Titre : Le Petit Parisien : journal quotidien du soir
Éditeur : Le Petit Parisien (Paris)
Date d'édition : 1905-01-21
Contributeur : Roujon, Jacques (1884-1971). Directeur de publication
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Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 21 janvier 1905 21 janvier 1905
Description : 1905/01/21 (Numéro 10312). 1905/01/21 (Numéro 10312).
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Source : Bibliothèque nationale de France, Gr Fol-Lc2-3850
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 30/07/2008
trehtièmb ahuêb. No Le plus fort Tirage fies Journaux du Monde entier samedi 21 janvier 1905;
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MINES ET MINEURS
Les grèves importantes qui se chiffrent
par près de 200,000 grévistes viennent
d'éclater parmi les mineurs de Westpha-
lie. Auront-elles une répercussion dans
toute l'Allemagne? C'est une question à
laquelle il est assez difficile de répondre,
de même que l'on peut se demander si
le gouvernement impérial est contrarié
de la cessation du travail dans le bassin
de la Ruhr.
On sait qu'un projet de. loi a été dé-
posé en Prusse pour le rachat de ces mi-
nas, afin de les mettre dans la même si-
tuation que celles du bassin de la Sarre
qui sont exploitées directement par
'l'Entât. Dans ces conditions, les grèves ac-
taeàlles ayant pour résultat certain de dé-
pcécier les valeurs minières de Westpha-
lie,^on peut se demander si les ouvriers
ne .-servent pas, d'une façon inconsciente,
les An térêts gouvernementaux.
11. semble, d'ailleurs, que certaines de
Jeur.sV revendications sont tout à fait jus-
tes..AMnsi, par exemple, il y a des mines
où le «s* travailleurs ont une heure et de-
mie île chemin à faire pour arriver sur
le tien' de leur labeur; autant de temps
leur e st nécessaire pour en revenir. Ne
serait-¡ pas équitable que ces trois heu-
res-là, consacrées, en somme, au service
de la i,otine, fussent comprises dans la
durée d e, la journée?
Les gt êivistes allemands réclament une
réforme .ramenant la journée à huit heu-
res et demie, après une période de tran-
saction où* elle serait de neuf heures. Cela
ne paraît pas excessif quand on songe
qu'il existé, en Angleterre, un bassin
houiller otfc les mineurs ne travaillent
que six heu res. C'est un cas exceptionnel,
il faut le rei vcmnaîlre, dû à des conditions
locales spéCi viles.
Cette grever de Westphalie peut ame-
ner un renchérissement du prix du char-
bon; surtout s i-elle s'étendait en Allema-
gne, car la prcw'uction germanique a de
l'importance potur le marché européen.
Elle s'élève annuellement à 150 millions
de tonnes, ce qu est un gros chiffre com-
paré à la produc fi on française, car nous
ne fournissons quw; 32 millions de tonnes
par an.
A ce propos, on*» peut faire remarquer
que la cessation ûli, travail minier chez
nous atteint nos industriels moins qu'on
ne pourrait se l'imaginer. Même quand
nos mines fournissant les 32 millions de
tonnes dont nous vtrnons de parler, cela
ne suffit pas à notrt* consommation qui
est de 48 millions.
La force des chosesa amène en, France
des charbons étrangers, et nas i 70, 000
mineurs ne sont qu'une faible fraction
dans l'immense arméev-ouvrière de l'Eu-
rope et du monde qui se consacre à arra-
cher du combustible .des entrailles de
la terre.
L'Allemagne, en effet,* compte 470,000
mineurs, l'Angleterre 8£iO,000, les Etats-
Unis 850,000, l'Autriche 170,000, la Bel-
!igue 130,000, la Russie
Les productions sont en rapport avec
le nombre des mineurs de' chaque pays.
Elles s'élèvent à 330 millicms de tonnes
pour l'Angleterre, à 360 militions pour les
Etats-Unis, à 150 millions pour l'Alle-
magne, à 32 millions pour la France, à
32 millions pour l'Autriche, à 22 millions
pour la Belgique, à 16 millions pour la
Russie.
A ces chiffres formidables, *il convient
d'ajouter le rendement des pays loin-
tains qui ont commencé à exploiter des
mines., Leur production s'élève à 8 mil-
lions de tonnes pour les pays anstraliens,
7 millions pour le Japon, à 8 millions
pour les Indes, à 7 millions pour le Ca-
nada. Le total général laisse l'esprit rê-
veur et fait comprendre la transforma-
tion du monde depuis l'utilisation de la
vapeur comme force.
Une fraction notable du genre humain
est employée à fournir de charbon l'hu-
manité tout entière. Il est intéressant de
voir comment est rémunéré ce travail
pénible d'extraction de la houille.
NI' 49. Feuilleton du Petit Parisien.
LE VIOLONEUX
GRAND ROMAN INEDIT
PREMIÈRE PARTIE
La Cabane du Val-aux-Biches
XXIX
Misère
Une habitation qui manquait de charme à
cette époque de l'année et par cette saison
rigouireuse, c'était celle du Val aux biches.
L'hiver s'y montrait si dur que Pillau lui-
mêmes, habitué à toutes les intempéries,
commençait à s'en plaindre.
Mais c'était surtout pour sa Sylvine qu'il
ee lamentait.
Lui, il avait cet avantage commun à la
plupart des habitants des forêts.
Son bois ne lui coûtait qu'un peu de peine,
celle de le prendre.
L'été, il occupait ses loisirs à se faire une
provision de branches mortes et de débrie
qu'il entassait en pyramide aux abords de
sa masure au dans ses greniers.
Or, de même que la lumière donne par-
fois une poésie au plus triste des paysages,
le feu de l'âtre et la liambée joyeuse d`une
bourrée donnent un air de gaieté à la plus
misérable des cabanes.
Quelques jours après la visite du vicomte
de Lançay à la villa de la Roseraie, Pillou
assis devant'sa cheminée attendait, vers
neuf heures du soir, le retour de Sylvine, en
remuant les cendres rouges pour entretenir
un peu de chaleur dans cet intérieur d'une
pauvreté navrante.
En France, le salaire moyen a subi des
hausses et des baisses depuis une ving-
taine d'années. En 1881 il se montait,
pour la durée de l'année, à 1,090 francs.
En 1901 il fut de 1,396 francs pour re-
tomber à 1.241 francs en 1902.
Les mineurs allemands sont un peu
plus payés. Ils touchent environ 1,500
francs par an, sauf en Silésie où ils n'at-
teignent que 1,200 francs. En revanche
les salaires sont moins forts en Belgi-
que, 1,100 francs par an, et en Autriche,
1,000 francs.
Par contre, en Angleterre, les statis-
tiques indiquent 2,200 francs et, aux
Etats-Unis, elles varient entre les chiffres
de 1,800 francs et de 2,250 francs. Mais
on ne doit pas perdre de vue qu'il en
est des salaires comme des impôts
l'arithmétique ne donne pas des appré-
ciations exactes sur la situation des tra-
vailleurs.
Il faut tenir compte des conditions ma-
térielles de l'existence, c'est-à-dire de la
valeur de l'argent dans le pays. Un ou-
vrier américain est plus pauvre en tou-
chant 2,000 francs qu'un Russe lorsqu'il
en reçoit 1,000. Tout dépend du prix au-
quel on paie les choses dans un pays. De
même que le peuple le plus chargé d'im-
pôts n'est pas celui dont les taxes fiscales
sont les plus fortes, mais bien celui qui
a le plus de peine à se procurer ce qu'il
doit verser au percepteur.
Dans la question des mines aux Etats-
Unis, on ne doit pas perdre de vue l'em-
ploi sans cesse croissant des machines.
Maintenant les « Haveuses qui abat-
tent le charbon, sont substituées prea
que partout à la main humaine. C'est là
une des formes saisissantes des modifica-
tions apportées par les progrès du ma-
chinisme.
Avec les Il Haveuses », d'énormes blocs
de charbon peuvent être détachés infini-
ment plus rapidement qu'il ne faut de
temps à des ouvriers pour faire tomber
la même quantité de combustible. Là en-
core, l'homme se voit remplacé par l'ins-
trument mécanique.
C'est ce que l'on a constaté pour le
creusement des tunnels qui percent les
massifs montagneux. Les machines per-
foratrices ont ouvert le Saint-Gothard et
déchiré les flancs du Simplon avec une
facilité inconnue des ingénieurs qui, les
premiers, ont fait passer des trains à
travers les AlpeS par le tunnel du Mont-
Cenis.
Le chiffre des mineurs des Etats-Unis
ne répond pas exactement à la réalité de
la situation comparative avec les autres
nations, puisque les machines jouent là
un rôle plus grand pour l'extraction.
Mais il est probable que le machinisme
se développera de plus en plus et que
les compagnies minières sentiront la né-
cessité d'en faire la dépense si elles ne
veulent pas être vaincues par la concur-
rence étrangère.
