Titre : La Fronde / directrice Marguerite Durand
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1903-02-10
Contributeur : Durand, Marguerite (1864-1936). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327788531
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 10 février 1903 10 février 1903
Description : 1903/02/10 (A7,N1889). 1903/02/10 (A7,N1889).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6706002k
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-5702
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/10/2016
La Fronde
urvmn AIMTT. -n>tm
[texte illisible]
-■• - . ~ , %, * » - T* '
. t cm§ 0 - otelteill
MtfMtM mmum
22 PLUVIOSE AN CXI
~
1"
UIEMBHEI PMTESTIIT
Passage de la Bible à llre'et i méditer
Col 3. 12.
CILHOMU MM
28 JANVIER 1903
fc&adfca^^s-iËv
-«-r
urnom isMiuTE
13 SCHEV AT ANNÉE 5004
Plis dm Abmmmmmt* t
famé Un Aa 8) Ir. lia......,..., Ir."" <
I»àmwnm cr Audaa — 16 fr. — tt fr. 4 » « fr. * ,
miluitum (UtCIOft POSTAIS) ■ - 85 fI". — 18 fr. ab — 10 fr. e
OIRBCrratOBJ UÀnOUBRlTB DURAND -
[texte illisible]
I.A FRONDE, Journal quetlMeu4 pelt-
tiqaie, littéraire, est dir4d adninlstrét
rédigé, etMMjMMé ptU* des fcm m as au
eeepéraliea*
Les manuscrits ROll intérêt ne sont un rendus.
La statue ensevelie
FEMMES ARTISTES
C'est une joie rare, précieuse, que la
lecture d'un roman par qui la pensée,
plus que délicieusement charmée, est
excitée, est enrichie d'observations, de-
meure longtemps émue.
La lecture du second roman d'Ivan
Strannik, au titre d'attirant symbole, la
Statue ensevelie, donne cette joie.
On sait qu'Ivan Strannik est une
femme. Har!or l'a dit, ici môme, l'année
dernière, en parlant d'un volume que ce
jeune écrivain, nouveau venu et bien-
venu dans notre littérature, avait fait
paraître peu de temps auparavant, sous
ce titre : les Vagabonds. (C'était la tra-
duction, exacte avec art, de quatre nou-
velles de Maxime Gorki. Préface des
plus intéressantes sur les vagabonds
russes).
Aujourd'hui, que tant de femmes de
lettres, sans avoir caché qu'elles sont
femmes, obtiennent de véritables succès, I
ce n'est plus risquer de desservir celles I
d'entre elles à pseudonyme encore mas-1
culin que leur ôter un peu, d'entr'ouvrir I
légèrement, aux yeux du public, cette |
espèce de craintif domino noir où elles I
ont cru devoir s'encapuchonner. I
Sur cette question des signatures mas- I
culines ou féminines, par bonheur on I
est enfin d'accord : il n y a plus que le I
talent qui compte. Et Mme Ivan S Iran-1
nik a un vraiment beau talent. Talent, I
d'ailleurd, d'une qualité exceptionnelle I
chez les femmes, et assez en dehors de I
ce qu'on appelle « littérature féminine » I
Sour n'appartenir, simplement, qu'à la I
littérature tout court. I
Elle est russe. Son pseudonyme avouait 1
au moins sa nationalité (Strannik signifie I
en russe, pèlerin, vagabond, — les chers 11
vagabonds de Gorki...) I '
Russe, et depuis peu de temps en 11
France, je crois, elle ne traite que des I 4
choses de la Russie, c'est-à-dire, de ce I '
qu'elle connaît parfaitement. Si elle a |*
fait, au printemps dernier, dans Art et I <
tfcfcoralto?}, la critique du Salon du Champ I <
de Mars, c'est qu'elle-même est artiste. 11
On a remarqué, dans nos grandes re- Is
vues, dans la Revue de Paj-is, notam- I à1
ment, ses études sur des écrivains ou 11
des sectes de son pays, les Doukhobores, 11
Tolstoï, Tchékow, Gorki, etc., par où Iè
nous devenait accessible, dans sa com- c
plexité, « l'âme russe », généreuse, mé- I i
fancolique et incertaine. I «
Mais ce qu'il y a de si remarquable, I t
dans ces études, ce n'est pas seulement I c
qu'un écrivain, n'ayant pas fait son édu- I J
cation parmi nous, s'exprime directe- I
ment en notre langue avec une telle mal- I
trise — en un style d'une élégance so-1
bre et solide qui est tout un art; — c'est I titi
encore la rare vigueur de l'esprit criti- I
que, méthodique et largement générali- '
sateur qu'elles révèlent et affirment. I
Le premier roman de Mme Ivan Stran- I n
nik, dont le titre est déjà une énigme I a
émouvante, faisant lever des idées de I P
nostalgie, de départ, de suicide, Y Appel I SI
de F eat,&, ce premier roman est un de ces I c<
livres qu'on aime avec tendresse — mais I
avec une tendresse inquiète, comme des I
êtres trop sensibles, trop rêveurs. Il me I V4
serait doux d'en parler en même temps |
que de cette Statue ensevelie, un peu I ' '
âpre. I se
Et sans doute le parallèle serait-il at- I
tachant à faire des héroïnes de ces deux I dE
livres : la Dolly de Y Appel de Peau, la cc
Thécla de la Statue ensevelie. Avec de I sa
considérables dissemblances, elles sont I 80
comme deux sœurs de cette grande fa- 1
mille de femmes à la délicatesse d'âme I
infiniment vibrante et douloureuse, poè- I
tes inaptes à vivre parmi les hommes. I e11
Sœurs de ces mystérieuses et effarées I
jeunes filles des Chansons de Maeterlinck I sa
qui se mettent en quête, « quand la fée I
est morte », de la porte ouvrant sur la I
lumière et d'où l'on découvre la réalité, I1 â
mais qui I bl(
Voient l'océan par les fentes, I coi
Ollt peur de mounr, I tir
Et frappent à la porte dose I <
Sans oser l'ouvrir... I val
Sœurs enfin de celles-ci : I val
Les filles aux yeux bandés, I des
(Otcs les bandeaux d'ur) I toi
Les filles aux yeux bandes I pas
Cherchent leur deslinée... I f
Thécla et Dolly seraient encore à re- I 1
garder ensemble pour des raisons de I mil
race. Elles sont des Russes, l'une et l'au- I il
tre, — de la haute société pétersbour- «
geoise. Aussi, malgré leur originalité, I dar
qui les fait si différentes des mondaines I la 1
Qu'elles fuient, leur psychologie indivi- l'ai
uellç de Russes fournirait-elle à l'étude I mai
ce qu'elle a de commun avec la psycho- I de
logie du Russe en général, par exemple. I ten
l'innéité d'une extrême lassitude, et la I vre
maladie de la volonté. I dev
Mais Thécla a une raison de plus que I œu
Dolly d'attirer et de retenir l'attention I la Il
Comme femme, elle est spécialisée: C'est I Elle
Une femme artiste. Et e est la première I fort
fois, il me semble bien, qu'un romancier I ne 1
ayant choisi comme béroine une femme I fort
artiste, ne s'en tient pas à lui faire prati-1 brai
quer son art uniquement pour l'encadrer, I sés
1 entourer d'un monde amusant à dé-1 raid
criro, lui donner une sensibilité plus af-1 fera
flnéc ou plus détraquée par où s'accroisse I la ft
l'intérêt de ses histoires de coeur ou de I rur<
une. 1 frus
Dans la Statue ensevelie, c'est donc I Jour
eUn une artiste que nous voyons vivre I n'av
en même temps qu'une femme, une ar-1 bau1
liste, c'est-à-dire, au sens largement ha-1 nari
main du mot, l'artiste, avec son Ame, I vert
"Ie ses neris. < dans
PMS- II ne semble pas, d'ailleurs, que le ro-
188r6. I m an ait été écrit pour nous montrer
m en I cela, ni même pour aucune autre raison
I que d'être.
I Cette très délicate œuvre d'art, il fut
mdus. I « artiste a de ne pas lui donner une si-
gg I gnification précise, de ne pas lui faire
IH I établir expressément telle ou telle vérité
H I morale ou psychologique.
[U I Mais n'est-il pas temps de le raconter,
I ce roman, ou, plutôt, d'en dire l'idée,
I dont le titre nous avertit? L'idée seule,
1 dégagée de la belle soie brochée, aux
. I plis droits et pleins d'ombre qui l'enve-
4 I loppe.
I PÎî I Une artiste crée une oeuvre, avec une
I passion qu'elle ne se connaissait pas en- |
» de- I core. Et cette œuvre lui serait précieuse I
I par dessus toutes, de ce qu'elle s'y est I
IV an I révélée et découverte tout entière elle-
e'la I même, âme et génie. Mais l'amour, sous I
I,a d'un jeune homme, est hostile |
I à cette œuvre où se symbolise seulement I
À in!t nt I l'horreur de vivre; le jeune homme croit I
r ce I à la joie, lui; il en parle. Et alors, sous I
'er?~ I l'air de céder à la raison en se débarras- I
| sant d'une image obsédante, stérilisante, I
ous i l'artiste enterre son œuvre, d'ailleurs II
I inachevée.
