Titre : Le Petit Parisien : journal quotidien du soir
Éditeur : Le Petit Parisien (Paris)
Date d'édition : 1921-11-02
Contributeur : Roujon, Jacques (1884-1971). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34419111x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 02 novembre 1921 02 novembre 1921
Description : 1921/11/02 (Numéro 16318). 1921/11/02 (Numéro 16318).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : La Grande Collecte Collection numérique : La Grande Collecte
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k604825c
Source : Bibliothèque nationale de France, Gr Fol-Lc2-3850
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 01/08/2008
TEMPS PROBABLE
REGION PARISIENNE
Vent tournant de l'ouest au
nord modéré. Couvert ou
très nuageux. Quelques on-
déos. Temps moins doux.
Nuft 5°. Jour
Barom. k midi, le 767.
EN FKAHCE
Vent dn nord, modéré, saut
Manche et Méditerranée où
il sera fort. Couvert ou très
nuageux.
Eclaircies dans l'Ouest, on-
dées dans l'Est. Plus frais.
SOLEIL: lev.6n.40; couch.4 h.M
LUNE pr. qu. le 7 pi. le U
ANNÉE. ? 16.318
MERCREDI
NOVEMBRE
Les Morts
ABONNEMENTS hais Imtt
Seine et S.-O. 12.50 46.»
France et Col. 13. u 26.n 48.»
Etranger M. » i> 8Î.»
le, RUE DTINGHIEN, PARTS
CINQ SEMAINES A MOSCOU
(DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCULE)
J'arrive de Moscou.
J'ai vécu cinq semaines, perdue dans
la ville et dans la révolution.
J'ai vu la misère. J'ai rencontré la
faim. Et, surtout; j'ai assisté à l'enfan-
tement, prodigieux dans sa douleur
comme dans sa joie, de la Russie nou-
velle, qui sera la Russie de demain.
Le lundi 12 septembre, à la nuit, je
montais dans le wagon du courrier des
soviets qui stationnait sur les larges
voies russes de la gare de Riga, et qui,
en quarante heures de voyage, douce-
ment, à travers une plaine éclairée par
un immense ciel gris, devait arriver
chez la.« petite-mère Moscou», la cité
des tsars et de Lenine, des popes et de
Karl Marx, de la police secrète et de la
Troisième Internationale.
Dans la campagne des étangs, des
sapi-ns, des landes, des maisonnettes de
bois noir, pauvres une seule richesse,
celle des bouleaux avec les soies blan-
ches de leurs troncs et l'or fauve de leurs
feuillages.
A l'intérieur du train le naïf com-
missaire d'un navire-hôpital de la flotte
rouge, un intellectuel peureux et bavard,
une femme communiste désordonnée et
convaincue, un général, compagnon de
Troiski, qui fumait de vieilles cigarettes
aux armes impémles, un ouater mem-
bre actif du Profintern (Internationale
syndicale rouge) et des journalistes de
New-York, bien chaussés, caparaçonnés
de kodaks et d'underwoods toute la
révolution déjà qui, provisoirement, se
battait, le soir, avec des bougies récalci-
trantes et le jour avec des samovars mal
rétamés.
Véra G. la communiste, en m'expli-
quant le rôle de la femme dans l'Etat
futur, affirmait
« La révolution a libéré la femme de
l'esclavage dont elle souffre dans la
société bourgeoise. Je m'appartiens.
Mon enfant est à moi et, si je ne veux
pas le lui dire, il ne saura pas le nom
de son père. Si je ne peux pas l'élever,
la société l'élévera. L'amour, telle est
ma loi.
Malheureusement, ajoutait-elle sans
sourire, les hommes ne pratiquent pas
toujours les principes qu'ils défendent
et nous avons encore beaucoup à lutter
la détresse du pays est trop grande. »
Plus tard, je devais mieux apprécier
le sens de ces paroles et ne pas tarder à
apercevoir que dans aucun pays la vie
de la femme n'était plus dure que dans
la République socialiste fédérative des
fac-similé du reçu des 1H.SÎ0 roubles versés
soviets qui, en lui conférant tous ses
droits, lui avait retiré tous ses privilè-
ges. Tandis que je me promettais, aussi-
tôt arrivée, d'aller rendre visite à Alexan-
dra Kallontaï, la célèbre et charmante
commissaire à l'Assistance publique des
premiers temps du bolchevisme, j'en-
tendais R. l'ouvrier, qui disait aux
Américains
« La situation des Etats-Unis est
mauvaise. La révolte gronde. Prenez
garde, vous, les capitalistes. Le travail-
leur souffre. »
Tranquillement, le compatriote de
Hoover répondait
« My dear fellow, ce n'est pas chez
nous qu'il crève de besoin. »
Il y avait quelque chose d'héroïque,
cependant, dans la manière dont R.
développait ses rêves, au mépris des
leçons immédiates de la réalité.
Ce conflit de l'imagination et des faits,
là, dans le couloir où passait et repassait
le profil sémite de la tête à casquette du
chef de convoi ce conflit déjà m'em-
poignait. Il a toujours été, il est encore
un des drames essentiels du devenir
slave.
Et vous êtes Française ? questionna
R. en se tournant vers moi.
Oui, répondis-je.
Des mouvements divers agitèrent le
cercle des discoureurs. Toute la Répu-
blique des soviets, à cette époque, fré-
missait de colère contre M. Noulens, et
contre la Pologne, alliée de l'Entente.
