Titre : Le Petit Parisien : journal quotidien du soir
Éditeur : Le Petit Parisien (Paris)
Date d'édition : 1904-05-15
Contributeur : Roujon, Jacques (1884-1971). Directeur de publication
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Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 15 mai 1904 15 mai 1904
Description : 1904/05/15 (Numéro 10061). 1904/05/15 (Numéro 10061).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Source : Bibliothèque nationale de France, Gr Fol-Lc2-3850
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 21/02/2008
Vingt-Neuvième Année. Ne 10.061, Le plus fort Tirage des Journaux du Monde entier Dimanche 15 Mai 1904.
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MAL D1FRIQUE
Le sommeil répare les forces il est
éminemment bienfaisant. Aucun être vi-
vant ne peut transgresser les lois de la
nature. L'homme et les animaux ont un
inéluctable besoin de repos complet. Les
paresseux ne sont pas seuls à penser que
le lit est une bonne chose. Avant les hy-
giénistes, les poètes ont vanté les dou-
ceurs de la chaise-longue, du hamac, du
bon lit grâea auquel l'homme le plus fa-
} tigué se reprend à la vie et redevient dis-
pos.
Comment peut-il se faire qu'un acte
physiologique aussi agréable et aussi
utile puisse, dans certaines conditions et
en certains pays, devenir néfaste et mor-
tel ? Une exploration récente a fait con-
naître au public qui l'ignorait l'existence
d'une véritable maladie se manifestant
par l'abus, par l'excès de sommeil..
Le continent noir commence seulement
être connu et encore ne nous a-t-il pas
livré tous ses secrets. Aussi les missions
qui, comme celle du regretté Bourg de
Bozas, mort au champ d'honneur, con-
tribuent à nous initier aux mœurs et au
régime des peuplades les plus obscures,
sont-elles de la plus haute utilité.
C'est justement au cours de cette mis-
sion à travers l'Afrique tropicale, qui a
eu une si tragique issue par la mort de
son chef, que M. le docteur Brumpt a
pu étudier scientifiquement cette mala-
dié du sommeil qui n'est pas moins trou-
blante par sa forme que par ses consé-
quences.
Une fois qu'elle s'abat sur vous, la ter-
rible maladie-né lâche point sa proie.
C'est l'envie de dormir irrésistible, con-
tinue, permanente, qui la caractérise.
Cette somnolence aboutit à une sorte
d'hébétude elle produit l'amaigrisse-
ment ou pour mieux dire le dépérisse-
ment progressif en quelques mois ou en
trois, quatre ou cinq ans.
D'après la communication faite à l'aca-
'démie de médecine par M. Kermorgant,
la maladie, qui a le plus souvent une
ellure lente, peut éclater et se propager
comme une épidémie. Des villages en-
tiers ont été ainsi décimés par ce fléau
étrange et meurtrier.
Lors d'une épidémie ancienne, celle de
Roba, le mal, après avoir fait 180 victi-
mes d'un seul coup, ne se propagea pas,
en raison des mesures d'isolement qui fu-
rent prises. A cette époque, les survi-
vants abandonnèrent leurs cases ce fut
an exode général.
La maladie du sommeil n'est pas nou-
velle toutes les peuplades nègres lui
ont donné des noms anciens léké,
soyolo, kangourou, bolé, nélavan. Les in-
digènes ont longtemps accusé l'eau de
recéler un animal invisible ils s'ache-
minaient ainsi sans le savoir vers l'hypo-
thèse d'un microbe, pendant quelque
temps admise et aujourd'hui définitive-
ment abandonnée.
Naturellement on s'est préoccupé,
parmi les savants, de la cause de ce mal
singulier. Après avoir soupçonné un mi-
crobe, on avait accusé un insecte, le try-
panosome, d'être l'auteur du méfait. Plus
d'une hypothèse a été formulée. M. le
docteur Brumpt considère que le vérita-
ble agent de transmission est une mou-
che qui porte le nom pittoresque de tsé-
tsé.
La mouche tsétsé, puisqu'il faut s'inté-
resser à ce mauvais moucheron, ne se
rencontre que le long des fleuves afri-
cains elle a des mœurs fâcheuses elle
pique l'un et l'autre, communiquant aux
noirs qu'elle trouve sur son chemin le
'trypanosome, c'est-à-dire, en somme, la
maladie du sommeil.
Les riverains des fleuves ainsi côtoyés
et fréquentés par ces redoutables mou-
ches sont menacés, tandis que les indi-
gènes fixés dans l'intérieur des terres
sont presque complètement à l'abri.
M. le docteur Brumpt a recueilli au
'Congo belge des renseignements très
nets sur la résidence et par conséquent
sur la zone d'action de ces insectes afri-
NI, 57. Feuilleton du Petit Parisien.
LA SÉDUCTRICE
GRAND ROMAN INEDIT
DEUXIÈME PARTIE
DE LA COUPE AUX LIVRES
m (suite)
L'heure fatale
Il était très de dix heures du soir lorsque
Olivier descendit de wagon à Plouéac.
Plouéac est la station la plus proche qui
desajrve Coëtqueur et. encore y a-t-il, en-
tre ces deux endroits une distance d'une de-
mi-heure en voiture attelée d'un bon cheval.
Autant à Chaville la matinée avait été
belle, autant à Plouéac la nuit était morose.
Le ciel était sans nuage, mais d'un gris
saie, et pas une étoile n'y luisait
D'ailleurs, il avait plu tout l'après-midi.
Naturellement.
Il n'y a pas en France une province où il
pleut aussi intrépidemment et aussi fré-
quemment qu'en Armorique.
Sur le débarcadère boueux, Olivier
trouva François, car la veille, de Trouville,
ayant déjà choisi son train, il avait télégra-
phié son arrivée.
t ier trouva François d'autant plus faci-
ievnent que François était la seule personne
qc:i attendit quelqu'un, et qu'Olivier et son
trajet de chambre étaient les seuls voyageurs
cains. Au bord du fleuve, à Buvamia,
non loin d'une mission de trappistes, ha-
bitaient, il y a quelques années, environ
3,000 pêcheurs Lolo. Il n'en reste plus
actuellement que 300 environ. Toute
cette population a été ravagée par l'hyp-
nose, par la maladie du sommeil. Non
loin de la mission, se trouve un village
de cultivateurs ceux-ci ne vont que ra-
rement au flauve ils sont à peine éprou-
vés.
D'après l'enquête faite dans le gouver-
nement général de l'Afrique occidentale
française, les foyers principaux se ren-
contreraient surtout dans les pays boisés,
aux sources des fleuves ou sur les par-
ties supérieures de leurs cours.
On s'est demandé si l'alimentation
avait une responsabilité quelconque dans
les ravages de cette maladie meurtrière.
Les recherches ne paraissent pas avoir
abouti. Les peuplades noires sont pres-
que toutes composées de végétariens. Tel
aliment, comme le manioc, a été fausse-
ment accusé de favoriser la contagion,
sans quoi les Dahoméens, qui sont man-
geurs de manioc, seraient éprouvés et ils
ne le sont presque pas.
La maladie du sommeil pourrait four-
nir une base solide d'argumentation à
ceux qui reprochent aux Européens d'ap-
porter avec eux, dans les plis du drapeau
civilisateur, des germes de mort. En ef-
fet, le territoire infesté s'est agrandi de-
puis quelques années. La mouche sus-
pecte a gagné le Haut-Coneo, elle a re-
monté le Kassaï, pour se répandre en-
suite dans l'Ouganda.
Aussi, M. de Zeltner, l'un des mem-
bres de la mission du Bourg de Bozas,
n'hésite-t-il pas à attribuer à la conquête
européenne du grand et mystérieux con-
tinent noir les progrès de cette affection
primitivement localisée. Anciennement,
toutes les peuplades se faisaient la guer-
re, les moyens de communication étaient
rares et difficiles. La disparition des
guerres locales, la possibilité pour les in-
digènes de chercher du travail au loin,
favorisèrent le transport de la mouche
incriminée. La Haute-Egypte elle-même,
l'Afrique orientale anglaise, seraient me-
nacées par cette invasion de parasites re-
doutables.
Les Européens ne doivent pas être
seuls mis indirectement en cause, car à
la côte d'Ivoire la propagation a été le
fait des bandes de Samory.