I Le sacrifice est réellement fait à l'a- I
I mour. I ;
nds I Mais pour combien de temps?... La 11
. I femme qu'est Thécla ne saurait tarder à I j
I se créer de la douleur auprès du brave I
2ï nnt I garçon, simple et sain, avec qui elle va I <
I essayer de l'amour. Il nous semble qu'a- I
a a?" I vant peu elle pourra dire à son Fédia ces I i
mr I vers de la comtesse de Noailles : 11
i i
'Ue , I Ta main retient la mienne et pourtant je sens bien I
[l__ c I Que le mal de mon rêve et la douceur du tien I C
I Nous ont fait brusquement étrangers l'un à l'autre. | c
as- I On peut le croire, TbécJa, que décevra I 1
on | l'amour, fera exhumer sa statue. Les ar- | t
. le I tistes se trouvent toujours des raisons 11
in-1 I pour revenir sur leurs sacrifices... d'ar- I s
nt, listes. I q
5lle I Rappelons-nous ce que fit Dante-Ga- 111
de | briel Rossetti, l'inspirateur, le chef gé-1 c
q » I niai des préraphaélites... Ayant perdu sa I
la I femme, la célèbre Elizabeth Siddal, la ! „"
I Béatrice, l'Yseult, l'ange de tous ses ta- I q
ait 1 bleaux, la dame bénie de tous ses poè- 1 n
fie I mes, la seule femme qu'il ait aimée, et I e:
■rs I de quel merveilleux amour, il prit, au ! 81
I moment où l'on déposait le cadavre dans I
en I le cercueil, les manuscrits de ce qu'il | v
les I écrivait auprès d'elle depuis dix ans : I u
ce I « Je n'ai composé ces vers que pour toi, I
a I s'écria-t-il, et ils ne peuvent demeurer là 11>
et I où tu n'es plus... » il plaça ces manus- | ti
)p I crits sur le cœur de la bien aimée, et, IP1
e. I ainsi, ils furent enterrés avec elle...Mais, D4
e- I sept ans après, des amis avaient réussi I
n- I à convaincre Rossetti qu'il devait pu- I Pl
)U I blier ses poèmes. Et il alla les reprendre [ q1
8, I au cadavre... Il eut raison. Comme il i ct
)ù I avait eu raison, d'abord, d'obéir à son I
n- I désespoir. Et cela semblerait avoir été I st
é- I l'avis de la principale intéressée, l'ex- I di
I quise Elizabeth Siddal, elle-même pein- I d(
e, I tre et poète, car, lorsqu'on ouvrit son I fe
at I cercueil, elle apparut souriante et tou- I tr
1.1 jours belle. I m
H A |de
I La statue que Thécla fait ensevelir cer-1 m
5t I tain jour!...Multiple symbole, dont l'bis- [ M
i- I toire présente,de la plus complète façon, I dé
l'artiste qu'est Thécla. Fr
i- I La jeune femme se promenait en traî-1 fre
I | neau sur la Néva blanche de neige. Elle t lèl
t- I aperçut une mendiante aveugle conduite sil
e I par une fillette ; et il lui vint une idée I su
e
,/1 singulière, un peu féroce... ou russe : elle I éC4
s I courut à la rencontre de l'aveugle et, I un
s 1 face à face, lui cria : I En
s I — Arrêtez, la glace est rompue devant î log
I vous! | n'3
e ! « Ce fut affreux; la femme qui tout à I ter
s I l'heure parlait, avec l'enfant à son côté, I cel
1 I se crispa dans une terreur folle, les mains I la ]
. I étendues, le visage, que la cécité avait | liai
II déshabitué des involontaires retenues, I cor
j convulsionné par l'épouvante. Elle n'o- de
31 sait bouger et tordait sa pauvre tète sur I glu
11 son cou subitement grandi. Cela ne dura I Ue
I qu'un instant, mais atroce. I am
. J « Thécla lui avait saisi les mains. Iles
!| « — Je m'étais trompée, balbutiait- rat
I elle, pardon ! pardon !» I E
; I Thécla lui donna de l'argent puis « se I les
I sauva, honteuse et exaltée. » I que
I ... « Et, les yeux fermés, emportée I le f
! I dans une course folle, elle gardait à I me
I t'âme une impression aiguë, insupporta- I au
I blemcnt douloureuse, qu'elle voulait I vail
| conserver, qu'elle était heureuse de sen-1 et
I tir ineffaçable. I vief
I a — L'épouvante d'une aveugle de-1 fois
I vant un gouffre, répétait-eHe... L'épou- s'en
I vante! l'épouvantel Nous sommes tous I L
I des aveugles, tous, tous. Et le gouffre est I ronl
I toujours là, seulement nous ne savons I aus:
I pas où il est... » I 0
I Elle avait trouvé l'idée d'une œuvre. I fem
I Le soir même, son mari parti, elle se I tud<
I mit au travail, fébrile d'inspiration. I L<
I II faut citer les pages : I prés
I « Thécla marchait de long en large [ — n
I dans l'atelier, le front penché en avant, I sem
I la poitrine oppressée, Retrouverait-elle I petit
l'attitude de l'aveugle, le geste égaré des I glis(
mains, le corps immobile mais désireux I
I de fuir, d'échapper à un danger plus I
I terrible parce qu il était vague; et le pau-1
vre cou tendu, et la tête folle... Elle avait |
devant les yeux la vision nette de son I
œuvre, et prenant un crayon elle voulut I M
la Jber tout de suite, à grands traits I mem
Elle s'appliquait, le visage durci par l'ef. Frap
fort. Elle réussissait, bien que l'ébauche I donn
ne fût parlante que pour elle seule. Une I il st <
forme humaine, tordue d'épouvante, les I à tôt
bras ramant dans l'air, les pieds mal po- I mal t
sés sur le sol, mais convulsés, la tête I un m
raidie, épiant, quoique les yeux fussent [ Et
fermés, se dessina sur la blancheur de I tant i
la feuille Mais les lignes du visage pa- I lablei
rurent à Thécla trop grosSIères et tfbp I vouet
frustes. Elle les affina, corrigeant tou-1 Saim
joan,complétant et imaginant ce qu'elle I Le ;
n'avait pu retenir. Le front devint plus I lent e
baut et plus large, le nez se pinça, les I Cet
narines se dilatèrent, la bouche en trou-1 $entir
verte, la bouche de mendiante, s'affermit I p**sé
dans un cri muet. Thécla travaillai! les I Pm
i ro-1 dents serrées, toute à son désir frénéti-
Itrer que de tenir l'image poursuivie; puis
ison I lasse, brisée, les tempes en sueur, elle
I s'écarta pour j uger son ouvrage.
1 fut I « Alors, elle poussa un gémissement
s si- I sourd et tomba accroupie devant le che-
aire I valet, la tête dans les mains : elle avait
ri té I fait son propre portrait, la femme aveu- f
I gle n'était autre qu'elle-même. Elle resta I
ter, I longtemps sans oser bouger; enfin, se I
lée, I ressaisissant.elIe se dressa avec un long I
ole, I soupir de joie douloureuse. |
aux I « De nouveau elle regarda son dessin, I
ive- I plus calmement cette fois. Oui, c'était I
I elle, et maintenant Thécla se disait I
une | qu'elle l'avait voulu ainsi. Elle avait !
en- ! voulu communiquer à son œuvre l'an- |
use I goisse atroce qui torturait tout son être, I
est 11 étreignait comme un froid serpent dont I
!!e- elle redoutait trop le contact pour le I
)us I prendre de ses deux mains et le jeter. I
tile I Oui, l'aveugle, c'était elle. Et par le fait I
ent | d'avoir compris le mal dont elle souf- I
'oit I frait, elle s'en dégagerait peut-être ; en I
tus I exécutant son œuvre, elle s'affranchirait I
as- I ou succomberait, selon ses forces et son I,
te, I courage. Il fallait tenter l'épreuve. I (
irs I « Elle était tout à fait tranquille à pré- I i
I sent et combinait les détails de sa s ta- J1
'a- I tue. Elle atténuerait, jusqu'à la rendra 1
I imperceptible, la ressemblance avec elle-1 à
La I même. Les traits importaient peu; qu'ils I
r à I fussent expressifs, voilà tout ». 11
ve I Est elle assez vraie, assez vivante, I <
va I cette artiste-ià I I <
'a- I Dans sa Vie artistique de 1900, M. Gus- 11
es I tave GefTroy, louant les portraits exposés 11
I par Mlle Louise Breslau écrivait : 11
I « ... Il en est un qui restera parmi les 11
I effigies que les peintres ont exécutées I s
I d'après eux-mêmes,c'est une Mlle Louise I c
ra I Breslau uéridique, un peu triste de tou- I
r- I tes les luttes fatales de la femme et de [ /
18 I l'artiste contre la vie et contre l'art, et I /
r- I superbe de passion calme, de courage I /
I qui ne se rend pas, — une œuvre de vo-1
i-1 lonté et d'énergie. Mlle Breslau a trouvé I 6
é-1 celle-là en elle. » Je
ia I Ainsi Thécla de sa femme aveugle... I
la I Thécla, cette passionnée cérébrale, en I /<
i- j qui le rêve seul est énergique et vivace, I CI
t- 1 mais tellement que, même malade, elle I
3t | en peut accomplir des prodiges — avec I
u I sa glaise. I .
is I Au reste, en elle, c'est un besoin sau-1
il I vage de solitude, une farouche pudeur, I
: I un orgueil maladif. Parler de ce qu'elle I
i, I fait, le laisser voir et commenter, laisser I
à | pénétrer, enfin, dans son intimité d'ar-1
I tiste, cela lui est impossible. Et quoi de I ar
I plus vrai, dans le noblement exception-
nel. Nous connaissons des artistes non I
si I fictifs, non imaginés, qui sont ainsi, en te,
- I plein Paris et dans un éciat de notoriété 1
e L qui pourrait les entourer d'admirateurs I F,
Il | compétents et 'sineres. I
n I Je pense, entre tous et toutes, à une I
é I statuaire de génie, dont telle œuvre fit I eu
-1 dire à Rodin qu'il en avait reçu cc le coup I à <
- I de poing de l'émulation », à cette jeune I Pc
II femme qui fut, un temps, sa collabora-
- I trice. Mlle Camille Claudel. Une légende Iia
I même s'est formée sur l'intransigeance I de
I de son isolement. I
I Des années, elle a véeu comme tout le I ou!
-1 monde, comme la plupart des artistes. cet
-1 Mais, dit M. Mathias Morhardt en une I
, décisive étude sur elle, (Mercure de I
I France, mars 1898), « tous ceux qui ont I
- I fréquenté la rue de l'Université (le cé- avs
! j lèbre atelier de Rodin) se la rappellent I rue9
\ I sileucieuse et diligeante. Elle reste assise I éti
i I sur sa petite chaise. C'est à peine si elle I Plu
! I écoute les longs bavardages des oisifs, I J"
I uniquement occupée à sa besogne. » I ,'
I Ensuite, elle s'enferme dans un bizarre
j logis, boulevard d'Italie, y vit seule et S
I n'y rèçoit personne. Elle reste si long- 1
I temps ainsi que comme les prisonnières séri
I cellulaires elle perd presque l'usage de reci
I la parole Elle s oblige alors à se parler à
I haute voix, et descend dans la loge de sa
I concierge, dire n'importe quoi. Très peu r;fî
de personnes la connaissent. Le succès gUti
I glorieux de ses œuvres ne l'a point arno). L_
I Ue — et c'est d'une volonté toujours -
I aussi implacable qu'elle résiste à toutes C
I les sollicitations de l'amitié et de l'admi-
I ration. A
I Est-ce parce qu'elle est femme et que dot
I les femmes, quand elles se révoltent, -
I quand elles réagissent, sont obligées de A
I le faire avec plus de violence que l'hom- Ciel
I me? On n'a pas encore le respect, tout gau
I au moins un respect suffisant du tra- Z
I vail intelJectuel,esthétique de la femme n'es
I et l'artiste femme est ordinairement Le
victime d'importuns au point quelque- mas
I fois de s'y faire et de... ne plus pouvoir dier
s'en passer... s'ils sont des flatteurs. cli
Les artistes douées ne sont et ne se- Plut
ront pas forcément excentriques Mais, [fJ;!:
aussi bien, qu'importe. » °f"
On peut tout espérer des temps où les un d
femmes auront enfin l'usage et l habi- peut
tude de la liberté. nou!
Les Thécla sont les victimes de l'heure salle
présente; elles préparent, en martyres Cc:
— martyrisantes un peu — l'affranchis- n°us
sement du génie féminin. Elles sont la
petite église militante d'où sortira 1 é. 1
glise triomphante. ello.
MARY LÉOPOLD-LACOUR.
INGRATITUDE
Af Danour, maire du f- arrondisse•
ment, eut un jour une pensée justt et sage
Frappé de la publicité immense gela était
donnée aux vois et crime, de tous genres,
'/ demanda pourquoi il n'y aurait pas
n coté de ces tableaux qui rapportent le
mal et parfois ainsi m exploitent ridée,
un petit tableau pour le bien.
Et pal une initiative charmante, met-
tant sa pensée en action il fit afficher ce
tableau d'honneur du courage et du dé-
vouement ci la façade de la mairie de
Sa;n 1. Otm'tû,..fA uxerrois.
