Titre : Le Petit journal
Auteur : Parti social français. Auteur du texte
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Clermont-Ferrand)
Éditeur : [s.n.][s.n.] (Pau)
Date d'édition : 1870-04-14
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32895690j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 146118 Nombre total de vues : 146118
Description : 14 avril 1870 14 avril 1870
Description : 1870/04/14 (Numéro 2660). 1870/04/14 (Numéro 2660).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG64 Collection numérique : BIPFPIG64
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
Description : Collection numérique : La Grande Collecte Collection numérique : La Grande Collecte
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k590712f
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/07/2008
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vu an. 18«s-
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UN NUMÉRO 5 (MOUES
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TROISMOIS.«̃ 6 PB.1
SIX MOIS lïl'B.
CKtK,». Ï&S&*
Huitième Année no
Jeudi 14 Avril 1870
LES OISEAfX-f,>;
Nous avons eu des froids épouvanta^.
bles cette année, l'hiver a commentrérïfu
mois d'octobre, et c'est à peine s'il vient
de cesser.
• Les oiseaux, dans les bois, n'ont pas
d'abri pour leurs amours; ordinairement,
à pareille époque, ces gentils architectes
ont déjà désigné les brandies protectrices
de leurs demeures et ils en commencent
.la construction.
C'est le beau temps des oiselles, celui
oit elles peuvent choisir leur compagnon
d'une année, souvent cette année se pro-
.longe et le mariage devient sérieux, pres-
que indissoluble. Les affections de ména-
ge ne sont pas rares dans la gent ailée.
Ils s'accouplent par sympathie, et ne se
quittent plus. Certaines coquettes, il y
en a même là se ion t faire la cour Par
plusieurs soupirants. Il se livre, pour
leurs charmes, de furieux combats. Les
plumes volent en nuages et les cris de
fureur éveillent toute la Íoret.
Pendant ce temps, on l'a, remarqué, la
belle Hélène, cause de cette nouvelle
.guerre de Troie, ne daigne pas même y
-faire attention Elle s'installe sur un buis-
son voisin et lisse tranquillement ses phi-
mes, ou bien elle s'en va boire auruisseau
pour se mirer. Elle attend la fin de la
bataille, et lorsque le vainqueur lui de-
mande le prix de sa victoire, elle est
'déjà envolée pour chercher d'autres ado-
rateurs,.
Rien de volagecoinme les oiselles avant
que l'amour les ait fixées; elles sont pis
que les jeunes filles.
Une fois qu'elles sont épouses, qu'elles
sont mères, tout change elles ne songent
plus qu'à leur famille elles ont des solli-
citudes merveilleuses, elles en remontre-
raient aux plus tendres. Pour qui les ob-
,serve et les suit de près, il y a de quoi
être touché jusqu'aux larmes.
Point de duvetassez doux, assez chaud,
assez ouaté, pour ces êtres inconnus qu'el-
les adorent d'avance. Le cœur se repose
des ingratitudes humaines en regardant
ces fiançailles et ces arrangements de
jeunes époux, dans l'attente et l'espoir
de leur lignée.
La Fontaine alors me revient en mé-
moire; il me semble que ces bestioles
causent entre elles, comme il les fait
'causer. Je prête involontairement l'o-
Feuilleton du 14 Avril
Clique Dorée
XXI
(Suite.)
Si bien stylé qu'eût été Daniel par le père
'Ravinet, jamais il n'eût conduit la conversa-
tion si habilement que le hasard.
Ce n'est pas pour m'avoir volé, fit-il,
que Brévan est arrêté, ce doit être pour
avoir tenté de m'assassiner.
La lionne, à qui on essaie de ravir ses pe-
tits, ne s'élance pas d'un mouvement plus
'furieux que celui dont Sarah se dressa, l'oeil
en feu, la narine frémissante.
fcs Quoil s'écria-t-elle, il a osé s'atta-
quer vo'us!
