, et cette
raison serait suffisante par ce temps où
nous barbotions dans la neige fondue au
sel; mais j'ai un autre motif d'aimer ces
guêtres. Elles m'ont débarrassé de Mar-
celle, tu sais, Marcelle du Gvmnase.
—Marcelle? Je croyais que ta bien-ai-
méè s'appelait Renée, la petite baronne.
— Précisément. Renée a pris la suite, ce
qui eût été impossible du temps de Mar-
celle.
— Raconte, vieux complice, raconte.
— Eh bien, mon cher, au bout de six ans
de liaison, Marcelle était devenue insup-
portable. J'avais par-dessus la tète de ses
rôles, de son directeur, des passe-droits,
des injustices de sa boile, des répétitions à
suivre derrière un portant, des tirades à
faire apprendre et des longues stations en
fiacre le soir, devant le couloir enfumé par
lequel s'effectuait la sortie des artistes.
Vois-tu, n'aime jamais une comédienne.:
son art tient vraiment trop de place. Il faut
respecter avant la première, inventer, après
la représentation, des adjectifs surperlati-
vement élogieux et dithyrambiques, qui ne
sont jamais à hauteur de ce qu'on croit mé-
riter, ou, en cas d'insuccès, trouver les pa-
roles qui consolent et les baumes inconnus
qui pansent les blessures d'amour-propre.
Une véritable fatigue morale.
— Mais, alors, pourquoi continuais-tu?
— Est-ce qu'on sait jamais ! Je restais par
veulerie, par crainte de déranger les'habi-
tudes prises, et de changer la vie paisible
et béate pour entrer dans l'ère des récrimi-
nations, des pleurs et des drames. Chaque
jour rivait un peu plus ma chaîne, et la si-
tuation était d'autant plus tendue qu'au prin-
temps dernier, à une soirée chez les Balle-
roy j'avais fait la connaissance de Renée
qui m'avait immédiatement conquis par sa
simplicité et sa grâce. Ah. mon ami, quelle
différence avec Marcelle ! Plus de potins de
coulisses, plus de calembours de revue, plus
de discussion sur le talent du père noble
ou de la jeune première; mais des conver-
sations spirituelles, aimables, des aperçus
fins sur les choses et les gens de notre
monde; un esprit très orné, très frotté de
littérature, sans aller cependant jusqu'au
pédantisme; une connaissance approfondie
des généalogies et des titres historiques.
Bref, avec Renée, je me sentais absolument
dans mon milieu, je me retrouvais à ma
place sociale; j'échappais à toute une pro-
miscuité de grandes coquettes fripées, de
duègnes obèses et de m'as-tu vu faméli-
ques.
— Elle connaissait ta liaison avec Mar-
celle?
— Oui, et ce fut longtemps un obstacle
entre nous. Un jour, après un dîner passé
en tête à tête, elle se donna simplement,
sans pose, sans discussion, sans calcul,
réalisant les trois conditions qui font d'un
homme — au dire de "Dumas fils - l'éternel
obligé d'une femme. Mais, de ce jour, la vie
devint un enfer. Ah ! crois moi; n'aie jamais
deux maîtresses ! On se lance dans tout un
système de combinaisons, d'hypocrisies, de
complications et de mensonges. Renée souf-
frait la première de cet état de choses, et,
toutes les fois qu'elle me voyait, elle reve-
nait sur le même sujet, me suppliant de
quitter Marcelle, iet d'être tout à elle comme
elle était toute à moi. Parfois, elle ajoutait
très triste :
— Vous verrezj ça ne durera pas. Je vous
LES GUETRES
supporterai ainsi tant que je le pourrai,
mais un beau jour, je m'écœurerai, ça cra-
quera. et vous aurez perdu quelque chose
de bien bon. .-.
Et cela continuait ainsi, moi, tiraillé en
deux sens contraires, mais n'ayant pas le
courage de rompre carrément et virilement.
Un bien heureux hasard se chargea de me
tirer d'affaire. La semaine dernière, étant
sorti en petits souliers, je me trouvai dehors
avoir si froid, que j'entrai chez mon bottier
pour acheter une paire de guêtres, celles que
tu vois là. Puis, ayant trouvé ce qu'il me
fallait, je me rendis d'un pied léger chez
Marcelle pour lui faire ma visite quoti-
dienne. Aussitôt qu'elle me vit entrer, avant
même de m'avoir dit bonjour, la voilà qui
s'exclame :
— Tiens, tu as des guêtres!
— Mais. oui, comme tu vois.
— Ah ! quelle drôle d'idée! Mais, mon ami,
ça ne se porte pas à Paris. On ne met des
guêtres que pour aller à la campagne.
— Pour aller à la campagne! Et pourquoi
seulement pour aller à la campagne?
— Tu ne vas pas m'apprendre, n'est-ce
pas, comment on doit s'habiller? Toutes les
fois que la pièce se passe à la campagne,
tous les acteurs ont des guêtres; mais ja-
mais, au grand jamais, on n'en porte si
l'acte se passe à Paris.. r
Il était bien inutile de discuter, n'est-ce
pifs. et je m'inclinai devant la science vestir
mentaire de Marcelle, lui faisant toutes mes
excuses pour mon manque de goût; puis je
partis, et comme, le soir, elle jouait dans
les Demi-Vierges, j'allai passer ma soirée
chez Renée. Elle ne me fit, elle, aucune ob-
servation sur mes guêtres chamois. Dès
l'arrivée, elle m'avait jeté ses deux bras au-
tour du cou, collant ses lèvres sur les mien-
nes, écrasant contre moi son déshabillé en
gros crépon de soie lilas. Il y avait une gar-
niture de volants de dentelle sur les épaules
tombant devant en coquille, et encadrant
des quilles de mousseline de soie ivoire
plissée, tout cela froufroutant, capiteux,
exhalant une subtile odeur de femme et de
verveine. Et ce qu'il y avait de particulière-
ment exquis dans ce déshabillé, c'est qu'on
comprenait très bien qu'il n'y avait qu'une
épingle à enlever, un nœud de satin à tirer
pour laisser la déesse émerger, impeccable
et quasi nue dans sa chemise diaphane
Incessu patuit dea,
comme disait notre professeur à Condorcet.
Bref, je ne sais plus trop pour quelles
raisons, à mon tour, je fus amené à enlever
mes guêtres qui m'étaient d'ailleurs tout à
fait inutiles pour l'exercice auquel, je me
livrais dans cette chambre tiède où les
heures sonnaient heureuses. A peine quel-
ques vagues reproches au sujet de Mar-
celle, reproches étouffés sous des avalan-
ches de naisers, et des serments de ten-
dresse folle; puis, vers les minuit, — la
crainte du concierge est le commencement
de la sagesse — ie songeais à me retirer, et
à aller jouir chez moi d'un repos bien
gagné.
Seulement, il arriva ceci : c'est que, le
corps un peu las, la tête un peu vide !. —
Ah ! dame ! — peu habitué, d'ailleurs, à
cette superfluité de costume, j'oubliai com-
plètement de remettre les fameuses guêtres
qui avaient glissé sous un fauteuil près de
la descente de lit et je rentrai chez moi, ne
pensant plus le moins du monde à cet or-
nement chamois.
Or, le lendemain matin, Marcelle était
venue me demander à déjeuner et, comme
j'avais un vague mal aux cheveux, la con-
versation traînait un peu en dépit de quel-
ques coups de patte envoyés par ma douce
compagne à Jane Hading, pour ne pas en
perdre l'habitude, lorsque mon domestique
entre et me dit :
— C'est un petit paquet que madame la
baronne envoie à monsieur.
Il était tout petit, le paquet, enveloppé
dans du papier de soie, entouré d'une belle
faveur bleue ; on eût dit une boîte à bon-
bons. J'ouvre sans défiance, et il en tombe
mes guêtres chamois, avec un petit mot au
:
crayon 'Voilà ce que vous avez oublié hier au
«
soir. »
Tableau !
