Titre : La Démocratie pacifique : journal des intérêts des gouvernements et des peuples
Auteur : École sociétaire (Paris). Auteur du texte
Éditeur : au bureau du journal (Paris)
Date d'édition : 1848-01-16
Contributeur : Considerant, Victor (1808-1893). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755585p
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 16 janvier 1848 16 janvier 1848
Description : 1848/01/16 (A17,T10,N14). 1848/01/16 (A17,T10,N14).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k47676486
Source : Bibliothèque nationale de France, département Arsenal, JOD-1904
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 17/06/2018
DEMOCRATIE PACIFIQUE
I HoA.NNEE. lre Sér. quotid. T. X. N. 14. Trois mois, Paris : 10 fr.- - - DÉPARTEMENTS : 12 fr. - DIMANCHE 16 JANVIER 1848.
I TOI OMSW (TEATRBS ESTIS (MATT.). UNITÉ SOCIALB, RBLI1HBUSB ET POLITIQUE. DROIT AU TtUkYAtL ; LIBRB BLUlIfN, ELBCTIOft 1 . UT OMXBB UNUM BIHT (IO.1n.).
mBUfflt LE DIMANCHE, DES NUIÉROS- DOUBLRS AUXQUELS ON PEUT S'ABONNER SEPAREMENT, SMOIR :
Iirs — — —
II* Numéro double ou Berne de huifc^e V*TA ■ ans t'à, T.zfâfois, G f.; 3 mois, 3 f. — Un Numéro double ou Revue de quinzaine : 1 an, 6 f.; 6 mois, 3 f. — Un Numéro double ou Revue mensuelle tlan, a f'
2 *'• ** ii - — : — ■ : . - ! ,
j j Paris.. 1 an 40 f. 6 nMs 2b -f. 3 mois loljkjf mois 4 f. I1
^journal quotidien. Départ.,. - 48 -^V", Vf - 5
étrangers à surtaxe de poste. — 68 «» — *-| { — 7
,11 prix dB dowles ira Revues est augmenté, pour les pays almSwlj poste j savoir :
Ijli ir an pr J. 1° dl citait): : dl 2 f, id, Fr '{ M" de quinzaine, il *& 1 f. M. pr le N° mensutli
On s'abonne à Paris , RUE DE BEAUME. 10. au bureau du journal ;
Chez BrnlIé, édr dl musique, passage des Panoramas; 16, et chez lis direct. des postes et des messageries;
Lyon, Mme Philippe j blarteihe, Hicbelet-Peyron 1 Bruulles, Michel, libr., M*rché-*nx-Bois , 1.
On peut aussi adresser franco au Gérant un mandat sur la poste ou à vue sur Paris.
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Les lettrei et paquets affranchis sont seuls reput.
Les annonces sont reçues au siège de la société Vb. D1ITeJri... ~
et Comp'll., 8, place de la Bourse.
PARIS, 15 JANVIER.
Les Débuts de la Session.
La session sera importante. Il est impossible que l'agitation qui
a travaillé le midi de l'Europe, et qui s'est fait jour en France dans
les banquets réformistes, n'ait pas à la tribune un long retentisse-
nt. Que le ministère vive ou meure, les idées qui pèsent sur les
consciences auront le même cours. Aucun grand acte politique ne
sera probablement, réalisé, aucune question ne sera peut-être ré-
solue ; mais une lumière plus large et plus vive sera jetée à l'inté-
rieur comme à l'extérieur sur tous les problèmes et sur leurs solu-
lions. A la chaleur de la discussion, le progrès politique et social
mûrira.
Il n'est pas fâcheux, au point de vue des idées, que la question
je la présidence a'ait rien préjugé ni rien changé à la situation
respective des partis. Le terrain que pourra gagner l'opposition se-
ra légitimement conquis par la force des vérités. Si l'aveuglement
de la majorité persiste et prolonge la durée d'une politique anti-
frarçaise, la force de résistance de l'esprit public crottra dans la
même proportion. Mieux vaut attendre, jusqu'à la fin de la législa-
jure, un changement forcé, incontestable dans les idées et les ten-
dances du pouvoir, que transiger aujourd'hui avec des modifica-
lions de personnes qui ne changeraient rien aux errements gouver-
nementaux. La loi universelle, qui soumet les systèmes politiques
comme les hommes eux mêmes aux conditions de naissance, d'ajjo-
géeet de mort, oblige les partis à observer avec quelque patience
la phase descendante de la doctrine qui nous régit.
