Titre : L'Ami de l'enfance : journal des salles d'asile
Éditeur : Hachette (Paris)
Date d'édition : 1895-09-01
Contributeur : Cochin, Jean Denis Marie (1789-1841). Éditeur scientifique
Contributeur : Battelle (chef de bureau à l Assistance publique). Éditeur scientifique
Contributeur : Hachette, Louis (1800-1864). Éditeur scientifique
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32691160x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 01 septembre 1895 01 septembre 1895
Description : 1895/09/01 (A14,N23,SER5)-1895/09/14. 1895/09/01 (A14,N23,SER5)-1895/09/14.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k5607709r
Source : Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, 8-Z-2016
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 27/12/2010
MÉTHODE FRANÇAISE D'EDUCATION MATERNELLE
367
blancs, de bruns, de jaunes, de rougeâtres g
(expliquer ce mot), de noirs. Ceux qui sont «
noirs ont été cirés ; les autres sont de la couleur, h
du bois. On en fait en hêtre, en noyer, en bois p
-blanc, en merisier; quelquefois on en fait en
buis; c'est un bois très dur. Constance, la cou- «
turière, m'a montré des sabots que son père «
lui avait taillés dans un tronc de lierre très «
gros; il est rare que le lierre devienne assez «
gros pour qu'on puisse y tailler des sabots; «
mais ce lierre-là était vieux et avait beaucoup «
grossi. Les sabots faits de ceboisde lierre servent «
depuis dix'ans et ne sont pas encore usés. «
« 11 y a des chaussures à semelles de bois et
d'autres à semelles de cuir, comme celles-ci par s
exemple (montrant une galoche) : on les appelle i
des galoches. Je connais des endroits où l'on
appelle les galoches un peu montantes des
gallois; ailleurs on les nomme des soques ;
mais le meilleur nom, c'est galoches.
« La prochaine fois nous parlerons des souliers.
Je vais, pour finir, vous raconter une courte
histoire, qui est vraie. .
« Il y avait un pauvre petit garçon à qui ses
parents n'achetaient jamais de chaussures, parce
qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour cela.
On lui donnait de vieux bas et il ramassait
quelquefois dans la rue de vieux souliers dépa-
reillés, qu'il'se mettait aux pieds; et le voilà
courant, bien drôlement chaussé. L'eau entrait
dans ses souliers, ses bas avaient des trous, en
hiver il avait bien froid aux pieds. Alacampagne,
on peut quelquefois courir nu-pieds, sur 1 herbe
ou dans les sentiers.- Mais ce petit garçon
habitait une grande ville et dans les grandes
villes on ne peut guère aller nu-pieds, les pavés
sont froids, il y a,de la boue et tout le monde
vous regarderait si Ton n'avait pas de souliers
du tout..
c Le pauvre petit garçon s'appelait Muset. Il
allait, le jeudi, chez une bonne dame qui lui
enseignait de très jolies chansons; il y avait
d'autres enfants chez cette dame, qui appre-
naient aussi les jolies chansons. Une de ' ces
chansons parlait de l'enfant Jésus, si doux et si
obéissant. La bonne dame vit que Muset était
bien mal chaussé et voulut lui faire une surprise.
Elle lui tricota une paire de bas, lui fit aussi
des chaussons et lui acheta de bons sabots!
Jamais encore il n'avait eu deux bas tout à fait-
pareils, ni trop grands, ni trop petits; ceux que
la bonne dame lui avait tricotés étaient bruns,
bien chauds et lui allaient parfaitement. Et
jamais Muset n'avait eu des souliers à la
mesure de son pied. Aussi, quand il eut enfilé
ses bas et mis ses chaussons, puis ses sabots,
il fut.si content qu'il en perdit tout à fait la tête,
c'est-à-dire qu'il ne sut plus ce qu'il faisait.
Il se mit à gambader dans la chambre,
à danser, à sauter en l'air, toujours plus haut,
retombant toujours plus fort par terre pour bien
faire claquer ses sabots neufs, et clac! voilà
qu'un des sabots se casse, et le pauvre Muset
reste tout interdit, devient tout rouge, et son
père le gronde. Ce n'est pas tout, son père lui
dit : « Il faut aller demander pardon à la dame
« qui t'avait si bien chaussé». Quand ils furent
chez la dame, le père de Muset dit à son
garçon : « A présent, raconte à madame ce que
« tu as fait ». Alors le pauvre Muset lève les
bras, se jette au cou de la dame et se met à
pleurer en disant : «t.Jîai cassé mon sabot! »
« La bonne dame répondit : « Mon petit ami,
« cela me fait de la peine, mais je sais que tune
« l'as pas fait exprès, ni par méchanceté. Je ne
« te gronderai pas; seulement je voudrais que
« tu te souviennes de ne pas donner des coups
« trop forts à tes sabots. Donne-moi celui qui est
« cassé, je te le ferai raccommoder.11 ne sera pas
ce aussi joli qu'auparavant; mais enfin, il pourra
« te servir. »
En effet, Muset, à partir de ce jour,, a eu bien
soin de ses sabots, et ils_sont encore en bon état
aujourd'hui.