Je suis chargée, par lc plus grand
journal de mon pays, d'étudier quels
remède.s peuvent être apportés aux dé-
sastres causés par la famine. Je viens
sa adversaire de votre régime, mais en
amie de votre peuple, indépendante,
aussi bien des intérêts des partis com-
munistes occidentaux que des thèses de
(l'émigration russe à l'étranger, seule. Je
veux en toute loyauté, et humainement,
comprendre votre situation et la juger.
.-= Bien, me répondit R. non sans
fierté, vous êtes sous la protection de
notre gouvernement,.
Et si, à votre retour, vous voyez Mille-
rand, ajouta-t-il au bout d'un instant,
vous lui direz bonjour. Il se rappellera,
peut-être, son ancien client, aujourd'hui
son ennemi politique, qu'il défendit avec
tant d'éloquence dans le procès des ter-
roristes russes, il y a quelque vingt
Nous approchions. Chacun bouclait
se: sacs et comptait ses millions de
flonfusémeni, une sensation s'em-
parait de moi, ne devait plus me quitter,
en paiement de 13 épreuves photographiques
mais s'accroître, se préciser, me forcer
même à une revision de tous les princi-
pes de la civilisation qui m'avaient édu-
quée. La-bas, à Moscou, citadelle véné-
rée des uns, citadelle maudite des autres,
ou toutes les traditions ont été démolies,
où chacun vit férocement pour soi, tout
en peinant pour le bien idëal des autres,
l'individu ne vaut que ce qu'il vaut. Il
n'a pas d'argent il n'a plus de famille.
Aussi meurt-il quand il est faible, ne
survit-il que s'il est fort consécration
de la suprême inéga.lité qui est celle de
la nature même, lorsqu'une société dis-
parue ne la dissimule plus, et qu'une
société nouvelle ne la corrige pas encore.
A la gare'de Windawa il pleuva.it.
Une atmosphère i; la fois fiévreuse et
accablée enveloppait. les gens et les
choses. Un cocher hirsute me conduisit,
au pas hésitant de son cheva,l, vers une
demeure amie. Il lâchait ses rênes pour
se signer devant chaque minuscule
église. Je contemplais Les demeures dé-
les boulevards plantés d'arbres,
dont les branches avaient été arrachées
pendant. l'hiver pour alimenter les poê-
les. La tâche m'apparaissait si difficile
que la devise de Guillaume le Taciturne,
qui, maintenant, résume peut-être la
pensée de bien
me revenait à la mémoire « Point n'est
besoin d'espérer pour entreprendre, ni
de réussir pour persévérer. »
Ma première impress.ion était donc
d'une infinie tristesse.
(A suivre) L. Weias.
DEUX INFIRMIÈRES
empoisonnées par des bonbons
envoyés dans une boîte recommandée
Est-ce bien M. Allardit, d'Agen, qui a
expédié le colis ou s'est-on servi
de son nom ?
Toulouse, i" nov. (dép. Petit Parisien.)
Une infirmière, Mme Marie Maurette,
trente-six ans, recevait, hier, de Périgueux,
une boîte recommandée contenant des pas-
tilles de chocolat, au milieu desquelles se
trouvait une sorte de gros fruit confit de
couleur jaunâtre.
Ce fruit tenta L'infirmière, qui le parta-
gea avec sa collègue, Marie Aimeras, mais,
toutes deux furent-aussitôt prises de vio-
lentes douleurs et de vomissements abon-
dants.
Mme Marie Aimeras regagna l'Hôtel-
Dieu, où elle ne tarda pas à décéder.
L'état de Mme Marie Maurette, trans-
portée à l'Hôtel-Dieu, s'étanb grandement
amélioré, le jugo d'instruction a pu l'in-
terroger dans l'après-midi.
Mme Maurette, qui est séparée de son
mari, M. Olivot, depuis trois ans, a déclaré
que ledit M. GLivot habite Agen, où il est
préparateur eri pharmacie, et, coïncidence
troublante, l'expéditeur des bonbons em-
poisonnés, qui se nomme Allardit, d'après
les indications apposées sur la boîte, était
précisément, il y a trôis ans, un commen-
sal du ménage à Agen.
Est-il fauteur de l'envoi ? S'est-on servi
de son nom ? Nous serons bientôt fixés à
ce sujet, car un commissaire et un inspec-
teur de la brigade mobile sont partis pour
Agem, en auto, afin d'enquêter.
Les bonbons empoisonnés vont être ana-
lysés et. l'autopsie de la malheureuse
infirmière morte aura lieu demain.
LES MORTS
La tristesse de ces jours de deuil aurait
plus d'amertume encore si nous n'avions
la consolation de sentir qu'ils ne sont pas
morts pour rien.
'On frémit à hl pensée de ce qu'eût été
notre vie à tous, si la victoire n'avait pas
couronné leur martyre. Il nous aurait
fallu subir de nouvelles amputations de
territoire, 4ivrer à l'Allemagne notre ré-
gion minière de Briey, "peut-être nos char-
bonnages du Nord et du Pas-de-Calais,
travailler comme des esclaves pour payer
la monstrueuse indemnité de guerre qui
nous attendait et ce qui est plus grave,
après une défaite qui aurait, cette fois,
rayé la France du rang des grandes na-
tions, nous aurions perdu toute confiance
en nous, et nous aurions laissé aux en-
fants de ce pays une âme de vaincus.
