Titre : Le Matin : derniers télégrammes de la nuit
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1898-01-08
Contributeur : Edwards, Alfred (1856-1914). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328123058
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 123753 Nombre total de vues : 123753
Description : 08 janvier 1898 08 janvier 1898
Description : 1898/01/08. 1898/01/08.
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
Description : Collection numérique : La Grande Collecte Collection numérique : La Grande Collecte
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k557288j
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 10/04/2008
DANS LES RUINES
*̃ Evidemment, si belles .et si pittores-
ques que la nature les eut faites, en col-
laboration avec l'incendie, on ne pouvait
l pas conserver les ruines superbes de ce
qui fut la Cour des comptes.
Demeurant à côté d'elles, sur le quai
-.Voltaire, je les ai vues, pendant des an-
nées, .plusieurs, fois par jour. J'en ai ad-
miré les aspects si -changeants ettou-
-jours si pleins d'une âpre mélancolie, à
toutes- les heures de jour et. de- nuit;- par
tous les soleils, par'toutes les lunes; par
.toutes les aurores et tous, les .crépuscu-
les/ il en est, certes, de plus anciennes,
de plus yénérablës, de plus émouvantes
par lés choses qui y furent vécues; il
'n'en était pas de plus admirablement cô-
lorées, a certains moments de la journée;
i Le touriste qui foule les rûines du Co-
Usée, à Rome, ou les débris épars sur la
colline sacrée d'Athènes, ou. le parvis
des temples de Jérusalem est plutôt
saisi du frisson épique que donnent la
sensation des siècles disparus et le sou-
-venir des fastes immenses qui se déroù-
lèrënt dans ces cadres désagrégés. L'im-
pression est toùt, historique, toute de
mémoire ou d'imagination, un, peu mys-
assurément.
1 II n'y avait, -pour la Cour des comptes,
.brûlée il y a .seulement vingt-sept ans,
rien de pareil. La notice que mériterait
l'édifice serait brève et presque dénuée
/a'intérê'ffRtenTïfe vraiment extraordi-
̃ftaire ne,s'était passé dans ces salles
somptueuses, qui avaient vu les papota-
-ges juridiques du conseil d'Etat et.les
examens peu palpitants'des paperasseries
administratives. Toutau plus:pouvait--on
;dire :que ce palais fuira peu près le seul
édifice civil ;un peu grandiose que nous
;eût laissé Jà première période impériale.
La convulsion même. qui avait détruit
cet édifice, en même temps que .beau-'
'coup d'autres, n'éveille plus, chez les^
Igens de notre âgé, que la vision très atté-
nuée d'un cauchemar qu'on aurait eu
:dans son enfance.
Par conséquent, rien de contingent et
de surajouté ne venait accentuer la pure
émotion d'art-éprouvée, à voir le joli;
travail que le feu avait fait, et ce que le|
'grand Pan, avec quelques festons dé
liecre, de folles végétations escaladant
.les arcades démantelées, avait, comme
en se jouant, de printemps en prin-
temps, apporté de parures. imprévues à
ces débris debout, hauts et fiers encore,
dans les radieux couchers de soleil pari-
siens.
On fait le voyage de Spalatro, pour
s'exciter sur ce qui reste du palais de
_Dioclétien. On s'arrête exprès à Heidel-
Jbergpour y voir leSchloss, où les. flammes
,semblent avoir déposé sur la pierre un
sédiment rougeâtre, comme si, en s'étei-
gnant, elles avaient du moins laissé leur
couleur aux murs qu'elles avaient lé-
chés. On passe un :bon après-midi v Cor-
doue, à regarder couler le.Guadalquivir
sous les arches, encore.robustes.du vieux
pont romain qui aboutit aux terrasses
'de l'inoubliable 'mosquée. Devant les
ruines du quai d'Orsay, on ne faisait que
passer, comme devant des lares familiers,
-qui n'évoquent communément rien d'une
antiquité troublante ou solennelle; mais
;ce que le regard pouvait embrasser sans!
• effort, dans la minute de ce parcours
-banal, était vraiment très accrochant et
très artistique.
Je suis.étonné qu'un impresario fan-
taisiste, comme il s'en est tant rencon-
tré depuis quinze ans, n'ait pas eu l'idée
d'ouvrir quelque chose d'estival, où l'on
aurait dit de beaux vers et fait de la mu-
siquetrès mélancolique, dans cette mer-
veilleuse mise en scène du ravage, au
milieu de cette flore et de cette faune im-
provisées, parmi ces bosquets poussés
au travers des asphaltes, désuniset soule-
vés par de gentilles explosions de brins
d'h,çrbe.
On va à Orange, sur des gradins effri-
tés, jouer la tragédie pourquoi ne la
joua-t-on pas dans ce théâtre même où
Ja Tragédie en personne semblait instal-'
1 lée dans son décor et comme dans ses
'meubles?
Tout cela va tomber, tout cela tombe
;déjà. Des .théories d'ouvriers, tirant en
..cadence sur des cordes infâmes, arra-
client, par lambeaux vastes et pesants,
les superstructures, qui s'abîment lourdé-
;ment sur le sol, tandis que des milliers de
corneilles chuchotantes et de sansonnets
'siffleurs, culbutés de leurs nids, fuient
_par vols effarés au travers du ciel.
..Sans doute, on ne pouvait pas les con-
server, ces ruines d'art. Paris n'est pas
,uné cité morte où ce qui n'est plus prisme
.ce qui survit. Paris est une ville vivante
où ce qui est mort doit faire place. Mais,
'franchement, le changement qui va se
'J'aire là est menaçant. Nous sentons que
l'argent, le sale argent qui ne respecte
-rien, rôde parla et que le gouvernement
ni la Ville ne sont pas plus gardés contre
ce rôdeur sinistre quand il se faitcham-
bardeur de belles ruines ou de beaux
.édifices qu'ils rie le sont quand il est
•ehambardeurd'ëlectionsouchambardeur
de justice.
Nous avons la sensation que cet inju-
rieux iconoclaste mettrait tout aussi bien
-le P.-L.-M. à Notre-Dame qu'il a mis
l'Ouest aux Invalides et l'Orléans à la
'Cour des comptes.
Du moment qu'on met une gare à cet
endroit, comme il n'y a pas de débou-
chés et qu'une gare importante ne peut
s'en passer,4 il faudra forcément attaquer
les Tuilerie^, avec -des pcinls et des rues
de prolongement; de même que, pour
pouvoir déboucher' de la gare de£ -Inva-
lides, on a attaqué les Champs-Elysées.
>vec un pont et une avenue.
Une fols que ce réduit du culte de,Pa^
ris pour Paris sera' forcé, il se passera
ce quelle fabuliste a dit du chien qui
porte au cou le dîner de son maître. Les
artistes eux-mêmes lâcheront pied et
prendront leur part de lalïeprëdation gé-
d'installer leur bazar annuel devant le
Louvre, sur le terre-plein du Carrousel
ôu dans le nouveau jardin des Tuileries?
Là aussi cependant, sans le vouloir,
l'incendie avaitfait.uïie besogné incôm-;
^paràbl.e.ir avait démasqué le panorama
̃ du Louvre, unique au monde, quëles Tui^
leries empêchaient de. voir. On le masqué*
de nouveau, avec un tas de boules dorées
et de bibelots en fausse enfilade, pour ti-
rer l'œil et pour racheter le hors d'axe dû
se trouvent le.pavillon central du Lou-
vre, l'obélisque et l'arc de l'Etoile.
J'espère qu'il se trouvera, quelquejour^
des amis dé Gfambétta un peu artistes, qui
réclameront le déplacement de l'odieux
thermomètre, Surmonté, d'un horrible
animal chimérique, le long duquel Gam-
bétta, le doigt tendu,-a l'air d'indiquer lé
temps qu'il fait.
Même, je ne trouve pas quele joli mor-
ceau deMercié sur l'Alsace, qu'on a placé
aussi dans l'axe, soit bien à sa place pour
l'effet:général.. ,̃
Cela tourne à l'encombrement ei à la
superposition à jet continu et détruit le
grandiosé effet de simplicité que produite,
sous le ciel spécial de Paris l'enchante-
ment architectural du Louvre et du dé-f
licieux petit arc de triomphe, dont là
silhouette, la nuit, ressemble à un élé-j
phant équipé pour la chasse au tigre.
Si nous ne respectons pas les belles
ruines mortes, parce qu'il faut vivre,
marcher, circuler, aller de l'avant, res-
pectons au.môiris ce qui est vivant d'une
beauté glorieuse et infinie, comme Paris
lui-même, comme la France.
Georges Thiébaud.
LA JOURNEE
A l;Intérieur Le président de la Ré-
publique a quitté Paris, se rendant 'au,
chasser. a
un 'déjeuner offert en son1
zonneur, Grasse, par M. Chiris.
Bourse ferme..
A l'Extérieur: Il est question, malgré
lca décision du conseil suprême de la
guerre, de frapper le général Weyler
d'une mesure disciplinaire. -La Chaîn-
ée hongroise a voté définitivement le
compromis provisoire. L'Allemagne
entreprendra des travaux de fortifica-
tion à Kiao-Tcliéou.
AUJOURD'HUI
Jugement des esquisses du concours
d'architecture Achille Leclère. -Fêtes
de naissance de la princesse de Naples;
née Hélène de Monténégro, et de la sul-
tane Naïlé; fille du sultan de Turduie.
UN DOCUMENT
Il faut bien convenir qu'on ne re-
çoit pas de la lecture de l'acte d'accu-
sation. contre l'ex-capitaine Dreyfus
cette impression foudroyante à la-
quelle on s'attend en abordant un' aussi for-
"midable document. On peut constater le 'fait
sans en tirer aucune conséquence, du reste
mais que de .choses qui n'approfondissent
rien que de naïvetés
On s'est toujours demandé à quels mo-
biles avait obéi l'ex-capitàine en trahissant,
et l'on cherchedans l'acte d'accusation quel-
que lumière éclairant ce point. Or l'ac-
cusation s'est enquis si Dreyfus avait eu
des maîtresses. Il en a eu. Ont-elles été
une cause pour lui de dépenses? Tout ce
que l'accusation constate, c'est que Drey-
fus, déclare avoir quitté la dernière parce
qu'il s'était aperçu qu'elle en voulait moins
à son cœur qu'à sa bourse.
.Et l'accusation ne démontre pas le con-
traire. De sorte que l'on peut conclure que
l'ex-capitaine n'était certainement pas de là
race de ceux qui se ruinent pour les femmes.
Dreyfus était-il joueur ? L'accusation cite
un certain nombre de cercles, de la. catégo-
rie des claque-dents, où il aurait fréquenté.
Dreyfus s'en défend. Et l'accusation ne s'oc-r
cupe pas de savoir ce qu'il en est, alléguant
que la clientèle de ces cercles est peu re-
commandable et que les témoins auraient
,été:suspects.Pourquoi?
La justice civile n'est pas si, dégoûtée.
L'autre jour, Arton, escroc et banquerou-r
tier, n'était pas jugé; indigne d'étayer une
accusation de corruption de-fonctionnaires.