Quoi qu'il en soit, la mouche tiêlsé
n'est plus confinée dans un étroit terri-
toire elle a de plus vastes ambitions et
de plus fâcheux desseins. Les migrations
de toute sorte, d'où qu'elles proviennent,
ont favorisé sa dissémination, mais le
mal est connu dans ses origines. Au lieu
d'attribuer au mauvais sort les ravages
du mal, les indigènes apprennent de
nous à se défendre contre les approches
du pernicieux insecte.
Longtemps on a cru que les noirs, tels
que les trois Congolais morts dernière-
ment à l'hôpital d'Auteuil et dont nous
avons suivi les péripéties avec le plus vif
intérêt, étaient seuls exposés. Même si les
Européens et les blancs avaient pu se
croire à l'abri de ces piqûres infectantes,
les représentants de la civilisation euro-
péenne, les conquérants occidentaux de
l'Afrique centrale, n'en auraient pas
moins eu le devoir de protéger leurs
clients et sujets. Et, à côté du devoir,
leur intérêt le plus terre à terre les porte
à se faire les défenseurs, les patrons de
ces pauvres indigènes, nullement respon-
sables de leur état de culture primitif.
Mais les lecteurs du Petit Parisien ne
l'ignorent pas, et je ne le répète que pour
mieux marquer le danger de cette inva-
sion d'insectes, la communication de M.
Laveran nous a appris que, contraire-
ment à la théorie optimiste de M. Patrick
Manson, les blancs ne sont pas exempts
du tri-ut que paient à la mouche tsétsé
les habitants nègres de ces contrées loin-
taines.
Par conséquent, à tous les points de
vue, par intérêt étroit comme par huma-
nité, toutes les nations conquérantes
d'Afrique ont à prendre des mesures
pour assainir ces régions, pour combat-
tre les insectes ou tout au moins pour
neutraliser leur action morbide.
L'honneur de la civilisation ne sera
qui descendissent à cettf petite gare perdue
parmi ce coin de la Bretagne bretonnante.
Dans un élan. spontanément. obéissant
à l'instinct de leur vieille et indissoluble ami-
tié. Olivier et François s'étaient saisi les
mains.
Et ils se les serraient à se les broyer.
Ah Olivier. mon bon Olivier. mon
cher. mon cher ami
François suffoquait d'émotion.
Ardemment, Olivier le considéra.
Il détailla ce visage amaigri. aux
traits tirés par le chagrin et les insomnies.
et où les yeux. profondément enfoncés.
luisaient d'un éclat fièvre ou de folie.
Et une grande pitié lui vint en même
temps que de poignants remords.
t-il. Oh mon pauvre François. murmura-
Puis, plus confusément, et sourdement, il
ressentit comme un peu de rancune envers
celui qui. par manque de courage, par fai-
blesse de volonté venait d'apporter tar.t de
trouble dans sa liaison. venait de l'obliger
il faire tant de peine à Marthe.
A sa Marthe.
A leur Marthe 1
Et il dit, d'un ton presque rude, et avec
une extraordinaire inconscience
C'est égal. tu as démérité. Je te
croyais plus homme.
Je t'expliquerai cela. fit brièvement
François.
Et il ajouta
Viens. John s'arrangera de tes iiaga-
ges avec Yvonnic qui est venu avec le
break. Moi, j'ai pris le tilbury.- Comme
ça, nous pourrons causer.
Ils sortirent de la petite gare boueuse que
des souffles humides balayaient aigrement. {
pas seul justifié. Le sommeil lui-même,
cet acte réparateur et bienfaisant, sera
comme réhabilité dans toutes ses mani-
festations.
Il n'y aura plus de bons et de mauvais
dormeurs, au sens triste du mot. On ne
verra pas, ou tout au moins on ne verra
plus, comme un châtiment, comme une
menace, la tendance à dormir. De mal-
heureux noirs n'auront plus d'appréhen-
sions lorsque leurs paupières s'alourdi-
ront, que leurs yeux se fermeront, et ils
pourront sans inquiétude et sans crainte
se laisser aller aux douceurs du lit. Com-
bien de raisons d'intérêt, de cœur et de
sentiment nous avons pour souhaiter
prompt succès à la campagne sanitaire
du centre de l'Afriaue 1
JEAN FROLLO
Les Négociations franco espagnoles
Nous avons déjà donné, cette semaine,
quelques renseignements au sujet des négo-
ciations qui se poursuivent entre la France
et l'Espagne qui visent le M^roc.
D'après les nouvelles informations que
nous avons pu recueillir, les pourparlers ne
sont pas encore tout à fait terminés. Le gou-
vernement espagnol qui espérait aboutir
cette semaine pour se prévaloir de l'arran-
gement intervenu devant les Cortès n'est
pas tombé complètement d'accord avec le
gouvernement français. n faudra sans doute
encore plusieurs entretiens pour que M. Del-
cassé et le marquis del Muni règlent toutes
les questions en suspens.
On peut supposer que l'entente reposera
sur les bases suivantes l'Espagne reconnaî-
trait la convention franco-anglaise en échan-
ge d'une déclaration qn placerait dans sa
sphère d'action le littoral nord de l'empire
du Maghzen, de Melilla à l'embouchure du
Sebou. C'est-à-dire. qu'il lui serait loisible de
développer la zone d?nfluence de ses prési-
des. Mais, en aucun cas, il ne serait touché
à l'intégrité territoriale du Maroc, et ce point
serait expressément stipulé.
lA GRÈVE TERMINÉE
La grève de Marseille est heureuse-
ment terminée. Elle compromettait de la
façon la plus grave la prospérité et peut-
être l'avenir de la grande cité elle met-
tait l'Algérie, la Tunisie et la Corse dans
le plus grand embarras elle risquait
d'habituer le commerce méditerranéen à
d'autres ports que les nôtres.
Les inscrits maritimes ont eu la sagesse
clairvoyante de comprendre cela et de re-
connaître que la discipline à bord est la
condition nécessaire de la navigation.
Entre le ciel et l'eau, n'ayant pour té-
moin que les vagues, soumis à tous les
dangers maritimes, l'équipage et les pas-
sagers d'un navire trouvent dans l'obéis-
sance au capitaine et aux officiers la con-
dition première de leur sécurité.
Une fausse manoeuvre, un retard dans
l'exécution d'un ordre peuvent amener
le naufrage, l'abordage, la perte corps et
biens. Celui qui commande le quart est
responsable de la vie de tous. C'est un
lourd fardeau qui implique le droit à exi-
ger la subordination.
Les marins savent tous cela et les ma-
telots de Marseille viennent, en recon-
naissant ces principes essentiels, de mon-
trer qu'ils sont de véritables gens de mer.
Il faut les en louer sans réserve.
Mais si les états-majors du commerce
avaient raison en théorie et ont obtenu
raison en fait, ce succès leur apporte des
devoirs de modération et leur conseille
de traiter avec égards les matelots.
Les officiers de la marine marchande
et les capitaines au long cours ont eux-
mêmes servi dans les rangs à bord des
vaisseaux de guerre. Ils savent les rares
qualités des marins, leur dévouement,
leur courage. Leurs subordonnés sont ce
qu'ils étaient hier et deviendront peut-
être leurs égaux demain en travaillant
et en s'instruisant comme ils l'ont fait
eux-mêmes.
Cette situation implique des senti-
ments d'estime et crée des liens de soli-
darité. Aussi faut-il espérer que, grâce au
concours de toutes les bonnes volontés, le
conflit qui vient de se terminer ne se
renouvellera plus. Officiers et matelots,
naviguant au commerce, sont également
des hommes dignes de toutes les sympa-
thies. Ils n'ont que des motifs pour s'en-
tendre, aucun pour se mettre en lutte.
et se trouvèrent sur une petite place où cli-
gnotaient quelques rares lumières.
Au ras du trottoir, un break et un tilbury
étaient effectivement rangés.
Le cheval du tilbury. un admirable orloff
était difficilement maintenu par un grand
diable de Breton, revêtu de la livrée des
Margemont qui était amaranthe et argent.
-Yvonnic.dit François au grand diable.
vous irez retrouver le domestique de mon-
sieur de Mirebeau et vous vous occuperez
des bagages.
Bien ,monsieur le marquis.
Olivier avait déjà pris place sur le siège.
Bigre! grommela-t-il.» mais c'est
qu'il fait froid L..
Il releva le collet de son pardessus.
François venait de prendre place à son
coté et de se saisir des guides et du fouet.
Allez dit-il.
Yvonnic lâcha l'orloff qui. rapide. s'é-
lança. filant contre le vent dans un joyeux
cliquetis de gourmettes.
De chaque côté, les arbres de l'avenue de
la gare disparaissaient ainsi que de fantas-
tiques silhouettes qu'agitait le vent aigre,
humide, à l'odeur saline.