Mais ils ont tenu bon sous la plus ter-
rible rafale que des hommes aient jamais
eu à affronter ils ont tenu plus de quatre
ans, sans défaillance ils sont morts au
nombre de 1.500.000. Mais grâce à eux, la
France vit. Elle a repris confiance en
elle-même elle a retrouvé ses enfants
perdus en 1871 elle a reconquis non seu-
lement le grand renom militaire, mais le
prestige spirituel et la force de rayonne-
ment qu'elle avait perdus après Sedan.
Elle est redevenue aux yeux du monde la
grande nation vers laquelle se tournent
toutes les nations à qui sa victoire a rendu
la vie ou l'indépendance, vers laquelle se
tournent les hommes de bonne volonté de
toute la terre, qui rêvent, comme elle, une
thugianité d'où le fléau de la guerre sera à
jamais banni.
Hier, au^îessils de tous les cimetières
de France, planaient de la gloire et d'im-
menses espérances.
LE VOYAGE DE M. BRIAND A WASHINGTON
Le "La-Fayette", pris dans la brume
navigue à la sirène
Mardi 1" novembre (dép. Bavas.)
(A bord du La-Fallette.)
Après deux journées de traversée calme,
Je La-Fayette, à bord duquel se trouvent
M.- Briand et les membres de la délégation
française à la conférence de Washington,
est entré dans les régions plus agitées de'
l'Atlantique. Ce matin, la brise est forte
et la brume assez épaisse. Le La-Fa'1jette
navigue à la sirène.
LE OÉSARWEIBENT DE L'ALLEMAGNE
Les onvrîers des usines ffolliaii
fÉSGitileirji loups ischlin
Mayer.ce, 1" nov. fdép. Petit Parisien.)
ajpArCe-roatin ara lieu l'assemblée du con-
seil d'exploitation et de la direction des
Usines Wolfiang, succursale de la « Deut-
sohe Werke » (usines de l'Etat allemand).
On y a discuté les mesures qu'il convenait
de prendre à la suite de la décision de la
commission de contrôle interalliée exi-
geant la fermeture des « Deutsche Werke »
pour le 30 novembre prochain. L'assemblée
a vivement protesté contre cette nouvelle
exigence de la commission de contrôle et
a déclaré que cette fois-ci elle ne céderait
pas aux Français et qu'elle refuserait ca-
tégoriquement d'exécuter l'ordre de des-
truction des machines. Les ouvriers ne dé-
truiront les usines que contraints par la
force armée.
Une résolution a été adoptée à l'unani-
mité, disant que les exigences de la com-
mission interalliée sont contraires au
traité de Versailles, attendu que les ou-
vriers font tout ce qu'ils peuvent pour
transformer les usines en un « lieu de tra-
vail » dans lequel on ne fabriquera plus
d'engins de guerre. »
« La de.struction des usines, dit l'ordre
du jour, priverait de leur gagne-pain plu-
sieurs dizaines de milliers d'ouvriers alle-
mands. »
Dans les milieux ouvriers francfortois,
l'excitation est grande aussi craint-on.
pour le 9 novembre, jour anniversaire de
la révolution, de graves troubles.
Le cabinet prussien a démissionné
Berlin, 1er nov. (dép. Petit Parisien.)
Le cabinet prussien a remis, ce soir, sa
démission. La raison officiellement donnée
de cette détermination est l'échec complet
des négociations menées par le président
Stegervald en vue d'élargir la coalition
ministérielle prussienne, composée jus-
qu ici de démocrates et de centristes.
La raison déterminante doit plutôt être
cherchée dans la lettre que la fraction
démocrate de la Diète de Prusse a adressée
aujourd'hui à M. Stegervald pour l'infor-
mer qu'elle avait décidé le rappel de ses
deux ministres dans le cabinet M. Domi-
nicus, ministre de l'Intérieur, et M. Fisch-
brek. ministre du Commerce.
Voir en Dernière Heure un grand dis-
cours de Foch à la Légion Américaine.
AVANT LE PROCÈS LANDRU
LES PREPARATIFS AU PALAIS DE JUSTICE DE VERSAILLES
Les dernières pièces à conviction y sont arrivées hier
C'est jeudi que s'ouvre à Versailles la
session des assises, dont la majeure par-
tie sera consacrée au procès Landru.
Aussi les travaux d'aménagement de la
salle et de ses abords, qui doivent être
complètement terminés le matin de la
première audience, sont-ils poussés ac-
tivement.
Les huit bancs, garnis de pupitres, ré-
servés aux chroniqueurs judiciaires ont
reçu le dernier coup de rabot. Le conseil-
ler Gilbert, le très aimable président des
assises, a fait ce qu'il a pu pour être
agréable aux représentants' de la presse,
mais il est à craindre que ceux-ci, en dé-
pit des attentions dont ils sout l'objet, se
trouvent fort à l'étroit. Huit bancs.
Huit pauvres petits bancs pour tous les en-
voyés spéciaux et correspondants des prin-
cipaux journaux et revues d'Europe et
d'Amérique les exploits de Landru
n'ont-ils pas eu un retentissement mon-
dial ? c'est vraiment peu.
L'exiguïté de la salle, hélas ne permet
pas de faire mieux. Elle est minuscule
cette salle des assises de Versailles, ce qui
n'empêche point d'ailleurs que de multi-
ples procès, cassés pour vice de forme à
Paris, y ont été jugés. en dernier ressort
.et bien jugés.