Et puis il y a des remarques qui.. Jugez-
en.' On fouille Dreyfus, on saisit ses clefs.
« Prenez-les, dit-il, ouvrez tout chez moi
vous ne trouverez rien » Et, comme, en ef-
fet, on ne trouve rien, pas même une note
de fournisseur, l'accusation dit « C'est que
tout ce qui aurait pu être en quelque façon
compromettant avait été caché ou détruit de
tout temps. » En quoi une note de fournis^
seur est-elle compromettante ?
Cette façon d'argumenter rappelle un peu
trop les formules classiques « A. l'appari-
tion des gendarmes, l'accusé devint subite-
ment pâle, preuve do culpabilité formule
qui, le cas échéant, est remplacée par cette
autre: l'apparition'des gendarmes, l'ac-
cusé resta impassible, faisant ainsi preuve'
du plus rebutant cynisme. »
DÉPÊCHES
DE L'ÉTRANGER
CHOSES D'ESPAGNE
La cas du général Weyler Délibé-
ration du cabinet La ques-
tion cubaine.
Madrid, 7 janvier. De notre corres-
pondant •particulier. Le cohsoil des
ministres s'est occupé, ce soir, de la déci-
sion du consei! suprême de la guerre dans
l'affaire Weyler. On croit qno le gouvr-rno-
ment, malgré l'arrêt favorable an général,
^délibérera sur.la nécessité .d.o.fifipper l'cx-
'gouverneur deCuba de quelque mesure dis-
pas' justiciable du code militaire, il est, par
contre, toujours loisible au commandant gé^
nérai do Madrid d'user de son' pouvoir dis-
crétionnaire pour punir l'incorrection de ses
suboi'donnés.
Cependant, si le conseil des ministres n'é-
tait pas d'accord avec le ministre' de la
gùerre'sur l'opportunité d'une, pdnition^uce
dernier serait:décidé adonner sa
Suivant mes renseignements, les membrés
!es plus influents du cabinet se sont solida-
risés avec le'ministre de la guerre. Il faut
donc s'attendre à ce, que son opinion pré-
vale. ̃
Une dépêche officielle de Washington dit
que le Sénat américain a;comnlençé la dis-
cussion dés affaires d'Ilawaï. Il ne s'occu-
pera donc pas avant quelques jours de la
question- cubaine~:Les insurgés continuent
à avoir de nombreux partisans au Sénat,:
mais le président ne paraît pas disposé à
appuyer une campagne parlementaire con-
tre l'Espagne.
Un journal allemand demande naïvement
.pourquoi le gouvernement espagnol n'em-
ploierait pas à Cuba les moyens qui lui ont
si-bien réussi aux Philippines. Eh bien, la
réponse est fort simple Aux Philippines,
on a eu affaire à des demi-sauvages, qui, une'
fois nantis d'argent pour aller vivre en exil;
tiendront sûrement leurs engagements,
tandis que l'expérience prouve que l'on né
peut pas accorder la même confiance à cer-
tains chefscubains.
Nouvelle; enquête.
Le conseil des ministres s'est terminé à
neuf heures.
Sur la proposition du ministre des affaires
étrangères, le conseil a décidé d'augmenter
,les consulats en Chiné et dans, quelques îles,
du Pacifique;
Le cabinet s'est ensuite occupé de l'affaire
Weylèr..
Le ministre estime qu'il ne s'agit pas de
délit de droit commun, mais d'incorrections
commises par M. Wëyler, sur lesquelles il
peut faire une enquête.
Le conseil a ordonné cette enquête, et l'afr
faire sera de nouveau portée devantla haute-
cour, s'il y a lieu..
Dans ces conditions, satisfaction étant
donnée au ministre de la guerre, toute
craintç de :crise ministérielle est écartée.
Mise en demeure.
D'après une dépêche du Heraldo, M.
Mac Kinley, président des'Etats-Unis, aurait
'le'projet de mettre en demeure l'Espagne
déterminer la guerre de Cuba à bref dé-
lai. -'̃̃
Un article de M', Castelar.
M. Castelar publie unarticla très remar-
qué sur le message de M. MacMfinley..
La partie de cemessage qui-fait allusion
aux belligérants montre, dit-il, un cynisme
sans exemple.
Il ajoute que l'intervention des Etats-
Unis à Cuba Serait un crime analogue à ce-
lui commis par les despotes qui se partagè-
rent la Pologne. Cette, intervention oblige-
raitles Etats-Unis armer une flotte forjmi-i
dable.'à. augmenter considérablement-leur
budget et à "créer- Une armée énorme, ét ils-
finiraient par s'aliéner toute-l'Amérique la-
tine.qui ne doit pas tolérer les empiétements
de l'Amérique du nord.
La santé de la reine.
La régente va mieux; toutefois, sur l'avis
des médecins, la réception qui devait avoir
lieu a été remise à dimanche.-
lESAFFiÏR^DE CHINE
L'entente du Japon et de l'Angleterre
Pressions diplomatiques à Pé-
kin La situation en Corée.
LONDREs, 7 janvier (agence Dalziel).
On télégraphie de Changhaï
« La flotte japonaise, composée de trois
cuirassés, de dix croiseurs de première
classe, de plusieurs autres navires de moin-
dré importance et d'une flottille de tor-
réalité à la disposition du vice-amiral anglais
Bulwer.Cette décision a été prise en vue de la
méconnaissance éventuelle des intérêts
communs de l'Angleterre et du Japon dans
l'Extrême-Orient»..
On pense que la majorité des puissances
se montre favorable à la cession de Kiao-
Tchéou à l'Allemagne. On dit pourtant que
le Japon, qui considère ses intérêts comme
menacés par suite de la position qu'il occupe
à' Wëï-Haï-We'i en vertu de la paix intervenue
entre lui et la Chine, s'opposera à la cession
de Kiao-Tchéou à l'Allemagne et procédera
immédiatement à la fortification (le Weï-
Haï-Weï et à la construction d'un dock dans
ce port. -Quant à la Chine, elle garde une
attitude quasi-indifférente.
« On affirme que la Grande-Bretagne fait
tous ses efforts à Pékin pour pousser la
Chine à ouvrir tous ses ports au commerce
européen. L'Angleterre demande éaalement
à la Chine d'opérer des réformes clans ;son
administration, ses finances en particulier,
et sa marine. L'Angleterre donnerait tout
son appui à la Chine pour l'accomplissement
de ces réformes.
» On ignore, à Changhaï quelle conduite
tiendra la Russie en Corée en présence des
représentations communes de l'Angleterre
et du Japon. »
.• Kiao-Tchéou fortifié.
LONDRES, 7 janvier (agence Dalziel).
On télégraphie de Changhaï
«L'Allemagne fortifiera Kiao-Tchéou et y
fera construire" un dock. ».
Anglais et Russes.
LONDRES,.7 janvier (Central News):– On
télégraphie de Changhaï
.« La difficulté coréenne n'est pas.eneore
aplanie. Une grande émotion règne dans le
pays.
Sept navires de guerre anglais resteront
à Chemulpo.
Des vaisseaux anglais et russes sont tou-
jours mouillés à Port-Arthur. Ulphigenia et
l'immortalily ont reçu des ordres formels
pour y -rester jusqu'au départ de l'escadre
russe. Les autres vaisseaux russes ont pris
position à Talian-Wan, à l'intérieur de la
baie.
L'Allemagne a commandé v:dès approvi-
sionnements importants à Chefou en vue de
l'arrivée prochaine du Deutschland et du
Geflon à Kiao-Tchéou," où quatre mille .Alle-
mands se trouveront bientôt réunis. »
L'emprunt chinois,
LONDRES, 7 janvier. La question dé
l'emprunt chinois ne paraît pas encore rè-j
solue.
Dans le public, l'idée qui prévaut est que
le gouvernement anglais accordera la ga-
rantie.
D'après YEvening Standard, le gouver-
nement anglais prêterait directement seize
millions de livres-sterling à la Chine sans
émettre un .emprunt chinois garanti.
Derniers bruits.
P£kin, 7 janvier. Le gouvernement chi-
nois il refusé l'emprunt russe. De plus, il a
cédé Kiao-Tchéou à PAllemeagne pour cin-
quante ans au lieu de quatre-vingt-dix ans,
comme le demandait celle-ci.
LES FÊTES DE LA HAYE
Eep.lin, 7 janvier. Selon le Correspond
dard de lllinàourg, la légation allemande
à la Haye a loué, à l'occasion du couronne-
ment rle la reine des Pays-Bas, un vaste pa-
lais: On en conclut- que l'empereur GuiU
laume assistera à la: fête du couronnement.
LES FINANCES GRECQUES
estait
veille dc s'établr au sujet de la question du
contrôlé financier entre les puissances et le
gouvernement grec.
Il ne reste, à régler que quelques points
de minime importance.
LE ROI MILAN GÉNÉRALISSIME
Vienne, 7 janvier. Les cercles politiques
de Vienne ont accueilli avéé grand calme la
nouvelle suivant laquelle le roi Milan est
devenu commandant en chef de l'armée
-serbe
On savait depuis quelque temps que le roi
Milan cherchait l'occasion d'élire domicile
définitif en Serbie. On croit queleroiAlëxan-
dre a jugé nécessaire de retenir son père
auprès de lui pour combattre les menées
antidynastiqùes de certains radicaux.
L'AFFAIRE DU « PROSPER:CORIN
Cadix,- 7 janvier. Le commandant du
département maritime aap.prouvé. la Qon-
damnation prononcée par le conseil de
guerre d'Alhucemas contre les onze Riffains
pour l'attaque de la barque française Pros^
per-Corin.
Tous les Riffains ont été. condamnés aux
travaux forcés .à perpétuité et au paiement
d'une indemnité d'un million de pesetas.
Un enfant a été acquitté.
On fait des démarches auprès du sultan
pour que le million soit payé..
CHAMBRE HONGROISE
BUDAPEST, 7 janvier. La Chambre des dé-
putés achevé.- la discussion du projet relatif
au régime provisoire et a adopté ce projet
avec une proposition du président du con-
seil des ministres aux termes de laquelle
.la Chambre des députés prend acte des dis-
positions prises par le gouvernement depuis
le 1er janvier.
EN ROUTE
SUEZ, 7 janvier. Le prince Henri et les
navires allemands sont partis ce matin, à
neuf heures.,
Ils ont été salués parle croiseur anglais
SCOUt et par le fort.
LE PRINCE OUROUSSOFF''
Berlin, 7 janvier. Le prince 0uroussoff
est arrivé ce matin, venant de Bruxelles, et
est descendu à l'ambassade de Russie. Il
n'a1 fait aucune visite et continuera; ce soir,
sonrvoyagë'pour Saint-Pétersbourg.
LA GRÈVE DES MÉCANICIENS
LONDRES, 7 janvier. La conférence de là
fédération dés -mineurs, qui se tient à Bris-
tol, a voté,. en faveur des grévistes mécani-
ciens, 300 livres sterling par semaine.
4 heures du matin
LA CAMPAGNE SOUDANAISE
Le CAIRE, 7 janvier. Un second détache-
..ment anglais vient de partir, ce soir, pour le
théâtre de la guerre. On fortifie rapidement
le poste avancé de Ed-Damer.
