Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1898-03-27
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32779904b
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 94503 Nombre total de vues : 94503
Description : 27 mars 1898 27 mars 1898
Description : 1898/03/27 (Numéro 59777). 1898/03/27 (Numéro 59777).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k530215k
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 10/03/2008
PARIS ET DÉPARTEMENTS 15 CENTIMES
DIMANCHE 27 MARS 1893
82» An née. S«Sêrie. N° 59777
ARTHUR M'EYER
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONOBJ.
2, rue Drouot, 2
CAngie aes boulevards Montmartre et des Italiens)
ANNONCES
MM. CH. LAGRANGE, CEBF & CPl
6, PLACÉ DE LA DOORSE, 6
Et à V administration du Journal
Los manuscrits ne sont pas rendus
ARTHUR MEYER
Directeur 7
W É DACTION
DB QCffTRB HEURES DU SOIR A UNE HEURE DU MATM
2, rue Drouot, 2 V"
(Angle des boulevards Montmartre et des Italien!
ABONNEMENTS
Paris et départements
Un mois. 5 fr. 1 Six mois. 2/ r· fr.
Trois mois, 13 50 Un an. 54 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale). 16 fr.
Les manuscrits ne sont pas, rendue
LE PLUS GRAND JOURNAL DU MATIN
Réhabilitons
_la Vertu
Maintenant que tous les yeux ont versé une
larme sur Mlle Louise Ménard, l'intéressante ac-
quittée de Château-Thierry, il serait peut-être
temps de les essuyer, ne fùt-ce que pour y voir un
peu plus clair et admirer tous les détails de cette
surprenante histoire.
Car l'histoire fut surprenante et bien faite pour
égayer les hommes de bon sens, s'il en reste en-
core. Voilà une jeune femme qui, pendant quinze
jours, a reçu nos fleurs et nos sympathies, qui a
vu affluer chez elle autant de reporters que le
député de la Beauté lui-même, à qui plusieurs
centaines de personnes ont envoyé leur obole at-
tendrie, et qu'on célèbre sur tous les modes, et
que des Anglais vont peut-être demander en ma-
riage, uniquement parce qu'elle a volé un pain;
ce fut là un spectacle peu banal, convenez-en.
Certes nous ne rirons jamais de la misère,
nous plaindrons toujours du fond du cœur les
affamés qui oublient les murmures de leur con-
science dans les tortures de leur estomac. Mais
vraiment, il nous semble que l'apothéose de Mlle
Ménard dépasse les bornes. La voici comblée
'.d'honneurs parce qu'elle a volé un pain
J. Qu'aurions-ndus. fait, seigneur, si elle avait
'iolé un boeuf? Il aurait fallu ouvrir une sous-
criptîon nationale, apparemment, et prier Fàl-
"guière ou Puech de-lui ériger un monument dans
un square bien fréquenté Remercions-la d'avoir"
été si modeste.
Nous suivîmes, comme tout le monde, les di-
verses péripéties de cette aventure, et nous pou-
vons bien avouer que nous y trouvâmes grand
plaisir. Jamais paradoxe sentimental n'avait été
développé chez nous avec plus de maîtrise. Nous
en sommes encore émerveillés. Elle-même d'ail-
leurs en reste bleue, là candids provinciale Vous
avez sans doute lu sa lettre, désormais histori-
que, cette lettre où elle écrivait à sa mère
« Je te dirai que c'est incroyable ce qu'on a
déposé d'argent pour nous chez M. le président.
Je ne sais même plus le compte enfin ça dépasse
2,000 francs.
» Il va falloir que j'aille à Amiens. Il y a un
avocat de Paris pour moi gratis. Ce n'est pas
croyable.
» M. le président dit que ce n'est pas encore
fini il a reçu des mandats et des lettres jusque
du Canada et des princesses. »
Le Canada, les princesses ? R
Eh non, mademoiselle, ce n'est pas croyable.
Vous avez joliment raison de l'écrire. Et peut-
être n'y a-t-il que vous qui ayez dit quelques pa-
roles sensées sur votre cas. Ce n'est pas croyable
du tout! Et cela est, pourtant vous voilà deve-
nue presque riche, tout à fait célèbre, une sorte
d'héroïne gpopulaire,' qui pourriez battre M.
de Vogué, de l'Académie française, si nos lois
barbares permettaient aux femmes de se présen-
ter à1a députation, et tout celaà cause de. la belle
inspiration que vous savez. Ah ne nous mépri-
sez pas trop, je vous prie, et veuillez croire que
vous n'êtes pas tout à fait la seule, de votre opi-
nion.
Quelques personnes oh V pas' à Paris, non 1
mais en province, dans cette province un peu
arriérée, où l'on a encore quelque notion du bien
et du mal quelques personnes ont été aussi
étonnées que vous, n'en doutez point. « Ah ça! l
osaient-elles se demander, que se passe-t-il donc
chez les Parisiens ? Est-ce que la lune leur est
tombée sur la tête ? Quoi I honorer de la sorte
une femme qui a pris le bien d'autrui, organiser
des collectes pour elle comme si elle avait fait
une bonne action ?» n
Et ces braves provinciaux de se précipiter sur
nos feuilles, pour lire la série des catastrophes.
Eh bien, non la lune n'est pas tombée du tout.
Flammarion assure qu'elle est encore là-haut,
des gens l'y ont vue. q
Et alors on reste baba, comme l'héroïne de
l'aventure elle-même.
Dans quelques années, mademoiselle, quand
vous serez devenue une Parisienne car vous
avez bien voulu annonceraux journaux que vous
alliez nous faire l'honneur de vous installer dans
nos murs et quitter définitivement cette province
rétardaire qui a méconnu les beautés de votre
exploit dans quelques années, lorsque vous
aurez un peu vécu de notre vie artificielle et
charmante, vous comprendrez peut-être, ou
M. le président Magnaud, qui est homme de
charité, vous fera sans doute comprendre, qu'il
ne faut pas trop vous étonner de ce qui arrive.
Les Parisiens sont si bons, ils éprouvent un tel
besoin de répandre leur bonté autour d'eux. Et
ils ont si peu le temps de réfléchir où ils la pla-
cent. D'ailleurs, savent-ils bien encore ce qu'ils
faut admirer, ce qu'il faut réprouver? On s'y
perd, voyez-vous. La morale a fait demi-tour de-
puis quelques années. On ne sait trop de quel
côté la prendre maintenant. Les forçats d'hier
sont les idoles de demain. Et puis, voilà déjà
longtemps que la vertu est honorée. Ça n'est plus
drôle du tout, la vertu Ça ne fait pas d'argent.
C'est démodé, c'est tombé comme les manches,
ou même avant. Mettre toujours les voleurs en
prison, ça devient fastidieux à la longue. Si nous
y mettions les volés, hein 1
Et voilà comment le boulanger l'a échappé belle,
l'autre jour. Un mot de plus et on l'arrêtait, ce
misérable, ce bourgeois, ce propriétaire qui se
permet de croire au Code et de crier quand on le
vole. A-t-on jamais vu 1
Certes, il y a toujours eu des révolutionnaires
qui ont fait l'apologie des crimes et qui ont es-
sayé d'attendrir les foules sur des indignes; mais
c'est peut-être la première fois que nous nous y
laissons prendre si bien, et voilà ce qui devient
inquiétant.
De telles erreurs de sentiment sont déplora-
bles, il faut avoir le courage de le dire. Elles
prouvent un état moral désastreux. Les peuples
qui s'intéressent à leurs criminels plus qu'aux
honnêtes gens sont des peuples en décomposi-
tion ils ne peuvent servir que de fumier aux
races futures.
Ah qui aura le talenf, qui aura la force de ra-
mener l'admiration sur les belles œuvres, de ré-
habiliter la vertu, de rendre un prix Montyon
aussi intéressant qu'un grand scélérat? Est-ce
donc si difficile de s'enthousiasmer pour des gens
simplement honnêtes1? Les affamés qui ne volent
pas sont-ils donc indignes d'exciter autant de
compassion que ceux qui volent? Il y aurait une
belle revanche à prendre, âmes sensibles. Soyez
persuadés que bien des jeunes filles souffrent au-
tant que Mlle Louise Ménard déjà nommée. Il ne
faudrait pas leur en vouloir, pourtant, de ce
qu'elles ne vont pas dévaliser les boulangeries
quand elles ont faim. 0
C'est pour celles-là, c'est pour tous ces mal-
heureux obscurs et résignés que vous devriez
vous emballer, ô cœurs si généreux. Ils ne com-
muniquent pas leurs lettres aux journaux mais
vous devriez bien leur accorder tout de même un
peu de votre pitié, s'il en reste, et ne pas atten-
dre qu'ils volent des pains pour leur envoyer des
confitures.
Nous avons pu lire l'autre jour les doléances
d'un ancien galérien qui se plaignait amèrement
de la mauvaise qualité de la viande qu'on lui ser-
vait et des livres qu'on lui donnait à lire. De3
cœurs compatissants se sont serrés en apprenant
cela. Pauvres escarpes à qui on n'apporte pas
les dernières œuvres de Marôel Prévost et oui
n'ont pas tous les jours du turbot hollandaise A
quoi pensent donc nos gouvernants ? 9
En lisant ces réclamations de messieurs les ga-
lériens, je songeais, moi, à tant de braves pay-
sans de France, qui ont si rarement le temps de
lire, même dans- leur almanach d'un sou, et qui
feraient quelquefois de si beaux repas avec les
reliefs des colonies pénitentiaires. Us sont végéta-
riens autant que M.Sarcey, hélas et pour cause.
S'ils élèvent des volailles", c'est surtout pour les
vendre à la ville, car il faut bien payer l'impôt.
Mais ils ne sont pas intéressants, n'ayant jamais
su se mettre en grève.
Du pain ? Du bon pain de froment? Se doute-
t-on à Paris que la plupart des laboureurs du
Midi, par exemple, n'en mangent guère que le
dimanche? Ça vaut cher, le pain blanc, et la terre
ne donne pas toujours de quoi en faire, même à
ceux qui la harassent, qui lui ouvrent les flancs
du matin au soir. Ordinairement, ils ne se nou-
rissent que d'une pâte insipide appelée méture,
faite de farine de maïs, de sel et d'eau. Cela vaut
un sou la livre et c'est parfaitement indigeste.
Ah si les forçats devaient en manger, vous ver-
riez comme on interpellerait à la Chambre
Du pain ? du bon pain de froment à la croûte
dorée, à la mie odorante; c'est un régal pour
bien des terriens qui s'obstinent à vivre sans
prendre la chose d'autrui. Ceux-là n'ont pas de
syndicat, n'ont pas la journée de dix heures
comme les ouvriers des villes; ils travaillent
tant que le jour luit, selon la rude loi naturelle,
et leur travail est inutile souvent parce qu'un
orage vient faucher leur blé ou qu'une épidémie
vient abattre leur bétail. Ils travaillent et souf-
frent sans phrases, et s'obstinent à rester hon-
nêtes, ignorant que s'ils cessaient de l^Bce* ils
iraient engraisser dans dès. maisons centrales,
avec les menus de l'administration. s
Quand le sol épuisé leur refuse la nourriture
des' petits, ils apprennent à ces petits qu'ils se-
ront bien heureux au ciel, et on pleure un peu
moins autour de la huche vide.
Mais ceuxrlà, le dimanche, quand ils revien-
nent de ,1a messe avec un pain blanc sous le bras,
un bon pain qui leur fait chaud à la main, un pain
savoureux qu'ils ont désiré toute la semaine et
qu'ils ont conquis en sept jours de labeur, ils
sont heureux tout de même parce qu'ils ont cons-
cience de l'avoir bien gagné. Et, au repas de
midi, quand ils l'entament ce pain mol et fin, ce
pain des messieurs, sur lequel ils ont fait une
belle croix au couteau, je crois, entre nous, qu'ils
le trouvent meilleur que s'ils l'avaient volé dans
une boulangerie déserte.
Les naïfs ils ne se doutent pas encore que des
personnes sentimentales doteraient peut-être
leurs filles s'ils le prenaient sans payer.
Mais, patience cela viendra. Jean Rameau
Ce qui se passe
GAULOIS-GUIDE
Aujourd'hui
Visite au musée Grévin.
Courses à I.ôngchamps.
LA POLITIQUE
LA. GRANDE MUETTE
M. Paschal Grousset a voulu contraindre M.
Hanotaux à lui montrer, sans plus de cérémonie,
le fond même de son sac.