Et Marcelle de s'écrier, cramoisie :
— Voulez-vous me dire, monsieur, pour-
quoi, vous avez laissé vos guêtres chez la
baronne ? Voulez-vous me le dire ?
En bonne conscience, j'ai fait un effort
d'imagination prodigieux, mais peut-être
étais-je un peu abruti ? Je n'ai absolument
trouvé aucun motif vraisemblable, et ad-
missible. Je suis resté coi, regardant; hé-
bété, mes guêtres étalées sur la table, tour-
nant et retournant le paquet révélateur et
murmurant à tout hasard:
— Ah, voilà qui est bizarre 1 J'avais ou-
blié mes guêtres !
- Mais pourquoi les aviez-vous retirées?
— Je ne m'en souviens plus.
Alors Marcelle a pris sa serviette, en a
fait une jolie boule et me l'a lancée à la tête
en manière de projectile. Puis, elle est sortie
noblement, en me déclarant que je ne la re-
verrais plus de ma vie.
Elle a tenu parole, moi aussi. Et voilà
pourquoi je contemple mes guêtres avec at-
tendrissement, les guêtres libératrices, et
voilà pourquoi cela m'est tout à fait égal
d'avoir l'air « vieux monsieur ». Allons dé-
jeuner.
Richard O'Monroy
—R : —
MON PETIT CINÉMATOGRAPHE
VEILLE DE CARÊME
Le promenoir des Folies-Vachère, le soir du Mardi-
Gras.
LA MÔME-FOND-DE-BAIN, heurtant du coude
une autre péripatéticienne.— En v'là un cha-
meau qui peut pas ar'garder oùsqu'il ballade
ses ailerons !
LA GERCE-AUX-PIEDS-NICKELÉS, SC retournant.
- De quoi. de quoi?. C'est-il donc l'jour
de sortie d' la blanquette, à c'tte heure?
(Reconnaissant dans son aimable interlocu-
trice la Môme-Fond-de-Bain, sa plus intime
amie.) Ah ! bin, n'env'là d'eune rencontre !.
C'est toi; la Môme.
LA MÔME, non moins agréablement surprise
de cet heureux hasard. — Veine !. C'que j'
suis contente de te r'voir, ma Gerce!
LA GERCE. — Le fait est qu'on s'a pas attrapé
des ampoules aux miretles à s aregarder,
d'puis cune pièce de six mois.
LA - parle pas !. Des malheurs
comme c'est qu'il ne m'en arrive qu'à moi.
LA GERCE. - Saint-Lago?
LA MÔME. — Non. Lourcine.
LA GERCE. — Ça l' vaut l
LA MÔME. — toi-même, dis donc 1
LA GERCE. — Mais non. j' veux dire : eest
kif-kif.
LA MÔME. — Ah ! bon. T'avoueras tout de mê-
me que j'ai du guignon.
LA GERCE. — c'est ta faute.
LA MÔME. — Ma faute ?
LA GERCE. - fait'ment.
LA MÔME. — Pourquoi ça? ,
LA GEnCE. — Pac'que tu t'ostines à pas avoir
de religion.
LA MÔME. — T'en tiens donc toujours pour
ce bateau-là?
LA GERCE. — Blague toujours. n'empêche
que si tu f'sais comme moi, l'cicl te protég'rait.
LA MÔME, — J'ai pas confiance.
LA GERCE, — T'as tort.
LA MÔME. — Alors toi, tu continues à pas en
rater une, de toutes les blagues des ralichons?
LA GERCE. — C'est-à-dire que je tâche d'ar-
ranger ça pour le mieux avec 1es exigences
de. mon commerce.
LA MÔME,— Comment ?
LA GERCE. — Eh bin f par exemple; tu com-
prends que j' peux pas aller à la messe tous
les dimanches.
LA MÔME. — J'crois bien. merci. 1'di-
manche matin, c'est une recette sûre, les po-
taches et les Saint-Cyriens !
LA GERCE.—Tu parles. Aussi qu'est-ce que
je fais? o.
LA MÔME. — C'est e que je m'demande.
LA GERCE. — J'envoie Alphonse à l'église à
ma place.
LA MÔME. — C'qu'il doit s'y raser. -
LA GERCE. - Pas du tout, iigure-toi. vu qu'il
trouve encore moyen d'chauffer d'temps en
temps un porte-monnaie pour s'distraire.
LA MÔME. — Bath aux pommes!. C'est tout
bénef.
LA GERCE. — Tiens, c'est comme pour le Ca-
rême.
LA MÔME. — C' que c'est qu' ça ?
LA GERCE. — Tu sais bien les quarante jours
qui commencent au mercredi des Cendres et
qu'on doit jeûner pendant tout le temps. '-
LA MÔME. — Ah! oui. j'espère bien qu'lu
vas pas t'détruire l'estomac avec des machins
pareils.
L,*,-GÉRcr,,. - Plus souvent. mais j'trouve
moyen d'être encore en règle avec le Seigneur.
LA MÔME. — Tu m'épates!
LA GERÇE. — Pas du tout, c'est bien simple.
Aujourd'hui, sus le boulevard, j'ai dégotté un
moricaud épatant., un espèce de prince séné-
galais qu'est venu boulolter ici la galette à
papa. Eh bin! On s'a promis six semaines de
fidélité à partir de demain matin.
LA MÔME. — A partir de demain matin?
LA GERCE. — Mais oui, t'es bête. Tu com-
prends donc rien? Comme ça, j' s'rai sûre de
faire nègre pendant tout le Carême!
Bobèche.
LA REVANCHE
— Je n'ai pas du tout trahi mon ami Phi-
lippe, s'écria des Saulay es avec véhémence,
et cela pour la raison très simple que Phi-
lippe a cessé d'être mon ami deux ou trois
jours avant l'événement auquel vous faites
allusion. Je suis aussi incapable de convoi-
ter la femme d'un homme qui a mis sa con-
fiance en moi — avec mon acquiescement
— que je suis incapable de convoiter son
ane ou son bœuf. Si j'ai été adultère avec
la femme de Philippe, c'est que le miséra-
ble l'a voulu et qu'en somme il le méritait,
si jamais être le mérita.
Je m'étais donné âme et biens à ce gri-
maud ; par vingt fois,je lui avais donné des
preuves absolues de mon dévouement. Nul
n'avait vu comme lui le tréfonds de mon
cœur, nul — pour avoir assisté à quelques-
unes de mes tentations — ne savait mieux
combien j'avais horreur du méchant adul-
tère et, plus encore de l'adultère lâche.
Aussi bien, avait-il en moi une confiance
inébranlable lorsque, en 1894, forcé de quit-
ter brusquement sa femme malade à Flo-
rence, il la mit presque de force sous ma
garde. Cette femme était charmante — mais
elle aurait pu être Aphrodite elle-même que
je n'aurais pas levé un doigt pour conqué-
rir son amour. Elle le savait; j'avais pu re-
marquer de ci de là qu'elle en témoignait
quelque dépit. Toutefois, bonne joueuse
jusqu'à ce moment, elle n'avait rien fait
pour armer la jalousie de Philippe contre
moi.
Après le départ de mon ami, sa femme se
rétablit avec une rapidité surprenante;
dans sa vive convalescence, elle ne se fit
pas faute d'exiger ma compagnie pour des
promenades a la campagne qui, disait-elle,
lui étaient merveilleusement favorables. Le
vrai est qu'elle me faisait la cour, au point
que je demeurais parfois un peu embarrassé
pour détourner de compromettantes cause-
ries. Mais il était écrit qu'elle irait jusqu'à
la folie car, un jour que je lui lisais, sur sa
demande, la Divine Comédie, elle voulut
me faire tomber le livre des mains et faire
sa Françoise de Rimini. La situation était
grave ; je n'avais le choix qu'entre des fa-
çons plus ou moins agréables de lui laisser
mon manteau.