Le général Kitchener par tira prochainement
pour Berber.
5 heures du matin
CHANGEMENT DE FRONT
Après la visite du prince Henri en
Angleterre Les Anglais vers le
haut Ni! Bruit d'un accord
anglo-allemand.
LONDRES, 8 janvier. ̃– De notre corres-
pondant particulier. L'état-major an-
glais se montra très mécontent des troupes
égyptiennes dans le combat de Dongola, et
il exprima la conviction qu'il serait impossi-
ble d'arriver à Khartoum sans un contin-
gent de 10 à 12,000 ho.mnies de troupes an-
glaises.
On espérait alors que la* campagne du
nord-ouest, de l'Inde serait promptement ter
minée, ce qui aurait permis d'envoyer faci-
lement en Egypte les renforts nécessaires;
mais cette campagne est à recommencer, et
tout faisait croire que l'expédition sur Khar-
toum devait être retardée d'autant.
On en était là lorsque, tout à coup, une de
ces rumeurs expédiées d'Egypte officieuse-
ment est venue annoncer un gros incident,
Les derviches s'apprêtaient, disait-on, à
marcher sur Berber et à attaquer l'armée
anglo-égyptienne. Il fallait renforcer cette
dernière. Maintenant, on ne cherche même
plus à déguiser la chose. On avoue que la
marche en avant est décidée sur la capitale
du madhisme.
Ce changement de front s'explique diffici-
lement. Lord Salisbury veut-il se présenter
devant le Parlement, dans un mois, avec les
apparences d'une politique active et énergi-
que ? Les nouvelles de l'expédition française
sur le haut Nil ont-elles conduit le gouver-
nement anglais à se hâter d'occuper Khar-
toum pour envoyer ses vapeurs sur le Nil-
blanc, à Fachoda, avant que les Français
aient pu occuper ce point? Il doit y avoir de
l'un et de l'autre. Mais il existe aussi une
coïncidence étrange cette poussée anglaise
en Egypte répond pour ainsi dire à la pous-
sée allemande en Chine. Or l'Angleterre ac-
cepte l'occupation par l'Allemagne de Kiao-
Tchéou. Faut-il en conclure,. comme on l'af-
firme ici, que l'Allemagne continuera à ap-
puyer la politique anglaise en Egypte
D'aucuns croient, qu'il y accord tacite des
deux politiques anglaise et allemande de-
puis la visite du prince Henri à Osborne et
a Londres, et, malgré le ton amer de la
presse des deux pays, l'attitude de l'Alle-
magne officielle dans la question d'Egypte
depuis quatorze ans rend cette opinion plus
que vraisemblable..
EN EXTSiË^RIENT
L'île d'Hàïnan Prétendue annexion;
LoNDRES, 8 janvier, On télégraphie de
Singapour au Daily Mail qu'un télé-
gramme de Hoï-How (île d'Haïnan) dément
l'annexion de l'île d'Haïnan par la France.
On annonce que deux navires de guerre
français, le Descartes et la Surprise, sont
dans les eaux de l'ile.
Une escadre autrichienne.
Une dépêche de Vienne au Daily Mail
dit que le bruit court que l'Autriche enver-
rait prochainement une escadre dans les
eaux chinoises.
UN BATEAU SOUS-MARIN
LONDRES, 8 janvier. On télégraphie de
New-York au Daily Mail:
« Une expérience très intéressante a été
faite, hier, à Baltimore. Uri bateau .sous-ma-
rin a quitté lé port, traînant un câble' de 1,200
pieds de longueur.
Ce bateau étant submergé, le capitaine a
pu'télégrapbier et téléphoner au ministre de
la guerrc,à Washington. »
AU TRÂNSVAALl
LONDRES, 8 janvier. Une dépêche de
Capetown au Daily Mail annonce que le
gouvernement du Transvaal a reçu la ré-
ponse de M. Chamberlain à la proposition
du Transvaal de soumettre 4 l'arbitrage les
questions en litige entre la Grande-Bretagne
et le TransvaaL
La réponse est, dit-on, un refus catégo-
rique.
Lire à la deuxième page
LES JOURNAUX DE CE MATIN
TROIS DOCUMENTS
-AVANT L'OUVERTURE DU CON-
SEIL DE GUERRE
Toujours l'affaire Dreyfus-Esterhazy
Une lettre de M. Tràrieux
-Inquiétudes du sénateur
Ce qu7il souhaite Pas
de huis-clos.
Il est facile de s'apercevoir que nous 'ap-
prochons du jour ou le commandant Ester-
hazy comparaîtra devant le conseil de
guerre. Dans la seule journée. d'hier, trois
documents ont été ̃ publiés, et:. quels docu-j
ments Une lettre, très longue, aelM.'le sé-
nateur Trarieux Au ministre de la guerre; -Il
l'acte d'accusation de 1894; volumineux, qui
fut dressé contre tex-capitaine Dreyfus et
dont la lecture fut faite .huis clos une
nouvelle brochure de M. Emile Zola « lettre
à- la 'France,), quinze pages !•
Procédons par ordre. D'abord, la lettre de
M. Trarieux. "'̃
L'honorable sénateur de la Gironde est
troublé, inquiet: il « redoute l'influence des
courants qui peuvent, à leur propre insu;
égarer n les officiers appelés à constituer le
conseil de,guerre. «.
Pour être de véritables juges, ils devront
aborder l'audience sans aucune idée préconçue
sur les questions qui leur seront soumises; ré-
solus, dans la préparation de leur jugement, à
ne tenir compte que des débats dont ils auront
à faire jaillir la lumière n'est-ce jpas troubler
cet esprit d'impartialité^ que xle dénaturer les
termes de la mission qu ils auront à remplir
en cherchant 11 les persuader.qu'ils ne seraient
appelés .qu'à ratifier une décision- rendue d'a-
vance?' ̃•
Il demande au ministre de calme¡:son
quiétude. Puis il rappelle les faits qui ont
motivé la condamnation de Dreyfus il dis-
'cute l'écriture du bordereau, seule base de
L'accusation; les divergences d'opinion des
cinq experts en écriture.
Ces raisons d'incertitude n'auraient point
permis dé demander la revision du .procès de
1894; mais elles ont paru pleinement justifiées
le jour où on est venu placer sous nos yeux les
lettres d'un autre offlcier, qui, ne se
caractérisent par aucune dissemblance avec.
J'écriture du bordereau attribué il. Dreyfus,
mais .en reproduisent, dans les détails comme
dans l'ensemble, la physionomie exacte. Au
premier rapprochement, l'identité semble sau:
ter aux yeux; elle est telle que l'auteur de ces
écrits suspects n'hésita pas lui:même, au pre-
mier moment, à la 'reconnaître et ne chercha
à en déolineF'laresponsabilitè qu'en se préten-
dant victime d'un faux.
Le fameux bordereau.
Le fac-simile du bordereau et les écritu-
res du commandant Esterhazy rie laissent
place A aucun doute sur leur commune
origine.. Les adversaires dé la revision du
procès l'ont si bien compris qu'ils ont laissé
entendre que « vous posséderiez, monsieur
le ministre, des indices certains, quoique
restés secrets, de la trahison de Dreyfus ».'
Nouvelle discussion, cette fois, sur le res-
pect de la loi: un inculpé doit être averti de
toutes les inculpations sur lesquelles il sera
appelé à se défendre.
Mais il aime mieux n'ajouter aucune
créance à ces prétendues preuves de la cul-
pabilité de l'ex-capitaine et il pose une série
de questions touchant le rôle connu du co-
lonel Picquart. Et il conclut en sollicitant
des « mesures urgentes ,i.
Je souhaiterais, d'abord, que tous les points
laissés dans L'ombre soient élucidés avant que
le conseil de guerre ait à se prononcer. Ils peu-
vent être pour sa décision de la plus haute'im-
portance.
Je voudrais qu'une nouvelle expertise en écri-
ture fût faite s'il est exact, comme on l'a ra-
conté, que M. Varinard eût déjà communiqué
son opinion à un journal avant d'avoir accepté
le mandat que lui a confié la justice. En ce cas,
il me semblerait bien utile de commettre cet
:effet non pas seulement des professeurs d'é-
•criture; mais des paléographes de /profession,
dont on pourrait demander la désignation ix.
l'Ecole des chartes ou à l'un de nos corps sa-
vants.
Je demanderais que le conseil de guerre ne
siégeât à huis clos que pour les explications
d'audience qu'il, pourrait y avoir un inconvé-
nient réel à rendre publiques. Une publicité
aussi ïarge.que possible me paraîtrait le seul
moyen de donner à l'arrêt qui sera rendu une
pleine autorité.
Je trouverais désirable enfin, si la démarche
en est faite, que la partie plaignante puisse
être assistée à l'audience par son défenseur. Il
n'y aurait. pas sans cela de débat. vraiment
contradictoire.
Vous apaiseriez chez un grand nombre de nos
concitoyens, comme chez moi, monsieur le mi-
nistre et cher collègue, bien des inquiétudes si
vous aviez égard à ma supplique. Quoi qu'il ad-
vienne cependant, j'aurai rempli en vous la
présentant mon devoir et, si vous êtes en dés-
accord avec moi, je ne douterai point, tout en
restant d'ailleurs sans comprendre, que vous
n'ayez cru aussi accomplir le vôtre.
M. Trarieux dit: «Je souhaiterais que tous
les points laissés dans l'ombre soient éluci-
dés avant que le conseil de guerre ait à se
prononcer.
C'est donc un ajournement de l'affaire
Esterhazy que réclame M. Tràrieux ?
L'acte d'accusation.
L'acte d'accusation de 1894 débute ainsi
M. le capitaine Dreyfus est inculpé d'avoir,
en 1894, pratiqué des machinations ou entre-
tenu des intelligences avec un ou plusieurs
agents de puissances étrangères dans le but
de leur procurer les moyens de commettre des
hostilités ou d'entreprendre la guerre contre la
France en leur livrant des documents secrets.
La base de l'accusation portée contre le capi-
taine Dreyfus est une lettre missive écrite sur.
du papier pelure, non signée et non datée, qui
se trouve au dossier, établissant que des docu-
ments militaires confidentiels ont été livrés à
un agent d'une puissance étrangère.
Cette lettre missive, c'est le bordereau, ce
fameux bordereau publié en fac-similé par
le Matin le 10 novembre 1896. Et, à ce su-
jet, donnons, pour la dixième fois, un dé-
menti à ceux qui prétendent que cette pièce
fut communiquée au Matin par de « hauts
dignitaires du ministère de la guerre ».
De l'examen attentif de toutes les écritures
de MM. les officiers employés dans les bureaux
de l'état-major de l'armée, il ressortit que celle
du capitaine Dreyfus présentait une remarqua-
blé similitude avec l'écriture de la lettre mis-
sive incriminée. Le ministre de la guerre, sur
le compte rendu qui lui en fut fait, prescrivit
alors de faire étudier la lettre missive incrimi-
née en la comparant avec des spécimens d'é-
criture du capitaine Dreyfus. M. Gobert, expert
dé la Banque de France et de la cour d'appel,
fut commis à fin d'examen et reçut de M. le gé-
néral Gonse, le 9 octobre 1894, des documents
devant lui servir à faire le travail qui lui était
démandé. Quelques jours après la remise des
documents. M. Gobert demanda à M. le général
Gonse, qui s'était rendu chez lui, le nom de la
personne incriminée.