En France, où nous avons vécu des
idées romaines pendant de longs siècles,
on avait admis d'abord que la propriété
du sol entraînait celle de la profondeur
de la terre à cet endroit.
Puis on distingua la propriété souter-
raine de la propriété superficielle, et
c'est ainsi que l'on arriva au système des
concessions pour l'exploitation des mi-
nes.
Cette méthode pouvait avoir des avan-
tages, puisqu'elle permettait de sous-
traire à l'incurie éventuelle des proprié-
taires les richesses renfermées dans le
sein die la terre. A cette époque, où la
dîme florissait, les concessionnaires de-
vaient payer à l'Etat le dixième de .leurs
bénéfices.
Malgré tous les changements surve-
nus dans ~-le monde, c'est toujours, dans
ses grandes lignes, la méthode suivie en
France. Il n'en est pas de même à l'é-
tranger.
Presque* partout l'exploitation des mi-
nes est libre. Ceux qui les ont découver-
tes et qui ont engagé des capitaux pour
les mettre*en exploitation, en tirent parti
à leur guise. C'est en particulier, ce qui
se passe en Angleterre où l'industrie mi-
nière est si florissante.
Les grèves de Westphalie sont une ré-
ponse aux accusations des adversaires de
Les affaires du violoneux allaient de mal
en pis.
Les cent francs du mari de Marguerite
Beaulieu lui avaient servi à se procurer un
autre instrument et on peut croire que'cet
objet d'art n'avait pas coûté cinq louis.
Pillou ne se payait pas des Amati ou des
-Stradivarius.
Mais, qu'en eût-il pu faire ?
Avec le surplus de la somme, il s'était of-
fert quelques provisions qui s'épuisaient et
touchaient à leur fin.
Pas de mariages, pas de fêtes du pays, pas
de foires ni de réunions d'aucune sorte.
L'argent se faisait rare au Val aux biches.
On n'y voyait guère que les pièces de vingt
sous que la pauvre femme rapportait au lo-
gis et qui lui coûtaient, on peut le dire, plus
qu'elles ne valaient.
Il fallait attendre le renouveau et les beaux
jours.
Le retour de la châtelaine de Belfonds sur-
tout
Son départ pour la côte d'Azur avait donné
le dernier coup aux affaires de la pauvrette.
Avec Marguerite Beaulieu, elle perdait la
plus belle plume de son aile.
Aussi le violoneux en perdait du même
coup sa philosophie ordinaire..
D'ailleurs ce départ avait été une cause de
tristesse et de regrets pour Belfonds et ses
environs.
On en cherchait l'explication et les lan-
gues étaient à l'ouvrage.
Pillou était plus avancé que les autres.
Il devinait la cause de cette fuite, lui
Depuis le jour où il avait surpris l'abomi-
nable manœuvre du vicomte, il l'accusait,
non sans raison, de tous les malheurs qui
fondaient sur Belfonds et sur ce canton si
tranquille avant le mariage qui avait tout
la République qui accusant volontiers
nos institutions de tous les oonflits entre
le capital et le travail.
L'impérialisme germanique ne réussit
pas plus que le régime démocratique des
Etats-Unis à empêcher des antagonismes
qui se manifestent par la suspension du
labeur humain avec toutes les misères et
toutes les souffrances qu'entraîna le chô-
mage»
Il faut souhaiter que l'accord survienne
dans l'intérêt supérieur de l'humanité,
car il y a. dans la vallée de la Ruhr, des
milliers d'hommes qui vont souffrir, et,
comme l'a dit le poète « Rien de ce qui
touche un homme ne doit être indiffé-
rent
JEAN FROLLO
LA CRISE MINISTERIELLE
Le Bureau de la Chambre à l'Elysée. Une
Allocution du Président de la Républi-
que. Une Convocation probable pour
ce Matin.
Hier matin, M. Loubet ne s'est ^entretenu
avec aucun personnage politique; et son
après-midi a été prise par les audiences ré-
gulières du vendredi. 1
Ces audiences, principalement réservées
par le Président de la République aux mem-
bres des deux Chambres, lui ont permis,de
compléter, hier, l'ensemble des indications
que lui avaient données, la veille, au sujet
de la situation, les représentants des six
groupes républicains du Parlement.
Il a également reçu hier, dans le courant
de l'après-midi, la visite d'usage des mem-
bres «du nouveau bureau de la Chambre des
députés, MM. Lockroy, Etienne, Guillain et
Gerville-Réache, vice-présidents, ainsi que
les huit secrétaires et les trois questeurs.
La visite faite à M. Loubet par les mem-
bres du nouveau bureau de la Chambre des
députés a été fort courte.
M. Lockroy a exprimé, au nom du bureau,
ses sentiments de vive condoléance au Pré-
sident de la République à l'occasion de son
deuil récent et l'a assuré de son dévoue-
ment pour la République et pour lui-même,
qui remplit ses hautes fonctions avec une
correction à laquelle tout le monde rend
hommage.
En réponse à cette brève allocution, le
Président de la République a remercié les
membres du bureau des sentiments qui ve-
naient d'être exprimés.
Faisant ensuite une allusion discrète à ses
préoccupations présidentielles, M. Loubet
a ajouté qu'il n'avait jamais eu plus besoin
de réconfort *et de sympathie et qu'il était
heureux de cette démarche qui lui permet-
tait de faire une fois de plus en présence
du bureau de la Chambre un appel à l'u-
nion, à la concorde, à l'apaisement si néces-
saires aujourd'hui, dans l'intérêt supérieur
de la République et de la patrie.
Dans les couloirs de la Chambre, on avait,
de tous côtés, le sentiment, vers la fin de
l'après-midi, après la visite des membres du
bureau, que la série des consultations di-
rectes ou indirectes du Président de la Ré-
publique était virtuellement close, et que,
par suite, on serait fixé ce matin sur le
nom du personnage politique à qui M. Lou-
bet ferait l'offre d'établir une combinaison
îministàrielte.
A l'Elysée, en effet, on indiquait hier soir
que, dans le courant de la matinée, le Prési-
dent de la République prendrait sans doute
une décision pour la solution de la crise.
ON BUREAU DE TABAC AU PILLAGE
A Buzenval. Important Butin. Arres-
tations à Paris.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, trois in-
dividus arrivaient à la gare de Rueil, par
l'un des derniers trains de Paris et, malgré
l'heure tardive, se dirigeaient à travers
champs, vers le hameau de Buzenval.
A l'aide d'un long marteau d'emballeur,
ils fracturaient les volets de clôture du débit
de tabac tenu par M. Constantin Tresch, et
pénétraient à l'intérieur.
Consciencieusement, ils visitaient le débit,
la salle à manger qui y est attenante et la
cuisine.
Leur butin fut considérable par centaines,
ils prirent des paquets de cigares, de ciga-
rettes, de tabac à fumer, tirent main basse
sur les timbres, les articles de tabletterie et
Aussi il se demandait quand donc enfin la
foudre tomberait sur la tête de ce bandit et
l'écraserait.
Du reste, aux alentours, à deux ou trois
lieues à la ronde, des bruits sourds encore,
des rumeurs commençaient à circuler sans
qu'on pût se douter d'où ils sortaient.
Evidemment l'orage s'amassait.
Le docteur Champrel qui possédait la
confiance de tout le monde, hochait la tête
d'une certaine façon quand on le question-
nait sur la santé de la châtelaine de Bel-
fonds.
Un jour il était allé jusqu'à dire à un de
ses clients qui insistait, en mettant un doigt
sur ses lèvres
Ce sont des choses dont il vaut mieux
ne pas parler.
Avait-il aussi des doutes ?
Dans les auberges, quand Pillou y portait
en cachette ses lièvres ou ses lapins, qu'il
donnait à peu près pour rien, si on l'interro-
geait, lui qui passait pour tout savoir, il ne
se compromettait pas, mais il avait une cer-
taine manière d'insinuer
-Je ne peux rien dire, mais un temps qui
vient, on en reparlera.
Ou en clignant de l'œil
Faut attendre. Tout ça n'est pas
clair. Il v a du louche.
Mais les conversations n'avaient lieu qu'en
sourdine.
Les campagnards n'aiment pas les affai-
res, et n'ont pas tort.
C'était comme des nuages qui paraissent
à l'horizon l'été et qui peu à peu montent
jusqu'à ce que la foudre éclate.
Ce soir-là, à chaque instant, Pillou se tour-
nait vers sa porte.
C'était l'heure où Sylvine allai: revenir de
l'Aubette.
Les Brucourt l'y occupaient le plus sou-
n'eurent garde d'oublier les bijoux de Mme
Tresch, le contenu du tiroir-caisse, enfin, un
coffret contenant une somme importante,
mise en dépôt chez le débitant.
A son réveil, à sept heures, M. Tresch
eonstatait le vol il avertissait aussitôt le
maréchal des logis de gendarmerie Boucher,
à Rueil, et celui-ci venait procéder à une
enquête.