Je puis me rendre cette petite justice que
je ne perdis pas mon sang-froid. Je fis à la
dame une multitude de compliments choisis
parmi les plus hyperboliques, je lui décla-
rai que nulle créature ne s'était trouvée sur
ma route plus propre à m'affoler d'amour,
mais que j'appartenais à une race où l'on
aimait mieux mourir que de goûter le bon-
heur à la faveur d'un parjure.
La belle m'écouta avec un calme merveil-
leux et répondit :
— Votre générosité est aussi admirable
que ridicule. Je ne vous en veux pas -mais
il me plairait de vous dessiller les yeux.
Mon mari n'est qu'un égoïste et un tiède qui
mérite doublement l'enfer ; il a fallu toute
la candeur de votre amitié pour ne pas vous
en aviser.
— Il est mon ami, interrompis-je avec
chaleur. -
— Je ne le vois que trop, fit-elle avec sar-
casme. Mais vous avez fait un bien mauvais
placement ! Je parie que d'un mot convena-
blement insinué, et sans même vous accu-
ser, je vous fais défendre notre porte 1
— Il me connaît trop pour.
Elle se mit à rire :
— Il est aussi peu capable de discerner
votre héroïsme que vous d'apercevoir sa
platitude. Faisons la gageure - elle n'a
rien que de moral — que je vous fais con-
damner pour votre générosité même ! Je
tiens essentiellement à ce que vous ne me
preniez pas pour une personne légère : ja-
mais je n'eusse trahi un homme que j'au-
rais estimé.
Il n'y avait aucune raison sérieuse pour
que je n'acceptasse point cette proposition,
pourvu qu'elle fut entourée de toutes les
garanties désirables :
— Qui me dit que vous n'emploierez pas
de moyens. féminins ?
Je n'achevai pas. Elle me jeta un regard
sérieux, où passait de la tristesse, mais
aucune colère :
— Je vous donnerai toutes garanties. A
l'arrivée de Philippe, vous ne nous quitterez
que pour entendre notre conversation. —
je saurai choisir l'endroit sans que ce soit
trop un espionnage,— vous entendrez tout
et j'aurai un prétexte pour ne plus voir mon
mari de la journée.
— Quel romani m'écriai-je. mais enfin,
pour l'honneur même du caractère de Phi-
lippe !.
La scène eut lieu ; loin de m'entendre ac-
cuser, j'assistai, à l'abri d'un massif, à un
panégyrique de ma vertu. La jeune femme
fit une manière de confession où elle avoua
que, sans cesser d'aimer Philippe, elle
avait conçu pour moi un amour platonique
que son devoir lui imposait de ne pas ca-
cher à son maitre :
— Au reste, concluait-elle, si jamais fai-
blesse fut sans danger, c'est bien celle-ci,
car des Saulayes se ferait plutôt hacher que
de te trahir, fût-ce par la plus anodine pa-
role.
Philippe était devenu pâle. Il répondit à
sa femme d'une voix rauque, l'interrogea
minutieusement, et tout soudairî s'e'cria :
— Je le chassera: i -..
— Mais il ne t'a rien fait. C'est le plus
généreux des hommes.
— Je me fiche de sa générosité. Il n'a.
voit qu'à ne pas être aimé par toi.
— Il n'en sait rien.
— N'importe. Je le hais. sa présence me
serait désormais insupportable.
— Et cette longue amitié. tant d'années
de dévouement. Philippe ? fit-elle-avec un
éclat de rire sardonique.
- II y a longtemps que j'en ai soupé de
son amitié. et même sans cette circons-
tance, je comptais lui faire entendre qu'il
abuse un peu de la permission de se dévouer
aux autres.
Ils partirent. Je demeurai Th, écrasé. Je
venais d apercevoir un fond d'âme, la boue,
la vase, et à ma douleur se mêlait-la vive
humiliation de n'avoir pas été plus clair-
voyant. Je résolus de ne pas attendre la
suite de l'aventure. Emporté par te dégoût,
je partis à l'instant même sans prendre la
peine de changer de vêtement ni de faire
mes malles.
Comme j'arrivais à la gare, je vis sortir
d'une voiture une femme en manteau, le
visage très voilé, et qui me dit :
— Venez !
Je la reconnus tout de suite; mon cœur*
pour la première fois, battit de sa présence!
Nous entrâmes dans un hôtel, dans une
grande chambre claire, et la jeune femme,
rejetant son voile, me regardant de ses
grands yeux pathétiques :
— Je savais bien que vous partiriez, fit-
elle avec un air où se mêlait la malice et. la
mélancolie. Vous voyez que je vous connais
mieux que vous ne le connaissiez, lui.
L'amour, la fraîcheur, la jeunesse se le-
vaient sur elle comme les gramens agiles
sur la montagne. Elle n'était plus la chose
de personne, — sa grâce vivait pour elle-
même, ses lèvres rouges étaient libres, cha-
cune des lignes fières et voluptueuses de
son corps n'avaient plus d'autre maître que
sa volonté.
Si le coup de foudre existe, c'est auprès
des belles qu'on a longtemps connues sans
les pouvoir, vouloir ou oser chérir. Il s'est
alors fait une infiltration mystérieuse, une
charge profonde d'électricité, qui peut d'un
seul choc éclater. Mon désir, mon cœur
parlèrent pour elle et en firent ma souve-
raine. Je m'agenouillai, je pris le bas de sa
robe, mais déjà elle me relevait dans le
plus éclatant baiser qui jamais fit trembler
ma chair de la mystérieuse force des sé-
lections.
Voilà comment j'ai trahi cette canaille de
Philippe, avec une juste joie, un délicieux
sentiment de revanche. Il m'avait gâté la
vision du monde, donné. la nausée' des
nobles sentiments. Il ne s'aperçut d'ailleurs
de rien et mourut heureux, emporté à trente
ans par une angine foudroyante. Vous sa-
vez que j'ai épousé sa yeuve. Je n'ai cessé
de l'adorer et c'est bien la plus honnête
femme dont un homme puisse doubler sa
vie.
J.-H. Rosny.
*
QUESTION DE DETAIL
LE PRÉSIDENT. — Accusé, je vous préviens
que le système de mutisme dans lequel vous
vous renfermez vous fera beaucoup de tort.
L'ACCUSÉ. — Heu!
LE PRÉSIDENT. — Entrez plutôt dans la voie
des explications et dites-nous les motifs du
meurtre de cette pauvre femme.
L'ACCUSÉ. - Vous y tenez beaucoup, mon-
sieur le président?
LE PRÉSIDENT. — J'y tiens. au nom de la
justice.
L'ACCUSÉ. — Allons-y!. Interrogez moi.
LE PRÉSIDENT. — Vous voilà devenu plus rai-
sonnable! Dites-nous pourquoi vous avez
d'abord tué votre concierge et pourquoi vous
l'avez ensuite découpée en vingt-huit mor-
ceaux.
L'ACCUSÉ. — Parce que je ne pouvais pas
faire autrement.
LE PRÉSIDENT, un peu étonné. — Vous ne
pouviez pas faire autrement?
L'ACCUSÉ, cynique. — Dame ! je ne pouvais
pas la couper en morceaux d'abord, et la tuer
ensuite.
LE PRÉSIDENT. — Accusé, vous jouez sur les
mots.
L'ACCUSÉ. — Il n'y a guère que là-dessus que
je puisse jouer, dans ma position.
LE PRÉSIDENT. — Si vous êtes décidé à n'être
pas sérieux, brisons là.
L'ACCUSÉ. - Soit, je vais parler.
LE PRÉSIDENT. — Pourquoi avez-vous tué
cette malheureuse ? Pas pour la voler, puisque
vous êtes riche. Pas pour la violer, puisqu'elle
vous dégoûtait. Aviez-vous un motif particu-
lier de vengeance?