Le moyen était simple € exemple excel-
lent et généreux
Cependant, voyei comme les meilleurs
sentiments ne sont pas toujours récom-
pensés. ou seulement bien compris
Parmi la personnes mentionnées sur la
. pancarte se trouve aujourâthui en pre-
1 miêre ligne une femme de cœur, de cœur
i modeste et brave.
Mme Siret est une concierge, une con-
¡ cierge de pauvres. Sur les trente deux
■ ménages qui vivent dans l'immeuble où
i depuis sept ans elle accomplit ses fonc-
tions, quelques-uns seulement sont les
ménages d'employés aisés, tous les autres
se composent de famille besogneuses.
La bonne et vail1414te femme n'a pas
cru gu'il lui suffisait de remplir les de-
voirs de sa profession avec zèle et ponc-
tualité. Elle s'est dit que c'était un grand
bonheur d?avoir ttn logis confortable et
qtl'il fallait en faire profiter le plus
grand nombre d'êtres possible.
Voilà pourguoi f Aa/Jitllde lui est venue
naturellement de garder avec elle les
petits enfants de ses locataires obligés de
travailler au dehors, et aussi dinstaller
dans sa loge des vieillards frileux et so-
litaires, qui trouvaient là de la lumière
et du feu — et parfois la soupe ehaude.
Je pourrais m'étendre, dire comment
la brave femme donnait de son cœur et
de son argent... Peu importe... Son nom
fut inscrit au tableau dé M. Danouz, avec
un résumé de ses mérites.
Et c'est ici que r histoire devient etc-
rieuse, affligeante et amusante à la fois.
Les locataires de Mme Siret accueilli-
rent fort mal la distinction dont leur
concierge était Pobjet. Bien loin d'en
être heureux ils en ressentirent de la
crainte, du regret et de la colère, les tins,
parce qu'ils étaient les obligés de la bonne
créature et qu'ils ne désiraient pas qu'on
le sût, les autres, parce qu'ils n'étaient pas
ses obligés et qu'Ils redoutaient qu'on pùt
croire qfl'ils Tétaient.
Et voilà comment desdémarches furent 1
faites auprès du maire pour obtenir que
la très humble célébrité de la pauvre i
femme ne durât pas davantage.
M. Danoux a maintenu l'affiche. Il a ]
bien fait... Mais que pensez-vous des « lo-
cataires » ? ' •
Et ait en pensera Mme Siret ? Si sa phi- t
losophie est grande autant que son brave i
cœur, elle continuera. <
J. HELLÉ.
Nouvelles féministes
France
Samedi soir, Mme Nelly Roussel fit une conférence
des plus remarquables au théâtre de Mantes qui était
arckicomble, beaucoup de citoyennes étaient venues en-
tendre l'excellente coaUrencière et lui ont fait une vé-
ritable ovation. Mme Nelly Roussel n'a pas manqué de
faire ressortir l'intérêt qu'H a pour les femmes L sou-
tenir en les aebetant les journaux qui s'occupent de
leurs intérêts économiques et moraux comme le fait la
JlrOnde.
*v
les conférences do professeur Pinàrd sur Ja « puéri.
culdtre » se eonturaent régulièrement tous les jeudis,
à dis heures du matin, à l'école de filles du boulevard
Pereire, 221, dirigée par Mme Girard.
Elles ont reçu jeudi leur consécration officielle par
la présence du recteur de l'Académie et du directeur
de renseignement primaire,
Elles constituent, comme l'a dit M. Liard, « une
œuvre éminemment morale et sociale », et elles sont
ouvertes aux institutrices de Paris qui voudraient y
conduire leurs élèves.
m
irt
Le bureau de la Ligue contre la mortalité infantile,
avait organisé hier à 2 h. 112, à la polyclinique de la
rue Marcadct une conférence réservée aux dames.
Cette conférence, faite par M. le docteur Utuliti,
était présidée par M. le docteur Henri de Rothschild,
Plus de 200 dames avaient lélltlodu à 1.1 convocation
du bureau, et c'est au milieu d'une salle comble que
M. le docteur Budin a parlé.
Il a rappelé les causes de la mortalité infantile et
examiné la question de J'allaitement maternel, et les
ilifférents systèmes de garage.
La conférence d'hier est le prélude de foute une
strie de conférences spéciales organisées sous la di-
rection du docteur Henri de ltotltsdliJd.
Irlande
Miss Maud Gonne, la vaillante Irlandaise, wa se ma-
rier prochainement à Paris avec un des héros de la
guerre sud-africaine, le major Mac-Bride.
CHEZ UNE MÉRE
Au n* 8 de la rue Bridaine, nous deman-
: dons :
— Mme Beaudier, s. v. p.?
Après une seconde d'hésitation, la con-
cierge nous répond : « Au 3% la porte à
gauche.»
— Mais... crie une voix, de l'alcôve.
— Puisque c'est une dame... Voyons! Ce
n'est pas un journaliste...
Le fait est qu'aucun de nos confrères
masculins n'a pu pénétrer chez Mme Beau-
dier.
C'est elle-même qui vient nous ouvrir ou
plutôt nous entr'ouvrir la porte, avec mys-
tère et précaution. Rassurée par l'inspec-
tion qu'elle fait de notre personne et tout
& fail convaincue qu'elle n'a pas affaire A
un de ces indiscrets journahsles,donl elle a
peur, elle nous fait gracieusement entrer et
nous pénétrons avec elle dans une petite
salle 1 manger, simple et confortable.
Cependant, une fois dans la place, nous
nous faisons un scrupule d'abuser de la
situation, et nous lui avouons franchement
nos titres et qualités.
- Si c'est pour un journal, nous dit-
elle, vous m'excuserez, Madame, mais je ne
dirai rien... »
Et elle dit tout.
Elle nous raconte comment elle avait
[ élevé sa fille, une fille unique sans la quil-
; ter jamais, ne la laissant point sortir seule.
C'est à tort, nous dit-elle, que les journaux 1
ont dit que je l'avais mise pensionnaire au j
Saint-Sacrement. A Charlevillo, où mon
mari s'occupait d'une grande affaire indus-
trielle, notre fille était élevée au Sacré- !
Cœur qui est une succursale d.) la Maison
de Paris. Il y a onze ans, nous sommes ve-
nus 6 Paris, à la suite d'un changement [
dans la situation de M. Beauquier. J'ai mis :
alors ma fille 6 la Maison des religieuses du 1
Samt-Saerement de la rue de Naples, mais
toujours demi-pensionnaire.
"Je ne la quittais iamais^e vous le répète.
Bile ne sortait jamais avec *personne si ce
n'est avec ce malheureux professeur de
peinture..
— Mademoiselle David? d
— Vous la connaisses, Madame t p
— tNon! non... mais vous n'ignorez pas t
que tous les journaux ont donné son p
nom... p
-- nh t oui. 0'''' bien regrettable que e
Ire- cette affaire ait été ainsi ébruitée. Nous aue
ml" I rions tant voulu, mon mari et moi, que tout
I oela restât secret... Ma fille est partie, le 6
m- I Janvier, mais ni ma famille ni mes amis
fix I ? 'ont r!'n su. On me trouvait t'aif triste...
ri I Je disais que j'étais souffrante... Quand on
f" I demandait où était ma fille, Je disais qu'elle
était sortie... Ah! c'est bien pénible !...
les I Figurez-vous. Madame, que je n'ai même
'*M I pas embrassé ma fille, une dernière rois...
I La veille, elle m'avait dit qu'elle avait l'in-
las I tention d'aller à la messe de sept heures...
fe- I Je lui avait interdit de sortir à une heure
lc | aussi matinale, toute seule, et je ne voulais
I pas l'y conduire avant 8 heures... D'ailleurs,
I le directeur qu'elle s'était choisi ,le Père
,et I Edouard,ne me plaisait pas du tout, et bien
us I qu'on en ait dit dans les journaux, nous ne
I 1 avions jamais reçu chez nous... Alors,donc,
ue I lorsque ma fille est venue'emalin nous dire
res | adieu, son père l'a embrassée, mais, moi,
ie | jelui ai dit : « Non ! je ne l'embrasse pas,
è,r I car tu me désobéis... » Hélas ! je ne l'ai pas I
I revue... Et la reverrai-je jamais ? I
I — Avez-vous eu de ses nouvelles ?
- Plusieurs fois, mais des lettres si J
'e. | froides, si peu écrites comme elle parle.., I
rit évidemment dictées... Je lui ai écrit que je
et ne lui en voulais plus et que, si elle con-
m I sentait à revenir, elle devait nous prévenir I
ec bien vite par un télégramme... Depuis, j'ai
.. refusé, une JeUrç,il y a une jlizaine de I
I Jours... car elles me serrent le cœur, ces
"" lettres qui émanent d'elle, mais ne sont pas I
I pensées par elle.
î- I — Comment avez-vous eu connaissance
er de toute cette affaire ?
ln I — Vous avez su que ma fille, partie le I
ra I malin, n'était pas revenue. Vers midi, une I
I lettre d'elle nous arrivait, nous disant de I
s ' I ne pas nous inquiéter, qu'elle était en re-
traite aux environs de Paris... — déjà elle
n „ I avait pris le train pout Lyon.Je suis allée chez
ts | Mlle David qui prétendit ne pas l'avoir vue, |
" I chez le Père Edouard qui dit ne rien savoir, 1
1 chez tous les fournisseurs environnant la I
it I chapelle Saint-Antoine de Padoue qui, tous I
te I la connaissaient. Personne ne put ou plu- I
| tôt ne voulut me donner de ses nouvelles. I
le I Trois jours après, nous reçûmes une lettre
I qu'elle nous écrivait de Turin où elle nous I
a I demandait mille fois pardon... dans celle-là, I
I je reconnaissais le cœur de ma Marguerite. I
I «La famille de Mlle Rousseau ayant reçu I
i- j également une lettre de cette jeune fille, |
e | son frère vint trouver mon mari et tous I
I deux se rendirent à Rome. I
| «Là, tandis que MlleRousseau parlait avec I
I son frère, mon mari ne put obtenir ni un I
" I mot ni un regard de notre fille... Il faut !
I vous dire que la Mère supérieure tenait les I;
| deux mains de Marguerile, et lui disait : I
I « Ne regardez pas votre père. » I
I «Mon mari eut le tort de se mettre en co- I
e 1ère... on s'y mettrait 11 moins... et le ré- I
il sultat de son voyage fut malheureusement I
- nul...
- I — Espérons qu'on vous fera rendre votre I
e I enfant, madame, mais si vous n'avez pas I
- I porte plainte, puisque vous vouliez étouffer 1 '
e j l'affaire, comment se fait-il qu'elle ait été I
11 ébruitée à ce point? I (
I — D'une façon bien extraordinaire. Pigu- f
I rez-vous que Mite David avait eu l'aplomb I
. I de venir plusieurs fois, dans les premiers 11
I jours, me demander si nous avions dés 11
j nouvelles de notre fille, comme si elle n'a-1
vail pas su mieux que qui que ce soit dans jI.
quel lieu elle était.
