Titre : L'Aurore : littéraire, artistique, sociale / dir. Ernest Vaughan ; réd. Georges Clemenceau
Éditeur : L'Aurore (Paris)
Date d'édition : 1904-05-25
Contributeur : Vaughan, Ernest (1841-1929). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 25 mai 1904 25 mai 1904
Description : 1904/05/25 (Numéro 2410). 1904/05/25 (Numéro 2410).
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
Huitième annee. â Numéro 2410.
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MERCREDI 25 MAI im.
Rédacteur en Chef :
GEORGES CLEMENCEAU
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m Secrétaire dt 11 Rtdiclioi.
Adresse* lettre» et mandats à H. Félix H1LLEÏ
Secrétaire général
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L'AURORE
Politique, Littéraire, Sociale
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ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE : AURORE-PARIS
Au Fiel lie la tribune
Calme plat. Le gouvernement, après
avoir une lois de plus décidé le rappel
de M. Nisard sans notification de rap-
pel, se repose de l'effort qu'il s'est abs-
tenu de faire. M. Nisard a vu M. Del-
cassê : j'aime à croire qu'ils n'ont pu se
Regarder sans rirè. M. de Couroel, au
palais Santa-Croce, confabule avec un
certain Boléro plus connu jusqu'ici
comme justaucorps que comme diplo-
mate français. Pie X nous fait savoir
qu'il s'en rapporte à Dieu du soin de
le tirer d'embarras. MM. Merry del Val
et Lorenzelli se donnent l'un à l'autre
des leçons de prudence, et le cardinal
Mathieu va chaque jour il la gare, avec
M. Barrère, pour demander quel train
doit ramener M. Nisard.
Pendant ce temps, les députés se con-
sultent et se demandent ce qu'ils vont
faire. Une longue expérience des choses
'du Parlement me permet de 163 infor-
mer d'avance qu'ils ne feront rien du
tout. On parlera très bien : je n'en sau-
rais douter. Pour agir, c'est une autre
affaire. Le Parlement est un Instrument
de contrôle, non d'action. Au gouverne-
ment seul peut et doit revenir l'initia-
tive. Or, l'initiative de la grande rup-
ture avec i'Eglise est précisément ce de-
vant quoi M. Combes prend peur. Cela
ne devrait pas surprendre puisqu'il par-
tage celte faiblesse avec tous les hom-
mes d'Etat qui ont gouverné la Républi-
que jusqu'à ce jour â dont quelques-
uns ne donnèrent pas dune moindre
ardeur que lui-même contre les moine-
ries.
De premier mouvement, il prononça,
pour la défense du régime concordatai-
re, un discours qu'on n'a point oublié.
Politiquement, il a sans aucun doute
. reconnu sa faute, mais, comme tou-
jours, i'homme profond n'a point chan-
gé. Aussi longtemps que nous voudrons
souper d'une nonne et déjeuner d'un
capuin, M. Combes se chargera volon-
tiers de pourvoir à notre ordinaire.
Mais pour ce qui est de régler définiti
vement^ selon la doctrine républicaine,
les rapports de l'Eglise et de l'Etat, il
déclare, pour s'épargner la tentative,
qu'il n'en a pas les moyens. Nous savons
tous pourtant dans quel esprit il a pro-
mis d'aborder la discussion de l'excel-
lent rapport de M. Briand. Certains mi-
nistres â comme MM. Rouvier, Delcas-
ié â sont de fermes champions du Con-
cordat, et chacun sait que la question
fut laissée en dehors du programme
commun quand se forma le ministère.
'Je ne méconnais rien de ces difficultés.
Il n'en est pas moins vrai que, le mo-
ment venu, M. Combes ne pourra pas
faire autrement que do laisser à chacun
'de ses collègues la liberté de donner
ou de refuser sa voix aux conclusions
du rapport sur la proposition do M. de
Pressensé.
Dans ces conditions, quot de plus sim-
ple que de profiter de l'occasion qui se
présente pour orienter définitivement
l'esprit public vers la solution prochaine
'de nos conflits incessants avec Rome
par le retour au régime de liberté insti-
tué par la Révolution française ? L'oc-
casion s'offrira, dans quelques jours, de
paroles décisives. Il n'est pas difficile à
M. Combes d'obtenir de ses collègues
l'autorisation de les prononcer. Seule-
ment, pour que ces paroles eussent l'ef-
fet d'un acte, pour qu'elles donnassent
le sentiment d'une préparation à la
grande mesure dont nous voyons tous
approcher le terme, il n'aurait pas fallu
commencer par vouloir escamoter la
note pontificale pour faire suivre sa pu-
blication de ce ridicule demi-rappel de
M. nisard, acte de faiblesse insigne qui
nous avertit d'avance qu'on ne veut
nous donner que des satisfactions de
mots.
M. Combes abordera la tribune com-
me chef d'une majorité qui lui est re-
connaissante de l'effort accompli et ne
demande qu'à lui continuer sa confian-
ce. Il ne lui manquera pas une voix au
scrutin, et moi-même qui ne crains pas
de le critiquer très librement, je n'accep-
terais en aucune façon la responsabilité
d'une crise qui ne pourrait profiter
qu'aux cléricaux. Cependant un homme
d'Etat doit s'efforcer de voir au delà du
jour. L'heure vient fatalement Où des
déceptions accumulées se traduisent en
un refus de concours. C'est ce malheur
que j'essaie de prévenir en avertissant
aussi bien M. le président du conseil
que mes meilleurs amis, entraînés par
leur ministériaiisme à jeter le manteau
de Noé sur des fautes qu'ils reproche-
ront peut-être très vivement quelque
jour (en ayant eu leur part) à celui-là
même envers qui ils font preuve aujour-
d'hui d'un excès de tolérance.
Quelques-uns ont cru trouver un ar-
gument décisif pour couvrir les tergi-
versations de MM. Combes et Delcassé
dans le fait que certains nationalistes, '
cherchant à brouiller les cartes, font
mine de réclamer la séparation de l'E-
glise et de l'Etat. 11 n'y a pa3 que des
nationalistes dans ce cas. Les cléricaux
souvent ne se gênent pas pour dira
qu'ils appellent de tous leurs voeux le
régime qui leur rendra leur a liberté
'd'action ». Et, à ce mot, que de républi-
cains s'effrayent I J'avoue que je ne m'é-
pouvanle pas pour si peu. 11 me parait
impossible de me condamner à ajour-
ner la dénonciation du Concordat jus-
qu'au jour où tel de nos adversaires re-
noncera à feindre de la demander. Quel-
ques-uns d'entre eux, j'en conviens,
peuvent croire sincèrement que la sé-
paration de l'Eglise et de l'Etat sera la
fin do la République. Parce qu'ils sont
Autoritaires ils ne sauraient attendre
,que catastrophes d'un régime de liberté.
Cela sutfit-il cour ,quo nous,, republi
cains, nous ajournions indéfiniment la
réalisation do nos idées 1 Mes contra-
dicteurs auraient quelque peine à le
soutenir. Pourquoi nous condamner à
des discussions académiques, quand
nous n'avons cessé de réclamer des
actes depuis trente années 1
Veut-on tout simplement, comme il
est probable, venir en aido au ministère
en fournissant des arguments vaille que
vaille à la majorité pour couvrir des
fautes particulièrement excusables aux
yeux de ceux qui les ont provoquées? Le
ministère ne peut être mis en danger
que par les républicains qui l'encoura-
gent dans ses faiblesses au lieu de le
redresser. Quelle étrange politique de
fournir à M. Combes les plus puissan-
tes raisons d'agir et de lui crier, avant
qu'il ne remue : a Surtout, n'allez pas
jusqu'au bout de vos moyens I »
O. CLEMENCEAU.
INFORMATES POLITIQUES
Interpellation à la Chambre sur le rappel
de M. Nisard
Aux trois interpellations de MM. Al lard, Meu-
nier, Hubbard, dont la Chambre a, fixé la dis-
cussion à -vendredi prochain, s'ajouteront les
cinq suivantes ;
1* De M. Gayraud sur îe rappel ou mise en
congé de M. Nisard ; 2* De M. Zévaès, sur les
conséquences de la protestation adressée par
le Saint-Siège aux divers gouvernements contre
le voyage de M. le président de la République ;
S' De M. Delafosse, sur la politique religieuse
du gouvernement ; 4" De M. Groussau sur les
conséquences du voyage de M, le président de
la République à Rome en ce qui concerne les
rapports de la France et du Saint-Siége ; 5*
De M, Briand, sur la portée et les conséquences
de la mesure prise par le gouvernement à l'é-
gard du Vatican,
M. Dejeante se proposera de demander fi la
Chambre l'abrogation de la loi du 21 juillet
1873 sur la construction du Sacré-Coeur ù titre
d'oeuvre nationale.
L'enlèvement des crucifix au Sénat
MM. Hâlgan et de Lamarzelle ont 'demandé &
interpeller le garde des sceaux sur l'enlèvement
des crucifix. Cette interpellation sera discutée
le mardi 31 courant.
Les décorations des instituteur»
te conseil des ministres, après l'examen du
conflit avec le Vatican dont nous faisons men-
tion autre part, s'est occupé des instituteurs.
Le ministre de l'instruction publique a été au-
torisé à déposer un projet de loi portant attri-
bution exceptionnelle de décorations de la Lé-
gion d'honneur, au profit des membres de l'en-
seignement primaire, à l'occasion de la iCte du
19 juin prochain.
Ëchos
Un Nouveau « Syllabus ».
Notre confrère le Signal donne une nou-
velle qui montre à quel degré d'extraordinaire
inconscience et d'incompréhension des évé-
nements en sont arrivés le successeur de
Léon XIII et certains dignitaires de l'Eglise.