Le tilbury s'engagea dans la large et Ion-
gue rue qui coupe en deux Plouéac. 1 le
est pavée d'un cailloutis pointu et bordée de
petites maisons à pilliers. basses. som-
bres. aux fenêtres noires.
Olivier et François ne se parlaient pas.
Olivier, d'ailleurs, était fort absorbé par le
contraste que ce décor d'une si lourde mé-
lancolie faisait avec celui dont son souvenir
était plein le décor joli. pimpant. le dé-
cor de verdure, de fleurs et de soleil parmi
lequel s'enlevait le cottage. le cottage où,
à cette heure, Marthe était toute seule.
LA GUERRE
AUTOUR DE PORT-ARTHUR
Préliminaires d'une Attaque générale. La
Place forte toujours isolée. Les Opé-
-rations du côté de Dalny. Les
Mouvements de la première Ar-
mée japonaise
Une dépêche de Niou-Chouang signale un
engagement près de Liao-Yang, mais cette
nouvelle, qui n'est pas confirmée d'autre
part, mérite d'être accueillie avec réserve.
Il devient de plus en plus malaisé, faute
d'informations précises, de se faire une idée
exacte de la marche des Japonais. Certains
renseignements nous les présentent comme
poussant une pointe à l'est de Liao-Yang, et
ainsi ils marqueraient l'intention de tourner
les lignes du général Kouropatkine. D'après
d'autres sources, à l'inverse, n'osant es-
sayer de forcer la passe de Motien-Ling, que
traverse la route mandarine du Yalou à
Moukden, ils tourneraient par l'orient les
positions de Liao-Yang et remonteraient
vers le nord le cours sinueux du Liao-Ho.
La contradiction est absolue. C'est sans
doute une troisième route que prendront es
troupes nipponnes, celle d'Haï-Tcheng, et,
de fait, le passage d'un corps considérable
a déjà été signalé de ce côté.
Par ailleurs, l'invasion continue dans le
Liac-Toung et Niou-Chouang se trouverait
actuellement sans protection.
NOUVELLES DE SAINT-PU 8
L'Amiral Skrydloft Les Envois du Ser-
vice de Santé. Une Expédition de
Journalistes le Baptême du Feu.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
Saint-Pétersbourg, 14 mai-
Une dépêche signale le passage de l'a-
miral Skrydloff à Irkoutsk.
Plusieurs mesures importantes vien-
nent d'être prises par la direction du ser-
vice de santé
« Le matériel disponible des compa-
gnies de navigation du Volga a été ré-
quisitionné pour le transport des bles-
sés. D'autre part, le service de santé a
fait expédier aujourd'hui en Extrême-
Orient le matériel nécessaire pour la
création d'un hôpital flottant à Kharbine.
Cet hôpital, qui sera installé sur ra-
deaux, sur la rivière Spungari, princi-
pal affluent du fleuve Amour, ne com-
portera pas moins de deux mille lits. Elle
a envoyé en outre cent mille tubes de
sérum, pour combattre la propagation
de l'épidémie de petite vérole, ainsi que
le matériel de huit étuves de désinfec-
tion.
Une dépêche de Moukden signale l'ar-
rivée de cinq correspondants militaires
qui accompagnaient le lieutenant-colo-
nel Spiridonoff, lorsque cet officier ra-
mena la locomotive du train conduit par
lui à Kin-Tcheou. Ces journalistes, qui
avaient pris place sur la plateforme du
tender, essuyèrent le feu du détachement
japonais. Ils ne furent heureusement pas
atteints et arrivèrent sains et saufs, à
Liao-Yang, où le général Focke les re-
çut avec bienveillance et les fit conduire
à Moukden.
»«Ul LAOARDÊRR.
NOUVELLES DE TOKIO
L'Incident de la Croix-Rouge. Amiraux
blâmés. L'Affaire d'Andjou.
DÉ NOTRE ENVOYE SPÉCIAL
Tokio, 14 mai, h. 40 mat.
(viâ Malle).
Les Russes ayant protesté contre l'acte
des Japonais à Poulentien, lorsque ces
derniers firent feu sur un train de la
Croix-Rouge, le rapport officiel japonais
répond que le pavillon de la Croix-Rouge
ne fut arboré sur le train par les Russes
qu'après une salve dirigée contre les Ja-
ponais.
On a maintenant la certitude qu'un
petit vapeur, le Haginou-Maru, a été
coulé par les Russes après le Kinshiu-
Maru.
Les amiraux Yamamoto et Teregouchi
Quant à François, il attendait qu'Olivier en-
tamât la conversation.
Brusquement, celui-ci s'y décida
Voyons, mon cher. fit-il. Sais-tu bien
que j'ai eu de la peine à croire mes yeux à
la lecture de la dépêche affolée de ta pauvre
mère ?.
II parlait brièvement. sans tendresse,
encore sous le coup des émotions intenses
par lesquelles il venait de passer.
Ainsi. reprit-il. tu as voulu te tuer ?..
Oui. dit François d'une voix étouffée.
Et comment cela ?.
Le plus stupidement du mande-
C'est-à-dire ?.
-:Presque sans savoir pourquoi ni com-
ment.
Je ne comprends pas.
Ce n'est pas compréhensible.
Tâche à t'expliquer, néanmoins.
Eh bien, mon cher, figure-toi qu'à la
suite de deux révélations que je te dirai tout
à l'heure, j'étais remonté dans mon cabi-
net. Et je m'y trouvais seul. Je m'y lais-
sai aller à une effrayante crise de déses-
poir.
» Tout coup je perdis la notion de toute
réalité. Quelque chose de plus fort que ma
volonté me poussa à aller prendre une botte
de pistolets de combat. Et ce fut, je te le
répète, presque sans m'en rendre compte,
que je portai l'un de ces pistolets à na
tempe.
Une demi-minute de plus et je me cas-
sais la tête, quand.
Quand ?.
Quand ma mère entra.
Ta pauvre mère.
Ah mon cher, c'est affreux. Elle est
déjà bien mal. chaque jour la rapproche
ont été convoqués au palais impérial par
l'empereur, pour journir des explications
sur la perte du Kinshiu-Maru. Tous deux
ont été blâmés.
Les Japonais ont inhumé à Andjou
deux officiers et doute soldats russes tués
au cours de l'attaque contre cette ville,
Sur trente-quatre de leurs blessés, les
Russes ont réussi à en emporter trente-
deux.
Un nouvel emprunt intérieur va être
lancé. Le parti constitutionnel se réunit
aujourd'hui pour discuter la situation fi-
nancière.
0. LEMAIRE.
CONTRE PORT-ARTHUR
Les Opérations préliminaires. Le Bom-
bardement de Dalny. Prochaine Atta-
que combinée.
{DE NOTRE 'CORRESPONDANT PARTICULIER)
Tokio, 14 mai.
La troisième escadre japonaise a com-
mencé hier à bombarder indirectement
Dalny les batteries russes ont d'abord
répondu, mais elles ont été bientôt ré-
duites au silence.
Les Japonais continuent à débarquer
des troupes à Pi-Tsé-Wo. On estime que
41,000 hommes ont déjà été débarqués.
On s'attend il. une attaque combinée de
la flotte et de l'armée japonaises contre
Port-Arthur pour le 16 mai.
Pas de Confirmation
(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
Saint-Pétersbourg, 14 mai.
Les journaux du soir publient une in-
formation suivant laquelle les Japonais
auraient attaqué Dalny, mais il n'y a jus-
qu'à présent aucune confirmation offi-
cielle de cette nouvelle.
Le général Pflueg télégraphie au mi-
nistre de la Guerre
« Le 12 mai, un détachement japonais,
composé d'un bataillon d'infanterie et de
deux escadrons de cavalerie a occupé
Poulandian, mais ces forces se sont reti-
rées le soir même. Les trains de voya-
geurs venant de Dalny ont été obligés de
rebrousser chemin, les communications
par voie ferrée étant interrompues.
Dans la nuit du 13 mai, des navires ja-
ponais ont fouillé les environs de Pou-
landian avec les projecteurs électriques
le 13 mai, un détachement japonais a fait
sauter une partie de la voie ferrée, à
5 verstes au sud de Poulandian. »
Paul LAGARDÈRE.
Les Débarquements de Troupes
(DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER1,
Niou-Chouang, 14 mai.
Les Japonais continuent à débarquer des
troupes à Pi-tse-Wo.