L'ingénieur de Gambais n'a rien négligé.
on le sait, pour retarder la date de sa com-
parution devant le jury; mais dans les
confidences qu'il a faites à ses gardiens,
il n'a point célé que s'il avait pu prévoir
que la cour de Rouen le renverrait à Ver-
sailles, il n'aurait eu garde de s'égarer
dans le fameux maquis. C'est que Landru,
procédurier endurci, connaît de longue
date la réputation de sévérité des jurés
de Seine-et-Oise, et il se demande avec
inquiétude s'il parviendra, même avec le
précieux concours de l'éloquence et la
fougue de son éminent défenseur, à les
persuader de son innocence.
Notons, en passant, que la liste des
trente-six honorables citoyens, parmi les-
quels le sort désignera les douze jurés ap-
pelés à siéger, comprend un ouvrier ma-
çon, trois marçhands de vin et hôteliers,
onze propriétaires, six rentiers, un em-
ployé de la Ville de Paris, deux entrepre-
neurs, deux retraités, un représentant de
commerce, un coupeur de chaussures, un
ancien négociant, sept agriculteurs. Les
quatre jurés supplémentaires, tous domi-
ciliés à Versailles, sont un rentier, un
employé, un mécanicien, un propriétaire.
En attendant l'heure- où le rideau se
lèvera sur cette affaire sensationnelle. les
pièces S conviction continuent à s'accu-
muler dans les saldes du Palais de Justice,
qui de plus en plus prennent l'aspect d'un
vaste magasin de brocante.
Hier encore, des inspecteurs de la po-
lice judiciaire ont apporté un certain
nombre de scellés qui, la salle des témoins
étant archi-comble, ont été déposés dans
le bureau réservé au procureur de la Ré-
publique. Ces scellés sont de beaucoup les
plus importants et ils méritaient d'être
mis à part. On remarque notamment une
caisse en forme de cercueil renfermant
indique l'étiquette des « os indéter-
minés » provenant de Gambais quatre
boîtes de 0 m. 40 sur 0 m. 30 contenant,
celles-là, des ossements humains identi-
fiés les carnets, les fameux carnets, te-
nus soigneusement à jour par Landru et
portant, nous déclare un policier, « j;u
liste officielle » des victimes. C'est dé-
tail macabre dans un omnibus de l'ad-
ministration des Pompes funèbres, attelé
de deux chevaux noirs, que les agents de
la sûreté ont transféré de Paris à Versail-
les les pièces ci-dessus énumérées.
Si Landru, son avocat et tous ceux,
magistrats, jurés, témoins, journalistes,
qui, par devoir, devront demeurer durant
plusieurs semaines entassés dans la salle
d'audience voient arriver sans plaisir la
date du procès, il n'en est pas de même
dea commerçants; restaurateurs, débitants
de vin et de tabac, marchands de cartes
postales, dont les maisons avoisinent la
place r,ies Tribunaux.
On ne doit pas oublier qu'en cas d'ac-
quittement le sire de Gambais aurait à
purger une condamnation antérieure à
cinq ans de réclusion, prononcée contre
lui pour escroquerie. Quel que soit le ver-
dict du jury, il ne recouvrera donc pas la
LA VERIDIQUE HISTOIRE DE LANDRU
LE BARBE.BLEUE DE GAMBAIS
Vers la fin de l'année 1918, au moment
où chacun ne songeait qu'à la paix enfin
revenue, la police recherchait trois femmes
disparues. et ne trouva qu'un homme, le
nommé Landru
Nous avons vu comment l'enquête des
policiers les conduisit de la rue de Roche-
chouart à la villa de Gambais, et comment
ils en vinrent à la certitude que les sieurs
Nattier, Freniiet, Gui!let et Dupont
n'étaient en définitive qu'un seul malfai-
teur en quatre individus, et que ce mal-
faiteur était justement le contumax Henri-
Désiré Landru, condamné maintes fois
pour escroqueries, entre les années 1900
et 1914, et passible de la relégation.
La prise était bonne. Meilleure :nbmo
que l'on ne pensa tout d'abord. Le banal
escroc d'autrefois apparaissait dans un
jour nouveau, sous des traits inquiétants
et sinistres. Alors qu'on s'en remettait au
hasard pour retrouver un comptable faus-
sairé et prévaricateur on mettrait la main
sur l'un des plu« fameux personnages dont
le nom fut jarrais inscrit au répertoire des
grandes affaires criminelles.
Interrogé sur l'emploi de son temps de-
puis le début de la guerre. Landru se tai-
sait Car dès 1" premier jour, il s'en tint à
ce moyen de défense élémentaire. C'est un
homme instruit en maintes choses et no-
tamment en l'histoire du crime. Il n'oublie
pas la leçon qj'Avinain inscrivit aux murs
de son cachot ̃< N'avouez jamais »
Donc Landru rommença de se. taire. Mal-;
heureusement pour lui ses dossiers »
parlèrent à sa place. Landru. en effet, éta-
blissait soigneusement le mémento quoti-
dien de ses acies, tant il est vrai que les
coquins les plu-- circonspect- ne peuvent se
retenir de quelque indiscrétion qui finit
par les perdre.
Il y avait itone. chez Landru un dossier
dont la police «'empara. A la lecture de
yvn pièces, quel,le révélation Il en ressor-
'ait que, durant les années où l'on avait
perdu sa trace, Landru avait méthodique-
ment poursuivi une vaste entreprise d es-
--roqueries au mariage s'achevant en dé-
nouements tragiques.