M. Hanotaux ne s'est prêté qu'incomplètement
à ces sollicitations indiscrètes.
Si le député de Paris a le droit d'être curieux,
le ministre des affaires étrangères a le devoir de
se montrer réservé.
Il a donc appris à son interpellateur que nos
relations avec les puissances extérieures étaient
excellentes, que les affaires de Chine suivaient
leur cours, que les négociations africaines se pour-
suivaient et que la France était prête à offrir de
bons conseils à l'Espagne et aux Etats-Unis. Je
reconnais volontiers qu'il n'en pouvait dire da-
vantage.
Je sais bien que le marquis de Salisbury et le
prince de Hohenlohe sont à l'occasion moins so-
bres de confidences, mais l'AngleterrejSans enga-
gements à l'égaré, des tiers, peut ne consulter que
ses propres convenances, et l'Allemagne n'a pas
le souci de déplaire à des alliés dont elle dirige à
son gré la politique extérieure.
Nous n'avons ni la même liberté, ni une égale
indépendance.
Notre diplomatie collabore avec la diplomatie
russe, et nous ne pouvons nous expliquer sur nos
propres affaires sans soulever un coin du voile
sous lequel s'abrite la chancellerie moscovite.
Il n'y a pas de parlement à Saint-Pétersbourg,
et c'est un rouage gouvernemental que notre allié
n'a, manitestement pas, le dessein de nous em-
prunter.
Les ministres de Nicolas II "n'ont de comptes à
rendre et d'instructions à demander qu'à leur
souverain, et cet échange de vues demeure le plus
souvent sans publicité I
M. Hanotaux a pensé sans doute que nos rela-
tions avec la Russie pourraient être compromises,
si les conversations tenues dans le cabinet impé-
rial trouvaient au Palais-Bourbon un trop reten-
tissant écho.
Il a donc parlé pour ne rien dire, ce dont il
convient de le louer.
Il nous faut, paraît-il, approuver notre diplo-
matie sans l'interroger. C'est aujourd'hui la
seconde grande muette. L.Desmouuns.
ÉCHOS DE PARIS
Nous sommes heureux d'annoncer le mieux
très sensible et progressif, qui s'accentue pour
ainsi dire d'heure en heure, dans l'état du géné-
ral du Barail.
Le professeur Monod et le docteur Larcher ont
décidé qu'il n'y avait plus lieu de publier de
bulletin, c'est dire que l'on peut hardiment affir-
mer que l'effrayant accident dont notre éjninent
collaborateur a été victime n'aura pas de suites.
Inutile d'ajouter combien nous nous réjouis-
sons d'annoncer, si tôt après le mal, le commen-
cement de la convalescence.
Le sâr Peladan à Athènes.
Après avoir visité Bucarest, où il a donné quel-
ques conférences, le voilà arrivé inopinément à
Athènes. Mais ce n'est pas pour donner des con-
férences que le-sâr s'est rendu danslabonne ville
de Pallas. Non. Son but est tout autre. Il l'a ex-
pliqué à un collaborateur de l'Acropolis, qui est
allé l'interviewer.
Le sâr a déclaré d'abord qu'il fera en Grèce un
séjour assez long, un mois, pour étudier le monde
classique.
Il a ajouté qu'il n'aime pas beaucoup ces voya-
ges lointains, mais qu'il a entrepris cette fois ce
long voyage en Italie, en Grèce, en Egypte et en
Palestine pour étudier ces pays et y trouver ma-
tière à écrire. Son voyage en Grèce,a-t-il ajouté,
est un pèlerinage à l'ancien monde hellénique, à
l'ancienne beauté de la Grèce. Il fera un livre sur
la Grèce, mais il n'est pas encore fixé sur le titre
qu'il devra lui donner. Peut-être lui donnera-t-il
le titre de « Grèce », tout simplement. Il est en-
chanté du peuple grec, qu'il trouve vif, intelli-
gent, affable.
Parlant de M.d'Annunzio,le sàr a dit que «c'est
un écrivain de talent, mais c'est un écrivain
néo-mosaïque (?). Il a la kleptomanie des phrases
et des périodes. Il en a emprunté quelques-unes
à mes livres aussi. Il a été fait grand bruit de
cela à Paris. »
Tant de bruit que cela Ah I vraiment.
En flânant.
Quand les petites charrettes traînées par des
chèvres apparaissent aux Champs-Elysées, on
peut dire que l'hiver est fini or, en ces deux ou
trois journées ensoleillées du début de la se- .1
maine,ët déjà depuis dimanche, les petites voi-
tures d'enfants avaient commencé à circuler dans
les avenues de nôtre-grande promenade.
Jusqu'à la célèbre petite voiture du petit-fils du
Président, offerte l'année dernière par M. Félix
Faure à la loueuse de l'avenue Marigny, après
l'étranglement de la chèvre officielle Blanchettej
dont on n'avait pas craint d'exposer aux premiers
rayons printaniers le velours rouge des coussins
et l'or rehaussant les panneaux.
Hélas depuis deux jours, l'hiver est traîtreu-
sement revenu et l'on a remisé les petits atte-
lages..
Le printemps ayant fait une fausse entrée,
les voitures aux chèvres ont fait une fausse
sortie!
Avis aux voyageurs.
On vient d'éditer un guide nouveau qui ne
traite ni de l'Italie, ni de la Suisse. il a vrai-
ment sa petite originalité à lui c'est le guide
illustré à travers la Sibérie.
Puisque les journaux russes qui annoncent
cette nouvelle s'en félicitent, il faut croire que
cette publication comble une lacune, dent notre
« occidentalisme » nous empêchait de mesurer la
profondeur.
Donc ce coquet volume, destiné à orienter les
voyageurs à travers les régions sillonnées par le
transsibérien, paraîtra prochainement rédigé en
russe et en français.
Un soldat de plus dans le régiment. des gui-
des 1
Voici la composition des différents jurys d'ad-
mission de la Société nationale des beaux-arts
'̃ Section de peinture. MM Baudouin, Zorn, de
Latenay, Boulard, Frédéric Smith, Gottet, Glaus,
-Skresâvig, Puvis de Chu-vannes, G. Picard, Pranisni-
koff, Rachou, Bestiasd, Tournes, Mlle Ruth Mercier,
Sain, Lambert, David Millet, Blanc.
Les artistes peintres membres du bureau de la dé-
légation (MM. Puvis de Chavannes, Cârolus-Duran,
Cazin, Béraud, Billotte et Dubufe) font de droit par-
tie du jury.
Section de sculpture. MM. Rodio, Fagel, Ram-
baux, Granet, Leloir et Leduc.
Section de gravure. MM. Walther, Mordant,
Renouard, Bellanger, Florion.
Cette simple nouvelle de la paisible Suisse
« Un chalet, qui se trouve au bord du lac de
Klonthal, vient de disparaître dans le lac avec
tout ce qu'il renfermait.
Il n'y a eu aucun accident de personnes.» »
Jamais l'expression « d'être dans le lac » n'aura
été plus littérale. N
Le Cri de Paris ayant annoncé qu'une jeune
fille du monde venait de se convertir au socia-
lisme, quelques âmes sensibles ont tressailli
d'aise. Il s'agissait d'ailleurs d'un socialisme
aimable et ingénu Mlle Valentine About
puisqu'il faut dire son nom aurait décidé
d'ouvrir un cours de modes pour les malheureu-
ses femmes sans ressources.
Ceci est de la légende. mais l'histoire vraie
n'est pas dénuée d'intérêt. Mlle V. About a, en
effet, ouvert un « cours de chapeaux », 47, rue du
Rocher, chez Mme Laure, mais ce cours' est
payant, et jusqu'ici on n'y a vu que des jeunes
femmes et des jeunes filles extrêmement élé-
gantes, que la chose intéresse beaucoup. Les
cours de Mlle About ont lieu les lundi, mardi et
jeudi, de deux heures à trois heures et demie.
On y traitera de tout ce qui concerne le métier de
modiste, depuis l'art de taire une capote jusqu'à
celui de friser les plumes. Et en moins de six
mois, Mlle Valentine About fera de chacune de
ses élèves une modiste consommée, à la grande
joie des maris qui n'auront plus àpayer250 francs
un chapeau de la rue de la Paix.
Mais que diront les petites modistes à qui cela
fera du tort?. et c'est ici que l'on voit que
le « socialisme » n'est pour rien dans l'affaire.
On inaugurera prochainement, au Muséum du
jardin des Plantes, les importantes collections
ethnographiques, anthropologiques et zoologi-
ques rapportées de Patagonie au cours de sa der-
nière exploration par le comte Henri de La
•Vaulx.
Le jeune explorateur, qui passa près de deux
années dans ce pays, a donné dernièrement un
brillant compte rendu de sa mission à la Société
de géographie, sous la présidence de M. Le Myre
de Villers.
Selon M. de La Vaulx, la Patagonie, qui, jus-
qu'à nos jours, était restée presque ignorée, est
appelée à un très brillant avenir les richesses
du pays, agricoles et minières, sont considéra-
bles et le climat n'y laisse rien à désirer.
Statistique consolatrice.
A propos du budget que vient de voter la
Chambre, et que discute le Sénat, et dont les
chiffres élevés sont un peu effrayants, la Reçue
de statistique publie quelques chiffres compara-
tifs des budgets des diverses puissances, et en
tire une conclusion «consolante ».
De ce travail fort intéressant et fort curieux, il
résulte en effet, si l'on prend les budgets de
France et d'Allemagne de 1869, année qui a pré-
cédé la guerre, et de 1897, année dernière, on
constate que, tandis que les dépenses publiques
se sont accrues en France, entre ces deux bud-
gets, de 77 0/0, elles ont augmenté en Allemagne
de 407 0/0.
Cette constatation ne fera pas sortir de la po-
che des contribuables, avec moins de douleur,
l'argent de nos impôts.
Jean Rameau
BILLET DU SOIR
Ce n'est pas mon affaire de décider si le spirituel au-
teur de le Contrôleur des Wagons-Lits s'est inspiré ou
non d'un manuscrit qui lui aurait été adressé par un
écrivain, mais en principe je serais très enclin à l'am-
nistier pleinement. L'ennui de recevoir des manuscrits
mérite toutes les compensations.
Notre cas à nous autres journalistes recevant des Vi-
vres est encore plus digne de pitié, si c'est possible,que
celui de M. Bisson et de ses confrèees. Encore- un au-
teur dramatique peut-il renvoyer tout de suite un ma-
nuscrit sans le lire, avec cette astucieuse excuse « J'ai
peur d'être accusé de plagiat si je vous lis. » Mais nous
autres journalistes nous n'avons pas cette défaite à no-
tre service pour nous justifier de n'avoir pas lu un livre
envoyé à notre adresse.
Il nous faut prendre une plume pour répondre, cher-
cher des phrases de louanges qui n'aient pas trop
traîné. Quelquefois même nous poussons la conscience
jusqu'à lire le livre, avant d'en écrire à l'auteur ou, ce
qui n'est'pas plus récréant, après lui avoir écrit.
Ce qu'il y de pis c'est que si, par un oubli bien na.
turel, le journaliste reste muet au sujet de l'ouvrage, il
se rencontre des auteurs pour le traiter de grossier per-
sonnage. Il faut cependant s'entendre. Si la civilité
puérile et honnête exige qu'on remercie d'une pièce de'
gibier, par exemple, pourquoi forcerait-elle même à
écrire une lettre de remerciement au sujet d'un livre ?
L'ouvrage d'un auteur le plus souvent inconnu n'est
pas un cadeau, oh non!
Des vacances pour travailler.
Nous avons annoncé que les salles de travail
de la Bibliothèque nationale seraient fermées du
27 mars au 11 avril inclus.
Cette fermeture, comme nous l'avons dit, sera
loin de constituerdes vacances pour les employés
de la Bibliothèque.
En effet, conservateurs, bibliothécaires, com-
mis et garçons seront, au contraire, durant ce
temps, surchargés de travail ils devront classer
le joli total de cent mille volumes, qui, acquis
depuis un semestre, n'ont pu encore trouver place
dans les rayons encombrés.
Et cette besogne sera si absorbante et nécessi-
tera tant d'activité dans tous les locaux que l'on
renoncera, cette année, aux ordinaires répara-
tions de menuiserie, de peinture, de tapisserie
auxquelles on consacrait de coutume les vacances
de Pâques.