Celui-ci refusa, naturellement, de le lui don-
ner. Peu de jours après, M. Gobert fut invité il
remettre ses conclusions et les pièces qui lui
avaient été confiées, la prétention qu'il avait
manifestée ayant paru-d'autant plus suspecte
qu'elle était accompagnée d'une demande d'un
nouveau délai. Le 13 octobre, matin, M. Gobert
remit ses conclusions sous forme de lettre au
ministre; elles sont ainsi libellées. «Etant
donnée la rapidité de mes examens, comman-
dée par une extrême urgence, je crois devoir
dire: La lettre missive incriminée pourrait être
d'une personne autre que là personne soup-
çonnée. » La manière d'agir de M. Gobert ayant
nspiré une certaine méfiance, M. le ministre
de la guerre demanda à M. le préfet de police
le concours de M. Bertillon, chef du service de
l'identité judiciaire.
Des spécimens d'écriture et une photographie
de la lettré missive incriminée furent alors re-
nns à ce fonctionnaire, qui fit procéder à leur
examen en attendant le retour dès pièces con'
fiées à M. Gobert. Dès la remise de ces pièces
par M. Gobert elles furent envoyées à M Ber-
tillon, qui, le 13 octobre au soir formula ses
conclusions, qui sont ainsi libellées
« Si l'on écarte i'hypothèse d'un document
forge avec le plus grand soin, il appert mani-
festement que c'est.la même personne qui a
écrit la lettre et les pièces communiquées»
En exécution do l'ordre-do NI, le ministre de
guerre en date du 14 octobre M le
commandant du Paty de Clam procéda i 1'ar-
restation du capitaine Dreyfus.
L'écriture.
.L'examen aussi bien que les conclusions A
formuler au sujet .1e la lettre missive Tincrhti*
née appartiennent éndemment plus partteuUè-
rementaux experts en écriture; cependant, il.
première vue d'abord, et à la loupe ensuite il
,nous'est permis de dire que l'écriture de ce do-
aiment présente une très grande similitude
avec diverses pièces ou lettres écrites par le ca-
?iteS^yr1f ?*- qui se trouvent au dossier.
L inclinaison de l'écriture, son graphisme le
manque de date-et de coupure des mols en deux
a la fin des lignes, qui sont le propre des let-
tres écrites par le capitaine DroyfuT^oir sa e
tre ad procureur de la République de Versailles
et les lettres ou cartes à sa fiancée qui se trou-
vent au dossier), s'y trouvent; en ce qui con-
cerne la signature, elle manque parce cm'rtle
devait manquer. Dans sa déposition; lâlecà-
lonel Fabr.e.chef du "4« bureau do l'état-major
de, l'armée, dit qu'il a été-îrappô de la simili-
tude d écriture qui. existe entre la lettre missive
incriminée et les documents écrits par le capi-
taine Dreyius pendant son stage au bureau.
Le lieutenant-colonel d'Aboville, sous-chef du
même bureau, dit dans sa déposition que la
ressemblance de l'écriture de la lettré incrimi-
née avec les documents de comparaison était
Le capitaine Dreyfus a subi un long interro-
gatoire devant M. 1 officiers do police judiciaire
Ses. réponses comportent bon nombre de con-
tradictions, _pour ne pas dire*plus. Parmi elles
il y en a qui sont particulièrement intéressan-
tes à relever,ICI, notamment celles qu'il fit au
moment de son arrestation, le 15 octobre der-
nier, lorsqu'on le fouilla et qu'il dit « Prenez
mes clefs, ouvrez tout chez moi vous ne trou-
verez rien. La perquisition qui a été prati-
quée à son domicile a amené,*ou a peu de- cho-
ses près, le résultat indiqué par lui. Mais il est
permis de penser que, si aucune lettré, même
de famïlle, sauf celles des fiançailles adressées
à Mme Dreytus, aucune note, même do four-
nisseurs, n'ont été trouvées dans cette perqui-
sition, cest que tout ce qui aurait pu etre en
quelque façon compromettant avait été caché
ou détruit de tout temps
En somme, il rcsulte.de la déposition do plu-
sieurs témoins que le capitaine Dreyfus a attiré
sur lui la juste suspicion do ses camarades, qui
le lui ont montre d'une façon bien nette,
comme le capitaine Boullengor;- en ne répon-
dant pas aux questions indiscrètes qu'il lui
posa sur des affaires secrètes ou confidentielles
q'il traitait, ou encore comme le capitaine
Bosse, le voyant travailler dans son bureau, le
8 septembre'dernier, sur du papier particulier,
au lieu de le faire sur un document .similaire à
cclui qu il avait à mettre à jour, lui en fit l'ob-
servation ou encore le capitaine Maistre, lui
disant qu lui communiquerait les travaux
confidentiels dont il pourrait être chargé, mais
sur placo et dans son bureau seulement. Il
semble que ce système' dé Turétage.de conversa-
voulues, d'investigations en
dehors doce dont il était charge que prati-
quait le capitaine Dreyfus était surtout basé
sur la nécessité do se procurer le plus de ren-
saignements divers possibles, oraux ou écrits,
avant de terminer son stage à l'etat-major de
l'armée. Cette attitude est louche et, à nombre
de points de vue, présente une grande analogie
avec celle des personnes qui pratiquent l'os-
pionnage. Aussi, en dehors de la similitude re-
marquable de l'écriture du capitaine Dreyfus
avec celle du document incriminé, cette attitude
a été un facteur sérieux à son passif lorsqu'il
s'est agi de le mettre en état d'arrestation et
d'instruire contre lui.
Histoires de femmes.
La conduite privée du capitaine Dreyfus est
loin d'être exemplaire. Avant son mariage, de-
puis 1884 notamment, on le trouve en relations
galantes avec une femme X. plus âgée que
lui, mariée, riche, donnant des repas auxquels
il est convié, car il est l'ami de NI. X. négo-
ciant à Paris. Les relations dont il vient d'être
parlé dureront fort longtemps. A la msime épo-
que, le capitaine Dreyfus est, également en. re-
lations avec une femme Dida, aussi plus âgée
que lui, mariée, fort riche, qui a la réputation
de payer ses amants et itui, à'ia fin de fut
assassinée à Ville-d'Avray par. Vladimiroff. Le
capitaine Dreyfus, qui était alors à l'Ecole de
guerre et qui venait de se marier, fut cité
comme témoin dans cette- scandaleuse affaire,
quifut jugée par la cour d'assises de Versailles
le 25 janvier 1891. Pendant son séjour à l'école
de pyrotechnie de Bourges, il a pour maîtresse
une femme mariée il en a une autre à Paris,
également mariée, et qu'il rencontre quand il
y vient. En dehors do ces relations, avouées par
le capitaine Dreyfus parce qu'it n'a pu les mer,
il était, avant son mariage, ce qu'on peut ap-
peler un coureur de femmes; il nous l a, d'au-
leurs, déclaré au cours de son interrogatoire.
Depuis son mariage, a-t-il changé ses habitu-
des à cet égard ? Nous ne le croyons pas, car
il nous a déclaré avoir arrêté la femme Y.
dans la rue, en 1893, et avoir fait connaissance
de la femme Z. au concours hippique en 1894.
La première de ces femmes est autrichienne,
parle très bien plusieurs langues, surtout l'al-
lemand; elle a un frère oflicier au service de
l'Autriche, un autre est ingénieur; elle reçoit
des officiers c'est une femme galante quoique
déjà âgée le commandant Gendron nous l'a dé-
clare. Le capitaine Dreyfus lui a indiqué sa
qualité, l'emploi qu'il occupait, lui a écrit et fait
des visites et, finalement, s'est retiré parce
qu'elle ne lui a pas paru catholique ensuite, il
l a traitée de sale espionne, et, après son arres-
tation, son idée est hantée par 1 idée qu'elle l'a
trahi.
En ce qui concerne la femme Z.bien que
le capitaine Dreyfus prétende n'avoir jamais eu
avec elle que des relations passagères, il est
permis de croire le contraire si on se réfère aux
deux faits ci-après, reconnus exacts par lui au
cours de son interrogatoire l'une lettre écrite
par cette femme en .juillet ou août dernier au
capitaine Dreyfus se terminant par ces mots
« A la vie, à la mort! »; qu'il y a environ
quatre mois a a ploposé à la femme G. de lui
lûiier une villa pour l'été, à la condition qu'elle
serait sa maîtresse. L'idée du capitaine Drey-
fus; en lui faisant cette offre, était sans doute
de faire cesser ses relations avec un médecin
qui l'entretenait. La femme Z. était mariée ou
passait pour l'être.' Le capitaine Dreyfus' nous
a déclaré avoir rompu avec elle parce qu'il s'é-
tait aperçu qu'elle en voulait plutôt à sa bourse
qu'à son coeur.
Bien que le capitaine Dreyfus nous ait de-
clané n'avoir jamais eu le goût du jeu, il ap-
pert cependant des renseignements que nous
avons recueillis à ce sujet qu'il aurait fréquenté
plusieurs cercles de Paris où l'on joue beau-
coup. Au cours de son interrogatoire, il nous a
bien déclaré être allé au cercle de la Presse,
mais comme invité, pour y ilïner; il a allirmé
n'y avoir pas joué. Les cercles-tripots de Paris,
tels que le Washington-Glub, le Betting-Club,
les cercles de l'Escrime et de la Presse, n'ayant
pas d'annuaire et leur clientèle étant en géné-
rat peu recommandable, les témoins que nous
aurions pu trouver auraient été très suspects
nous nous sommes, par suite, dispense d'en
entendre.
Les pièces livrées.
Suivent quelques renseignements sur les
notes successives obtenues par Dreyfus de-
puis son entrée au service
Ces notes sont excellentes, à l'exception de
celles qui lui ont été données par M. le colonel
Fabre, chef du 4e bureau de l'état-major de
l'armée.
En ce qui concerne les voyages du capitaine
Dreyfus, il résulte de ses déclarations à l'inter-
rogatoire qu'il pouvait se rendre en Alsace en
cachette à peu près quand il le voulait et que
les autorités allemandes fermaient les yeux sur
sa présence. Cotte faculté de voyager clandesti-
nement qu'avait le capitaine Dreyfus contraste
beaucoup avec les difficultés qu'éprouvaient
la même époque et de tout temps les officiers
ayant à se rendre en Alsace pour obtenir des
autorisations ou des passeports des autorités
allemandes, elle peut avoir une raison que le
peu do temps qu'a duré l'enquête ne nous a
pas permis 'd'approfondir.
Quant aux preuves relatives a la connais-
sance qu'avait le capitaine Dreyfus des notes
ou documents énumérôs-dans la lettre missive
incriminée et qui l'ont .accompagnée, le pre-
mier interrogatoire aussi bien que celui ou il
subi devant nous établissend, maigrô o» 4'inè-
*̃ Evidemment, si belles .et si pittores-
ques que la nature les eut faites, en col-
laboration avec l'incendie, on ne pouvait
l pas conserver les ruines superbes de ce
qui fut la Cour des comptes.