A peine les constatations étaient-elles
commencées que M. Labarre, commissaire
de police de Rueil, était appelé au télé-
phone. Le service de la sûreté l'informait
que deux individus venaient d'être aiTêtés
à Paris et qu'ils portaient, en deux ballots
volumineux, une énorme quantité de tabac
qu'ils disaient provenir du pillage d'un Du-
reau de Rueit.
M. Tresch se rendit à Paris et put rentrer
ainsi en possession de ses marchandises.
Quant aux bijoux, aux espèces et aux
timbres, leur détenteur actuel, qui est connu,
est recherché en Seine-et-Oise et son arres-
tation paraît une question d'heures.
L'AGITATION EN RUSSIE
Formidable Mouvement gréviste. Le Dé-
filé à travers la Capitale. Une Pétition
au Tsar. Projet de Démonstration pa-
cifique devant le Palais d'Hiver.
(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
Saint-Pétersbourg, 20 janvier.
;Sommes-nous à la veille d'une révolu-
tibn Voilà la question qu'on entend par-
tout et, pour quiconque connaît la noncha·
lance, la torpeur slaves, le fait seul qu'une
question pareille puisse être posée paraltra
ab plus haut point significative.
fPétersbourg, aujourd'hui, avait, en effet,
ufie physionomie sans précédent. Des mil-
liers de grévistes sillonnaient les rues de la
capitale, leurs silhouettes sombres se décou-
pant sur la blancheur de la neige ils sui-
vaient un plan déterminé et partout où ils
passaient, le travail s'arrêtait; quand la
persuasion ne suffisait pas, les objurgations
résolues, l'intimidation avaient raison des
hésitants. La masse interminable des gré-
vistes se déroulait, en colonnes serrées, à
travers les parcs et les jardins silencieux,
où un pâle soleil d'hiver donnant sur les
arbres couverts d'une épaisse couche de gi-
vre, faisait un décor presque gai à ce qui est
peut-être un prologue de tragédie. Les gré-
vistes marchaient d'un pas alerte, sans
bruit, sans le moindre désordre derrière
chaque colonne venaient quelques officiers
de police, impuissants devant un pareil flot
humain.
LE SPECTRE DE LA RÉVOLUTION
« Sommes-nous à la veille de la révolu-
tion ? répétaient les bourgeois apeurés par
le spectacle » et la question, formulée tout
d'abord timidement, en l'air, ne tarda pas à
se faire presque opportune quand on vit des
milliers et des milliers de soldats venir occu-
per les principales cours et arrêter la circu-
lation dans les rues. Déjà chacun s'attendait
à voir l'irréparable se produire, le sang cou-
ler, mais, fort heureusement, grâce proba-
blement aux ordres donnés aux troupes,
grâce aussi au calme et au sang-froid des
grévistes, aucune collision ne s'est produite
jusqu'ici.
Qui saurait prédire le dénouement de ce
formidable conflit'?
Mon devoir est simplement d'enregistrer
les faits et, jusqu'à présent, il me faut cons-
tater que les grévistes ne montrent aucune
velléité révolutionnaire. Ils ont même choisi,
comme les lecteurs du Petit Parisien. le sa-
vent déjà, un prêtre comme chef. Comme la
personnalité de Gapon passe de plus en
plus au premier plan, il importe de mettre
au point tout ce qui a été dit sur lui jusqu'à
présent, quelques détails étant passablement
inexacts.
Les interviewers, il va sans dire, abon-
dent, mais Gapon reste introuvable et ina-
bordable il évite son domicile par crainte
d'une arrestation.
Plusieurs centaines de grévistes ont d'ail-
leurs mission de lui servir de garde du
corps, et une vingtaine d'izvotchik entou-
rent son traîneau lorsqu'il se déplace.
Gapon, âgé de trente-trois ans, exerce une
incontestable séduction sur les masses, au-
tant par son physique que par son éloquence.
Fils de paysans cosaques, il fit de brillantes
études au séminaire, mais son indépendance
d'esprit lui fit abandonner la carrière ecclé-
siastique. Il devint petit fonctionnaire et
vent et, comme de Belfonds, jamais elle ne
rentrait son panier vide.
Le violoneux écoutait avec inquiétude le
vent qui soufflait en tempête, aigre et vio-
lent, sifflant dans la cheminée et ébranlant
les carreaux de sa fenêtre, comme s'il eût
entrepris de l'enfoncer, ce qui n'était pas
difficile.
Pauvre Sylvine
Fallait-il qu'elle en eût du courage pour
traverser les bois seule à pareille heure et
par un tel temps.
Au dehors, le ruisseau qui passait au fond
du val n'était plus qu'une glace sur laquelle
un régiment aurait pu défiler avec armes,et
bagages.
Les arbres, décharnés, ressemblaient à
des squelettes de chênes ou d'ormeaux.
Pillou, pour fêter l'arrivée de sa femme
venait de jeter sur les braises de son loyer
une petite brassée de copeaux lorsqu'il en-
tendit un bruit de pas sur la terre durcie à
quelque distance de sa cabane.
Ce n'étaient pas ceux de Sylvine.
Sylvine, légère comme une chevrette, ef-
fleurait à peine le col de ses petits pieds.
Qui donc pouvait venir chez lui si tard?
Les pas étaient lourds comme ceux d'un
gendarme.
Il ouvrit sa porte.
Une rafale de vent faillit le renverser en
la rejetant sur lui.
Le borgne lâcha son juron favori
Cornes du diable, on dirait que les dé-
mons sont déchaînés comme une bande de
chats en furie.
Au même instant une voix forte appela:
Pillou ?
Tiens, fit le violoneux, c'est Jean Roux.
Il rouvrit sa porte en disant
Entrez 1
Et aussitôt
rencontra à ce moment une jeune fille qui le
persuada de se dévouer à la cause du peu-
ple. Revenant à sa première vocation, il se
fit un de ces obscurs prêtres de paroisse qui,
selon les règles de l'église orthodoxe, doi-
vent se marier, et auxquels tout espoir d'a-
vancemem est interdit. Comme paroisse il
choisit, par exemple, la prison centrale de
Saint-Péterbourg. Là, devenu vite l'ami et
le conseiller des classes pauvres, Gapon lève
la voix contre les idées révolutionnaires. Il
proclame sa foi absolue dans le tsar miséri-
cordieux, qui saura prendre en pitié les mal-
heureux ouvriers.
Cette confiance l'a-t-il conservée depuis
les derniers événements et, si oui, aura-t-il
assez d'influence sur les ouvriers pour les
empêcher de tenter des représailles si par
aventure les troupes tiraient sur les gré-
vistes ?
LE SUPRÊME RECOURS
Quoi qu'il en soit, les ouvriers en grève
ont décidé aujourd'hui d'envoyer une péti-
tion au tsar, le suppliant d'écouter leurs
griefs. La pétition est signée par cent mille
hommes et femmes.
Dimanche, cent vingt-cinq mille ouvriers
s'assembleront autour du Palais d'hiver,
précédés par Gapon, portant ses vêtements
ecclésiastiques et la croix. Il demandera à
parler au tsar. Nul ouvrier ne portera d'ar-
mes. Tous sont décidés à la passivifé la
plus absolue. « Mieux vaudra, disent-ils,
tomber sous des balles russes que de con-
tinuer notre existence de privations et de
misère. »
Les grévistes n'ont plus d'ailleurs que le
suprême espoir d'un recours direct à l'em-
pereur. Le ministre des Finances et le mi-
nistre de l'Intérieur ont en effet refusé au-
jourd'hui de recevoir leur députation.
Ce soir, toutes les petites exploitations in-
dustrielles de la capitale ont fermé leurs
portes. Les imprimeries se mettent en grève
également, et Saint-Pétersbourg n'aura peut-
être demain ni journaux ni tramways, ni
lumière électrique. On craint pis encore
une grève générale s'étendant à tout l'em-
pire.
Paul LAGARMRE.
Suiciâe d'un Officier de Marine
Mort de M. Paul Wursthorn. Un Officier
d'Avenir. Les Conséquences d'une
Campagne à Madagascar. Amnésie cé-
rébrale. La Volonté bien arrêtée de
mourir.
Ainsi que tout le faisait malheureusement
prévoir, M. Paul Wursthorn, le jeune en-
seigne de vaisseau, qui, jeudi soir, s'est tiré'
une balle de revolver dans la tête, au Grand-
Hôtel, a rendu le dernier soupir la nuit der-
nière, à deux heures du matin. A l'hôpital
Saint-Martin, rue des Récollets, où, sur les
conseils du docteur David, il avait été trans-
porté, le médecin principal, M. Moty, avait
cru tout d'abord pouvoir tenter une opéra-
tion chirurgicale, mais, après un examen
plus sérieux de la blessure, il y avait re-
noncé, jugeant avec raison que l'état 'du
blessé était complètement désespéré.