La voie ferrée est encore coupée et a été
détruite sur une longueur d'environ dix-sept
milles. Les quelques troupes qui restent ici
ont été conduites au camp situé à trois mil-
les à l'est de Niou-Chouang, de sorte que
cette ville, au fond, se trouve sans protec-
tion.
l'ARMEE D'INVASION
La Marche en avant. Premier Rapport de
Source japonaise.
(DE NOTRE ENVOYÉ spécial)
T okio, 14 mai.
Le général Kuroki annonce dans un
rapport que le 7 mai il a occupé Kouan-
Tien-Tcheng "qui se trouve à quatre-
vingts kilomètres à l'est de Feng-Hoang-
Tcheng.
Le Suilitchan, l'infanterie japo
noise a attaqué et dispersé un détache-
ment de trois cents cavaliers russes; un
officiers et deux soldats russes blessés ont
été laits prisonniers.
IDE NOS CORRESPONDANTS PARTICULIERS!
Le Défilé de Mo-tien-Ling
Niou-Chouang, 13 mai.
Suivant les dernières informations au-
thentiques, le corps principal de l'armée ja-
ponaise, composé, croit-on, de trois divi-
sions, a passé par Feng-Hoang-Cheng, se
dirigeant vers Liao-Yang. Cette armée au-
rait à passer à travers le défilé difficile de
Mo-tien-Ling, que les Japonais avaient dû
tourner lors de leur guerre avec la Chine.
de la tombe. Sa maladie de cœur fait ces
progrès inexorables.
» Et c'est un peu moi qui en suis cause.
c'est un peu moi qui l'achève.
» Ah vois-tu, je suis un être bien miséra-
ble et bien à plaindre.
François avait parlé entre ses dents et tes
paroles avaient été à peine distinctes.
Songeur, Olivier murmura
Mon pauvre vieux.
Puis il reprit, tandis que le tilbury sortant
de Plouéac, s'engageait sur la route plate
tracée en pleine lande
Ainsi, tu en es au même point qu'il y a
trois mois ?.
Oui.
Tu n'as pu oublier mademoiselle So-
reL..
Je ne l'ai pu.
Pourtant, à Paris, ta étais calme.
Je le paraissais.
En réalité, tu ne l'étais pas ?_
J'en étais loin.
Mais. enfin. à quoi aboutiras-tu.
alors?.
François haussa ses minces épaules, puis,
nerveusement:
Je n'en sais rien. Que veux-tu que je
te dise ?. Ainsi que je te l'ai déclaré na-
guère, je ne guérirai jamais de cet amour.
car cet amour est de ceux que bien peu de
choses peuvent entamer.
» Je ne puis espérer ni dans le temps, ni
dans l'éloignement.
H Même. me croiras-tu quand je t'avoue-
rai que ce que m'a appris ma mère ne l'a di-
minué en rien et que .pour être franc. je
ne suis pas certain que cette révélation. ra
première des deux que je t'annonçais. ne
l'a pas, au contraire, augmenté.
Olivier fronça le sourcil.
On pense que les Japonais n'essaieront pas
de forcer maintenant le défilé, mais qu'ils
se tourneront du côté de Niou-Chouang, où
ils établiront des bases, et qu'ils se servi-
ront du cours du Liao pour arriver vert.
Moukden.
Double Déploiement
Berlin, 14 mai.
Le colonel Gaedke téle^iphie o> Mouk-
den au Berliner Tageblatl « L'armée prm-
cipale japonaise s'avance par Fana Honr.g-
Tcheng. Dix mille hommes. opérant un au-
Syeindian ».
Positions avancées
Chan-Haï-Kouan, 14 mai.
Des Japonais venant de F'eng-Hoang-
Tcheng ont occupé jeudi Suo-Yin, sur la
grande route à soixante milles l'est de
Liao-Yang. On ne connalt pas le nombre
des Japonais.
Le pays est couvert de collines.
La Bataille commencée ?
Saint-Pétersbourg, 14 mai.
Le bruit court avec persistance qu'un vif
engagement aurait eu lieu près de Liao.
Yang, mais on n'en a de confirmation ni of-
ficielle ni autre.
Chan-HaI-Kouan, 14 mai
Le bruit court que les Japonais ont occupé
Siou-Yen après un vil engagement.
L'Hostilité des Indigènes
(DE NOTRE ENVOI1* SPÉCIAL)
Saint-Pétersbourg, 14 mal.
Le général Pflueg télégraphie le 14
« Le 12 mai, des éclaireurs japonais
ont été signalés à 12 verstes à l'est de
Suyan.
Les Chinois se mettent à attaquer des
détachements de la poste volante. Une
agression de ce genre a eu lieu sur la
grand'route entre Saimatra et le col de
montagne. On signale une forte bande de
Khoungouses près de Fantay. D'après
les renseignements fournis par les gardes-
frontières et les missionnaires, les Chi-
nois préparent un soulèvement contre
les Russes et les chrétiens à Dapatzian-
tze, à 40 verstes au sud-ouest de Kouan-
tchense.
Paul LAGARDÈBB.
Joueur d'Orgue assassiné
Le Crime de la rue Erard. Les Economies
d'un Vieillard. Le Magot déniché.
Inutile Cruauté.- L'Assassin est connu.
Les Recherches de la Justice. Arres-
tation imminente du Coupable.
La cruauté la plus lâche et la plus inutile
a présidé à l'assassinat d'un malheureux
vieillard, joueur d'orgue ambulant, qui ha-
bitait seul une petite chambre au numéro 30
de la rue Erard, dans le quartier de Picpus.
Les péripéties de ce cnme odieux, qui a
eu le vol pour mobile, sont particulièrement
dramatiques et valent d'être contées par le
menu.
L'Existence d'un Italien miséreux
Paris on le sait est habité dans cer-
tains quartiers de la périphérie par de nom-
breux Italiens venus en France pour trou-
ver la subsistance quotidienne que leur re>
fuse leur pays. Ils forment de véritables co-
lonies.
Quand ils sont jeunes, ces infortunés
Transalpins déambulent à travers la capi-
tale, un panier rempli de statuettes au bras,
et, le soir venu, rapportent le produit de
leur journée au padrone, qui les nourrit
aussi mal que possible, d'ailleurs.
Plus tard, lorsqu'ils sont vieux, ils aban.
donnent ce métier peu fructueux pour aller
poser comme modèles chez les peintures.
D'autres préfèrent exercer la profession de
musiciens ambulants, et, munis d'un petit
orgue, aller jouer, dans les rues populeuses,
les airs à la mode ou. démodés. C'est cette
dernière, carrière qu'avait embrassée Hyacin-
the Sartori, le vieillard qui vient de périr
si misérablement sous les coups d'un assas-
sin. *•
Agé de soixante-dix-sept ans, originaire
de San-Savino, province de Plaisance, Sar.
tori parvenait à réaliser des recettes assez
fortes en se rendant chaque jour sur la place
de la Bastille, aux alentours de la gare de
Lyon, ou bien encore aux Champs-fc-iysées,
portant en bandoulière l'instrument profes-
sionnel dont il tirait les sons discordants
que nos oreilles ont un peu perdu l'habitude
d'entendre, car les orgues de Barbarie
criards sont proscrits dans certains quar-
tiers de Paris.
Grand, maigre, alerte et droit malgré son
Que t'a donc appris ta mére
Ecoute.
n Tu te souviens sans doute qu'en sortant
de chez ma mère, mademoiselle Sorel dût
prendre un emploi.
Je me souviens.
Qu'elle entra comme professeur dans
une institution.
Oui. chez les misses Summerson.
C'est parfaitement cela. D'ailleurs,
elle occupait cet emploi lorsque, si genti-
ment, ti me proposas d'aller reconnattre le
sentiment qu'elle me portait.
Je me souviens. je me souviens. dit
Olivier en ramenant sur ses genoux la cou-
verture dont François et lui avaient les jam-
bes enveloppées. Je me souviens très bien.
continue.
Eh bien. sans m'en rien dire. fré-
quemment, ma mère se renseignait d'elle
auprès de de l'Orge qui l'avait fait entrer là
et qui, grâce à ses relations avec les misses,
était à même de la surveiller.
Ah. fit Olivier.
Ne savais-tu pas cela ?̃
Je ne me rappelle pas. Peut-être l'ai.
ie su. Mais je rai oublié. Tu comprends
bien que je ne me suis guère préoccupé de
mademoiselle Sorel dès que. d après ton at-
titude. j'ai cru comprendre que tu prenais
ton parti de ta déconvenue.
.Malgré le vent humide et froid, le front
d'Olivier s'était couvert d'une fine sueur;
Ah quel supplice il endurait 1. et que
son impassibilité apparente lui coûtait! et
que ses mensonges lui pesaient 1.
Mais que dire ?.
Que faire?.
(A suivre.) René Vmct.
et
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10. Place de la Bourse, PARIS
Dernière Edition
MAL D1FRIQUE
Le sommeil répare les forces il est
éminemment bienfaisant. Aucun être vi-
vant ne peut transgresser les lois de la
nature. L'homme et les animaux ont un
inéluctable besoin de repos complet. Les
paresseux ne sont pas seuls à penser que
le lit est une bonne chose. Avant les hy-
giénistes, les poètes ont vanté les dou-
ceurs de la chaise-longue, du hamac, du
bon lit grâea auquel l'homme le plus fa-
} tigué se reprend à la vie et redevient dis-
pos.
Comment peut-il se faire qu'un acte
physiologique aussi agréable et aussi
utile puisse, dans certaines conditions et
en certains pays, devenir néfaste et mor-
tel ? Une exploration récente a fait con-
naître au public qui l'ignorait l'existence
d'une véritable maladie se manifestant
par l'abus, par l'excès de sommeil..
Le continent noir commence seulement
être connu et encore ne nous a-t-il pas
livré tous ses secrets. Aussi les missions
qui, comme celle du regretté Bourg de
Bozas, mort au champ d'honneur, con-
tribuent à nous initier aux mœurs et au
régime des peuplades les plus obscures,
sont-elles de la plus haute utilité.
C'est justement au cours de cette mis-
sion à travers l'Afrique tropicale, qui a
eu une si tragique issue par la mort de
son chef, que M. le docteur Brumpt a
pu étudier scientifiquement cette mala-
dié du sommeil qui n'est pas moins trou-
blante par sa forme que par ses consé-
quences.
Une fois qu'elle s'abat sur vous, la ter-
rible maladie-né lâche point sa proie.
C'est l'envie de dormir irrésistible, con-
tinue, permanente, qui la caractérise.
Cette somnolence aboutit à une sorte
d'hébétude elle produit l'amaigrisse-
ment ou pour mieux dire le dépérisse-
ment progressif en quelques mois ou en
trois, quatre ou cinq ans.
D'après la communication faite à l'aca-
'démie de médecine par M. Kermorgant,
la maladie, qui a le plus souvent une
ellure lente, peut éclater et se propager
comme une épidémie. Des villages en-
tiers ont été ainsi décimés par ce fléau
étrange et meurtrier.
Lors d'une épidémie ancienne, celle de
Roba, le mal, après avoir fait 180 victi-
mes d'un seul coup, ne se propagea pas,
en raison des mesures d'isolement qui fu-
rent prises. A cette époque, les survi-
vants abandonnèrent leurs cases ce fut
an exode général.
La maladie du sommeil n'est pas nou-
velle toutes les peuplades nègres lui
ont donné des noms anciens léké,
soyolo, kangourou, bolé, nélavan. Les in-
digènes ont longtemps accusé l'eau de
recéler un animal invisible ils s'ache-
minaient ainsi sans le savoir vers l'hypo-
thèse d'un microbe, pendant quelque
temps admise et aujourd'hui définitive-
ment abandonnée.
Naturellement on s'est préoccupé,
parmi les savants, de la cause de ce mal
singulier. Après avoir soupçonné un mi-
crobe, on avait accusé un insecte, le try-
panosome, d'être l'auteur du méfait. Plus
d'une hypothèse a été formulée. M. le
docteur Brumpt considère que le vérita-
ble agent de transmission est une mou-
che qui porte le nom pittoresque de tsé-
tsé.
La mouche tsétsé, puisqu'il faut s'inté-
resser à ce mauvais moucheron, ne se
rencontre que le long des fleuves afri-
cains elle a des mœurs fâcheuses elle
pique l'un et l'autre, communiquant aux
noirs qu'elle trouve sur son chemin le
'trypanosome, c'est-à-dire, en somme, la
maladie du sommeil.
Les riverains des fleuves ainsi côtoyés
et fréquentés par ces redoutables mou-
ches sont menacés, tandis que les indi-
gènes fixés dans l'intérieur des terres
sont presque complètement à l'abri.
M. le docteur Brumpt a recueilli au
'Congo belge des renseignements très
nets sur la résidence et par conséquent
sur la zone d'action de ces insectes afri-
NI, 57. Feuilleton du Petit Parisien.
LA SÉDUCTRICE
GRAND ROMAN INEDIT
DEUXIÈME PARTIE
DE LA COUPE AUX LIVRES
m (suite)
L'heure fatale
Il était très de dix heures du soir lorsque
Olivier descendit de wagon à Plouéac.
Plouéac est la station la plus proche qui
desajrve Coëtqueur et. encore y a-t-il, en-
tre ces deux endroits une distance d'une de-
mi-heure en voiture attelée d'un bon cheval.
Autant à Chaville la matinée avait été
belle, autant à Plouéac la nuit était morose.
Le ciel était sans nuage, mais d'un gris
saie, et pas une étoile n'y luisait
D'ailleurs, il avait plu tout l'après-midi.
Naturellement.
Il n'y a pas en France une province où il
pleut aussi intrépidemment et aussi fré-
quemment qu'en Armorique.
Sur le débarcadère boueux, Olivier
trouva François, car la veille, de Trouville,
ayant déjà choisi son train, il avait télégra-
phié son arrivée.
t ier trouva François d'autant plus faci-
ievnent que François était la seule personne
qc:i attendit quelqu'un, et qu'Olivier et son
trajet de chambre étaient les seuls voyageurs
cains. Au bord du fleuve, à Buvamia,
non loin d'une mission de trappistes, ha-
bitaient, il y a quelques années, environ
3,000 pêcheurs Lolo. Il n'en reste plus
actuellement que 300 environ. Toute
cette population a été ravagée par l'hyp-
nose, par la maladie du sommeil. Non
loin de la mission, se trouve un village
de cultivateurs ceux-ci ne vont que ra-
rement au flauve ils sont à peine éprou-
vés.
D'après l'enquête faite dans le gouver-
nement général de l'Afrique occidentale
française, les foyers principaux se ren-
contreraient surtout dans les pays boisés,
aux sources des fleuves ou sur les par-
ties supérieures de leurs cours.
On s'est demandé si l'alimentation
avait une responsabilité quelconque dans
les ravages de cette maladie meurtrière.
Les recherches ne paraissent pas avoir
abouti. Les peuplades noires sont pres-
que toutes composées de végétariens. Tel
aliment, comme le manioc, a été fausse-
ment accusé de favoriser la contagion,
sans quoi les Dahoméens, qui sont man-
geurs de manioc, seraient éprouvés et ils
ne le sont presque pas.
La maladie du sommeil pourrait four-
nir une base solide d'argumentation à
ceux qui reprochent aux Européens d'ap-
porter avec eux, dans les plis du drapeau
civilisateur, des germes de mort. En ef-
fet, le territoire infesté s'est agrandi de-
puis quelques années. La mouche sus-
pecte a gagné le Haut-Coneo, elle a re-
monté le Kassaï, pour se répandre en-
suite dans l'Ouganda.
Aussi, M. de Zeltner, l'un des mem-
bres de la mission du Bourg de Bozas,
n'hésite-t-il pas à attribuer à la conquête
européenne du grand et mystérieux con-
tinent noir les progrès de cette affection
primitivement localisée. Anciennement,
toutes les peuplades se faisaient la guer-
re, les moyens de communication étaient
rares et difficiles. La disparition des
guerres locales, la possibilité pour les in-
digènes de chercher du travail au loin,
favorisèrent le transport de la mouche
incriminée. La Haute-Egypte elle-même,
l'Afrique orientale anglaise, seraient me-
nacées par cette invasion de parasites re-
doutables.
Les Européens ne doivent pas être
seuls mis indirectement en cause, car à
la côte d'Ivoire la propagation a été le
fait des bandes de Samory.
Quoi qu'il en soit, la mouche tiêlsé
n'est plus confinée dans un étroit terri-
toire elle a de plus vastes ambitions et
de plus fâcheux desseins. Les migrations
de toute sorte, d'où qu'elles proviennent,
ont favorisé sa dissémination, mais le
mal est connu dans ses origines. Au lieu
d'attribuer au mauvais sort les ravages
du mal, les indigènes apprennent de
nous à se défendre contre les approches
du pernicieux insecte.