Cependant les progrès de cette phase descendante dépendent
lien autant de l'opposition que du destin. La phalange ministé-
rielle n'a guère aujourd'hui pour force de cohésion que celle que
lui ont donnée ses adversaires. L'égoïsme est le lest du navire con-
servateur; mais c'est la peur qui le gouverne. Si l'opposition pou-
rait démontrer demain qu'elle est réellement plus désintéressée,
tins pacifique, plus éclairée et plus sage que les ministres actuels,
Itbataillon des centres ne tarderait pas à se dissoudre. Les quel-
lues déserteurs qui ont quitté ses rangs depuis une année ont cer-
lainement moins obéi à l'envie de voir MM. Thiers et Barrot mi-
nistres, qu'à l'idée que le salut conservateur est dans le progrès
lui-même. Nous sommes convaincus que MM. Thiers, Barrot, Molé,
îillault et Dufaure n'auraient qu'à renoncer bien ouvertement,
lien volontairement à toute prétention au pouvoir pendant quel-
fies annees, et à débarrasser toutes les discussions de leurs ques.
tions persoiinelles, pour faire faire au parti conservateur des pro-
grès immenses.
Ce dernier point, objectera-t-on, serait peut-être plus difficile à
obtenir que la conversion complète de M. Guizot lui-même. Nous
J convenons; mais en ajoutant que, dans ce sens au moins, il y a
DIeO quelque chose à faire.
Il faut qu'on remarque que, si les fautes de l'opposition avaient
rait la partie belle au ministère lors des élections dernières, les
'Mesdes ministres ont, en revanche, supérieurement servi l'op-
Non en 1847. Il y a dix-huit mois, le pays pouvait croire en-
tore que la pa{ x dans le monde et l'ordre à l'intérieur étaient
mieux garantis par MM. Guizot et DuchàteI que par leurs compé-
titeurs parlementaires. Il serait assez difficile à cette heure au pays
d'avoir sur ce point une conviction parfaite.
En effet, si M. Thiers, dans l'esprit des conservateurs, a eu
grand tort de nous brouiller avec l'Angleterre et de compromettre
la pjix du monde, en 1840, à propos du vJce-roi d'Egypte, il est
logique que M. Guizot n'a pas eu absolument raison de conclure
les mariages espagnols de manière à briser définitivement l'alliance
anglaise à peine renouée et à laisser pour longues années suspendll
sur nos têtes un cas de guerre européenne. S il est certain que M.
Thiers avait bien maladroitement agi en 1840, puisqu'avec ses
bruits d'armements il réveilla les défiances des peuples et perdit
l'appui moral de notre influence extérieure, il est impossible de ne
pas reconnaître qu'en poussant l'amour de l'ordre et de la paix
jusqu'à intervenir en Portugal en faveur d'une reine parjure et
contre les droits évidents d'un peuple; jusqu'à entraver, compri- j
mer en Italie de concert avec l'Autriche, non-seulement les efforts-
régénérateurs des populations, mais encore les tendances généreu-
ses des gouvernements, jusqu'à fournir des armes à la guerre ci-
vile en Suisse et à provoquer contre elle une coalition armée, M.
Guizot n'ait également risqué bien légèrement de mettre l'Europe
en armes et aliéné bien gratuitement à la France les sympathies
populaires, la considération morale dont sa politique extérieure a
tant besoin. Enfin, s'il est écrit dans l'histoire que, sous l'adminis-
tration du 1 er mars, l'intérieur du pays ne fut pas très calme, très
tranquille; si on peut encore se souvenir qu'on s'avisa de chanter
alors la Marseillaise dans quelques théâtres, il est de notoriété,
pour les conservateurs comme pour les radicaux et socialistes, que
sous la présidence ministérielle de M. Guizot, le pays a été pen-
dant plusieurs mois agité par des scandales officiels d'un caractère
effrayant, et que, dans les cent banquets réformistes qui ont servi
de soupape à l'indignation de la France, l'exaltation patriotique de
la Marseillaise a été considérablement dépassée par la prose des
discours plus ou moins constitutionnels.