L'ACCUSÉ. — Aucun.
LE PRÉSIDENT, — Alors, quoi?
L'ACCUSÉ. — Cette femme détenait un genre
de laideur que les plus énergiques efforts no
m'amenèrent jamais à Supporter.
LE PRÉSIDENT. — On ne tue pas les gens, et
surtout on ne les découpe pas en vingt-huit
morceaux, parce qu'ils sont vilains.
L'ACCUSÉ. — Aussi, n'est-ce point pour cela
seulement que je l'ai tuée et dépecée.
LE PRÉSIDENT. — Pour quel autre motif,
alors?
L'ACCUSÉ. -- Cette concierge était si vilaine
que j'en avais perdu le boire, le manger, le
dormir et le reste. Partout où je me trouvais
et à n'importe quelle heure, je pensais à sa
laideur et- je m'angoissais intolérablement.
J'essayai de voyager. Les plus beaux paysages
du monde ne purent me faire oublier — pas-
sez-moi le mot — la sale gueule de ma por-
tière.
LE PRÉSIDENT. — N'aggravez pas votre posi-
tion par des trivialités.
L'ACCUSÉ. — On me conseilla de téter de la
suggestion. Je me rendis chez l'excellent doc-
teur Vivier.
LE PRÉSIDENT. — Un charmant garçon.
L'ACCUSÉ, ironique. — Charmant ? Ce prati-
cien, au moyen de quelques passes magnéti-
ques, me plongea dans l'hypnose la plus in-
tense etme tint à peu près ce langage : « Votre
concierge, pour l'œil d'un observateur super-
ficiel, est laide à faire frémir. Mais essayez de
la détailler et vous verrez, vous
est charmante. » Sous l'empire de cette sug-
gestion, je rentrai chez moi. (L'actusê se
iait, en proie aux pénibles souvenirs.)
LE PRÉSIDENT. — Achevez vos confidences.
L'ACCUSÉ, passant sa main sur son front. —
Je rentrai chez moi, je pris un grand couteau
de cuisine, je descendis chez la concierge et
je fis comme le médecin m'avait dit..,
LE PRÉSIDENT, --.- ???
L'ACCUSÉ. — JE LA DÉTAILLAI !
Alphonse Allais.
: » : —«.
INCIDENTS PASSIONNELS
Par TRISTAN BERNARD
Il était cinq heures du soir. On avait semé,
l'après-midi durant, une petite neige parci-
monieuse. La nuit tombait. Je m'étais apos-
té près de la maison sombre. Et je vis des
choses que les passants affairés n'avaient
pas l'air de voir. Sous la large porte, dea
gens de tout âge et de toute condition al"
laient et venaient, les uns violemment, Jeu
autres à pas lents, comme des ombres éter-
nelles. Je vis sortir une vieiHe dame hau-
taine, qui avait du,être helle. Elle tenait à
la main un long poignard, gaîné de cuir flo-
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pas rendus
EN VENTE PARTOUT
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du
jluplêmeut
PRIX : 60 CENTIMES
(ENVOI FRANCO)
SOMMAIRE
MARCEL L'HEUREUX : Causerie.
JACQUES REDELSPERGER : 11111 masqué.
RICHARD O'MONROY : Les Guêtres.
BOBÈCHE : Veille de Carême.
J -H. ROSNY : LIA Revanche.
ALPHONSE ALLAIS : Question de Détail.
Tgisiisi BERNARD : Incidents passionnels.
POIF : Carnaval.
JEAN GOUD ZKI : Mécène
GUY DE TÉRAMOND : Le l.ivre d'or de la Bonne.
HIPPOLYTE LENCOU : L'Impossible.
DAURIAN : La Chauve-Souris.
PAUL ROUGET : La Servante.
G. DAVIN DE CHAMPCLOS : Sporting - Gazette.
L. DE ROBERT: L'Envers dune Courtisane (feuilleton).
RAPIIAËL-BAURY : Mariage sur le tard (feuilleton).
JACIC ABEILLE : Maillots (dessin).
CAUSERIE
Les Théories d'un Misogyne
Comme ce soir-là, nous remontions
le boulevard, au-dessus de la rue
Drouot, et qu'il faisait très froid, Mon-
sieur Brindilles me proposa d'entrer
dans un de ces cafés, où de pâles Ba-
tignollais en habit, pitoyables rivaux
des tziganes charmeurs de princesses,
versent des flots d'harmonie dans
l'oreille enivrée des buveurs et des bu-
veuses de bocks. « J'aime, me dit Mon-
sieur Brindilles, j'aime à contempler
la tête dodelinante, les traits béats et
les yeux languides des bourgeois qu'é-
moustille le piquant des polkas et que
balance le flux et reflux des valses on-
duleuses. Que voulez-vous, ajouta-
t-il, en surprenant un peu d'ironie au
coin de mes lèvres; c'est du sadisme,
je le reconnais ; mais chacun prend
son plaisir où il le trouve. »
Donc, nous entrâmes dans ce tem-
ple de la musique mise à la portée de
toutes les ouïes, et, nous étant fait ser-
vir des grogs réconfortants, tandis que
nous savourions la banalité berceuse
des mélodies « audranesques », nos
regards tombèrent tout-à-coup sur un
admirable spécimen de la niaiserie
humaine : Quarante ans environ, des
cheveux poivre et sel casquant un
front remarquablement étroit, l'œil
bleu de ciel, rêveur et vide, et au-des-
sous d'un nez quelconque qui avait
l'air de se demander ce qu'il attendait
au milieu d'un tel visage, une bouche
gobeuseet infatuée, prompte à tous
les attendrissements et béatement sou-
riante.
— « Voilà, me dit Monsieur Brindilles,
le mélomane qu'il faut à cette musi-
que; regardez le jouir aux sons de
ces accords insipides; toute la came-
lote de cette harmonie pénètre sa sen-
sibilité à fleur d'âme et à fleur de peau.
Une molle ivresse glisse à travers ses
veines; voici son visage qui s'illumine,
son chef qui bat la mesure., ses lèvres
-qui s'humectent; il oublie ses misères,
la pauvreté de sa lamentable exis-
tence, la monotonie du rond de cuir
où se sont ankylosés ses aspirations,
les avanies dont il est abreuvé au foyer
conjugal, il ne rêve à rien, mais il rêve,
il rêve doucement, stupidement, à deux
et à trois temps, et il se sent meilleur.
« N'est-ce pas, bourgeois vertueux et
musicolâtre, que tu te sens meilleur ?
continua Monsieur Brindilles, dont les
petits yeux malicieux semblaient vou-
loir fouiller l'inconsciente pensée du
mélomane. N'est-ce pas que ton âme,
confite dans le jeu des fausses senti-
mentalités, croit en ce moment que
toutes les femmes sont bonnes, ai-
mantes et belles; n'est-ce pas que le
libertinage se pare,dans ton imagina-
tion saoûle. de mélodies, des ailes de
l'Amour; qu'un enthousiasme poé-
tique idéalise à l'avance les contacts
d'épidermes, que tu prévois pro-
chains. Vois cette sirène, aux che-
veux jaunes et aux lèvres rouges, qui
tend vers toi l'invite de son sourire et
la promesse des libres joies dont sa
générosité est prodigue. Ah ! brigand,
te voilà tout ému, ton idéal devient
réalité. Tu éloignes l'importun sou-
venir des lèvres légitimes, l'image in-
tempestive de ton épouse, que tu sup-
poses impatiente de ton retour et l'ai-
guille à la main, au coin de l'âtre. - -
«Va, buveur de valses, fais risette à la
dame, dont la voix rauque s'essaie à
être enjôleuse, et n'aie pas de remords :
si ton incommensurable vanité te le
permettait, tu verrais en ce moment ta
femme faire exactement avec Monsieur
Jules ou avec Monsieur Paul ce que tu
es tenté de faire avec l'occasionnelle
amoureuse qui s'ingénie à te plaire.