Longtemps on a cru que les noirs, tels
que les trois Congolais morts dernière-
ment à l'hôpital d'Auteuil et dont nous
avons suivi les péripéties avec le plus vif
intérêt, étaient seuls exposés. Même si les
Européens et les blancs avaient pu se
croire à l'abri de ces piqûres infectantes,
les représentants de la civilisation euro-
péenne, les conquérants occidentaux de
l'Afrique centrale, n'en auraient pas
moins eu le devoir de protéger leurs
clients et sujets. Et, à côté du devoir,
leur intérêt le plus terre à terre les porte
à se faire les défenseurs, les patrons de
ces pauvres indigènes, nullement respon-
sables de leur état de culture primitif.
Mais les lecteurs du Petit Parisien ne
l'ignorent pas, et je ne le répète que pour
mieux marquer le danger de cette inva-
sion d'insectes, la communication de M.
Laveran nous a appris que, contraire-
ment à la théorie optimiste de M. Patrick
Manson, les blancs ne sont pas exempts
du tri-ut que paient à la mouche tsétsé
les habitants nègres de ces contrées loin-
taines.
Par conséquent, à tous les points de
vue, par intérêt étroit comme par huma-
nité, toutes les nations conquérantes
d'Afrique ont à prendre des mesures
pour assainir ces régions, pour combat-
tre les insectes ou tout au moins pour
neutraliser leur action morbide.
L'honneur de la civilisation ne sera
qui descendissent à cettf petite gare perdue
parmi ce coin de la Bretagne bretonnante.
Dans un élan. spontanément. obéissant
à l'instinct de leur vieille et indissoluble ami-
tié. Olivier et François s'étaient saisi les
mains.
Et ils se les serraient à se les broyer.
Ah Olivier. mon bon Olivier. mon
cher. mon cher ami
François suffoquait d'émotion.
Ardemment, Olivier le considéra.
Il détailla ce visage amaigri. aux
traits tirés par le chagrin et les insomnies.
et où les yeux. profondément enfoncés.
luisaient d'un éclat fièvre ou de folie.
Et une grande pitié lui vint en même
temps que de poignants remords.
t-il. Oh mon pauvre François. murmura-
Puis, plus confusément, et sourdement, il
ressentit comme un peu de rancune envers
celui qui. par manque de courage, par fai-
blesse de volonté venait d'apporter tar.t de
trouble dans sa liaison. venait de l'obliger
il faire tant de peine à Marthe.
A sa Marthe.
A leur Marthe 1
Et il dit, d'un ton presque rude, et avec
une extraordinaire inconscience
C'est égal. tu as démérité. Je te
croyais plus homme.
Je t'expliquerai cela. fit brièvement
François.
Et il ajouta
Viens. John s'arrangera de tes iiaga-
ges avec Yvonnic qui est venu avec le
break. Moi, j'ai pris le tilbury.- Comme
ça, nous pourrons causer.
Ils sortirent de la petite gare boueuse que
des souffles humides balayaient aigrement. {
pas seul justifié. Le sommeil lui-même,
cet acte réparateur et bienfaisant, sera
comme réhabilité dans toutes ses mani-
festations.
Il n'y aura plus de bons et de mauvais
dormeurs, au sens triste du mot. On ne
verra pas, ou tout au moins on ne verra
plus, comme un châtiment, comme une
menace, la tendance à dormir. De mal-
heureux noirs n'auront plus d'appréhen-
sions lorsque leurs paupières s'alourdi-
ront, que leurs yeux se fermeront, et ils
pourront sans inquiétude et sans crainte
se laisser aller aux douceurs du lit. Com-
bien de raisons d'intérêt, de cœur et de
sentiment nous avons pour souhaiter
prompt succès à la campagne sanitaire
du centre de l'Afriaue 1
JEAN FROLLO
Les Négociations franco espagnoles
Nous avons déjà donné, cette semaine,
quelques renseignements au sujet des négo-
ciations qui se poursuivent entre la France
et l'Espagne qui visent le M^roc.
D'après les nouvelles informations que
nous avons pu recueillir, les pourparlers ne
sont pas encore tout à fait terminés. Le gou-
vernement espagnol qui espérait aboutir
cette semaine pour se prévaloir de l'arran-
gement intervenu devant les Cortès n'est
pas tombé complètement d'accord avec le
gouvernement français. n faudra sans doute
encore plusieurs entretiens pour que M. Del-
cassé et le marquis del Muni règlent toutes
les questions en suspens.
On peut supposer que l'entente reposera
sur les bases suivantes l'Espagne reconnaî-
trait la convention franco-anglaise en échan-
ge d'une déclaration qn placerait dans sa
sphère d'action le littoral nord de l'empire
du Maghzen, de Melilla à l'embouchure du
Sebou. C'est-à-dire. qu'il lui serait loisible de
développer la zone d?nfluence de ses prési-
des. Mais, en aucun cas, il ne serait touché
à l'intégrité territoriale du Maroc, et ce point
serait expressément stipulé.
lA GRÈVE TERMINÉE
La grève de Marseille est heureuse-
ment terminée. Elle compromettait de la
façon la plus grave la prospérité et peut-
être l'avenir de la grande cité elle met-
tait l'Algérie, la Tunisie et la Corse dans
le plus grand embarras elle risquait
d'habituer le commerce méditerranéen à
d'autres ports que les nôtres.
Les inscrits maritimes ont eu la sagesse
clairvoyante de comprendre cela et de re-
connaître que la discipline à bord est la
condition nécessaire de la navigation.
Entre le ciel et l'eau, n'ayant pour té-
moin que les vagues, soumis à tous les
dangers maritimes, l'équipage et les pas-
sagers d'un navire trouvent dans l'obéis-
sance au capitaine et aux officiers la con-
dition première de leur sécurité.
Une fausse manoeuvre, un retard dans
l'exécution d'un ordre peuvent amener
le naufrage, l'abordage, la perte corps et
biens. Celui qui commande le quart est
responsable de la vie de tous. C'est un
lourd fardeau qui implique le droit à exi-
ger la subordination.
Les marins savent tous cela et les ma-
telots de Marseille viennent, en recon-
naissant ces principes essentiels, de mon-
trer qu'ils sont de véritables gens de mer.
Il faut les en louer sans réserve.
Mais si les états-majors du commerce
avaient raison en théorie et ont obtenu
raison en fait, ce succès leur apporte des
devoirs de modération et leur conseille
de traiter avec égards les matelots.
Les officiers de la marine marchande
et les capitaines au long cours ont eux-
mêmes servi dans les rangs à bord des
vaisseaux de guerre. Ils savent les rares
qualités des marins, leur dévouement,
leur courage. Leurs subordonnés sont ce
qu'ils étaient hier et deviendront peut-
être leurs égaux demain en travaillant
et en s'instruisant comme ils l'ont fait
eux-mêmes.
Cette situation implique des senti-
ments d'estime et crée des liens de soli-
darité. Aussi faut-il espérer que, grâce au
concours de toutes les bonnes volontés, le
conflit qui vient de se terminer ne se
renouvellera plus. Officiers et matelots,
naviguant au commerce, sont également
des hommes dignes de toutes les sympa-
thies. Ils n'ont que des motifs pour s'en-
tendre, aucun pour se mettre en lutte.
et se trouvèrent sur une petite place où cli-
gnotaient quelques rares lumières.
Au ras du trottoir, un break et un tilbury
étaient effectivement rangés.
Le cheval du tilbury. un admirable orloff
était difficilement maintenu par un grand
diable de Breton, revêtu de la livrée des
Margemont qui était amaranthe et argent.
-Yvonnic.dit François au grand diable.
vous irez retrouver le domestique de mon-
sieur de Mirebeau et vous vous occuperez
des bagages.
Bien ,monsieur le marquis.
Olivier avait déjà pris place sur le siège.
Bigre! grommela-t-il.» mais c'est
qu'il fait froid L..
Il releva le collet de son pardessus.
François venait de prendre place à son
coté et de se saisir des guides et du fouet.
Allez dit-il.
Yvonnic lâcha l'orloff qui. rapide. s'é-
lança. filant contre le vent dans un joyeux
cliquetis de gourmettes.
De chaque côté, les arbres de l'avenue de
la gare disparaissaient ainsi que de fantas-
tiques silhouettes qu'agitait le vent aigre,
humide, à l'odeur saline.
Le tilbury s'engagea dans la large et Ion-
gue rue qui coupe en deux Plouéac. 1 le
est pavée d'un cailloutis pointu et bordée de
petites maisons à pilliers. basses. som-
bres. aux fenêtres noires.
Olivier et François ne se parlaient pas.
Olivier, d'ailleurs, était fort absorbé par le
contraste que ce décor d'une si lourde mé-
lancolie faisait avec celui dont son souvenir
était plein le décor joli. pimpant. le dé-
cor de verdure, de fleurs et de soleil parmi
lequel s'enlevait le cottage. le cottage où,
à cette heure, Marthe était toute seule.
LA GUERRE
AUTOUR DE PORT-ARTHUR
Préliminaires d'une Attaque générale. La
Place forte toujours isolée. Les Opé-
-rations du côté de Dalny. Les
Mouvements de la première Ar-
mée japonaise
Une dépêche de Niou-Chouang signale un
engagement près de Liao-Yang, mais cette
nouvelle, qui n'est pas confirmée d'autre
part, mérite d'être accueillie avec réserve.
Il devient de plus en plus malaisé, faute
d'informations précises, de se faire une idée
exacte de la marche des Japonais. Certains
renseignements nous les présentent comme
poussant une pointe à l'est de Liao-Yang, et
ainsi ils marqueraient l'intention de tourner
les lignes du général Kouropatkine. D'après
d'autres sources, à l'inverse, n'osant es-
sayer de forcer la passe de Motien-Ling, que
traverse la route mandarine du Yalou à
Moukden, ils tourneraient par l'orient les
positions de Liao-Yang et remonteraient
vers le nord le cours sinueux du Liao-Ho.
La contradiction est absolue. C'est sans
doute une troisième route que prendront es
troupes nipponnes, celle d'Haï-Tcheng, et,
de fait, le passage d'un corps considérable
a déjà été signalé de ce côté.
Par ailleurs, l'invasion continue dans le
Liac-Toung et Niou-Chouang se trouverait
actuellement sans protection.
NOUVELLES DE SAINT-PU 8
L'Amiral Skrydloft Les Envois du Ser-
vice de Santé. Une Expédition de
Journalistes le Baptême du Feu.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
Saint-Pétersbourg, 14 mai-
Une dépêche signale le passage de l'a-
miral Skrydloff à Irkoutsk.
Plusieurs mesures importantes vien-
nent d'être prises par la direction du ser-
vice de santé
« Le matériel disponible des compa-
gnies de navigation du Volga a été ré-
quisitionné pour le transport des bles-
sés. D'autre part, le service de santé a
fait expédier aujourd'hui en Extrême-
Orient le matériel nécessaire pour la
création d'un hôpital flottant à Kharbine.
Cet hôpital, qui sera installé sur ra-
deaux, sur la rivière Spungari, princi-
pal affluent du fleuve Amour, ne com-
portera pas moins de deux mille lits. Elle
a envoyé en outre cent mille tubes de
sérum, pour combattre la propagation
de l'épidémie de petite vérole, ainsi que
le matériel de huit étuves de désinfec-
tion.
Une dépêche de Moukden signale l'ar-
rivée de cinq correspondants militaires
qui accompagnaient le lieutenant-colo-
nel Spiridonoff, lorsque cet officier ra-
mena la locomotive du train conduit par
lui à Kin-Tcheou. Ces journalistes, qui
avaient pris place sur la plateforme du
tender, essuyèrent le feu du détachement
japonais. Ils ne furent heureusement pas
atteints et arrivèrent sains et saufs, à
Liao-Yang, où le général Focke les re-
çut avec bienveillance et les fit conduire
à Moukden.
»«Ul LAOARDÊRR.
NOUVELLES DE TOKIO
L'Incident de la Croix-Rouge. Amiraux
blâmés. L'Affaire d'Andjou.
DÉ NOTRE ENVOYE SPÉCIAL
Tokio, 14 mai, h. 40 mat.
(viâ Malle).
Les Russes ayant protesté contre l'acte
des Japonais à Poulentien, lorsque ces
derniers firent feu sur un train de la
Croix-Rouge, le rapport officiel japonais
répond que le pavillon de la Croix-Rouge
ne fut arboré sur le train par les Russes
qu'après une salve dirigée contre les Ja-
ponais.
On a maintenant la certitude qu'un
petit vapeur, le Haginou-Maru, a été
coulé par les Russes après le Kinshiu-
Maru.
Les amiraux Yamamoto et Teregouchi
Quant à François, il attendait qu'Olivier en-
tamât la conversation.
Brusquement, celui-ci s'y décida
Voyons, mon cher. fit-il. Sais-tu bien
que j'ai eu de la peine à croire mes yeux à
la lecture de la dépêche affolée de ta pauvre
mère ?.
II parlait brièvement. sans tendresse,
encore sous le coup des émotions intenses
par lesquelles il venait de passer.
Ainsi. reprit-il. tu as voulu te tuer ?..
Oui. dit François d'une voix étouffée.
Et comment cela ?.
Le plus stupidement du mande-
C'est-à-dire ?.
-:Presque sans savoir pourquoi ni com-
ment.
Je ne comprends pas.
Ce n'est pas compréhensible.
Tâche à t'expliquer, néanmoins.
Eh bien, mon cher, figure-toi qu'à la
suite de deux révélations que je te dirai tout
à l'heure, j'étais remonté dans mon cabi-
net. Et je m'y trouvais seul. Je m'y lais-
sai aller à une effrayante crise de déses-
poir.
» Tout coup je perdis la notion de toute
réalité. Quelque chose de plus fort que ma
volonté me poussa à aller prendre une botte
de pistolets de combat. Et ce fut, je te le
répète, presque sans m'en rendre compte,
que je portai l'un de ces pistolets à na
tempe.
Une demi-minute de plus et je me cas-
sais la tête, quand.
Quand ?.
Quand ma mère entra.
Ta pauvre mère.
Ah mon cher, c'est affreux. Elle est
déjà bien mal. chaque jour la rapproche
ont été convoqués au palais impérial par
l'empereur, pour journir des explications
sur la perte du Kinshiu-Maru. Tous deux
ont été blâmés.
Les Japonais ont inhumé à Andjou
deux officiers et doute soldats russes tués
au cours de l'attaque contre cette ville,
Sur trente-quatre de leurs blessés, les
Russes ont réussi à en emporter trente-
deux.
Un nouvel emprunt intérieur va être
lancé. Le parti constitutionnel se réunit
aujourd'hui pour discuter la situation fi-
nancière.
0. LEMAIRE.
CONTRE PORT-ARTHUR
Les Opérations préliminaires. Le Bom-
bardement de Dalny. Prochaine Atta-
que combinée.
{DE NOTRE 'CORRESPONDANT PARTICULIER)
Tokio, 14 mai.
La troisième escadre japonaise a com-
mencé hier à bombarder indirectement
Dalny les batteries russes ont d'abord
répondu, mais elles ont été bientôt ré-
duites au silence.
Les Japonais continuent à débarquer
des troupes à Pi-Tsé-Wo. On estime que
41,000 hommes ont déjà été débarqués.
On s'attend il. une attaque combinée de
la flotte et de l'armée japonaises contre
Port-Arthur pour le 16 mai.
Pas de Confirmation
(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL)
Saint-Pétersbourg, 14 mai.
Les journaux du soir publient une in-
formation suivant laquelle les Japonais
auraient attaqué Dalny, mais il n'y a jus-
qu'à présent aucune confirmation offi-
cielle de cette nouvelle.
Le général Pflueg télégraphie au mi-
nistre de la Guerre
« Le 12 mai, un détachement japonais,
composé d'un bataillon d'infanterie et de
deux escadrons de cavalerie a occupé
Poulandian, mais ces forces se sont reti-
rées le soir même. Les trains de voya-
geurs venant de Dalny ont été obligés de
rebrousser chemin, les communications
par voie ferrée étant interrompues.
Dans la nuit du 13 mai, des navires ja-
ponais ont fouillé les environs de Pou-
landian avec les projecteurs électriques
le 13 mai, un détachement japonais a fait
sauter une partie de la voie ferrée, à
5 verstes au sud de Poulandian. »
Paul LAGARDÈRE.
Les Débarquements de Troupes
(DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER1,
Niou-Chouang, 14 mai.
Les Japonais continuent à débarquer des
troupes à Pi-tse-Wo.
La voie ferrée est encore coupée et a été
détruite sur une longueur d'environ dix-sept
milles. Les quelques troupes qui restent ici
ont été conduites au camp situé à trois mil-
les à l'est de Niou-Chouang, de sorte que
cette ville, au fond, se trouve sans protec-
tion.
l'ARMEE D'INVASION
La Marche en avant. Premier Rapport de
Source japonaise.
(DE NOTRE ENVOYÉ spécial)
T okio, 14 mai.
Le général Kuroki annonce dans un
rapport que le 7 mai il a occupé Kouan-
Tien-Tcheng "qui se trouve à quatre-
vingts kilomètres à l'est de Feng-Hoang-
Tcheng.
Le Suilitchan, l'infanterie japo
noise a attaqué et dispersé un détache-
ment de trois cents cavaliers russes; un
officiers et deux soldats russes blessés ont
été laits prisonniers.
IDE NOS CORRESPONDANTS PARTICULIERS!
Le Défilé de Mo-tien-Ling
Niou-Chouang, 13 mai.
Suivant les dernières informations au-
thentiques, le corps principal de l'armée ja-
ponaise, composé, croit-on, de trois divi-
sions, a passé par Feng-Hoang-Cheng, se
dirigeant vers Liao-Yang. Cette armée au-
rait à passer à travers le défilé difficile de
Mo-tien-Ling, que les Japonais avaient dû
tourner lors de leur guerre avec la Chine.
de la tombe. Sa maladie de cœur fait ces
progrès inexorables.
» Et c'est un peu moi qui en suis cause.
c'est un peu moi qui l'achève.
» Ah vois-tu, je suis un être bien miséra-
ble et bien à plaindre.
François avait parlé entre ses dents et tes
paroles avaient été à peine distinctes.
Songeur, Olivier murmura
Mon pauvre vieux.
Puis il reprit, tandis que le tilbury sortant
de Plouéac, s'engageait sur la route plate
tracée en pleine lande
Ainsi, tu en es au même point qu'il y a
trois mois ?.
Oui.
Tu n'as pu oublier mademoiselle So-
reL..
Je ne l'ai pu.
Pourtant, à Paris, ta étais calme.
Je le paraissais.
En réalité, tu ne l'étais pas ?_
J'en étais loin.
Mais. enfin. à quoi aboutiras-tu.
alors?.
François haussa ses minces épaules, puis,
nerveusement:
Je n'en sais rien. Que veux-tu que je
te dise ?. Ainsi que je te l'ai déclaré na-
guère, je ne guérirai jamais de cet amour.
car cet amour est de ceux que bien peu de
choses peuvent entamer.
» Je ne puis espérer ni dans le temps, ni
dans l'éloignement.
H Même. me croiras-tu quand je t'avoue-
rai que ce que m'a appris ma mère ne l'a di-
minué en rien et que .pour être franc. je
ne suis pas certain que cette révélation. ra
première des deux que je t'annonçais. ne
l'a pas, au contraire, augmenté.
Olivier fronça le sourcil.
On pense que les Japonais n'essaieront pas
de forcer maintenant le défilé, mais qu'ils
se tourneront du côté de Niou-Chouang, où
ils établiront des bases, et qu'ils se servi-
ront du cours du Liao pour arriver vert.
Moukden.
Double Déploiement
Berlin, 14 mai.
Le colonel Gaedke téle^iphie o> Mouk-
den au Berliner Tageblatl « L'armée prm-
cipale japonaise s'avance par Fana Honr.g-
Tcheng. Dix mille hommes. opérant un au-
Syeindian ».
Positions avancées
Chan-Haï-Kouan, 14 mai.
Des Japonais venant de F'eng-Hoang-
Tcheng ont occupé jeudi Suo-Yin, sur la
grande route à soixante milles l'est de
Liao-Yang. On ne connalt pas le nombre
des Japonais.
Le pays est couvert de collines.
La Bataille commencée ?
Saint-Pétersbourg, 14 mai.
Le bruit court avec persistance qu'un vif
engagement aurait eu lieu près de Liao.
Yang, mais on n'en a de confirmation ni of-
ficielle ni autre.
Chan-HaI-Kouan, 14 mai
Le bruit court que les Japonais ont occupé
Siou-Yen après un vil engagement.
L'Hostilité des Indigènes
(DE NOTRE ENVOI1* SPÉCIAL)
Saint-Pétersbourg, 14 mal.
Le général Pflueg télégraphie le 14
« Le 12 mai, des éclaireurs japonais
ont été signalés à 12 verstes à l'est de
Suyan.
Les Chinois se mettent à attaquer des
détachements de la poste volante. Une
agression de ce genre a eu lieu sur la
grand'route entre Saimatra et le col de
montagne. On signale une forte bande de
Khoungouses près de Fantay. D'après
les renseignements fournis par les gardes-
frontières et les missionnaires, les Chi-
nois préparent un soulèvement contre
les Russes et les chrétiens à Dapatzian-
tze, à 40 verstes au sud-ouest de Kouan-
tchense.
Paul LAGARDÈBB.
Joueur d'Orgue assassiné
Le Crime de la rue Erard. Les Economies
d'un Vieillard. Le Magot déniché.
Inutile Cruauté.- L'Assassin est connu.
Les Recherches de la Justice. Arres-
tation imminente du Coupable.
La cruauté la plus lâche et la plus inutile
a présidé à l'assassinat d'un malheureux
vieillard, joueur d'orgue ambulant, qui ha-
bitait seul une petite chambre au numéro 30
de la rue Erard, dans le quartier de Picpus.
Les péripéties de ce cnme odieux, qui a
eu le vol pour mobile, sont particulièrement
dramatiques et valent d'être contées par le
menu.
L'Existence d'un Italien miséreux
Paris on le sait est habité dans cer-
tains quartiers de la périphérie par de nom-
breux Italiens venus en France pour trou-
ver la subsistance quotidienne que leur re>
fuse leur pays. Ils forment de véritables co-
lonies.
Quand ils sont jeunes, ces infortunés
Transalpins déambulent à travers la capi-
tale, un panier rempli de statuettes au bras,
et, le soir venu, rapportent le produit de
leur journée au padrone, qui les nourrit
aussi mal que possible, d'ailleurs.
Plus tard, lorsqu'ils sont vieux, ils aban.
donnent ce métier peu fructueux pour aller
poser comme modèles chez les peintures.
D'autres préfèrent exercer la profession de
musiciens ambulants, et, munis d'un petit
orgue, aller jouer, dans les rues populeuses,
les airs à la mode ou. démodés. C'est cette
dernière, carrière qu'avait embrassée Hyacin-
the Sartori, le vieillard qui vient de périr
si misérablement sous les coups d'un assas-
sin. *•
Agé de soixante-dix-sept ans, originaire
de San-Savino, province de Plaisance, Sar.
tori parvenait à réaliser des recettes assez
fortes en se rendant chaque jour sur la place
de la Bastille, aux alentours de la gare de
Lyon, ou bien encore aux Champs-fc-iysées,
portant en bandoulière l'instrument profes-
sionnel dont il tirait les sons discordants
que nos oreilles ont un peu perdu l'habitude
d'entendre, car les orgues de Barbarie
criards sont proscrits dans certains quar-
tiers de Paris.
Grand, maigre, alerte et droit malgré son
Que t'a donc appris ta mére
Ecoute.
n Tu te souviens sans doute qu'en sortant
de chez ma mère, mademoiselle Sorel dût
prendre un emploi.
Je me souviens.
Qu'elle entra comme professeur dans
une institution.
Oui. chez les misses Summerson.
C'est parfaitement cela. D'ailleurs,
elle occupait cet emploi lorsque, si genti-
ment, ti me proposas d'aller reconnattre le
sentiment qu'elle me portait.
Je me souviens. je me souviens. dit
Olivier en ramenant sur ses genoux la cou-
verture dont François et lui avaient les jam-
bes enveloppées. Je me souviens très bien.
continue.
Eh bien. sans m'en rien dire. fré-
quemment, ma mère se renseignait d'elle
auprès de de l'Orge qui l'avait fait entrer là
et qui, grâce à ses relations avec les misses,
était à même de la surveiller.
Ah. fit Olivier.
Ne savais-tu pas cela ?̃
Je ne me rappelle pas. Peut-être l'ai.
ie su. Mais je rai oublié. Tu comprends
bien que je ne me suis guère préoccupé de
mademoiselle Sorel dès que. d après ton at-
titude. j'ai cru comprendre que tu prenais
ton parti de ta déconvenue.
.Malgré le vent humide et froid, le front
d'Olivier s'était couvert d'une fine sueur;
Ah quel supplice il endurait 1. et que
son impassibilité apparente lui coûtait! et
que ses mensonges lui pesaient 1.
Mais que dire ?.
Que faire?.
(A suivre.) René Vmct.
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