M. MONOD.
LEÇON D'OBSERVATION
Uccits d'enfants.
Marthe grandit, bientôt elle aura deux ans!
L'autre malin, au retour de la promenade, elle
trouve son papa, l'embrasse et lui raconte avec •
animation, dans un adorable langage, plein de
pittoresque, la scène dont elle vient d'être
témoin : « Y avait une voiture, la voiture saute
sur le tramway, le dada de la voiture monte
sur le trottoir en faisant patara patara pa-
lara; petite mère prend Marthe dans ses bras et
entre dans la boutique où l'on boit du vin! »
Nous n'oserions pas essayer de vous traduire ce
récit délicieux, accompagné des gestes de l'en-
fant, mais voyez les remarques de cette petite
mignonne, l'imitation qu'elle trouve du piaffe-
ment du cheval sur le granit. Qui lui a dit cela?
Personne.
L'autre jour, elle dit : «Voilà un pont! »
Jamais on ne lui a fait prononcer ce mot, il ne
s'est pas rencontré d'occasion ; mais les petites
oreilles sont faites pour entendre, les beaux
petits yeux pour voir, et dans un jeune cerveau
toutes les idées se placent comme dans un admi-
rable casier; le jour où l'enfant en a besoin, il
trouve des mots à lui pour exprimer les com-
paraisons qu'il a pu faire.
La nature, la vie journalière sont les vrais
maîtres du petit enfant. Tout l'instruit. Laissez-
le parler, ne le condamnez pas au silence. Il
faut obtenir des enfatits, à l'école maternelle,
de petits récits sur ce qu'ils ont fait la veille, le
matin, sur ce qu'ils ont vu en venant eir classe.
Vous ne comprendrez peut-être pas toujours,
demandez des explications, aux petits voisins,
les enfants s'entendent entre eux; les voisins
vous éclaireront les points obscurs en les pré-
sentant sous une autre forme que le premier.
C'est alors que reprenant le récit vous le ferez
en bon français.
M. K.
Le Gérant ; A. TEMPLIER.
367
blancs, de bruns, de jaunes, de rougeâtres g
(expliquer ce mot), de noirs. Ceux qui sont «
noirs ont été cirés ; les autres sont de la couleur, h
du bois. On en fait en hêtre, en noyer, en bois p
-blanc, en merisier; quelquefois on en fait en
buis; c'est un bois très dur. Constance, la cou- «
turière, m'a montré des sabots que son père «
lui avait taillés dans un tronc de lierre très «
gros; il est rare que le lierre devienne assez «
gros pour qu'on puisse y tailler des sabots; «
mais ce lierre-là était vieux et avait beaucoup «
grossi. Les sabots faits de ceboisde lierre servent «
depuis dix'ans et ne sont pas encore usés. «
« 11 y a des chaussures à semelles de bois et
d'autres à semelles de cuir, comme celles-ci par s
exemple (montrant une galoche) : on les appelle i
des galoches. Je connais des endroits où l'on
appelle les galoches un peu montantes des
gallois; ailleurs on les nomme des soques ;
mais le meilleur nom, c'est galoches.
« La prochaine fois nous parlerons des souliers.
Je vais, pour finir, vous raconter une courte
histoire, qui est vraie. .
« Il y avait un pauvre petit garçon à qui ses
parents n'achetaient jamais de chaussures, parce
qu'ils n'avaient pas assez d'argent pour cela.
On lui donnait de vieux bas et il ramassait
quelquefois dans la rue de vieux souliers dépa-
reillés, qu'il'se mettait aux pieds; et le voilà
courant, bien drôlement chaussé. L'eau entrait
dans ses souliers, ses bas avaient des trous, en
hiver il avait bien froid aux pieds. Alacampagne,
on peut quelquefois courir nu-pieds, sur 1 herbe
ou dans les sentiers.- Mais ce petit garçon
habitait une grande ville et dans les grandes
villes on ne peut guère aller nu-pieds, les pavés
sont froids, il y a,de la boue et tout le monde
vous regarderait si Ton n'avait pas de souliers
du tout..
c Le pauvre petit garçon s'appelait Muset. Il
allait, le jeudi, chez une bonne dame qui lui
enseignait de très jolies chansons; il y avait
d'autres enfants chez cette dame, qui appre-
naient aussi les jolies chansons. Une de ' ces
chansons parlait de l'enfant Jésus, si doux et si
obéissant. La bonne dame vit que Muset était
bien mal chaussé et voulut lui faire une surprise.
Elle lui tricota une paire de bas, lui fit aussi
des chaussons et lui acheta de bons sabots!
Jamais encore il n'avait eu deux bas tout à fait-
pareils, ni trop grands, ni trop petits; ceux que
la bonne dame lui avait tricotés étaient bruns,
bien chauds et lui allaient parfaitement. Et
jamais Muset n'avait eu des souliers à la
mesure de son pied. Aussi, quand il eut enfilé
ses bas et mis ses chaussons, puis ses sabots,
il fut.si content qu'il en perdit tout à fait la tête,
c'est-à-dire qu'il ne sut plus ce qu'il faisait.
Il se mit à gambader dans la chambre,
à danser, à sauter en l'air, toujours plus haut,
retombant toujours plus fort par terre pour bien
faire claquer ses sabots neufs, et clac! voilà
qu'un des sabots se casse, et le pauvre Muset
reste tout interdit, devient tout rouge, et son
père le gronde. Ce n'est pas tout, son père lui
dit : « Il faut aller demander pardon à la dame
« qui t'avait si bien chaussé». Quand ils furent
chez la dame, le père de Muset dit à son
garçon : « A présent, raconte à madame ce que
« tu as fait ». Alors le pauvre Muset lève les
bras, se jette au cou de la dame et se met à
pleurer en disant : «t.Jîai cassé mon sabot! »
« La bonne dame répondit : « Mon petit ami,
« cela me fait de la peine, mais je sais que tune
« l'as pas fait exprès, ni par méchanceté. Je ne
« te gronderai pas; seulement je voudrais que
« tu te souviennes de ne pas donner des coups
« trop forts à tes sabots. Donne-moi celui qui est
« cassé, je te le ferai raccommoder.11 ne sera pas
ce aussi joli qu'auparavant; mais enfin, il pourra
« te servir. »
En effet, Muset, à partir de ce jour,, a eu bien
soin de ses sabots, et ils_sont encore en bon état
aujourd'hui.
M. MONOD.
LEÇON D'OBSERVATION
Uccits d'enfants.
Marthe grandit, bientôt elle aura deux ans!
L'autre malin, au retour de la promenade, elle
trouve son papa, l'embrasse et lui raconte avec •
animation, dans un adorable langage, plein de
pittoresque, la scène dont elle vient d'être
témoin : « Y avait une voiture, la voiture saute
sur le tramway, le dada de la voiture monte
sur le trottoir en faisant patara patara pa-
lara; petite mère prend Marthe dans ses bras et
entre dans la boutique où l'on boit du vin! »
Nous n'oserions pas essayer de vous traduire ce
récit délicieux, accompagné des gestes de l'en-
fant, mais voyez les remarques de cette petite
mignonne, l'imitation qu'elle trouve du piaffe-
ment du cheval sur le granit. Qui lui a dit cela?
Personne.
L'autre jour, elle dit : «Voilà un pont! »
Jamais on ne lui a fait prononcer ce mot, il ne
s'est pas rencontré d'occasion ; mais les petites
oreilles sont faites pour entendre, les beaux
petits yeux pour voir, et dans un jeune cerveau
toutes les idées se placent comme dans un admi-
rable casier; le jour où l'enfant en a besoin, il
trouve des mots à lui pour exprimer les com-
paraisons qu'il a pu faire.
La nature, la vie journalière sont les vrais
maîtres du petit enfant. Tout l'instruit. Laissez-
le parler, ne le condamnez pas au silence. Il
faut obtenir des enfatits, à l'école maternelle,
de petits récits sur ce qu'ils ont fait la veille, le
matin, sur ce qu'ils ont vu en venant eir classe.
Vous ne comprendrez peut-être pas toujours,
demandez des explications, aux petits voisins,
les enfants s'entendent entre eux; les voisins
vous éclaireront les points obscurs en les pré-
sentant sous une autre forme que le premier.
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