Tes yeux s'alanguissent et tu souris
vaguement : allons, un peu de courage,
sors victorieux des hésitations inspi-
rées par la timidité et par l'économie;
surtout ne gâ te paston idéal en songeant
que peut-être les baisers de la sirène
sont de vénéneux baisers. Et dans une
heure, tu rentreras chez toi, n'en doutes
pas, pourri comme François Ier et cocu
comme Napoléon. :
«. A propos de Napoléon, reprit d'un
ton moins lyrique Monsieur Brindil-
les — tan<;l!t¡. que s'éloignaient parmi
les tables dès consommateurs le mé-
lomane et la sirène — avez-vous lu la
Joséphine de Beauharnais, de M. Fré-
déric Masson ? Ah ! combien exquise,
combien plaisante, parce que favo-
rable à mes opinions sur son sexe,
cette Joséphine, synthèse-de toutes1 les
grâces, de toutes-les vanités et de tou-
tes les bassesses féminines. Sublime
Joséphine! Elle se joue de l'amour du
grand homme qui l'épouse, elle mène
par le bout du nez le vainqueur des
vainqueurs, elle ridiculise le héros
d'Austerlitz et d'Iéna, elle trompe Na-
poléon, qui a fait d'elle une impéra-
trice, tantôt avec Monsieur Charles,
sous-lieutenant, tantôt avec un nègre.
« Joséphine de Beauharnais, conclut
Monsieur Brindilles, c'est toute la
femme, qui se venge de l'amour, à
qui elle doit de la reconnaissance,
prompte toujours à aimer non qui
l'élève mais qui l'abaisse. La seule mo-
rale à dégager de son histoire, c'est
que pour conserver quelques droits
aux égards d'une femme, le sage doit
bien se garder de faire d'elle une im-
pératrice. »
MARCEL L'HEUREUX.
——— —
mê%gk ~?â
Ils s'en vont tout frileux, les masques,
Dans le colon de leurs maillots;
Avec des plumes et des casques,
Et pour argent quelques grelots;
Ils ont des allures fantasques,
Des airs sinistres et falots »
Quand la neige, avec ses bourrasques.
Fait claquer leurs dents et leurs os.
Ils sont les lugubres emblèmes
De ces fêles sans lendemain,
Et leurs traits étirés sont blêmes,
Malgré le fard et le carmin.
La femme en tarlatane blanche,
Avec ses quilles en fuseau
Fait des manières, se déhanche,
Et grimace avec son museau;
Tout le costume scnt la dèche
Et son corps au milieu du bal,
Secoué par une toux sèche,
Semble évadé de l'hôpital.
A côté d'elle, un pauvre hère,
Dans un vieux pourpoint de velours,
Rit. de ce rire de misère
Dont rit le peuple aux mauvais jours;
Pierrot, sous sa farine sale,
Rappelle les neiges d'antan,
Et l'orchestre au fond de la salle
Evoque l'ombre de Satan.
Et pendant que la sarabande
Excite les municipaux,
Une famille arrive, en bande
Sous le couvert des dominos,
Ce sont les bourgeois de province.
Mamans aux corsets copieux
Que l'on bouscule, que l'on pince
A des endroits très sérieux.
Après un long martyrologe,
Sous des torrents de conleltis,
Ils accostent enfin leur loge,
Sauvés, mon Dieu! mais abrutis !
Alors, la mère de famille
Sur les couples lourbillant
Dans la tempête du qualrille
Ouvre ses yeux de ruminant
Elle les contemple pensive,
Et reste en extase sans voir
Monsieur son époux qui s'esquive
Pour faire un tour dans le couloir ;
Car c'est là que des formes 'sombres,
Fleurant l'ambre et le lilas blanc,
Frôlent l'homme comme des ombres
A la faveur du loup troublant ;
Au son des clameurs et des danse:
Sous les dominos de satin,
Passe un souffle de confidences
Mortes avant demain malin.
Tous les cerveaux sont pris de fièvre,
Les jeunes comme les usés,
Et sur la pourpre de la lèvre
Glisse un murmure de baisers.
Alors, on caresse le rêve
De deviner sous le velours
Le mystère introuvable, l'Eve
Que Uiomme cherchera toujours.
L'inconnu lui tourne la tête ;
Comme dans le conte, le Loup,
Pour avoir sa bonne galette,
L'emmène souper n'importe où.
Et quand la charmante personne
Se démasque. tout est manqué !
Le monsieur reconnaît sa bonne.
Il a soupé du bal masqué.
Jacques Redelsperger
Les Guêtres
— Tu regardes mes guêtres chamois, me
dit Champerel, qui était en train de termi-
ner sa toilette, pour aller déjeuner avec
moi au cercle.
— Oui. et je n'aime pas beaucoup ce
luxe. Je trouve que ça a l'air « vieux mon-
sieur ».
— Je pourrais te répondre, continua mon
ami, qu'en effet, c'est beaucoup plus chaud
sur le cou-de-pied que des bottines, et cette
raison serait suffisante par ce temps où
nous barbotions dans la neige fondue au
sel; mais j'ai un autre motif d'aimer ces
guêtres. Elles m'ont débarrassé de Mar-
celle, tu sais, Marcelle du Gvmnase.
—Marcelle? Je croyais que ta bien-ai-
méè s'appelait Renée, la petite baronne.
— Précisément. Renée a pris la suite, ce
qui eût été impossible du temps de Mar-
celle.
— Raconte, vieux complice, raconte.
— Eh bien, mon cher, au bout de six ans
de liaison, Marcelle était devenue insup-
portable. J'avais par-dessus la tète de ses
rôles, de son directeur, des passe-droits,
des injustices de sa boile, des répétitions à
suivre derrière un portant, des tirades à
faire apprendre et des longues stations en
fiacre le soir, devant le couloir enfumé par
lequel s'effectuait la sortie des artistes.
Vois-tu, n'aime jamais une comédienne.:
son art tient vraiment trop de place. Il faut
respecter avant la première, inventer, après
la représentation, des adjectifs surperlati-
vement élogieux et dithyrambiques, qui ne
sont jamais à hauteur de ce qu'on croit mé-
riter, ou, en cas d'insuccès, trouver les pa-
roles qui consolent et les baumes inconnus
qui pansent les blessures d'amour-propre.
Une véritable fatigue morale.
— Mais, alors, pourquoi continuais-tu?
— Est-ce qu'on sait jamais ! Je restais par
veulerie, par crainte de déranger les'habi-
tudes prises, et de changer la vie paisible
et béate pour entrer dans l'ère des récrimi-
nations, des pleurs et des drames. Chaque
jour rivait un peu plus ma chaîne, et la si-
tuation était d'autant plus tendue qu'au prin-
temps dernier, à une soirée chez les Balle-
roy j'avais fait la connaissance de Renée
qui m'avait immédiatement conquis par sa
simplicité et sa grâce. Ah. mon ami, quelle
différence avec Marcelle ! Plus de potins de
coulisses, plus de calembours de revue, plus
de discussion sur le talent du père noble
ou de la jeune première; mais des conver-
sations spirituelles, aimables, des aperçus
fins sur les choses et les gens de notre
monde; un esprit très orné, très frotté de
littérature, sans aller cependant jusqu'au
pédantisme; une connaissance approfondie
des généalogies et des titres historiques.
Bref, avec Renée, je me sentais absolument
dans mon milieu, je me retrouvais à ma
place sociale; j'échappais à toute une pro-
miscuité de grandes coquettes fripées, de
duègnes obèses et de m'as-tu vu faméli-
ques.
— Elle connaissait ta liaison avec Mar-
celle?