Demeurant à côté d'elles, sur le quai
-.Voltaire, je les ai vues, pendant des an-
nées, .plusieurs, fois par jour. J'en ai ad-
miré les aspects si -changeants ettou-
-jours si pleins d'une âpre mélancolie, à
toutes- les heures de jour et. de- nuit;- par
tous les soleils, par'toutes les lunes; par
.toutes les aurores et tous, les .crépuscu-
les/ il en est, certes, de plus anciennes,
de plus yénérablës, de plus émouvantes
par lés choses qui y furent vécues; il
'n'en était pas de plus admirablement cô-
lorées, a certains moments de la journée;
i Le touriste qui foule les rûines du Co-
Usée, à Rome, ou les débris épars sur la
colline sacrée d'Athènes, ou. le parvis
des temples de Jérusalem est plutôt
saisi du frisson épique que donnent la
sensation des siècles disparus et le sou-
-venir des fastes immenses qui se déroù-
lèrënt dans ces cadres désagrégés. L'im-
pression est toùt, historique, toute de
mémoire ou d'imagination, un, peu mys-
assurément.
1 II n'y avait, -pour la Cour des comptes,
.brûlée il y a .seulement vingt-sept ans,
rien de pareil. La notice que mériterait
l'édifice serait brève et presque dénuée
/a'intérê'ffRtenTïfe vraiment extraordi-
̃ftaire ne,s'était passé dans ces salles
somptueuses, qui avaient vu les papota-
-ges juridiques du conseil d'Etat et.les
examens peu palpitants'des paperasseries
administratives. Toutau plus:pouvait--on
;dire :que ce palais fuira peu près le seul
édifice civil ;un peu grandiose que nous
;eût laissé Jà première période impériale.
La convulsion même. qui avait détruit
cet édifice, en même temps que .beau-'
'coup d'autres, n'éveille plus, chez les^
Igens de notre âgé, que la vision très atté-
nuée d'un cauchemar qu'on aurait eu
:dans son enfance.
Par conséquent, rien de contingent et
de surajouté ne venait accentuer la pure
émotion d'art-éprouvée, à voir le joli;
travail que le feu avait fait, et ce que le|
'grand Pan, avec quelques festons dé
liecre, de folles végétations escaladant
.les arcades démantelées, avait, comme
en se jouant, de printemps en prin-
temps, apporté de parures. imprévues à
ces débris debout, hauts et fiers encore,
dans les radieux couchers de soleil pari-
siens.
On fait le voyage de Spalatro, pour
s'exciter sur ce qui reste du palais de
_Dioclétien. On s'arrête exprès à Heidel-
Jbergpour y voir leSchloss, où les. flammes
,semblent avoir déposé sur la pierre un
sédiment rougeâtre, comme si, en s'étei-
gnant, elles avaient du moins laissé leur
couleur aux murs qu'elles avaient lé-
chés. On passe un :bon après-midi v Cor-
doue, à regarder couler le.Guadalquivir
sous les arches, encore.robustes.du vieux
pont romain qui aboutit aux terrasses
'de l'inoubliable 'mosquée. Devant les
ruines du quai d'Orsay, on ne faisait que
passer, comme devant des lares familiers,
-qui n'évoquent communément rien d'une
antiquité troublante ou solennelle; mais
;ce que le regard pouvait embrasser sans!
• effort, dans la minute de ce parcours
-banal, était vraiment très accrochant et
très artistique.
Je suis.étonné qu'un impresario fan-
taisiste, comme il s'en est tant rencon-
tré depuis quinze ans, n'ait pas eu l'idée
d'ouvrir quelque chose d'estival, où l'on
aurait dit de beaux vers et fait de la mu-
siquetrès mélancolique, dans cette mer-
veilleuse mise en scène du ravage, au
milieu de cette flore et de cette faune im-
provisées, parmi ces bosquets poussés
au travers des asphaltes, désuniset soule-
vés par de gentilles explosions de brins
d'h,çrbe.
On va à Orange, sur des gradins effri-
tés, jouer la tragédie pourquoi ne la
joua-t-on pas dans ce théâtre même où
Ja Tragédie en personne semblait instal-'
1 lée dans son décor et comme dans ses
'meubles?
Tout cela va tomber, tout cela tombe
;déjà. Des .théories d'ouvriers, tirant en
..cadence sur des cordes infâmes, arra-
client, par lambeaux vastes et pesants,
les superstructures, qui s'abîment lourdé-
;ment sur le sol, tandis que des milliers de
corneilles chuchotantes et de sansonnets
'siffleurs, culbutés de leurs nids, fuient
_par vols effarés au travers du ciel.
..Sans doute, on ne pouvait pas les con-
server, ces ruines d'art. Paris n'est pas
,uné cité morte où ce qui n'est plus prisme
.ce qui survit. Paris est une ville vivante
où ce qui est mort doit faire place. Mais,
'franchement, le changement qui va se
'J'aire là est menaçant. Nous sentons que
l'argent, le sale argent qui ne respecte
-rien, rôde parla et que le gouvernement
ni la Ville ne sont pas plus gardés contre
ce rôdeur sinistre quand il se faitcham-
bardeur de belles ruines ou de beaux
.édifices qu'ils rie le sont quand il est
•ehambardeurd'ëlectionsouchambardeur
de justice.
Nous avons la sensation que cet inju-
rieux iconoclaste mettrait tout aussi bien
-le P.-L.-M. à Notre-Dame qu'il a mis
l'Ouest aux Invalides et l'Orléans à la
'Cour des comptes.
Du moment qu'on met une gare à cet
endroit, comme il n'y a pas de débou-
chés et qu'une gare importante ne peut
s'en passer,4 il faudra forcément attaquer
les Tuilerie^, avec -des pcinls et des rues
de prolongement; de même que, pour
pouvoir déboucher' de la gare de£ -Inva-
lides, on a attaqué les Champs-Elysées.
>vec un pont et une avenue.
Une fols que ce réduit du culte de,Pa^
ris pour Paris sera' forcé, il se passera
ce quelle fabuliste a dit du chien qui
porte au cou le dîner de son maître. Les
artistes eux-mêmes lâcheront pied et
prendront leur part de lalïeprëdation gé-
d'installer leur bazar annuel devant le
Louvre, sur le terre-plein du Carrousel
ôu dans le nouveau jardin des Tuileries?
Là aussi cependant, sans le vouloir,
l'incendie avaitfait.uïie besogné incôm-;
^paràbl.e.ir avait démasqué le panorama
̃ du Louvre, unique au monde, quëles Tui^
leries empêchaient de. voir. On le masqué*
de nouveau, avec un tas de boules dorées
et de bibelots en fausse enfilade, pour ti-
rer l'œil et pour racheter le hors d'axe dû
se trouvent le.pavillon central du Lou-
vre, l'obélisque et l'arc de l'Etoile.
J'espère qu'il se trouvera, quelquejour^
des amis dé Gfambétta un peu artistes, qui
réclameront le déplacement de l'odieux
thermomètre, Surmonté, d'un horrible
animal chimérique, le long duquel Gam-
bétta, le doigt tendu,-a l'air d'indiquer lé
temps qu'il fait.
Même, je ne trouve pas quele joli mor-
ceau deMercié sur l'Alsace, qu'on a placé
aussi dans l'axe, soit bien à sa place pour
l'effet:général.. ,̃
Cela tourne à l'encombrement ei à la
superposition à jet continu et détruit le
grandiosé effet de simplicité que produite,
sous le ciel spécial de Paris l'enchante-
ment architectural du Louvre et du dé-f
licieux petit arc de triomphe, dont là
silhouette, la nuit, ressemble à un élé-j
phant équipé pour la chasse au tigre.
Si nous ne respectons pas les belles
ruines mortes, parce qu'il faut vivre,
marcher, circuler, aller de l'avant, res-
pectons au.môiris ce qui est vivant d'une
beauté glorieuse et infinie, comme Paris
lui-même, comme la France.
Georges Thiébaud.
LA JOURNEE
A l;Intérieur Le président de la Ré-
publique a quitté Paris, se rendant 'au,
chasser. a
un 'déjeuner offert en son1
zonneur, Grasse, par M. Chiris.
Bourse ferme..
A l'Extérieur: Il est question, malgré
lca décision du conseil suprême de la
guerre, de frapper le général Weyler
d'une mesure disciplinaire. -La Chaîn-
ée hongroise a voté définitivement le
compromis provisoire. L'Allemagne
entreprendra des travaux de fortifica-
tion à Kiao-Tcliéou.
AUJOURD'HUI
Jugement des esquisses du concours
d'architecture Achille Leclère. -Fêtes
de naissance de la princesse de Naples;
née Hélène de Monténégro, et de la sul-
tane Naïlé; fille du sultan de Turduie.
UN DOCUMENT
Il faut bien convenir qu'on ne re-
çoit pas de la lecture de l'acte d'accu-
sation. contre l'ex-capitaine Dreyfus
cette impression foudroyante à la-
quelle on s'attend en abordant un' aussi for-
"midable document. On peut constater le 'fait
sans en tirer aucune conséquence, du reste
mais que de .choses qui n'approfondissent
rien que de naïvetés
On s'est toujours demandé à quels mo-
biles avait obéi l'ex-capitàine en trahissant,
et l'on cherchedans l'acte d'accusation quel-
que lumière éclairant ce point. Or l'ac-
cusation s'est enquis si Dreyfus avait eu
des maîtresses. Il en a eu. Ont-elles été
une cause pour lui de dépenses? Tout ce
que l'accusation constate, c'est que Drey-
fus, déclare avoir quitté la dernière parce
qu'il s'était aperçu qu'elle en voulait moins
à son cœur qu'à sa bourse.
.Et l'accusation ne démontre pas le con-
traire. De sorte que l'on peut conclure que
l'ex-capitaine n'était certainement pas de là
race de ceux qui se ruinent pour les femmes.
Dreyfus était-il joueur ? L'accusation cite
un certain nombre de cercles, de la. catégo-
rie des claque-dents, où il aurait fréquenté.
Dreyfus s'en défend. Et l'accusation ne s'oc-r
cupe pas de savoir ce qu'il en est, alléguant
que la clientèle de ces cercles est peu re-
commandable et que les témoins auraient
,été:suspects.Pourquoi?
La justice civile n'est pas si, dégoûtée.
L'autre jour, Arton, escroc et banquerou-r
tier, n'était pas jugé; indigne d'étayer une
accusation de corruption de-fonctionnaires.
Et puis il y a des remarques qui.. Jugez-
en.' On fouille Dreyfus, on saisit ses clefs.
« Prenez-les, dit-il, ouvrez tout chez moi
vous ne trouverez rien » Et, comme, en ef-
fet, on ne trouve rien, pas même une note
de fournisseur, l'accusation dit « C'est que
tout ce qui aurait pu être en quelque façon
compromettant avait été caché ou détruit de
tout temps. » En quoi une note de fournis^
seur est-elle compromettante ?