Que de travail sur. le rayon 1
]
C'est par une longue suite d'étude, de travail
tt de perfectionnement, que les ateliers de coupe I s
«f de couture du Petit Saint-Thomas sont arrivés
a égaler le genre et les mérites des «, spécialités »
en fait de vêtements pour la femme, la fillette,
l'enfant, le garçonnet et les plus élégants gentle-
men. L'exposition complète des nouveautés et
toilettes d'été qui a lieu demain, dans le magni-
fique édifice de la rue du Bac, témoignera une
fois de plus des sérieux avantages que la maison
offre à sa fidèle et aristocratique clientèle. Une
visite s'impose aux nouveaux salons de la chaus-
sure.
Deux membres de la Société des 100 kilos, fa-
tigués du poids de leur renommée depuis la der-
nière fête de l'Opéra, ont résolu de se faire mai-
grir. Tous les matins, ils absorbent un verre à
bordeaux de Carabana dont l'action énergique-
ment résolutive les aura bientôt débarrassés de
leur gênante quoique glorieuse obésité.
NOUVELLES A LA MAIN
Five o'clocli tea chez un libre penseur.
Les invités servis, on s'aperçoit qu'il manque
une tasse pour le maître de la maison.
La maman, tristement, à sa fille aînée
Va chercher une tasse à thé pour ton père
idem! J
Calino écrit une lettre à un ami au sujet d'une
affaire. Sur ces entrefaites, l'ami arrive et l'af-
faire se conclut.
Après son départ, Calino reprend gravement sa
lettre et y ajoute en post-scriptum 1
P. S. Du moment que nous' avons arrangé
l'affaire, considérez ma lettre comme non avenue.
Puis il la met à la poste.
Da.ns la rue. )
Un rassemblement se forme autour d'une per-
sonne qui vient de tomber.
Qu'y a-t-il ? dit quelqu'un en s'approchant.
C'est un huissier que le froid vient de
saisir.
C'est bien son tour, murmure un pauvre
diable.
«$*.
UN
Préflécesseur de I Hanoîanx
A L'ACADÉMIE FRANÇAISE
C'est du duc de Richelieu que je veux parler.
Il est un des plus illustres parmi les hommes
d'Etat qui siégèrent à l'Académie. Il fut le plus
plus bienfaisant, le plus patriote, le plus désinté-
ressé. Il occupa le fauteuil où s'étaient assis
avant lui Colbert et Marivaux, où parut ensuite
Mgr Dupanloup, et qui appartient, aujourd'hui,
au duc d'Audiffret-Pasquier.
Lorsqu'on parcourt la longue liste des mem-
bres de l'Académie française depuis sa 'fondation,
il est aisé de se rendre compte qu'elle représente
quelques-uns des plus glorieux souvenirs de
notre histoire.
Parmi ces souvenirs, il n'en est pas de plus
émouvants que ceux qu'évoque le nom du duc de
Richelieu, que justement un volume de M. Raoul
de Cisternes, recueil de documents très intéres-
sants pour l'histoire de la Restauration, vient de
mettre en lumière, et auquel l'entrée de M. Ha-
notaux à l'Académie donne une véritable actua-
lité.
Il est bien fâcheux que les usages académiques
n'autorisent pas les récipiendaires à choisir dans
le passé, parmi leurs prédécesseurs, ceux dont ils
seraient le plus aptes à parler. M. Hanotaux eût
été deux fois qualifié, et comme historien du
grand cardinal et comme ministre des affaires
étrangères, pour faire, à quatre-vingts ans de
distance, l'éloge de cet autre Richelieu dont il a
dû retrouver les traces dans les archives de son
ministère et dont il retrouvera le souvenir au pa-
lais Mazarin.
Il eût été piquant et réconfortant de l'entendre
nous raconter les négociations victorieuses aux-
quelles prit part le ministre de Louis XVIII et
notamment celles d'Aix-la-Chapelle où non-seule-
ment l'habile négociateur arracha la libération
anticipée de son pays,mais où encore il parvint à
briser la coalition formée contre la France en
obligeant les quatre grandes puissances alliées à
admettre dans leur alliance cette même France
contre laquelle ils s'étaient unis.
Je n'aime pas à médire de mon temps. Mais,
sans en médire et sans faire injure aux hommes
d'Etat d'aujourd'hui, on doit reconnaître que
ceux des temps de la Restauration étaient d'une
autre taille.
Ce n'est pas d'ailleurs seulement les hommes
qui sont changés les mœurs diplomatiques le
sont aussi, et les grands congrès n'ont plus main-
tenant la physionomie de ceux d'autrefois. La dé-
mocratie a tout envahi, même les cours autocra-
tes, et l'amoindrissement des caractères n'est pas
contestable.
De ces changements, je ne citerai qu'un trait
que je relève dans les pratiques gouvernementa-
les de notre pays. C'est ce qui se passe dans nos
ministères pour la présidence du conseil et ce qui
a tout naturellement sa répercussion sur notre
politique extérieure. Jadis on n'eût pas toléré que
la moindre atteinte fût portée au principe de la
prépondérance absolue du président du conseil
sur ses collègues. Le duc de Richelieu se serait
révolté si un membre du cabinet qu'il présidait
eût pris une décision sans son avis. Casimir-Pe-
rier et Guizot ne l'eussent pas admis davantage.
Il en était, il en est encore de même en Angle-
terre, le pays par excellence du parlementa-
risme, et, pour m'en tenir à un unique exemple,
on ne contestera pas que lord Salisbury soit bien
véritablement le chef de son ministère.
Chez nous, ce principe tutélaire a été depuis
vingt ans sacrifié aux exigences de la fameuse
concentration républicaine,et parmi les présidents
du conseil que nous avons eus durant cet espace
de temps, M.Gambetta est le seul qui ait tenté de
le rétablir, sans d'ailleurs y être absolument par-
venu.
Si des errements de la politique intérieure on
passe à ceux de la politique extérieure, on trouve
d'autres transformations regrettables et M. Hano-
taux, parlant du duc de Richelieu qui fut comme
lui ministre des affaires étrangères et de plus
que lui président du conseil,n'eùt pas manqué de
les mettre en lumière.
•% ̃
A cette constatation du fâcheux relâchement de
l'indispensable autorité que doit exercer, dans un
pays de régime parlementaire, le président du
conseil des ministres, j'ajouterai un court épi-
sode de la vie publique du duc de Richelieu où
on le voit revendiquer et défendre cette autorité
vis-à-vis du Roi lui-même.
C'était en 1817, au moment où entre le cabinet
et le parti royaliste de la Chambre, l'inimitié et
la lutte étaient les plus ardentes. A l'improviste,
le duc de Blacas, ambassadeur de France à Rome,
arriva à Paris sous un prétexte, sans avoir pris
la peine de demander une autorisation. Si c'eût
été un ambassadeur ordinaire, le duc de Riche-
lieu eût peut-être fermé les yeux. Mais Blacas
avait été, sous la première Restauration, minis-
tre de la maison du Roi,son favori. Louis XVIII,
après les Cent Jours, n'avait consenti à se sépa-
rer de lui que sur les pressants conseils du tsar
Alexandre et de Wellington, et Talleyrand, alors
ministre, avait exigé son départ. Depuis, Blacas
corespondait avec le comte d'Artois qui voulait
le renversement du cabinet Richelieu, et sa pré-
sence à Paris, en de telles circonstances, ne pré-
sentait qu'inconvénients.
Richelieu l'invita donc à repartir. Mais l'am-
bassadeur ne tint aucun compte de cet ordre, dé-
clarant que le Roi l'avait autorisé à rester. Il
s'était réinstallé aux Tuileries, dani le logement 1
Un Domino
qu'il y occupait au temps de sa faveur. Il faisait
ses visites dans les voitures de la Cour et ne
frayait qu'avec les adversaires du cabinet. Riche-
lieu n'hésita pas et c'est au Roi lui-même qu'il
alla demander de faire repartir Blacàs.
Dans sa correspondance avec son collègue De-
cazes, je trouve ce billet où se trahit,sous les for-
mes très douces qu'il affectionnait, une ferme vo-
lonté de ne pas laisser porter atteinte à son pou-
voir
« J'ai parlé au Roi bien franchement et lui ai
demandé s'il était informé du voyage de M. de
Blacas et s'il l'y avait autorisé. Il m'a juré ne
l'avoir appris que par moi. Je lui ai représenté
que pareil événement n'avait pas d'exemple dans
les fastes de la diplomatie. Il en est convenu ainsi
que du bruit que cela fait en Europe comme en
France. Il faut que Blacas parte et prompte-
ment. »
Et deux jours plus tard
« Je suis bien aise que le Roi sente la nécessité
de faire partir M. de Blacas, et vite. Il est positif
que lui ou moi doivent partir (sic). »
Cependant, malgré Richelieu, malgré Decazes,
Bîacas ne partait pas. Il cherchait à reprendre
son ancienne influence et déjà circulait une liste
ministérielle sur laquelle il figurait.
Richelieu alla trouver Louis XVIII.
Lui ou moi, Sire, dit-il.
Le lendemain, Blancas était en route pour
Rome.
Ce n'est pas d'ailleurs la seule circonstance où
le président du conseil sut vouloir et être obéi.
Racontés à l'Académie par M. Hanotaux, ces
souvenirs n'eussent pas laissé d'être piquants.
l, Michel Randal
̃ ̃̃>̃' ̃-»•' .̃ .̃• .±. -̃
Bloc-Notes. Parisien
AU CONCOURS HIPPIQUE
CEUX QUI Y VONT
La sportswoman
N'essayez pas de la distraire. Ne vous approchez pas
d'elle, la bouche fleurie de sourires, le chapeau à la
main, d'un air à la fois galant et pénétré. N'essayez
pas, je vous le conseille, de vous asseoir à ses côtés et
d'entamer quelque conversation profane. Fussiez-vous
le plus cher de ses amis et je vous souhaite de l'être
vous n'éviteriez pas le froncement brusque de ses
sourcils, la sévérité de son regard, voire même le dédai-
gneux haussement de ses charmantes épaules que
vous avez tant de fois admirées. Ah I comme vous se-
riez vite toisé, mon cher, et remis à votre place!
Mais regardez-la donc, serrée dans son élégant et sec
petit costume tailleur, de coupe presque masculine, re-
gardez-la suivre avec quelle gravite, quelle attention
soutenue 1 les moindres détails du défilé ou du par-
cours, dévorer son programme, les lèvres pincées d'at-
tention, noter d'un coup de crayon impitoyable les fau-'
tes, les demies, applaudir à tout rompre ou, au con-
traire, secouer la tête d'un petit mouvement désappro-
bateur tout à fait humiliant pour la manette qui le mo-
tive, et dites-moi, dites-moi si vous avez un seul ins-
tant pu concevoir la folle idée qu'elle était là pour son
plaisir. Son plaisir, allons donc 1. Elle est là par de-
voir, vous dis-je, elle n'est pas assise, elle siège, et vous
ne lui ôterez pas de l'esprit qu'elle remplit en ce mo-
ment une des plus graves fonctions de sa vie.
N'insistez pas auprès d'elle, et allez plutôt vous coa-
soler auprès de
La flirteuse
Là, au moins, vous êtes sûr d'être bien accueilli.
Vous dira, aussi, sans doute, qu'elle adore les che-
vaux, ce qui ne l'empêche pas de tourner froidement
le dos à la piste, pour s'occuper, activement, de toute
autre chose que d'hippisme. Et si vous savez l'intéres-
ser un peu ce qui n'est pas très difficile en somme
si vous comptez, peu ou prou, au nombre de ses multi-
ples flirts, si vous n'êtes pas trop mal de votre per-
sonne, les événements les plus capitaux, les parcours
les plus distingués, et même les chutes les plus reten-
tissantes, ne la feront pas se retourner un seul instant,
je vous le promets.
Ce qui lui plaît, au concours, c'est qu'au moins elle
n'est pas surveillée. Le mari jaloux est à ses affaires. Et
puis on peut aller, venir. Quand elle a assez de l'un,
elle le plaque sans cérémonie et s'accroche au bras de
l'autre. Des questions insidieuses
Vous me trouvez fagotée, hein ?
Ou bien
Pas jolie aujourd'hui, n'est-ce pas ?. J'ai le teint
fatigué.
Naturellement, on proteste; et la conversation s'en-
gage sur un terrain tout de suite favorable.
N.-B. On la rencontre beaucoup à l'exposition de
sellerie et de carrosserie, ou on ne voit jamais personne.
Pourquoi ?. Mystère 1
Ah l j'oublie de dire que généralement elle n'est pas
seule 1.
seule 1. Le vieil habitué
Un vieux, un solide, un fidèle.
Ne connait pas tout le monde, mais tout le monde le
connait. Quand on le voit passer de sa démarche, cha-
que année, un peu plus traînante, le dos chaque année
un peu plus voûté, on dit tranquillement « Tiens,
voilà le vieil habitué I » Et ça suffit, ça lui tient lieu
d'état-civil personne ne songe même à demander son
nom. Sa présence n'est pas un événement notable
c'est son absence qui serait une anomalie. Mais il ne
disparaîtra jamais. Je crois qu'il est éternel.
Un programme entre ses doigts, le froisse mélancoli-
quement, mais ne le regarde pas. Ne regarde pas non
plus la piste, dédaigne profondément jusqu'aux sauts
d'obstacles les plus périlleux. Ce n'est pas le cheval qui
l'intéresse il a même cet animal en horreur t
c'est le Concours I Et il s'y sent de plus en plus isolé,
de piusenplus dépaysé. Ce qui l'y ramène ? Une tradi-
tion, des souvenirs. qui sait ?.
Adore trouver un de ces naïfs de bonne composition
qui se laissent volontiers bloquer dans l'angle d'un
mur ou contre un pilier et dans l'oreille complaisante
de qui on peut enfourner pêle-mêle tout un stock de
lamentations, de comparaisons mélancoliques du passé
et du présent, de souvenirs.Ah 1 de souvenirs surtout,
ce qu'il en a
Toute l'histoire du concours est là dans sa tête. Et
quand il a commencé, il faut qu'elle passe de gré ou de
force dans celle de son imprudent interlocuteur. fût-
ce au prix d'une migraine qu'on n'évite pas.
.La femme du gentleman
Son mari monte tout à l'heure. Elle le dit à tous ceux
qui veulent l'entendre. Elle leur confie ses émotions,
ses craintes, ses espoirs, leur révèle un état d'àme
assez semblable à celui de la mère de la débutante.
Tout à l'heure, il est venu vers elle, botté, éperonné,
le pardessus clair négligemment ouvert sur l'habit
rouge. Elle était très fière, très heureuse, un peu im-
portante. On l'a beaucoup regardée. Elle lui a fait ses
recommandations à voix bien haute, en le tutoyant et
en l'appelant par son petit nom, pour bien faire voir
aux voisins qu'elle était sa femme. Elle a mis une fleur
à sa boutonnière. Quand il est parti, elle -aurait bien
voulu l'embrasser.
A partir du moment où il entre en piste, ne s'appar-
tient plus. En passant, il lui fait un petit signe du pom-
meau de la cravache, mais elle est trop émue pour lui
répondre. I! part. Pâle, crispée, les yeux fixes, elle le
dévore des yeux. Chaque fois qu'il aborde un obstacle,
elle se soulève, comme malgré elle et quand i! î passé,
on sent qu'elle dit intérieurement « Merci, mon
Dieu » A la fin, écUte, trépigne et applaudit à faire
craquer ses gan'.s blancs 1.
Et puis, tout de suite, elle appelle du geste un ami,
ua indifférent, n'importe qui, pour qu'il la conduise
tout do suite, lout de suite, aux écuries! Quand elle le
revoit, cette fois toute honte buel –elle lui saute
au cou.
Les officiers
C'a', du rouge, et c'est du bleu, et c'est du noir 1
tout une foule brillante et multicolore. Venus pour
faire une ovation aus camarades du régiment. Se pro-
mènent |>ar petits groupes, lorgnent beaucoup, saluent
encore davantage. Tout le monde les regarde avec sym-
pathie, surtout aujourd'hui. On aime, en eux tout ce
qu'ils représentent et tout ce qui nous est cher cette
armée vivante et fïère incarnation de notre chère patrie,
qu'on a si vainement essayé d'humilier. On se les dis-
pute, on les accapare. Et'ils se multiplient.
CEDX QUI H'% VONT PAS
L'ennemi du cheval
Lui, au Concours hippique! Pour qui le prenez-
vous donc ?. 1
Ça existe donc encore, le cheval ?. Le cheval,
Iték'cek' ça?.
Et sous sa raillerie affectée, sous son mépris débor-
dant, on découvre une de ces haines féroces que rien
n'apaise, pas même le temps l
Ne lui parlez pas de la fine silhouette de « la plus
beiis conquête de l'homme » selon Buffon; i! vous ré-
pondra qu'ii n'a jamais vu de bête plus sottement carn-
pée sur ses quatre pattes; il lui reprochera (a longueur
de son cou, l'expression vague de son œil large, sa ner*
veuse susceptibilité et sa stupidité enfin car il esç
entendu, pour lui, que le cheval est Te plus stupide des
animaux. Plus bête que l'âne, oui'monsieur; plus bétel.
Et il vous annoncera en ricanant les temps prd»
ches où on ne verra plus le cheval qu'à l'étal des
boucheries hippophagiques.
Ai-je besoin d'ajouter que ce redoutable ennemi d«
la « noble bête est un des plus fervents adeptes ds
tous les nouveaux modes de locomotion, qu'il passe s*
vie le dos courbé sur son guidon, dans une posture in*
commode et fatigante, et que ce matin même, juché sur
son automobile, il a failli m'écraser ?. Non, n'est-c«
pas ?-
pas ? La dégoûtée
Elle non plus n'ira pas au Concours hippique cette
année. Pourquoi faire?. Puisque c'est toujours la
même chose! 1
Quand on en a vu un, on en' a vu dix, on en a vu
cent. Elle ne comprend pas « quel intérêt on peut pren-
dre à cela ». Tout ce monotone défilé de quadrupèdes
pareillement décorés de flots de rubans, ces gentlemen
sautant correctement deux par deux. Quand ils ac-
complissent le parcours jusqu'au bout, c'est assom-
mant; quant ils tombent par hasard c'est une
émotion qui vous donne des palpitations de cœur.
Alors. Et puis un monde si mêlé!
Fait de la propagande et dégoûte peu à peu ses amies.
Lorsqu'elles y auront toutes renoncé, elle se donnera,
elle, le plaisir d'y retourner. Tout-Parle
Tout-Paris
̃. LE ̃̃.̃̃̃̃̃̃
SÉNAT ET a Là CORBEILLE
&MRi ni M ~URMUitiN
L'opinion de lbT. Ea ;ènae 6Raérina aneien
garde des. sceaux
Nous avons cru intéressant de demander à
l'ancien garde des sceaux du cabinet Dupuy, qui
est un des membres les plus écoutés et les plus
compétents de la commission des finances, son
opinion sur la question si commentée de la ré«
forme du marché financier, telle qu'elle a été
adoptée par la Chambre, et telle qu'elle va se
présenter devant le Sénat.
D'abord, m'a répondu l'honorable M. Gué-
rin, l'amendement Fleury-Ravarin n'a nulle-
ment, comme on le dit à tort, pour objet la réor-
ganisation du marché. Il appartient au ministre
des finances, seul, de réaliser cette réorganisa-
tion sous sa responsabilité. Elle équivaut au rap-
pel pur et simple de l'état de choses actuelle-
ment existant.
» J'ajouterai qu'il est important et qu'il y
urgence de statuer sur cette très grave question,'
Le marché financier est en effet dans un véritable
état de désorganisation et d'anarchie qui appelle
un prompt remède. On évalue à 5 millions la di-
minution qui s'est produite depuis deux ans sur
l'impôt sur les opérations de Bourse. Et cette di-
minution ne fait évidemment que traduire la di«
minution du chiffre des affaires.
» Quant aux conséquences de l'amendement,.
on les a beaucoup exagérées dans les milieux
hostiles à cette réforme. D'abord, il ne sera rien
changé à la coulisse des rentes qui continuera
ses opérations comme par le passé pour les opé«
rations qui aboutissent à une livraison de titre,
il n'y a rien de changé puisqu'elles ne peuvent
être faites que par l'intermédiaire du parquet'
Quant aux autres, les coulissiers des rentes au-
ront à se faire délivrer un bordereau constatant
la réalité et l'importance de ces opérations.
» On objecte qu'on va ainsi demander aux
agents de changé de certifier des opérations
qu'ils n'ont point faites et dont ils n'auront paa
constaté l'authenticité.
» On oublie qu'il sera loisible aux agents da
change, avant de délivrer le bordereau,de se faire
représenter le répertoire auquel sont assujettis
tous les coulissiers et d'y contrôler les opéra»
tions. Ce contrôle aura le double avantage de ga«
rantir la sincérité des opérations et de faciliter la
paiement de l'impôt.
» La coulisse des valeurs s'adressera doréna>
vant au parquet si elle veut continuer ses opéra^
tions, et la sécurité du public n'y perdra pas.
» Les partisans de la disjonction répondent â
cela qu'en 1892 il est intervenu entre les agents
de change et les coulissiers une sorte d'accord
qu'on a appelé un modus vivendi et aux termes
duquel lé parquet abandonnait à la coulisse la
négociation des valeurs cotées. D'abord, ainsi
qu'on l'a fait très justement remarquer, on peut
se demander quelle est la valeur d'un pareil con<
trat conclu en dehors de la oi et contre la loi.
» On peut se demander s'il appartient au par-
quet de renoncer aux avantages que lui assura
l'article 76 du Code de commerce et d'abroger cet
article. Mais il y a mieux. Le premier soin de
coulisse, après avoir obtenu cette trêve et signé
ce modus Vivendi, a été de n'en pas tenir compte;
et la « Cote de la coulisse » atteste tous les joura
qu'elle se livre à 'a négociation des valeurs
qu'elle s'était interdit de négocier. C'est préci<
sément ce manquement à la parole donnée et cetta
violation des accords convenus qui a amené U
parquet à déposer une nouvelle plainte contre la
coulisse.
» La conclusion, c'est qu'il y une urgence abso*
lue à régler cette question du marché financier.
» Assurément le maintien du statu quo,qui se»
rait la conséquence de la disjonction, expose*
rait le marché financier aux graves inconvé-
nients des poursuites qu'il n'est pas au pouvoir du
gouvernement d'empêcher.
» Enfln, et c'est là un côté de la question qu'il
ne convient d'effleurer qu'avec la plus grande
circonspection, il est acquis que le nombre de
coulissiers étrangers ou naturalisés est sensible-
ment le même que celui des Français. Il y a là
un état de choses qui ne peut pas manquer d'of-
frir, à un moment donné, de graves inconvénients
pour ne pas dire plus. »
M. Guérin espère et croit fermement que la
Sénat, d'accord avec la Chambre, malgré les ef-
forts des « disjonctionnistes », votera finalement
un projet qui a l'approbation de l'immense majo-
rité des Français.
rité des Francais. Marcel Huti*
«e
L'INTERPELLATION DMB
A LA CHAMBRE
SUR LA POLITIQUE EXTÉRIEURE
On a longuement bataillé sur la poiilique ex-
térieure, et, le débat clos, nous voici à peu près
renseignés comme nous l'étions la veille.
M. Paschal Grousset condamne l'ensemble dei
conceptions de M. Hanotaux, que cependant
il avoue ne pas connaître. Dans la mobilisation
do notre flotte du Nord, son esprit avisé
démêle une manœuvre électorale notre attitude
au Niger lui parait être le comble de l'effacement,
et les .sympathies secrètes qu'il nous supposa
pour la monarchie espagnole, indigne son âme
répu-blicaine.
Notre politique extérieure pourrait se résumer
ainsi absence d'idées générales, servilité envers
la Russie.
M. Gabriel Baron, qui remplace à la tribune
M. Paschal Grousset, passe en revue tous les
pays et toutes les questions. On pourrait intitulée
son discours: le « Tourdu monde en quatre-vingts
minutes ». Et quand je dis quatre-vingts minutes,
je demeure fort au dessous de la vérité.
L'orateur nous promène en Angleterre, en
Crète, à Constantinople, au Soudan, en Amé-
rique, en Chine, en Egypte. Naturellement il
blâme comme il convient le gouvernement et in-
vite le ministre des affaire» étrangères à faire en«
tendre à l'Europe un langage viril.
Ainsi soit-il, répond M. Hanotaux, qui monte
à la tribune et lit la déclaration que voici
M. Gabriel Hanotaux, ministre des affaires étraa*
gères. On reproche au gouvernement de ne pa*
faire la lumière sur ses actes et sur ses prétentions.
Cependant, il n'y a pas de gouvernement en Europa
qui, depuis vingt ans, ait été plus souvent interrogé
DIMANCHE 27 MARS 1893
82» An née. S«Sêrie. N° 59777
ARTHUR M'EYER
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONOBJ.
2, rue Drouot, 2
CAngie aes boulevards Montmartre et des Italiens)
ANNONCES
MM. CH. LAGRANGE, CEBF & CPl
6, PLACÉ DE LA DOORSE, 6
Et à V administration du Journal
Los manuscrits ne sont pas rendus
ARTHUR MEYER
Directeur 7
W É DACTION
DB QCffTRB HEURES DU SOIR A UNE HEURE DU MATM
2, rue Drouot, 2 V"
(Angle des boulevards Montmartre et des Italien!
ABONNEMENTS
Paris et départements
Un mois. 5 fr. 1 Six mois. 2/ r· fr.
Trois mois, 13 50 Un an. 54 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale). 16 fr.
Les manuscrits ne sont pas, rendue
LE PLUS GRAND JOURNAL DU MATIN
Réhabilitons
_la Vertu
Maintenant que tous les yeux ont versé une
larme sur Mlle Louise Ménard, l'intéressante ac-
quittée de Château-Thierry, il serait peut-être
temps de les essuyer, ne fùt-ce que pour y voir un
peu plus clair et admirer tous les détails de cette
surprenante histoire.
Car l'histoire fut surprenante et bien faite pour
égayer les hommes de bon sens, s'il en reste en-
core. Voilà une jeune femme qui, pendant quinze
jours, a reçu nos fleurs et nos sympathies, qui a
vu affluer chez elle autant de reporters que le
député de la Beauté lui-même, à qui plusieurs
centaines de personnes ont envoyé leur obole at-
tendrie, et qu'on célèbre sur tous les modes, et
que des Anglais vont peut-être demander en ma-
riage, uniquement parce qu'elle a volé un pain;
ce fut là un spectacle peu banal, convenez-en.
Certes nous ne rirons jamais de la misère,
nous plaindrons toujours du fond du cœur les
affamés qui oublient les murmures de leur con-
science dans les tortures de leur estomac. Mais
vraiment, il nous semble que l'apothéose de Mlle
Ménard dépasse les bornes. La voici comblée
'.d'honneurs parce qu'elle a volé un pain
J. Qu'aurions-ndus. fait, seigneur, si elle avait
'iolé un boeuf? Il aurait fallu ouvrir une sous-
criptîon nationale, apparemment, et prier Fàl-
"guière ou Puech de-lui ériger un monument dans
un square bien fréquenté Remercions-la d'avoir"
été si modeste.
Nous suivîmes, comme tout le monde, les di-
verses péripéties de cette aventure, et nous pou-
vons bien avouer que nous y trouvâmes grand
plaisir. Jamais paradoxe sentimental n'avait été
développé chez nous avec plus de maîtrise. Nous
en sommes encore émerveillés. Elle-même d'ail-
leurs en reste bleue, là candids provinciale Vous
avez sans doute lu sa lettre, désormais histori-
que, cette lettre où elle écrivait à sa mère
« Je te dirai que c'est incroyable ce qu'on a
déposé d'argent pour nous chez M. le président.
Je ne sais même plus le compte enfin ça dépasse
2,000 francs.
» Il va falloir que j'aille à Amiens. Il y a un
avocat de Paris pour moi gratis. Ce n'est pas
croyable.
» M. le président dit que ce n'est pas encore
fini il a reçu des mandats et des lettres jusque
du Canada et des princesses. »
Le Canada, les princesses ? R
Eh non, mademoiselle, ce n'est pas croyable.
Vous avez joliment raison de l'écrire. Et peut-
être n'y a-t-il que vous qui ayez dit quelques pa-
roles sensées sur votre cas. Ce n'est pas croyable
du tout! Et cela est, pourtant vous voilà deve-
nue presque riche, tout à fait célèbre, une sorte
d'héroïne gpopulaire,' qui pourriez battre M.
de Vogué, de l'Académie française, si nos lois
barbares permettaient aux femmes de se présen-
ter à1a députation, et tout celaà cause de. la belle
inspiration que vous savez. Ah ne nous mépri-
sez pas trop, je vous prie, et veuillez croire que
vous n'êtes pas tout à fait la seule, de votre opi-
nion.
Quelques personnes oh V pas' à Paris, non 1
mais en province, dans cette province un peu
arriérée, où l'on a encore quelque notion du bien
et du mal quelques personnes ont été aussi
étonnées que vous, n'en doutez point. « Ah ça! l
osaient-elles se demander, que se passe-t-il donc
chez les Parisiens ? Est-ce que la lune leur est
tombée sur la tête ? Quoi I honorer de la sorte
une femme qui a pris le bien d'autrui, organiser
des collectes pour elle comme si elle avait fait
une bonne action ?» n
Et ces braves provinciaux de se précipiter sur
nos feuilles, pour lire la série des catastrophes.
Eh bien, non la lune n'est pas tombée du tout.
Flammarion assure qu'elle est encore là-haut,
des gens l'y ont vue. q
Et alors on reste baba, comme l'héroïne de
l'aventure elle-même.
Dans quelques années, mademoiselle, quand
vous serez devenue une Parisienne car vous
avez bien voulu annonceraux journaux que vous
alliez nous faire l'honneur de vous installer dans
nos murs et quitter définitivement cette province
rétardaire qui a méconnu les beautés de votre
exploit dans quelques années, lorsque vous
aurez un peu vécu de notre vie artificielle et
charmante, vous comprendrez peut-être, ou
M. le président Magnaud, qui est homme de
charité, vous fera sans doute comprendre, qu'il
ne faut pas trop vous étonner de ce qui arrive.
Les Parisiens sont si bons, ils éprouvent un tel
besoin de répandre leur bonté autour d'eux. Et
ils ont si peu le temps de réfléchir où ils la pla-
cent. D'ailleurs, savent-ils bien encore ce qu'ils
faut admirer, ce qu'il faut réprouver? On s'y
perd, voyez-vous. La morale a fait demi-tour de-
puis quelques années. On ne sait trop de quel
côté la prendre maintenant. Les forçats d'hier
sont les idoles de demain. Et puis, voilà déjà
longtemps que la vertu est honorée. Ça n'est plus
drôle du tout, la vertu Ça ne fait pas d'argent.
C'est démodé, c'est tombé comme les manches,
ou même avant. Mettre toujours les voleurs en
prison, ça devient fastidieux à la longue. Si nous
y mettions les volés, hein 1
Et voilà comment le boulanger l'a échappé belle,
l'autre jour. Un mot de plus et on l'arrêtait, ce
misérable, ce bourgeois, ce propriétaire qui se
permet de croire au Code et de crier quand on le
vole. A-t-on jamais vu 1
Certes, il y a toujours eu des révolutionnaires
qui ont fait l'apologie des crimes et qui ont es-
sayé d'attendrir les foules sur des indignes; mais
c'est peut-être la première fois que nous nous y
laissons prendre si bien, et voilà ce qui devient
inquiétant.
De telles erreurs de sentiment sont déplora-
bles, il faut avoir le courage de le dire. Elles
prouvent un état moral désastreux. Les peuples
qui s'intéressent à leurs criminels plus qu'aux
honnêtes gens sont des peuples en décomposi-
tion ils ne peuvent servir que de fumier aux
races futures.
Ah qui aura le talenf, qui aura la force de ra-
mener l'admiration sur les belles œuvres, de ré-
habiliter la vertu, de rendre un prix Montyon
aussi intéressant qu'un grand scélérat? Est-ce
donc si difficile de s'enthousiasmer pour des gens
simplement honnêtes1? Les affamés qui ne volent
pas sont-ils donc indignes d'exciter autant de
compassion que ceux qui volent? Il y aurait une
belle revanche à prendre, âmes sensibles. Soyez
persuadés que bien des jeunes filles souffrent au-
tant que Mlle Louise Ménard déjà nommée. Il ne
faudrait pas leur en vouloir, pourtant, de ce
qu'elles ne vont pas dévaliser les boulangeries
quand elles ont faim. 0
C'est pour celles-là, c'est pour tous ces mal-
heureux obscurs et résignés que vous devriez
vous emballer, ô cœurs si généreux. Ils ne com-
muniquent pas leurs lettres aux journaux mais
vous devriez bien leur accorder tout de même un
peu de votre pitié, s'il en reste, et ne pas atten-
dre qu'ils volent des pains pour leur envoyer des
confitures.
Nous avons pu lire l'autre jour les doléances
d'un ancien galérien qui se plaignait amèrement
de la mauvaise qualité de la viande qu'on lui ser-
vait et des livres qu'on lui donnait à lire. De3
cœurs compatissants se sont serrés en apprenant
cela. Pauvres escarpes à qui on n'apporte pas
les dernières œuvres de Marôel Prévost et oui
n'ont pas tous les jours du turbot hollandaise A
quoi pensent donc nos gouvernants ? 9
En lisant ces réclamations de messieurs les ga-
lériens, je songeais, moi, à tant de braves pay-
sans de France, qui ont si rarement le temps de
lire, même dans- leur almanach d'un sou, et qui
feraient quelquefois de si beaux repas avec les
reliefs des colonies pénitentiaires. Us sont végéta-
riens autant que M.Sarcey, hélas et pour cause.
S'ils élèvent des volailles", c'est surtout pour les
vendre à la ville, car il faut bien payer l'impôt.
Mais ils ne sont pas intéressants, n'ayant jamais
su se mettre en grève.
Du pain ? Du bon pain de froment? Se doute-
t-on à Paris que la plupart des laboureurs du
Midi, par exemple, n'en mangent guère que le
dimanche? Ça vaut cher, le pain blanc, et la terre
ne donne pas toujours de quoi en faire, même à
ceux qui la harassent, qui lui ouvrent les flancs
du matin au soir. Ordinairement, ils ne se nou-
rissent que d'une pâte insipide appelée méture,
faite de farine de maïs, de sel et d'eau. Cela vaut
un sou la livre et c'est parfaitement indigeste.
Ah si les forçats devaient en manger, vous ver-
riez comme on interpellerait à la Chambre
Du pain ? du bon pain de froment à la croûte
dorée, à la mie odorante; c'est un régal pour
bien des terriens qui s'obstinent à vivre sans
prendre la chose d'autrui. Ceux-là n'ont pas de
syndicat, n'ont pas la journée de dix heures
comme les ouvriers des villes; ils travaillent
tant que le jour luit, selon la rude loi naturelle,
et leur travail est inutile souvent parce qu'un
orage vient faucher leur blé ou qu'une épidémie
vient abattre leur bétail. Ils travaillent et souf-
frent sans phrases, et s'obstinent à rester hon-
nêtes, ignorant que s'ils cessaient de l^Bce* ils
iraient engraisser dans dès. maisons centrales,
avec les menus de l'administration. s
Quand le sol épuisé leur refuse la nourriture
des' petits, ils apprennent à ces petits qu'ils se-
ront bien heureux au ciel, et on pleure un peu
moins autour de la huche vide.
Mais ceuxrlà, le dimanche, quand ils revien-
nent de ,1a messe avec un pain blanc sous le bras,
un bon pain qui leur fait chaud à la main, un pain
savoureux qu'ils ont désiré toute la semaine et
qu'ils ont conquis en sept jours de labeur, ils
sont heureux tout de même parce qu'ils ont cons-
cience de l'avoir bien gagné. Et, au repas de
midi, quand ils l'entament ce pain mol et fin, ce
pain des messieurs, sur lequel ils ont fait une
belle croix au couteau, je crois, entre nous, qu'ils
le trouvent meilleur que s'ils l'avaient volé dans
une boulangerie déserte.
Les naïfs ils ne se doutent pas encore que des
personnes sentimentales doteraient peut-être
leurs filles s'ils le prenaient sans payer.
Mais, patience cela viendra. Jean Rameau
Ce qui se passe
GAULOIS-GUIDE
Aujourd'hui
Visite au musée Grévin.
Courses à I.ôngchamps.
LA POLITIQUE
LA. GRANDE MUETTE
M. Paschal Grousset a voulu contraindre M.
Hanotaux à lui montrer, sans plus de cérémonie,
le fond même de son sac.
M. Hanotaux ne s'est prêté qu'incomplètement
à ces sollicitations indiscrètes.
Si le député de Paris a le droit d'être curieux,
le ministre des affaires étrangères a le devoir de
se montrer réservé.
Il a donc appris à son interpellateur que nos
relations avec les puissances extérieures étaient
excellentes, que les affaires de Chine suivaient
leur cours, que les négociations africaines se pour-
suivaient et que la France était prête à offrir de
bons conseils à l'Espagne et aux Etats-Unis. Je
reconnais volontiers qu'il n'en pouvait dire da-
vantage.
Je sais bien que le marquis de Salisbury et le
prince de Hohenlohe sont à l'occasion moins so-
bres de confidences, mais l'AngleterrejSans enga-
gements à l'égaré, des tiers, peut ne consulter que
ses propres convenances, et l'Allemagne n'a pas
le souci de déplaire à des alliés dont elle dirige à
son gré la politique extérieure.
Nous n'avons ni la même liberté, ni une égale
indépendance.
Notre diplomatie collabore avec la diplomatie
russe, et nous ne pouvons nous expliquer sur nos
propres affaires sans soulever un coin du voile
sous lequel s'abrite la chancellerie moscovite.
Il n'y a pas de parlement à Saint-Pétersbourg,
et c'est un rouage gouvernemental que notre allié
n'a, manitestement pas, le dessein de nous em-
prunter.
Les ministres de Nicolas II "n'ont de comptes à
rendre et d'instructions à demander qu'à leur
souverain, et cet échange de vues demeure le plus
souvent sans publicité I
M. Hanotaux a pensé sans doute que nos rela-
tions avec la Russie pourraient être compromises,
si les conversations tenues dans le cabinet impé-
rial trouvaient au Palais-Bourbon un trop reten-
tissant écho.
Il a donc parlé pour ne rien dire, ce dont il
convient de le louer.
Il nous faut, paraît-il, approuver notre diplo-
matie sans l'interroger. C'est aujourd'hui la
seconde grande muette. L.Desmouuns.
ÉCHOS DE PARIS
Nous sommes heureux d'annoncer le mieux
très sensible et progressif, qui s'accentue pour
ainsi dire d'heure en heure, dans l'état du géné-
ral du Barail.
Le professeur Monod et le docteur Larcher ont
décidé qu'il n'y avait plus lieu de publier de
bulletin, c'est dire que l'on peut hardiment affir-
mer que l'effrayant accident dont notre éjninent
collaborateur a été victime n'aura pas de suites.
Inutile d'ajouter combien nous nous réjouis-
sons d'annoncer, si tôt après le mal, le commen-
cement de la convalescence.
Le sâr Peladan à Athènes.
Après avoir visité Bucarest, où il a donné quel-
ques conférences, le voilà arrivé inopinément à
Athènes. Mais ce n'est pas pour donner des con-
férences que le-sâr s'est rendu danslabonne ville
de Pallas. Non. Son but est tout autre. Il l'a ex-
pliqué à un collaborateur de l'Acropolis, qui est
allé l'interviewer.
Le sâr a déclaré d'abord qu'il fera en Grèce un
séjour assez long, un mois, pour étudier le monde
classique.
Il a ajouté qu'il n'aime pas beaucoup ces voya-
ges lointains, mais qu'il a entrepris cette fois ce
long voyage en Italie, en Grèce, en Egypte et en
Palestine pour étudier ces pays et y trouver ma-
tière à écrire. Son voyage en Grèce,a-t-il ajouté,
est un pèlerinage à l'ancien monde hellénique, à
l'ancienne beauté de la Grèce. Il fera un livre sur
la Grèce, mais il n'est pas encore fixé sur le titre
qu'il devra lui donner. Peut-être lui donnera-t-il
le titre de « Grèce », tout simplement. Il est en-
chanté du peuple grec, qu'il trouve vif, intelli-
gent, affable.
Parlant de M.d'Annunzio,le sàr a dit que «c'est
un écrivain de talent, mais c'est un écrivain
néo-mosaïque (?). Il a la kleptomanie des phrases
et des périodes. Il en a emprunté quelques-unes
à mes livres aussi. Il a été fait grand bruit de
cela à Paris. »
Tant de bruit que cela Ah I vraiment.
En flânant.
Quand les petites charrettes traînées par des
chèvres apparaissent aux Champs-Elysées, on
peut dire que l'hiver est fini or, en ces deux ou
trois journées ensoleillées du début de la se- .1
maine,ët déjà depuis dimanche, les petites voi-
tures d'enfants avaient commencé à circuler dans
les avenues de nôtre-grande promenade.
Jusqu'à la célèbre petite voiture du petit-fils du
Président, offerte l'année dernière par M. Félix
Faure à la loueuse de l'avenue Marigny, après
l'étranglement de la chèvre officielle Blanchettej
dont on n'avait pas craint d'exposer aux premiers
rayons printaniers le velours rouge des coussins
et l'or rehaussant les panneaux.
Hélas depuis deux jours, l'hiver est traîtreu-
sement revenu et l'on a remisé les petits atte-
lages..
Le printemps ayant fait une fausse entrée,
les voitures aux chèvres ont fait une fausse
sortie!
Avis aux voyageurs.
On vient d'éditer un guide nouveau qui ne
traite ni de l'Italie, ni de la Suisse. il a vrai-
ment sa petite originalité à lui c'est le guide
illustré à travers la Sibérie.
Puisque les journaux russes qui annoncent
cette nouvelle s'en félicitent, il faut croire que
cette publication comble une lacune, dent notre
« occidentalisme » nous empêchait de mesurer la
profondeur.
Donc ce coquet volume, destiné à orienter les
voyageurs à travers les régions sillonnées par le
transsibérien, paraîtra prochainement rédigé en
russe et en français.
Un soldat de plus dans le régiment. des gui-
des 1
Voici la composition des différents jurys d'ad-
mission de la Société nationale des beaux-arts
'̃ Section de peinture. MM Baudouin, Zorn, de
Latenay, Boulard, Frédéric Smith, Gottet, Glaus,
-Skresâvig, Puvis de Chu-vannes, G. Picard, Pranisni-
koff, Rachou, Bestiasd, Tournes, Mlle Ruth Mercier,
Sain, Lambert, David Millet, Blanc.
Les artistes peintres membres du bureau de la dé-
légation (MM. Puvis de Chavannes, Cârolus-Duran,
Cazin, Béraud, Billotte et Dubufe) font de droit par-
tie du jury.
Section de sculpture. MM. Rodio, Fagel, Ram-
baux, Granet, Leloir et Leduc.
Section de gravure. MM. Walther, Mordant,
Renouard, Bellanger, Florion.
Cette simple nouvelle de la paisible Suisse
« Un chalet, qui se trouve au bord du lac de
Klonthal, vient de disparaître dans le lac avec
tout ce qu'il renfermait.
Il n'y a eu aucun accident de personnes.» »
Jamais l'expression « d'être dans le lac » n'aura
été plus littérale. N
Le Cri de Paris ayant annoncé qu'une jeune
fille du monde venait de se convertir au socia-
lisme, quelques âmes sensibles ont tressailli
d'aise. Il s'agissait d'ailleurs d'un socialisme
aimable et ingénu Mlle Valentine About
puisqu'il faut dire son nom aurait décidé
d'ouvrir un cours de modes pour les malheureu-
ses femmes sans ressources.
Ceci est de la légende. mais l'histoire vraie
n'est pas dénuée d'intérêt. Mlle V. About a, en
effet, ouvert un « cours de chapeaux », 47, rue du
Rocher, chez Mme Laure, mais ce cours' est
payant, et jusqu'ici on n'y a vu que des jeunes
femmes et des jeunes filles extrêmement élé-
gantes, que la chose intéresse beaucoup. Les
cours de Mlle About ont lieu les lundi, mardi et
jeudi, de deux heures à trois heures et demie.
On y traitera de tout ce qui concerne le métier de
modiste, depuis l'art de taire une capote jusqu'à
celui de friser les plumes. Et en moins de six
mois, Mlle Valentine About fera de chacune de
ses élèves une modiste consommée, à la grande
joie des maris qui n'auront plus àpayer250 francs
un chapeau de la rue de la Paix.
Mais que diront les petites modistes à qui cela
fera du tort?. et c'est ici que l'on voit que
le « socialisme » n'est pour rien dans l'affaire.
On inaugurera prochainement, au Muséum du
jardin des Plantes, les importantes collections
ethnographiques, anthropologiques et zoologi-
ques rapportées de Patagonie au cours de sa der-
nière exploration par le comte Henri de La
•Vaulx.
Le jeune explorateur, qui passa près de deux
années dans ce pays, a donné dernièrement un
brillant compte rendu de sa mission à la Société
de géographie, sous la présidence de M. Le Myre
de Villers.
Selon M. de La Vaulx, la Patagonie, qui, jus-
qu'à nos jours, était restée presque ignorée, est
appelée à un très brillant avenir les richesses
du pays, agricoles et minières, sont considéra-
bles et le climat n'y laisse rien à désirer.
Statistique consolatrice.
A propos du budget que vient de voter la
Chambre, et que discute le Sénat, et dont les
chiffres élevés sont un peu effrayants, la Reçue
de statistique publie quelques chiffres compara-
tifs des budgets des diverses puissances, et en
tire une conclusion «consolante ».
De ce travail fort intéressant et fort curieux, il
résulte en effet, si l'on prend les budgets de
France et d'Allemagne de 1869, année qui a pré-
cédé la guerre, et de 1897, année dernière, on
constate que, tandis que les dépenses publiques
se sont accrues en France, entre ces deux bud-
gets, de 77 0/0, elles ont augmenté en Allemagne
de 407 0/0.
Cette constatation ne fera pas sortir de la po-
che des contribuables, avec moins de douleur,
l'argent de nos impôts.
Jean Rameau
BILLET DU SOIR
Ce n'est pas mon affaire de décider si le spirituel au-
teur de le Contrôleur des Wagons-Lits s'est inspiré ou
non d'un manuscrit qui lui aurait été adressé par un
écrivain, mais en principe je serais très enclin à l'am-
nistier pleinement. L'ennui de recevoir des manuscrits
mérite toutes les compensations.
Notre cas à nous autres journalistes recevant des Vi-
vres est encore plus digne de pitié, si c'est possible,que
celui de M. Bisson et de ses confrèees. Encore- un au-
teur dramatique peut-il renvoyer tout de suite un ma-
nuscrit sans le lire, avec cette astucieuse excuse « J'ai
peur d'être accusé de plagiat si je vous lis. » Mais nous
autres journalistes nous n'avons pas cette défaite à no-
tre service pour nous justifier de n'avoir pas lu un livre
envoyé à notre adresse.
Il nous faut prendre une plume pour répondre, cher-
cher des phrases de louanges qui n'aient pas trop
traîné. Quelquefois même nous poussons la conscience
jusqu'à lire le livre, avant d'en écrire à l'auteur ou, ce
qui n'est'pas plus récréant, après lui avoir écrit.
Ce qu'il y de pis c'est que si, par un oubli bien na.
turel, le journaliste reste muet au sujet de l'ouvrage, il
se rencontre des auteurs pour le traiter de grossier per-
sonnage. Il faut cependant s'entendre. Si la civilité
puérile et honnête exige qu'on remercie d'une pièce de'
gibier, par exemple, pourquoi forcerait-elle même à
écrire une lettre de remerciement au sujet d'un livre ?
L'ouvrage d'un auteur le plus souvent inconnu n'est
pas un cadeau, oh non!
Des vacances pour travailler.
Nous avons annoncé que les salles de travail
de la Bibliothèque nationale seraient fermées du
27 mars au 11 avril inclus.
Cette fermeture, comme nous l'avons dit, sera
loin de constituerdes vacances pour les employés
de la Bibliothèque.
En effet, conservateurs, bibliothécaires, com-
mis et garçons seront, au contraire, durant ce
temps, surchargés de travail ils devront classer
le joli total de cent mille volumes, qui, acquis
depuis un semestre, n'ont pu encore trouver place
dans les rayons encombrés.
Et cette besogne sera si absorbante et nécessi-
tera tant d'activité dans tous les locaux que l'on
renoncera, cette année, aux ordinaires répara-
tions de menuiserie, de peinture, de tapisserie
auxquelles on consacrait de coutume les vacances
de Pâques.