— Oui, et ce fut longtemps un obstacle
entre nous. Un jour, après un dîner passé
en tête à tête, elle se donna simplement,
sans pose, sans discussion, sans calcul,
réalisant les trois conditions qui font d'un
homme — au dire de "Dumas fils - l'éternel
obligé d'une femme. Mais, de ce jour, la vie
devint un enfer. Ah ! crois moi; n'aie jamais
deux maîtresses ! On se lance dans tout un
système de combinaisons, d'hypocrisies, de
complications et de mensonges. Renée souf-
frait la première de cet état de choses, et,
toutes les fois qu'elle me voyait, elle reve-
nait sur le même sujet, me suppliant de
quitter Marcelle, iet d'être tout à elle comme
elle était toute à moi. Parfois, elle ajoutait
très triste :
— Vous verrezj ça ne durera pas. Je vous
LES GUETRES
supporterai ainsi tant que je le pourrai,
mais un beau jour, je m'écœurerai, ça cra-
quera. et vous aurez perdu quelque chose
de bien bon. .-.
Et cela continuait ainsi, moi, tiraillé en
deux sens contraires, mais n'ayant pas le
courage de rompre carrément et virilement.
Un bien heureux hasard se chargea de me
tirer d'affaire. La semaine dernière, étant
sorti en petits souliers, je me trouvai dehors
avoir si froid, que j'entrai chez mon bottier
pour acheter une paire de guêtres, celles que
tu vois là. Puis, ayant trouvé ce qu'il me
fallait, je me rendis d'un pied léger chez
Marcelle pour lui faire ma visite quoti-
dienne. Aussitôt qu'elle me vit entrer, avant
même de m'avoir dit bonjour, la voilà qui
s'exclame :
— Tiens, tu as des guêtres!
— Mais. oui, comme tu vois.
— Ah ! quelle drôle d'idée! Mais, mon ami,
ça ne se porte pas à Paris. On ne met des
guêtres que pour aller à la campagne.
— Pour aller à la campagne! Et pourquoi
seulement pour aller à la campagne?
— Tu ne vas pas m'apprendre, n'est-ce
pas, comment on doit s'habiller? Toutes les
fois que la pièce se passe à la campagne,
tous les acteurs ont des guêtres; mais ja-
mais, au grand jamais, on n'en porte si
l'acte se passe à Paris.. r
Il était bien inutile de discuter, n'est-ce
pifs. et je m'inclinai devant la science vestir
mentaire de Marcelle, lui faisant toutes mes
excuses pour mon manque de goût; puis je
partis, et comme, le soir, elle jouait dans
les Demi-Vierges, j'allai passer ma soirée
chez Renée. Elle ne me fit, elle, aucune ob-
servation sur mes guêtres chamois. Dès
l'arrivée, elle m'avait jeté ses deux bras au-
tour du cou, collant ses lèvres sur les mien-
nes, écrasant contre moi son déshabillé en
gros crépon de soie lilas. Il y avait une gar-
niture de volants de dentelle sur les épaules
tombant devant en coquille, et encadrant
des quilles de mousseline de soie ivoire
plissée, tout cela froufroutant, capiteux,
exhalant une subtile odeur de femme et de
verveine. Et ce qu'il y avait de particulière-
ment exquis dans ce déshabillé, c'est qu'on
comprenait très bien qu'il n'y avait qu'une
épingle à enlever, un nœud de satin à tirer
pour laisser la déesse émerger, impeccable
et quasi nue dans sa chemise diaphane
Incessu patuit dea,
comme disait notre professeur à Condorcet.
Bref, je ne sais plus trop pour quelles
raisons, à mon tour, je fus amené à enlever
mes guêtres qui m'étaient d'ailleurs tout à
fait inutiles pour l'exercice auquel, je me
livrais dans cette chambre tiède où les
heures sonnaient heureuses. A peine quel-
ques vagues reproches au sujet de Mar-
celle, reproches étouffés sous des avalan-
ches de naisers, et des serments de ten-
dresse folle; puis, vers les minuit, — la
crainte du concierge est le commencement
de la sagesse — ie songeais à me retirer, et
à aller jouir chez moi d'un repos bien
gagné.
Seulement, il arriva ceci : c'est que, le
corps un peu las, la tête un peu vide !. —
Ah ! dame ! — peu habitué, d'ailleurs, à
cette superfluité de costume, j'oubliai com-
plètement de remettre les fameuses guêtres
qui avaient glissé sous un fauteuil près de
la descente de lit et je rentrai chez moi, ne
pensant plus le moins du monde à cet or-
nement chamois.
Or, le lendemain matin, Marcelle était
venue me demander à déjeuner et, comme
j'avais un vague mal aux cheveux, la con-
versation traînait un peu en dépit de quel-
ques coups de patte envoyés par ma douce
compagne à Jane Hading, pour ne pas en
perdre l'habitude, lorsque mon domestique
entre et me dit :
— C'est un petit paquet que madame la
baronne envoie à monsieur.
Il était tout petit, le paquet, enveloppé
dans du papier de soie, entouré d'une belle
faveur bleue ; on eût dit une boîte à bon-
bons. J'ouvre sans défiance, et il en tombe
mes guêtres chamois, avec un petit mot au
:
crayon 'Voilà ce que vous avez oublié hier au
«
soir. »
Tableau !
Et Marcelle de s'écrier, cramoisie :
— Voulez-vous me dire, monsieur, pour-
quoi, vous avez laissé vos guêtres chez la
baronne ? Voulez-vous me le dire ?
En bonne conscience, j'ai fait un effort
d'imagination prodigieux, mais peut-être
étais-je un peu abruti ? Je n'ai absolument
trouvé aucun motif vraisemblable, et ad-
missible. Je suis resté coi, regardant; hé-
bété, mes guêtres étalées sur la table, tour-
nant et retournant le paquet révélateur et
murmurant à tout hasard:
— Ah, voilà qui est bizarre 1 J'avais ou-
blié mes guêtres !
- Mais pourquoi les aviez-vous retirées?
— Je ne m'en souviens plus.
Alors Marcelle a pris sa serviette, en a
fait une jolie boule et me l'a lancée à la tête
en manière de projectile. Puis, elle est sortie
noblement, en me déclarant que je ne la re-
verrais plus de ma vie.
Elle a tenu parole, moi aussi. Et voilà
pourquoi je contemple mes guêtres avec at-
tendrissement, les guêtres libératrices, et
voilà pourquoi cela m'est tout à fait égal
d'avoir l'air « vieux monsieur ». Allons dé-
jeuner.
Richard O'Monroy
—R : —
MON PETIT CINÉMATOGRAPHE
VEILLE DE CARÊME
Le promenoir des Folies-Vachère, le soir du Mardi-
Gras.
LA MÔME-FOND-DE-BAIN, heurtant du coude
une autre péripatéticienne.— En v'là un cha-
meau qui peut pas ar'garder oùsqu'il ballade
ses ailerons !
LA GERCE-AUX-PIEDS-NICKELÉS, SC retournant.
- De quoi. de quoi?. C'est-il donc l'jour
de sortie d' la blanquette, à c'tte heure?
(Reconnaissant dans son aimable interlocu-
trice la Môme-Fond-de-Bain, sa plus intime
amie.) Ah ! bin, n'env'là d'eune rencontre !.
C'est toi; la Môme.
LA MÔME, non moins agréablement surprise
de cet heureux hasard. — Veine !. C'que j'
suis contente de te r'voir, ma Gerce!
LA GERCE. — Le fait est qu'on s'a pas attrapé
des ampoules aux miretles à s aregarder,
d'puis cune pièce de six mois.
LA - parle pas !. Des malheurs
comme c'est qu'il ne m'en arrive qu'à moi.
LA GERCE. - Saint-Lago?
LA MÔME. — Non. Lourcine.
LA GERCE. — Ça l' vaut l
LA MÔME. — toi-même, dis donc 1
LA GERCE. — Mais non. j' veux dire : eest
kif-kif.
LA MÔME. — Ah ! bon. T'avoueras tout de mê-
me que j'ai du guignon.