Cette façon d'argumenter rappelle un peu
trop les formules classiques « A. l'appari-
tion des gendarmes, l'accusé devint subite-
ment pâle, preuve do culpabilité formule
qui, le cas échéant, est remplacée par cette
autre: l'apparition'des gendarmes, l'ac-
cusé resta impassible, faisant ainsi preuve'
du plus rebutant cynisme. »
DÉPÊCHES
DE L'ÉTRANGER
CHOSES D'ESPAGNE
La cas du général Weyler Délibé-
ration du cabinet La ques-
tion cubaine.
Madrid, 7 janvier. De notre corres-
pondant •particulier. Le cohsoil des
ministres s'est occupé, ce soir, de la déci-
sion du consei! suprême de la guerre dans
l'affaire Weyler. On croit qno le gouvr-rno-
ment, malgré l'arrêt favorable an général,
^délibérera sur.la nécessité .d.o.fifipper l'cx-
'gouverneur deCuba de quelque mesure dis-
pas' justiciable du code militaire, il est, par
contre, toujours loisible au commandant gé^
nérai do Madrid d'user de son' pouvoir dis-
crétionnaire pour punir l'incorrection de ses
suboi'donnés.
Cependant, si le conseil des ministres n'é-
tait pas d'accord avec le ministre' de la
gùerre'sur l'opportunité d'une, pdnition^uce
dernier serait:décidé adonner sa
Suivant mes renseignements, les membrés
!es plus influents du cabinet se sont solida-
risés avec le'ministre de la guerre. Il faut
donc s'attendre à ce, que son opinion pré-
vale. ̃
Une dépêche officielle de Washington dit
que le Sénat américain a;comnlençé la dis-
cussion dés affaires d'Ilawaï. Il ne s'occu-
pera donc pas avant quelques jours de la
question- cubaine~:Les insurgés continuent
à avoir de nombreux partisans au Sénat,:
mais le président ne paraît pas disposé à
appuyer une campagne parlementaire con-
tre l'Espagne.
Un journal allemand demande naïvement
.pourquoi le gouvernement espagnol n'em-
ploierait pas à Cuba les moyens qui lui ont
si-bien réussi aux Philippines. Eh bien, la
réponse est fort simple Aux Philippines,
on a eu affaire à des demi-sauvages, qui, une'
fois nantis d'argent pour aller vivre en exil;
tiendront sûrement leurs engagements,
tandis que l'expérience prouve que l'on né
peut pas accorder la même confiance à cer-
tains chefscubains.
Nouvelle; enquête.
Le conseil des ministres s'est terminé à
neuf heures.
Sur la proposition du ministre des affaires
étrangères, le conseil a décidé d'augmenter
,les consulats en Chiné et dans, quelques îles,
du Pacifique;
Le cabinet s'est ensuite occupé de l'affaire
Weylèr..
Le ministre estime qu'il ne s'agit pas de
délit de droit commun, mais d'incorrections
commises par M. Wëyler, sur lesquelles il
peut faire une enquête.
Le conseil a ordonné cette enquête, et l'afr
faire sera de nouveau portée devantla haute-
cour, s'il y a lieu..
Dans ces conditions, satisfaction étant
donnée au ministre de la guerre, toute
craintç de :crise ministérielle est écartée.
Mise en demeure.
D'après une dépêche du Heraldo, M.
Mac Kinley, président des'Etats-Unis, aurait
'le'projet de mettre en demeure l'Espagne
déterminer la guerre de Cuba à bref dé-
lai. -'̃̃
Un article de M', Castelar.
M. Castelar publie unarticla très remar-
qué sur le message de M. MacMfinley..
La partie de cemessage qui-fait allusion
aux belligérants montre, dit-il, un cynisme
sans exemple.
Il ajoute que l'intervention des Etats-
Unis à Cuba Serait un crime analogue à ce-
lui commis par les despotes qui se partagè-
rent la Pologne. Cette, intervention oblige-
raitles Etats-Unis armer une flotte forjmi-i
dable.'à. augmenter considérablement-leur
budget et à "créer- Une armée énorme, ét ils-
finiraient par s'aliéner toute-l'Amérique la-
tine.qui ne doit pas tolérer les empiétements
de l'Amérique du nord.
La santé de la reine.
La régente va mieux; toutefois, sur l'avis
des médecins, la réception qui devait avoir
lieu a été remise à dimanche.-
lESAFFiÏR^DE CHINE
L'entente du Japon et de l'Angleterre
Pressions diplomatiques à Pé-
kin La situation en Corée.
LONDREs, 7 janvier (agence Dalziel).
On télégraphie de Changhaï
« La flotte japonaise, composée de trois
cuirassés, de dix croiseurs de première
classe, de plusieurs autres navires de moin-
dré importance et d'une flottille de tor-
réalité à la disposition du vice-amiral anglais
Bulwer.Cette décision a été prise en vue de la
méconnaissance éventuelle des intérêts
communs de l'Angleterre et du Japon dans
l'Extrême-Orient»..
On pense que la majorité des puissances
se montre favorable à la cession de Kiao-
Tchéou à l'Allemagne. On dit pourtant que
le Japon, qui considère ses intérêts comme
menacés par suite de la position qu'il occupe
à' Wëï-Haï-We'i en vertu de la paix intervenue
entre lui et la Chine, s'opposera à la cession
de Kiao-Tchéou à l'Allemagne et procédera
immédiatement à la fortification (le Weï-
Haï-Weï et à la construction d'un dock dans
ce port. -Quant à la Chine, elle garde une
attitude quasi-indifférente.
« On affirme que la Grande-Bretagne fait
tous ses efforts à Pékin pour pousser la
Chine à ouvrir tous ses ports au commerce
européen. L'Angleterre demande éaalement
à la Chine d'opérer des réformes clans ;son
administration, ses finances en particulier,
et sa marine. L'Angleterre donnerait tout
son appui à la Chine pour l'accomplissement
de ces réformes.
» On ignore, à Changhaï quelle conduite
tiendra la Russie en Corée en présence des
représentations communes de l'Angleterre
et du Japon. »
.• Kiao-Tchéou fortifié.
LONDRES, 7 janvier (agence Dalziel).
On télégraphie de Changhaï
«L'Allemagne fortifiera Kiao-Tchéou et y
fera construire" un dock. ».
Anglais et Russes.
LONDRES,.7 janvier (Central News):– On
télégraphie de Changhaï
.« La difficulté coréenne n'est pas.eneore
aplanie. Une grande émotion règne dans le
pays.
Sept navires de guerre anglais resteront
à Chemulpo.
Des vaisseaux anglais et russes sont tou-
jours mouillés à Port-Arthur. Ulphigenia et
l'immortalily ont reçu des ordres formels
pour y -rester jusqu'au départ de l'escadre
russe. Les autres vaisseaux russes ont pris
position à Talian-Wan, à l'intérieur de la
baie.
L'Allemagne a commandé v:dès approvi-
sionnements importants à Chefou en vue de
l'arrivée prochaine du Deutschland et du
Geflon à Kiao-Tchéou," où quatre mille .Alle-
mands se trouveront bientôt réunis. »
L'emprunt chinois,
LONDRES, 7 janvier. La question dé
l'emprunt chinois ne paraît pas encore rè-j
solue.
Dans le public, l'idée qui prévaut est que
le gouvernement anglais accordera la ga-
rantie.
D'après YEvening Standard, le gouver-
nement anglais prêterait directement seize
millions de livres-sterling à la Chine sans
émettre un .emprunt chinois garanti.
Derniers bruits.
P£kin, 7 janvier. Le gouvernement chi-
nois il refusé l'emprunt russe. De plus, il a
cédé Kiao-Tchéou à PAllemeagne pour cin-
quante ans au lieu de quatre-vingt-dix ans,
comme le demandait celle-ci.
LES FÊTES DE LA HAYE
Eep.lin, 7 janvier. Selon le Correspond
dard de lllinàourg, la légation allemande
à la Haye a loué, à l'occasion du couronne-
ment rle la reine des Pays-Bas, un vaste pa-
lais: On en conclut- que l'empereur GuiU
laume assistera à la: fête du couronnement.
LES FINANCES GRECQUES
estait
veille dc s'établr au sujet de la question du
contrôlé financier entre les puissances et le
gouvernement grec.
Il ne reste, à régler que quelques points
de minime importance.
LE ROI MILAN GÉNÉRALISSIME
Vienne, 7 janvier. Les cercles politiques
de Vienne ont accueilli avéé grand calme la
nouvelle suivant laquelle le roi Milan est
devenu commandant en chef de l'armée
-serbe
On savait depuis quelque temps que le roi
Milan cherchait l'occasion d'élire domicile
définitif en Serbie. On croit queleroiAlëxan-
dre a jugé nécessaire de retenir son père
auprès de lui pour combattre les menées
antidynastiqùes de certains radicaux.
L'AFFAIRE DU « PROSPER:CORIN
Cadix,- 7 janvier. Le commandant du
département maritime aap.prouvé. la Qon-
damnation prononcée par le conseil de
guerre d'Alhucemas contre les onze Riffains
pour l'attaque de la barque française Pros^
per-Corin.
Tous les Riffains ont été. condamnés aux
travaux forcés .à perpétuité et au paiement
d'une indemnité d'un million de pesetas.
Un enfant a été acquitté.
On fait des démarches auprès du sultan
pour que le million soit payé..
CHAMBRE HONGROISE
BUDAPEST, 7 janvier. La Chambre des dé-
putés achevé.- la discussion du projet relatif
au régime provisoire et a adopté ce projet
avec une proposition du président du con-
seil des ministres aux termes de laquelle
.la Chambre des députés prend acte des dis-
positions prises par le gouvernement depuis
le 1er janvier.
EN ROUTE
SUEZ, 7 janvier. Le prince Henri et les
navires allemands sont partis ce matin, à
neuf heures.,
Ils ont été salués parle croiseur anglais
SCOUt et par le fort.
LE PRINCE OUROUSSOFF''
Berlin, 7 janvier. Le prince 0uroussoff
est arrivé ce matin, venant de Bruxelles, et
est descendu à l'ambassade de Russie. Il
n'a1 fait aucune visite et continuera; ce soir,
sonrvoyagë'pour Saint-Pétersbourg.
LA GRÈVE DES MÉCANICIENS
LONDRES, 7 janvier. La conférence de là
fédération dés -mineurs, qui se tient à Bris-
tol, a voté,. en faveur des grévistes mécani-
ciens, 300 livres sterling par semaine.
4 heures du matin
LA CAMPAGNE SOUDANAISE
Le CAIRE, 7 janvier. Un second détache-
..ment anglais vient de partir, ce soir, pour le
théâtre de la guerre. On fortifie rapidement
le poste avancé de Ed-Damer.
Le général Kitchener par tira prochainement
pour Berber.
5 heures du matin
CHANGEMENT DE FRONT
Après la visite du prince Henri en
Angleterre Les Anglais vers le
haut Ni! Bruit d'un accord
anglo-allemand.