En effet, l'infortuné, jeune homme avait
fait preuve d'un sang-froid surprenant et
d'une rare énergie dans l'accomplissement
de son acte de désespoir. Pour ne pas se
manquer et être bien sûr qu'il ne survivrait
pas au coup de revolver qu'il allait se tirer,
il avait pris une petite glace à main, et, après
s'être bien ajusté en se regardant dans le
minuscule miroir, il avait pressé la détente
de son arme, le canon appuyé sur la tempe.
L'effet avait été foudroyant. Le projectile
avait traversé la tête de part en part et une
partie de la matière cérébrale avait jailli sur
le fauteuil où il s'était assis. Le coma était
survenu presque immédiatement et il est
même surprenant que la mort ne se soit pas
produite plus tôt.
LES MOTIES DU SUICIDE
C'est en vain que l'on a cherché à connaî-
tre les motifs qui ont pu déterminer M. Paul
Wursthorn à cette funeste résolution, mais
il parait très vraisemblable qu'une maladie
contractée pendant un long séjour aux co-
lonies, en est la cause initiale.
Officier très distingué et des mieux notés
par ses chefs, M. Wursthorn était sorti de
l'école navale du Borda avec le numéro 1.
Nommé, en 1895, enseigne de vaisseau, il
avait été envoyé, une année plus tard, à Ma-
dagascar il y avait fait une longue croisière,
mais il avait dû retourner en France malgré
lui, atteint d'une amnésie cérébrale dont les
effets désastreux ne lui permettaient plus
d'exercer son commandement d'une façon
efficace. Il avait été néanmoins attaché à
C'est vous, brigadier?
Comme tu vois.
Vous choisissez un drôle de temps pour
vos promenades.
J'ai te parler.
Vous aussi
̃ C'est sans doute qu'on suppose que tu
connais beaucoup de choses.
L'homme qui venait d'entrer et de s'as-
seoir devant le feu du violoneux, était âgé
de quarante-cinq ans environ, de tournure
militaire, botté jusqu'aux genoux et porteur
d'un costume défraîchi de garde forestier
au service de l'Etat.
Trapu et solide, avec une tête énergique
et franche, à moustache rude .et rousse, il
respirait l'énergie et l'honnêteté.
Pour toute arme, il ne portait qu'un long
bâton noueux -avec lequel il aurait pu as-
sommer un loup.
Il demanda
Tu es seul ?
Comme vous voyez,
Et ta femme ?
Je l'a.iends, mais, de ce mauvais
temps, elle va peut-être rester chez les Bru-
court.
Elle fera bien.
Le violoneux posait sur sa table une bou-
teille de tafia et deux verres.
Les copeaux qu'il avait jetés dans son feu
se mirent à flambeur.
La misérable cuisine prit aussitôt un air
de gaieté que seule dans ces pauvres logis
la flamme du foyer peut dpn*»f.
Le brigadier dit, en examinant l'intérieur
de la pièce avec intérêts, les objets pendus
aux murs enfumés, le violon neuf, les sacs
des solives et le lit de l'alcôve
Je ne sais pas comment ta pauvre fem-
me a le courage de rentrer les nuits dans un
quartier pareil.. Tu devrais demeurer près
l'état-major du croiseur ln(ernet, à Toulon-
Après avoir passé quelque temps à l'hô-
pital militaire de Marseille, le jeune officier
de marine, cédant aux instances de sa fa.
mille, était allé s'installer à Cannes pour w
achever sa convalescence.
Malheureusement, il faut croire que l'exis-
tence qu'il menait dans cette vi le ne lui
plaisait pas, car, à plusieurs reprises, ̃!
avait manifesté l'intention d'en partir. Il' y
aurait certainement réussi s'il n'avait été
l'objet d'une surveillance toute particulière.
Mercredi dernier, il réussissait à trompee
la surveillance des personnes chargées de
sa garde et, réalisant enfin un projet long-
temps caressé, il sautait dans le rapide due
Paris, où il arrivait le lendemain malin.
De la gare, il se faisait conduire au Grarid-
Hôtel, où on lui donnait, au deuxième étage,
la chambre portant le numéro 214.
Pendant cette journée, rien dans son atti-
tude, ni dans son langage, ni dans ses ges-
tes, n'avait pu donner au personnel de l'éta-
blissement le moindre soupçon sur le triste
projet qu'il méditait. De taille moyenne, lé
visage souligné d'une fine moustache noire,
paraissant extrêmement jeune, M. Wurs-
thorn avait donné, au contraire, à ceux qui
avaient été en relations avec lui, une impres-
sion de satisfaction et de bonne humeur qui,
si elle était factice, n'en semblait pas moins
très réelle.
Sur sa commode, le commissaire da police
a trouvé une somme de 700 francs enfermée
dans un porte-cartes. Il a placé cet argent
sous scellé, ainsi que le revolver du calibre
de huit millimètres dont le malheureux jeune
homme s'était servi pour se donner la mort.
La famille de M. Paul Wursthorn habite
Nancy. Son père, qui est un grand marchand
de champagne, est très connu à Paris, où il
vient fréquemment pour ses affaires.
La nouvelle du malheur qui le frappe lui a
été télégraphiée- hier matin par son gendre,
M. Chemel. Ce dernier a commencé les dé-
marches nécessaires pour le règlement des
obsèques, lesquelles se feront très probable-
ment à Nancy, où le corps sera transporté.
A. TOXJLON
(De notre carrespondant particulier)
Toulon, 20 janvier.
On ne sait rien, à Toulon, sur les causes.
du suicide de l'enseigne de vaisseau Paut
Wursthorn. A la préfecture maritime, aucune
renseignement n'a pu m'être fourni, pas
plus, d'ailleurs^ qu'au commissariat générai
et au service des revues.
Cet officier n'est pour ainsi dire pas connu
au port. Il débarqna à Marseille, le 16 octo-
bre 1904, venant de Madagascar, où avair
fait campagne sur \'In{ernet. Auparavant,
Paul Wursthorn fut embarqué pendailt huit
mois sur le Calédonien et la Couronne, vais-
seaux-écoles.
A bord de ces navires, ses camarades ne
remarquèrent rien qui pût faire croire qu'il
jouissait d'un état mental particulier.
L'AFFAIREJYVETOl!
La Commission rogatoire d'Anvers. M.
Boucard l'attend toujours. Le Doc-
teur Barnay prend Connaissance du Rap-
port des Experts. Il ne se montre pas
très satisfait.
Un pli recommandé, timbré d'Anvers, était
gravement porté, hier soir, au cabinet de
M. le juge Boucard.
Etait-oe la fameuse commission rogatoifca
qu'on attend si impatiemment pour clore dé-
finitivement l'instruction ?
Nous sommes allés le demander au ma-
gistrat.
Tenez, lisez, nous a dit le juge en riant aux
éclats, voilà ce qu'on a pris pour la commission
rogatoire.
Et M. Boucard nous tendait une lettre. EUa
contenait le quatrain suivant
M. Boucard, de ma missive,
Voudra bien excuser le ton.
Je demande « Quand lessive-ton
Les Syvelon? »
Ce n'est pas très riche comme poésie, mais
on ne peut pas demander à tout le monde
de jouer de la lyre comme Victor Hugo.
Quant à la commission rogatoire, elle
vagabonde toujours, on ne sait où, sur 1-4
longue route diplomatique.
Le docteur Barnay
M. Boucard ne s'est pas borné à donner
communication à M° Joseph Ménard d.u
rapport des experts ils a autorisé, hier, te
docteur Barnay il en prendre connaissance
dans son cabinet.
Nous avons demandé au beau-frère de
M. Syveton, à sa sortie du Palais, ce qu'il
avait relevé d'intéressant dans ce docu-
ment.
J'aurais aimé le copier entièrement, nous a
d'un bourg ou d'un village. Elleestadroite.ia
Elle ne manquerait pas de besogne et n'use-
rait pas tant de souliers pour aller en cher..
cher.
Pillau répondit
C'est la maison de ma mère. Nous
sommes chez nous. Nous ne la quitterons
A moins qu'elle ne te tombe sur le des.
objecta le brigadier.
Et, revenant à Sylvine
Ah 1 elle en a du courage, cette pauvre
petite créature 1
C'est vrai.
Tu n'as plus entendu parler de mon
camarade ?
Collinet ?
Si. En voilà un qui ne me veut pas do
bien 1.
Il ne t'a pas pincé depuis quelque
temps ?-
Tantôt du côté des Chesnets.
Que faisais-tu là ? 1
Je flânais. je regardais.
Les piquets de chevreuil, les coulées da
lièvres.
Possible. Ça n'est pas défendu. J'ai
un oeil. C'est pour y voir. Une goutte da
rhum, monsieur Roux f
Si tu veux.
Ils trinquèrent.
Pillou avoua
Si vous étiez venu quelques jours plus
tard, je n'aurais rien eu à vous offrir.