LA GERCE. — c'est ta faute.
LA MÔME. — Ma faute ?
LA GERCE. - fait'ment.
LA MÔME. — Pourquoi ça? ,
LA GEnCE. — Pac'que tu t'ostines à pas avoir
de religion.
LA MÔME. — T'en tiens donc toujours pour
ce bateau-là?
LA GERCE. — Blague toujours. n'empêche
que si tu f'sais comme moi, l'cicl te protég'rait.
LA MÔME, — J'ai pas confiance.
LA GERCE, — T'as tort.
LA MÔME. — Alors toi, tu continues à pas en
rater une, de toutes les blagues des ralichons?
LA GERCE. — C'est-à-dire que je tâche d'ar-
ranger ça pour le mieux avec 1es exigences
de. mon commerce.
LA MÔME,— Comment ?
LA GERCE. — Eh bin f par exemple; tu com-
prends que j' peux pas aller à la messe tous
les dimanches.
LA MÔME. — J'crois bien. merci. 1'di-
manche matin, c'est une recette sûre, les po-
taches et les Saint-Cyriens !
LA GERCE.—Tu parles. Aussi qu'est-ce que
je fais? o.
LA MÔME. — C'est e que je m'demande.
LA GERCE. — J'envoie Alphonse à l'église à
ma place.
LA MÔME. — C'qu'il doit s'y raser. -
LA GERCE. - Pas du tout, iigure-toi. vu qu'il
trouve encore moyen d'chauffer d'temps en
temps un porte-monnaie pour s'distraire.
LA MÔME. — Bath aux pommes!. C'est tout
bénef.
LA GERCE. — Tiens, c'est comme pour le Ca-
rême.
LA MÔME. — C' que c'est qu' ça ?
LA GERCE. — Tu sais bien les quarante jours
qui commencent au mercredi des Cendres et
qu'on doit jeûner pendant tout le temps. '-
LA MÔME. — Ah! oui. j'espère bien qu'lu
vas pas t'détruire l'estomac avec des machins
pareils.
L,*,-GÉRcr,,. - Plus souvent. mais j'trouve
moyen d'être encore en règle avec le Seigneur.
LA MÔME. — Tu m'épates!
LA GERÇE. — Pas du tout, c'est bien simple.
Aujourd'hui, sus le boulevard, j'ai dégotté un
moricaud épatant., un espèce de prince séné-
galais qu'est venu boulolter ici la galette à
papa. Eh bin! On s'a promis six semaines de
fidélité à partir de demain matin.
LA MÔME. — A partir de demain matin?
LA GERCE. — Mais oui, t'es bête. Tu com-
prends donc rien? Comme ça, j' s'rai sûre de
faire nègre pendant tout le Carême!
Bobèche.
LA REVANCHE
— Je n'ai pas du tout trahi mon ami Phi-
lippe, s'écria des Saulay es avec véhémence,
et cela pour la raison très simple que Phi-
lippe a cessé d'être mon ami deux ou trois
jours avant l'événement auquel vous faites
allusion. Je suis aussi incapable de convoi-
ter la femme d'un homme qui a mis sa con-
fiance en moi — avec mon acquiescement
— que je suis incapable de convoiter son
ane ou son bœuf. Si j'ai été adultère avec
la femme de Philippe, c'est que le miséra-
ble l'a voulu et qu'en somme il le méritait,
si jamais être le mérita.
Je m'étais donné âme et biens à ce gri-
maud ; par vingt fois,je lui avais donné des
preuves absolues de mon dévouement. Nul
n'avait vu comme lui le tréfonds de mon
cœur, nul — pour avoir assisté à quelques-
unes de mes tentations — ne savait mieux
combien j'avais horreur du méchant adul-
tère et, plus encore de l'adultère lâche.
Aussi bien, avait-il en moi une confiance
inébranlable lorsque, en 1894, forcé de quit-
ter brusquement sa femme malade à Flo-
rence, il la mit presque de force sous ma
garde. Cette femme était charmante — mais
elle aurait pu être Aphrodite elle-même que
je n'aurais pas levé un doigt pour conqué-
rir son amour. Elle le savait; j'avais pu re-
marquer de ci de là qu'elle en témoignait
quelque dépit. Toutefois, bonne joueuse
jusqu'à ce moment, elle n'avait rien fait
pour armer la jalousie de Philippe contre
moi.
Après le départ de mon ami, sa femme se
rétablit avec une rapidité surprenante;
dans sa vive convalescence, elle ne se fit
pas faute d'exiger ma compagnie pour des
promenades a la campagne qui, disait-elle,
lui étaient merveilleusement favorables. Le
vrai est qu'elle me faisait la cour, au point
que je demeurais parfois un peu embarrassé
pour détourner de compromettantes cause-
ries. Mais il était écrit qu'elle irait jusqu'à
la folie car, un jour que je lui lisais, sur sa
demande, la Divine Comédie, elle voulut
me faire tomber le livre des mains et faire
sa Françoise de Rimini. La situation était
grave ; je n'avais le choix qu'entre des fa-
çons plus ou moins agréables de lui laisser
mon manteau.
Je puis me rendre cette petite justice que
je ne perdis pas mon sang-froid. Je fis à la
dame une multitude de compliments choisis
parmi les plus hyperboliques, je lui décla-
rai que nulle créature ne s'était trouvée sur
ma route plus propre à m'affoler d'amour,
mais que j'appartenais à une race où l'on
aimait mieux mourir que de goûter le bon-
heur à la faveur d'un parjure.
La belle m'écouta avec un calme merveil-
leux et répondit :
— Votre générosité est aussi admirable
que ridicule. Je ne vous en veux pas -mais
il me plairait de vous dessiller les yeux.
Mon mari n'est qu'un égoïste et un tiède qui
mérite doublement l'enfer ; il a fallu toute
la candeur de votre amitié pour ne pas vous
en aviser.
— Il est mon ami, interrompis-je avec
chaleur. -
— Je ne le vois que trop, fit-elle avec sar-
casme. Mais vous avez fait un bien mauvais
placement ! Je parie que d'un mot convena-
blement insinué, et sans même vous accu-
ser, je vous fais défendre notre porte 1
— Il me connaît trop pour.
Elle se mit à rire :
— Il est aussi peu capable de discerner
votre héroïsme que vous d'apercevoir sa
platitude. Faisons la gageure - elle n'a
rien que de moral — que je vous fais con-
damner pour votre générosité même ! Je
tiens essentiellement à ce que vous ne me
preniez pas pour une personne légère : ja-
mais je n'eusse trahi un homme que j'au-
rais estimé.
Il n'y avait aucune raison sérieuse pour
que je n'acceptasse point cette proposition,
pourvu qu'elle fut entourée de toutes les
garanties désirables :
— Qui me dit que vous n'emploierez pas
de moyens. féminins ?
Je n'achevai pas. Elle me jeta un regard
sérieux, où passait de la tristesse, mais
aucune colère :
— Je vous donnerai toutes garanties. A
l'arrivée de Philippe, vous ne nous quitterez
que pour entendre notre conversation. —
je saurai choisir l'endroit sans que ce soit
trop un espionnage,— vous entendrez tout
et j'aurai un prétexte pour ne plus voir mon
mari de la journée.
— Quel romani m'écriai-je. mais enfin,
pour l'honneur même du caractère de Phi-
lippe !.
La scène eut lieu ; loin de m'entendre ac-
cuser, j'assistai, à l'abri d'un massif, à un
panégyrique de ma vertu. La jeune femme
fit une manière de confession où elle avoua
que, sans cesser d'aimer Philippe, elle
avait conçu pour moi un amour platonique
que son devoir lui imposait de ne pas ca-
cher à son maitre :
— Au reste, concluait-elle, si jamais fai-
blesse fut sans danger, c'est bien celle-ci,
car des Saulayes se ferait plutôt hacher que
de te trahir, fût-ce par la plus anodine pa-
role.
Philippe était devenu pâle. Il répondit à
sa femme d'une voix rauque, l'interrogea
minutieusement, et tout soudairî s'e'cria :
— Je le chassera: i -..
— Mais il ne t'a rien fait. C'est le plus
généreux des hommes.
— Je me fiche de sa générosité. Il n'a.
voit qu'à ne pas être aimé par toi.
— Il n'en sait rien.
— N'importe. Je le hais. sa présence me
serait désormais insupportable.
— Et cette longue amitié. tant d'années
de dévouement. Philippe ? fit-elle-avec un
éclat de rire sardonique.
- II y a longtemps que j'en ai soupé de
son amitié. et même sans cette circons-
tance, je comptais lui faire entendre qu'il
abuse un peu de la permission de se dévouer
aux autres.
Ils partirent. Je demeurai Th, écrasé. Je
venais d apercevoir un fond d'âme, la boue,
la vase, et à ma douleur se mêlait-la vive
humiliation de n'avoir pas été plus clair-
voyant. Je résolus de ne pas attendre la
suite de l'aventure. Emporté par te dégoût,
je partis à l'instant même sans prendre la
peine de changer de vêtement ni de faire
mes malles.
Comme j'arrivais à la gare, je vis sortir
d'une voiture une femme en manteau, le
visage très voilé, et qui me dit :
— Venez !
Je la reconnus tout de suite; mon cœur*
pour la première fois, battit de sa présence!
Nous entrâmes dans un hôtel, dans une
grande chambre claire, et la jeune femme,
rejetant son voile, me regardant de ses
grands yeux pathétiques :
— Je savais bien que vous partiriez, fit-
elle avec un air où se mêlait la malice et. la
mélancolie. Vous voyez que je vous connais
mieux que vous ne le connaissiez, lui.
L'amour, la fraîcheur, la jeunesse se le-
vaient sur elle comme les gramens agiles
sur la montagne. Elle n'était plus la chose
de personne, — sa grâce vivait pour elle-
même, ses lèvres rouges étaient libres, cha-
cune des lignes fières et voluptueuses de
son corps n'avaient plus d'autre maître que
sa volonté.
Si le coup de foudre existe, c'est auprès
des belles qu'on a longtemps connues sans
les pouvoir, vouloir ou oser chérir. Il s'est
alors fait une infiltration mystérieuse, une
charge profonde d'électricité, qui peut d'un
seul choc éclater. Mon désir, mon cœur
parlèrent pour elle et en firent ma souve-
raine. Je m'agenouillai, je pris le bas de sa
robe, mais déjà elle me relevait dans le
plus éclatant baiser qui jamais fit trembler
ma chair de la mystérieuse force des sé-
lections.
Voilà comment j'ai trahi cette canaille de
Philippe, avec une juste joie, un délicieux
sentiment de revanche. Il m'avait gâté la
vision du monde, donné. la nausée' des
nobles sentiments. Il ne s'aperçut d'ailleurs
de rien et mourut heureux, emporté à trente
ans par une angine foudroyante. Vous sa-
vez que j'ai épousé sa yeuve. Je n'ai cessé
de l'adorer et c'est bien la plus honnête
femme dont un homme puisse doubler sa
vie.
J.-H. Rosny.
*
QUESTION DE DETAIL
LE PRÉSIDENT. — Accusé, je vous préviens
que le système de mutisme dans lequel vous
vous renfermez vous fera beaucoup de tort.
L'ACCUSÉ. — Heu!
LE PRÉSIDENT. — Entrez plutôt dans la voie
des explications et dites-nous les motifs du
meurtre de cette pauvre femme.
L'ACCUSÉ. - Vous y tenez beaucoup, mon-
sieur le président?
LE PRÉSIDENT. — J'y tiens. au nom de la
justice.
L'ACCUSÉ. — Allons-y!. Interrogez moi.
LE PRÉSIDENT. — Vous voilà devenu plus rai-
sonnable! Dites-nous pourquoi vous avez
d'abord tué votre concierge et pourquoi vous
l'avez ensuite découpée en vingt-huit mor-
ceaux.
L'ACCUSÉ. — Parce que je ne pouvais pas
faire autrement.
LE PRÉSIDENT, un peu étonné. — Vous ne
pouviez pas faire autrement?
L'ACCUSÉ, cynique. — Dame ! je ne pouvais
pas la couper en morceaux d'abord, et la tuer
ensuite.
LE PRÉSIDENT. — Accusé, vous jouez sur les
mots.
L'ACCUSÉ. — Il n'y a guère que là-dessus que
je puisse jouer, dans ma position.
LE PRÉSIDENT. — Si vous êtes décidé à n'être
pas sérieux, brisons là.
L'ACCUSÉ. - Soit, je vais parler.
LE PRÉSIDENT. — Pourquoi avez-vous tué
cette malheureuse ? Pas pour la voler, puisque
vous êtes riche. Pas pour la violer, puisqu'elle
vous dégoûtait. Aviez-vous un motif particu-
lier de vengeance?
L'ACCUSÉ. — Aucun.
LE PRÉSIDENT, — Alors, quoi?
L'ACCUSÉ. — Cette femme détenait un genre
de laideur que les plus énergiques efforts no
m'amenèrent jamais à Supporter.
LE PRÉSIDENT. — On ne tue pas les gens, et
surtout on ne les découpe pas en vingt-huit
morceaux, parce qu'ils sont vilains.
L'ACCUSÉ. — Aussi, n'est-ce point pour cela
seulement que je l'ai tuée et dépecée.
LE PRÉSIDENT. — Pour quel autre motif,
alors?
L'ACCUSÉ. -- Cette concierge était si vilaine
que j'en avais perdu le boire, le manger, le
dormir et le reste. Partout où je me trouvais
et à n'importe quelle heure, je pensais à sa
laideur et- je m'angoissais intolérablement.
J'essayai de voyager. Les plus beaux paysages
du monde ne purent me faire oublier — pas-
sez-moi le mot — la sale gueule de ma por-
tière.
LE PRÉSIDENT. — N'aggravez pas votre posi-
tion par des trivialités.
L'ACCUSÉ. — On me conseilla de téter de la
suggestion. Je me rendis chez l'excellent doc-
teur Vivier.
LE PRÉSIDENT. — Un charmant garçon.
L'ACCUSÉ, ironique. — Charmant ? Ce prati-
cien, au moyen de quelques passes magnéti-
ques, me plongea dans l'hypnose la plus in-
tense etme tint à peu près ce langage : « Votre
concierge, pour l'œil d'un observateur super-
ficiel, est laide à faire frémir. Mais essayez de
la détailler et vous verrez, vous
est charmante. » Sous l'empire de cette sug-
gestion, je rentrai chez moi. (L'actusê se
iait, en proie aux pénibles souvenirs.)
LE PRÉSIDENT. — Achevez vos confidences.
L'ACCUSÉ, passant sa main sur son front. —
Je rentrai chez moi, je pris un grand couteau
de cuisine, je descendis chez la concierge et
je fis comme le médecin m'avait dit..,
LE PRÉSIDENT, --.- ???
L'ACCUSÉ. — JE LA DÉTAILLAI !
Alphonse Allais.
: » : —«.
INCIDENTS PASSIONNELS
Par TRISTAN BERNARD
Il était cinq heures du soir. On avait semé,
l'après-midi durant, une petite neige parci-
monieuse. La nuit tombait. Je m'étais apos-
té près de la maison sombre. Et je vis des
choses que les passants affairés n'avaient
pas l'air de voir. Sous la large porte, dea
gens de tout âge et de toute condition al"
laient et venaient, les uns violemment, Jeu
autres à pas lents, comme des ombres éter-
nelles. Je vis sortir une vieiHe dame hau-
taine, qui avait du,être helle. Elle tenait à
la main un long poignard, gaîné de cuir flo-
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