Que de travail sur. le rayon 1
]
C'est par une longue suite d'étude, de travail
tt de perfectionnement, que les ateliers de coupe I s
«f de couture du Petit Saint-Thomas sont arrivés
a égaler le genre et les mérites des «, spécialités »
en fait de vêtements pour la femme, la fillette,
l'enfant, le garçonnet et les plus élégants gentle-
men. L'exposition complète des nouveautés et
toilettes d'été qui a lieu demain, dans le magni-
fique édifice de la rue du Bac, témoignera une
fois de plus des sérieux avantages que la maison
offre à sa fidèle et aristocratique clientèle. Une
visite s'impose aux nouveaux salons de la chaus-
sure.
Deux membres de la Société des 100 kilos, fa-
tigués du poids de leur renommée depuis la der-
nière fête de l'Opéra, ont résolu de se faire mai-
grir. Tous les matins, ils absorbent un verre à
bordeaux de Carabana dont l'action énergique-
ment résolutive les aura bientôt débarrassés de
leur gênante quoique glorieuse obésité.
NOUVELLES A LA MAIN
Five o'clocli tea chez un libre penseur.
Les invités servis, on s'aperçoit qu'il manque
une tasse pour le maître de la maison.
La maman, tristement, à sa fille aînée
Va chercher une tasse à thé pour ton père
idem! J
Calino écrit une lettre à un ami au sujet d'une
affaire. Sur ces entrefaites, l'ami arrive et l'af-
faire se conclut.
Après son départ, Calino reprend gravement sa
lettre et y ajoute en post-scriptum 1
P. S. Du moment que nous' avons arrangé
l'affaire, considérez ma lettre comme non avenue.
Puis il la met à la poste.
Da.ns la rue. )
Un rassemblement se forme autour d'une per-
sonne qui vient de tomber.
Qu'y a-t-il ? dit quelqu'un en s'approchant.
C'est un huissier que le froid vient de
saisir.
C'est bien son tour, murmure un pauvre
diable.
«$*.
UN
Préflécesseur de I Hanoîanx
A L'ACADÉMIE FRANÇAISE
C'est du duc de Richelieu que je veux parler.
Il est un des plus illustres parmi les hommes
d'Etat qui siégèrent à l'Académie. Il fut le plus
plus bienfaisant, le plus patriote, le plus désinté-
ressé. Il occupa le fauteuil où s'étaient assis
avant lui Colbert et Marivaux, où parut ensuite
Mgr Dupanloup, et qui appartient, aujourd'hui,
au duc d'Audiffret-Pasquier.
Lorsqu'on parcourt la longue liste des mem-
bres de l'Académie française depuis sa 'fondation,
il est aisé de se rendre compte qu'elle représente
quelques-uns des plus glorieux souvenirs de
notre histoire.
Parmi ces souvenirs, il n'en est pas de plus
émouvants que ceux qu'évoque le nom du duc de
Richelieu, que justement un volume de M. Raoul
de Cisternes, recueil de documents très intéres-
sants pour l'histoire de la Restauration, vient de
mettre en lumière, et auquel l'entrée de M. Ha-
notaux à l'Académie donne une véritable actua-
lité.
Il est bien fâcheux que les usages académiques
n'autorisent pas les récipiendaires à choisir dans
le passé, parmi leurs prédécesseurs, ceux dont ils
seraient le plus aptes à parler. M. Hanotaux eût
été deux fois qualifié, et comme historien du
grand cardinal et comme ministre des affaires
étrangères, pour faire, à quatre-vingts ans de
distance, l'éloge de cet autre Richelieu dont il a
dû retrouver les traces dans les archives de son
ministère et dont il retrouvera le souvenir au pa-
lais Mazarin.
Il eût été piquant et réconfortant de l'entendre
nous raconter les négociations victorieuses aux-
quelles prit part le ministre de Louis XVIII et
notamment celles d'Aix-la-Chapelle où non-seule-
ment l'habile négociateur arracha la libération
anticipée de son pays,mais où encore il parvint à
briser la coalition formée contre la France en
obligeant les quatre grandes puissances alliées à
admettre dans leur alliance cette même France
contre laquelle ils s'étaient unis.
Je n'aime pas à médire de mon temps. Mais,
sans en médire et sans faire injure aux hommes
d'Etat d'aujourd'hui, on doit reconnaître que
ceux des temps de la Restauration étaient d'une
autre taille.
Ce n'est pas d'ailleurs seulement les hommes
qui sont changés les mœurs diplomatiques le
sont aussi, et les grands congrès n'ont plus main-
tenant la physionomie de ceux d'autrefois. La dé-
mocratie a tout envahi, même les cours autocra-
tes, et l'amoindrissement des caractères n'est pas
contestable.
De ces changements, je ne citerai qu'un trait
que je relève dans les pratiques gouvernementa-
les de notre pays. C'est ce qui se passe dans nos
ministères pour la présidence du conseil et ce qui
a tout naturellement sa répercussion sur notre
politique extérieure. Jadis on n'eût pas toléré que
la moindre atteinte fût portée au principe de la
prépondérance absolue du président du conseil
sur ses collègues. Le duc de Richelieu se serait
révolté si un membre du cabinet qu'il présidait
eût pris une décision sans son avis. Casimir-Pe-
rier et Guizot ne l'eussent pas admis davantage.
Il en était, il en est encore de même en Angle-
terre, le pays par excellence du parlementa-
risme, et, pour m'en tenir à un unique exemple,
on ne contestera pas que lord Salisbury soit bien
véritablement le chef de son ministère.
Chez nous, ce principe tutélaire a été depuis
vingt ans sacrifié aux exigences de la fameuse
concentration républicaine,et parmi les présidents
du conseil que nous avons eus durant cet espace
de temps, M.Gambetta est le seul qui ait tenté de
le rétablir, sans d'ailleurs y être absolument par-
venu.
Si des errements de la politique intérieure on
passe à ceux de la politique extérieure, on trouve
d'autres transformations regrettables et M. Hano-
taux, parlant du duc de Richelieu qui fut comme
lui ministre des affaires étrangères et de plus
que lui président du conseil,n'eùt pas manqué de
les mettre en lumière.
•% ̃
A cette constatation du fâcheux relâchement de
l'indispensable autorité que doit exercer, dans un
pays de régime parlementaire, le président du
conseil des ministres, j'ajouterai un court épi-
sode de la vie publique du duc de Richelieu où
on le voit revendiquer et défendre cette autorité
vis-à-vis du Roi lui-même.
C'était en 1817, au moment où entre le cabinet
et le parti royaliste de la Chambre, l'inimitié et
la lutte étaient les plus ardentes. A l'improviste,
le duc de Blacas, ambassadeur de France à Rome,
arriva à Paris sous un prétexte, sans avoir pris
la peine de demander une autorisation. Si c'eût
été un ambassadeur ordinaire, le duc de Riche-
lieu eût peut-être fermé les yeux. Mais Blacas
avait été, sous la première Restauration, minis-
tre de la maison du Roi,son favori. Louis XVIII,
après les Cent Jours, n'avait consenti à se sépa-
rer de lui que sur les pressants conseils du tsar
Alexandre et de Wellington, et Talleyrand, alors
ministre, avait exigé son départ. Depuis, Blacas
corespondait avec le comte d'Artois qui voulait
le renversement du cabinet Richelieu, et sa pré-
sence à Paris, en de telles circonstances, ne pré-
sentait qu'inconvénients.
Richelieu l'invita donc à repartir. Mais l'am-
bassadeur ne tint aucun compte de cet ordre, dé-
clarant que le Roi l'avait autorisé à rester. Il
s'était réinstallé aux Tuileries, dani le logement 1
Un Domino
qu'il y occupait au temps de sa faveur. Il faisait
ses visites dans les voitures de la Cour et ne
frayait qu'avec les adversaires du cabinet. Riche-
lieu n'hésita pas et c'est au Roi lui-même qu'il
alla demander de faire repartir Blacàs.
Dans sa correspondance avec son collègue De-
cazes, je trouve ce billet où se trahit,sous les for-
mes très douces qu'il affectionnait, une ferme vo-
lonté de ne pas laisser porter atteinte à son pou-
voir
« J'ai parlé au Roi bien franchement et lui ai
demandé s'il était informé du voyage de M. de
Blacas et s'il l'y avait autorisé. Il m'a juré ne
l'avoir appris que par moi. Je lui ai représenté
que pareil événement n'avait pas d'exemple dans
les fastes de la diplomatie. Il en est convenu ainsi
que du bruit que cela fait en Europe comme en
France. Il faut que Blacas parte et prompte-
ment. »
Et deux jours plus tard
« Je suis bien aise que le Roi sente la nécessité
de faire partir M. de Blacas, et vite. Il est positif
que lui ou moi doivent partir (sic). »
Cependant, malgré Richelieu, malgré Decazes,
Bîacas ne partait pas. Il cherchait à reprendre
son ancienne influence et déjà circulait une liste
ministérielle sur laquelle il figurait.
Richelieu alla trouver Louis XVIII.
Lui ou moi, Sire, dit-il.
Le lendemain, Blancas était en route pour
Rome.
Ce n'est pas d'ailleurs la seule circonstance où
le président du conseil sut vouloir et être obéi.
Racontés à l'Académie par M. Hanotaux, ces
souvenirs n'eussent pas laissé d'être piquants.
l, Michel Randal
̃ ̃̃>̃' ̃-»•' .̃ .̃• .±. -̃
Bloc-Notes. Parisien
AU CONCOURS HIPPIQUE
CEUX QUI Y VONT
La sportswoman
N'essayez pas de la distraire. Ne vous approchez pas
d'elle, la bouche fleurie de sourires, le chapeau à la
main, d'un air à la fois galant et pénétré. N'essayez
pas, je vous le conseille, de vous asseoir à ses côtés et
d'entamer quelque conversation profane. Fussiez-vous
le plus cher de ses amis et je vous souhaite de l'être
vous n'éviteriez pas le froncement brusque de ses
sourcils, la sévérité de son regard, voire même le dédai-
gneux haussement de ses charmantes épaules que
vous avez tant de fois admirées. Ah I comme vous se-
riez vite toisé, mon cher, et remis à votre place!
Mais regardez-la donc, serrée dans son élégant et sec
petit costume tailleur, de coupe presque masculine, re-
gardez-la suivre avec quelle gravite, quelle attention
soutenue 1 les moindres détails du défilé ou du par-
cours, dévorer son programme, les lèvres pincées d'at-
tention, noter d'un coup de crayon impitoyable les fau-'
tes, les demies, applaudir à tout rompre ou, au con-
traire, secouer la tête d'un petit mouvement désappro-
bateur tout à fait humiliant pour la manette qui le mo-
tive, et dites-moi, dites-moi si vous avez un seul ins-
tant pu concevoir la folle idée qu'elle était là pour son
plaisir. Son plaisir, allons donc 1. Elle est là par de-
voir, vous dis-je, elle n'est pas assise, elle siège, et vous
ne lui ôterez pas de l'esprit qu'elle remplit en ce mo-
ment une des plus graves fonctions de sa vie.
N'insistez pas auprès d'elle, et allez plutôt vous coa-
soler auprès de
La flirteuse
Là, au moins, vous êtes sûr d'être bien accueilli.
Vous dira, aussi, sans doute, qu'elle adore les che-
vaux, ce qui ne l'empêche pas de tourner froidement
le dos à la piste, pour s'occuper, activement, de toute
autre chose que d'hippisme. Et si vous savez l'intéres-
ser un peu ce qui n'est pas très difficile en somme
si vous comptez, peu ou prou, au nombre de ses multi-
ples flirts, si vous n'êtes pas trop mal de votre per-
sonne, les événements les plus capitaux, les parcours
les plus distingués, et même les chutes les plus reten-
tissantes, ne la feront pas se retourner un seul instant,
je vous le promets.
Ce qui lui plaît, au concours, c'est qu'au moins elle
n'est pas surveillée. Le mari jaloux est à ses affaires. Et
puis on peut aller, venir. Quand elle a assez de l'un,
elle le plaque sans cérémonie et s'accroche au bras de
l'autre. Des questions insidieuses
Vous me trouvez fagotée, hein ?
Ou bien
Pas jolie aujourd'hui, n'est-ce pas ?. J'ai le teint
fatigué.
Naturellement, on proteste; et la conversation s'en-
gage sur un terrain tout de suite favorable.
N.-B. On la rencontre beaucoup à l'exposition de
sellerie et de carrosserie, ou on ne voit jamais personne.
Pourquoi ?. Mystère 1
Ah l j'oublie de dire que généralement elle n'est pas
seule 1.
seule 1. Le vieil habitué
Un vieux, un solide, un fidèle.