Pauvreté n'est pas vice. Les fonds
baissent ?
A sec. Pas pour deux sous de veine-
Depuis que cette pauvre mademoiselle Mar-
guerite est partie, il semble qu'elle ait em-
porté toute ma chance. Et ça me ferait
mal au coeur de n'avoir pas seulement un%/
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MINES ET MINEURS
Les grèves importantes qui se chiffrent
par près de 200,000 grévistes viennent
d'éclater parmi les mineurs de Westpha-
lie. Auront-elles une répercussion dans
toute l'Allemagne? C'est une question à
laquelle il est assez difficile de répondre,
de même que l'on peut se demander si
le gouvernement impérial est contrarié
de la cessation du travail dans le bassin
de la Ruhr.
On sait qu'un projet de. loi a été dé-
posé en Prusse pour le rachat de ces mi-
nas, afin de les mettre dans la même si-
tuation que celles du bassin de la Sarre
qui sont exploitées directement par
'l'Entât. Dans ces conditions, les grèves ac-
taeàlles ayant pour résultat certain de dé-
pcécier les valeurs minières de Westpha-
lie,^on peut se demander si les ouvriers
ne .-servent pas, d'une façon inconsciente,
les An térêts gouvernementaux.
11. semble, d'ailleurs, que certaines de
Jeur.sV revendications sont tout à fait jus-
tes..AMnsi, par exemple, il y a des mines
où le «s* travailleurs ont une heure et de-
mie île chemin à faire pour arriver sur
le tien' de leur labeur; autant de temps
leur e st nécessaire pour en revenir. Ne
serait-¡ pas équitable que ces trois heu-
res-là, consacrées, en somme, au service
de la i,otine, fussent comprises dans la
durée d e, la journée?
Les gt êivistes allemands réclament une
réforme .ramenant la journée à huit heu-
res et demie, après une période de tran-
saction où* elle serait de neuf heures. Cela
ne paraît pas excessif quand on songe
qu'il existé, en Angleterre, un bassin
houiller otfc les mineurs ne travaillent
que six heu res. C'est un cas exceptionnel,
il faut le rei vcmnaîlre, dû à des conditions
locales spéCi viles.
Cette grever de Westphalie peut ame-
ner un renchérissement du prix du char-
bon; surtout s i-elle s'étendait en Allema-
gne, car la prcw'uction germanique a de
l'importance potur le marché européen.
Elle s'élève annuellement à 150 millions
de tonnes, ce qu est un gros chiffre com-
paré à la produc fi on française, car nous
ne fournissons quw; 32 millions de tonnes
par an.
A ce propos, on*» peut faire remarquer
que la cessation ûli, travail minier chez
nous atteint nos industriels moins qu'on
ne pourrait se l'imaginer. Même quand
nos mines fournissant les 32 millions de
tonnes dont nous vtrnons de parler, cela
ne suffit pas à notrt* consommation qui
est de 48 millions.
La force des chosesa amène en, France
des charbons étrangers, et nas i 70, 000
mineurs ne sont qu'une faible fraction
dans l'immense arméev-ouvrière de l'Eu-
rope et du monde qui se consacre à arra-
cher du combustible .des entrailles de
la terre.
L'Allemagne, en effet,* compte 470,000
mineurs, l'Angleterre 8£iO,000, les Etats-
Unis 850,000, l'Autriche 170,000, la Bel-
!igue 130,000, la Russie
Les productions sont en rapport avec
le nombre des mineurs de' chaque pays.
Elles s'élèvent à 330 millicms de tonnes
pour l'Angleterre, à 360 militions pour les
Etats-Unis, à 150 millions pour l'Alle-
magne, à 32 millions pour la France, à
32 millions pour l'Autriche, à 22 millions
pour la Belgique, à 16 millions pour la
Russie.
A ces chiffres formidables, *il convient
d'ajouter le rendement des pays loin-
tains qui ont commencé à exploiter des
mines., Leur production s'élève à 8 mil-
lions de tonnes pour les pays anstraliens,
7 millions pour le Japon, à 8 millions
pour les Indes, à 7 millions pour le Ca-
nada. Le total général laisse l'esprit rê-
veur et fait comprendre la transforma-
tion du monde depuis l'utilisation de la
vapeur comme force.
Une fraction notable du genre humain
est employée à fournir de charbon l'hu-
manité tout entière. Il est intéressant de
voir comment est rémunéré ce travail
pénible d'extraction de la houille.
NI' 49. Feuilleton du Petit Parisien.
LE VIOLONEUX
GRAND ROMAN INEDIT
PREMIÈRE PARTIE
La Cabane du Val-aux-Biches
XXIX
Misère
Une habitation qui manquait de charme à
cette époque de l'année et par cette saison
rigouireuse, c'était celle du Val aux biches.
L'hiver s'y montrait si dur que Pillau lui-
mêmes, habitué à toutes les intempéries,
commençait à s'en plaindre.
Mais c'était surtout pour sa Sylvine qu'il
ee lamentait.
Lui, il avait cet avantage commun à la
plupart des habitants des forêts.
Son bois ne lui coûtait qu'un peu de peine,
celle de le prendre.
L'été, il occupait ses loisirs à se faire une
provision de branches mortes et de débrie
qu'il entassait en pyramide aux abords de
sa masure au dans ses greniers.
Or, de même que la lumière donne par-
fois une poésie au plus triste des paysages,
le feu de l'âtre et la liambée joyeuse d`une
bourrée donnent un air de gaieté à la plus
misérable des cabanes.
Quelques jours après la visite du vicomte
de Lançay à la villa de la Roseraie, Pillou
assis devant'sa cheminée attendait, vers
neuf heures du soir, le retour de Sylvine, en
remuant les cendres rouges pour entretenir
un peu de chaleur dans cet intérieur d'une
pauvreté navrante.
En France, le salaire moyen a subi des
hausses et des baisses depuis une ving-
taine d'années. En 1881 il se montait,
pour la durée de l'année, à 1,090 francs.
En 1901 il fut de 1,396 francs pour re-
tomber à 1.241 francs en 1902.
Les mineurs allemands sont un peu
plus payés. Ils touchent environ 1,500
francs par an, sauf en Silésie où ils n'at-
teignent que 1,200 francs. En revanche
les salaires sont moins forts en Belgi-
que, 1,100 francs par an, et en Autriche,
1,000 francs.
Par contre, en Angleterre, les statis-
tiques indiquent 2,200 francs et, aux
Etats-Unis, elles varient entre les chiffres
de 1,800 francs et de 2,250 francs. Mais
on ne doit pas perdre de vue qu'il en
est des salaires comme des impôts
l'arithmétique ne donne pas des appré-
ciations exactes sur la situation des tra-
vailleurs.
Il faut tenir compte des conditions ma-
térielles de l'existence, c'est-à-dire de la
valeur de l'argent dans le pays. Un ou-
vrier américain est plus pauvre en tou-
chant 2,000 francs qu'un Russe lorsqu'il
en reçoit 1,000. Tout dépend du prix au-
quel on paie les choses dans un pays. De
même que le peuple le plus chargé d'im-
pôts n'est pas celui dont les taxes fiscales
sont les plus fortes, mais bien celui qui
a le plus de peine à se procurer ce qu'il
doit verser au percepteur.
Dans la question des mines aux Etats-
Unis, on ne doit pas perdre de vue l'em-
ploi sans cesse croissant des machines.
Maintenant les « Haveuses qui abat-
tent le charbon, sont substituées prea
que partout à la main humaine. C'est là
une des formes saisissantes des modifica-
tions apportées par les progrès du ma-
chinisme.
Avec les Il Haveuses », d'énormes blocs
de charbon peuvent être détachés infini-
ment plus rapidement qu'il ne faut de
temps à des ouvriers pour faire tomber
la même quantité de combustible. Là en-
core, l'homme se voit remplacé par l'ins-
trument mécanique.
C'est ce que l'on a constaté pour le
creusement des tunnels qui percent les
massifs montagneux. Les machines per-
foratrices ont ouvert le Saint-Gothard et
déchiré les flancs du Simplon avec une
facilité inconnue des ingénieurs qui, les
premiers, ont fait passer des trains à
travers les AlpeS par le tunnel du Mont-
Cenis.
Le chiffre des mineurs des Etats-Unis
ne répond pas exactement à la réalité de
la situation comparative avec les autres
nations, puisque les machines jouent là
un rôle plus grand pour l'extraction.
Mais il est probable que le machinisme
se développera de plus en plus et que
les compagnies minières sentiront la né-
cessité d'en faire la dépense si elles ne
veulent pas être vaincues par la concur-
rence étrangère.
En France, où nous avons vécu des
idées romaines pendant de longs siècles,
on avait admis d'abord que la propriété
du sol entraînait celle de la profondeur
de la terre à cet endroit.
Puis on distingua la propriété souter-
raine de la propriété superficielle, et
c'est ainsi que l'on arriva au système des
concessions pour l'exploitation des mi-
nes.