Personnellement, non. Mais il avait
payé pour faire le coup un abject scélérat qui,
(Voir le Petit Journal depuis le 7 décembre,)
Reproduction et traduction interdites,
^fejlle comme si j'allais entendre le hoëme
̃fa vissant des Deux Pigeons, ou la morale
sensée de l'Alouette et ses petit?.
/Nos oiseaux de France ne brillent pas
parler plumage, excepté les chardon-
nerets, les bouvreuils, les geais, les mar-
tins-pêcheurs, les autres manquent d'é-
clat dans leurs nuances. Les artistes sont
les plus éteints; le rossignol, la fauvette,
la linotte se distinguent il, peine au mi-
lieu des branches, dont ils se rapprochent
par leur coloris il semble que la nature
n'ait pas voulu lenr accorder tons les
dons, pour ne pas humilier leurs émules
et les rendre jaloux.
Parmi ces habitants de l'air, ie plus
favorisé peut-être, le plus heureux cer-
tainement c'est le moineau, ou plutôt le
pierrot pharisien. Il a pris bravement son
parti d'adopter la civilisation et s'est ins-
tallé chez nous au lieu de vivre aux
champs, il s'établit la ville, a peine si
quelques misanthropes, quelques esprits
chagrins s'obstinent Ii demeurer dans les
solitudes. On les y laisse sans regrets, on
ne va pas s'ennuyer avec eux les dis-
tractions de nos rues et de nos promena-
des ont trop de séduction pour qu'on les
abandonne.
Il ne manque pas de trous aux maisons,
Ils dispmtent nos toits aux hirondelles,
bien qu'ils soient loin de la science ar-
chitectmale de celles-ci. Leurs 'nids 'se
ressentent de leur esprit bohémien, il ne
s'y trouve que le nécessaire, ils l'habi-
tent seulement pour couver. Le reste du
temps ils vagabondent de ci et de là. j
Hôtes assidus des squares et des jardins,
des hôtels, plus le quartier est populeux
plus ils sont contents. On les voit vo-
leter dans les allées, s'approcher des pas-
sants qu'ils regardent avec la hardiesse
du gamin de Paris, aL qui on les compare.
lls en ont l'intelligence et la crânerie.
Le pierrot est un bretteur, toujours dis-
posé iL se battre, il semble gouailler ceux
qui l'approclient et ne prend son vol
qu'après leur avoir fait supposer qu'il va
saisir.
Les moineaux sont malins, insolents,
voleurs. Il n'y a pas la moindre poésie à
faire sur le galopin, dont les amours n'ont
aucune rêverie, et qui ne soupire pas la
moindre romance à sa bien-aimée. Une
fois sa déclaration faite et acceptée, il se-
coue ses plumes, comme un fat qui refait
sa toilette au miroir.
Il est content de lui, ingrat, oublieux,
étant pris, a tout avoué. Je vois que l'or-
dre de s'assurer de mon ami Maxime est ar-
rivé avant moi de Saïgon.
M. de Brévan, se sentant perdu, ne serait-
pensée eût dû faire frémir Sarah. Mais elle
y songeait bien, vraiment!
Ah! lemisérablel répétait-elle, le lâche,
l'infâme 1.
Et s'asseyant près ae uaniel, elle voulut
qu'il lui dît toutes les circonstances de ces
tentatives d'assassinat auxquelles il n'avait
échappé que par miracle.
Que Daniel fût éperdûment épris d'elle,
comme Planix, comme Malgat, comme Ker-
grist, comme tous les autres, c'est ce dont
ne pouvait douter la comtesse Sarah. Elle
avait eu tant de preuves de l'irrésistible et
fatale puissance de sa beauté! Comment
lui fût-il venu à l'esprit que cet homme, le
premier qu'elle aimât d'amour, serait le pre-
mier et le seul à lui échapper t
Elle était dupe, d'ailleurs, du double mi-
rage de la passion et de l'absence.
Tant de fois, depuis deux ans, elle avait
évoqué Daniel, elle avait .tant vécu avec lui
par la pensée que, prenant l'illusion de ses
désirs pour la réalité, elle ne distinguait plus
le fantôme de ses rêves du personnage véri-
table.
Lui, cependant, en était vite venu à l'en-
} il s'échappe et ne retourne même pas la
tête vers le nid qu'il délaisse, et s'il ren-
contre sur quelque cheminée ou dans les
branches d'un arbre, une coquette qui lui
plaise, il s'arrêtera près d'elle sans même
se rappeler qu'on l'attend au logis.
De véritables mœurs de petits crevés,
à la santé près.
Une seule chose le ramène, la paternité.
Il comprend ce devoir, il garde ses œufs
et nourrit sa famille tant qu'elle a besoin
de lui c'est même un prétexte ses sor-
ties, dont il hrofite et qu'il fait valoir
avec autant d'adresse qu'un mari de troi-
sième année.
S'il s'est un peu amuse sur la route,
s'il a débité quelques compliments à des
pierrettes inoccupées, ou s'il s'est arrêté
examiner les jeux des enfants, il rap-
porte un ver monstre, un insecte gigan-
tesque, et raconte v sa compagne un
poëme épique sur, le travail d'Hercule
qu'il a accompli, sur les combats qu'il a
livrés. Elle l'écoute le bec en l'air, et elle
le croit narce qu'elle l'aime.
Dans ses leçons maternelles, pendant
les longues heures ou il l'a laissée seule
avec sa couvée, elle le donne pour exem-
ple àses petits, c'est un héros dont ils
doivent être fiers et dont ils continueront
la postérité, en l'illustrant davantage en-
core, si laire se peut.
Quant a lui, l'effronté, 11 accepte tout,
cela lui est dû, il le mérite, ne fut-ce que
par son habileté, si on le loue, si on l'a-
dore, ce n'est que justice. Il voudrait bien
voir qu'il en fut autrement. Il ferait
volontiers la roue comme les paons, etne j
se et oit pas moins beau qu'eux, on le lui
a dit et tant prouvé/
cependant assisté une fois à un
un pierrot, cet oiseau si gai,
héros malheureux.
Je travaillais près d'une fenêtre don-
nant sur des jardins, et j'avais pourpers-
pective, à une certaine distance, le mur
très-élevé d'une maison située dans une
rue voisine. Ce mur garni de pierres
d'attente offrait une grande surface
toute blanche et tout unie, sans aucune
ouverture.
Vers le milieu, un certain trou servait
de demeure à une famille de pierrots.
Les petits, presque gros comme père
et mère volaient encore fort mal et
avaient beaucoup de peine à rentrer au
logis lorsqu'ils s'en éloignaient.
'Entre cette construction et moi était le
parterre d'un horticulteur enragé. Pour
défendre ses fleurs et ses fruits, il semait
tr2tenir de sa situation actuelle, déplorant la
spoliation dont il était victime, disant qu'il
trouvait bien dur de faire à trente ans l'ap-
prentissage de la gêne.
Et elle, si pénétrante, elle ne s'étonnait
pas que cet homme le désintéressement
même, autrefois, fût devenu si sensible à
l'argent.
Que n'épousez-vous une femme ri-
clie! interrompit-elle tout à coup.
Alors, lui, avec une perfection de perfidie
dont il se fût cru incapable la veille.
Quoi fit-il, c'est vous qui me don-
nez ce conseil, vous, Sarah
11 dit cela si bien, d'un air si douloureuse-
ment surpris, qu'elle en fut transportée,
comme de.: l'aveu le plus passionné.
Tu m'aimes donc! s'écria-t-elle, tu
m'aimes.
Le grincement d'une clef dans une ser-
rure l'interrompit.
C'est le comte qui rentre, fit-elle.
Et vivement et à demi-voix
Partez! Vous sauraz demain quelle
femme je vous ai choisie. Venez déjeuner
avec uous, à onze heures. Allons, à de-
mail] 1
Et lui mettant aux lèvres un baiser de
flamme, elle le poussa dehors.
Le malheureux, en descendant l'escalier,
trébuchait comme un irrçagne.
son terrain de piéges, où se prenaient les
chats les plus rusés; c'était une Sainte
Barthélemy perpétuelle de matous, aussi
les portières le vouaient-elles aux dieux
infernaux. Pour les oiseaux, il tendait
des lacets, on l'accusait de s'en composer
quotidiennement des brochettes pour son
dîner. Il avait même, paraît-il, sur la
conscience le trépas d'une famille de mer-
les dont les chants réjouissaient le voisi-
Les moineaux du trou m'intéressaient
fort. Je les avais vus emménager, j'avais
1 assisté à leurs amours, à la naissance de
leurs enfants, et je redoutais, pour les
oisillons surtout, les menteurs et traîtres
appas du grain semé à côté des lacs.
Quand je me mettais à mon bureau, mon
premier regard était pour mes amis, je
tenais à m'assurer que tout était bien en
ordre chez eux, afin de calmer mes in-
quiétudes.
Un matin, un étrange spectacle attira
mon attention
Tous les moineaux du pays, je crois,
étaient rassemhlés et voletaient autour
du trou, comme des abeilles autour de
leur ruche. Quelques-uns, des plus gra-
ves, semblaient tenir conseil sur le toit.
Tous poussaient des pépitements de de-
tresse. On eût dit une calamité natio-
nale dans cette fameuse république des
pierrots.
Je n'en pouvais deviner la cause, mais
je comprenais qu'une catastrophe quel-
conque menaçait ma nichée favorite.
Enfin, le nuage ailé s'écarta un peu,
j'aperçus un de mes petits amis pendu
par la patte a je ne sais quoi, la tête en
bas, faisant de vains efforts pour remon-
ter et ne pouvant atteindre l'entrée de
son logis, ou il était attaché d'une si sin-
gulière façon. Pourquoi? Comment?
C'est ce que je n'ai jamais su.
A cette distance, les suppositions m'é-
taient seules permises. L'étourdi, proba-
blement, s'était laissé prendre à quelque
vieuxfilet, et l'avait rompu en emportant
après lui un morceau de corde. Par l'effet
du hasard, un clou s'était sans doute
trouvé près de l'ouverture et le lien s'y
était enroulé. L'oiseau blessé n'avait plus
de force; il essayait vainement de emon-
ter chez lui. Ses parents, ses amis, té-
moins de sa détresse, tentèrent tous les
moyens pour le soulager. Leurs cris per-
caient l'air, et leur tourbillon incessant
donnait le vertige.
Ils lui portaient de la nourriture, il?
allaient jusqu'à le soulever; la pauvre
bête, alors faisant un appel à son éner-
Je joue un jeu abominable! pensaIt-
il. Elle m'aime! Quelle femme!
Il ne fallut rien moins pour le tirer de sç
stupeur, que la vue du père Ravinet, qui
l'attendait, blotti dans sa voiture.
Vous! fit-il
Moi-même Et bien m en a pris de
venir. C'est moi qui volis ai débarrassés
du comte, en lui faisant monter une lettre.
Maintenant, dites-moi tout.
Rapidement, pendant que la voitura rou-
lait, Daniel rapporta sa conversation avec le
comte et avec Sarah. Et quand il eut
achevé:
L'affaire est dans le sac 1 s'écria le vieux
brocanteur, mais il n'y a plus une minute à
perdre. Rentrez m'attendre à l'hôtel, je
cours au parquet.
A l'hôtel, Daniel trouva Mlle Henriette se
mourant d'inquiétude. Pourtant, elle ne
s'informa que de son père. Orgueil ou dis·
crétion, elle ne prononça pas le nom de la:
comtesse Sarah.
Il n'eurent d'ailleurs pas longtemps à s en*
tretenir. Le père Ravinet ne tarda p2s à re-
paraître, effare et affairé. Il entraîna Daniel
pour lui donner ses dernières instructions,
et ne le quitta qu'à minuit en lui disant
Le terrain brule soas nos pieds, soyez
exact demain.
A l'heure dite, en effet, Daniel se pré-
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CKtK,». Ï&S&*
Huitième Année no
Jeudi 14 Avril 1870
LES OISEAfX-f,>;
Nous avons eu des froids épouvanta^.
bles cette année, l'hiver a commentrérïfu
mois d'octobre, et c'est à peine s'il vient
de cesser.
• Les oiseaux, dans les bois, n'ont pas
d'abri pour leurs amours; ordinairement,
à pareille époque, ces gentils architectes
ont déjà désigné les brandies protectrices
de leurs demeures et ils en commencent
.la construction.
C'est le beau temps des oiselles, celui
oit elles peuvent choisir leur compagnon
d'une année, souvent cette année se pro-
.longe et le mariage devient sérieux, pres-
que indissoluble. Les affections de ména-
ge ne sont pas rares dans la gent ailée.
Ils s'accouplent par sympathie, et ne se
quittent plus. Certaines coquettes, il y
en a même là se ion t faire la cour Par
plusieurs soupirants. Il se livre, pour
leurs charmes, de furieux combats. Les
plumes volent en nuages et les cris de
fureur éveillent toute la Íoret.
Pendant ce temps, on l'a, remarqué, la
belle Hélène, cause de cette nouvelle
.guerre de Troie, ne daigne pas même y
-faire attention Elle s'installe sur un buis-
son voisin et lisse tranquillement ses phi-
mes, ou bien elle s'en va boire auruisseau
pour se mirer. Elle attend la fin de la
bataille, et lorsque le vainqueur lui de-
mande le prix de sa victoire, elle est
'déjà envolée pour chercher d'autres ado-
rateurs,.
Rien de volagecoinme les oiselles avant
que l'amour les ait fixées; elles sont pis
que les jeunes filles.
Une fois qu'elles sont épouses, qu'elles
sont mères, tout change elles ne songent
plus qu'à leur famille elles ont des solli-
citudes merveilleuses, elles en remontre-
raient aux plus tendres. Pour qui les ob-
,serve et les suit de près, il y a de quoi
être touché jusqu'aux larmes.
Point de duvetassez doux, assez chaud,
assez ouaté, pour ces êtres inconnus qu'el-
les adorent d'avance. Le cœur se repose
des ingratitudes humaines en regardant
ces fiançailles et ces arrangements de
jeunes époux, dans l'attente et l'espoir
de leur lignée.
La Fontaine alors me revient en mé-
moire; il me semble que ces bestioles
causent entre elles, comme il les fait
'causer. Je prête involontairement l'o-
Feuilleton du 14 Avril
Clique Dorée
XXI
(Suite.)
Si bien stylé qu'eût été Daniel par le père
'Ravinet, jamais il n'eût conduit la conversa-
tion si habilement que le hasard.
Ce n'est pas pour m'avoir volé, fit-il,
que Brévan est arrêté, ce doit être pour
avoir tenté de m'assassiner.
La lionne, à qui on essaie de ravir ses pe-
tits, ne s'élance pas d'un mouvement plus
'furieux que celui dont Sarah se dressa, l'oeil
en feu, la narine frémissante.
fcs Quoil s'écria-t-elle, il a osé s'atta-
quer vo'us!
Personnellement, non. Mais il avait
payé pour faire le coup un abject scélérat qui,
(Voir le Petit Journal depuis le 7 décembre,)
Reproduction et traduction interdites,
^fejlle comme si j'allais entendre le hoëme
̃fa vissant des Deux Pigeons, ou la morale
sensée de l'Alouette et ses petit?.
/Nos oiseaux de France ne brillent pas
parler plumage, excepté les chardon-
nerets, les bouvreuils, les geais, les mar-
tins-pêcheurs, les autres manquent d'é-
clat dans leurs nuances. Les artistes sont
les plus éteints; le rossignol, la fauvette,
la linotte se distinguent il, peine au mi-
lieu des branches, dont ils se rapprochent
par leur coloris il semble que la nature
n'ait pas voulu lenr accorder tons les
dons, pour ne pas humilier leurs émules
et les rendre jaloux.
Parmi ces habitants de l'air, ie plus
favorisé peut-être, le plus heureux cer-
tainement c'est le moineau, ou plutôt le
pierrot pharisien. Il a pris bravement son
parti d'adopter la civilisation et s'est ins-
tallé chez nous au lieu de vivre aux
champs, il s'établit la ville, a peine si
quelques misanthropes, quelques esprits
chagrins s'obstinent Ii demeurer dans les
solitudes. On les y laisse sans regrets, on
ne va pas s'ennuyer avec eux les dis-
tractions de nos rues et de nos promena-
des ont trop de séduction pour qu'on les
abandonne.
Il ne manque pas de trous aux maisons,
Ils dispmtent nos toits aux hirondelles,
bien qu'ils soient loin de la science ar-
chitectmale de celles-ci. Leurs 'nids 'se
ressentent de leur esprit bohémien, il ne
s'y trouve que le nécessaire, ils l'habi-
tent seulement pour couver. Le reste du
temps ils vagabondent de ci et de là. j
Hôtes assidus des squares et des jardins,
des hôtels, plus le quartier est populeux
plus ils sont contents. On les voit vo-
leter dans les allées, s'approcher des pas-
sants qu'ils regardent avec la hardiesse
du gamin de Paris, aL qui on les compare.
lls en ont l'intelligence et la crânerie.
Le pierrot est un bretteur, toujours dis-
posé iL se battre, il semble gouailler ceux
qui l'approclient et ne prend son vol
qu'après leur avoir fait supposer qu'il va
saisir.
Les moineaux sont malins, insolents,
voleurs. Il n'y a pas la moindre poésie à
faire sur le galopin, dont les amours n'ont
aucune rêverie, et qui ne soupire pas la
moindre romance à sa bien-aimée. Une
fois sa déclaration faite et acceptée, il se-
coue ses plumes, comme un fat qui refait
sa toilette au miroir.
Il est content de lui, ingrat, oublieux,
étant pris, a tout avoué. Je vois que l'or-
dre de s'assurer de mon ami Maxime est ar-
rivé avant moi de Saïgon.
M. de Brévan, se sentant perdu, ne serait-
pensée eût dû faire frémir Sarah. Mais elle
y songeait bien, vraiment!
Ah! lemisérablel répétait-elle, le lâche,
l'infâme 1.
Et s'asseyant près ae uaniel, elle voulut
qu'il lui dît toutes les circonstances de ces
tentatives d'assassinat auxquelles il n'avait
échappé que par miracle.
Que Daniel fût éperdûment épris d'elle,
comme Planix, comme Malgat, comme Ker-
grist, comme tous les autres, c'est ce dont
ne pouvait douter la comtesse Sarah. Elle
avait eu tant de preuves de l'irrésistible et
fatale puissance de sa beauté! Comment
lui fût-il venu à l'esprit que cet homme, le
premier qu'elle aimât d'amour, serait le pre-
mier et le seul à lui échapper t
Elle était dupe, d'ailleurs, du double mi-
rage de la passion et de l'absence.
Tant de fois, depuis deux ans, elle avait
évoqué Daniel, elle avait .tant vécu avec lui
par la pensée que, prenant l'illusion de ses
désirs pour la réalité, elle ne distinguait plus
le fantôme de ses rêves du personnage véri-
table.
Lui, cependant, en était vite venu à l'en-
} il s'échappe et ne retourne même pas la
tête vers le nid qu'il délaisse, et s'il ren-
contre sur quelque cheminée ou dans les
branches d'un arbre, une coquette qui lui
plaise, il s'arrêtera près d'elle sans même
se rappeler qu'on l'attend au logis.
De véritables mœurs de petits crevés,
à la santé près.
Une seule chose le ramène, la paternité.
Il comprend ce devoir, il garde ses œufs
et nourrit sa famille tant qu'elle a besoin
de lui c'est même un prétexte ses sor-
ties, dont il hrofite et qu'il fait valoir
avec autant d'adresse qu'un mari de troi-
sième année.
S'il s'est un peu amuse sur la route,
s'il a débité quelques compliments à des
pierrettes inoccupées, ou s'il s'est arrêté
examiner les jeux des enfants, il rap-
porte un ver monstre, un insecte gigan-
tesque, et raconte v sa compagne un
poëme épique sur, le travail d'Hercule
qu'il a accompli, sur les combats qu'il a
livrés. Elle l'écoute le bec en l'air, et elle
le croit narce qu'elle l'aime.
Dans ses leçons maternelles, pendant
les longues heures ou il l'a laissée seule
avec sa couvée, elle le donne pour exem-
ple àses petits, c'est un héros dont ils
doivent être fiers et dont ils continueront
la postérité, en l'illustrant davantage en-
core, si laire se peut.
Quant a lui, l'effronté, 11 accepte tout,
cela lui est dû, il le mérite, ne fut-ce que
par son habileté, si on le loue, si on l'a-
dore, ce n'est que justice. Il voudrait bien
voir qu'il en fut autrement. Il ferait
volontiers la roue comme les paons, etne j
se et oit pas moins beau qu'eux, on le lui
a dit et tant prouvé/
cependant assisté une fois à un
un pierrot, cet oiseau si gai,
héros malheureux.
Je travaillais près d'une fenêtre don-
nant sur des jardins, et j'avais pourpers-
pective, à une certaine distance, le mur
très-élevé d'une maison située dans une
rue voisine. Ce mur garni de pierres
d'attente offrait une grande surface
toute blanche et tout unie, sans aucune
ouverture.
Vers le milieu, un certain trou servait
de demeure à une famille de pierrots.
Les petits, presque gros comme père
et mère volaient encore fort mal et
avaient beaucoup de peine à rentrer au
logis lorsqu'ils s'en éloignaient.
'Entre cette construction et moi était le
parterre d'un horticulteur enragé. Pour
défendre ses fleurs et ses fruits, il semait
tr2tenir de sa situation actuelle, déplorant la
spoliation dont il était victime, disant qu'il
trouvait bien dur de faire à trente ans l'ap-
prentissage de la gêne.
Et elle, si pénétrante, elle ne s'étonnait
pas que cet homme le désintéressement
même, autrefois, fût devenu si sensible à
l'argent.
Que n'épousez-vous une femme ri-
clie! interrompit-elle tout à coup.
Alors, lui, avec une perfection de perfidie
dont il se fût cru incapable la veille.
Quoi fit-il, c'est vous qui me don-
nez ce conseil, vous, Sarah
11 dit cela si bien, d'un air si douloureuse-
ment surpris, qu'elle en fut transportée,
comme de.: l'aveu le plus passionné.
Tu m'aimes donc! s'écria-t-elle, tu
m'aimes.
Le grincement d'une clef dans une ser-
rure l'interrompit.
C'est le comte qui rentre, fit-elle.
Et vivement et à demi-voix
Partez! Vous sauraz demain quelle
femme je vous ai choisie. Venez déjeuner
avec uous, à onze heures. Allons, à de-
mail] 1
Et lui mettant aux lèvres un baiser de
flamme, elle le poussa dehors.
Le malheureux, en descendant l'escalier,
trébuchait comme un irrçagne.
son terrain de piéges, où se prenaient les
chats les plus rusés; c'était une Sainte
Barthélemy perpétuelle de matous, aussi
les portières le vouaient-elles aux dieux
infernaux. Pour les oiseaux, il tendait
des lacets, on l'accusait de s'en composer
quotidiennement des brochettes pour son
dîner. Il avait même, paraît-il, sur la
conscience le trépas d'une famille de mer-
les dont les chants réjouissaient le voisi-
Les moineaux du trou m'intéressaient
fort. Je les avais vus emménager, j'avais
1 assisté à leurs amours, à la naissance de
leurs enfants, et je redoutais, pour les
oisillons surtout, les menteurs et traîtres
appas du grain semé à côté des lacs.
Quand je me mettais à mon bureau, mon
premier regard était pour mes amis, je
tenais à m'assurer que tout était bien en
ordre chez eux, afin de calmer mes in-
quiétudes.
Un matin, un étrange spectacle attira
mon attention
Tous les moineaux du pays, je crois,
étaient rassemhlés et voletaient autour
du trou, comme des abeilles autour de
leur ruche. Quelques-uns, des plus gra-
ves, semblaient tenir conseil sur le toit.
Tous poussaient des pépitements de de-
tresse. On eût dit une calamité natio-
nale dans cette fameuse république des
pierrots.
Je n'en pouvais deviner la cause, mais
je comprenais qu'une catastrophe quel-
conque menaçait ma nichée favorite.
Enfin, le nuage ailé s'écarta un peu,
j'aperçus un de mes petits amis pendu
par la patte a je ne sais quoi, la tête en
bas, faisant de vains efforts pour remon-
ter et ne pouvant atteindre l'entrée de
son logis, ou il était attaché d'une si sin-
gulière façon. Pourquoi? Comment?
C'est ce que je n'ai jamais su.
A cette distance, les suppositions m'é-
taient seules permises. L'étourdi, proba-
blement, s'était laissé prendre à quelque
vieuxfilet, et l'avait rompu en emportant
après lui un morceau de corde. Par l'effet
du hasard, un clou s'était sans doute
trouvé près de l'ouverture et le lien s'y
était enroulé. L'oiseau blessé n'avait plus
de force; il essayait vainement de emon-
ter chez lui. Ses parents, ses amis, té-
moins de sa détresse, tentèrent tous les
moyens pour le soulager. Leurs cris per-
caient l'air, et leur tourbillon incessant
donnait le vertige.
Ils lui portaient de la nourriture, il?
allaient jusqu'à le soulever; la pauvre
bête, alors faisant un appel à son éner-
Je joue un jeu abominable! pensaIt-
il. Elle m'aime! Quelle femme!
Il ne fallut rien moins pour le tirer de sç
stupeur, que la vue du père Ravinet, qui
l'attendait, blotti dans sa voiture.
Vous! fit-il
Moi-même Et bien m en a pris de
venir. C'est moi qui volis ai débarrassés
du comte, en lui faisant monter une lettre.
Maintenant, dites-moi tout.
Rapidement, pendant que la voitura rou-
lait, Daniel rapporta sa conversation avec le
comte et avec Sarah. Et quand il eut
achevé:
L'affaire est dans le sac 1 s'écria le vieux
brocanteur, mais il n'y a plus une minute à
perdre. Rentrez m'attendre à l'hôtel, je
cours au parquet.
A l'hôtel, Daniel trouva Mlle Henriette se
mourant d'inquiétude. Pourtant, elle ne
s'informa que de son père. Orgueil ou dis·
crétion, elle ne prononça pas le nom de la:
comtesse Sarah.
Il n'eurent d'ailleurs pas longtemps à s en*
tretenir. Le père Ravinet ne tarda p2s à re-
paraître, effare et affairé. Il entraîna Daniel
pour lui donner ses dernières instructions,
et ne le quitta qu'à minuit en lui disant
Le terrain brule soas nos pieds, soyez
exact demain.
A l'heure dite, en effet, Daniel se pré-
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