LONDRES, 8 janvier. ̃– De notre corres-
pondant particulier. L'état-major an-
glais se montra très mécontent des troupes
égyptiennes dans le combat de Dongola, et
il exprima la conviction qu'il serait impossi-
ble d'arriver à Khartoum sans un contin-
gent de 10 à 12,000 ho.mnies de troupes an-
glaises.
On espérait alors que la* campagne du
nord-ouest, de l'Inde serait promptement ter
minée, ce qui aurait permis d'envoyer faci-
lement en Egypte les renforts nécessaires;
mais cette campagne est à recommencer, et
tout faisait croire que l'expédition sur Khar-
toum devait être retardée d'autant.
On en était là lorsque, tout à coup, une de
ces rumeurs expédiées d'Egypte officieuse-
ment est venue annoncer un gros incident,
Les derviches s'apprêtaient, disait-on, à
marcher sur Berber et à attaquer l'armée
anglo-égyptienne. Il fallait renforcer cette
dernière. Maintenant, on ne cherche même
plus à déguiser la chose. On avoue que la
marche en avant est décidée sur la capitale
du madhisme.
Ce changement de front s'explique diffici-
lement. Lord Salisbury veut-il se présenter
devant le Parlement, dans un mois, avec les
apparences d'une politique active et énergi-
que ? Les nouvelles de l'expédition française
sur le haut Nil ont-elles conduit le gouver-
nement anglais à se hâter d'occuper Khar-
toum pour envoyer ses vapeurs sur le Nil-
blanc, à Fachoda, avant que les Français
aient pu occuper ce point? Il doit y avoir de
l'un et de l'autre. Mais il existe aussi une
coïncidence étrange cette poussée anglaise
en Egypte répond pour ainsi dire à la pous-
sée allemande en Chine. Or l'Angleterre ac-
cepte l'occupation par l'Allemagne de Kiao-
Tchéou. Faut-il en conclure,. comme on l'af-
firme ici, que l'Allemagne continuera à ap-
puyer la politique anglaise en Egypte
D'aucuns croient, qu'il y accord tacite des
deux politiques anglaise et allemande de-
puis la visite du prince Henri à Osborne et
a Londres, et, malgré le ton amer de la
presse des deux pays, l'attitude de l'Alle-
magne officielle dans la question d'Egypte
depuis quatorze ans rend cette opinion plus
que vraisemblable..
EN EXTSiË^RIENT
L'île d'Hàïnan Prétendue annexion;
LoNDRES, 8 janvier, On télégraphie de
Singapour au Daily Mail qu'un télé-
gramme de Hoï-How (île d'Haïnan) dément
l'annexion de l'île d'Haïnan par la France.
On annonce que deux navires de guerre
français, le Descartes et la Surprise, sont
dans les eaux de l'ile.
Une escadre autrichienne.
Une dépêche de Vienne au Daily Mail
dit que le bruit court que l'Autriche enver-
rait prochainement une escadre dans les
eaux chinoises.
UN BATEAU SOUS-MARIN
LONDRES, 8 janvier. On télégraphie de
New-York au Daily Mail:
« Une expérience très intéressante a été
faite, hier, à Baltimore. Uri bateau .sous-ma-
rin a quitté lé port, traînant un câble' de 1,200
pieds de longueur.
Ce bateau étant submergé, le capitaine a
pu'télégrapbier et téléphoner au ministre de
la guerrc,à Washington. »
AU TRÂNSVAALl
LONDRES, 8 janvier. Une dépêche de
Capetown au Daily Mail annonce que le
gouvernement du Transvaal a reçu la ré-
ponse de M. Chamberlain à la proposition
du Transvaal de soumettre 4 l'arbitrage les
questions en litige entre la Grande-Bretagne
et le TransvaaL
La réponse est, dit-on, un refus catégo-
rique.
Lire à la deuxième page
LES JOURNAUX DE CE MATIN
TROIS DOCUMENTS
-AVANT L'OUVERTURE DU CON-
SEIL DE GUERRE
Toujours l'affaire Dreyfus-Esterhazy
Une lettre de M. Tràrieux
-Inquiétudes du sénateur
Ce qu7il souhaite Pas
de huis-clos.
Il est facile de s'apercevoir que nous 'ap-
prochons du jour ou le commandant Ester-
hazy comparaîtra devant le conseil de
guerre. Dans la seule journée. d'hier, trois
documents ont été ̃ publiés, et:. quels docu-j
ments Une lettre, très longue, aelM.'le sé-
nateur Trarieux Au ministre de la guerre; -Il
l'acte d'accusation de 1894; volumineux, qui
fut dressé contre tex-capitaine Dreyfus et
dont la lecture fut faite .huis clos une
nouvelle brochure de M. Emile Zola « lettre
à- la 'France,), quinze pages !•
Procédons par ordre. D'abord, la lettre de
M. Trarieux. "'̃
L'honorable sénateur de la Gironde est
troublé, inquiet: il « redoute l'influence des
courants qui peuvent, à leur propre insu;
égarer n les officiers appelés à constituer le
conseil de,guerre. «.
Pour être de véritables juges, ils devront
aborder l'audience sans aucune idée préconçue
sur les questions qui leur seront soumises; ré-
solus, dans la préparation de leur jugement, à
ne tenir compte que des débats dont ils auront
à faire jaillir la lumière n'est-ce jpas troubler
cet esprit d'impartialité^ que xle dénaturer les
termes de la mission qu ils auront à remplir
en cherchant 11 les persuader.qu'ils ne seraient
appelés .qu'à ratifier une décision- rendue d'a-
vance?' ̃•
Il demande au ministre de calme¡:son
quiétude. Puis il rappelle les faits qui ont
motivé la condamnation de Dreyfus il dis-
'cute l'écriture du bordereau, seule base de
L'accusation; les divergences d'opinion des
cinq experts en écriture.
Ces raisons d'incertitude n'auraient point
permis dé demander la revision du .procès de
1894; mais elles ont paru pleinement justifiées
le jour où on est venu placer sous nos yeux les
lettres d'un autre offlcier, qui, ne se
caractérisent par aucune dissemblance avec.
J'écriture du bordereau attribué il. Dreyfus,
mais .en reproduisent, dans les détails comme
dans l'ensemble, la physionomie exacte. Au
premier rapprochement, l'identité semble sau:
ter aux yeux; elle est telle que l'auteur de ces
écrits suspects n'hésita pas lui:même, au pre-
mier moment, à la 'reconnaître et ne chercha
à en déolineF'laresponsabilitè qu'en se préten-
dant victime d'un faux.
Le fameux bordereau.
Le fac-simile du bordereau et les écritu-
res du commandant Esterhazy rie laissent
place A aucun doute sur leur commune
origine.. Les adversaires dé la revision du
procès l'ont si bien compris qu'ils ont laissé
entendre que « vous posséderiez, monsieur
le ministre, des indices certains, quoique
restés secrets, de la trahison de Dreyfus ».'
Nouvelle discussion, cette fois, sur le res-
pect de la loi: un inculpé doit être averti de
toutes les inculpations sur lesquelles il sera
appelé à se défendre.
Mais il aime mieux n'ajouter aucune
créance à ces prétendues preuves de la cul-
pabilité de l'ex-capitaine et il pose une série
de questions touchant le rôle connu du co-
lonel Picquart. Et il conclut en sollicitant
des « mesures urgentes ,i.
Je souhaiterais, d'abord, que tous les points
laissés dans L'ombre soient élucidés avant que
le conseil de guerre ait à se prononcer. Ils peu-
vent être pour sa décision de la plus haute'im-
portance.
Je voudrais qu'une nouvelle expertise en écri-
ture fût faite s'il est exact, comme on l'a ra-
conté, que M. Varinard eût déjà communiqué
son opinion à un journal avant d'avoir accepté
le mandat que lui a confié la justice. En ce cas,
il me semblerait bien utile de commettre cet
:effet non pas seulement des professeurs d'é-
•criture; mais des paléographes de /profession,
dont on pourrait demander la désignation ix.
l'Ecole des chartes ou à l'un de nos corps sa-
vants.
Je demanderais que le conseil de guerre ne
siégeât à huis clos que pour les explications
d'audience qu'il, pourrait y avoir un inconvé-
nient réel à rendre publiques. Une publicité
aussi ïarge.que possible me paraîtrait le seul
moyen de donner à l'arrêt qui sera rendu une
pleine autorité.
Je trouverais désirable enfin, si la démarche
en est faite, que la partie plaignante puisse
être assistée à l'audience par son défenseur. Il
n'y aurait. pas sans cela de débat. vraiment
contradictoire.
Vous apaiseriez chez un grand nombre de nos
concitoyens, comme chez moi, monsieur le mi-
nistre et cher collègue, bien des inquiétudes si
vous aviez égard à ma supplique. Quoi qu'il ad-
vienne cependant, j'aurai rempli en vous la
présentant mon devoir et, si vous êtes en dés-
accord avec moi, je ne douterai point, tout en
restant d'ailleurs sans comprendre, que vous
n'ayez cru aussi accomplir le vôtre.
M. Trarieux dit: «Je souhaiterais que tous
les points laissés dans l'ombre soient éluci-
dés avant que le conseil de guerre ait à se
prononcer.
C'est donc un ajournement de l'affaire
Esterhazy que réclame M. Tràrieux ?
L'acte d'accusation.
L'acte d'accusation de 1894 débute ainsi
M. le capitaine Dreyfus est inculpé d'avoir,
en 1894, pratiqué des machinations ou entre-
tenu des intelligences avec un ou plusieurs
agents de puissances étrangères dans le but
de leur procurer les moyens de commettre des
hostilités ou d'entreprendre la guerre contre la
France en leur livrant des documents secrets.
La base de l'accusation portée contre le capi-
taine Dreyfus est une lettre missive écrite sur.
du papier pelure, non signée et non datée, qui
se trouve au dossier, établissant que des docu-
ments militaires confidentiels ont été livrés à
un agent d'une puissance étrangère.
Cette lettre missive, c'est le bordereau, ce
fameux bordereau publié en fac-similé par
le Matin le 10 novembre 1896. Et, à ce su-
jet, donnons, pour la dixième fois, un dé-
menti à ceux qui prétendent que cette pièce
fut communiquée au Matin par de « hauts
dignitaires du ministère de la guerre ».
De l'examen attentif de toutes les écritures
de MM. les officiers employés dans les bureaux
de l'état-major de l'armée, il ressortit que celle
du capitaine Dreyfus présentait une remarqua-
blé similitude avec l'écriture de la lettre mis-
sive incriminée. Le ministre de la guerre, sur
le compte rendu qui lui en fut fait, prescrivit
alors de faire étudier la lettre missive incrimi-
née en la comparant avec des spécimens d'é-
criture du capitaine Dreyfus. M. Gobert, expert
dé la Banque de France et de la cour d'appel,
fut commis à fin d'examen et reçut de M. le gé-
néral Gonse, le 9 octobre 1894, des documents
devant lui servir à faire le travail qui lui était
démandé. Quelques jours après la remise des
documents. M. Gobert demanda à M. le général
Gonse, qui s'était rendu chez lui, le nom de la
personne incriminée.