«Depuis que mon mari était allé à Rome, Il
I elle n'avait plus osé se représenter car elle 11;
, I savait que Mlle Rousseau et son frère nous I o
[ j avaient renseignés sur ses agissements... I s
, I Mais nous avions appris Qu'elie avait extor-1 d
I qué, à notre fille, en même temps qu'un I ^
j lorgnon d'un certain prix à Mlle Houseau, I H
une somme de quarante francs. C'était tout I 81
I ce qu'elle avail sur elle. Celle somme est I t(
t insignifiante, mais M. Beauquier n'a pas I ji
voulu que sa perfidie lui profilât, si peu I ai
que t'c rút, et il l'a menacée de l'obliger 't I
la restituer. Alors Mlle David n'a rien trouvé I *'
de mieux que d'aller se plaindre au com-1
missaire de police du quartier qui fit venir I
chez lui mon mari afin de l'interroger. I m
«Lorsque M. Beaudier eut raconté toute I 5
1 aventure au commissaire, celui-ci lui dit!
qu'il ne fallail point hésiter à porter plainte... I
El voilà comment les journaux ont eu vent I
de celle pénible affaire... si triste pour I n
nous... » tii
Madame Beaudier nous montre alors de
très jolies peintures, enluminures dans le j la
goût de missels,faites par sa fille avec beau- m
coup de grâce et de fraîcheur, et aussi des I ni
vers très corrects sinon d'une grande en- I cl
volée, eL écrits en caractères calligraphi- 11«
de qucs remarquables, et tout enguirlandés I
c Heurs peintes par la main de la pauvre I rit
Marguerite. f du
— Vous pensez que ses talents seront I -
appréciés au couvent, nous dit ia malheu- ,1
reuse mère, tout cela faisait ma joie... Nia ! j de
si nous n'étions point venus à Paris, où ma I m]
fille a connu le père Edouard, un jour qu'il I mi
était allé prêcher rue de Naptes!..'. I
Est-ce bien Paris qui est cause du I -
malheur, nous demandons-nous, en quil-1 -
tant la pauvre femme?... I dei
Certes, nous la plaignons de tout notre I -
cœur, cette mère douloureuse, mais nous I"
ne pouvons nous empêcher de penser que I et J
si elle avait un peu moins bien élevé sa fille, I JS
dans le sens étroit qu'elle attache à ce mot, I por
c'est-à-dire si elle lui avait donné une édu- | isla
cation plus forte, et des idées plus larges, | JI
cette enfant eût été une proie moins facIle I P1?
pour les pourvoyeurs de couvents. | n~
PARRHISIA.
On dit...
LES « ON DIT » A L'ÉTRANGER
On dit... en Amérique... que le Président
de la République Française va faire un tour à
la Nouvelle Orléans.
On dit... qu'il y arriverait le 15 juin 1904 à
bord d'un navire de guerre français. On dit...
que le navire français remonterait aussi loin
que possible le Mississipi.
On dit... que le Président Roosevelt vien-
drait rejoindre M. Loubet à la Nouvelle-Or-
léans et que les deux présidents se rendraient
ensemble à S t-Louis pour visiter llbposition.
Après tout, les voisins... (approximativement)
savent souvent mieux ce qui se passe dans
une maison que les locataires eUI-mfmes.
GYMNASTIQUE RESPIRATOIRE
Trpàraîtque tous les médecins sont d'accord
(une fois a tous pu coutume) pour dire que
nous ne savons pas respirer. {
Les femmes ne se tireraient pas trop mal, i
de cette fonction capitale, sans la gène causée I
par le corset.
I Mais il parait que les hommes sont trop
paresseux (ce n'est pas nous qui le disons]
pour se donner la peine de respirer, le dépla-
cement des muscles thoraciques plus dévelop-
I jpés que ceux des femmes, exigeant plus def.,
Il parait que bien des maladies, entre autres
1 anémie et fa tuberculose seraient heureuse»
ment combattues si nous savions régler notre
retptfattoo.
Un jeune savant parisien, M. Lund-Burguet
nous recommande une gymnastique respira-
toire raisonnée dont il a fait l'expérience sur
des candidats à la tuberculose qui reprenaieut
des forces et de la santé, en donnant aux brav
pendant 1 aération diverses positions qui
élargissent la cage thoracique.
Faisons donc régulièrement un quart d'heure
gymnastique respiratoire tous les ma-
Ce procédé est, parait-il, aussi très bon
contre la neurasthénie, les enrouements ner-
veux et pour le bégaiement qui est dû à une
respiration irrégulière...
Et puis, si cela ne fait pas de bien, cela ne
peut pas faire de mal...
GÉNÉROSITÉ DE L'ÉTAT
On ne saurait croire à quel point la lecture.
des rapports du budget est instructive. Ainsi
dans celui de M. Simyan sur les Beaux Arts,
nous voyons au chapitre des acquisitions da
1 Etat, qu une copie du St-Jean-Baptiste, de
Vinci a été payée neuf-cents francs, nuit cents
francs DOC académie : « Au bord de la Seine a
Auteuil » ; huit cents francs un Jésus guéris.
sant les malades », cinq cents francs une na-
ture morte : «Pommes etraisins « Un tableau
représentant les ruines de l'Acropole n'a été
payé que deux cent vingt francs... il est vrai
que le classique est démodé !...
Mais où^ l'Etat a tout à fait manqué de gé-
néralité, c est quand il n'a payé que trente-
cinq francs une • toile représentant :1 Les
! Vieilles maisons du Pont-Neuf » ; vingt-cinq
francs le « Jardin des Gobelins », soixante
francs, le « Cloître de St-Nazaire » et qua-
rante francs, une nature morte représentant
une « Salade de pissenlits ».. Quarante france
pour une salade, c'est la seule chose qui ait
été bien payée !...
MIEUX, MEILLEUR MARCHÉ
85 francs un chauffe-bains instantané. at
gaz avec intérieur tout cuivre.
44 francs,une suspension complète au gaz.
en cuivre poli ou bronzé, trois montants, lampe
bec intensif n- 2 tirage avec contre-poids.
Voil/ ce que seuls des spécialistes outillés
comme es Etablissements AUez Frères, peu.
vent offrir aux personnes désireuses de mon-
ter ou de remonter économiquement leur mé<
nage.
LA DAME D. VOILÉE.
NOUVELLES
Aujourd'hui
is I Le Parlement : A la Chambre, séance publique
"r . I à une heure et demie.
Lé I Ordre du jour :
I St-ite de la discussion du protêt de loi portant
fiction du budget général de 1 exercice 1903.
K b I I ?u,& de la loi des finances.
-s I J" délibération sur la proposition de loi, adop.
Ke par le Sénat, relative à la suppression de la
(S I publicité des exécutions capitales.
v. j I Au sénat, à 2 h., séance publique.
s Ordre du jour :
I.. Su',lc de la 1" délibération : 1- sur la proposi-
, I tion de loi de M. Rolland et plusieurs de ses col.
' | tendant à modifier la loi du 15 juillet
c 1889 sur le recrutement de l'armée, et ayant pour
s objet objet la réduction & deux ans de la durée du
I service dans l'armée active - 2, sur la proposition
loi de M. le comte de ivéveneuc, tendant &
■-1 diminuer progressivement le temps d incorpo-
a I ration sous les drapeaux et à le réduire à une
1 I durée mmima de une année de service actif 3.
sur la proposition de M. le vicomte de Montfort,
1 J tendant à moduler la loi de recrutement du 15
s I juillet 18#9 et à réduire progressivement à deux
j I années la durée du temps de service actif.
î I V M'&cration sur le projet de loi tendant a
à I autoriser la pèche à la ligne les dimanches et
" I tct'dtCuon.jours légales penuant les périodes d'm-
P délibération sur le projet de loi, tendant à
I 1-os articles 334 et 335 du code pénal, et
i I 5 et 7 du code a instruction criminelle.
I délibération sur la proposition de loi de
. I MM. Ournat. Gauthier (Auae), V. Abeille et
L | Giresse, tondant à autoriser la culture du tabac.
. Discussion du projet de loi, adopté par la
I Chambre des députés, portant règlement défini-
| tii du budgi-t de l'exercice 1897.
> 1" iléliné i-ation sur le projet de loi, adopté par
i I la Chambre tics députés, relatif à t'enregistre-
. I ment des marchés passés en France par le ml-
II nistre des colonies, pour le compte des colonies,
, I et des pays *dc protectorat.
I l", délibération sur le projet de toi, adopté par
I la Chambre des députes, portant modification
de la loi du iïjuin 1893 sur l'hygiène et la sécu-
} rité des travailleurs dans les établissements in-
I dustriets.
I Au Muséum : Visite avec carte de 11 b, ft 4 b.
I Au l>anlh*oa : Mise en mouvement du pendule
I de Foucault, a 10 b. du matin et 2 h. de J'après-
I midi.
I Expositions : Galerie Georges Petit : li' expo.
I „ si lion de Pans-Province.
I — Au Cercle de la rue Royale.
j — Au Cercle Volney.
I . - lJessêlc. 13, rue Laffltte, aquarelles et
I dessins de M. Charles Joussct.
I — A la Bodinière, les œuvres de Delahogue.
I 1 - MM. Chez M. Silberberg rue Taitbont, 29, œuvre
I 5r»^l Delachaul, Gulget, OullluUI, Hochard
et Péters Destéract.
| En Province : Grand a pardon . de Paimpol : au
I port, cérémonie de ta bénédiction de la Hotte
I Islandaise.
I Marchés aux (leurs : Place de la Madeleine,
I place Voltaire, Passy (rue Duban).
Us Bibliothèques : Nationale, de 9 h. à 4 h.
I De il arseoiai du W b, A * h. Sfe-Genev'toe de
10 h. à 3 h. et de 6 h. a 10 b.; de la 1 Mie de
l'arl! de 10 h. a s h., It ducal ion libre du IIP ar-
à rondissement, 10 Il. 26, tue Chapon : ouverte de 8 b.
Visites aux Musées : Du Louvre : de 10 li. à 4b.
de Il Il, à 4 h. ûuimet : de midi à 4 h.
Wi de à Iu.s"îf'd®h- * Uôtet de Ville,
l, àJ h. Monnaie de midi à 3 h. trésor
S et Panthéon de
iVLV mwt à S b; Jardin det planUs, la ménagerie, de t b.
à i b.; galerie d'blstoire atur" 11 b, &J!t.
Aouerium dupoeedéro de 9 n. à il la. et dg 1 b.
fj MM/tost Si-G«*4M de ion. lit & 4 Il, Pc-
lais de Fontainebleau de n U UU. Versailles, la
Palais et les Tria... de Il li. à 4 b. lot jeu
de Paume de midi à 4 ft.
Veil" d la fpaee. les Cours et Confirentlfl..
A l'Elysée
Le Président de la République a reçu bier
Matin le ministre de Serbie à Paris, M. le
général Dalsleio, M. Dieudé-Defly, conseil-
1er maître à la Cour des comptes.
MM. Vaury et Sobier, président du triba-
liai de commerce de la Seine ; de Joly, pré-
f A1 de Maine-et-Loire ; Morellet, procureur
gênerai près la cour à'appel de Poitlera ; le
général de brigade Golard ; le capitaine de
vaisseau Forestier. M. Valenlinot, soas*
directeur au ministère de la marine ; lieu-
tenant-colonel Destenave, Le lIyre ae i Vit-
lors. président de la commission centrale
de la Société de géographie, accompagné de
MM. le comte do Tarenoe, et le baron Bu-
lot.
Bue[, IWRénieur civil des mines,
0. Saint-Prix, oréaident du Ç&Aud générai
urvmn AIMTT. -n>tm
[texte illisible]
-■• - . ~ , %, * » - T* '
. t cm§ 0 - otelteill
MtfMtM mmum
22 PLUVIOSE AN CXI
~
1"
UIEMBHEI PMTESTIIT
Passage de la Bible à llre'et i méditer
Col 3. 12.
CILHOMU MM
28 JANVIER 1903
fc&adfca^^s-iËv
-«-r
urnom isMiuTE
13 SCHEV AT ANNÉE 5004
Plis dm Abmmmmmt* t
famé Un Aa 8) Ir. lia......,..., Ir."" <
I»àmwnm cr Audaa — 16 fr. — tt fr. 4 » « fr. * ,
miluitum (UtCIOft POSTAIS) ■ - 85 fI". — 18 fr. ab — 10 fr. e
OIRBCrratOBJ UÀnOUBRlTB DURAND -
[texte illisible]
I.A FRONDE, Journal quetlMeu4 pelt-
tiqaie, littéraire, est dir4d adninlstrét
rédigé, etMMjMMé ptU* des fcm m as au
eeepéraliea*
Les manuscrits ROll intérêt ne sont un rendus.
La statue ensevelie
FEMMES ARTISTES
C'est une joie rare, précieuse, que la
lecture d'un roman par qui la pensée,
plus que délicieusement charmée, est
excitée, est enrichie d'observations, de-
meure longtemps émue.
La lecture du second roman d'Ivan
Strannik, au titre d'attirant symbole, la
Statue ensevelie, donne cette joie.
On sait qu'Ivan Strannik est une
femme. Har!or l'a dit, ici môme, l'année
dernière, en parlant d'un volume que ce
jeune écrivain, nouveau venu et bien-
venu dans notre littérature, avait fait
paraître peu de temps auparavant, sous
ce titre : les Vagabonds. (C'était la tra-
duction, exacte avec art, de quatre nou-
velles de Maxime Gorki. Préface des
plus intéressantes sur les vagabonds
russes).
Aujourd'hui, que tant de femmes de
lettres, sans avoir caché qu'elles sont
femmes, obtiennent de véritables succès, I
ce n'est plus risquer de desservir celles I
d'entre elles à pseudonyme encore mas-1
culin que leur ôter un peu, d'entr'ouvrir I
légèrement, aux yeux du public, cette |
espèce de craintif domino noir où elles I
ont cru devoir s'encapuchonner. I
Sur cette question des signatures mas- I
culines ou féminines, par bonheur on I
est enfin d'accord : il n y a plus que le I
talent qui compte. Et Mme Ivan S Iran-1
nik a un vraiment beau talent. Talent, I
d'ailleurd, d'une qualité exceptionnelle I
chez les femmes, et assez en dehors de I
ce qu'on appelle « littérature féminine » I
Sour n'appartenir, simplement, qu'à la I
littérature tout court. I
Elle est russe. Son pseudonyme avouait 1
au moins sa nationalité (Strannik signifie I
en russe, pèlerin, vagabond, — les chers 11
vagabonds de Gorki...) I '
Russe, et depuis peu de temps en 11
France, je crois, elle ne traite que des I 4
choses de la Russie, c'est-à-dire, de ce I '
qu'elle connaît parfaitement. Si elle a |*
fait, au printemps dernier, dans Art et I <
tfcfcoralto?}, la critique du Salon du Champ I <
de Mars, c'est qu'elle-même est artiste. 11
On a remarqué, dans nos grandes re- Is
vues, dans la Revue de Paj-is, notam- I à1
ment, ses études sur des écrivains ou 11
des sectes de son pays, les Doukhobores, 11
Tolstoï, Tchékow, Gorki, etc., par où Iè
nous devenait accessible, dans sa com- c
plexité, « l'âme russe », généreuse, mé- I i
fancolique et incertaine. I «
Mais ce qu'il y a de si remarquable, I t
dans ces études, ce n'est pas seulement I c
qu'un écrivain, n'ayant pas fait son édu- I J
cation parmi nous, s'exprime directe- I
ment en notre langue avec une telle mal- I
trise — en un style d'une élégance so-1
bre et solide qui est tout un art; — c'est I titi
encore la rare vigueur de l'esprit criti- I
que, méthodique et largement générali- '
sateur qu'elles révèlent et affirment. I
Le premier roman de Mme Ivan Stran- I n
nik, dont le titre est déjà une énigme I a
émouvante, faisant lever des idées de I P
nostalgie, de départ, de suicide, Y Appel I SI
de F eat,&, ce premier roman est un de ces I c<
livres qu'on aime avec tendresse — mais I
avec une tendresse inquiète, comme des I
êtres trop sensibles, trop rêveurs. Il me I V4
serait doux d'en parler en même temps |
que de cette Statue ensevelie, un peu I ' '
âpre. I se
Et sans doute le parallèle serait-il at- I
tachant à faire des héroïnes de ces deux I dE
livres : la Dolly de Y Appel de Peau, la cc
Thécla de la Statue ensevelie. Avec de I sa
considérables dissemblances, elles sont I 80
comme deux sœurs de cette grande fa- 1
mille de femmes à la délicatesse d'âme I
infiniment vibrante et douloureuse, poè- I
tes inaptes à vivre parmi les hommes. I e11
Sœurs de ces mystérieuses et effarées I
jeunes filles des Chansons de Maeterlinck I sa
qui se mettent en quête, « quand la fée I
est morte », de la porte ouvrant sur la I
lumière et d'où l'on découvre la réalité, I1 â
mais qui I bl(
Voient l'océan par les fentes, I coi
Ollt peur de mounr, I tir
Et frappent à la porte dose I <
Sans oser l'ouvrir... I val
Sœurs enfin de celles-ci : I val
Les filles aux yeux bandés, I des
(Otcs les bandeaux d'ur) I toi
Les filles aux yeux bandes I pas
Cherchent leur deslinée... I f
Thécla et Dolly seraient encore à re- I 1
garder ensemble pour des raisons de I mil
race. Elles sont des Russes, l'une et l'au- I il
tre, — de la haute société pétersbour- «
geoise. Aussi, malgré leur originalité, I dar
qui les fait si différentes des mondaines I la 1
Qu'elles fuient, leur psychologie indivi- l'ai
uellç de Russes fournirait-elle à l'étude I mai
ce qu'elle a de commun avec la psycho- I de
logie du Russe en général, par exemple. I ten
l'innéité d'une extrême lassitude, et la I vre
maladie de la volonté. I dev
Mais Thécla a une raison de plus que I œu
Dolly d'attirer et de retenir l'attention I la Il
Comme femme, elle est spécialisée: C'est I Elle
Une femme artiste. Et e est la première I fort
fois, il me semble bien, qu'un romancier I ne 1
ayant choisi comme béroine une femme I fort
artiste, ne s'en tient pas à lui faire prati-1 brai
quer son art uniquement pour l'encadrer, I sés
1 entourer d'un monde amusant à dé-1 raid
criro, lui donner une sensibilité plus af-1 fera
flnéc ou plus détraquée par où s'accroisse I la ft
l'intérêt de ses histoires de coeur ou de I rur<
une. 1 frus
Dans la Statue ensevelie, c'est donc I Jour
eUn une artiste que nous voyons vivre I n'av
en même temps qu'une femme, une ar-1 bau1
liste, c'est-à-dire, au sens largement ha-1 nari
main du mot, l'artiste, avec son Ame, I vert
"Ie ses neris. < dans
PMS- II ne semble pas, d'ailleurs, que le ro-
188r6. I m an ait été écrit pour nous montrer
m en I cela, ni même pour aucune autre raison
I que d'être.
I Cette très délicate œuvre d'art, il fut
mdus. I « artiste a de ne pas lui donner une si-
gg I gnification précise, de ne pas lui faire
IH I établir expressément telle ou telle vérité
H I morale ou psychologique.
[U I Mais n'est-il pas temps de le raconter,
I ce roman, ou, plutôt, d'en dire l'idée,
I dont le titre nous avertit? L'idée seule,
1 dégagée de la belle soie brochée, aux
. I plis droits et pleins d'ombre qui l'enve-
4 I loppe.
I PÎî I Une artiste crée une oeuvre, avec une
I passion qu'elle ne se connaissait pas en- |
» de- I core. Et cette œuvre lui serait précieuse I
I par dessus toutes, de ce qu'elle s'y est I
IV an I révélée et découverte tout entière elle-
e'la I même, âme et génie. Mais l'amour, sous I
I,a d'un jeune homme, est hostile |
I à cette œuvre où se symbolise seulement I
À in!t nt I l'horreur de vivre; le jeune homme croit I
r ce I à la joie, lui; il en parle. Et alors, sous I
'er?~ I l'air de céder à la raison en se débarras- I
| sant d'une image obsédante, stérilisante, I
ous i l'artiste enterre son œuvre, d'ailleurs II
I inachevée.