Or, de pareils rapprochements peuvent se passer de l'éloquence
de nombreux orateurs. L'opposition doit les laisser parler de ma-
nière à enlever aux conservateurs intelligents leurs dernières ex-
cuses de prédilection pour le cabinet actuel. Il lui serait facile de
prouver non-seulement que le cabinet du .29 octobre a plus que
tout autre compromis notre influence morale à l'étranger et trou-
blé les esprits au dedans, mais encore que la modération, l'amour
de la paix et la prudence sont aujourd'hui bien plutôt dans l'oppo-
sition et dans le pays que dans le gouvernement. Si cette démons-
tration devenait bien sensible aux deux Chambres, il est certain que
le ministère, son parti et son système auraient vécu.
Déjà on peut juger par les débats de l'adresse au Luxembourg
que ce triomphe moral de l'opposition serait facile. Le fait le plus
saillant de la discussion jusqu'ici, c'est qu'il y a eu plus d'intolé-
rance, de fanatisme et de violence même dans la bouche des dé-
fendeurs de la politique de M. Guizot que dans celle des oppo-
sants. Le proverbe : Tu te fâches, donc tu as tort, pourrait parfai-
tement être adressé aujourd'hui aux amis du cabinet par leurs ad-
versaires. Les ministériels de la noble Chambre n'ont pas toléré
qu'on parlât mal de M. de Metternich ni du roi de Prusse ; mais en
revanche ils ont proféré et applaudi les -récriminations les plus
amères centre la Diète et le peuple suisse, contre les mouvements
populaires de l'Italie, contre les banquets réformistes, la Conven- •
tion française et l'histoire de notre Révolution par l'honorabte M.' )
de Lamartine. Depuis M. de Sainte-Aulaire qui, à titre d'ami 'de
M. Guizot et d'ancien ambassadeur à Rome et à Vienne, s'est fait '
un devoir de vanter le libéralisme de M. de Metternich et de Gré;
goire XVI, aux dépens des populations italiennes , jusqu'à M. dé
Broglie, qui a quitté Londres exprès pour venir exhaler à la tri- r
bune tout le dépit, toute la colère que lui a causés le ridicule insue-
cès de la médiation en Suisse, la modération n'a pas été grande. ^
On avait déjà remarqué que pendant l'affaire suisse les deux jour- *
naux les moins charitables , les plus violents et les plus belliqueux
étaient précisément ceux qui, sous les titres de Journal des Débats
et Y Ilnivers, servent d'organes aux partis prétendus modérés,
chrétiens et pacifiques. Pour.M. le chancelier Pa«quier, M. de Bro-
glie et surtout pour M. de Montalembert, la même remarque est à
faire. Nous doutons qu'on trouve dans les débats les plus orageux de
la Diète suisse, avant, pendant et après l'exécution du Sonderbund,
plus d'amertume, de passion et de colère qu'il n'en est sorti ces
jours-ci de la bouche de ces trois honorables pairs. Déjà M. Guizot
et M. de Metternich, le Journal des Débats et Y Univers, avaient
fait parfaitement ressortir la dignité, le calme et la modération de la
Diète radicale. Il dépend des chefs de notre opposition aux Cham-
bres que leur modération et leur sagesse reçoivent de leurs adver-
saires le même genre d'éclat.
Les seuls coups qui ont déjà atteint le ministère pendant la dis- ' 1
cussion de l'adresse au Luxembourg lui ont été portés par des
hommes de réputation aussi modérée et conservatrice que la sienne.
M. de Ménars, conseiller à la cour de cassation, a fait baisser là
tête à M. Guizot en démontrant que l'intérêt même du parti con-
servateur exige la prompte solution par le pouvoir des problèmes
sociaux, économiques et politiques que les partis agitent. MM.
Molé, Passy, Pelet (de la Lozère) et Barthe, anciens ministres
conservateurs, ont fermé la bouche au grand ministre actuel en
repoussant, par un démenti plein de mesure et de dignité, toute
solidarité des cabinets précédents dans les habitudes vénales du 29
octobre. Eufin, MM. Cousin, de la Moskowa, Charles Dupin 'et
Victor Hugo ont obtenu un plein succès d'opposition en forçant la
commission de l'adresse à prendre elle-même texte de quelques
paroles bienveillantes adressées à Pie IX par M. Guizot dans une
lettre confidentielle à M. Rossi, pour réparer, à l'égard du libéral
pontife, le silence inconvenant du discours du trône et de l'a-
dresse.