Ne connait pas tout le monde, mais tout le monde le
connait. Quand on le voit passer de sa démarche, cha-
que année, un peu plus traînante, le dos chaque année
un peu plus voûté, on dit tranquillement « Tiens,
voilà le vieil habitué I » Et ça suffit, ça lui tient lieu
d'état-civil personne ne songe même à demander son
nom. Sa présence n'est pas un événement notable
c'est son absence qui serait une anomalie. Mais il ne
disparaîtra jamais. Je crois qu'il est éternel.
Un programme entre ses doigts, le froisse mélancoli-
quement, mais ne le regarde pas. Ne regarde pas non
plus la piste, dédaigne profondément jusqu'aux sauts
d'obstacles les plus périlleux. Ce n'est pas le cheval qui
l'intéresse il a même cet animal en horreur t
c'est le Concours I Et il s'y sent de plus en plus isolé,
de piusenplus dépaysé. Ce qui l'y ramène ? Une tradi-
tion, des souvenirs. qui sait ?.
Adore trouver un de ces naïfs de bonne composition
qui se laissent volontiers bloquer dans l'angle d'un
mur ou contre un pilier et dans l'oreille complaisante
de qui on peut enfourner pêle-mêle tout un stock de
lamentations, de comparaisons mélancoliques du passé
et du présent, de souvenirs.Ah 1 de souvenirs surtout,
ce qu'il en a
Toute l'histoire du concours est là dans sa tête. Et
quand il a commencé, il faut qu'elle passe de gré ou de
force dans celle de son imprudent interlocuteur. fût-
ce au prix d'une migraine qu'on n'évite pas.
.La femme du gentleman
Son mari monte tout à l'heure. Elle le dit à tous ceux
qui veulent l'entendre. Elle leur confie ses émotions,
ses craintes, ses espoirs, leur révèle un état d'àme
assez semblable à celui de la mère de la débutante.
Tout à l'heure, il est venu vers elle, botté, éperonné,
le pardessus clair négligemment ouvert sur l'habit
rouge. Elle était très fière, très heureuse, un peu im-
portante. On l'a beaucoup regardée. Elle lui a fait ses
recommandations à voix bien haute, en le tutoyant et
en l'appelant par son petit nom, pour bien faire voir
aux voisins qu'elle était sa femme. Elle a mis une fleur
à sa boutonnière. Quand il est parti, elle -aurait bien
voulu l'embrasser.
A partir du moment où il entre en piste, ne s'appar-
tient plus. En passant, il lui fait un petit signe du pom-
meau de la cravache, mais elle est trop émue pour lui
répondre. I! part. Pâle, crispée, les yeux fixes, elle le
dévore des yeux. Chaque fois qu'il aborde un obstacle,
elle se soulève, comme malgré elle et quand i! î passé,
on sent qu'elle dit intérieurement « Merci, mon
Dieu » A la fin, écUte, trépigne et applaudit à faire
craquer ses gan'.s blancs 1.
Et puis, tout de suite, elle appelle du geste un ami,
ua indifférent, n'importe qui, pour qu'il la conduise
tout do suite, lout de suite, aux écuries! Quand elle le
revoit, cette fois toute honte buel –elle lui saute
au cou.
Les officiers
C'a', du rouge, et c'est du bleu, et c'est du noir 1
tout une foule brillante et multicolore. Venus pour
faire une ovation aus camarades du régiment. Se pro-
mènent |>ar petits groupes, lorgnent beaucoup, saluent
encore davantage. Tout le monde les regarde avec sym-
pathie, surtout aujourd'hui. On aime, en eux tout ce
qu'ils représentent et tout ce qui nous est cher cette
armée vivante et fïère incarnation de notre chère patrie,
qu'on a si vainement essayé d'humilier. On se les dis-
pute, on les accapare. Et'ils se multiplient.
CEDX QUI H'% VONT PAS
L'ennemi du cheval
Lui, au Concours hippique! Pour qui le prenez-
vous donc ?. 1
Ça existe donc encore, le cheval ?. Le cheval,
Iték'cek' ça?.
Et sous sa raillerie affectée, sous son mépris débor-
dant, on découvre une de ces haines féroces que rien
n'apaise, pas même le temps l
Ne lui parlez pas de la fine silhouette de « la plus
beiis conquête de l'homme » selon Buffon; i! vous ré-
pondra qu'ii n'a jamais vu de bête plus sottement carn-
pée sur ses quatre pattes; il lui reprochera (a longueur
de son cou, l'expression vague de son œil large, sa ner*
veuse susceptibilité et sa stupidité enfin car il esç
entendu, pour lui, que le cheval est Te plus stupide des
animaux. Plus bête que l'âne, oui'monsieur; plus bétel.
Et il vous annoncera en ricanant les temps prd»
ches où on ne verra plus le cheval qu'à l'étal des
boucheries hippophagiques.
Ai-je besoin d'ajouter que ce redoutable ennemi d«
la « noble bête est un des plus fervents adeptes ds
tous les nouveaux modes de locomotion, qu'il passe s*
vie le dos courbé sur son guidon, dans une posture in*
commode et fatigante, et que ce matin même, juché sur
son automobile, il a failli m'écraser ?. Non, n'est-c«
pas ?-
pas ? La dégoûtée
Elle non plus n'ira pas au Concours hippique cette
année. Pourquoi faire?. Puisque c'est toujours la
même chose! 1
Quand on en a vu un, on en' a vu dix, on en a vu
cent. Elle ne comprend pas « quel intérêt on peut pren-
dre à cela ». Tout ce monotone défilé de quadrupèdes
pareillement décorés de flots de rubans, ces gentlemen
sautant correctement deux par deux. Quand ils ac-
complissent le parcours jusqu'au bout, c'est assom-
mant; quant ils tombent par hasard c'est une
émotion qui vous donne des palpitations de cœur.
Alors. Et puis un monde si mêlé!
Fait de la propagande et dégoûte peu à peu ses amies.
Lorsqu'elles y auront toutes renoncé, elle se donnera,
elle, le plaisir d'y retourner. Tout-Parle
Tout-Paris
̃. LE ̃̃.̃̃̃̃̃̃
SÉNAT ET a Là CORBEILLE
&MRi ni M ~URMUitiN
L'opinion de lbT. Ea ;ènae 6Raérina aneien
garde des. sceaux
Nous avons cru intéressant de demander à
l'ancien garde des sceaux du cabinet Dupuy, qui
est un des membres les plus écoutés et les plus
compétents de la commission des finances, son
opinion sur la question si commentée de la ré«
forme du marché financier, telle qu'elle a été
adoptée par la Chambre, et telle qu'elle va se
présenter devant le Sénat.
D'abord, m'a répondu l'honorable M. Gué-
rin, l'amendement Fleury-Ravarin n'a nulle-
ment, comme on le dit à tort, pour objet la réor-
ganisation du marché. Il appartient au ministre
des finances, seul, de réaliser cette réorganisa-
tion sous sa responsabilité. Elle équivaut au rap-
pel pur et simple de l'état de choses actuelle-
ment existant.
» J'ajouterai qu'il est important et qu'il y
urgence de statuer sur cette très grave question,'
Le marché financier est en effet dans un véritable
état de désorganisation et d'anarchie qui appelle
un prompt remède. On évalue à 5 millions la di-
minution qui s'est produite depuis deux ans sur
l'impôt sur les opérations de Bourse. Et cette di-
minution ne fait évidemment que traduire la di«
minution du chiffre des affaires.
» Quant aux conséquences de l'amendement,.
on les a beaucoup exagérées dans les milieux
hostiles à cette réforme. D'abord, il ne sera rien
changé à la coulisse des rentes qui continuera
ses opérations comme par le passé pour les opé«
rations qui aboutissent à une livraison de titre,
il n'y a rien de changé puisqu'elles ne peuvent
être faites que par l'intermédiaire du parquet'
Quant aux autres, les coulissiers des rentes au-
ront à se faire délivrer un bordereau constatant
la réalité et l'importance de ces opérations.
» On objecte qu'on va ainsi demander aux
agents de changé de certifier des opérations
qu'ils n'ont point faites et dont ils n'auront paa
constaté l'authenticité.
» On oublie qu'il sera loisible aux agents da
change, avant de délivrer le bordereau,de se faire
représenter le répertoire auquel sont assujettis
tous les coulissiers et d'y contrôler les opéra»
tions. Ce contrôle aura le double avantage de ga«
rantir la sincérité des opérations et de faciliter la
paiement de l'impôt.
» La coulisse des valeurs s'adressera doréna>
vant au parquet si elle veut continuer ses opéra^
tions, et la sécurité du public n'y perdra pas.
» Les partisans de la disjonction répondent â
cela qu'en 1892 il est intervenu entre les agents
de change et les coulissiers une sorte d'accord
qu'on a appelé un modus vivendi et aux termes
duquel lé parquet abandonnait à la coulisse la
négociation des valeurs cotées. D'abord, ainsi
qu'on l'a fait très justement remarquer, on peut
se demander quelle est la valeur d'un pareil con<
trat conclu en dehors de la oi et contre la loi.
» On peut se demander s'il appartient au par-
quet de renoncer aux avantages que lui assura
l'article 76 du Code de commerce et d'abroger cet
article. Mais il y a mieux. Le premier soin de
coulisse, après avoir obtenu cette trêve et signé
ce modus Vivendi, a été de n'en pas tenir compte;
et la « Cote de la coulisse » atteste tous les joura
qu'elle se livre à 'a négociation des valeurs
qu'elle s'était interdit de négocier. C'est préci<
sément ce manquement à la parole donnée et cetta
violation des accords convenus qui a amené U
parquet à déposer une nouvelle plainte contre la
coulisse.
» La conclusion, c'est qu'il y une urgence abso*
lue à régler cette question du marché financier.
» Assurément le maintien du statu quo,qui se»
rait la conséquence de la disjonction, expose*
rait le marché financier aux graves inconvé-
nients des poursuites qu'il n'est pas au pouvoir du
gouvernement d'empêcher.
» Enfln, et c'est là un côté de la question qu'il
ne convient d'effleurer qu'avec la plus grande
circonspection, il est acquis que le nombre de
coulissiers étrangers ou naturalisés est sensible-
ment le même que celui des Français. Il y a là
un état de choses qui ne peut pas manquer d'of-
frir, à un moment donné, de graves inconvénients
pour ne pas dire plus. »
M. Guérin espère et croit fermement que la
Sénat, d'accord avec la Chambre, malgré les ef-
forts des « disjonctionnistes », votera finalement
un projet qui a l'approbation de l'immense majo-
rité des Français.
rité des Francais. Marcel Huti*
«e
L'INTERPELLATION DMB
A LA CHAMBRE
SUR LA POLITIQUE EXTÉRIEURE
On a longuement bataillé sur la poiilique ex-
térieure, et, le débat clos, nous voici à peu près
renseignés comme nous l'étions la veille.
M. Paschal Grousset condamne l'ensemble dei
conceptions de M. Hanotaux, que cependant
il avoue ne pas connaître. Dans la mobilisation
do notre flotte du Nord, son esprit avisé
démêle une manœuvre électorale notre attitude
au Niger lui parait être le comble de l'effacement,
et les .sympathies secrètes qu'il nous supposa
pour la monarchie espagnole, indigne son âme
répu-blicaine.
Notre politique extérieure pourrait se résumer
ainsi absence d'idées générales, servilité envers
la Russie.
M. Gabriel Baron, qui remplace à la tribune
M. Paschal Grousset, passe en revue tous les
pays et toutes les questions. On pourrait intitulée
son discours: le « Tourdu monde en quatre-vingts
minutes ». Et quand je dis quatre-vingts minutes,
je demeure fort au dessous de la vérité.
L'orateur nous promène en Angleterre, en
Crète, à Constantinople, au Soudan, en Amé-
rique, en Chine, en Egypte. Naturellement il
blâme comme il convient le gouvernement et in-
vite le ministre des affaire» étrangères à faire en«
tendre à l'Europe un langage viril.
Ainsi soit-il, répond M. Hanotaux, qui monte
à la tribune et lit la déclaration que voici
M. Gabriel Hanotaux, ministre des affaires étraa*
gères. On reproche au gouvernement de ne pa*
faire la lumière sur ses actes et sur ses prétentions.
Cependant, il n'y a pas de gouvernement en Europa
qui, depuis vingt ans, ait été plus souvent interrogé
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