I Le sacrifice est réellement fait à l'a- I
I mour. I ;
nds I Mais pour combien de temps?... La 11
. I femme qu'est Thécla ne saurait tarder à I j
I se créer de la douleur auprès du brave I
2ï nnt I garçon, simple et sain, avec qui elle va I <
I essayer de l'amour. Il nous semble qu'a- I
a a?" I vant peu elle pourra dire à son Fédia ces I i
mr I vers de la comtesse de Noailles : 11
i i
'Ue , I Ta main retient la mienne et pourtant je sens bien I
[l__ c I Que le mal de mon rêve et la douceur du tien I C
I Nous ont fait brusquement étrangers l'un à l'autre. | c
as- I On peut le croire, TbécJa, que décevra I 1
on | l'amour, fera exhumer sa statue. Les ar- | t
. le I tistes se trouvent toujours des raisons 11
in-1 I pour revenir sur leurs sacrifices... d'ar- I s
nt, listes. I q
5lle I Rappelons-nous ce que fit Dante-Ga- 111
de | briel Rossetti, l'inspirateur, le chef gé-1 c
q » I niai des préraphaélites... Ayant perdu sa I
la I femme, la célèbre Elizabeth Siddal, la ! „"
I Béatrice, l'Yseult, l'ange de tous ses ta- I q
ait 1 bleaux, la dame bénie de tous ses poè- 1 n
fie I mes, la seule femme qu'il ait aimée, et I e:
■rs I de quel merveilleux amour, il prit, au ! 81
I moment où l'on déposait le cadavre dans I
en I le cercueil, les manuscrits de ce qu'il | v
les I écrivait auprès d'elle depuis dix ans : I u
ce I « Je n'ai composé ces vers que pour toi, I
a I s'écria-t-il, et ils ne peuvent demeurer là 11>
et I où tu n'es plus... » il plaça ces manus- | ti
)p I crits sur le cœur de la bien aimée, et, IP1
e. I ainsi, ils furent enterrés avec elle...Mais, D4
e- I sept ans après, des amis avaient réussi I
n- I à convaincre Rossetti qu'il devait pu- I Pl
)U I blier ses poèmes. Et il alla les reprendre [ q1
8, I au cadavre... Il eut raison. Comme il i ct
)ù I avait eu raison, d'abord, d'obéir à son I
n- I désespoir. Et cela semblerait avoir été I st
é- I l'avis de la principale intéressée, l'ex- I di
I quise Elizabeth Siddal, elle-même pein- I d(
e, I tre et poète, car, lorsqu'on ouvrit son I fe
at I cercueil, elle apparut souriante et tou- I tr
1.1 jours belle. I m
H A |de
I La statue que Thécla fait ensevelir cer-1 m
5t I tain jour!...Multiple symbole, dont l'bis- [ M
i- I toire présente,de la plus complète façon, I dé
l'artiste qu'est Thécla. Fr
i- I La jeune femme se promenait en traî-1 fre
I | neau sur la Néva blanche de neige. Elle t lèl
t- I aperçut une mendiante aveugle conduite sil
e I par une fillette ; et il lui vint une idée I su
e
,/1 singulière, un peu féroce... ou russe : elle I éC4
s I courut à la rencontre de l'aveugle et, I un
s 1 face à face, lui cria : I En
s I — Arrêtez, la glace est rompue devant î log
I vous! | n'3
e ! « Ce fut affreux; la femme qui tout à I ter
s I l'heure parlait, avec l'enfant à son côté, I cel
1 I se crispa dans une terreur folle, les mains I la ]
. I étendues, le visage, que la cécité avait | liai
II déshabitué des involontaires retenues, I cor
j convulsionné par l'épouvante. Elle n'o- de
31 sait bouger et tordait sa pauvre tète sur I glu
11 son cou subitement grandi. Cela ne dura I Ue
I qu'un instant, mais atroce. I am
. J « Thécla lui avait saisi les mains. Iles
!| « — Je m'étais trompée, balbutiait- rat
I elle, pardon ! pardon !» I E
; I Thécla lui donna de l'argent puis « se I les
I sauva, honteuse et exaltée. » I que
I ... « Et, les yeux fermés, emportée I le f
! I dans une course folle, elle gardait à I me
I t'âme une impression aiguë, insupporta- I au
I blemcnt douloureuse, qu'elle voulait I vail
| conserver, qu'elle était heureuse de sen-1 et
I tir ineffaçable. I vief
I a — L'épouvante d'une aveugle de-1 fois
I vant un gouffre, répétait-eHe... L'épou- s'en
I vante! l'épouvantel Nous sommes tous I L
I des aveugles, tous, tous. Et le gouffre est I ronl
I toujours là, seulement nous ne savons I aus:
I pas où il est... » I 0
I Elle avait trouvé l'idée d'une œuvre. I fem
I Le soir même, son mari parti, elle se I tud<
I mit au travail, fébrile d'inspiration. I L<
I II faut citer les pages : I prés
I « Thécla marchait de long en large [ — n
I dans l'atelier, le front penché en avant, I sem
I la poitrine oppressée, Retrouverait-elle I petit
l'attitude de l'aveugle, le geste égaré des I glis(
mains, le corps immobile mais désireux I
I de fuir, d'échapper à un danger plus I
I terrible parce qu il était vague; et le pau-1
vre cou tendu, et la tête folle... Elle avait |
devant les yeux la vision nette de son I
œuvre, et prenant un crayon elle voulut I M
la Jber tout de suite, à grands traits I mem
Elle s'appliquait, le visage durci par l'ef. Frap
fort. Elle réussissait, bien que l'ébauche I donn
ne fût parlante que pour elle seule. Une I il st <
forme humaine, tordue d'épouvante, les I à tôt
bras ramant dans l'air, les pieds mal po- I mal t
sés sur le sol, mais convulsés, la tête I un m
raidie, épiant, quoique les yeux fussent [ Et
fermés, se dessina sur la blancheur de I tant i
la feuille Mais les lignes du visage pa- I lablei
rurent à Thécla trop grosSIères et tfbp I vouet
frustes. Elle les affina, corrigeant tou-1 Saim
joan,complétant et imaginant ce qu'elle I Le ;
n'avait pu retenir. Le front devint plus I lent e
baut et plus large, le nez se pinça, les I Cet
narines se dilatèrent, la bouche en trou-1 $entir
verte, la bouche de mendiante, s'affermit I p**sé
dans un cri muet. Thécla travaillai! les I Pm
i ro-1 dents serrées, toute à son désir frénéti-
Itrer que de tenir l'image poursuivie; puis
ison I lasse, brisée, les tempes en sueur, elle
I s'écarta pour j uger son ouvrage.
1 fut I « Alors, elle poussa un gémissement
s si- I sourd et tomba accroupie devant le che-
aire I valet, la tête dans les mains : elle avait
ri té I fait son propre portrait, la femme aveu- f
I gle n'était autre qu'elle-même. Elle resta I
ter, I longtemps sans oser bouger; enfin, se I
lée, I ressaisissant.elIe se dressa avec un long I
ole, I soupir de joie douloureuse. |
aux I « De nouveau elle regarda son dessin, I
ive- I plus calmement cette fois. Oui, c'était I
I elle, et maintenant Thécla se disait I
une | qu'elle l'avait voulu ainsi. Elle avait !
en- ! voulu communiquer à son œuvre l'an- |
use I goisse atroce qui torturait tout son être, I
est 11 étreignait comme un froid serpent dont I
!!e- elle redoutait trop le contact pour le I
)us I prendre de ses deux mains et le jeter. I
tile I Oui, l'aveugle, c'était elle. Et par le fait I
ent | d'avoir compris le mal dont elle souf- I
'oit I frait, elle s'en dégagerait peut-être ; en I
tus I exécutant son œuvre, elle s'affranchirait I
as- I ou succomberait, selon ses forces et son I,
te, I courage. Il fallait tenter l'épreuve. I (
irs I « Elle était tout à fait tranquille à pré- I i
I sent et combinait les détails de sa s ta- J1
'a- I tue. Elle atténuerait, jusqu'à la rendra 1
I imperceptible, la ressemblance avec elle-1 à
La I même. Les traits importaient peu; qu'ils I
r à I fussent expressifs, voilà tout ». 11
ve I Est elle assez vraie, assez vivante, I <
va I cette artiste-ià I I <
'a- I Dans sa Vie artistique de 1900, M. Gus- 11
es I tave GefTroy, louant les portraits exposés 11
I par Mlle Louise Breslau écrivait : 11
I « ... Il en est un qui restera parmi les 11
I effigies que les peintres ont exécutées I s
I d'après eux-mêmes,c'est une Mlle Louise I c
ra I Breslau uéridique, un peu triste de tou- I
r- I tes les luttes fatales de la femme et de [ /
18 I l'artiste contre la vie et contre l'art, et I /
r- I superbe de passion calme, de courage I /
I qui ne se rend pas, — une œuvre de vo-1
i-1 lonté et d'énergie. Mlle Breslau a trouvé I 6
é-1 celle-là en elle. » Je
ia I Ainsi Thécla de sa femme aveugle... I
la I Thécla, cette passionnée cérébrale, en I /<
i- j qui le rêve seul est énergique et vivace, I CI
t- 1 mais tellement que, même malade, elle I
3t | en peut accomplir des prodiges — avec I
u I sa glaise. I .
is I Au reste, en elle, c'est un besoin sau-1
il I vage de solitude, une farouche pudeur, I
: I un orgueil maladif. Parler de ce qu'elle I
i, I fait, le laisser voir et commenter, laisser I
à | pénétrer, enfin, dans son intimité d'ar-1
I tiste, cela lui est impossible. Et quoi de I ar
I plus vrai, dans le noblement exception-
nel. Nous connaissons des artistes non I
si I fictifs, non imaginés, qui sont ainsi, en te,
- I plein Paris et dans un éciat de notoriété 1
e L qui pourrait les entourer d'admirateurs I F,
Il | compétents et 'sineres. I
n I Je pense, entre tous et toutes, à une I
é I statuaire de génie, dont telle œuvre fit I eu
-1 dire à Rodin qu'il en avait reçu cc le coup I à <
- I de poing de l'émulation », à cette jeune I Pc
II femme qui fut, un temps, sa collabora-
- I trice. Mlle Camille Claudel. Une légende Iia
I même s'est formée sur l'intransigeance I de
I de son isolement. I
I Des années, elle a véeu comme tout le I ou!
-1 monde, comme la plupart des artistes. cet
-1 Mais, dit M. Mathias Morhardt en une I
, décisive étude sur elle, (Mercure de I
I France, mars 1898), « tous ceux qui ont I
- I fréquenté la rue de l'Université (le cé- avs
! j lèbre atelier de Rodin) se la rappellent I rue9
\ I sileucieuse et diligeante. Elle reste assise I éti
i I sur sa petite chaise. C'est à peine si elle I Plu
! I écoute les longs bavardages des oisifs, I J"
I uniquement occupée à sa besogne. » I ,'
I Ensuite, elle s'enferme dans un bizarre
j logis, boulevard d'Italie, y vit seule et S
I n'y rèçoit personne. Elle reste si long- 1
I temps ainsi que comme les prisonnières séri
I cellulaires elle perd presque l'usage de reci
I la parole Elle s oblige alors à se parler à
I haute voix, et descend dans la loge de sa
I concierge, dire n'importe quoi. Très peu r;fî
de personnes la connaissent. Le succès gUti
I glorieux de ses œuvres ne l'a point arno). L_
I Ue — et c'est d'une volonté toujours -
I aussi implacable qu'elle résiste à toutes C
I les sollicitations de l'amitié et de l'admi-
I ration. A
I Est-ce parce qu'elle est femme et que dot
I les femmes, quand elles se révoltent, -
I quand elles réagissent, sont obligées de A
I le faire avec plus de violence que l'hom- Ciel
I me? On n'a pas encore le respect, tout gau
I au moins un respect suffisant du tra- Z
I vail intelJectuel,esthétique de la femme n'es
I et l'artiste femme est ordinairement Le
victime d'importuns au point quelque- mas
I fois de s'y faire et de... ne plus pouvoir dier
s'en passer... s'ils sont des flatteurs. cli
Les artistes douées ne sont et ne se- Plut
ront pas forcément excentriques Mais, [fJ;!:
aussi bien, qu'importe. » °f"
On peut tout espérer des temps où les un d
femmes auront enfin l'usage et l habi- peut
tude de la liberté. nou!
Les Thécla sont les victimes de l'heure salle
présente; elles préparent, en martyres Cc:
— martyrisantes un peu — l'affranchis- n°us
sement du génie féminin. Elles sont la
petite église militante d'où sortira 1 é. 1
glise triomphante. ello.
MARY LÉOPOLD-LACOUR.
INGRATITUDE
Af Danour, maire du f- arrondisse•
ment, eut un jour une pensée justt et sage
Frappé de la publicité immense gela était
donnée aux vois et crime, de tous genres,
'/ demanda pourquoi il n'y aurait pas
n coté de ces tableaux qui rapportent le
mal et parfois ainsi m exploitent ridée,
un petit tableau pour le bien.
Et pal une initiative charmante, met-
tant sa pensée en action il fit afficher ce
tableau d'honneur du courage et du dé-
vouement ci la façade de la mairie de
Sa;n 1. Otm'tû,..fA uxerrois.
Le moyen était simple € exemple excel-
lent et généreux
Cependant, voyei comme les meilleurs
sentiments ne sont pas toujours récom-
pensés. ou seulement bien compris
Parmi la personnes mentionnées sur la
. pancarte se trouve aujourâthui en pre-
1 miêre ligne une femme de cœur, de cœur
i modeste et brave.
Mme Siret est une concierge, une con-
¡ cierge de pauvres. Sur les trente deux
■ ménages qui vivent dans l'immeuble où
i depuis sept ans elle accomplit ses fonc-
tions, quelques-uns seulement sont les
ménages d'employés aisés, tous les autres
se composent de famille besogneuses.
La bonne et vail1414te femme n'a pas
cru gu'il lui suffisait de remplir les de-
voirs de sa profession avec zèle et ponc-
tualité. Elle s'est dit que c'était un grand
bonheur d?avoir ttn logis confortable et
qtl'il fallait en faire profiter le plus
grand nombre d'êtres possible.
Voilà pourguoi f Aa/Jitllde lui est venue
naturellement de garder avec elle les
petits enfants de ses locataires obligés de
travailler au dehors, et aussi dinstaller
dans sa loge des vieillards frileux et so-
litaires, qui trouvaient là de la lumière
et du feu — et parfois la soupe ehaude.
Je pourrais m'étendre, dire comment
la brave femme donnait de son cœur et
de son argent... Peu importe... Son nom
fut inscrit au tableau dé M. Danouz, avec
un résumé de ses mérites.
Et c'est ici que r histoire devient etc-
rieuse, affligeante et amusante à la fois.
Les locataires de Mme Siret accueilli-
rent fort mal la distinction dont leur
concierge était Pobjet. Bien loin d'en
être heureux ils en ressentirent de la
crainte, du regret et de la colère, les tins,
parce qu'ils étaient les obligés de la bonne
créature et qu'ils ne désiraient pas qu'on
le sût, les autres, parce qu'ils n'étaient pas
ses obligés et qu'Ils redoutaient qu'on pùt
croire qfl'ils Tétaient.
Et voilà comment desdémarches furent 1
faites auprès du maire pour obtenir que
la très humble célébrité de la pauvre i
femme ne durât pas davantage.
M. Danoux a maintenu l'affiche. Il a ]
bien fait... Mais que pensez-vous des « lo-
cataires » ? ' •
Et ait en pensera Mme Siret ? Si sa phi- t
losophie est grande autant que son brave i
cœur, elle continuera. <
J. HELLÉ.
Nouvelles féministes
France
Samedi soir, Mme Nelly Roussel fit une conférence
des plus remarquables au théâtre de Mantes qui était
arckicomble, beaucoup de citoyennes étaient venues en-
tendre l'excellente coaUrencière et lui ont fait une vé-
ritable ovation. Mme Nelly Roussel n'a pas manqué de
faire ressortir l'intérêt qu'H a pour les femmes L sou-
tenir en les aebetant les journaux qui s'occupent de
leurs intérêts économiques et moraux comme le fait la
JlrOnde.
*v
les conférences do professeur Pinàrd sur Ja « puéri.
culdtre » se eonturaent régulièrement tous les jeudis,
à dis heures du matin, à l'école de filles du boulevard
Pereire, 221, dirigée par Mme Girard.
Elles ont reçu jeudi leur consécration officielle par
la présence du recteur de l'Académie et du directeur
de renseignement primaire,
Elles constituent, comme l'a dit M. Liard, « une
œuvre éminemment morale et sociale », et elles sont
ouvertes aux institutrices de Paris qui voudraient y
conduire leurs élèves.
m
irt
Le bureau de la Ligue contre la mortalité infantile,
avait organisé hier à 2 h. 112, à la polyclinique de la
rue Marcadct une conférence réservée aux dames.
Cette conférence, faite par M. le docteur Utuliti,
était présidée par M. le docteur Henri de Rothschild,
Plus de 200 dames avaient lélltlodu à 1.1 convocation
du bureau, et c'est au milieu d'une salle comble que
M. le docteur Budin a parlé.
Il a rappelé les causes de la mortalité infantile et
examiné la question de J'allaitement maternel, et les
ilifférents systèmes de garage.
La conférence d'hier est le prélude de foute une
strie de conférences spéciales organisées sous la di-
rection du docteur Henri de ltotltsdliJd.
Irlande
Miss Maud Gonne, la vaillante Irlandaise, wa se ma-
rier prochainement à Paris avec un des héros de la
guerre sud-africaine, le major Mac-Bride.
CHEZ UNE MÉRE
Au n* 8 de la rue Bridaine, nous deman-
: dons :
— Mme Beaudier, s. v. p.?
Après une seconde d'hésitation, la con-
cierge nous répond : « Au 3% la porte à
gauche.»
— Mais... crie une voix, de l'alcôve.
— Puisque c'est une dame... Voyons! Ce
n'est pas un journaliste...
Le fait est qu'aucun de nos confrères
masculins n'a pu pénétrer chez Mme Beau-
dier.
C'est elle-même qui vient nous ouvrir ou
plutôt nous entr'ouvrir la porte, avec mys-
tère et précaution. Rassurée par l'inspec-
tion qu'elle fait de notre personne et tout
& fail convaincue qu'elle n'a pas affaire A
un de ces indiscrets journahsles,donl elle a
peur, elle nous fait gracieusement entrer et
nous pénétrons avec elle dans une petite
salle 1 manger, simple et confortable.
Cependant, une fois dans la place, nous
nous faisons un scrupule d'abuser de la
situation, et nous lui avouons franchement
nos titres et qualités.
- Si c'est pour un journal, nous dit-
elle, vous m'excuserez, Madame, mais je ne
dirai rien... »
Et elle dit tout.
Elle nous raconte comment elle avait
[ élevé sa fille, une fille unique sans la quil-
; ter jamais, ne la laissant point sortir seule.
C'est à tort, nous dit-elle, que les journaux 1
ont dit que je l'avais mise pensionnaire au j
Saint-Sacrement. A Charlevillo, où mon
mari s'occupait d'une grande affaire indus-
trielle, notre fille était élevée au Sacré- !
Cœur qui est une succursale d.) la Maison
de Paris. Il y a onze ans, nous sommes ve-
nus 6 Paris, à la suite d'un changement [
dans la situation de M. Beauquier. J'ai mis :
alors ma fille 6 la Maison des religieuses du 1
Samt-Saerement de la rue de Naples, mais
toujours demi-pensionnaire.
"Je ne la quittais iamais^e vous le répète.
Bile ne sortait jamais avec *personne si ce
n'est avec ce malheureux professeur de
peinture..
— Mademoiselle David? d
— Vous la connaisses, Madame t p
— tNon! non... mais vous n'ignorez pas t
que tous les journaux ont donné son p
nom... p
-- nh t oui. 0'''' bien regrettable que e
Ire- cette affaire ait été ainsi ébruitée. Nous aue
ml" I rions tant voulu, mon mari et moi, que tout
I oela restât secret... Ma fille est partie, le 6
m- I Janvier, mais ni ma famille ni mes amis
fix I ? 'ont r!'n su. On me trouvait t'aif triste...
ri I Je disais que j'étais souffrante... Quand on
f" I demandait où était ma fille, Je disais qu'elle
était sortie... Ah! c'est bien pénible !...
les I Figurez-vous. Madame, que je n'ai même
'*M I pas embrassé ma fille, une dernière rois...
I La veille, elle m'avait dit qu'elle avait l'in-
las I tention d'aller à la messe de sept heures...
fe- I Je lui avait interdit de sortir à une heure
lc | aussi matinale, toute seule, et je ne voulais
I pas l'y conduire avant 8 heures... D'ailleurs,
I le directeur qu'elle s'était choisi ,le Père
,et I Edouard,ne me plaisait pas du tout, et bien
us I qu'on en ait dit dans les journaux, nous ne
I 1 avions jamais reçu chez nous... Alors,donc,
ue I lorsque ma fille est venue'emalin nous dire
res | adieu, son père l'a embrassée, mais, moi,
ie | jelui ai dit : « Non ! je ne l'embrasse pas,
è,r I car tu me désobéis... » Hélas ! je ne l'ai pas I
I revue... Et la reverrai-je jamais ? I
I — Avez-vous eu de ses nouvelles ?
- Plusieurs fois, mais des lettres si J
'e. | froides, si peu écrites comme elle parle.., I
rit évidemment dictées... Je lui ai écrit que je
et ne lui en voulais plus et que, si elle con-
m I sentait à revenir, elle devait nous prévenir I
ec bien vite par un télégramme... Depuis, j'ai
.. refusé, une JeUrç,il y a une jlizaine de I
I Jours... car elles me serrent le cœur, ces
"" lettres qui émanent d'elle, mais ne sont pas I
I pensées par elle.
î- I — Comment avez-vous eu connaissance
er de toute cette affaire ?
ln I — Vous avez su que ma fille, partie le I
ra I malin, n'était pas revenue. Vers midi, une I
I lettre d'elle nous arrivait, nous disant de I
s ' I ne pas nous inquiéter, qu'elle était en re-
traite aux environs de Paris... — déjà elle
n „ I avait pris le train pout Lyon.Je suis allée chez
ts | Mlle David qui prétendit ne pas l'avoir vue, |
" I chez le Père Edouard qui dit ne rien savoir, 1
1 chez tous les fournisseurs environnant la I
it I chapelle Saint-Antoine de Padoue qui, tous I
te I la connaissaient. Personne ne put ou plu- I
| tôt ne voulut me donner de ses nouvelles. I
le I Trois jours après, nous reçûmes une lettre
I qu'elle nous écrivait de Turin où elle nous I
a I demandait mille fois pardon... dans celle-là, I
I je reconnaissais le cœur de ma Marguerite. I
I «La famille de Mlle Rousseau ayant reçu I
i- j également une lettre de cette jeune fille, |
e | son frère vint trouver mon mari et tous I
I deux se rendirent à Rome. I
| «Là, tandis que MlleRousseau parlait avec I
I son frère, mon mari ne put obtenir ni un I
" I mot ni un regard de notre fille... Il faut !
I vous dire que la Mère supérieure tenait les I;
| deux mains de Marguerile, et lui disait : I
I « Ne regardez pas votre père. » I
I «Mon mari eut le tort de se mettre en co- I
e 1ère... on s'y mettrait 11 moins... et le ré- I
il sultat de son voyage fut malheureusement I
- nul...
- I — Espérons qu'on vous fera rendre votre I
e I enfant, madame, mais si vous n'avez pas I
- I porte plainte, puisque vous vouliez étouffer 1 '
e j l'affaire, comment se fait-il qu'elle ait été I
11 ébruitée à ce point? I (
I — D'une façon bien extraordinaire. Pigu- f
I rez-vous que Mite David avait eu l'aplomb I
. I de venir plusieurs fois, dans les premiers 11
I jours, me demander si nous avions dés 11
j nouvelles de notre fille, comme si elle n'a-1
vail pas su mieux que qui que ce soit dans jI.
quel lieu elle était.