Cette méthode pouvait avoir des avan-
tages, puisqu'elle permettait de sous-
traire à l'incurie éventuelle des proprié-
taires les richesses renfermées dans le
sein die la terre. A cette époque, où la
dîme florissait, les concessionnaires de-
vaient payer à l'Etat le dixième de .leurs
bénéfices.
Malgré tous les changements surve-
nus dans ~-le monde, c'est toujours, dans
ses grandes lignes, la méthode suivie en
France. Il n'en est pas de même à l'é-
tranger.
Presque* partout l'exploitation des mi-
nes est libre. Ceux qui les ont découver-
tes et qui ont engagé des capitaux pour
les mettre*en exploitation, en tirent parti
à leur guise. C'est en particulier, ce qui
se passe en Angleterre où l'industrie mi-
nière est si florissante.
Les grèves de Westphalie sont une ré-
ponse aux accusations des adversaires de
Les affaires du violoneux allaient de mal
en pis.
Les cent francs du mari de Marguerite
Beaulieu lui avaient servi à se procurer un
autre instrument et on peut croire que'cet
objet d'art n'avait pas coûté cinq louis.
Pillou ne se payait pas des Amati ou des
-Stradivarius.
Mais, qu'en eût-il pu faire ?
Avec le surplus de la somme, il s'était of-
fert quelques provisions qui s'épuisaient et
touchaient à leur fin.
Pas de mariages, pas de fêtes du pays, pas
de foires ni de réunions d'aucune sorte.
L'argent se faisait rare au Val aux biches.
On n'y voyait guère que les pièces de vingt
sous que la pauvre femme rapportait au lo-
gis et qui lui coûtaient, on peut le dire, plus
qu'elles ne valaient.
Il fallait attendre le renouveau et les beaux
jours.
Le retour de la châtelaine de Belfonds sur-
tout
Son départ pour la côte d'Azur avait donné
le dernier coup aux affaires de la pauvrette.
Avec Marguerite Beaulieu, elle perdait la
plus belle plume de son aile.
Aussi le violoneux en perdait du même
coup sa philosophie ordinaire..
D'ailleurs ce départ avait été une cause de
tristesse et de regrets pour Belfonds et ses
environs.
On en cherchait l'explication et les lan-
gues étaient à l'ouvrage.
Pillou était plus avancé que les autres.
Il devinait la cause de cette fuite, lui
Depuis le jour où il avait surpris l'abomi-
nable manœuvre du vicomte, il l'accusait,
non sans raison, de tous les malheurs qui
fondaient sur Belfonds et sur ce canton si
tranquille avant le mariage qui avait tout
la République qui accusant volontiers
nos institutions de tous les oonflits entre
le capital et le travail.
L'impérialisme germanique ne réussit
pas plus que le régime démocratique des
Etats-Unis à empêcher des antagonismes
qui se manifestent par la suspension du
labeur humain avec toutes les misères et
toutes les souffrances qu'entraîna le chô-
mage»
Il faut souhaiter que l'accord survienne
dans l'intérêt supérieur de l'humanité,
car il y a. dans la vallée de la Ruhr, des
milliers d'hommes qui vont souffrir, et,
comme l'a dit le poète « Rien de ce qui
touche un homme ne doit être indiffé-
rent
JEAN FROLLO
LA CRISE MINISTERIELLE
Le Bureau de la Chambre à l'Elysée. Une
Allocution du Président de la Républi-
que. Une Convocation probable pour
ce Matin.
Hier matin, M. Loubet ne s'est ^entretenu
avec aucun personnage politique; et son
après-midi a été prise par les audiences ré-
gulières du vendredi. 1
Ces audiences, principalement réservées
par le Président de la République aux mem-
bres des deux Chambres, lui ont permis,de
compléter, hier, l'ensemble des indications
que lui avaient données, la veille, au sujet
de la situation, les représentants des six
groupes républicains du Parlement.
Il a également reçu hier, dans le courant
de l'après-midi, la visite d'usage des mem-
bres «du nouveau bureau de la Chambre des
députés, MM. Lockroy, Etienne, Guillain et
Gerville-Réache, vice-présidents, ainsi que
les huit secrétaires et les trois questeurs.
La visite faite à M. Loubet par les mem-
bres du nouveau bureau de la Chambre des
députés a été fort courte.
M. Lockroy a exprimé, au nom du bureau,
ses sentiments de vive condoléance au Pré-
sident de la République à l'occasion de son
deuil récent et l'a assuré de son dévoue-
ment pour la République et pour lui-même,
qui remplit ses hautes fonctions avec une
correction à laquelle tout le monde rend
hommage.
En réponse à cette brève allocution, le
Président de la République a remercié les
membres du bureau des sentiments qui ve-
naient d'être exprimés.
Faisant ensuite une allusion discrète à ses
préoccupations présidentielles, M. Loubet
a ajouté qu'il n'avait jamais eu plus besoin
de réconfort *et de sympathie et qu'il était
heureux de cette démarche qui lui permet-
tait de faire une fois de plus en présence
du bureau de la Chambre un appel à l'u-
nion, à la concorde, à l'apaisement si néces-
saires aujourd'hui, dans l'intérêt supérieur
de la République et de la patrie.
Dans les couloirs de la Chambre, on avait,
de tous côtés, le sentiment, vers la fin de
l'après-midi, après la visite des membres du
bureau, que la série des consultations di-
rectes ou indirectes du Président de la Ré-
publique était virtuellement close, et que,
par suite, on serait fixé ce matin sur le
nom du personnage politique à qui M. Lou-
bet ferait l'offre d'établir une combinaison
îministàrielte.
A l'Elysée, en effet, on indiquait hier soir
que, dans le courant de la matinée, le Prési-
dent de la République prendrait sans doute
une décision pour la solution de la crise.
ON BUREAU DE TABAC AU PILLAGE
A Buzenval. Important Butin. Arres-
tations à Paris.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, trois in-
dividus arrivaient à la gare de Rueil, par
l'un des derniers trains de Paris et, malgré
l'heure tardive, se dirigeaient à travers
champs, vers le hameau de Buzenval.
A l'aide d'un long marteau d'emballeur,
ils fracturaient les volets de clôture du débit
de tabac tenu par M. Constantin Tresch, et
pénétraient à l'intérieur.
Consciencieusement, ils visitaient le débit,
la salle à manger qui y est attenante et la
cuisine.
Leur butin fut considérable par centaines,
ils prirent des paquets de cigares, de ciga-
rettes, de tabac à fumer, tirent main basse
sur les timbres, les articles de tabletterie et
Aussi il se demandait quand donc enfin la
foudre tomberait sur la tête de ce bandit et
l'écraserait.
Du reste, aux alentours, à deux ou trois
lieues à la ronde, des bruits sourds encore,
des rumeurs commençaient à circuler sans
qu'on pût se douter d'où ils sortaient.
Evidemment l'orage s'amassait.
Le docteur Champrel qui possédait la
confiance de tout le monde, hochait la tête
d'une certaine façon quand on le question-
nait sur la santé de la châtelaine de Bel-
fonds.
Un jour il était allé jusqu'à dire à un de
ses clients qui insistait, en mettant un doigt
sur ses lèvres
Ce sont des choses dont il vaut mieux
ne pas parler.
Avait-il aussi des doutes ?
Dans les auberges, quand Pillou y portait
en cachette ses lièvres ou ses lapins, qu'il
donnait à peu près pour rien, si on l'interro-
geait, lui qui passait pour tout savoir, il ne
se compromettait pas, mais il avait une cer-
taine manière d'insinuer
-Je ne peux rien dire, mais un temps qui
vient, on en reparlera.
Ou en clignant de l'œil
Faut attendre. Tout ça n'est pas
clair. Il v a du louche.
Mais les conversations n'avaient lieu qu'en
sourdine.
Les campagnards n'aiment pas les affai-
res, et n'ont pas tort.
C'était comme des nuages qui paraissent
à l'horizon l'été et qui peu à peu montent
jusqu'à ce que la foudre éclate.
Ce soir-là, à chaque instant, Pillou se tour-
nait vers sa porte.
C'était l'heure où Sylvine allai: revenir de
l'Aubette.
Les Brucourt l'y occupaient le plus sou-
n'eurent garde d'oublier les bijoux de Mme
Tresch, le contenu du tiroir-caisse, enfin, un
coffret contenant une somme importante,
mise en dépôt chez le débitant.
A son réveil, à sept heures, M. Tresch
eonstatait le vol il avertissait aussitôt le
maréchal des logis de gendarmerie Boucher,
à Rueil, et celui-ci venait procéder à une
enquête.
A peine les constatations étaient-elles
commencées que M. Labarre, commissaire
de police de Rueil, était appelé au télé-
phone. Le service de la sûreté l'informait
que deux individus venaient d'être aiTêtés
à Paris et qu'ils portaient, en deux ballots
volumineux, une énorme quantité de tabac
qu'ils disaient provenir du pillage d'un Du-
reau de Rueit.
M. Tresch se rendit à Paris et put rentrer
ainsi en possession de ses marchandises.
Quant aux bijoux, aux espèces et aux
timbres, leur détenteur actuel, qui est connu,
est recherché en Seine-et-Oise et son arres-
tation paraît une question d'heures.
L'AGITATION EN RUSSIE
Formidable Mouvement gréviste. Le Dé-
filé à travers la Capitale. Une Pétition
au Tsar. Projet de Démonstration pa-
cifique devant le Palais d'Hiver.
(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
Saint-Pétersbourg, 20 janvier.
;Sommes-nous à la veille d'une révolu-
tibn Voilà la question qu'on entend par-
tout et, pour quiconque connaît la noncha·
lance, la torpeur slaves, le fait seul qu'une
question pareille puisse être posée paraltra
ab plus haut point significative.
fPétersbourg, aujourd'hui, avait, en effet,
ufie physionomie sans précédent. Des mil-
liers de grévistes sillonnaient les rues de la
capitale, leurs silhouettes sombres se décou-
pant sur la blancheur de la neige ils sui-
vaient un plan déterminé et partout où ils
passaient, le travail s'arrêtait; quand la
persuasion ne suffisait pas, les objurgations
résolues, l'intimidation avaient raison des
hésitants. La masse interminable des gré-
vistes se déroulait, en colonnes serrées, à
travers les parcs et les jardins silencieux,
où un pâle soleil d'hiver donnant sur les
arbres couverts d'une épaisse couche de gi-
vre, faisait un décor presque gai à ce qui est
peut-être un prologue de tragédie. Les gré-
vistes marchaient d'un pas alerte, sans
bruit, sans le moindre désordre derrière
chaque colonne venaient quelques officiers
de police, impuissants devant un pareil flot
humain.
LE SPECTRE DE LA RÉVOLUTION
« Sommes-nous à la veille de la révolu-
tion ? répétaient les bourgeois apeurés par
le spectacle » et la question, formulée tout
d'abord timidement, en l'air, ne tarda pas à
se faire presque opportune quand on vit des
milliers et des milliers de soldats venir occu-
per les principales cours et arrêter la circu-
lation dans les rues. Déjà chacun s'attendait
à voir l'irréparable se produire, le sang cou-
ler, mais, fort heureusement, grâce proba-
blement aux ordres donnés aux troupes,
grâce aussi au calme et au sang-froid des
grévistes, aucune collision ne s'est produite
jusqu'ici.
Qui saurait prédire le dénouement de ce
formidable conflit'?
Mon devoir est simplement d'enregistrer
les faits et, jusqu'à présent, il me faut cons-
tater que les grévistes ne montrent aucune
velléité révolutionnaire. Ils ont même choisi,
comme les lecteurs du Petit Parisien. le sa-
vent déjà, un prêtre comme chef. Comme la
personnalité de Gapon passe de plus en
plus au premier plan, il importe de mettre
au point tout ce qui a été dit sur lui jusqu'à
présent, quelques détails étant passablement
inexacts.
Les interviewers, il va sans dire, abon-
dent, mais Gapon reste introuvable et ina-
bordable il évite son domicile par crainte
d'une arrestation.
Plusieurs centaines de grévistes ont d'ail-
leurs mission de lui servir de garde du
corps, et une vingtaine d'izvotchik entou-
rent son traîneau lorsqu'il se déplace.
Gapon, âgé de trente-trois ans, exerce une
incontestable séduction sur les masses, au-
tant par son physique que par son éloquence.
Fils de paysans cosaques, il fit de brillantes
études au séminaire, mais son indépendance
d'esprit lui fit abandonner la carrière ecclé-
siastique. Il devint petit fonctionnaire et
vent et, comme de Belfonds, jamais elle ne
rentrait son panier vide.
Le violoneux écoutait avec inquiétude le
vent qui soufflait en tempête, aigre et vio-
lent, sifflant dans la cheminée et ébranlant
les carreaux de sa fenêtre, comme s'il eût
entrepris de l'enfoncer, ce qui n'était pas
difficile.
Pauvre Sylvine
Fallait-il qu'elle en eût du courage pour
traverser les bois seule à pareille heure et
par un tel temps.
Au dehors, le ruisseau qui passait au fond
du val n'était plus qu'une glace sur laquelle
un régiment aurait pu défiler avec armes,et
bagages.
Les arbres, décharnés, ressemblaient à
des squelettes de chênes ou d'ormeaux.
Pillou, pour fêter l'arrivée de sa femme
venait de jeter sur les braises de son loyer
une petite brassée de copeaux lorsqu'il en-
tendit un bruit de pas sur la terre durcie à
quelque distance de sa cabane.
Ce n'étaient pas ceux de Sylvine.
Sylvine, légère comme une chevrette, ef-
fleurait à peine le col de ses petits pieds.
Qui donc pouvait venir chez lui si tard?
Les pas étaient lourds comme ceux d'un
gendarme.
Il ouvrit sa porte.
Une rafale de vent faillit le renverser en
la rejetant sur lui.
Le borgne lâcha son juron favori
Cornes du diable, on dirait que les dé-
mons sont déchaînés comme une bande de
chats en furie.
Au même instant une voix forte appela:
Pillou ?
Tiens, fit le violoneux, c'est Jean Roux.
Il rouvrit sa porte en disant
Entrez 1
Et aussitôt
rencontra à ce moment une jeune fille qui le
persuada de se dévouer à la cause du peu-
ple. Revenant à sa première vocation, il se
fit un de ces obscurs prêtres de paroisse qui,
selon les règles de l'église orthodoxe, doi-
vent se marier, et auxquels tout espoir d'a-
vancemem est interdit. Comme paroisse il
choisit, par exemple, la prison centrale de
Saint-Péterbourg. Là, devenu vite l'ami et
le conseiller des classes pauvres, Gapon lève
la voix contre les idées révolutionnaires. Il
proclame sa foi absolue dans le tsar miséri-
cordieux, qui saura prendre en pitié les mal-
heureux ouvriers.
Cette confiance l'a-t-il conservée depuis
les derniers événements et, si oui, aura-t-il
assez d'influence sur les ouvriers pour les
empêcher de tenter des représailles si par
aventure les troupes tiraient sur les gré-
vistes ?
LE SUPRÊME RECOURS
Quoi qu'il en soit, les ouvriers en grève
ont décidé aujourd'hui d'envoyer une péti-
tion au tsar, le suppliant d'écouter leurs
griefs. La pétition est signée par cent mille
hommes et femmes.
Dimanche, cent vingt-cinq mille ouvriers
s'assembleront autour du Palais d'hiver,
précédés par Gapon, portant ses vêtements
ecclésiastiques et la croix. Il demandera à
parler au tsar. Nul ouvrier ne portera d'ar-
mes. Tous sont décidés à la passivifé la
plus absolue. « Mieux vaudra, disent-ils,
tomber sous des balles russes que de con-
tinuer notre existence de privations et de
misère. »
Les grévistes n'ont plus d'ailleurs que le
suprême espoir d'un recours direct à l'em-
pereur. Le ministre des Finances et le mi-
nistre de l'Intérieur ont en effet refusé au-
jourd'hui de recevoir leur députation.
Ce soir, toutes les petites exploitations in-
dustrielles de la capitale ont fermé leurs
portes. Les imprimeries se mettent en grève
également, et Saint-Pétersbourg n'aura peut-
être demain ni journaux ni tramways, ni
lumière électrique. On craint pis encore
une grève générale s'étendant à tout l'em-
pire.
Paul LAGARMRE.
Suiciâe d'un Officier de Marine
Mort de M. Paul Wursthorn. Un Officier
d'Avenir. Les Conséquences d'une
Campagne à Madagascar. Amnésie cé-
rébrale. La Volonté bien arrêtée de
mourir.
Ainsi que tout le faisait malheureusement
prévoir, M. Paul Wursthorn, le jeune en-
seigne de vaisseau, qui, jeudi soir, s'est tiré'
une balle de revolver dans la tête, au Grand-
Hôtel, a rendu le dernier soupir la nuit der-
nière, à deux heures du matin. A l'hôpital
Saint-Martin, rue des Récollets, où, sur les
conseils du docteur David, il avait été trans-
porté, le médecin principal, M. Moty, avait
cru tout d'abord pouvoir tenter une opéra-
tion chirurgicale, mais, après un examen
plus sérieux de la blessure, il y avait re-
noncé, jugeant avec raison que l'état 'du
blessé était complètement désespéré.
En effet, l'infortuné, jeune homme avait
fait preuve d'un sang-froid surprenant et
d'une rare énergie dans l'accomplissement
de son acte de désespoir. Pour ne pas se
manquer et être bien sûr qu'il ne survivrait
pas au coup de revolver qu'il allait se tirer,
il avait pris une petite glace à main, et, après
s'être bien ajusté en se regardant dans le
minuscule miroir, il avait pressé la détente
de son arme, le canon appuyé sur la tempe.
L'effet avait été foudroyant. Le projectile
avait traversé la tête de part en part et une
partie de la matière cérébrale avait jailli sur
le fauteuil où il s'était assis. Le coma était
survenu presque immédiatement et il est
même surprenant que la mort ne se soit pas
produite plus tôt.
LES MOTIES DU SUICIDE
C'est en vain que l'on a cherché à connaî-
tre les motifs qui ont pu déterminer M. Paul
Wursthorn à cette funeste résolution, mais
il parait très vraisemblable qu'une maladie
contractée pendant un long séjour aux co-
lonies, en est la cause initiale.
Officier très distingué et des mieux notés
par ses chefs, M. Wursthorn était sorti de
l'école navale du Borda avec le numéro 1.
Nommé, en 1895, enseigne de vaisseau, il
avait été envoyé, une année plus tard, à Ma-
dagascar il y avait fait une longue croisière,
mais il avait dû retourner en France malgré
lui, atteint d'une amnésie cérébrale dont les
effets désastreux ne lui permettaient plus
d'exercer son commandement d'une façon
efficace. Il avait été néanmoins attaché à
C'est vous, brigadier?
Comme tu vois.
Vous choisissez un drôle de temps pour
vos promenades.
J'ai te parler.
Vous aussi
̃ C'est sans doute qu'on suppose que tu
connais beaucoup de choses.
L'homme qui venait d'entrer et de s'as-
seoir devant le feu du violoneux, était âgé
de quarante-cinq ans environ, de tournure
militaire, botté jusqu'aux genoux et porteur
d'un costume défraîchi de garde forestier
au service de l'Etat.
Trapu et solide, avec une tête énergique
et franche, à moustache rude .et rousse, il
respirait l'énergie et l'honnêteté.
Pour toute arme, il ne portait qu'un long
bâton noueux -avec lequel il aurait pu as-
sommer un loup.
Il demanda
Tu es seul ?
Comme vous voyez,
Et ta femme ?
Je l'a.iends, mais, de ce mauvais
temps, elle va peut-être rester chez les Bru-
court.
Elle fera bien.
Le violoneux posait sur sa table une bou-
teille de tafia et deux verres.
Les copeaux qu'il avait jetés dans son feu
se mirent à flambeur.
La misérable cuisine prit aussitôt un air
de gaieté que seule dans ces pauvres logis
la flamme du foyer peut dpn*»f.
Le brigadier dit, en examinant l'intérieur
de la pièce avec intérêts, les objets pendus
aux murs enfumés, le violon neuf, les sacs
des solives et le lit de l'alcôve
Je ne sais pas comment ta pauvre fem-
me a le courage de rentrer les nuits dans un
quartier pareil.. Tu devrais demeurer près
l'état-major du croiseur ln(ernet, à Toulon-
Après avoir passé quelque temps à l'hô-
pital militaire de Marseille, le jeune officier
de marine, cédant aux instances de sa fa.
mille, était allé s'installer à Cannes pour w
achever sa convalescence.
Malheureusement, il faut croire que l'exis-
tence qu'il menait dans cette vi le ne lui
plaisait pas, car, à plusieurs reprises, ̃!
avait manifesté l'intention d'en partir. Il' y
aurait certainement réussi s'il n'avait été
l'objet d'une surveillance toute particulière.
Mercredi dernier, il réussissait à trompee
la surveillance des personnes chargées de
sa garde et, réalisant enfin un projet long-
temps caressé, il sautait dans le rapide due
Paris, où il arrivait le lendemain malin.
De la gare, il se faisait conduire au Grarid-
Hôtel, où on lui donnait, au deuxième étage,
la chambre portant le numéro 214.
Pendant cette journée, rien dans son atti-
tude, ni dans son langage, ni dans ses ges-
tes, n'avait pu donner au personnel de l'éta-
blissement le moindre soupçon sur le triste
projet qu'il méditait. De taille moyenne, lé
visage souligné d'une fine moustache noire,
paraissant extrêmement jeune, M. Wurs-
thorn avait donné, au contraire, à ceux qui
avaient été en relations avec lui, une impres-
sion de satisfaction et de bonne humeur qui,
si elle était factice, n'en semblait pas moins
très réelle.
Sur sa commode, le commissaire da police
a trouvé une somme de 700 francs enfermée
dans un porte-cartes. Il a placé cet argent
sous scellé, ainsi que le revolver du calibre
de huit millimètres dont le malheureux jeune
homme s'était servi pour se donner la mort.
La famille de M. Paul Wursthorn habite
Nancy. Son père, qui est un grand marchand
de champagne, est très connu à Paris, où il
vient fréquemment pour ses affaires.
La nouvelle du malheur qui le frappe lui a
été télégraphiée- hier matin par son gendre,
M. Chemel. Ce dernier a commencé les dé-
marches nécessaires pour le règlement des
obsèques, lesquelles se feront très probable-
ment à Nancy, où le corps sera transporté.
A. TOXJLON
(De notre carrespondant particulier)
Toulon, 20 janvier.
On ne sait rien, à Toulon, sur les causes.
du suicide de l'enseigne de vaisseau Paut
Wursthorn. A la préfecture maritime, aucune
renseignement n'a pu m'être fourni, pas
plus, d'ailleurs^ qu'au commissariat générai
et au service des revues.
Cet officier n'est pour ainsi dire pas connu
au port. Il débarqna à Marseille, le 16 octo-
bre 1904, venant de Madagascar, où avair
fait campagne sur \'In{ernet. Auparavant,
Paul Wursthorn fut embarqué pendailt huit
mois sur le Calédonien et la Couronne, vais-
seaux-écoles.
A bord de ces navires, ses camarades ne
remarquèrent rien qui pût faire croire qu'il
jouissait d'un état mental particulier.
L'AFFAIREJYVETOl!
La Commission rogatoire d'Anvers. M.
Boucard l'attend toujours. Le Doc-
teur Barnay prend Connaissance du Rap-
port des Experts. Il ne se montre pas
très satisfait.
Un pli recommandé, timbré d'Anvers, était
gravement porté, hier soir, au cabinet de
M. le juge Boucard.
Etait-oe la fameuse commission rogatoifca
qu'on attend si impatiemment pour clore dé-
finitivement l'instruction ?
Nous sommes allés le demander au ma-
gistrat.
Tenez, lisez, nous a dit le juge en riant aux
éclats, voilà ce qu'on a pris pour la commission
rogatoire.
Et M. Boucard nous tendait une lettre. EUa
contenait le quatrain suivant
M. Boucard, de ma missive,
Voudra bien excuser le ton.
Je demande « Quand lessive-ton
Les Syvelon? »
Ce n'est pas très riche comme poésie, mais
on ne peut pas demander à tout le monde
de jouer de la lyre comme Victor Hugo.
Quant à la commission rogatoire, elle
vagabonde toujours, on ne sait où, sur 1-4
longue route diplomatique.
Le docteur Barnay
M. Boucard ne s'est pas borné à donner
communication à M° Joseph Ménard d.u
rapport des experts ils a autorisé, hier, te
docteur Barnay il en prendre connaissance
dans son cabinet.
Nous avons demandé au beau-frère de
M. Syveton, à sa sortie du Palais, ce qu'il
avait relevé d'intéressant dans ce docu-
ment.
J'aurais aimé le copier entièrement, nous a
d'un bourg ou d'un village. Elleestadroite.ia
Elle ne manquerait pas de besogne et n'use-
rait pas tant de souliers pour aller en cher..
cher.
Pillau répondit
C'est la maison de ma mère. Nous
sommes chez nous. Nous ne la quitterons
A moins qu'elle ne te tombe sur le des.
objecta le brigadier.
Et, revenant à Sylvine
Ah 1 elle en a du courage, cette pauvre
petite créature 1
C'est vrai.
Tu n'as plus entendu parler de mon
camarade ?
Collinet ?
Si. En voilà un qui ne me veut pas do
bien 1.
Il ne t'a pas pincé depuis quelque
temps ?-
Tantôt du côté des Chesnets.
Que faisais-tu là ? 1
Je flânais. je regardais.
Les piquets de chevreuil, les coulées da
lièvres.
Possible. Ça n'est pas défendu. J'ai
un oeil. C'est pour y voir. Une goutte da
rhum, monsieur Roux f
Si tu veux.
Ils trinquèrent.
Pillou avoua
Si vous étiez venu quelques jours plus
tard, je n'aurais rien eu à vous offrir.
Pauvreté n'est pas vice. Les fonds
baissent ?
A sec. Pas pour deux sous de veine-
Depuis que cette pauvre mademoiselle Mar-
guerite est partie, il semble qu'elle ait em-
porté toute ma chance. Et ça me ferait
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