L'archevêque de Paris s'était efforcé, de-
puis l'élection de Pie X, de suggérer au nou-
veau pape la publication d'un second Sylla-
bus. Il l'aurait enfin rallié à ce projet, et ce
document aurait spécialement pour but de
condamner le mouvement exégético-critique et
le mouvement démocratique. Le pontife dres-
serait un long catalogue des thèses qu'on ne
pourrait plus soutenir sans encourir l'excom-
munication. Il paraît probable qu'il choisirait
la solennité du S décembre pour placer la
nouvelle constitution sous Ja protection de
«la Vierge immaculée»,
Ces foudres, émoussées avant d'avoir servi,
ne paraîtront pas plus dangereuses que celles
dont Pie IX fit usage dans le Syllabus. Mais
la résolution prise par le Vatican indique
qu'on n'y a pas le moindre soupçon du mou-
vement des idées, et qu'on y ignore tout de
la société moderne. Le Syllabus, la mise à
l'index» l'excommunication, ce sont là des
armes roui liées, et qui font l'effet, aujour-
d'hui, d'objets préhistoriques,
ils avouent.
Les nationalistes n'ont pas cessé de chanter
victoire, d'abord à Paris, où le second tour
devait leur assurer une majorité éclatante,
puis, quand ils y furent battus, en province,
où ils se vantèrent de nous avoir infligé une
mémorable défaite.
Maintenant qu'il ne sert plus de rien de
bluffer et qu'ils ont eu le temps de compter
leurs morts, ils avouent. Voici ce que M.
Coppée écrit dans le Gaulois :
« Après les élections de Paris, qui sont
médiocres, il faut l'avouer, après les élec-
tions de province, qui ne donnent, après tout,
que des indications assez confuses, il n'est
guère permis d'espérer que nous soyons bien-
tôt délivrés du jacobinisme parlementaire.
Une fois de plus, le suffrage universel vient
de nous prouver son ignorance, sa crédulité,
son humeur capricieuse et impulsive. '#
C'était bien la peine, en vérité, de prendre
des airs triomphants !
L'Idéale Compagne,
Il y a quelque part aux Etats-Unis, je
crois que c'est à New-York, une femme tom-
bée en enfance et qui a bien quelque droit à
se trouver dans cet état lamentable, car elle
a vu quatre-vingt-sept fois le cours des sai-
sons se succéder depuis qu'elle est au monde.
Ce déchet d'humanité â c'est Jane Davis
qu'on le nomme â vient d'hériter d'une for-
tune de vingt-cinq millions, laissée par un
frère banquier à San-Francisco. Immédiate-
ment, Ira demandes de mariage ont plu de
tous les côtés, et il a fallu un bataillon de
secrétaires pour répondre aux lettres en-
voyées par les prétendants. Elle n'en aurait
pas reçu, en effet, moins de trois mille six
cent quarante,
.Quelques-uns de nos confrères raillent cet
empressement et le jugent peu flatteur pour
l'espèce à laquelle nous appartenons. Peut-
être n'ont-ils pas réfléchi guç cette vénérable
personne, qui n'a plus sa tête et qui, étant
| donné son âge, ne doit pas avoir beaucoup;
pïus ses jambes, constitue pour beaucoup de
soupirants la fiancée idéale. Avec elle pas de
scènes à redouter, pas de reproches à crain-
dre, pas de surveillance gênante- Ce sera une
femme de tout repos â ne passe-t-elle pas
la moitié de ses jours à dormir ? Je sais bien
qu'il y a les millions. Eh bien 1 le futur les
prendra par-dessus le marché.
Dialogues.
Le Gaulois revenant, à propos du rappel
de M. Nisard, sur le voyage de M. Loubet à
Rome, prétend que lorsque le président de la
République alla rendre visite à la reine douai-
rière d'Italie, celle-ci ne put s'empêcher de
lui dire ; «Ah I c'est vous, Monsieur le prési-
dent, qui laissez décrocher les Christs dans
les prétoires, n A que» M. Loubet aurait ré-
pondu que ce n'était pas lui, mais son gou-
vernement
Mlle Couédon, que nous avons été consul-
ter, nous assure que la réponse de M. Loubet
a été toute autre. Il aurait dît à la reine Mar-
guerite ; «Avec les sentiments religieux que
voua éprouvez, Madame, vous devez bien pro-
fondément souffrir d'être la mère d'un
excommunié. »
Faits divers.
Ce n'est sans doute qu'un modeste fait di-
vers, mais c'est tout de même une savoureuse
' aventure que celle de ce jeune homme qui |
s'est offert la tête â. et le portefeuille â
! d'un voleur à l'américaine.
Depuis longtemps il s'était promis de ven- ;
ger l'innombrable corporation des braves
gens qui très vraisemblablement n'ont jamais
ouvert un journal, de leur vie, puisqu'ils se
laissent prendre à ce piège, vieux comme le
monde, et chaque jour dénoncé dans la co-
lonne des faits divers, tendu d'ailleurs par
un personnage dont .on a fait la connaissance
un quart d'heure avant, qui consiste à échan-
ger de bonnes petites gravures de la Banque
de France contre des billets de la Sainte
Parce ou de vieux papiers.
Il commença par déclarer très haut au
garçon du restaurant dans lequel il déjeunait
qu'il rapportait de Londres 40,000 francs.
Puis, une fois sorti de l'établissement, il
s'empressa d'accepter l'offre d'un individu qui
proposait de lui faire visiter Paris, Arrivés
place de îa Bastille, ils furent rejoints par
un second personnage qui, au bout de quel-
ques istants, pria le jeune homme de faire
pour lui un achat chez un commerçant voisin.
Il demandait seulement qu'ils échangeassent
leurs portefeuilles. C'est ce qui eut lieu, et le
vengeur de la morale outragée remit au vo-
leur une pochette qui ne contenait que quel-
ques vieux journaux, tandis que celui-ci aban-
donnait son portefeuille renfermant six cents
francs, M. X... allait immédiatement les re-
mettre au commissaire de police du quartier
qui, au dire d'un de nos confrères, l'a félicité
de son habileté.
Certainement, ce jeune homme a fait preu-
ve d'une incontestable adresse, et, d'autre
part, on ressent une joie intérieure en son-
geant à la déconvenue du voleur volé. Mais
il n'en demeure pas moins que ce mystifica-
teur, que le commissaire félicita, semble avoir
outrepassé ses droits. Il n'avait pas raison
de s'approprier le portefeuille de qui que ce
fût, s'agit-il d'un escroc, non plus que de le
remettre à un tiers. Le commissaire de la rue
de la Cerisaie est présentement un receleur.
Y avait-il songé?
Le Code du Travail
La commission de codification des lois ou-
vrières â Ses travaux â Rapports
de MM. Jay et Bourgain
La législation ouvrière n'a cessé depuis
un quart de siècle de prendre de l'extension
et de se compliquer- Aucun pays pourtant
rie possède encore un véritable code du tra-
vail pour recueillir les textes votés, ïea
coordonner, et par suite les améliorer.
Depuis plusieurs années déjà, M. Grous-
sier» puis M. Déjeante avaient signalé cette
lacune à l'attention du Parlement Pour se
rendre un compte exact de notre législation
autant que pour éviter les erreurs d'inter-
prétation toujours possibles avec la dis-
persion actuelle des textes régissant
une même matière, ils avaient pro-
posé de réunir en une seule série de
dispositions présentant un ordre méthodi-
que toutes les lois qui intéressent les tra-
vailleurs.
M. Millerand, pour répondre à leurs dé-
sirs, institua par un arrêté du 27 novembre
l'JOI la Commission de codification des lois
ouvrières, dont il précisa les attributions en
présidant sa première séance.
Le premier but à poursuivre, disait-il, est
d'introduire par un nouveau texte plus d'ordre
et plus de clarté dans les lois ouvrières» de ras-
sembler et de coordonner les dispositions épar-
ses relatives à un même objet, de rapprocher
et de fondre les dispositions qui, rendues fi
des dates diverses, répondent à un même ordre
d'idées.
Le premier travail à faire serait uniquement
un travail matériel et pour ainsi dire de mo-
saïque. 11 consisterait a rechercher et a rap-
procher les dispositions spéciales aux ouvriers
qui ont trouvé place dans notre législation.
Mais ce travail en appellerait forcément un
autre. D'abord il pourra résulter du nouvel
ordre adopté nécessité de remanier certains
articles sans en changer le sens. En outre, la
commission pourra se trouver en présence de
dispositions non harmoniques ou contradic-
toires. Telles sont par exemple les juridictions
et pénalités qui assurent l'observation des lois
sur le travail. Ces dispositions diverses paraî-
traient inexplicables si on ne songeait qu'elles
ont été rendues a des dates éloignées les unes
des autres.
Le second travail qui s'imposera a 1a com-
mission est donc un travail de confection de
mise au point ne touchant pas aux principes de
notre législation.
Mais il ne s'agit pas de rédiger de toutes
pièces un code nouveau de législation ou-
vrière et d'y faire entrer des dispositions nou-
velles, dont l'adoption paraîtrait désirable &
la commission.
L'oeuvre serait un mieux trop complexe et
n'aurait guère de chance d'aboutir. En se don-
nant îa tâche d'édifier une législation com-
plète elle empiéterait sur les attributions du
Parlement. 11 ne s'agit en somme pour elle et
sauf retouches de délai ou de forme que de
préparer avec les dispositions existantes un
code méthodique et clair présentant dans une
vue d'ensemble îa totalité des dispositions ac-
tuellement en vigueur et qui puisse être consi-
déré par le Parlement comme devant être
adopté sans débats.
La commission a rempli le programme
qui lui avait été tracé. Elle n'a pas tenu â
nous dit son président M. Louis Ricard ââ
moins de 38 séances avant d'élaborer les
deux premiers livres du code du travail
qui viennent d'être distribués.
Tout d'abord elle a cru que les lois qui
devaient former la matière de la codifica-
tion comprenaient « non seulement celles
qui intéressent exclusivement les travail-
leurs, mais aussi celles qui les intéressent
à titre principal en tant qu'elle les consi-
dèrent comme professionnels vivant du pro-
duit do leur travail et non comme ci-
toyens >,. Ainsi le code en préparation a pris
le titre de Code du Travail et de la Pré-
voyance sociale.
Conformément aux indications qui lui
avaient été fourni es elle a examiné les mo-
difications â de forme et de fond â qu'elle
pourrait apporter à la législation existante.