«Depuis que mon mari était allé à Rome, Il
I elle n'avait plus osé se représenter car elle 11;
, I savait que Mlle Rousseau et son frère nous I o
[ j avaient renseignés sur ses agissements... I s
, I Mais nous avions appris Qu'elie avait extor-1 d
I qué, à notre fille, en même temps qu'un I ^
j lorgnon d'un certain prix à Mlle Houseau, I H
une somme de quarante francs. C'était tout I 81
I ce qu'elle avail sur elle. Celle somme est I t(
t insignifiante, mais M. Beauquier n'a pas I ji
voulu que sa perfidie lui profilât, si peu I ai
que t'c rút, et il l'a menacée de l'obliger 't I
la restituer. Alors Mlle David n'a rien trouvé I *'
de mieux que d'aller se plaindre au com-1
missaire de police du quartier qui fit venir I
chez lui mon mari afin de l'interroger. I m
«Lorsque M. Beaudier eut raconté toute I 5
1 aventure au commissaire, celui-ci lui dit!
qu'il ne fallail point hésiter à porter plainte... I
El voilà comment les journaux ont eu vent I
de celle pénible affaire... si triste pour I n
nous... » tii
Madame Beaudier nous montre alors de
très jolies peintures, enluminures dans le j la
goût de missels,faites par sa fille avec beau- m
coup de grâce et de fraîcheur, et aussi des I ni
vers très corrects sinon d'une grande en- I cl
volée, eL écrits en caractères calligraphi- 11«
de qucs remarquables, et tout enguirlandés I
c Heurs peintes par la main de la pauvre I rit
Marguerite. f du
— Vous pensez que ses talents seront I -
appréciés au couvent, nous dit ia malheu- ,1
reuse mère, tout cela faisait ma joie... Nia ! j de
si nous n'étions point venus à Paris, où ma I m]
fille a connu le père Edouard, un jour qu'il I mi
était allé prêcher rue de Naptes!..'. I
Est-ce bien Paris qui est cause du I -
malheur, nous demandons-nous, en quil-1 -
tant la pauvre femme?... I dei
Certes, nous la plaignons de tout notre I -
cœur, cette mère douloureuse, mais nous I"
ne pouvons nous empêcher de penser que I et J
si elle avait un peu moins bien élevé sa fille, I JS
dans le sens étroit qu'elle attache à ce mot, I por
c'est-à-dire si elle lui avait donné une édu- | isla
cation plus forte, et des idées plus larges, | JI
cette enfant eût été une proie moins facIle I P1?
pour les pourvoyeurs de couvents. | n~
PARRHISIA.
On dit...
LES « ON DIT » A L'ÉTRANGER
On dit... en Amérique... que le Président
de la République Française va faire un tour à
la Nouvelle Orléans.
On dit... qu'il y arriverait le 15 juin 1904 à
bord d'un navire de guerre français. On dit...
que le navire français remonterait aussi loin
que possible le Mississipi.
On dit... que le Président Roosevelt vien-
drait rejoindre M. Loubet à la Nouvelle-Or-
léans et que les deux présidents se rendraient
ensemble à S t-Louis pour visiter llbposition.
Après tout, les voisins... (approximativement)
savent souvent mieux ce qui se passe dans
une maison que les locataires eUI-mfmes.
GYMNASTIQUE RESPIRATOIRE
Trpàraîtque tous les médecins sont d'accord
(une fois a tous pu coutume) pour dire que
nous ne savons pas respirer. {
Les femmes ne se tireraient pas trop mal, i
de cette fonction capitale, sans la gène causée I
par le corset.
I Mais il parait que les hommes sont trop
paresseux (ce n'est pas nous qui le disons]
pour se donner la peine de respirer, le dépla-
cement des muscles thoraciques plus dévelop-
I jpés que ceux des femmes, exigeant plus def.,
Il parait que bien des maladies, entre autres
1 anémie et fa tuberculose seraient heureuse»
ment combattues si nous savions régler notre
retptfattoo.
Un jeune savant parisien, M. Lund-Burguet
nous recommande une gymnastique respira-
toire raisonnée dont il a fait l'expérience sur
des candidats à la tuberculose qui reprenaieut
des forces et de la santé, en donnant aux brav
pendant 1 aération diverses positions qui
élargissent la cage thoracique.
Faisons donc régulièrement un quart d'heure
gymnastique respiratoire tous les ma-
Ce procédé est, parait-il, aussi très bon
contre la neurasthénie, les enrouements ner-
veux et pour le bégaiement qui est dû à une
respiration irrégulière...
Et puis, si cela ne fait pas de bien, cela ne
peut pas faire de mal...
GÉNÉROSITÉ DE L'ÉTAT
On ne saurait croire à quel point la lecture.
des rapports du budget est instructive. Ainsi
dans celui de M. Simyan sur les Beaux Arts,
nous voyons au chapitre des acquisitions da
1 Etat, qu une copie du St-Jean-Baptiste, de
Vinci a été payée neuf-cents francs, nuit cents
francs DOC académie : « Au bord de la Seine a
Auteuil » ; huit cents francs un Jésus guéris.
sant les malades », cinq cents francs une na-
ture morte : «Pommes etraisins « Un tableau
représentant les ruines de l'Acropole n'a été
payé que deux cent vingt francs... il est vrai
que le classique est démodé !...
Mais où^ l'Etat a tout à fait manqué de gé-
néralité, c est quand il n'a payé que trente-
cinq francs une • toile représentant :1 Les
! Vieilles maisons du Pont-Neuf » ; vingt-cinq
francs le « Jardin des Gobelins », soixante
francs, le « Cloître de St-Nazaire » et qua-
rante francs, une nature morte représentant
une « Salade de pissenlits ».. Quarante france
pour une salade, c'est la seule chose qui ait
été bien payée !...
MIEUX, MEILLEUR MARCHÉ
85 francs un chauffe-bains instantané. at
gaz avec intérieur tout cuivre.
44 francs,une suspension complète au gaz.
en cuivre poli ou bronzé, trois montants, lampe
bec intensif n- 2 tirage avec contre-poids.
Voil/ ce que seuls des spécialistes outillés
comme es Etablissements AUez Frères, peu.
vent offrir aux personnes désireuses de mon-
ter ou de remonter économiquement leur mé<
nage.
LA DAME D. VOILÉE.
NOUVELLES
Aujourd'hui
is I Le Parlement : A la Chambre, séance publique
"r . I à une heure et demie.
Lé I Ordre du jour :
I St-ite de la discussion du protêt de loi portant
fiction du budget général de 1 exercice 1903.
K b I I ?u,& de la loi des finances.
-s I J" délibération sur la proposition de loi, adop.
Ke par le Sénat, relative à la suppression de la
(S I publicité des exécutions capitales.
v. j I Au sénat, à 2 h., séance publique.
s Ordre du jour :
I.. Su',lc de la 1" délibération : 1- sur la proposi-
, I tion de loi de M. Rolland et plusieurs de ses col.
' | tendant à modifier la loi du 15 juillet
c 1889 sur le recrutement de l'armée, et ayant pour
s objet objet la réduction & deux ans de la durée du
I service dans l'armée active - 2, sur la proposition
loi de M. le comte de ivéveneuc, tendant &
■-1 diminuer progressivement le temps d incorpo-
a I ration sous les drapeaux et à le réduire à une
1 I durée mmima de une année de service actif 3.
sur la proposition de M. le vicomte de Montfort,
1 J tendant à moduler la loi de recrutement du 15
s I juillet 18#9 et à réduire progressivement à deux
j I années la durée du temps de service actif.
î I V M'&cration sur le projet de loi tendant a
à I autoriser la pèche à la ligne les dimanches et
" I tct'dtCuon.jours légales penuant les périodes d'm-
P délibération sur le projet de loi, tendant à
I 1-os articles 334 et 335 du code pénal, et
i I 5 et 7 du code a instruction criminelle.
I délibération sur la proposition de loi de
. I MM. Ournat. Gauthier (Auae), V. Abeille et
L | Giresse, tondant à autoriser la culture du tabac.
. Discussion du projet de loi, adopté par la
I Chambre des députés, portant règlement défini-
| tii du budgi-t de l'exercice 1897.
> 1" iléliné i-ation sur le projet de loi, adopté par
i I la Chambre tics députés, relatif à t'enregistre-
. I ment des marchés passés en France par le ml-
II nistre des colonies, pour le compte des colonies,
, I et des pays *dc protectorat.
I l", délibération sur le projet de toi, adopté par
I la Chambre des députes, portant modification
de la loi du iïjuin 1893 sur l'hygiène et la sécu-
} rité des travailleurs dans les établissements in-
I dustriets.
I Au Muséum : Visite avec carte de 11 b, ft 4 b.
I Au l>anlh*oa : Mise en mouvement du pendule
I de Foucault, a 10 b. du matin et 2 h. de J'après-
I midi.
I Expositions : Galerie Georges Petit : li' expo.
I „ si lion de Pans-Province.
I — Au Cercle de la rue Royale.
j — Au Cercle Volney.
I . - lJessêlc. 13, rue Laffltte, aquarelles et
I dessins de M. Charles Joussct.
I — A la Bodinière, les œuvres de Delahogue.
I 1 - MM. Chez M. Silberberg rue Taitbont, 29, œuvre
I 5r»^l Delachaul, Gulget, OullluUI, Hochard
et Péters Destéract.
| En Province : Grand a pardon . de Paimpol : au
I port, cérémonie de ta bénédiction de la Hotte
I Islandaise.
I Marchés aux (leurs : Place de la Madeleine,
I place Voltaire, Passy (rue Duban).
Us Bibliothèques : Nationale, de 9 h. à 4 h.
I De il arseoiai du W b, A * h. Sfe-Genev'toe de
10 h. à 3 h. et de 6 h. a 10 b.; de la 1 Mie de
l'arl! de 10 h. a s h., It ducal ion libre du IIP ar-
à rondissement, 10 Il. 26, tue Chapon : ouverte de 8 b.
Visites aux Musées : Du Louvre : de 10 li. à 4b.
de Il Il, à 4 h. ûuimet : de midi à 4 h.
Wi de à Iu.s"îf'd®h- * Uôtet de Ville,
l, àJ h. Monnaie de midi à 3 h. trésor
S et Panthéon de
iVLV mwt
à i b.; galerie d'blstoire atur" 11 b, &J!t.
Aouerium dupoeedéro de 9 n. à il la. et dg 1 b.
fj MM/tost Si-G«*4M de ion. lit & 4 Il, Pc-
lais de Fontainebleau de n U UU. Versailles, la
Palais et les Tria... de Il li. à 4 b. lot jeu
de Paume de midi à 4 ft.
Veil" d la fpaee. les Cours et Confirentlfl..
A l'Elysée
Le Président de la République a reçu bier
Matin le ministre de Serbie à Paris, M. le
général Dalsleio, M. Dieudé-Defly, conseil-
1er maître à la Cour des comptes.
MM. Vaury et Sobier, président du triba-
liai de commerce de la Seine ; de Joly, pré-
f A1 de Maine-et-Loire ; Morellet, procureur
gênerai près la cour à'appel de Poitlera ; le
général de brigade Golard ; le capitaine de
vaisseau Forestier. M. Valenlinot, soas*
directeur au ministère de la marine ; lieu-
tenant-colonel Destenave, Le lIyre ae i Vit-
lors. président de la commission centrale
de la Société de géographie, accompagné de
MM. le comte do Tarenoe, et le baron Bu-
lot.
Bue[, IWRénieur civil des mines,
0. Saint-Prix, oréaident du Ç&Aud générai
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 79.25%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 79.25%.
- Auteurs similaires Bibliographie de la presse française politique et d'information générale Bibliographie de la presse française politique et d'information générale /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BIPFPIG00"
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k6706002k/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k6706002k/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k6706002k/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k6706002k/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k6706002k
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k6706002k
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k6706002k/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest