Titre : Revue contemporaine
Éditeur : [s.n.?] (Saint-Pétersbourg)
Date d'édition : 1913-05-04
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328566919
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 04 mai 1913 04 mai 1913
Description : 1913/05/04 (A4,T11,N80). 1913/05/04 (A4,T11,N80).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6248065m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-18251
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 24/06/2013
REVUE
CONTEMPORAINE
PARAISSANT TOUS LES SAMEDIS
QUATRIÈME ANNÉE SAMEDI 4 MAI 1913 N2 8 0
Editorial
4 Mai igi3
La crise balkanique s'achemine rapidement vers
sa liquidation générale. Et, s'il reste encore, du côté
des Iles et des frontières futures entre Alliés, des
imprécisions quelque peu flottantes, on peut, d'ores
et déjà, considérer comme définitifs les principaux
linéaments des Balkans de demain.
La grande vaincue, la Turquie, a cessé d'être
une puissance européenne. Rattachée à la terre d'Eu-
rope par sa capitale, elle n'a plus, à proprement par-
ler d'européen que quelques grands hôtels et quel-
ques banques. Il ne reste, de turc, qu'un peu de
couleur locale-des kiosques de plaisance, des tapis
d'orient, des minarets fouillés d'arabesques, bref le
théâtral décor auquel Loti et Farrère ont voué une
admiration passionnée, et qui suffira, nous l'espé-
rons très sincèrement, pour leur inspirer encore quel-
ques beaux volumes. Constantinople, à la merci du
premier coup de main, ne subsistera, comme capi-
tale, que grâce à l'ambiance internationale. La Byzance
moderne n'aura qu'une vie essentiellement factice. Ce
sera la ville des touristes, des littérateurs et des fi-
nanciers. Et, au risque de demeurer un pays dange-
reusement décentré, la Turquie devra se résoudre à
comprendre que son avenir, son seul avenir, est en
Asie, et que Brousse, au fond, est sa seule capitale
naturelle. Tant que, par vanité internationale, la Tur-
quie s'obstinera dans l'ambition d'avoir une capitale
dont au moins les ponts la relient à l'Europe, elle est
condamnée à jouer, dans le concert des puissances,
le rôle anémiant d'un malade sans espoir de guérir
et qui se leurre sur son apparente santé.
Les Jeunes-Turcs, il est vrai, sont encore de trop
tôt venus sur la scène de la grande politique pour
échapper au mirage des fausses grandeurs. Ils s'achar-
neront à demeurer européens. Oublieux de leurs ori-
gines, oublieux de l'immense territoire asiatique que,
pendant de longues années, les maladresses européen-
nes de la Turquie ne sont pas parvenues à épuiser,
ils continueront à tenir la place de comparse que
leur assigne leur faiblesse, mais ils auront, tout au
moins, la stérile illusion de ne point abdiquer devant la
fatalité. La Turquie d'Europe a été, depuis cinquante
ans, l'excroissance parasite alimentée par le tronc asiati-
que. Ses revenus n'ont jamais suffi à répondre aux besoins
modernes que lui reconnaissait l'Europe. Une doulou-
reuse expérience a prouvé à la Turquie que, pour être
une puissance européenne, il ne suffit pas d'avoir des
terres sur le même continent que Vienne et Berlin:
être européen, pour un asiatique, est un luxe, et ce
luxe coûte cher; il y a quelque dix ans, il se rédui-
sait au maintien d'une gendarmerie internationale en
Macédoine; depuis il a nécessité de grosses com-
mandes chez Krupp; aujourd'hui, trop hâtivement
badigeonné, le vernis européen s'est écaillé pour
découvrir l'inguérissable impuissance orientale à
s'adapter à la vie moderne. La défaite actuelle de la
Turquie est sa faillite européenne. Et si l'Europe est
arrivée à satisfaire d'implacables créanciers, des
créanciers historiques, sans une exécution intégrale
des biens européens du vaincu, il ne reste quand même
à la Turquie, comme à tout failli honorable, que
d'aller chercher fortune ailleurs au lieu de tenter de
se hausser au niveau des puissances réellement euro-
péennes.
Sans doute, il est dur de refouler des ambi-
tions séculaires; il est singulièrement amer de renon-
cer au rôle traditionnel de vainqueur. Mais ces ambi-
tions, aujourd'hui, n'ont plus de champ d'application:
il n'y a plus de rayas, il n'y a que des royaumes,
vigoureux, jeunes et forts, qui enserrent la Turquie
en un étau de fer. Essayer de prolonger le geste de
l'Osmanli antique serait une folie ou de la parade.
La Turquie est trop épuisée pour commettre une
folie: mais les Jeunes - Turcs sont-ils assez cruelle-
ment éprouvés pour pouvoir, au lieu de rechercher
des simulacres et de se passionner pour des coli-
fichets politiques, se rendre compte de leur dé-
chéance européenne et obéir à la voix de la
patrie?