! Il a été décidé que les rapporteurs subs-
titueraient partout autant qu'ils le pour-
raient le présent â plus précis, plus immé-
diatement obligatoires â au futur dans la
rédacton des textes. Le travail de rapproche-
ment des textes ayant mis en évidence soit
cîes dispositions contradictoires, soit des
dispositions contestées, soit enfin des dis-
positions qui de l'aveu unanime ne sau-
raient être conservées, la commission s'est
bornée à sanctionner la jurisprudence, éta-
blie ou consacrée, sauf au cas, il n'en exis-
tait pas, à choisir la solution qui lui a paru
le plus exactement répondra à l'intention du
législateur.
Pour la. classification des matières h co-
difier ainsi que pour les titres à donner aux
différents livres, elle s'est préoccupée sur-
tout de l'intérêt pratique des ouvriers.
Voici les divisions et subdivisions qui ont
été adoptées.
I. â Conventions relatives au travail : contrai
d'apprentissage, contrat de travail, salaire, pla-
cement, des travailleurs, pénalités, rapporteur, M.
Jay, professeur a la Faculté de droit.
II. -â reglementation (tu travail : travail des
enfants et des femmes, travail des hommes adul-
tes, travail des étrangers, hygiène et sécurité des
travailleurs, inspection du travail, pénalités, rap-
porteur, M. Bourguin, professeur a la Faculté
de droit.
IIL â Groupements professionnels ; coalitions
et grèves, syndicats professionnels, sociétés ou-
vrières de production, pénalités, rapporteur, M.
Artdlur Fontaine, directeur du travail au minis-
tère' du commerce -,
IV. â de la'' juridiction de la conciliation et ûe
l'arbitrage de la représentation proportionnelle :
des conseils de prud'hommes, des conseils de
conciliation et d'arbitrage, des conseils de tra-
vail, des pénalités, rapporteur, M. La Borde,
conseiller a la Cour de cassation,
V. â Des assurances ouvrières : accidents du
travail, vieillesse et invalidité, maladie et décès,
pénalités, rapporteur, M, Georges Paulet, direc-
teur de l'assurance ei de la prévoyance sociales
au ministère du commerce.
VI. â De la prévoyance ; des sociétés de se-
cours mutuels, do l'épargne, des habitations a
bon marché, de la coopération de consomma-
tion, ue la coopération ae crédit, des pénalités,
M. Duboin, conseiller à la Cour de cassation, et
M. Vel-Durand, conseiller d'Etat
VII. De l'assistanee. â Lés suddivisions ne
sont pas arrêtées. Rapporteur M. de Mouy, con-
seiller d'Etat.
Le rapport de M. Jay souligne les lacu-
nes de la législation ouvrière. Le Code ci-
vil s'est presque complètement désinté-
ressé du contrat de travail â et les dispo-
sitions spéciales que le législateur lui a
consacrées sont éparses, sans lien entre el-
les. Les plus graves questions attendent
une solution.
Il y a plus de dix ans, la Chambre vo-
tait une proposition aux termes de laquelle
le règlement d'atelier devait être soumis ù :
l'homologation du conseil de prud'hommes
ou du juge de paix. Mais oe vote comme
tant d'autres, n'a pas eu de lendemain.
M. Jay signale l'évolution qui tend à subs-
tituer le contrat collectif au contrat ïndivi-
dueî et il ne croit pas que le législateur
puisse longtemps omettre les nouvelles re-
lations qui existent entre patrons et em-
ployés par îe fait du développement paral-
lèle, de l'industrie et de l'organisation ou-
vrière.
Si la loi du 12 janvier 1895 limite les pré-
lèvements qui peuvent être opérés sur le
salaire, aucun privilège n'est reconnu à
l'ouvrier créancier au cas de déconfiture du
patron non commerçant Non plus, la
Chambre des députés et le Sénat ne se sont
entendus pour réglementer ou interdire les
amendes. Certaines législations étrangères,
ont proscrit le truck system (paiement du
salaire en nature}, n'ont pas voulu que le
règlement s'effectua au cabaret, ont imposé :
au patron l'obligation de payer ses ou-
vriers h des intervalles plus ou moins rap-
prochés, En France, rien n'a été fait ; les
projets déposés n'ont pas abouti. En ce qui
concerne la détermination, et le calcul du
salaire, nous ne sommes guère plus avan-
cés. Les lois de 1850 et de 1856, pour écar-
ter les manoeuvres frauduleuses du contrat
du travail sont restées isolées.
M. Bourguin, dans la partie qui lui a
été réservée, a, comme M. Jay, présenté
d'utiles remarques, accompli un intéressant
travail. Nous n insisterons que sur quelques
points.
Dans Ja loi Millerand-Colliard la commis-
sion propose l'insertion d'un nouveau texte
étendant expressément aux hommes adul-
tes, dans les ateliers mixtes, les dis-
positions concernant les repos simultanés,
interdiction des relais, le travail continu
des équipes successives et les autorisations
données par l'inspecteur. On se rappelle que
certains ont soutenu, contre les intentions
du législateur, que la seuie disposition de la
loi de 1900 appliquable aux adultes était
celle concernant la limitation de la journée
de travail.
M. Bourguin appelle l'attention du légis-
lateur sur la définition des mots « manu-
factures et usines » donnée dans la circu-
laire du 2 novembre, et qui limite aux éta-
blissements h moteur mécanique et à feu
continu, et aux fabriques occupant plus de
vingt ouvriers, l'application de la loi de
1848 â sur le travail des adultes â créant
ainsi des conditions de concurrence iné-
gales.
Une modification très importante que
proposa, le rapporteur concerne l'inspection
du travail. Un arrêt de la Cour de cassa-
tion du 27 avril ayant déclaré « que le fait
d'employer des ouvriers après l'heure fixée
pour la clôture du travail n'est pas défendu
et puni par la loi, lorsque d'ailleurs il est
certain que la durée du travail telle est
autorisée n'a pas été dépassée », le con-
trôle se trouve être désarmé. La commis-
sion a voulu remédier à cet état de cho-
ses et « elle prévoit l'affichage et la com-
munication h l'inspecteur de deux sortes
d'horaire : l'un général, s'appliquant de plein
droit d'une façon anonyme à tous les ou-
vriers qui n'en sont pas exceptés nomina-
tivement ; l'autre ou les autres, spéciaux
et nominatifs, applicables aux ouvriers dont
le travail n'est pas réglé par l'horaire gé-
nérai «à
Nous ne pouvons plus longuement insis-
ter sur les deux premiers rapports qui
nous ont. été remis, et il nous suffit d'avoir
montré la besogne utile de la commission
de codification des lois ouvrières amenée
à constater l'oeuvre législative considérable
qui reste à accomplir*.
Emile buré,
Le Conflit avec le Vatican
Premières explications â Déclarations
romaines â Le voile se déchire
Lundi soir, POssermtore romano a pu-
blié la note suivante :
Plusieurs journaux persistent à annoncer que
le motif du congé de M. Nisard a été le refus
du cardinal secrétaire d'Etat de répondre aux
questions qu'il lui avait posées relativement
à une note envoyée à d'autres puissances.
1 Nous savons, de bonne source, que le cardinal
| sccrélaire d'Etal, loin de se refuser à répondre,
j voulut que les questions lui fussent posées par
écrit, promettant d'y répondre, également par
; écrit, dans le délai dune heure.
UOsservatore Romano publiait, hier, de
nouveau sa note de la veille, puis il ajoutait
qv0 peu après la conférence entre l'ambas-
sadeur de France et le cardinal Merry del
Val, ce dernier informa M. Nisard qu'il at-
tendait toujours ses questions écrites pour
pouvoir y répondre, selon l'engagement qu'il
avait pris.
Après cela, aucun fait et aucune êommu-
nication n'eurent lieu iusou'au lendemaip
mami, lorsqu arriva la nouvelle que M. Ni-
sard partait en congé.
Les diplomates pontificaux continuent, on
le voit, à jouer sur les mots. Ils disent
« congé » quand le gouvernement dit « rap-
pel ».
D'autre part ils ne trouvent d'autre moyen
pour s'excuser que d'accuser l'adversaire.
Leurs organes officieux emploient plus
ouvertement encore ce procédé jésuitique.
On télégraphie à Ylnfownalion :
Rome, 2A mai.
Ce matin, la cléricale Voce délia Venta, dans
un article officieux, déclare que le « gouverne-
ment français, en exigeant des explications sur
un document adressé & une autre puissance, a
introduit dans. Ja diplomatie un procédé nou-
veau et abusif, mais que le Vatican a su dé-
jouer le piège tendu par la politique jaco-
bine ».
Le Journal clérical conclut en disant que « la
responsabilité du rappel de M. Nisard retombe
exclusivement sur la France ».
Mais d'autres renseignements, plus im-
partiaux, permettent de cômmoncer k dé-
couvrir quelle a été dans toute cette affaire
l'attitude du Vatican-
Nôtre confrèro le Temps reçoit en effet
de son correspondant particulier à Rome les
dépêches que voici :
Rome, 24 met.
Une version importante de la conduite du
Vatican dans le conflit actuel avec la France
m'a été donnée, hier soir, par des personnages
influents qUi approchent du cardinal Ram-
potla.
Voici quel serait l'historique de toute l'af-
faire :
Cette version explique bien des choses et sur-
tout les assertions que la note, cause du litige,
avait été presque calquée sur une autre uote
préparée déjà par le cardinal Rampolla.
Une seule des notes envoyées aux gouverne-
ments catholiques contenait la phrase relative
au non rappel du nonce a Paris. Par consé-
quent, le Vatican n'a pas eu de peine à savoir
de quel côté est venue l'indiscrétion. Entre
parenthèses, le Vatican se préparerait même à
protester vivement contre la divulgation d'un
acte diplomatique qui devait rester secret.
,.11 paraît donc que Je souverain de ce pays ,
avait manifesté, il y a déjà deux ans, l'intention 1
de. venir a Rome, pour Voir le roi auquel, il est
attaché par des liens de parenté'.
!-© Vatican en fut avisé. Léon X1ÏI fil répon-
dre aussitôt, non seulement qu'il ne le recevrait
pas, mais qu'il retirerait immédiatement son
nonce.
Le souverain en question se le tint pour dit :
mais le voyage de M. Loubet avait fait renaître
en lui, paraît-il, le désir autrefois caressé, et il
se disposait à imiter cet exemple, supposant
qu'avec la disparition du pape Léon Xlll et du
cardinal Rampolla les choses avaient changé et
que. leurs successeurs seraient plus conciliants;
mais Pie X et M. Merry del Val, informés, cru-
rent bon de lui prouver tout de suite que rien
n'était changé.
De la vint l'envoi de la note on il lui était
spécifié que, si le nonce & Paris n'avait pas été
rappelé, c'était pour des motifs spéciaux.
Les organes du Vatican avaient donc raison de
dire que Pie X avait conformé sa conduite à celle
de Léon XIII.
Comme je m'étonnais que ces explications
n'eussentp as été données plus tôt, il m'a été ré-
pondu que le Saint-Siège aurait voulu remettre
a M. Nisard une noie écrite lui fournissant
toutes ces explications, mais que le gouverne-
ment français semble avoir voulu précipiter les
événements,
fîelte explication, bien que tardive, 11e me pa-
raît pas moins importante.
Rome, 2-5 mai.
La version que Je vous ai télégraphiée ce
matin m'a été conflnnée maintenant par un per-
sonnage du Vatican.
A mon élonhement que ces explications
n'aient pas été données aussitôt, il m'a été ré-
pondu que, si le gouvernement auquel la note
avait été adressée a commis une indélicatesse,
ce n'était pas une raison suffisante pour que le
Saint-Siège commît à son tour une incorrection
vis-à-vis de ce môme gouvernement.
Il voulait être au contraire correct jusqu'au
bout et préalablement faire part au gouverne-
ment en question des â explications qu'il se
voyait obligé de donner.
C'est pour cetfe raison qu'il avait annoncé à
M. Nisard une réponse écrite ; mais le départ de
l'ambassadeur n'a pas permis de îa lui remel-
tre.
( A-t-elle été communiquée depuis à Paris par
le nonce ou bien a-t-elle été remise au chargé
d'affaires baron de Courcei ? C'est ce que je ne
saurais dire, il est même possible que le gou-
vernement français no soit pas encore rensei-
gné, mais cela n'empêche que mes informations
soient puisées à très bonne source.
Notre confrère ajoute qu'à la nonciature il
lui a été déclaré que le nonce n'avait rien
reçu à ce sujet.
Et d'autre part Ja Presse Associée fait
tenir une information aux termes de la-
quelle le cardinal Rampolla démentirait son
collègue le cardinal Merrv del VaL
Voici l'information dont il s'agit :
Le cardinal Merry del Val a fait publier une
note dans laquelle il était dit que le pape avait
consulté le cardinal Rampolla avant de rédiger
la note contre la France, note dont le sens au-
rait été arrêté dans cet entretien.
Les amis du cardinal opposent un démenti
formel à ce récit. Ils affirment que le cardinal
Rampolla n'a vu le pape que dans les cir-
constances publiques où son service religieux
à Saint-Pierre l'exigeait ; il n'a pas été consulté,
et il n'a été mis au courant de qooi que ce soit. ,
Oui croire de l'un ou l'autre prince
d'Eglise ?
Quoi qu'il en soit il est aisé d'entrevoir à
travers les explications, si confuses qu'elles
soient, de la diplomatie pontificale la vérité
vraie.
AUTOUR DU CONFLIT
Appréciations étrangères
Le SpectutoT, qui est, comme on ïe sait,
l'une des plus importantes revues de l'An-
gleterre, apprécie ainsi qu'il suit l'attitude
actuelle du Saint-Siège :
L'attitude de la papauté ne peut la 'mener
qu'à se détruire elle-meme. L'âme laïque de.
l'Europe n'entend pas se voir dicter son rôle
dans les questions temporelles par un pouvoir
spirituel. L'Europe et l'Amérique, catholique et
protestante, ne peuvent éviter d'avoir dés rap-
ports avec le Vatican. Mais toutes les négocia-
tions sont contrariées par l'affirmation d'un
pouvoir temporel aujourd'hui prescrit, et S'il faut
souscrire d'avance à cette affirmation, alors les
relations avec le Vatican sont impossibles. En-
fin, si des procédés diplomatiques encore plus
démodés viennent s'ajouter à cette doctrine 00-
lltique intransigeante, la perspective est encore
moins brillante.
Même des pays protestants, comme l'Angle-
terre et les Etats-Unis, ressentent la mauvaise
impression produite par un pape,intraitable, us
seront obligés de le mettre entièrement de côté
dans mainte affaire qui peut cependant être vi-
tale pour l'Eglise qu'il gouverne.
D'autre part d'après le Carrière delta
Sera, un ministre italien interrogé sur le
conflit, aurait déclaré que le gouvernement
du roi Victor-Emmanuel, quoique directe-
ment visé par la note pontificale, n'inter-
viendra pas dans le conflit
â Le Vatican, aurait ajouté le ministre,
a fait preuve do telle maladresse que lui
seul en subira les désastreuses consé-
quences.
A PARIS
Le conseil des ministres
Le conseil des ministres s'est réuni hier
matin à l'Elysée sous la présidence de M.
Loubet ' .
ii a est occupe ue nouveau de la question
de la protestation pontificale,
La note suivante a été communiquée : ,
gouvernement, ayant acquis la certitude
de l'existence et de l'enyoi à des gouvernements
étrangers de la note pontificale publiée le 11
mai par un journal de Paris, a décidé le rappêl
de son ambassadeur auprès du Saint-Siège.
M. Nisard a quitté Rome samedi, laissant à
M. de Courcel secrétaire d'ambassade, l'expédi-
tion des affaires.
Celte note confirme, on le voit, que M. Ni-
sard a bien été rappelé.
Quant à ce qui est des explications aux-
quelles le Parlement a droit, le gouverne-
ment compte les donner vendredi prochain
devant la Chambre à l'occasion des inter-
pellations qui sont h l'ordre du jour de cette
séance.
M. Delcassé, ministre des affaires étran-
gères fera l'exposé de la question et fera
connaître lés dépêches qu'il a adressées à
notre ambassadeur. M. Combes, président
du conseil, prendra la parole à l'occasion
du vote sur les ordres du jour pour expli-
quer l'attitude du gouvernement sur les
questions de principe que l'affaire de la pro-
testation pourrait soulever. '
La Loi de Deux lis
A IL A Chambre
UNE GRANDE REFORME SOCIALE
Prélude aux débats â A propos d'une inter-
pellation nationaliste â Le discours-
programme de M. Maujan â Les
imprécisions du ministre
de la guerre
La nécessité no paraissait guère de pré-
luder aux débats sur la loi militaire par une
interpellation de M. Millenove sur îa ré-
forme de l'armée. Mais M. millevoye pa-
triote par profession, n'a pas cru qu'il pou-
vait être déplacé un bouton de guêtre sans
qu'il ait fait retentir le connu d'alarme. I!
lui fallait, pour lui tout soûl, en-dehors des
discussions ordinaires sur l'ensemble ou le?
articles de la loi de deux ans, une séance
au cours de laquelle ii développerait ses
vues.
La Chambre, pendant ⢠plusieurs heures
d'horloge, s'est résignée à écouter ce na-
tionaliste.
Il y a, commence M. Millevoye, deux
systèmes en présence :
1» Le vôtre {n'adressant à la majorité) qui
base toute organisation nouvelle sur la pro-
portionnalité des effectifs sous les drapeaux
et du chiffre de la population : c'est un dé*
sarrnement partiel ;
2° I,e nôtre, à nous patriotes, qui vou.
Ions l'armée encore plus forte pour avoir
la France encore plus grande.
Notre système, continue-t-il, ne va pas
sans dépenses. Il en coutera cc qu'il en
coûtera. Mais c'est un devoir essentiel de
ruiner le pays dans l'en {reprise folle ci 'en-
tre tenir plus" de soldats que sa population
n'eu comporte,
â Tel est le sens de celle, longue harangue/
entremêlée de chiffres et d'appels ù l'hon-
neur, et qui fera les délices des lecteurs do
la Patrie : l'un d'eux, dans les tribunes du
public, en a crié son admiration au poin
qu'on a dû l'expulser.
Par ses tirades impérialistes, M. Mille-
voye a également déchaîné, vers si péro-
raison, les protestations bien inutiles d'aï!
socialiste h qui son jeune âge permet lait
d'ignorer qu'il est inutile de prendre au «é- '
rieux certaines rodomontades. Ce jeun*
homme est également expulsé, pendant que
M. Millevoye achève d'exposer son reye
d'une armée fourmillante de soldats (ane
miques, fiévreux, tuberculeux, tout sera
bon pour faire nombre) et menée par .un
corps d'officiers non moins prétentieux
qu'incapables.
M. Maujan et la réforme de l'armée
Ce serait tout à fait dénaturer la portée
du discours de M, Meuja, que de le con-
sidérer comme une simple réponse à Pin-
terpellateur précédent. C'est môme heau-
coup plus qu'une vue d ensemble sur îa loi
de deux ans, puisque M. Maujan, profitant
de ce qtte les termes de l'interpellation vi-
saient la réforme générale de l'armée, a.
présenté, au sujet de cette réforme, le pro-
jet le plus clair, le plus complet, qui puisse
être offert aux méditations du parti répu-
blicain.
C'était un beau souffle démocratique qui
passait. Des députés prenaient des notes.
Le public se penchait hors des galeries
comme pour entendre de plus près l'ora-
teur. Pas un mot ne se perdait, dans le si-
lence absolu de cette assemblée d'ordinaire
si bourdonnante, et pas un mot n'était ù
perdre, vraiment
« L'idéal de paix, dit M. Maujan, est l'air
respirable des républicains, D Mais puisque
des contingences dont la disparition ne pa-
rait pas suffisamment prochaine nécessitent
encore que le droit s'appuie parfois sur la
force- il faut du moins que la force de la
France réside dans une armée nationale,
qui soit l'émanation du pays lui-même, en
lutte pour la sauvegarde de ses destinées.
Noua n'avons pas encore une armée na-
tionale. Notre système militaire actuel n'est
qu'une mauvaise conie de l'organisation al*
-fr Paris, Seine et seine-et-Oise : 5 centimes. â Départements : 10 centimes i*
MERCREDI 25 MAI im.
Rédacteur en Chef :
GEORGES CLEMENCEAU
Adressât toat«s h commucications («oeerml U Rêdietifla
m Secrétaire dt 11 Rtdiclioi.
Adresse* lettre» et mandats à H. Félix H1LLEÏ
Secrétaire général
Téléphone : 102-65
Lee manuscrits non insérés ne sont pat rendu,
L'AURORE
Politique, Littéraire, Sociale
Sîx Troî»
ABONNEMENTS Un_«m mai. no»
SBIMK KT SEINB-ST-ÔU» .-v j 32f* 10f- 8f-
DiPÀRTKirtWTS- , , . , » i . 3G ⢠1.8 * 9 *
ÉTïtAHCBR {Union POSTALE), ï 48» 24 ⢠12 »
LES ANNONCES SONT REÇUES î
1 L'OFFICE D'ANNONCES» *0, place dt k Snti
n IU1 BUREAUX OU JOURNAL, 142, RUE HOHTMARTRC
ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE : AURORE-PARIS
Au Fiel lie la tribune
Calme plat. Le gouvernement, après
avoir une lois de plus décidé le rappel
de M. Nisard sans notification de rap-
pel, se repose de l'effort qu'il s'est abs-
tenu de faire. M. Nisard a vu M. Del-
cassê : j'aime à croire qu'ils n'ont pu se
Regarder sans rirè. M. de Couroel, au
palais Santa-Croce, confabule avec un
certain Boléro plus connu jusqu'ici
comme justaucorps que comme diplo-
mate français. Pie X nous fait savoir
qu'il s'en rapporte à Dieu du soin de
le tirer d'embarras. MM. Merry del Val
et Lorenzelli se donnent l'un à l'autre
des leçons de prudence, et le cardinal
Mathieu va chaque jour il la gare, avec
M. Barrère, pour demander quel train
doit ramener M. Nisard.
Pendant ce temps, les députés se con-
sultent et se demandent ce qu'ils vont
faire. Une longue expérience des choses
'du Parlement me permet de 163 infor-
mer d'avance qu'ils ne feront rien du
tout. On parlera très bien : je n'en sau-
rais douter. Pour agir, c'est une autre
affaire. Le Parlement est un Instrument
de contrôle, non d'action. Au gouverne-
ment seul peut et doit revenir l'initia-
tive. Or, l'initiative de la grande rup-
ture avec i'Eglise est précisément ce de-
vant quoi M. Combes prend peur. Cela
ne devrait pas surprendre puisqu'il par-
tage celte faiblesse avec tous les hom-
mes d'Etat qui ont gouverné la Républi-
que jusqu'à ce jour â dont quelques-
uns ne donnèrent pas dune moindre
ardeur que lui-même contre les moine-
ries.
De premier mouvement, il prononça,
pour la défense du régime concordatai-
re, un discours qu'on n'a point oublié.
Politiquement, il a sans aucun doute
. reconnu sa faute, mais, comme tou-
jours, i'homme profond n'a point chan-
gé. Aussi longtemps que nous voudrons
souper d'une nonne et déjeuner d'un
capuin, M. Combes se chargera volon-
tiers de pourvoir à notre ordinaire.
Mais pour ce qui est de régler définiti
vement^ selon la doctrine républicaine,
les rapports de l'Eglise et de l'Etat, il
déclare, pour s'épargner la tentative,
qu'il n'en a pas les moyens. Nous savons
tous pourtant dans quel esprit il a pro-
mis d'aborder la discussion de l'excel-
lent rapport de M. Briand. Certains mi-
nistres â comme MM. Rouvier, Delcas-
ié â sont de fermes champions du Con-
cordat, et chacun sait que la question
fut laissée en dehors du programme
commun quand se forma le ministère.
'Je ne méconnais rien de ces difficultés.
Il n'en est pas moins vrai que, le mo-
ment venu, M. Combes ne pourra pas
faire autrement que do laisser à chacun
'de ses collègues la liberté de donner
ou de refuser sa voix aux conclusions
du rapport sur la proposition do M. de
Pressensé.
Dans ces conditions, quot de plus sim-
ple que de profiter de l'occasion qui se
présente pour orienter définitivement
l'esprit public vers la solution prochaine
'de nos conflits incessants avec Rome
par le retour au régime de liberté insti-
tué par la Révolution française ? L'oc-
casion s'offrira, dans quelques jours, de
paroles décisives. Il n'est pas difficile à
M. Combes d'obtenir de ses collègues
l'autorisation de les prononcer. Seule-
ment, pour que ces paroles eussent l'ef-
fet d'un acte, pour qu'elles donnassent
le sentiment d'une préparation à la
grande mesure dont nous voyons tous
approcher le terme, il n'aurait pas fallu
commencer par vouloir escamoter la
note pontificale pour faire suivre sa pu-
blication de ce ridicule demi-rappel de
M. nisard, acte de faiblesse insigne qui
nous avertit d'avance qu'on ne veut
nous donner que des satisfactions de
mots.
M. Combes abordera la tribune com-
me chef d'une majorité qui lui est re-
connaissante de l'effort accompli et ne
demande qu'à lui continuer sa confian-
ce. Il ne lui manquera pas une voix au
scrutin, et moi-même qui ne crains pas
de le critiquer très librement, je n'accep-
terais en aucune façon la responsabilité
d'une crise qui ne pourrait profiter
qu'aux cléricaux. Cependant un homme
d'Etat doit s'efforcer de voir au delà du
jour. L'heure vient fatalement Où des
déceptions accumulées se traduisent en
un refus de concours. C'est ce malheur
que j'essaie de prévenir en avertissant
aussi bien M. le président du conseil
que mes meilleurs amis, entraînés par
leur ministériaiisme à jeter le manteau
de Noé sur des fautes qu'ils reproche-
ront peut-être très vivement quelque
jour (en ayant eu leur part) à celui-là
même envers qui ils font preuve aujour-
d'hui d'un excès de tolérance.
Quelques-uns ont cru trouver un ar-
gument décisif pour couvrir les tergi-
versations de MM. Combes et Delcassé
dans le fait que certains nationalistes, '
cherchant à brouiller les cartes, font
mine de réclamer la séparation de l'E-
glise et de l'Etat. 11 n'y a pa3 que des
nationalistes dans ce cas. Les cléricaux
souvent ne se gênent pas pour dira
qu'ils appellent de tous leurs voeux le
régime qui leur rendra leur a liberté
'd'action ». Et, à ce mot, que de républi-
cains s'effrayent I J'avoue que je ne m'é-
pouvanle pas pour si peu. 11 me parait
impossible de me condamner à ajour-
ner la dénonciation du Concordat jus-
qu'au jour où tel de nos adversaires re-
noncera à feindre de la demander. Quel-
ques-uns d'entre eux, j'en conviens,
peuvent croire sincèrement que la sé-
paration de l'Eglise et de l'Etat sera la
fin do la République. Parce qu'ils sont
Autoritaires ils ne sauraient attendre
,que catastrophes d'un régime de liberté.
Cela sutfit-il cour ,quo nous,, republi
cains, nous ajournions indéfiniment la
réalisation do nos idées 1 Mes contra-
dicteurs auraient quelque peine à le
soutenir. Pourquoi nous condamner à
des discussions académiques, quand
nous n'avons cessé de réclamer des
actes depuis trente années 1
Veut-on tout simplement, comme il
est probable, venir en aido au ministère
en fournissant des arguments vaille que
vaille à la majorité pour couvrir des
fautes particulièrement excusables aux
yeux de ceux qui les ont provoquées? Le
ministère ne peut être mis en danger
que par les républicains qui l'encoura-
gent dans ses faiblesses au lieu de le
redresser. Quelle étrange politique de
fournir à M. Combes les plus puissan-
tes raisons d'agir et de lui crier, avant
qu'il ne remue : a Surtout, n'allez pas
jusqu'au bout de vos moyens I »
O. CLEMENCEAU.
INFORMATES POLITIQUES
Interpellation à la Chambre sur le rappel
de M. Nisard
Aux trois interpellations de MM. Al lard, Meu-
nier, Hubbard, dont la Chambre a, fixé la dis-
cussion à -vendredi prochain, s'ajouteront les
cinq suivantes ;
1* De M. Gayraud sur îe rappel ou mise en
congé de M. Nisard ; 2* De M. Zévaès, sur les
conséquences de la protestation adressée par
le Saint-Siège aux divers gouvernements contre
le voyage de M. le président de la République ;
S' De M. Delafosse, sur la politique religieuse
du gouvernement ; 4" De M. Groussau sur les
conséquences du voyage de M, le président de
la République à Rome en ce qui concerne les
rapports de la France et du Saint-Siége ; 5*
De M, Briand, sur la portée et les conséquences
de la mesure prise par le gouvernement à l'é-
gard du Vatican,
M. Dejeante se proposera de demander fi la
Chambre l'abrogation de la loi du 21 juillet
1873 sur la construction du Sacré-Coeur ù titre
d'oeuvre nationale.
L'enlèvement des crucifix au Sénat
MM. Hâlgan et de Lamarzelle ont 'demandé &
interpeller le garde des sceaux sur l'enlèvement
des crucifix. Cette interpellation sera discutée
le mardi 31 courant.
Les décorations des instituteur»
te conseil des ministres, après l'examen du
conflit avec le Vatican dont nous faisons men-
tion autre part, s'est occupé des instituteurs.
Le ministre de l'instruction publique a été au-
torisé à déposer un projet de loi portant attri-
bution exceptionnelle de décorations de la Lé-
gion d'honneur, au profit des membres de l'en-
seignement primaire, à l'occasion de la iCte du
19 juin prochain.
Ëchos
Un Nouveau « Syllabus ».
Notre confrère le Signal donne une nou-
velle qui montre à quel degré d'extraordinaire
inconscience et d'incompréhension des évé-
nements en sont arrivés le successeur de
Léon XIII et certains dignitaires de l'Eglise.
L'archevêque de Paris s'était efforcé, de-
puis l'élection de Pie X, de suggérer au nou-
veau pape la publication d'un second Sylla-
bus. Il l'aurait enfin rallié à ce projet, et ce
document aurait spécialement pour but de
condamner le mouvement exégético-critique et
le mouvement démocratique. Le pontife dres-
serait un long catalogue des thèses qu'on ne
pourrait plus soutenir sans encourir l'excom-
munication. Il paraît probable qu'il choisirait
la solennité du S décembre pour placer la
nouvelle constitution sous Ja protection de
«la Vierge immaculée»,
Ces foudres, émoussées avant d'avoir servi,
ne paraîtront pas plus dangereuses que celles
dont Pie IX fit usage dans le Syllabus. Mais
la résolution prise par le Vatican indique
qu'on n'y a pas le moindre soupçon du mou-
vement des idées, et qu'on y ignore tout de
la société moderne. Le Syllabus, la mise à
l'index» l'excommunication, ce sont là des
armes roui liées, et qui font l'effet, aujour-
d'hui, d'objets préhistoriques,
ils avouent.
Les nationalistes n'ont pas cessé de chanter
victoire, d'abord à Paris, où le second tour
devait leur assurer une majorité éclatante,
puis, quand ils y furent battus, en province,
où ils se vantèrent de nous avoir infligé une
mémorable défaite.
Maintenant qu'il ne sert plus de rien de
bluffer et qu'ils ont eu le temps de compter
leurs morts, ils avouent. Voici ce que M.
Coppée écrit dans le Gaulois :
« Après les élections de Paris, qui sont
médiocres, il faut l'avouer, après les élec-
tions de province, qui ne donnent, après tout,
que des indications assez confuses, il n'est
guère permis d'espérer que nous soyons bien-
tôt délivrés du jacobinisme parlementaire.
Une fois de plus, le suffrage universel vient
de nous prouver son ignorance, sa crédulité,
son humeur capricieuse et impulsive. '#
C'était bien la peine, en vérité, de prendre
des airs triomphants !
L'Idéale Compagne,
Il y a quelque part aux Etats-Unis, je
crois que c'est à New-York, une femme tom-
bée en enfance et qui a bien quelque droit à
se trouver dans cet état lamentable, car elle
a vu quatre-vingt-sept fois le cours des sai-
sons se succéder depuis qu'elle est au monde.
Ce déchet d'humanité â c'est Jane Davis
qu'on le nomme â vient d'hériter d'une for-
tune de vingt-cinq millions, laissée par un
frère banquier à San-Francisco. Immédiate-
ment, Ira demandes de mariage ont plu de
tous les côtés, et il a fallu un bataillon de
secrétaires pour répondre aux lettres en-
voyées par les prétendants. Elle n'en aurait
pas reçu, en effet, moins de trois mille six
cent quarante,
.Quelques-uns de nos confrères raillent cet
empressement et le jugent peu flatteur pour
l'espèce à laquelle nous appartenons. Peut-
être n'ont-ils pas réfléchi guç cette vénérable
personne, qui n'a plus sa tête et qui, étant
| donné son âge, ne doit pas avoir beaucoup;
pïus ses jambes, constitue pour beaucoup de
soupirants la fiancée idéale. Avec elle pas de
scènes à redouter, pas de reproches à crain-
dre, pas de surveillance gênante- Ce sera une
femme de tout repos â ne passe-t-elle pas
la moitié de ses jours à dormir ? Je sais bien
qu'il y a les millions. Eh bien 1 le futur les
prendra par-dessus le marché.
Dialogues.
Le Gaulois revenant, à propos du rappel
de M. Nisard, sur le voyage de M. Loubet à
Rome, prétend que lorsque le président de la
République alla rendre visite à la reine douai-
rière d'Italie, celle-ci ne put s'empêcher de
lui dire ; «Ah I c'est vous, Monsieur le prési-
dent, qui laissez décrocher les Christs dans
les prétoires, n A que» M. Loubet aurait ré-
pondu que ce n'était pas lui, mais son gou-
vernement
Mlle Couédon, que nous avons été consul-
ter, nous assure que la réponse de M. Loubet
a été toute autre. Il aurait dît à la reine Mar-
guerite ; «Avec les sentiments religieux que
voua éprouvez, Madame, vous devez bien pro-
fondément souffrir d'être la mère d'un
excommunié. »
Faits divers.
Ce n'est sans doute qu'un modeste fait di-
vers, mais c'est tout de même une savoureuse
' aventure que celle de ce jeune homme qui |
s'est offert la tête â. et le portefeuille â
! d'un voleur à l'américaine.
Depuis longtemps il s'était promis de ven- ;
ger l'innombrable corporation des braves
gens qui très vraisemblablement n'ont jamais
ouvert un journal, de leur vie, puisqu'ils se
laissent prendre à ce piège, vieux comme le
monde, et chaque jour dénoncé dans la co-
lonne des faits divers, tendu d'ailleurs par
un personnage dont .on a fait la connaissance
un quart d'heure avant, qui consiste à échan-
ger de bonnes petites gravures de la Banque
de France contre des billets de la Sainte
Parce ou de vieux papiers.
Il commença par déclarer très haut au
garçon du restaurant dans lequel il déjeunait
qu'il rapportait de Londres 40,000 francs.
Puis, une fois sorti de l'établissement, il
s'empressa d'accepter l'offre d'un individu qui
proposait de lui faire visiter Paris, Arrivés
place de îa Bastille, ils furent rejoints par
un second personnage qui, au bout de quel-
ques istants, pria le jeune homme de faire
pour lui un achat chez un commerçant voisin.
Il demandait seulement qu'ils échangeassent
leurs portefeuilles. C'est ce qui eut lieu, et le
vengeur de la morale outragée remit au vo-
leur une pochette qui ne contenait que quel-
ques vieux journaux, tandis que celui-ci aban-
donnait son portefeuille renfermant six cents
francs, M. X... allait immédiatement les re-
mettre au commissaire de police du quartier
qui, au dire d'un de nos confrères, l'a félicité
de son habileté.
Certainement, ce jeune homme a fait preu-
ve d'une incontestable adresse, et, d'autre
part, on ressent une joie intérieure en son-
geant à la déconvenue du voleur volé. Mais
il n'en demeure pas moins que ce mystifica-
teur, que le commissaire félicita, semble avoir
outrepassé ses droits. Il n'avait pas raison
de s'approprier le portefeuille de qui que ce
fût, s'agit-il d'un escroc, non plus que de le
remettre à un tiers. Le commissaire de la rue
de la Cerisaie est présentement un receleur.
Y avait-il songé?
Le Code du Travail
La commission de codification des lois ou-
vrières â Ses travaux â Rapports
de MM. Jay et Bourgain
La législation ouvrière n'a cessé depuis
un quart de siècle de prendre de l'extension
et de se compliquer- Aucun pays pourtant
rie possède encore un véritable code du tra-
vail pour recueillir les textes votés, ïea
coordonner, et par suite les améliorer.
Depuis plusieurs années déjà, M. Grous-
sier» puis M. Déjeante avaient signalé cette
lacune à l'attention du Parlement Pour se
rendre un compte exact de notre législation
autant que pour éviter les erreurs d'inter-
prétation toujours possibles avec la dis-
persion actuelle des textes régissant
une même matière, ils avaient pro-
posé de réunir en une seule série de
dispositions présentant un ordre méthodi-
que toutes les lois qui intéressent les tra-
vailleurs.
M. Millerand, pour répondre à leurs dé-
sirs, institua par un arrêté du 27 novembre
l'JOI la Commission de codification des lois
ouvrières, dont il précisa les attributions en
présidant sa première séance.
Le premier but à poursuivre, disait-il, est
d'introduire par un nouveau texte plus d'ordre
et plus de clarté dans les lois ouvrières» de ras-
sembler et de coordonner les dispositions épar-
ses relatives à un même objet, de rapprocher
et de fondre les dispositions qui, rendues fi
des dates diverses, répondent à un même ordre
d'idées.
Le premier travail à faire serait uniquement
un travail matériel et pour ainsi dire de mo-
saïque. 11 consisterait a rechercher et a rap-
procher les dispositions spéciales aux ouvriers
qui ont trouvé place dans notre législation.
Mais ce travail en appellerait forcément un
autre. D'abord il pourra résulter du nouvel
ordre adopté nécessité de remanier certains
articles sans en changer le sens. En outre, la
commission pourra se trouver en présence de
dispositions non harmoniques ou contradic-
toires. Telles sont par exemple les juridictions
et pénalités qui assurent l'observation des lois
sur le travail. Ces dispositions diverses paraî-
traient inexplicables si on ne songeait qu'elles
ont été rendues a des dates éloignées les unes
des autres.
Le second travail qui s'imposera a 1a com-
mission est donc un travail de confection de
mise au point ne touchant pas aux principes de
notre législation.
Mais il ne s'agit pas de rédiger de toutes
pièces un code nouveau de législation ou-
vrière et d'y faire entrer des dispositions nou-
velles, dont l'adoption paraîtrait désirable &
la commission.
L'oeuvre serait un mieux trop complexe et
n'aurait guère de chance d'aboutir. En se don-
nant îa tâche d'édifier une législation com-
plète elle empiéterait sur les attributions du
Parlement. 11 ne s'agit en somme pour elle et
sauf retouches de délai ou de forme que de
préparer avec les dispositions existantes un
code méthodique et clair présentant dans une
vue d'ensemble îa totalité des dispositions ac-
tuellement en vigueur et qui puisse être consi-
déré par le Parlement comme devant être
adopté sans débats.
La commission a rempli le programme
qui lui avait été tracé. Elle n'a pas tenu â
nous dit son président M. Louis Ricard ââ
moins de 38 séances avant d'élaborer les
deux premiers livres du code du travail
qui viennent d'être distribués.
Tout d'abord elle a cru que les lois qui
devaient former la matière de la codifica-
tion comprenaient « non seulement celles
qui intéressent exclusivement les travail-
leurs, mais aussi celles qui les intéressent
à titre principal en tant qu'elle les consi-
dèrent comme professionnels vivant du pro-
duit do leur travail et non comme ci-
toyens >,. Ainsi le code en préparation a pris
le titre de Code du Travail et de la Pré-
voyance sociale.
Conformément aux indications qui lui
avaient été fourni es elle a examiné les mo-
difications â de forme et de fond â qu'elle
pourrait apporter à la législation existante.
! Il a été décidé que les rapporteurs subs-
titueraient partout autant qu'ils le pour-
raient le présent â plus précis, plus immé-
diatement obligatoires â au futur dans la
rédacton des textes. Le travail de rapproche-
ment des textes ayant mis en évidence soit
cîes dispositions contradictoires, soit des
dispositions contestées, soit enfin des dis-
positions qui de l'aveu unanime ne sau-
raient être conservées, la commission s'est
bornée à sanctionner la jurisprudence, éta-
blie ou consacrée, sauf au cas, il n'en exis-
tait pas, à choisir la solution qui lui a paru
le plus exactement répondra à l'intention du
législateur.
Pour la. classification des matières h co-
difier ainsi que pour les titres à donner aux
différents livres, elle s'est préoccupée sur-
tout de l'intérêt pratique des ouvriers.
Voici les divisions et subdivisions qui ont
été adoptées.
I. â Conventions relatives au travail : contrai
d'apprentissage, contrat de travail, salaire, pla-
cement, des travailleurs, pénalités, rapporteur, M.
Jay, professeur a la Faculté de droit.
II. -â reglementation (tu travail : travail des
enfants et des femmes, travail des hommes adul-
tes, travail des étrangers, hygiène et sécurité des
travailleurs, inspection du travail, pénalités, rap-
porteur, M. Bourguin, professeur a la Faculté
de droit.
IIL â Groupements professionnels ; coalitions
et grèves, syndicats professionnels, sociétés ou-
vrières de production, pénalités, rapporteur, M.
Artdlur Fontaine, directeur du travail au minis-
tère' du commerce -,
IV. â de la'' juridiction de la conciliation et ûe
l'arbitrage de la représentation proportionnelle :
des conseils de prud'hommes, des conseils de
conciliation et d'arbitrage, des conseils de tra-
vail, des pénalités, rapporteur, M. La Borde,
conseiller a la Cour de cassation,
V. â Des assurances ouvrières : accidents du
travail, vieillesse et invalidité, maladie et décès,
pénalités, rapporteur, M, Georges Paulet, direc-
teur de l'assurance ei de la prévoyance sociales
au ministère du commerce.
VI. â De la prévoyance ; des sociétés de se-
cours mutuels, do l'épargne, des habitations a
bon marché, de la coopération de consomma-
tion, ue la coopération ae crédit, des pénalités,
M. Duboin, conseiller à la Cour de cassation, et
M. Vel-Durand, conseiller d'Etat
VII. De l'assistanee. â Lés suddivisions ne
sont pas arrêtées. Rapporteur M. de Mouy, con-
seiller d'Etat.
Le rapport de M. Jay souligne les lacu-
nes de la législation ouvrière. Le Code ci-
vil s'est presque complètement désinté-
ressé du contrat de travail â et les dispo-
sitions spéciales que le législateur lui a
consacrées sont éparses, sans lien entre el-
les. Les plus graves questions attendent
une solution.
Il y a plus de dix ans, la Chambre vo-
tait une proposition aux termes de laquelle
le règlement d'atelier devait être soumis ù :
l'homologation du conseil de prud'hommes
ou du juge de paix. Mais oe vote comme
tant d'autres, n'a pas eu de lendemain.
M. Jay signale l'évolution qui tend à subs-
tituer le contrat collectif au contrat ïndivi-
dueî et il ne croit pas que le législateur
puisse longtemps omettre les nouvelles re-
lations qui existent entre patrons et em-
ployés par îe fait du développement paral-
lèle, de l'industrie et de l'organisation ou-
vrière.
Si la loi du 12 janvier 1895 limite les pré-
lèvements qui peuvent être opérés sur le
salaire, aucun privilège n'est reconnu à
l'ouvrier créancier au cas de déconfiture du
patron non commerçant Non plus, la
Chambre des députés et le Sénat ne se sont
entendus pour réglementer ou interdire les
amendes. Certaines législations étrangères,
ont proscrit le truck system (paiement du
salaire en nature}, n'ont pas voulu que le
règlement s'effectua au cabaret, ont imposé :
au patron l'obligation de payer ses ou-
vriers h des intervalles plus ou moins rap-
prochés, En France, rien n'a été fait ; les
projets déposés n'ont pas abouti. En ce qui
concerne la détermination, et le calcul du
salaire, nous ne sommes guère plus avan-
cés. Les lois de 1850 et de 1856, pour écar-
ter les manoeuvres frauduleuses du contrat
du travail sont restées isolées.
M. Bourguin, dans la partie qui lui a
été réservée, a, comme M. Jay, présenté
d'utiles remarques, accompli un intéressant
travail. Nous n insisterons que sur quelques
points.
Dans Ja loi Millerand-Colliard la commis-
sion propose l'insertion d'un nouveau texte
étendant expressément aux hommes adul-
tes, dans les ateliers mixtes, les dis-
positions concernant les repos simultanés,
interdiction des relais, le travail continu
des équipes successives et les autorisations
données par l'inspecteur. On se rappelle que
certains ont soutenu, contre les intentions
du législateur, que la seuie disposition de la
loi de 1900 appliquable aux adultes était
celle concernant la limitation de la journée
de travail.
M. Bourguin appelle l'attention du légis-
lateur sur la définition des mots « manu-
factures et usines » donnée dans la circu-
laire du 2 novembre, et qui limite aux éta-
blissements h moteur mécanique et à feu
continu, et aux fabriques occupant plus de
vingt ouvriers, l'application de la loi de
1848 â sur le travail des adultes â créant
ainsi des conditions de concurrence iné-
gales.
Une modification très importante que
proposa, le rapporteur concerne l'inspection
du travail. Un arrêt de la Cour de cassa-
tion du 27 avril ayant déclaré « que le fait
d'employer des ouvriers après l'heure fixée
pour la clôture du travail n'est pas défendu
et puni par la loi, lorsque d'ailleurs il est
certain que la durée du travail telle est
autorisée n'a pas été dépassée », le con-
trôle se trouve être désarmé. La commis-
sion a voulu remédier à cet état de cho-
ses et « elle prévoit l'affichage et la com-
munication h l'inspecteur de deux sortes
d'horaire : l'un général, s'appliquant de plein
droit d'une façon anonyme à tous les ou-
vriers qui n'en sont pas exceptés nomina-
tivement ; l'autre ou les autres, spéciaux
et nominatifs, applicables aux ouvriers dont
le travail n'est pas réglé par l'horaire gé-
nérai «à
Nous ne pouvons plus longuement insis-
ter sur les deux premiers rapports qui
nous ont. été remis, et il nous suffit d'avoir
montré la besogne utile de la commission
de codification des lois ouvrières amenée
à constater l'oeuvre législative considérable
qui reste à accomplir*.
Emile buré,
Le Conflit avec le Vatican
Premières explications â Déclarations
romaines â Le voile se déchire
Lundi soir, POssermtore romano a pu-
blié la note suivante :
Plusieurs journaux persistent à annoncer que
le motif du congé de M. Nisard a été le refus
du cardinal secrétaire d'Etat de répondre aux
questions qu'il lui avait posées relativement
à une note envoyée à d'autres puissances.
1 Nous savons, de bonne source, que le cardinal
| sccrélaire d'Etal, loin de se refuser à répondre,
j voulut que les questions lui fussent posées par
écrit, promettant d'y répondre, également par
; écrit, dans le délai dune heure.
UOsservatore Romano publiait, hier, de
nouveau sa note de la veille, puis il ajoutait
qv0 peu après la conférence entre l'ambas-
sadeur de France et le cardinal Merry del
Val, ce dernier informa M. Nisard qu'il at-
tendait toujours ses questions écrites pour
pouvoir y répondre, selon l'engagement qu'il
avait pris.
Après cela, aucun fait et aucune êommu-
nication n'eurent lieu iusou'au lendemaip
mami, lorsqu arriva la nouvelle que M. Ni-
sard partait en congé.
Les diplomates pontificaux continuent, on
le voit, à jouer sur les mots. Ils disent
« congé » quand le gouvernement dit « rap-
pel ».
D'autre part ils ne trouvent d'autre moyen
pour s'excuser que d'accuser l'adversaire.
Leurs organes officieux emploient plus
ouvertement encore ce procédé jésuitique.
On télégraphie à Ylnfownalion :
Rome, 2A mai.
Ce matin, la cléricale Voce délia Venta, dans
un article officieux, déclare que le « gouverne-
ment français, en exigeant des explications sur
un document adressé & une autre puissance, a
introduit dans. Ja diplomatie un procédé nou-
veau et abusif, mais que le Vatican a su dé-
jouer le piège tendu par la politique jaco-
bine ».
Le Journal clérical conclut en disant que « la
responsabilité du rappel de M. Nisard retombe
exclusivement sur la France ».
Mais d'autres renseignements, plus im-
partiaux, permettent de cômmoncer k dé-
couvrir quelle a été dans toute cette affaire
l'attitude du Vatican-
Nôtre confrèro le Temps reçoit en effet
de son correspondant particulier à Rome les
dépêches que voici :
Rome, 24 met.
Une version importante de la conduite du
Vatican dans le conflit actuel avec la France
m'a été donnée, hier soir, par des personnages
influents qUi approchent du cardinal Ram-
potla.
Voici quel serait l'historique de toute l'af-
faire :
Cette version explique bien des choses et sur-
tout les assertions que la note, cause du litige,
avait été presque calquée sur une autre uote
préparée déjà par le cardinal Rampolla.
Une seule des notes envoyées aux gouverne-
ments catholiques contenait la phrase relative
au non rappel du nonce a Paris. Par consé-
quent, le Vatican n'a pas eu de peine à savoir
de quel côté est venue l'indiscrétion. Entre
parenthèses, le Vatican se préparerait même à
protester vivement contre la divulgation d'un
acte diplomatique qui devait rester secret.
,.11 paraît donc que Je souverain de ce pays ,
avait manifesté, il y a déjà deux ans, l'intention 1
de. venir a Rome, pour Voir le roi auquel, il est
attaché par des liens de parenté'.
!-© Vatican en fut avisé. Léon X1ÏI fil répon-
dre aussitôt, non seulement qu'il ne le recevrait
pas, mais qu'il retirerait immédiatement son
nonce.
Le souverain en question se le tint pour dit :
mais le voyage de M. Loubet avait fait renaître
en lui, paraît-il, le désir autrefois caressé, et il
se disposait à imiter cet exemple, supposant
qu'avec la disparition du pape Léon Xlll et du
cardinal Rampolla les choses avaient changé et
que. leurs successeurs seraient plus conciliants;
mais Pie X et M. Merry del Val, informés, cru-
rent bon de lui prouver tout de suite que rien
n'était changé.
De la vint l'envoi de la note on il lui était
spécifié que, si le nonce & Paris n'avait pas été
rappelé, c'était pour des motifs spéciaux.
Les organes du Vatican avaient donc raison de
dire que Pie X avait conformé sa conduite à celle
de Léon XIII.
Comme je m'étonnais que ces explications
n'eussentp as été données plus tôt, il m'a été ré-
pondu que le Saint-Siège aurait voulu remettre
a M. Nisard une noie écrite lui fournissant
toutes ces explications, mais que le gouverne-
ment français semble avoir voulu précipiter les
événements,
fîelte explication, bien que tardive, 11e me pa-
raît pas moins importante.
Rome, 2-5 mai.
La version que Je vous ai télégraphiée ce
matin m'a été conflnnée maintenant par un per-
sonnage du Vatican.
A mon élonhement que ces explications
n'aient pas été données aussitôt, il m'a été ré-
pondu que, si le gouvernement auquel la note
avait été adressée a commis une indélicatesse,
ce n'était pas une raison suffisante pour que le
Saint-Siège commît à son tour une incorrection
vis-à-vis de ce môme gouvernement.
Il voulait être au contraire correct jusqu'au
bout et préalablement faire part au gouverne-
ment en question des â explications qu'il se
voyait obligé de donner.
C'est pour cetfe raison qu'il avait annoncé à
M. Nisard une réponse écrite ; mais le départ de
l'ambassadeur n'a pas permis de îa lui remel-
tre.
( A-t-elle été communiquée depuis à Paris par
le nonce ou bien a-t-elle été remise au chargé
d'affaires baron de Courcei ? C'est ce que je ne
saurais dire, il est même possible que le gou-
vernement français no soit pas encore rensei-
gné, mais cela n'empêche que mes informations
soient puisées à très bonne source.
Notre confrère ajoute qu'à la nonciature il
lui a été déclaré que le nonce n'avait rien
reçu à ce sujet.
Et d'autre part Ja Presse Associée fait
tenir une information aux termes de la-
quelle le cardinal Rampolla démentirait son
collègue le cardinal Merrv del VaL
Voici l'information dont il s'agit :
Le cardinal Merry del Val a fait publier une
note dans laquelle il était dit que le pape avait
consulté le cardinal Rampolla avant de rédiger
la note contre la France, note dont le sens au-
rait été arrêté dans cet entretien.
Les amis du cardinal opposent un démenti
formel à ce récit. Ils affirment que le cardinal
Rampolla n'a vu le pape que dans les cir-
constances publiques où son service religieux
à Saint-Pierre l'exigeait ; il n'a pas été consulté,
et il n'a été mis au courant de qooi que ce soit. ,
Oui croire de l'un ou l'autre prince
d'Eglise ?
Quoi qu'il en soit il est aisé d'entrevoir à
travers les explications, si confuses qu'elles
soient, de la diplomatie pontificale la vérité
vraie.
AUTOUR DU CONFLIT
Appréciations étrangères
Le SpectutoT, qui est, comme on ïe sait,
l'une des plus importantes revues de l'An-
gleterre, apprécie ainsi qu'il suit l'attitude
actuelle du Saint-Siège :
L'attitude de la papauté ne peut la 'mener
qu'à se détruire elle-meme. L'âme laïque de.
l'Europe n'entend pas se voir dicter son rôle
dans les questions temporelles par un pouvoir
spirituel. L'Europe et l'Amérique, catholique et
protestante, ne peuvent éviter d'avoir dés rap-
ports avec le Vatican. Mais toutes les négocia-
tions sont contrariées par l'affirmation d'un
pouvoir temporel aujourd'hui prescrit, et S'il faut
souscrire d'avance à cette affirmation, alors les
relations avec le Vatican sont impossibles. En-
fin, si des procédés diplomatiques encore plus
démodés viennent s'ajouter à cette doctrine 00-
lltique intransigeante, la perspective est encore
moins brillante.
Même des pays protestants, comme l'Angle-
terre et les Etats-Unis, ressentent la mauvaise
impression produite par un pape,intraitable, us
seront obligés de le mettre entièrement de côté
dans mainte affaire qui peut cependant être vi-
tale pour l'Eglise qu'il gouverne.
D'autre part d'après le Carrière delta
Sera, un ministre italien interrogé sur le
conflit, aurait déclaré que le gouvernement
du roi Victor-Emmanuel, quoique directe-
ment visé par la note pontificale, n'inter-
viendra pas dans le conflit
â Le Vatican, aurait ajouté le ministre,
a fait preuve do telle maladresse que lui
seul en subira les désastreuses consé-
quences.
A PARIS
Le conseil des ministres
Le conseil des ministres s'est réuni hier
matin à l'Elysée sous la présidence de M.
Loubet ' .
ii a est occupe ue nouveau de la question
de la protestation pontificale,
La note suivante a été communiquée : ,
gouvernement, ayant acquis la certitude
de l'existence et de l'enyoi à des gouvernements
étrangers de la note pontificale publiée le 11
mai par un journal de Paris, a décidé le rappêl
de son ambassadeur auprès du Saint-Siège.
M. Nisard a quitté Rome samedi, laissant à
M. de Courcel secrétaire d'ambassade, l'expédi-
tion des affaires.
Celte note confirme, on le voit, que M. Ni-
sard a bien été rappelé.
Quant à ce qui est des explications aux-
quelles le Parlement a droit, le gouverne-
ment compte les donner vendredi prochain
devant la Chambre à l'occasion des inter-
pellations qui sont h l'ordre du jour de cette
séance.
M. Delcassé, ministre des affaires étran-
gères fera l'exposé de la question et fera
connaître lés dépêches qu'il a adressées à
notre ambassadeur. M. Combes, président
du conseil, prendra la parole à l'occasion
du vote sur les ordres du jour pour expli-
quer l'attitude du gouvernement sur les
questions de principe que l'affaire de la pro-
testation pourrait soulever. '
La Loi de Deux lis
A IL A Chambre
UNE GRANDE REFORME SOCIALE
Prélude aux débats â A propos d'une inter-
pellation nationaliste â Le discours-
programme de M. Maujan â Les
imprécisions du ministre
de la guerre
La nécessité no paraissait guère de pré-
luder aux débats sur la loi militaire par une
interpellation de M. Millenove sur îa ré-
forme de l'armée. Mais M. millevoye pa-
triote par profession, n'a pas cru qu'il pou-
vait être déplacé un bouton de guêtre sans
qu'il ait fait retentir le connu d'alarme. I!
lui fallait, pour lui tout soûl, en-dehors des
discussions ordinaires sur l'ensemble ou le?
articles de la loi de deux ans, une séance
au cours de laquelle ii développerait ses
vues.
La Chambre, pendant ⢠plusieurs heures
d'horloge, s'est résignée à écouter ce na-
tionaliste.
Il y a, commence M. Millevoye, deux
systèmes en présence :
1» Le vôtre {n'adressant à la majorité) qui
base toute organisation nouvelle sur la pro-
portionnalité des effectifs sous les drapeaux
et du chiffre de la population : c'est un dé*
sarrnement partiel ;
2° I,e nôtre, à nous patriotes, qui vou.
Ions l'armée encore plus forte pour avoir
la France encore plus grande.
Notre système, continue-t-il, ne va pas
sans dépenses. Il en coutera cc qu'il en
coûtera. Mais c'est un devoir essentiel de
ruiner le pays dans l'en {reprise folle ci 'en-
tre tenir plus" de soldats que sa population
n'eu comporte,
â Tel est le sens de celle, longue harangue/
entremêlée de chiffres et d'appels ù l'hon-
neur, et qui fera les délices des lecteurs do
la Patrie : l'un d'eux, dans les tribunes du
public, en a crié son admiration au poin
qu'on a dû l'expulser.
Par ses tirades impérialistes, M. Mille-
voye a également déchaîné, vers si péro-
raison, les protestations bien inutiles d'aï!
socialiste h qui son jeune âge permet lait
d'ignorer qu'il est inutile de prendre au «é- '
rieux certaines rodomontades. Ce jeun*
homme est également expulsé, pendant que
M. Millevoye achève d'exposer son reye
d'une armée fourmillante de soldats (ane
miques, fiévreux, tuberculeux, tout sera
bon pour faire nombre) et menée par .un
corps d'officiers non moins prétentieux
qu'incapables.
M. Maujan et la réforme de l'armée
Ce serait tout à fait dénaturer la portée
du discours de M, Meuja, que de le con-
sidérer comme une simple réponse à Pin-
terpellateur précédent. C'est môme heau-
coup plus qu'une vue d ensemble sur îa loi
de deux ans, puisque M. Maujan, profitant
de ce qtte les termes de l'interpellation vi-
saient la réforme générale de l'armée, a.
présenté, au sujet de cette réforme, le pro-
jet le plus clair, le plus complet, qui puisse
être offert aux méditations du parti répu-
blicain.
C'était un beau souffle démocratique qui
passait. Des députés prenaient des notes.
Le public se penchait hors des galeries
comme pour entendre de plus près l'ora-
teur. Pas un mot ne se perdait, dans le si-
lence absolu de cette assemblée d'ordinaire
si bourdonnante, et pas un mot n'était ù
perdre, vraiment
« L'idéal de paix, dit M. Maujan, est l'air
respirable des républicains, D Mais puisque
des contingences dont la disparition ne pa-
rait pas suffisamment prochaine nécessitent
encore que le droit s'appuie parfois sur la
force- il faut du moins que la force de la
France réside dans une armée nationale,
qui soit l'émanation du pays lui-même, en
lutte pour la sauvegarde de ses destinées.
Noua n'avons pas encore une armée na-
tionale. Notre système militaire actuel n'est
qu'une mauvaise conie de l'organisation al*
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