Celui-ci refusa, naturellement, de le lui don-
ner. Peu de jours après, M. Gobert fut invité il
remettre ses conclusions et les pièces qui lui
avaient été confiées, la prétention qu'il avait
manifestée ayant paru-d'autant plus suspecte
qu'elle était accompagnée d'une demande d'un
nouveau délai. Le 13 octobre, matin, M. Gobert
remit ses conclusions sous forme de lettre au
ministre; elles sont ainsi libellées. «Etant
donnée la rapidité de mes examens, comman-
dée par une extrême urgence, je crois devoir
dire: La lettre missive incriminée pourrait être
d'une personne autre que là personne soup-
çonnée. » La manière d'agir de M. Gobert ayant
nspiré une certaine méfiance, M. le ministre
de la guerre demanda à M. le préfet de police
le concours de M. Bertillon, chef du service de
l'identité judiciaire.
Des spécimens d'écriture et une photographie
de la lettré missive incriminée furent alors re-
nns à ce fonctionnaire, qui fit procéder à leur
examen en attendant le retour dès pièces con'
fiées à M. Gobert. Dès la remise de ces pièces
par M. Gobert elles furent envoyées à M Ber-
tillon, qui, le 13 octobre au soir formula ses
conclusions, qui sont ainsi libellées
« Si l'on écarte i'hypothèse d'un document
forge avec le plus grand soin, il appert mani-
festement que c'est.la même personne qui a
écrit la lettre et les pièces communiquées»
En exécution do l'ordre-do NI, le ministre de
guerre en date du 14 octobre M le
commandant du Paty de Clam procéda i 1'ar-
restation du capitaine Dreyfus.
L'écriture.
.L'examen aussi bien que les conclusions A
formuler au sujet .1e la lettre missive Tincrhti*
née appartiennent éndemment plus partteuUè-
rementaux experts en écriture; cependant, il.
première vue d'abord, et à la loupe ensuite il
,nous'est permis de dire que l'écriture de ce do-
aiment présente une très grande similitude
avec diverses pièces ou lettres écrites par le ca-
?iteS^yr1f ?*- qui se trouvent au dossier.
L inclinaison de l'écriture, son graphisme le
manque de date-et de coupure des mols en deux
a la fin des lignes, qui sont le propre des let-
tres écrites par le capitaine DroyfuT^oir sa e
tre ad procureur de la République de Versailles
et les lettres ou cartes à sa fiancée qui se trou-
vent au dossier), s'y trouvent; en ce qui con-
cerne la signature, elle manque parce cm'rtle
devait manquer. Dans sa déposition; lâlecà-
lonel Fabr.e.chef du "4« bureau do l'état-major
de, l'armée, dit qu'il a été-îrappô de la simili-
tude d écriture qui. existe entre la lettre missive
incriminée et les documents écrits par le capi-
taine Dreyius pendant son stage au bureau.
Le lieutenant-colonel d'Aboville, sous-chef du
même bureau, dit dans sa déposition que la
ressemblance de l'écriture de la lettré incrimi-
née avec les documents de comparaison était
Le capitaine Dreyfus a subi un long interro-
gatoire devant M. 1 officiers do police judiciaire
Ses. réponses comportent bon nombre de con-
tradictions, _pour ne pas dire*plus. Parmi elles
il y en a qui sont particulièrement intéressan-
tes à relever,ICI, notamment celles qu'il fit au
moment de son arrestation, le 15 octobre der-
nier, lorsqu'on le fouilla et qu'il dit « Prenez
mes clefs, ouvrez tout chez moi vous ne trou-
verez rien. La perquisition qui a été prati-
quée à son domicile a amené,*ou a peu de- cho-
ses près, le résultat indiqué par lui. Mais il est
permis de penser que, si aucune lettré, même
de famïlle, sauf celles des fiançailles adressées
à Mme Dreytus, aucune note, même do four-
nisseurs, n'ont été trouvées dans cette perqui-
sition, cest que tout ce qui aurait pu etre en
quelque façon compromettant avait été caché
ou détruit de tout temps
En somme, il rcsulte.de la déposition do plu-
sieurs témoins que le capitaine Dreyfus a attiré
sur lui la juste suspicion do ses camarades, qui
le lui ont montre d'une façon bien nette,
comme le capitaine Boullengor;- en ne répon-
dant pas aux questions indiscrètes qu'il lui
posa sur des affaires secrètes ou confidentielles
q'il traitait, ou encore comme le capitaine
Bosse, le voyant travailler dans son bureau, le
8 septembre'dernier, sur du papier particulier,
au lieu de le faire sur un document .similaire à
cclui qu il avait à mettre à jour, lui en fit l'ob-
servation ou encore le capitaine Maistre, lui
disant qu lui communiquerait les travaux
confidentiels dont il pourrait être chargé, mais
sur placo et dans son bureau seulement. Il
semble que ce système' dé Turétage.de conversa-
voulues, d'investigations en
dehors doce dont il était charge que prati-
quait le capitaine Dreyfus était surtout basé
sur la nécessité do se procurer le plus de ren-
saignements divers possibles, oraux ou écrits,
avant de terminer son stage à l'etat-major de
l'armée. Cette attitude est louche et, à nombre
de points de vue, présente une grande analogie
avec celle des personnes qui pratiquent l'os-
pionnage. Aussi, en dehors de la similitude re-
marquable de l'écriture du capitaine Dreyfus
avec celle du document incriminé, cette attitude
a été un facteur sérieux à son passif lorsqu'il
s'est agi de le mettre en état d'arrestation et
d'instruire contre lui.
Histoires de femmes.
La conduite privée du capitaine Dreyfus est
loin d'être exemplaire. Avant son mariage, de-
puis 1884 notamment, on le trouve en relations
galantes avec une femme X. plus âgée que
lui, mariée, riche, donnant des repas auxquels
il est convié, car il est l'ami de NI. X. négo-
ciant à Paris. Les relations dont il vient d'être
parlé dureront fort longtemps. A la msime épo-
que, le capitaine Dreyfus est, également en. re-
lations avec une femme Dida, aussi plus âgée
que lui, mariée, fort riche, qui a la réputation
de payer ses amants et itui, à'ia fin de fut
assassinée à Ville-d'Avray par. Vladimiroff. Le
capitaine Dreyfus, qui était alors à l'Ecole de
guerre et qui venait de se marier, fut cité
comme témoin dans cette- scandaleuse affaire,
quifut jugée par la cour d'assises de Versailles
le 25 janvier 1891. Pendant son séjour à l'école
de pyrotechnie de Bourges, il a pour maîtresse
une femme mariée il en a une autre à Paris,
également mariée, et qu'il rencontre quand il
y vient. En dehors do ces relations, avouées par
le capitaine Dreyfus parce qu'it n'a pu les mer,
il était, avant son mariage, ce qu'on peut ap-
peler un coureur de femmes; il nous l a, d'au-
leurs, déclaré au cours de son interrogatoire.
Depuis son mariage, a-t-il changé ses habitu-
des à cet égard ? Nous ne le croyons pas, car
il nous a déclaré avoir arrêté la femme Y.
dans la rue, en 1893, et avoir fait connaissance
de la femme Z. au concours hippique en 1894.
La première de ces femmes est autrichienne,
parle très bien plusieurs langues, surtout l'al-
lemand; elle a un frère oflicier au service de
l'Autriche, un autre est ingénieur; elle reçoit
des officiers c'est une femme galante quoique
déjà âgée le commandant Gendron nous l'a dé-
clare. Le capitaine Dreyfus lui a indiqué sa
qualité, l'emploi qu'il occupait, lui a écrit et fait
des visites et, finalement, s'est retiré parce
qu'elle ne lui a pas paru catholique ensuite, il
l a traitée de sale espionne, et, après son arres-
tation, son idée est hantée par 1 idée qu'elle l'a
trahi.
En ce qui concerne la femme Z.bien que
le capitaine Dreyfus prétende n'avoir jamais eu
avec elle que des relations passagères, il est
permis de croire le contraire si on se réfère aux
deux faits ci-après, reconnus exacts par lui au
cours de son interrogatoire l'une lettre écrite
par cette femme en .juillet ou août dernier au
capitaine Dreyfus se terminant par ces mots
« A la vie, à la mort! »; qu'il y a environ
quatre mois a a ploposé à la femme G. de lui
lûiier une villa pour l'été, à la condition qu'elle
serait sa maîtresse. L'idée du capitaine Drey-
fus; en lui faisant cette offre, était sans doute
de faire cesser ses relations avec un médecin
qui l'entretenait. La femme Z. était mariée ou
passait pour l'être.' Le capitaine Dreyfus' nous
a déclaré avoir rompu avec elle parce qu'il s'é-
tait aperçu qu'elle en voulait plutôt à sa bourse
qu'à son coeur.
Bien que le capitaine Dreyfus nous ait de-
clané n'avoir jamais eu le goût du jeu, il ap-
pert cependant des renseignements que nous
avons recueillis à ce sujet qu'il aurait fréquenté
plusieurs cercles de Paris où l'on joue beau-
coup. Au cours de son interrogatoire, il nous a
bien déclaré être allé au cercle de la Presse,
mais comme invité, pour y ilïner; il a allirmé
n'y avoir pas joué. Les cercles-tripots de Paris,
tels que le Washington-Glub, le Betting-Club,
les cercles de l'Escrime et de la Presse, n'ayant
pas d'annuaire et leur clientèle étant en géné-
rat peu recommandable, les témoins que nous
aurions pu trouver auraient été très suspects
nous nous sommes, par suite, dispense d'en
entendre.
Les pièces livrées.
Suivent quelques renseignements sur les
notes successives obtenues par Dreyfus de-
puis son entrée au service
Ces notes sont excellentes, à l'exception de
celles qui lui ont été données par M. le colonel
Fabre, chef du 4e bureau de l'état-major de
l'armée.
En ce qui concerne les voyages du capitaine
Dreyfus, il résulte de ses déclarations à l'inter-
rogatoire qu'il pouvait se rendre en Alsace en
cachette à peu près quand il le voulait et que
les autorités allemandes fermaient les yeux sur
sa présence. Cotte faculté de voyager clandesti-
nement qu'avait le capitaine Dreyfus contraste
beaucoup avec les difficultés qu'éprouvaient
la même époque et de tout temps les officiers
ayant à se rendre en Alsace pour obtenir des
autorisations ou des passeports des autorités
allemandes, elle peut avoir une raison que le
peu do temps qu'a duré l'enquête ne nous a
pas permis 'd'approfondir.
Quant aux preuves relatives a la connais-
sance qu'avait le capitaine Dreyfus des notes
ou documents énumérôs-dans la lettre missive
incriminée et qui l'ont .accompagnée, le pre-
mier interrogatoire aussi bien que celui ou il
subi devant nous établissend, maigrô o» 4'inè-
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.33%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.33%.
- Collections numériques similaires La Grande Collecte La Grande Collecte /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "GCGen1"
- Auteurs similaires Edwards Alfred Edwards Alfred /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Edwards Alfred" or dc.contributor adj "Edwards Alfred")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k557288j/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k557288j/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k557288j/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k557288j/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k557288j
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k557288j
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k557288j/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest