Titre : Le Matin : derniers télégrammes de la nuit
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1905-01-10
Contributeur : Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 10 janvier 1905 10 janvier 1905
Description : 1905/01/10 (Numéro 7625). 1905/01/10 (Numéro 7625).
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/04/2008
Vingt-Deuxième Année, No 7625
SIX PAGES, Paris et Départements CINQ CENTIMES
Mardi JfanvieJ
DERNIERS TÉLÉGRAMMES DE LA NUIT
SEUL JOURNAL FRANÇAIS SPÉCIAUX LES DERNIÈRES NOUVELLES DU IVIONDE ENTIER
UNE GRANDE RÉFORME
M. BERTEAUÏ SUPPRIME
UBI[IB'flfltlB
Les événements auxquels nous avons
tous assisté le cœur un peu inquiet, et
qui ont agité la conscience de l'armée,
n'auront pas tardé à dégager une'grande
et saine leçon. De l'avis de tous,-aux fau--
tes commises, au système néfaste inau-
guré jadis par ce qu'un ministre de la
guerre appelait « la jésuitière », et per-
pétué par des républicains aux courtes
vues, une sanction s'imposait c'était
la suppression dés notes secrètes, sup-
pression complète,, absolue, définitive,
d'où qu'elles viennent, par qui qu'elles
soient données.
11 n'est plus possible aujourd'hui,pour
le, maintien de la discipline, pour la
pratique des rapports de subordination
cordiale et solidaire entre les membres
de la hiérarchie militaire, qu'il subsiste
quelque part une appréciation secrète
sur la valeur, la conduite et la situa-
tion particulière d'un chef. Laisser sub-
sister cet état de choses, c'est créer le
doute, éveiller l'inquiétude, susciter les
défiances, détruire par suite tous rap-
ports d'affection, ruiner tout sentiment
de respect intime, rompre tout lien de
solidarité, d'armes..
On a cité les calomnies et les diffama-
tions contenues dans nombre de fiches
dressées contre des officiers, et l'on.
s'est, à juste: titre, indigné contre elles.
Mais les notes officielles sont remplies
elles aussi 'de diffamations et de
calomnies contre certains officiers, no-
tes inscrites à leur insu et que ceux-ci
traînent au cours de leur carrière, sorte
de boulet' rivé à leur honorabilité per.
sonnelle ou à leur valeur professionnelle
-.sans' que rien les instruise de cette
condamnation secrète dont ils portent
la peine effective.
En citerai-je quelques exemples ? En
voici, deux pris au hasard, dont je ga-
rantis la parfaite authenticité. La pre-
mière « « Est, trempé, le sait et le to-
lèm. ». et Ja seconde « Officier com-
plètemént idiot. »
Ces appréciations sontrelles exactes
Si oui, pourquoi les officiers ne sont-ils
pas réformés. Sinon, pourquoi cette in-
jure et cette diffamation ?
Il y avait là un,mal intolérable.
Le ministre de la guerre, l'honorable
M. Berteaux, l'a compris et, avec beau-
coups de.courage, a entrepris d'y appor-
ter le remède. La résolution du ministre
est prise elle est celle que le pays at-
tend et qui donnera à l'armée toute sa-
tisfaction, parce qu'elle lest une solu-
tion de franchise, de liberté et de justice.
M. Berteaux a décidé qu'à l'avenir il
n'y aurait, plus de notes secrètes. Il en
a décidé la suppression absolue. Une cir-
culaire qui va paraître d'ici peu en va
notifier les conditions à l'armée.
Voici comment sera faite cette grave
et décisive opération.
Les colonels, dans chaque régiment,
révisant les notes données à leurs offl-
ciers; signaleront celles qui doivent res-
aer sur les feuillets signalétiques. Ces
propositions des chefs de corps seront
(transmises par la voie hiérarchique
par le contrôle complémentaire aux
commandants de corps d'armée. Ceux-ci,
feront la revision du travail et transmet-
tront au ministère de la guerre leurs
conclusions.
1 Ces dernières propositions seront éxa-
minées dans les directions respectives
des diverses armes et, là, la rédaction
'définitive des notes nouvelles sera arrê-
tée. Sur ce travail, les nouveaux feuil-
lets de notes personnelles seront établis,,
puis, anciens et nouveaux feuillets se
Pont expédiés aux corps de troupes.
Là, les anciens feuillets étant repris,
chaque officier sera appelé pour voir dé
truite et brûler devant lui les notes se-
crètes de son ancien dossier.
Ainsi s'envoleront en fumée et seront
purifiées par le feu toutes ces procédu-
res ïnquisitoriales et secrètes, où, à l'a-
uri de toute responsabilité directe et ef.
fective, s'inscrivaient trop souvent des
appréciations qui ne s'inspiraient ni du
bien de l'armée ni de l'honneur mili
Et ainsi, grâce à la décision du minis-
tre, soucieux de l'honnêteté et de la
droiture, s'instituera un régime de
loyauté et de franchise qui permettra
de rétablir dans l'armée, pour le plus
grand bien du pays, cette camaraderie,
qui aura sans doute ses défauts, mais
qui; désormais sans venin et sans fiel;
sera pour une part l'expression de la
paix sociale que réclame la démocratie.
A. Gervais,
Député, membre de la commteslon
de l'armée.
DE MIDI A MINUIT
Les faîte d'hier– En Franco et à l'étranger.
A la Bourse de Paris, le 3 est ferme,
ainsi que l'ensemble du marché.
Une grève éphémère a éclaté parmi les
dockers de Brest, qui voulaient protester
contre l'embauchage au mois de quelques
ouvriers. Après une entrevue avec les pa-
trons, ils ont décidé la reprise du travail.
Dès ordres ont été donnes pour que cinq
piks&ite quittent Libau à la lin du mois et
aillent rejoindre la flotte de famiral Roi-
destvensky.
A Bakou, la grève continue. Des rixes ont
éclaté, au cours desquelles il y a eu plu-
sieurs tués et blessés un télégramme a été
adressé par les boursiers de Nijrii-Novgo-
rod au ministre des finances, pour le prier
de faire cesser la grève.
En réponse à des bruits qui ont couru ces
jours derniers, la presse officieuse allemande
affirme qu'aucune tension n'existe dans les
relations entre l'Allemagne et l'Angleterre
et qu'aucun échange de notes n'a eu lieu.
Les résultats des élections législatives
complémentaires en Italie ont donné les ré-
sultats suivants cinq ministériels, deux
candidats de l'opposition et un socialiste ont
été élus.
La Turquie, l'unique bateau de la flotte
chérifienne, est parti pour Larache, empor-
tant le matériel de l'ambassade française.
La situation politique est bonne. Tout est
calme à Fez, comme à Tanger.
On annonce de Bangkok que l'évacuation
de Chantaboun est terminée le comman-
dant français a lancé une proclamation dé
olarant que le traité avait écarté toutes les
difficultés.
Une querelle a éclaté à Bethléem entre le
clergé latin et le clergé grec. Les Grecs, qui
avaient célébré la Nativité, furent assaillis
à leur sortie par les franciscains. Une rixe
eut lieu un franciscain fut ,grièvement
blessé.
PROPOS D'UN PARISIEN
Dans cette histoire de brigands dénommée
par les uns l'affaire Syveton, par d'autres
l'affaire Potel et Chameaux, il n'y a qu'un
personnage vraiment intéressant à l'heure
actuelle. C'est M. Jules Lemaltre..
M. Jules Lemaitre se croyait à tout jamais
délivré de la politique. Enfin, libro 1 Il avait
lâché la Patrie Française et se voyait déjà
redevenu homme de lettres, auteur drama-
tique surtout, son rêve
Tout à coup, cette sacrée affaire Syveton
éclate, alors que la rupture entre, lui et la
politique n'a pas encore reçu cette consé-
cration que donne le temps, et le voilà bruta-
lement repris, harponné, ramené en ar-
rière, sans possibilité de se dérober.
Son sort est cruel. Il faut savoir que M.
Jules Lemaitre n'a jamais eu d'amour pour
la politique, elle le dégoûte, il l'a dit Ja-
mais, écrivit-il un jour, étant encore in-
conscient de ses destinées, je ne m'engage-
rai dans la politique, car je mentirais beau-
coup plus de sept fois par jour. »
Or, M. Jules Lemaltre n'aime pas -mentir,
au contraire,
Pourquoi donc, demanderez-vous, étant
donnée cette répulsion, est-il devenu un po-
C'est un sombre drame.M. Jules Lemaltre
aimait Il aimait l'art dramatique, avec la
noble ambition de donner à la France des
comédies qui rendraient son nom immortel.
Mais la néfaste guigne s'abattit sur lui.
Une succession de pièces refusées et de
fours abattirent son courage. Désillusionné,
aigri, il se jeta dans la politique, qui le dé-
goûte. En d'autres temps, il se serait fait
moine.
Mais tout passe, tout s'oublie, et l'homme
revient fatalement à ses premières amours.
C'est pourquoi M.. Jules Lemaitre ayant eu
une pièce reçue à la Renaissance, une pièce
qu'on va jouer demain, avait dit à la politi-
que et à la Patrie Française un adieu qu'il
croyait éternel.
Son cœur s'ouvrait à l'espérance. Le théâ-
tre lui tendait les bras. (Est-ce que le théâtre
a des bras
Et, tout à coup, la politique, la hideuse po-
litique, la politique qui le dégoûte a ressaisi
M. Jules Lemaltre. De nouveau, la vie lui
apparaît embêtante et sans joie. H. Hah-
DUIN.,
Entre le capitaine de Gail et M. Guyot de
Villeneuve A propos d'une lettre ano-
nyme Témoins et jury d'honneur.
En rentrant chez lui l'autre jour, après
avoir passé l'après-midi au Palais; le doc-
teur Barnay trouva une lettre qu'il commu-
niqua tout aussitôt aux reporters présents.
Cette lettre lui était réexpédiée, dit-il, par
un député nationaliste, primitif destinataire.
Elle était ainsi conçue
Grand-HOtel, Paris. i-
28 décembre 1904.
Cher monsieur,
C'est bien moins pour moi que pour vous
que je dois garder l'anonymat, car cette let-
tre signée serait trop délicate pour le galant
homme que vous êtes et, pourtant, il faut
qu'elle puisse servir à notre cause.
Le jour de la mort de ce pauvre Syveton,
déjeunaient ensemble chez Prunier le baron
de Gail, son ex-témoin M. Guyon et le com-
mandant Targe, tous trois très agités.
A deux heures, M. Gros, ancien chef du
cabinet du général André, est venu les pren-
dre précipitamment en automobile.
Le commandant Targe s'est fait vite con-
duire à la préfecture de police. Les autses
sont allés à Passy, chez le général André. La
capitaine de Gail est descendu en route chez.:
Mme K. une Américaine, 21, boulevard De-
lessert. Il était à peine trois heures, et il lui
a annoncé la mort de. Syveton.
A quatre heures, ils sont sortis ensemble
en coupé, et le baron de Gail s'est fait des-
cendre chez Gastinne, où M. Guyon est venu
le reprendre avec un mot du général André;
Depuis. le baron de Gail est tout le temps
à Paris, très soucieux.
Depuis, Mme K. J'évite. On disait hier,
chez elle, qu'elle s'attend à le voir citer chez
le jugé.
Elle doit en savoir long, plus long que moi,
qui ai fait mon. possible.
Tirez-en ce que vous courrez, cher mon-
sieur la piste est sûre.
Le capitaine de Gail s'émut de cette pu-
blication. Il alla trouver le docteur Barnay,
lequel lui apprit que la lettre lui avait été
transmise par M. Guyot de Vilteneuve.
Irrité surtout de ce que l'on ïnît en cause
une femme absolument étrangère à l'affaire,
le capitaine de Gail a envoyé ses témoins,
MM. Louis d'Hurcourt et le capitaine Henri
Préault, du il° cuirassiers, à M. Guyot de
Villeneuve.
Les témoins de M. Guyot de Villeneuve,
MM. le marquis de Dion et Archdeacon, dé-
putés, tout en déclarant que leur client pre-
nait la responsabilité de la communication
de la lettre anonyme, refusèrent cependant
la réparation par les armes qui leur était
demandée et proposèrent la constitution
d'un jury d'honneur.
moins do M- de Gail. "̃
LA PRÉSIDENCE DE LA CHAMBRE
DOeURCOJTBËBRH
Aujourd'hui, au Palais-Bourbon, les députés
reprendront leurs travaux Une ba-
taille pour le fauteuil présidentiel
Les candidats aux autres fonc-
tions du bureau.
Les Chambres reprennent aujourd'hui
leurs travaux leur premier acte sera l'é-
lection de leurs bureaux respectifs.
Au Palais-Bourbon, le président sortant,
M. Henri Brisson, aura pour concurrent M.
Paul Doumer, président de la commission
du budget.
On annonce, en effet que les amis per-
sonnels et les amis politiques de M. Dou-
mer ont décidé de présenter sa candidature.
Ils ont pris cette initiative, affirment-ils,
pour diverses raisons l'année dernières, M.
Doumer s'était effacé devant M. Henri Bris.!
son mais, depuis lors, des divisions se sont
produites entre les républicains- et le prési-
dent de la commission du budget est inter-
venu dans les questions relatives à la ma-
rine et dans la question de la délation dans
l'armée pour défendre des opinions oppo-
sées à celles de M. Brisson :et de ses amis.
C'est sur cette divergence entre les vues des
deux hommes politiques. que se compterons
aujourd'hui leurs partisans dnns'le scrutin.
Rappelons qu'à la dernière élection prési-
dentielle, au mois de janvier M. Henri
Brisson avait été élu' par 257 voix contre
219 à M. Paul Bertrand, député progressiste
de la Marne et 28 bulletins blancs.
(Pbot.- Nadar)
M.. Henri Brisson
Président de la Chambre des députés.
Pour les autres sièges du bureau les qua^
tre vice-présidents sortants MM. Etienne,
Gerville-liéache, Gujllain et Lockroy, se re-
présentent. Une cinquième candidature est
annoncée celle.de M. Dubief, député radi-
cal socialiste de Saône-et-Loire, président
du groupe de l'extrême gauche radicale so-
cialiste.
Sur les huit secrétaires sortants, un seul
M. Abel Bernard, sollicite le renouvellement
de son mandat. Les sept autres, MM. Le-
brun, François Carnot, David Lauraine,
Couyba, Chambon et Devèze, ayant accom-
pli le maximum de durée fixé par les usages
parlementaires, ne seront pas candidats.
Plusieurs groupes ont déjà choisi leurs
représentants pour ces fonctions. Ce sont
MM. Emile Cere et Gérald pour l'Union dé-
mocratique MM. Cornet et Petitjean pour la
gauche radicale socialiste; M. Marrot pour
le groupe progressiste. Les socialistes et les
radicaux socialistes désigneront aujour-
d'hui leurs candidats.
Les trois questeurs sortants, MM. Cha-
puis, Pajot et Lechevallier, se représentent.
On ne leur connaît jusqu'à présent aucun
concurrent-
La nomination du bureau devant occuper
toute la séance d'aujourd'hui et peut-être
une partie de la séance de jeudi, le débat de
politique générale que doivent soulever
deux, radicaux dissidents MM. Lhùpiteau
et Dauzon, ne viendra qu'à la séance de ven-
dredi, 13 janvier.
Ce que dit le doyen.
Le doyen de la Chambre a fait, vers la fin
de d'après-midi, une courte apparition dans
la salle des Pas-Perdus. Nous l'abordons et
Ie complimentons de là bonne fortune que
va lui conférer, cet après-midi, le privilège
de l'âge.
Quand, en 1871, nous dit-il, jmes élec-
teurs m'ont envoyé à l'Assemblée nationale,
je pensais, je vous l'assure, n'y rester que
quatre à cinq mois, peur conclure la paix
avec 'l'Allemagne^
M; Paul Douiier
Député de l'Aisne,
Président de la commission du budget.
» Mes mandants me sont restés fidèles,
malgré mon vif désir de ne plus me repré-
senteur.
n Le courant de la vie politique m'a em-
porté, et demain j'aurai l'honneur d'occuper
le fauteuil présidentiel.
Je savais bien que j'étais un des plus
vieux d'iéi, mais il y avait un de mes col-
lègues .dont je n'étais- pas sûr de l'âge M.
Bischoffsheim, député des Alpes-Maritimes.
n J'interrogeai M. Pierre, secrétaire géné-
ral de la présidence, qui me répondit en ho-
chant la-tête « Hum nous n'avons jamais
pu connaître l'âge de M. Bischoff sheim. »
M. Bischoffsheim, consulté, a dit son
âge et refusé d'accepter la présidence.
Je présiderai donc demain et attends de
mes aollègues la même sympathie que j'ai
pour eux. Il
Au Luxembourg.
C'est décidément M. Fayard, sénateur ra-
dical de la Drôme, qui présidera la séance
d'aujourd'hui comme doyen d'âge. Le Sénat
_s]ajburnera^_très probablement ensuite à
vendredi prochain, les trois groupes répu-
blicains du Sénat devant se réunir entre
temps pour arrêter la liste' des candidats
aux diverses fonctions. du bureau. Rappe-
lons que, d'après le roulement adopté par
Je Sénat, deux secrétaires sortants ne sont
pas rééligibles, MM. Garreau et Théodore
Girard. Il se pourrait néanmoins que par
analogie avec les vice-présidents, la durée
des fonctions de secrétaire fût portée à qua-
tre années, auquel cas MM. Garreau et
Théodore Girard conserveraient encore leur
siège une année.
LA ROUTE DE FEZ
La mission française se prépare à s'embar.
quer pour Larache, d'où elle gagnera la
capitale marocaine.
Tanger, 9 janvier. Dépêche de notre
envoyé spécial. Après-demain, à deux
heures, le Du-Chayla, qui est venu rem-
placeur ici le Kléber, nous conduira à La-
rache. Ge soir même, le Turlci, ce bateau
qui forme à lui tout seul l'escadre ma-
rocaine, emporte nos bagages et nos do-
mestiques.
Voici le nom des étapes de chaque
jour Tanger, Larache, Lala-Mimouna,
Aït-Chenmaki, Oûarra où nous tra-
verserons le Sebou– Benismaï, Zboubna,
Parajj ou portes de Fez -,et Fez.
Il est presque certain que l'ambassade
française quittera Larache le vendredi
treize, mais en pays musulman ça n'a
pas d'importance. Gastok LEROUX.
LA CONFÉRENCE DE PARIS
La commission internationale a choisi
comme président l'amiral Fournier, et
a délibéré sur l'élaboration de son
règlement de procédure.
La commission internationale d'enquête
sur l'incident de Hull s'est réunie hier deux
fois dans la matinée et dans l'après-midi.
Le matin, à dix heures, elle se trouvait au
complet assemblée dans la grande salle des
délibérations qui lui a été offerte au minis-
tère des affaires étrangères.
Sur l'invitation des commissaires, l'amiral
Spaun a pris la présidence il a prononcé
le discours -suivant
Messieurs, permettez-moi de vous adresser
les meilleurs remerciements pour m'avoir
choisi comme cinquième membre de la com-
mission d'enquête.
En ma.qualité de membre le plus âgé, je
prends la liberté de vous proposer de vouloir
bien passer à l'élection du .président je vous
invite, mes5ieurs, à prier le représentant du
pays qui nous offre l'hospitalité de vouloir
bien prendre la présidence.
suis convaincu que ce n'est pas seulement
notre devoir naturel envers ce pays hospita-
lier, mais que ma proposition correspond aus-
si essentiellement à notre but commun, c'est-
à-dire à l'expédition la plus prompte possible
(Phot. Pirou, rue Royale)
LE VICE-AMIRAL FOURNIER
Président de la Coniérence de Paris
de nos travaux, vu que notre collègue, le vice-
amiral Fournier, dispose, en dehors de ses
qualités personnelles, des offices de ses nom-
breux et excellents collaborateurs dans le bu-
reau.
Cette proposition a été adoptée à l'unani-
mité.
L'amiral Fournier a prononcé l'allocution
suivante en prenant la présidence
Messieurs, mon premier devoir est de remer-
cier M. l'amiral baron Spaun du grand hon-
neur qu'il me fait en renonçant, de sa propre
initiative, à ses prérogatives d'âge et de grade,
en faveur du commissaire délégué du gou-
vernement de la République française.
Cet acte de haute courtoisie internationale
est un hommage d'autant plus délicat que M.
l'amiral Spaun avait, par ses mérites, tous les
titres à la présidence de cette conférence in-
ternationale.
J'ai, de plus, l'honneur de porter à votre
connaissance la désignation, par le gouver-
nement'de S. M. l'empereur de Russie, de M.
le vice-amiral Doubassoff, en remplacement
de M: l'amiral Khasnakoff, que son état mala-
dif a mis dans l'impossibilité de continuer sa
mission.
M. l'smiral Spaun et M. le vice-amiral Dou-
bassoff prenant aujourd'hui même possession
de leur siège, je suis heureux de me faire l'in.
terprète de nos sentiments, en leur présentant
nos compliments de bienvenue et en trans-
mettant à M. l'amiral Khaznakoff l'expression
de nos vœux de meilleure santé.
Messieurs, je sens profondément, comme
mes éminents collègues, le poids des respon-
sabilités morales dont nous assumons la
charge, mais nous saurons remplir nos de-
voirs, si délicats qu'ils soient, en nous inspi-
rant, sans cesse, de l'exemple de haute sa-
gesse et de modération que-LL. MM. le roi
d'Angleterre et l'empereur de Russie ont don-
né au monde par l'institution de cette commis-
sion d'enquête dont l'heureux effet a été d'a-
paiser, aussitôt, les susceptibilités nationales
en conflit, et de permettre, ainsi, un examen
consciencieux et réfléchi de la cause.
C'est dans ces sentiments répondant si bien
aux intentions amicales et bienveillantes de
l'éminent président et du gouvernement de la
République française que je vous demande.
messieurs, d'entreprendre nos travaux afln
qu'ils aboutissent aux solutions équitables
que'l'on attend de notre caractère, de notre
expérience et de notre impartialité.
M*. Soulange-Bodin, secrétaire général de
la conférence, a été alors invité à donner lec-
ture du compte rendu de la séance précé-
dente, lequel a été adopté sans modification.
Enfin, la conférence s'est réunie en séance
secrète pour fixer la procédure de ses délibé-
rations.
Elle a repris séance dans l'après-midi, à
trois heures. Dans cette seconde réunion,
qui a été strictement secrète, la commission
a ponrsuivi ses travaux préliminaires d'éla-
boration de son règlement de procédure,
LES RÉFORMES EN RUSSIE
Ce
Le ministre de la justice russe déclaré au
correspondant du «Matin » que, loin
d'être hostile aux réformes, il s'est
donné tout entier à l'étude,
des problèmes de l'heure
présente.
'SAINT-PÉTERSBOURG, 9 janvier* Dépê-
che particulière du « Madin ». De-
puis trois grands jours, Saint-Péters-
bourg, sous son épais manteau de neige,
paraît absolument désert aucune ani-
mation dans lss rues, que seuls parcou-
rent quelques rares istvochiks. Le peu-
ple russe célèbre en famille, par d'inter-
minables festins, la naissance du Christ.
Ce ne serait guère le moment de trou-
bler cette quiétude par d'inopportunes
questions sur la guerre ou la situation
ntérieure. Cependant, M. Mouravieff,
ministre de la justice, a bien voulu, ce
matin, m'accorder un assez-long entre-
tien.
Dans son vaste cabinet, JVL-Mouravieff,
une physionomie bien parisienne, me
(Phot. Boissonnas)
M. MOURAVIEEF
Ministre de la justice de l'empire russe.
fait le plus aimable accueil. Après m'a-
voir rappelé.la visite que je lui fis, quel-
ques jours après la mort de M. de Plehve,
le ministre me dit tout de suite
J'ai lu avec intérêt, et aussi avec
un certain ennui, l'article intitulé «Séan-
ce historique ». Je n'ai pas eu, en
effet, dans cette séance, l'attitude qu'on
m'y prête. On peut écrire sur moi ce
qu'on veut, cela me laisse indifférent, à
moins que ce ne soit dans la presse fran-
çaise, et surtout dans le Matin, organe
pour lequel j'ai la plus grande estime, et
que je considère à juste raison comme
le meilleur journal de France. Or, loin de
m'élever contre l'octroi de libertés au
peuple, j'ai toujours été un des premiers
parmi les membres du comité des minis-
tres à réclamer des réformes que je juge
indispensables pour le bonheur de la
Russie, au siècle où nous vivons. D'ail-
leurs, au-cours de cette séance, il ne fut
nullement question du manifeste im-
périal,, mais seulement de l'ukase, dont
les termes furent arrêtés à l'unanimité
des membres du coriseil.
Partisan des réformes.
j) Je me suis toujours'montré partisan
de réformes qui doivent être, à mon avis,
faites progressivement, et non d'un seul
coup. L'œuvre est commencée, et nous
ne nous arrêterons pas en chemin. Ain-
si, vendredi dernier, le comité des minis-
tres a étudié la question de l'inviolabilité
de la loi et de la responsabilité des fonc-
tionnaires^ Demain, on discutera les nou-
velles loi 'de presse, qui exigeront cer-
tainement deux séances. Je suppose
qu'on instituera une commission spé-
ciale de la. presse, composée de conseil-
lers de l'empire et de sénateurs, commis-
sion qui sera indépendante et soustraite
au contrôle direct des ministres, comme
cela existe actuellement.
» Une des réformes les plus importan-
tes énoncées dans l'ukase est l'ttnifica-
tion de l'organisation des institutions ju-
diciaires et la garantie aux tribunaux de
toutes instances de l'indépendance né-
cessaire pour assurer à toutes les classes
du pays l'égalité devant la justice. Il faut
faire disparaître à tout prix les coutumes
qui asservissent le paysan, car toute ré-
forme utile doit commencer à la base de
l'échelle &ociale.
En Pologne, la justice est rendue
par un tribunal dont le fonctionnement
donne d'excellents résultats, et qui est
composé d'un juge élu et de deux asses-
seurs choisis parmi les liabitants pour
la juridiction de seconde instance, l'ap-
pel est reçu par une assemblée formée
de-juges de paix nommés, dans les vil-
les seulement, par le gouvernement et
par des juges élus. C'est là, je crois, l'or-
ganisation la plus parfaite et la plus fa-
cile à faire^ adopter en Russie.
Le recrutement des Juges.
Mais, hasardai-je, Excellence, com-
ment recruter ces juges ?
t Ce recrutement, répond le minis-
tre, est des plus faciles nous avons tant
d'avocats sans cause, de jeunes gens
ayant terminé leurs études universitai-
res, sans situation. Deux conditions sont
exigées avoir des connaissances spé-
ciàles, être du pays où on est élu. Cette
question sera soumise à la grande com-
mission, réunie depuis deux ans pour
étudier les questions rurales, et que pré-
side M. Witte. -•
» Notre oeuvre de réformes est loin d'être
terminée. Quand nous aurons arrêté la
teneur des articles de l'ukase, on appel-
lera ici les délégués des zemstvos et des
municipalités pour étudier, de concert
avec eux, les réformes qu'il est indis-
pensable d'apporter au fonctionnement
actuel de ces assemblées.
1 j> Notre tâche sera longue, mais elle
est digne de tous nos efforts. Je n'ai pas)
.un seul instant été hostile à cette œu-
vre de réformes, à laquelle je travaille,
pas plus que je n'occuperai un des nom:
breux postes d'ambassadeur qu'on se
plaît à -m'attribuer. n
Sur ces derniers mots, je me retire,
car, depuis vingt' minutes, le déjeunet
du ministre était servi.
L'AGITATION EN RUSSIE
Des dépêches de source anglaise dépeignent
comme alarmant l'état des esprits dans
l'empire russe.
VIENNE, 8 janvier. Dans la Neue Freie
Presse d'hier, M. de Reussneri ancien pro-
fesseur de l'université de Tomsk (Sibérie),
parle de l'effervescence actuelle en terme.
qui sont de nature à faire croire que, à.
moins que le tsar ne cède promptement, un
mouvement général se produira immédiate-
ment. Il se peut cependant que, en repro-
duisant les paroles du professeur, on leur
ait donné sans te vouloir un caractère trop,
énergique, car M. de Reussner, dans un ar-
ticle qu'il publie aujourd'hui dans les colon-
nes de la Zeit, se montre moins pessimiste.
Dans cet article, le professeur dit que, eiij
Russie, la révolution ne viendrait pas du|
tiers-Etat, comme en 1789 en France,' mais;
bien d'un premier Etat 1) se composaait de,
toutes les classes instruites et possédantes,,
puisqu'il n'existe pas en Russie d'aristocra-'
tic bien nettement définie. Tout ce «premier
Etat », même les propriétaires fonciers, est
devenu révolutionnaire par suite de la
guerre.
La Russie tout entière déteste aa guerre,
ainsi que les circonstances qui font pro-
duite. Les classes ouvrières sont les sim-
ples soldats dans les armées de la révolu-
tion. Mémo parmi les paysans, l'efferves.
cence règne, en raison de la mobilisation.
Le parti modéré libéral, que représente l'Os-,
vobozhrenie, a' fait cause commune aveu
toutes les branches du parti terroriste, y
compris les Finlandais et les Polonais. Tous,
les journaux russes de toutes les nuances¡
fout également cause commune en ce qui
concerne les problèmes actuels.
Les zemstvos se mettent en grève, et tout)
tend à indiquer une révolution, à moins que:
l'on ne fasse droit immédiatement aux dé-;
sirs du public. « Si la révolution vient
éelater, dit en terminant le professeur de:
Reussner, ses chefs feront leur possible
pour empêcher les excès. » (rimes.) 1
Bruits extraordinaires.
VIENNE, 9 janvier. La Noua Reforma de
Cracovie publie des informations provenant!
de Lodz, relatives à la situation actuelle. Il)
court, parait-il, des bruits extraordinaires,;
dans les cercles de la Bourse, au sujet de:
désordres qui se seraient produits à Saint-i
Pétersbourg et au cours desquels des cen-
taines do personnes auraient péri dans les
rues. On ignore complètement ce qui se
passe dans là capitale, puisque les journaux'
de Saint-Pétersbourg arrivent avec plusieurs)
jours de retard et que, depuis quelques!
jours, on ne reçoit plus de journaux étran-,
gers. Il règne une vive émotion dans toutes'
les classes de la société.
a Les autorités! dit la Nova Reforma,,
avaient organisé un concert au profit de la'
Croix-Rouge et avaient fait tous leurs ef-'
forts pour en assurer le succès. Ce concert a
du être abandonné, l'assistance ayant fait,
complètement défaut. »
Le bruit court de nouveau que la mobili-
sation serait imminente et que les ouvriers!
se disposeraient à empêcher cette opération^
On craint des désordres graves. (Reuter.)
L'AFFAiREJYVETOIt
Me Ménard, avocat de la partie civile, a ter.
miné l'examen du dossier Le juge
d'instruction entend contradictoire-
ment M. le député Flandin,
Mm8 Syveton, et sa bonne.
Une heure cinq. M. Boucard, portant
sous le bras une serviette de cuir noir, l'air;
très affairé, arrive au Palais. Le magistrat
est complètement remis de la légère indis.
position qui l'avait contraint, la veille, d'in-
̃terrompre le classement du dossier. Il s'en-.
ferme dans son cabinet, où son greffier l'a'
précédé de quelques minutes, et se met im-
médiatement au travail, relisant des inter-
rogatoires, cotant des pièces.
Cependant, les habitués des couloirs com4
mencent à arriver. M" Joseph Ménard vient
y faire un tour, accompagné de Me Godmard.
son secrétaire.
L'avocat de la partie civile a terminé l'exa-
men du dossier, il a pris connaissance de
toute Ja procédure, jusques et y compris les
interrogatoires et les confrontations de sa-
medi dernier.
Nous nous entretenons quelques instants
avec Me Ménard..
Je sors, nous dit-il, de chez le procu-
reur général, auquel j'étais allé demande*
de m'autoriser à faire copier certaines dé-
positions recueillies par M. Boucard. M. Bu-
lot n'a pas cru pouvoir m'y autoriser.
Vous nous aviez déclaré, maître, ques-
tionnons-nous, que l'examen de la première
partie du dossier n'avait pas ébranlé votre
conviction que M. Syveton est mort assas-
signé. Votre opinion ne s'es.t-elle point mo-
difiée
Pas le moins du monde, nous déclare
l'avocat; je crois toujours qu'il y a crime.
Quel est l'assassin ? Je ne saurais le dire.
Rien, dans J'état actuel de l'enquête, ne me:
permet de former une hypothèse'à ce sujet.
Et MI Joseph Ménard nous parle de la
photographie, prise par M. Bertillon, du bu-
vard servant de sous-main à M. Syveton.
Un journal du soir affirme que l'on a
pu lire sur le buvard une lettre importante,
écrite par le député à MI Noilhan, disions-
nous à M* Ménard. Est-ce exact ?
J'ai vu la photographie en question, ré.
plique l'avocat de M. Syveton père. Ce do-
cument ne me paraît pas, jusqu'à présent,
offrir un bien grand intérêt. On peut y lire
« 19, rue Chevert. » C'est l'adresse de \,le
Noilhan. Mais qu'y a-t-il d'étonnant à ce que
Syveton ait écrit à son défenseur ?
Vers trois heures, M. Flandin; député, sa
fait annoncer à M. Boucard, qui le re-
çoit aussitôt. L'audition de ce témoin est à
peine commencée que le juge envoie pré-
venir par un agent de la Sûreté Mme Syve-
ton et Louise Spillemaeckers d'avoir à ee
rendre immédiatement à son cabinet.
Les deux femmes arrivent au bout d'une
heure. Elles pénètrent chez le juge, qui les
confronte avec M. Flandïn. A quatre heures
et demie, le député du Calvados quitte le
Palais.
Dans la galerie, quelques groupes d'avo-,
cats et de journalistes causent paisiblement.
On parle* de la prochaine clôture de Vid-l
faire. Soudain, des cris féroces retentissenti
dans le couloir des prévenus, Une vive al'-|
SIX PAGES, Paris et Départements CINQ CENTIMES
Mardi JfanvieJ
DERNIERS TÉLÉGRAMMES DE LA NUIT
SEUL JOURNAL FRANÇAIS SPÉCIAUX LES DERNIÈRES NOUVELLES DU IVIONDE ENTIER
UNE GRANDE RÉFORME
M. BERTEAUÏ SUPPRIME
UBI[IB'flfltlB
Les événements auxquels nous avons
tous assisté le cœur un peu inquiet, et
qui ont agité la conscience de l'armée,
n'auront pas tardé à dégager une'grande
et saine leçon. De l'avis de tous,-aux fau--
tes commises, au système néfaste inau-
guré jadis par ce qu'un ministre de la
guerre appelait « la jésuitière », et per-
pétué par des républicains aux courtes
vues, une sanction s'imposait c'était
la suppression dés notes secrètes, sup-
pression complète,, absolue, définitive,
d'où qu'elles viennent, par qui qu'elles
soient données.
11 n'est plus possible aujourd'hui,pour
le, maintien de la discipline, pour la
pratique des rapports de subordination
cordiale et solidaire entre les membres
de la hiérarchie militaire, qu'il subsiste
quelque part une appréciation secrète
sur la valeur, la conduite et la situa-
tion particulière d'un chef. Laisser sub-
sister cet état de choses, c'est créer le
doute, éveiller l'inquiétude, susciter les
défiances, détruire par suite tous rap-
ports d'affection, ruiner tout sentiment
de respect intime, rompre tout lien de
solidarité, d'armes..
On a cité les calomnies et les diffama-
tions contenues dans nombre de fiches
dressées contre des officiers, et l'on.
s'est, à juste: titre, indigné contre elles.
Mais les notes officielles sont remplies
elles aussi 'de diffamations et de
calomnies contre certains officiers, no-
tes inscrites à leur insu et que ceux-ci
traînent au cours de leur carrière, sorte
de boulet' rivé à leur honorabilité per.
sonnelle ou à leur valeur professionnelle
-.sans' que rien les instruise de cette
condamnation secrète dont ils portent
la peine effective.
En citerai-je quelques exemples ? En
voici, deux pris au hasard, dont je ga-
rantis la parfaite authenticité. La pre-
mière « « Est, trempé, le sait et le to-
lèm. ». et Ja seconde « Officier com-
plètemént idiot. »
Ces appréciations sontrelles exactes
Si oui, pourquoi les officiers ne sont-ils
pas réformés. Sinon, pourquoi cette in-
jure et cette diffamation ?
Il y avait là un,mal intolérable.
Le ministre de la guerre, l'honorable
M. Berteaux, l'a compris et, avec beau-
coups de.courage, a entrepris d'y appor-
ter le remède. La résolution du ministre
est prise elle est celle que le pays at-
tend et qui donnera à l'armée toute sa-
tisfaction, parce qu'elle lest une solu-
tion de franchise, de liberté et de justice.
M. Berteaux a décidé qu'à l'avenir il
n'y aurait, plus de notes secrètes. Il en
a décidé la suppression absolue. Une cir-
culaire qui va paraître d'ici peu en va
notifier les conditions à l'armée.
Voici comment sera faite cette grave
et décisive opération.
Les colonels, dans chaque régiment,
révisant les notes données à leurs offl-
ciers; signaleront celles qui doivent res-
aer sur les feuillets signalétiques. Ces
propositions des chefs de corps seront
(transmises par la voie hiérarchique
par le contrôle complémentaire aux
commandants de corps d'armée. Ceux-ci,
feront la revision du travail et transmet-
tront au ministère de la guerre leurs
conclusions.
1 Ces dernières propositions seront éxa-
minées dans les directions respectives
des diverses armes et, là, la rédaction
'définitive des notes nouvelles sera arrê-
tée. Sur ce travail, les nouveaux feuil-
lets de notes personnelles seront établis,,
puis, anciens et nouveaux feuillets se
Pont expédiés aux corps de troupes.
Là, les anciens feuillets étant repris,
chaque officier sera appelé pour voir dé
truite et brûler devant lui les notes se-
crètes de son ancien dossier.
Ainsi s'envoleront en fumée et seront
purifiées par le feu toutes ces procédu-
res ïnquisitoriales et secrètes, où, à l'a-
uri de toute responsabilité directe et ef.
fective, s'inscrivaient trop souvent des
appréciations qui ne s'inspiraient ni du
bien de l'armée ni de l'honneur mili
Et ainsi, grâce à la décision du minis-
tre, soucieux de l'honnêteté et de la
droiture, s'instituera un régime de
loyauté et de franchise qui permettra
de rétablir dans l'armée, pour le plus
grand bien du pays, cette camaraderie,
qui aura sans doute ses défauts, mais
qui; désormais sans venin et sans fiel;
sera pour une part l'expression de la
paix sociale que réclame la démocratie.
A. Gervais,
Député, membre de la commteslon
de l'armée.
DE MIDI A MINUIT
Les faîte d'hier– En Franco et à l'étranger.
A la Bourse de Paris, le 3 est ferme,
ainsi que l'ensemble du marché.
Une grève éphémère a éclaté parmi les
dockers de Brest, qui voulaient protester
contre l'embauchage au mois de quelques
ouvriers. Après une entrevue avec les pa-
trons, ils ont décidé la reprise du travail.
Dès ordres ont été donnes pour que cinq
piks&ite quittent Libau à la lin du mois et
aillent rejoindre la flotte de famiral Roi-
destvensky.
A Bakou, la grève continue. Des rixes ont
éclaté, au cours desquelles il y a eu plu-
sieurs tués et blessés un télégramme a été
adressé par les boursiers de Nijrii-Novgo-
rod au ministre des finances, pour le prier
de faire cesser la grève.
En réponse à des bruits qui ont couru ces
jours derniers, la presse officieuse allemande
affirme qu'aucune tension n'existe dans les
relations entre l'Allemagne et l'Angleterre
et qu'aucun échange de notes n'a eu lieu.
Les résultats des élections législatives
complémentaires en Italie ont donné les ré-
sultats suivants cinq ministériels, deux
candidats de l'opposition et un socialiste ont
été élus.
La Turquie, l'unique bateau de la flotte
chérifienne, est parti pour Larache, empor-
tant le matériel de l'ambassade française.
La situation politique est bonne. Tout est
calme à Fez, comme à Tanger.
On annonce de Bangkok que l'évacuation
de Chantaboun est terminée le comman-
dant français a lancé une proclamation dé
olarant que le traité avait écarté toutes les
difficultés.
Une querelle a éclaté à Bethléem entre le
clergé latin et le clergé grec. Les Grecs, qui
avaient célébré la Nativité, furent assaillis
à leur sortie par les franciscains. Une rixe
eut lieu un franciscain fut ,grièvement
blessé.
PROPOS D'UN PARISIEN
Dans cette histoire de brigands dénommée
par les uns l'affaire Syveton, par d'autres
l'affaire Potel et Chameaux, il n'y a qu'un
personnage vraiment intéressant à l'heure
actuelle. C'est M. Jules Lemaltre..
M. Jules Lemaitre se croyait à tout jamais
délivré de la politique. Enfin, libro 1 Il avait
lâché la Patrie Française et se voyait déjà
redevenu homme de lettres, auteur drama-
tique surtout, son rêve
Tout à coup, cette sacrée affaire Syveton
éclate, alors que la rupture entre, lui et la
politique n'a pas encore reçu cette consé-
cration que donne le temps, et le voilà bruta-
lement repris, harponné, ramené en ar-
rière, sans possibilité de se dérober.
Son sort est cruel. Il faut savoir que M.
Jules Lemaitre n'a jamais eu d'amour pour
la politique, elle le dégoûte, il l'a dit Ja-
mais, écrivit-il un jour, étant encore in-
conscient de ses destinées, je ne m'engage-
rai dans la politique, car je mentirais beau-
coup plus de sept fois par jour. »
Or, M. Jules Lemaltre n'aime pas -mentir,
au contraire,
Pourquoi donc, demanderez-vous, étant
donnée cette répulsion, est-il devenu un po-
C'est un sombre drame.M. Jules Lemaltre
aimait Il aimait l'art dramatique, avec la
noble ambition de donner à la France des
comédies qui rendraient son nom immortel.
Mais la néfaste guigne s'abattit sur lui.
Une succession de pièces refusées et de
fours abattirent son courage. Désillusionné,
aigri, il se jeta dans la politique, qui le dé-
goûte. En d'autres temps, il se serait fait
moine.
Mais tout passe, tout s'oublie, et l'homme
revient fatalement à ses premières amours.
C'est pourquoi M.. Jules Lemaitre ayant eu
une pièce reçue à la Renaissance, une pièce
qu'on va jouer demain, avait dit à la politi-
que et à la Patrie Française un adieu qu'il
croyait éternel.
Son cœur s'ouvrait à l'espérance. Le théâ-
tre lui tendait les bras. (Est-ce que le théâtre
a des bras
Et, tout à coup, la politique, la hideuse po-
litique, la politique qui le dégoûte a ressaisi
M. Jules Lemaltre. De nouveau, la vie lui
apparaît embêtante et sans joie. H. Hah-
DUIN.,
Entre le capitaine de Gail et M. Guyot de
Villeneuve A propos d'une lettre ano-
nyme Témoins et jury d'honneur.
En rentrant chez lui l'autre jour, après
avoir passé l'après-midi au Palais; le doc-
teur Barnay trouva une lettre qu'il commu-
niqua tout aussitôt aux reporters présents.
Cette lettre lui était réexpédiée, dit-il, par
un député nationaliste, primitif destinataire.
Elle était ainsi conçue
Grand-HOtel, Paris. i-
28 décembre 1904.
Cher monsieur,
C'est bien moins pour moi que pour vous
que je dois garder l'anonymat, car cette let-
tre signée serait trop délicate pour le galant
homme que vous êtes et, pourtant, il faut
qu'elle puisse servir à notre cause.
Le jour de la mort de ce pauvre Syveton,
déjeunaient ensemble chez Prunier le baron
de Gail, son ex-témoin M. Guyon et le com-
mandant Targe, tous trois très agités.
A deux heures, M. Gros, ancien chef du
cabinet du général André, est venu les pren-
dre précipitamment en automobile.
Le commandant Targe s'est fait vite con-
duire à la préfecture de police. Les autses
sont allés à Passy, chez le général André. La
capitaine de Gail est descendu en route chez.:
Mme K. une Américaine, 21, boulevard De-
lessert. Il était à peine trois heures, et il lui
a annoncé la mort de. Syveton.
A quatre heures, ils sont sortis ensemble
en coupé, et le baron de Gail s'est fait des-
cendre chez Gastinne, où M. Guyon est venu
le reprendre avec un mot du général André;
Depuis. le baron de Gail est tout le temps
à Paris, très soucieux.
Depuis, Mme K. J'évite. On disait hier,
chez elle, qu'elle s'attend à le voir citer chez
le jugé.
Elle doit en savoir long, plus long que moi,
qui ai fait mon. possible.
Tirez-en ce que vous courrez, cher mon-
sieur la piste est sûre.
Le capitaine de Gail s'émut de cette pu-
blication. Il alla trouver le docteur Barnay,
lequel lui apprit que la lettre lui avait été
transmise par M. Guyot de Vilteneuve.
Irrité surtout de ce que l'on ïnît en cause
une femme absolument étrangère à l'affaire,
le capitaine de Gail a envoyé ses témoins,
MM. Louis d'Hurcourt et le capitaine Henri
Préault, du il° cuirassiers, à M. Guyot de
Villeneuve.
Les témoins de M. Guyot de Villeneuve,
MM. le marquis de Dion et Archdeacon, dé-
putés, tout en déclarant que leur client pre-
nait la responsabilité de la communication
de la lettre anonyme, refusèrent cependant
la réparation par les armes qui leur était
demandée et proposèrent la constitution
d'un jury d'honneur.
moins do M- de Gail. "̃
LA PRÉSIDENCE DE LA CHAMBRE
DOeURCOJTBËBRH
Aujourd'hui, au Palais-Bourbon, les députés
reprendront leurs travaux Une ba-
taille pour le fauteuil présidentiel
Les candidats aux autres fonc-
tions du bureau.
Les Chambres reprennent aujourd'hui
leurs travaux leur premier acte sera l'é-
lection de leurs bureaux respectifs.
Au Palais-Bourbon, le président sortant,
M. Henri Brisson, aura pour concurrent M.
Paul Doumer, président de la commission
du budget.
On annonce, en effet que les amis per-
sonnels et les amis politiques de M. Dou-
mer ont décidé de présenter sa candidature.
Ils ont pris cette initiative, affirment-ils,
pour diverses raisons l'année dernières, M.
Doumer s'était effacé devant M. Henri Bris.!
son mais, depuis lors, des divisions se sont
produites entre les républicains- et le prési-
dent de la commission du budget est inter-
venu dans les questions relatives à la ma-
rine et dans la question de la délation dans
l'armée pour défendre des opinions oppo-
sées à celles de M. Brisson :et de ses amis.
C'est sur cette divergence entre les vues des
deux hommes politiques. que se compterons
aujourd'hui leurs partisans dnns'le scrutin.
Rappelons qu'à la dernière élection prési-
dentielle, au mois de janvier M. Henri
Brisson avait été élu' par 257 voix contre
219 à M. Paul Bertrand, député progressiste
de la Marne et 28 bulletins blancs.
(Pbot.- Nadar)
M.. Henri Brisson
Président de la Chambre des députés.
Pour les autres sièges du bureau les qua^
tre vice-présidents sortants MM. Etienne,
Gerville-liéache, Gujllain et Lockroy, se re-
présentent. Une cinquième candidature est
annoncée celle.de M. Dubief, député radi-
cal socialiste de Saône-et-Loire, président
du groupe de l'extrême gauche radicale so-
cialiste.
Sur les huit secrétaires sortants, un seul
M. Abel Bernard, sollicite le renouvellement
de son mandat. Les sept autres, MM. Le-
brun, François Carnot, David Lauraine,
Couyba, Chambon et Devèze, ayant accom-
pli le maximum de durée fixé par les usages
parlementaires, ne seront pas candidats.
Plusieurs groupes ont déjà choisi leurs
représentants pour ces fonctions. Ce sont
MM. Emile Cere et Gérald pour l'Union dé-
mocratique MM. Cornet et Petitjean pour la
gauche radicale socialiste; M. Marrot pour
le groupe progressiste. Les socialistes et les
radicaux socialistes désigneront aujour-
d'hui leurs candidats.
Les trois questeurs sortants, MM. Cha-
puis, Pajot et Lechevallier, se représentent.
On ne leur connaît jusqu'à présent aucun
concurrent-
La nomination du bureau devant occuper
toute la séance d'aujourd'hui et peut-être
une partie de la séance de jeudi, le débat de
politique générale que doivent soulever
deux, radicaux dissidents MM. Lhùpiteau
et Dauzon, ne viendra qu'à la séance de ven-
dredi, 13 janvier.
Ce que dit le doyen.
Le doyen de la Chambre a fait, vers la fin
de d'après-midi, une courte apparition dans
la salle des Pas-Perdus. Nous l'abordons et
Ie complimentons de là bonne fortune que
va lui conférer, cet après-midi, le privilège
de l'âge.
Quand, en 1871, nous dit-il, jmes élec-
teurs m'ont envoyé à l'Assemblée nationale,
je pensais, je vous l'assure, n'y rester que
quatre à cinq mois, peur conclure la paix
avec 'l'Allemagne^
M; Paul Douiier
Député de l'Aisne,
Président de la commission du budget.
» Mes mandants me sont restés fidèles,
malgré mon vif désir de ne plus me repré-
senteur.
n Le courant de la vie politique m'a em-
porté, et demain j'aurai l'honneur d'occuper
le fauteuil présidentiel.
Je savais bien que j'étais un des plus
vieux d'iéi, mais il y avait un de mes col-
lègues .dont je n'étais- pas sûr de l'âge M.
Bischoffsheim, député des Alpes-Maritimes.
n J'interrogeai M. Pierre, secrétaire géné-
ral de la présidence, qui me répondit en ho-
chant la-tête « Hum nous n'avons jamais
pu connaître l'âge de M. Bischoff sheim. »
M. Bischoffsheim, consulté, a dit son
âge et refusé d'accepter la présidence.
Je présiderai donc demain et attends de
mes aollègues la même sympathie que j'ai
pour eux. Il
Au Luxembourg.
C'est décidément M. Fayard, sénateur ra-
dical de la Drôme, qui présidera la séance
d'aujourd'hui comme doyen d'âge. Le Sénat
_s]ajburnera^_très probablement ensuite à
vendredi prochain, les trois groupes répu-
blicains du Sénat devant se réunir entre
temps pour arrêter la liste' des candidats
aux diverses fonctions. du bureau. Rappe-
lons que, d'après le roulement adopté par
Je Sénat, deux secrétaires sortants ne sont
pas rééligibles, MM. Garreau et Théodore
Girard. Il se pourrait néanmoins que par
analogie avec les vice-présidents, la durée
des fonctions de secrétaire fût portée à qua-
tre années, auquel cas MM. Garreau et
Théodore Girard conserveraient encore leur
siège une année.
LA ROUTE DE FEZ
La mission française se prépare à s'embar.
quer pour Larache, d'où elle gagnera la
capitale marocaine.
Tanger, 9 janvier. Dépêche de notre
envoyé spécial. Après-demain, à deux
heures, le Du-Chayla, qui est venu rem-
placeur ici le Kléber, nous conduira à La-
rache. Ge soir même, le Turlci, ce bateau
qui forme à lui tout seul l'escadre ma-
rocaine, emporte nos bagages et nos do-
mestiques.
Voici le nom des étapes de chaque
jour Tanger, Larache, Lala-Mimouna,
Aït-Chenmaki, Oûarra où nous tra-
verserons le Sebou– Benismaï, Zboubna,
Parajj ou portes de Fez -,et Fez.
Il est presque certain que l'ambassade
française quittera Larache le vendredi
treize, mais en pays musulman ça n'a
pas d'importance. Gastok LEROUX.
LA CONFÉRENCE DE PARIS
La commission internationale a choisi
comme président l'amiral Fournier, et
a délibéré sur l'élaboration de son
règlement de procédure.
La commission internationale d'enquête
sur l'incident de Hull s'est réunie hier deux
fois dans la matinée et dans l'après-midi.
Le matin, à dix heures, elle se trouvait au
complet assemblée dans la grande salle des
délibérations qui lui a été offerte au minis-
tère des affaires étrangères.
Sur l'invitation des commissaires, l'amiral
Spaun a pris la présidence il a prononcé
le discours -suivant
Messieurs, permettez-moi de vous adresser
les meilleurs remerciements pour m'avoir
choisi comme cinquième membre de la com-
mission d'enquête.
En ma.qualité de membre le plus âgé, je
prends la liberté de vous proposer de vouloir
bien passer à l'élection du .président je vous
invite, mes5ieurs, à prier le représentant du
pays qui nous offre l'hospitalité de vouloir
bien prendre la présidence.
suis convaincu que ce n'est pas seulement
notre devoir naturel envers ce pays hospita-
lier, mais que ma proposition correspond aus-
si essentiellement à notre but commun, c'est-
à-dire à l'expédition la plus prompte possible
(Phot. Pirou, rue Royale)
LE VICE-AMIRAL FOURNIER
Président de la Coniérence de Paris
de nos travaux, vu que notre collègue, le vice-
amiral Fournier, dispose, en dehors de ses
qualités personnelles, des offices de ses nom-
breux et excellents collaborateurs dans le bu-
reau.
Cette proposition a été adoptée à l'unani-
mité.
L'amiral Fournier a prononcé l'allocution
suivante en prenant la présidence
Messieurs, mon premier devoir est de remer-
cier M. l'amiral baron Spaun du grand hon-
neur qu'il me fait en renonçant, de sa propre
initiative, à ses prérogatives d'âge et de grade,
en faveur du commissaire délégué du gou-
vernement de la République française.
Cet acte de haute courtoisie internationale
est un hommage d'autant plus délicat que M.
l'amiral Spaun avait, par ses mérites, tous les
titres à la présidence de cette conférence in-
ternationale.
J'ai, de plus, l'honneur de porter à votre
connaissance la désignation, par le gouver-
nement'de S. M. l'empereur de Russie, de M.
le vice-amiral Doubassoff, en remplacement
de M: l'amiral Khasnakoff, que son état mala-
dif a mis dans l'impossibilité de continuer sa
mission.
M. l'smiral Spaun et M. le vice-amiral Dou-
bassoff prenant aujourd'hui même possession
de leur siège, je suis heureux de me faire l'in.
terprète de nos sentiments, en leur présentant
nos compliments de bienvenue et en trans-
mettant à M. l'amiral Khaznakoff l'expression
de nos vœux de meilleure santé.
Messieurs, je sens profondément, comme
mes éminents collègues, le poids des respon-
sabilités morales dont nous assumons la
charge, mais nous saurons remplir nos de-
voirs, si délicats qu'ils soient, en nous inspi-
rant, sans cesse, de l'exemple de haute sa-
gesse et de modération que-LL. MM. le roi
d'Angleterre et l'empereur de Russie ont don-
né au monde par l'institution de cette commis-
sion d'enquête dont l'heureux effet a été d'a-
paiser, aussitôt, les susceptibilités nationales
en conflit, et de permettre, ainsi, un examen
consciencieux et réfléchi de la cause.
C'est dans ces sentiments répondant si bien
aux intentions amicales et bienveillantes de
l'éminent président et du gouvernement de la
République française que je vous demande.
messieurs, d'entreprendre nos travaux afln
qu'ils aboutissent aux solutions équitables
que'l'on attend de notre caractère, de notre
expérience et de notre impartialité.
M*. Soulange-Bodin, secrétaire général de
la conférence, a été alors invité à donner lec-
ture du compte rendu de la séance précé-
dente, lequel a été adopté sans modification.
Enfin, la conférence s'est réunie en séance
secrète pour fixer la procédure de ses délibé-
rations.
Elle a repris séance dans l'après-midi, à
trois heures. Dans cette seconde réunion,
qui a été strictement secrète, la commission
a ponrsuivi ses travaux préliminaires d'éla-
boration de son règlement de procédure,
LES RÉFORMES EN RUSSIE
Ce
Le ministre de la justice russe déclaré au
correspondant du «Matin » que, loin
d'être hostile aux réformes, il s'est
donné tout entier à l'étude,
des problèmes de l'heure
présente.
'SAINT-PÉTERSBOURG, 9 janvier* Dépê-
che particulière du « Madin ». De-
puis trois grands jours, Saint-Péters-
bourg, sous son épais manteau de neige,
paraît absolument désert aucune ani-
mation dans lss rues, que seuls parcou-
rent quelques rares istvochiks. Le peu-
ple russe célèbre en famille, par d'inter-
minables festins, la naissance du Christ.
Ce ne serait guère le moment de trou-
bler cette quiétude par d'inopportunes
questions sur la guerre ou la situation
ntérieure. Cependant, M. Mouravieff,
ministre de la justice, a bien voulu, ce
matin, m'accorder un assez-long entre-
tien.
Dans son vaste cabinet, JVL-Mouravieff,
une physionomie bien parisienne, me
(Phot. Boissonnas)
M. MOURAVIEEF
Ministre de la justice de l'empire russe.
fait le plus aimable accueil. Après m'a-
voir rappelé.la visite que je lui fis, quel-
ques jours après la mort de M. de Plehve,
le ministre me dit tout de suite
J'ai lu avec intérêt, et aussi avec
un certain ennui, l'article intitulé «Séan-
ce historique ». Je n'ai pas eu, en
effet, dans cette séance, l'attitude qu'on
m'y prête. On peut écrire sur moi ce
qu'on veut, cela me laisse indifférent, à
moins que ce ne soit dans la presse fran-
çaise, et surtout dans le Matin, organe
pour lequel j'ai la plus grande estime, et
que je considère à juste raison comme
le meilleur journal de France. Or, loin de
m'élever contre l'octroi de libertés au
peuple, j'ai toujours été un des premiers
parmi les membres du comité des minis-
tres à réclamer des réformes que je juge
indispensables pour le bonheur de la
Russie, au siècle où nous vivons. D'ail-
leurs, au-cours de cette séance, il ne fut
nullement question du manifeste im-
périal,, mais seulement de l'ukase, dont
les termes furent arrêtés à l'unanimité
des membres du coriseil.
Partisan des réformes.
j) Je me suis toujours'montré partisan
de réformes qui doivent être, à mon avis,
faites progressivement, et non d'un seul
coup. L'œuvre est commencée, et nous
ne nous arrêterons pas en chemin. Ain-
si, vendredi dernier, le comité des minis-
tres a étudié la question de l'inviolabilité
de la loi et de la responsabilité des fonc-
tionnaires^ Demain, on discutera les nou-
velles loi 'de presse, qui exigeront cer-
tainement deux séances. Je suppose
qu'on instituera une commission spé-
ciale de la. presse, composée de conseil-
lers de l'empire et de sénateurs, commis-
sion qui sera indépendante et soustraite
au contrôle direct des ministres, comme
cela existe actuellement.
» Une des réformes les plus importan-
tes énoncées dans l'ukase est l'ttnifica-
tion de l'organisation des institutions ju-
diciaires et la garantie aux tribunaux de
toutes instances de l'indépendance né-
cessaire pour assurer à toutes les classes
du pays l'égalité devant la justice. Il faut
faire disparaître à tout prix les coutumes
qui asservissent le paysan, car toute ré-
forme utile doit commencer à la base de
l'échelle &ociale.
En Pologne, la justice est rendue
par un tribunal dont le fonctionnement
donne d'excellents résultats, et qui est
composé d'un juge élu et de deux asses-
seurs choisis parmi les liabitants pour
la juridiction de seconde instance, l'ap-
pel est reçu par une assemblée formée
de-juges de paix nommés, dans les vil-
les seulement, par le gouvernement et
par des juges élus. C'est là, je crois, l'or-
ganisation la plus parfaite et la plus fa-
cile à faire^ adopter en Russie.
Le recrutement des Juges.
Mais, hasardai-je, Excellence, com-
ment recruter ces juges ?
t Ce recrutement, répond le minis-
tre, est des plus faciles nous avons tant
d'avocats sans cause, de jeunes gens
ayant terminé leurs études universitai-
res, sans situation. Deux conditions sont
exigées avoir des connaissances spé-
ciàles, être du pays où on est élu. Cette
question sera soumise à la grande com-
mission, réunie depuis deux ans pour
étudier les questions rurales, et que pré-
side M. Witte. -•
» Notre oeuvre de réformes est loin d'être
terminée. Quand nous aurons arrêté la
teneur des articles de l'ukase, on appel-
lera ici les délégués des zemstvos et des
municipalités pour étudier, de concert
avec eux, les réformes qu'il est indis-
pensable d'apporter au fonctionnement
actuel de ces assemblées.
1 j> Notre tâche sera longue, mais elle
est digne de tous nos efforts. Je n'ai pas)
.un seul instant été hostile à cette œu-
vre de réformes, à laquelle je travaille,
pas plus que je n'occuperai un des nom:
breux postes d'ambassadeur qu'on se
plaît à -m'attribuer. n
Sur ces derniers mots, je me retire,
car, depuis vingt' minutes, le déjeunet
du ministre était servi.
L'AGITATION EN RUSSIE
Des dépêches de source anglaise dépeignent
comme alarmant l'état des esprits dans
l'empire russe.
VIENNE, 8 janvier. Dans la Neue Freie
Presse d'hier, M. de Reussneri ancien pro-
fesseur de l'université de Tomsk (Sibérie),
parle de l'effervescence actuelle en terme.
qui sont de nature à faire croire que, à.
moins que le tsar ne cède promptement, un
mouvement général se produira immédiate-
ment. Il se peut cependant que, en repro-
duisant les paroles du professeur, on leur
ait donné sans te vouloir un caractère trop,
énergique, car M. de Reussner, dans un ar-
ticle qu'il publie aujourd'hui dans les colon-
nes de la Zeit, se montre moins pessimiste.
Dans cet article, le professeur dit que, eiij
Russie, la révolution ne viendrait pas du|
tiers-Etat, comme en 1789 en France,' mais;
bien d'un premier Etat 1) se composaait de,
toutes les classes instruites et possédantes,,
puisqu'il n'existe pas en Russie d'aristocra-'
tic bien nettement définie. Tout ce «premier
Etat », même les propriétaires fonciers, est
devenu révolutionnaire par suite de la
guerre.
La Russie tout entière déteste aa guerre,
ainsi que les circonstances qui font pro-
duite. Les classes ouvrières sont les sim-
ples soldats dans les armées de la révolu-
tion. Mémo parmi les paysans, l'efferves.
cence règne, en raison de la mobilisation.
Le parti modéré libéral, que représente l'Os-,
vobozhrenie, a' fait cause commune aveu
toutes les branches du parti terroriste, y
compris les Finlandais et les Polonais. Tous,
les journaux russes de toutes les nuances¡
fout également cause commune en ce qui
concerne les problèmes actuels.
Les zemstvos se mettent en grève, et tout)
tend à indiquer une révolution, à moins que:
l'on ne fasse droit immédiatement aux dé-;
sirs du public. « Si la révolution vient
éelater, dit en terminant le professeur de:
Reussner, ses chefs feront leur possible
pour empêcher les excès. » (rimes.) 1
Bruits extraordinaires.
VIENNE, 9 janvier. La Noua Reforma de
Cracovie publie des informations provenant!
de Lodz, relatives à la situation actuelle. Il)
court, parait-il, des bruits extraordinaires,;
dans les cercles de la Bourse, au sujet de:
désordres qui se seraient produits à Saint-i
Pétersbourg et au cours desquels des cen-
taines do personnes auraient péri dans les
rues. On ignore complètement ce qui se
passe dans là capitale, puisque les journaux'
de Saint-Pétersbourg arrivent avec plusieurs)
jours de retard et que, depuis quelques!
jours, on ne reçoit plus de journaux étran-,
gers. Il règne une vive émotion dans toutes'
les classes de la société.
a Les autorités! dit la Nova Reforma,,
avaient organisé un concert au profit de la'
Croix-Rouge et avaient fait tous leurs ef-'
forts pour en assurer le succès. Ce concert a
du être abandonné, l'assistance ayant fait,
complètement défaut. »
Le bruit court de nouveau que la mobili-
sation serait imminente et que les ouvriers!
se disposeraient à empêcher cette opération^
On craint des désordres graves. (Reuter.)
L'AFFAiREJYVETOIt
Me Ménard, avocat de la partie civile, a ter.
miné l'examen du dossier Le juge
d'instruction entend contradictoire-
ment M. le député Flandin,
Mm8 Syveton, et sa bonne.
Une heure cinq. M. Boucard, portant
sous le bras une serviette de cuir noir, l'air;
très affairé, arrive au Palais. Le magistrat
est complètement remis de la légère indis.
position qui l'avait contraint, la veille, d'in-
̃terrompre le classement du dossier. Il s'en-.
ferme dans son cabinet, où son greffier l'a'
précédé de quelques minutes, et se met im-
médiatement au travail, relisant des inter-
rogatoires, cotant des pièces.
Cependant, les habitués des couloirs com4
mencent à arriver. M" Joseph Ménard vient
y faire un tour, accompagné de Me Godmard.
son secrétaire.
L'avocat de la partie civile a terminé l'exa-
men du dossier, il a pris connaissance de
toute Ja procédure, jusques et y compris les
interrogatoires et les confrontations de sa-
medi dernier.
Nous nous entretenons quelques instants
avec Me Ménard..
Je sors, nous dit-il, de chez le procu-
reur général, auquel j'étais allé demande*
de m'autoriser à faire copier certaines dé-
positions recueillies par M. Boucard. M. Bu-
lot n'a pas cru pouvoir m'y autoriser.
Vous nous aviez déclaré, maître, ques-
tionnons-nous, que l'examen de la première
partie du dossier n'avait pas ébranlé votre
conviction que M. Syveton est mort assas-
signé. Votre opinion ne s'es.t-elle point mo-
difiée
Pas le moins du monde, nous déclare
l'avocat; je crois toujours qu'il y a crime.
Quel est l'assassin ? Je ne saurais le dire.
Rien, dans J'état actuel de l'enquête, ne me:
permet de former une hypothèse'à ce sujet.
Et MI Joseph Ménard nous parle de la
photographie, prise par M. Bertillon, du bu-
vard servant de sous-main à M. Syveton.
Un journal du soir affirme que l'on a
pu lire sur le buvard une lettre importante,
écrite par le député à MI Noilhan, disions-
nous à M* Ménard. Est-ce exact ?
J'ai vu la photographie en question, ré.
plique l'avocat de M. Syveton père. Ce do-
cument ne me paraît pas, jusqu'à présent,
offrir un bien grand intérêt. On peut y lire
« 19, rue Chevert. » C'est l'adresse de \,le
Noilhan. Mais qu'y a-t-il d'étonnant à ce que
Syveton ait écrit à son défenseur ?
Vers trois heures, M. Flandin; député, sa
fait annoncer à M. Boucard, qui le re-
çoit aussitôt. L'audition de ce témoin est à
peine commencée que le juge envoie pré-
venir par un agent de la Sûreté Mme Syve-
ton et Louise Spillemaeckers d'avoir à ee
rendre immédiatement à son cabinet.
Les deux femmes arrivent au bout d'une
heure. Elles pénètrent chez le juge, qui les
confronte avec M. Flandïn. A quatre heures
et demie, le député du Calvados quitte le
Palais.
Dans la galerie, quelques groupes d'avo-,
cats et de journalistes causent paisiblement.
On parle* de la prochaine clôture de Vid-l
faire. Soudain, des cris féroces retentissenti
dans le couloir des prévenus, Une vive al'-|
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