Cette voix leur vient de leur patrie asiatique,
des profondeurs immenses dont Stamboul n'est que
l'écran prodigieux, un terminus théâtral. Cette voix
les appelle au travail productif, à la régénération na-
CONTEMPORAINE
PARAISSANT TOUS LES SAMEDIS
QUATRIÈME ANNÉE SAMEDI 4 MAI 1913 N2 8 0
Editorial
4 Mai igi3
La crise balkanique s'achemine rapidement vers
sa liquidation générale. Et, s'il reste encore, du côté
des Iles et des frontières futures entre Alliés, des
imprécisions quelque peu flottantes, on peut, d'ores
et déjà, considérer comme définitifs les principaux
linéaments des Balkans de demain.
La grande vaincue, la Turquie, a cessé d'être
une puissance européenne. Rattachée à la terre d'Eu-
rope par sa capitale, elle n'a plus, à proprement par-
ler d'européen que quelques grands hôtels et quel-
ques banques. Il ne reste, de turc, qu'un peu de
couleur locale-des kiosques de plaisance, des tapis
d'orient, des minarets fouillés d'arabesques, bref le
théâtral décor auquel Loti et Farrère ont voué une
admiration passionnée, et qui suffira, nous l'espé-
rons très sincèrement, pour leur inspirer encore quel-
ques beaux volumes. Constantinople, à la merci du
premier coup de main, ne subsistera, comme capi-
tale, que grâce à l'ambiance internationale. La Byzance
moderne n'aura qu'une vie essentiellement factice. Ce
sera la ville des touristes, des littérateurs et des fi-
nanciers. Et, au risque de demeurer un pays dange-
reusement décentré, la Turquie devra se résoudre à
comprendre que son avenir, son seul avenir, est en
Asie, et que Brousse, au fond, est sa seule capitale
naturelle. Tant que, par vanité internationale, la Tur-
quie s'obstinera dans l'ambition d'avoir une capitale
dont au moins les ponts la relient à l'Europe, elle est
condamnée à jouer, dans le concert des puissances,
le rôle anémiant d'un malade sans espoir de guérir
et qui se leurre sur son apparente santé.
Les Jeunes-Turcs, il est vrai, sont encore de trop
tôt venus sur la scène de la grande politique pour
échapper au mirage des fausses grandeurs. Ils s'achar-
neront à demeurer européens. Oublieux de leurs ori-
gines, oublieux de l'immense territoire asiatique que,
pendant de longues années, les maladresses européen-
nes de la Turquie ne sont pas parvenues à épuiser,
ils continueront à tenir la place de comparse que
leur assigne leur faiblesse, mais ils auront, tout au
moins, la stérile illusion de ne point abdiquer devant la
fatalité. La Turquie d'Europe a été, depuis cinquante
ans, l'excroissance parasite alimentée par le tronc asiati-
que. Ses revenus n'ont jamais suffi à répondre aux besoins
modernes que lui reconnaissait l'Europe. Une doulou-
reuse expérience a prouvé à la Turquie que, pour être
une puissance européenne, il ne suffit pas d'avoir des
terres sur le même continent que Vienne et Berlin:
être européen, pour un asiatique, est un luxe, et ce
luxe coûte cher; il y a quelque dix ans, il se rédui-
sait au maintien d'une gendarmerie internationale en
Macédoine; depuis il a nécessité de grosses com-
mandes chez Krupp; aujourd'hui, trop hâtivement
badigeonné, le vernis européen s'est écaillé pour
découvrir l'inguérissable impuissance orientale à
s'adapter à la vie moderne. La défaite actuelle de la
Turquie est sa faillite européenne. Et si l'Europe est
arrivée à satisfaire d'implacables créanciers, des
créanciers historiques, sans une exécution intégrale
des biens européens du vaincu, il ne reste quand même
à la Turquie, comme à tout failli honorable, que
d'aller chercher fortune ailleurs au lieu de tenter de
se hausser au niveau des puissances réellement euro-
péennes.
Sans doute, il est dur de refouler des ambi-
tions séculaires; il est singulièrement amer de renon-
cer au rôle traditionnel de vainqueur. Mais ces ambi-
tions, aujourd'hui, n'ont plus de champ d'application:
il n'y a plus de rayas, il n'y a que des royaumes,
vigoureux, jeunes et forts, qui enserrent la Turquie
en un étau de fer. Essayer de prolonger le geste de
l'Osmanli antique serait une folie ou de la parade.
La Turquie est trop épuisée pour commettre une
folie: mais les Jeunes - Turcs sont-ils assez cruelle-
ment éprouvés pour pouvoir, au lieu de rechercher
des simulacres et de se passionner pour des coli-
fichets politiques, se rendre compte de leur dé-
chéance européenne et obéir à la voix de la
patrie?
Cette voix leur vient de leur patrie asiatique,
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