Ce n'était pas moins de 283 noms de
temmes qui apparaissaient dans les dos-
tiers, les upee attitrées par les annonces
que Landru publiait dans les journaux
les autres rencontrée au hasard de ses
courses et de ses promenades. Pour la plu-
REGION PARISIENNE
Vent tournant de l'ouest au
nord modéré. Couvert ou
très nuageux. Quelques on-
déos. Temps moins doux.
Nuft 5°. Jour
Barom. k midi, le 767.
EN FKAHCE
Vent dn nord, modéré, saut
Manche et Méditerranée où
il sera fort. Couvert ou très
nuageux.
Eclaircies dans l'Ouest, on-
dées dans l'Est. Plus frais.
SOLEIL: lev.6n.40; couch.4 h.M
LUNE pr. qu. le 7 pi. le U
ANNÉE. ? 16.318
MERCREDI
NOVEMBRE
Les Morts
ABONNEMENTS hais Imtt
Seine et S.-O. 12.50 46.»
France et Col. 13. u 26.n 48.»
Etranger M. » i> 8Î.»
le, RUE DTINGHIEN, PARTS
CINQ SEMAINES A MOSCOU
(DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCULE)
J'arrive de Moscou.
J'ai vécu cinq semaines, perdue dans
la ville et dans la révolution.
J'ai vu la misère. J'ai rencontré la
faim. Et, surtout; j'ai assisté à l'enfan-
tement, prodigieux dans sa douleur
comme dans sa joie, de la Russie nou-
velle, qui sera la Russie de demain.
Le lundi 12 septembre, à la nuit, je
montais dans le wagon du courrier des
soviets qui stationnait sur les larges
voies russes de la gare de Riga, et qui,
en quarante heures de voyage, douce-
ment, à travers une plaine éclairée par
un immense ciel gris, devait arriver
chez la.« petite-mère Moscou», la cité
des tsars et de Lenine, des popes et de
Karl Marx, de la police secrète et de la
Troisième Internationale.
Dans la campagne des étangs, des
sapi-ns, des landes, des maisonnettes de
bois noir, pauvres une seule richesse,
celle des bouleaux avec les soies blan-
ches de leurs troncs et l'or fauve de leurs
feuillages.
A l'intérieur du train le naïf com-
missaire d'un navire-hôpital de la flotte
rouge, un intellectuel peureux et bavard,
une femme communiste désordonnée et
convaincue, un général, compagnon de
Troiski, qui fumait de vieilles cigarettes
aux armes impémles, un ouater mem-
bre actif du Profintern (Internationale
syndicale rouge) et des journalistes de
New-York, bien chaussés, caparaçonnés
de kodaks et d'underwoods toute la
révolution déjà qui, provisoirement, se
battait, le soir, avec des bougies récalci-
trantes et le jour avec des samovars mal
rétamés.
Véra G. la communiste, en m'expli-
quant le rôle de la femme dans l'Etat
futur, affirmait
« La révolution a libéré la femme de
l'esclavage dont elle souffre dans la
société bourgeoise. Je m'appartiens.
Mon enfant est à moi et, si je ne veux
pas le lui dire, il ne saura pas le nom
de son père. Si je ne peux pas l'élever,
la société l'élévera. L'amour, telle est
ma loi.
Malheureusement, ajoutait-elle sans
sourire, les hommes ne pratiquent pas
toujours les principes qu'ils défendent
et nous avons encore beaucoup à lutter
la détresse du pays est trop grande. »
Plus tard, je devais mieux apprécier
le sens de ces paroles et ne pas tarder à
apercevoir que dans aucun pays la vie
de la femme n'était plus dure que dans
la République socialiste fédérative des
fac-similé du reçu des 1H.SÎ0 roubles versés
soviets qui, en lui conférant tous ses
droits, lui avait retiré tous ses privilè-
ges. Tandis que je me promettais, aussi-
tôt arrivée, d'aller rendre visite à Alexan-
dra Kallontaï, la célèbre et charmante
commissaire à l'Assistance publique des
premiers temps du bolchevisme, j'en-
tendais R. l'ouvrier, qui disait aux
Américains
« La situation des Etats-Unis est
mauvaise. La révolte gronde. Prenez
garde, vous, les capitalistes. Le travail-
leur souffre. »
Tranquillement, le compatriote de
Hoover répondait
« My dear fellow, ce n'est pas chez
nous qu'il crève de besoin. »
Il y avait quelque chose d'héroïque,
cependant, dans la manière dont R.
développait ses rêves, au mépris des
leçons immédiates de la réalité.
Ce conflit de l'imagination et des faits,
là, dans le couloir où passait et repassait
le profil sémite de la tête à casquette du
chef de convoi ce conflit déjà m'em-
poignait. Il a toujours été, il est encore
un des drames essentiels du devenir
slave.
Et vous êtes Française ? questionna
R. en se tournant vers moi.
Oui, répondis-je.
Des mouvements divers agitèrent le
cercle des discoureurs. Toute la Répu-
blique des soviets, à cette époque, fré-
missait de colère contre M. Noulens, et
contre la Pologne, alliée de l'Entente.
Je suis chargée, par lc plus grand
journal de mon pays, d'étudier quels
remède.s peuvent être apportés aux dé-
sastres causés par la famine. Je viens
sa adversaire de votre régime, mais en
amie de votre peuple, indépendante,
aussi bien des intérêts des partis com-
munistes occidentaux que des thèses de
(l'émigration russe à l'étranger, seule. Je
veux en toute loyauté, et humainement,
comprendre votre situation et la juger.
.-= Bien, me répondit R. non sans
fierté, vous êtes sous la protection de
notre gouvernement,.
Et si, à votre retour, vous voyez Mille-
rand, ajouta-t-il au bout d'un instant,
vous lui direz bonjour. Il se rappellera,
peut-être, son ancien client, aujourd'hui
son ennemi politique, qu'il défendit avec
tant d'éloquence dans le procès des ter-
roristes russes, il y a quelque vingt
Nous approchions. Chacun bouclait
se: sacs et comptait ses millions de
flonfusémeni, une sensation s'em-
parait de moi, ne devait plus me quitter,
en paiement de 13 épreuves photographiques
mais s'accroître, se préciser, me forcer
même à une revision de tous les princi-
pes de la civilisation qui m'avaient édu-
quée. La-bas, à Moscou, citadelle véné-
rée des uns, citadelle maudite des autres,
ou toutes les traditions ont été démolies,
où chacun vit férocement pour soi, tout
en peinant pour le bien idëal des autres,
l'individu ne vaut que ce qu'il vaut. Il
n'a pas d'argent il n'a plus de famille.
Aussi meurt-il quand il est faible, ne
survit-il que s'il est fort consécration
de la suprême inéga.lité qui est celle de
la nature même, lorsqu'une société dis-
parue ne la dissimule plus, et qu'une
société nouvelle ne la corrige pas encore.
A la gare'de Windawa il pleuva.it.
Une atmosphère i; la fois fiévreuse et
accablée enveloppait. les gens et les
choses. Un cocher hirsute me conduisit,
au pas hésitant de son cheva,l, vers une
demeure amie. Il lâchait ses rênes pour
se signer devant chaque minuscule
église. Je contemplais Les demeures dé-
les boulevards plantés d'arbres,
dont les branches avaient été arrachées
pendant. l'hiver pour alimenter les poê-
les. La tâche m'apparaissait si difficile
que la devise de Guillaume le Taciturne,
qui, maintenant, résume peut-être la
pensée de bien
me revenait à la mémoire « Point n'est
besoin d'espérer pour entreprendre, ni
de réussir pour persévérer. »
Ma première impress.ion était donc
d'une infinie tristesse.
(A suivre) L. Weias.
DEUX INFIRMIÈRES
empoisonnées par des bonbons
envoyés dans une boîte recommandée
Est-ce bien M. Allardit, d'Agen, qui a
expédié le colis ou s'est-on servi
de son nom ?
Toulouse, i" nov. (dép. Petit Parisien.)
Une infirmière, Mme Marie Maurette,
trente-six ans, recevait, hier, de Périgueux,
une boîte recommandée contenant des pas-
tilles de chocolat, au milieu desquelles se
trouvait une sorte de gros fruit confit de
couleur jaunâtre.
Ce fruit tenta L'infirmière, qui le parta-
gea avec sa collègue, Marie Aimeras, mais,
toutes deux furent-aussitôt prises de vio-
lentes douleurs et de vomissements abon-
dants.
Mme Marie Aimeras regagna l'Hôtel-
Dieu, où elle ne tarda pas à décéder.
L'état de Mme Marie Maurette, trans-
portée à l'Hôtel-Dieu, s'étanb grandement
amélioré, le jugo d'instruction a pu l'in-
terroger dans l'après-midi.
Mme Maurette, qui est séparée de son
mari, M. Olivot, depuis trois ans, a déclaré
que ledit M. GLivot habite Agen, où il est
préparateur eri pharmacie, et, coïncidence
troublante, l'expéditeur des bonbons em-
poisonnés, qui se nomme Allardit, d'après
les indications apposées sur la boîte, était
précisément, il y a trôis ans, un commen-
sal du ménage à Agen.
Est-il fauteur de l'envoi ? S'est-on servi
de son nom ? Nous serons bientôt fixés à
ce sujet, car un commissaire et un inspec-
teur de la brigade mobile sont partis pour
Agem, en auto, afin d'enquêter.
Les bonbons empoisonnés vont être ana-
lysés et. l'autopsie de la malheureuse
infirmière morte aura lieu demain.
LES MORTS
La tristesse de ces jours de deuil aurait
plus d'amertume encore si nous n'avions
la consolation de sentir qu'ils ne sont pas
morts pour rien.
'On frémit à hl pensée de ce qu'eût été
notre vie à tous, si la victoire n'avait pas
couronné leur martyre. Il nous aurait
fallu subir de nouvelles amputations de
territoire, 4ivrer à l'Allemagne notre ré-
gion minière de Briey, "peut-être nos char-
bonnages du Nord et du Pas-de-Calais,
travailler comme des esclaves pour payer
la monstrueuse indemnité de guerre qui
nous attendait et ce qui est plus grave,
après une défaite qui aurait, cette fois,
rayé la France du rang des grandes na-
tions, nous aurions perdu toute confiance
en nous, et nous aurions laissé aux en-
fants de ce pays une âme de vaincus.
Mais ils ont tenu bon sous la plus ter-
rible rafale que des hommes aient jamais
eu à affronter ils ont tenu plus de quatre
ans, sans défaillance ils sont morts au
nombre de 1.500.000. Mais grâce à eux, la
France vit. Elle a repris confiance en
elle-même elle a retrouvé ses enfants
perdus en 1871 elle a reconquis non seu-
lement le grand renom militaire, mais le
prestige spirituel et la force de rayonne-
ment qu'elle avait perdus après Sedan.
Elle est redevenue aux yeux du monde la
grande nation vers laquelle se tournent
toutes les nations à qui sa victoire a rendu
la vie ou l'indépendance, vers laquelle se
tournent les hommes de bonne volonté de
toute la terre, qui rêvent, comme elle, une
thugianité d'où le fléau de la guerre sera à
jamais banni.
Hier, au^îessils de tous les cimetières
de France, planaient de la gloire et d'im-
menses espérances.
LE VOYAGE DE M. BRIAND A WASHINGTON
Le "La-Fayette", pris dans la brume
navigue à la sirène
Mardi 1" novembre (dép. Bavas.)
(A bord du La-Fallette.)
Après deux journées de traversée calme,
Je La-Fayette, à bord duquel se trouvent
M.- Briand et les membres de la délégation
française à la conférence de Washington,
est entré dans les régions plus agitées de'
l'Atlantique. Ce matin, la brise est forte
et la brume assez épaisse. Le La-Fa'1jette
navigue à la sirène.
LE OÉSARWEIBENT DE L'ALLEMAGNE
Les onvrîers des usines ffolliaii
fÉSGitileirji loups ischlin
Mayer.ce, 1" nov. fdép. Petit Parisien.)
ajpArCe-roatin ara lieu l'assemblée du con-
seil d'exploitation et de la direction des
Usines Wolfiang, succursale de la « Deut-
sohe Werke » (usines de l'Etat allemand).
On y a discuté les mesures qu'il convenait
de prendre à la suite de la décision de la
commission de contrôle interalliée exi-
geant la fermeture des « Deutsche Werke »
pour le 30 novembre prochain. L'assemblée
a vivement protesté contre cette nouvelle
exigence de la commission de contrôle et
a déclaré que cette fois-ci elle ne céderait
pas aux Français et qu'elle refuserait ca-
tégoriquement d'exécuter l'ordre de des-
truction des machines. Les ouvriers ne dé-
truiront les usines que contraints par la
force armée.
Une résolution a été adoptée à l'unani-
mité, disant que les exigences de la com-
mission interalliée sont contraires au
traité de Versailles, attendu que les ou-
vriers font tout ce qu'ils peuvent pour
transformer les usines en un « lieu de tra-
vail » dans lequel on ne fabriquera plus
d'engins de guerre. »
« La de.struction des usines, dit l'ordre
du jour, priverait de leur gagne-pain plu-
sieurs dizaines de milliers d'ouvriers alle-
mands. »
Dans les milieux ouvriers francfortois,
l'excitation est grande aussi craint-on.
pour le 9 novembre, jour anniversaire de
la révolution, de graves troubles.
Le cabinet prussien a démissionné
Berlin, 1er nov. (dép. Petit Parisien.)
Le cabinet prussien a remis, ce soir, sa
démission. La raison officiellement donnée
de cette détermination est l'échec complet
des négociations menées par le président
Stegervald en vue d'élargir la coalition
ministérielle prussienne, composée jus-
qu ici de démocrates et de centristes.
La raison déterminante doit plutôt être
cherchée dans la lettre que la fraction
démocrate de la Diète de Prusse a adressée
aujourd'hui à M. Stegervald pour l'infor-
mer qu'elle avait décidé le rappel de ses
deux ministres dans le cabinet M. Domi-
nicus, ministre de l'Intérieur, et M. Fisch-
brek. ministre du Commerce.
Voir en Dernière Heure un grand dis-
cours de Foch à la Légion Américaine.
AVANT LE PROCÈS LANDRU
LES PREPARATIFS AU PALAIS DE JUSTICE DE VERSAILLES
Les dernières pièces à conviction y sont arrivées hier
C'est jeudi que s'ouvre à Versailles la
session des assises, dont la majeure par-
tie sera consacrée au procès Landru.
Aussi les travaux d'aménagement de la
salle et de ses abords, qui doivent être
complètement terminés le matin de la
première audience, sont-ils poussés ac-
tivement.
Les huit bancs, garnis de pupitres, ré-
servés aux chroniqueurs judiciaires ont
reçu le dernier coup de rabot. Le conseil-
ler Gilbert, le très aimable président des
assises, a fait ce qu'il a pu pour être
agréable aux représentants' de la presse,
mais il est à craindre que ceux-ci, en dé-
pit des attentions dont ils sout l'objet, se
trouvent fort à l'étroit. Huit bancs.
Huit pauvres petits bancs pour tous les en-
voyés spéciaux et correspondants des prin-
cipaux journaux et revues d'Europe et
d'Amérique les exploits de Landru
n'ont-ils pas eu un retentissement mon-
dial ? c'est vraiment peu.
L'exiguïté de la salle, hélas ne permet
pas de faire mieux. Elle est minuscule
cette salle des assises de Versailles, ce qui
n'empêche point d'ailleurs que de multi-
ples procès, cassés pour vice de forme à
Paris, y ont été jugés. en dernier ressort
.et bien jugés.
L'ingénieur de Gambais n'a rien négligé.
on le sait, pour retarder la date de sa com-
parution devant le jury; mais dans les
confidences qu'il a faites à ses gardiens,
il n'a point célé que s'il avait pu prévoir
que la cour de Rouen le renverrait à Ver-
sailles, il n'aurait eu garde de s'égarer
dans le fameux maquis. C'est que Landru,
procédurier endurci, connaît de longue
date la réputation de sévérité des jurés
de Seine-et-Oise, et il se demande avec
inquiétude s'il parviendra, même avec le
précieux concours de l'éloquence et la
fougue de son éminent défenseur, à les
persuader de son innocence.
Notons, en passant, que la liste des
trente-six honorables citoyens, parmi les-
quels le sort désignera les douze jurés ap-
pelés à siéger, comprend un ouvrier ma-
çon, trois marçhands de vin et hôteliers,
onze propriétaires, six rentiers, un em-
ployé de la Ville de Paris, deux entrepre-
neurs, deux retraités, un représentant de
commerce, un coupeur de chaussures, un
ancien négociant, sept agriculteurs. Les
quatre jurés supplémentaires, tous domi-
ciliés à Versailles, sont un rentier, un
employé, un mécanicien, un propriétaire.
En attendant l'heure- où le rideau se
lèvera sur cette affaire sensationnelle. les
pièces S conviction continuent à s'accu-
muler dans les saldes du Palais de Justice,
qui de plus en plus prennent l'aspect d'un
vaste magasin de brocante.
Hier encore, des inspecteurs de la po-
lice judiciaire ont apporté un certain
nombre de scellés qui, la salle des témoins
étant archi-comble, ont été déposés dans
le bureau réservé au procureur de la Ré-
publique. Ces scellés sont de beaucoup les
plus importants et ils méritaient d'être
mis à part. On remarque notamment une
caisse en forme de cercueil renfermant
indique l'étiquette des « os indéter-
minés » provenant de Gambais quatre
boîtes de 0 m. 40 sur 0 m. 30 contenant,
celles-là, des ossements humains identi-
fiés les carnets, les fameux carnets, te-
nus soigneusement à jour par Landru et
portant, nous déclare un policier, « j;u
liste officielle » des victimes. C'est dé-
tail macabre dans un omnibus de l'ad-
ministration des Pompes funèbres, attelé
de deux chevaux noirs, que les agents de
la sûreté ont transféré de Paris à Versail-
les les pièces ci-dessus énumérées.
Si Landru, son avocat et tous ceux,
magistrats, jurés, témoins, journalistes,
qui, par devoir, devront demeurer durant
plusieurs semaines entassés dans la salle
d'audience voient arriver sans plaisir la
date du procès, il n'en est pas de même
dea commerçants; restaurateurs, débitants
de vin et de tabac, marchands de cartes
postales, dont les maisons avoisinent la
place r,ies Tribunaux.
On ne doit pas oublier qu'en cas d'ac-
quittement le sire de Gambais aurait à
purger une condamnation antérieure à
cinq ans de réclusion, prononcée contre
lui pour escroquerie. Quel que soit le ver-
dict du jury, il ne recouvrera donc pas la
LA VERIDIQUE HISTOIRE DE LANDRU
LE BARBE.BLEUE DE GAMBAIS
Vers la fin de l'année 1918, au moment
où chacun ne songeait qu'à la paix enfin
revenue, la police recherchait trois femmes
disparues. et ne trouva qu'un homme, le
nommé Landru
Nous avons vu comment l'enquête des
policiers les conduisit de la rue de Roche-
chouart à la villa de Gambais, et comment
ils en vinrent à la certitude que les sieurs
Nattier, Freniiet, Gui!let et Dupont
n'étaient en définitive qu'un seul malfai-
teur en quatre individus, et que ce mal-
faiteur était justement le contumax Henri-
Désiré Landru, condamné maintes fois
pour escroqueries, entre les années 1900
et 1914, et passible de la relégation.
La prise était bonne. Meilleure :nbmo
que l'on ne pensa tout d'abord. Le banal
escroc d'autrefois apparaissait dans un
jour nouveau, sous des traits inquiétants
et sinistres. Alors qu'on s'en remettait au
hasard pour retrouver un comptable faus-
sairé et prévaricateur on mettrait la main
sur l'un des plu« fameux personnages dont
le nom fut jarrais inscrit au répertoire des
grandes affaires criminelles.
Interrogé sur l'emploi de son temps de-
puis le début de la guerre. Landru se tai-
sait Car dès 1" premier jour, il s'en tint à
ce moyen de défense élémentaire. C'est un
homme instruit en maintes choses et no-
tamment en l'histoire du crime. Il n'oublie
pas la leçon qj'Avinain inscrivit aux murs
de son cachot ̃< N'avouez jamais »
Donc Landru rommença de se. taire. Mal-;
heureusement pour lui ses dossiers »
parlèrent à sa place. Landru. en effet, éta-
blissait soigneusement le mémento quoti-
dien de ses acies, tant il est vrai que les
coquins les plu-- circonspect- ne peuvent se
retenir de quelque indiscrétion qui finit
par les perdre.
Il y avait itone. chez Landru un dossier
dont la police «'empara. A la lecture de
yvn pièces, quel,le révélation Il en ressor-
'ait que, durant les années où l'on avait
perdu sa trace, Landru avait méthodique-
ment poursuivi une vaste entreprise d es-
--roqueries au mariage s'achevant en dé-
nouements tragiques.
Ce n'était pas moins de 283 noms de
temmes qui apparaissaient dans les dos-
tiers, les upee attitrées par les annonces
que Landru publiait dans les journaux
les autres rencontrée au hasard de ses
courses et de ses promenades. Pour la plu-
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