Nous croyons que, si la chambre élective sait en agir de méme;
et contenir dans le calme et la mesure l'expression des nombreu-
ses vérités dont elle doit être l'organe, elle aura également bon
marché du ministère. Au moment où les peuples les plus ardents
savent se modérer dans la victoire, il appartient à l'opposition
française de prouver le désintéressement de ses vues, l'élévation
de ses principes, le calme de sa conscience. La seule erreur qui donne
encore du crédit au ministère et aux conservateurs-bornes, c'est
que les réformes sociales et politiques qu'on sollicite sont funestes -
à l'ordre et à la paix du monde. Si l'opposition s'attache à prouver
qu'il n'y a pas aujourd'hui d'autre parti extrême et' violent que
le parti conservateur, d'autres passions ennemies de l'ordre et de
FEUILLETON DE LA DÉMOCRATIE PACIFIQUE,
DIMANCHE 16 JANVIER.
MADEMOISELLE POMPONNETTE.
Chronique du dix-huitième siècle.
I.
. MUe Pomponnelte, ou, si vous voulez, Pomponnette tout court,—
yeiait ainsi, en t745 le plus joli corps de jeune femme qui eût
i» voltigé sur les planchas d'un .théâtre. Mlle Pomponnette tenait
mie royale de Musique l'I'lllploi de première nymphe rose. Si
ïûofi'• ttm! ez mieux, elle s'avançait sur le devant de la scène immédia.
iï t après les premiers sujets, la Guimard, la Dulhé et quelques
wà ?n beaucoup dans cette partie de la salle nommée le
cta • reine; on en raffolait dans le côté du roi. Le peintre Bou-
c ,qui s'était donné pour tâche de faire co!lection de toutes les
vogue à cette époque, avait trouvé en elle le motif d'un
î4oràhien Pastel. Mlle Pomponnetle était représentée en robe rose
a/e, avec des pompons à tous les nœuds du corset ; elle avait des
huit t' un carquois sur les épaules et un papillon d'argent noyé
WA cheveux. Au bas du portrait, l'artiste avait mis ce mot :
du nom )a. nymphe dont notre héroïne avait rempli le j
lôleda ballet avait pour titre les Amours de Télémaque.
A.la V o'la danseuse lit' se nommait plus Mlle Pomponnette,
toisMii e ?ylyanie Daucour. On lui voyait mener grand train, et Paris
entier disait, non sans sourire : « Ce n'est probablement pas avec
stscin,6 louis de gages que la petite peut faire si grande figure
ÎjusIP 9 beau jour, on sut que des liens d'une sympathie
etro' attacbaient monde. Il Mlle. Pomponnette à M. de La Popelinière, l'un des
plus financiers de ce siècle. L'homme d'or s'élit établi caissier
•klatto se d'opéra, à la condition d'un peu d'amour.
Dail I ^bourgSaint-Honoré, qui commençaitalori à sortir de terre,
Ilfinjn j avait fait construire un magnifique hôtel, orné de vestibules
de niarh de colonnes de porphyre. Ça et la, le long des escaliers,
Une stâ,re grandeur naturelle tenaiL'un candélabre à la main. Il y
îvait a), reste, profusion de gen? à livrée depuis le rez-de-chaussée
jusqù,alu es l'édifice.
Ppr,C0 tout ceci est à vous, avait dit M. de La Popelinière à la
^seus».C' use?"?n et abusez-en selon votre bon plaisir.
tooig, le tra?t tant joignait au cadeau une pension de dix mille livres par
Il s'en fallait cependant de beaucoup que Mlle Pomponnette fût heu-
reuse. Ainsi sont fait certains corps de femmes. Tous les trésors des
contes arabes ne les satisferaient pas. Mlle Pomponnette désirait ar-
demment une chose : être mariée à M. de la Popelinière.
N'allez pas croire qu'elle aimàt passionnément le* banquier, ni même
qu'elle se sentît pour lui le moindre goût; non : le secret de son envie
était tout entier dans le désir d'avoir une position avouable aux yeux
du monde, et de pouvoir entendre dire, lorsque son carrosse courait
au bois : « Cette jolie petite femme brime qu'emporte cet attelage de
chevaux blancs n'est autre que Mlle Pomponnette, de l'Opéra, aujour-
d'hui Mme de La Popelinière. »
A force de se fourrer cette idée fantastique dans la tête, notre dan-
seuse en était arrivée à se dire qu'il faudrait mourir de chagrin ou
d'ennui plutôt que d'y renoncer. Un jour elle écrivit au banquier une
petite missive, pliée en losange et passée au benjoin. Voici quelle était
la teneur de cette épître, ornée, selon la mode du temps, d'amours
bouffis et de cœurs percés de flèches :
« Monsieur,
» Voici mon ultimatum.
» Je serai voire femme pour tout de bon, ou, dès le mois prochain,
j'entrerai en religion au couvent des Dames-Repenties.
» Prononcez., r Votre servante,
» POMPONNETTE. »
Le cas étant des plus urgents, M. de la Popelinière envoya le lende-
main l'un de ses coureurs à l'hôtel du faubourg Saint-Honoré. On prit
la peine d'éveiller la déesse pour lui remettre la dépêche du Crésus.
La belle y trouva les lignes suivantes :
I( Petite,
» Voici ma réponse :
, » A votre pension, j'ajoute, à compter d'aujourd'hui, cinquante
mille livres et je vous supplie, par toutes les tendresses de mon cof-
fre-fort, de ne point entrer en religion.
,N Je vous baise les mains, » LA POPELINIÈRE. »
■■ Mais Mlle Pomponnette n'était point fille à en rester là. Dès le len-
demain, elle s'en alla trouver Mme de Tencin.
1 II faut vous dire que Mme de Tenon gouvernait alors la France ;
I elle avait pour son très-humble serviteur seif^min^iice monseigneur
i le cardinal Fleury, premier ministre, qy^#ttx,ernait l£>oi Louis XV.
L'entrevue eut quelque chose de toucMm^^^Pom^ofiuiçtte n'épar-
gna ni les lari)ies, ni les syncopes, ni es,. disant
que La Popelinière, pour la séduire, Wj tavaX^promis^^iariage, et
qu'à présent il ne songeait plus qu'à raj le^er, de, .la d'or aux
yeux. ^
1 Bief, la comédienne joua son rôle a, J ' t. t&;eerf&U4ni, que Mmf
de Tencin. qui n'était cependant pas naturel, fui
m
vivement émue et s'occupa, dès le même jour, de travailler l'esprit du
cardinal-ministre.
— Ces messieurs les beaux esprits ont beau faire, s'écria-t-elle, il
est toujours d'un bon exemple de voir nos seigneurs les financiers
épouser des nymphes d'Opéra.
Là-dessus elle mit sur son calepin la note ci-après, en encre rouge :
« MARIAGE. — Fiancer la finance, à la danse. — En toucher deux
mots à sa grandeur le cardinal. »
II.
On se trouvait en ce moment à l'époque du renouvellement du bail
des fermes. Sur la fin du mois de mars, le financier, qui tenait à con-
server sa charge, s'en fut, en habits d'apparat, pour rendre une visite
de cérémonie à son éminence. Ce dernier, enveloppé d'une houppe-
lande soie-puce et ayant la tête couverte d'une calotte de même cou-
leur, était assis au coin du feu, dans un fauteuil à la Voltaire. Il mâ-
chonnait, pour tuer le temps et la toux, des conserves de cerises,
qu'il prenait de temps en temps dans un drageoir d'or ciselé.
— Ah ça ! monsieur, quelle est donc cette demoiselle Sylvanie Dau-
cour, dite Pomponnette, dont j'entends parler à tout propos ? demanda
le cardinal à La Popelinière, lorsque celui-ci se présenta devant le
vieillard.
— Monseigneur, c'est une jeune personne charmante et parfaite-
ment élevée, s'empressa de répondre l'homme aux écus, espérant atté-
nuer par cet éloge le mauvais effet qu'aurait pu produire sur l'esprit
du ministre le récit de ses relations avec la jeune fille. Je dirai plus,
ajouta-t-il, c'est qu'il n'y a personne de si sage à l'Opéra.
— Fort bien, monsieur, reprit le ministre avec un sourire empreint
d'une malice toute cléricale. Je suis charmé que votre réponse soit
d'accord avec ce qui m'a déjà été dit à ce sujet. On calomnie trop fa-
cilement dans les gazettes ces dames de l'Académie royale de Musi-
que. Quant à celle qui nous occupe, ses mérites sont infinis, je le
vois, et elle est en outre on ne peut mieux recommandée à la cour.
Aussi, monsieur, dois-je vous prévenir que l'intention du roi est de
donner votre charge à celui qui deviendra l'époux de cette demoiselle
Pomponnette.
Ayant ainsi parlé, son éminence formula une petite toux sèche, prit
du bout des doigts quelques cerises confites dans sa boite d'or et con-
gédia d'un signe de main l'opulent solliciteur.
— Allons, la Tencin m'a joué par dessous la jambe, pensa le trai-
tant en regagnant sa voiture. Me voilà pris dans un contrat de ma-
riage comme un blaireau dans un traquenard. Bon gré, malgré, il
faudra que j'épouse.
L'intrigue, en effet, avait un heureux dénouement pour les deux
femmes. Point de mariage, point de continuation de bail des fermes. "
La Popelinière était riche, sans doute, mais il n'aurait pas pu donner
suite à ses prodigalités de prince, si son privilège lui eût été enlevé si
| brusquement,
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Iirs — — —
II* Numéro double ou Berne de huifc^e V*TA ■ ans t'à, T.zfâfois, G f.; 3 mois, 3 f. — Un Numéro double ou Revue de quinzaine : 1 an, 6 f.; 6 mois, 3 f. — Un Numéro double ou Revue mensuelle tlan, a f'
2 *'• ** ii - — : — ■ : . - ! ,
j j Paris.. 1 an 40 f. 6 nMs 2b -f. 3 mois loljkjf mois 4 f. I1
^journal quotidien. Départ.,. - 48 -^V", Vf - 5
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,11 prix dB dowles ira Revues est augmenté, pour les pays almSwlj poste j savoir :
Ijli ir an pr J. 1° dl citait): : dl 2 f, id, Fr '{ M" de quinzaine, il *& 1 f. M. pr le N° mensutli
On s'abonne à Paris , RUE DE BEAUME. 10. au bureau du journal ;
Chez BrnlIé, édr dl musique, passage des Panoramas; 16, et chez lis direct. des postes et des messageries;
Lyon, Mme Philippe j blarteihe, Hicbelet-Peyron 1 Bruulles, Michel, libr., M*rché-*nx-Bois , 1.
On peut aussi adresser franco au Gérant un mandat sur la poste ou à vue sur Paris.
LES MANUSCRITS ADRESSÉS àU"JOUMAL NE SERONT PAS RENDUS.
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et Comp'll., 8, place de la Bourse.
PARIS, 15 JANVIER.
Les Débuts de la Session.
La session sera importante. Il est impossible que l'agitation qui
a travaillé le midi de l'Europe, et qui s'est fait jour en France dans
les banquets réformistes, n'ait pas à la tribune un long retentisse-
nt. Que le ministère vive ou meure, les idées qui pèsent sur les
consciences auront le même cours. Aucun grand acte politique ne
sera probablement, réalisé, aucune question ne sera peut-être ré-
solue ; mais une lumière plus large et plus vive sera jetée à l'inté-
rieur comme à l'extérieur sur tous les problèmes et sur leurs solu-
lions. A la chaleur de la discussion, le progrès politique et social
mûrira.
Il n'est pas fâcheux, au point de vue des idées, que la question
je la présidence a'ait rien préjugé ni rien changé à la situation
respective des partis. Le terrain que pourra gagner l'opposition se-
ra légitimement conquis par la force des vérités. Si l'aveuglement
de la majorité persiste et prolonge la durée d'une politique anti-
frarçaise, la force de résistance de l'esprit public crottra dans la
même proportion. Mieux vaut attendre, jusqu'à la fin de la législa-
jure, un changement forcé, incontestable dans les idées et les ten-
dances du pouvoir, que transiger aujourd'hui avec des modifica-
lions de personnes qui ne changeraient rien aux errements gouver-
nementaux. La loi universelle, qui soumet les systèmes politiques
comme les hommes eux mêmes aux conditions de naissance, d'ajjo-
géeet de mort, oblige les partis à observer avec quelque patience
la phase descendante de la doctrine qui nous régit.
Cependant les progrès de cette phase descendante dépendent
lien autant de l'opposition que du destin. La phalange ministé-
rielle n'a guère aujourd'hui pour force de cohésion que celle que
lui ont donnée ses adversaires. L'égoïsme est le lest du navire con-
servateur; mais c'est la peur qui le gouverne. Si l'opposition pou-
rait démontrer demain qu'elle est réellement plus désintéressée,
tins pacifique, plus éclairée et plus sage que les ministres actuels,
Itbataillon des centres ne tarderait pas à se dissoudre. Les quel-
lues déserteurs qui ont quitté ses rangs depuis une année ont cer-
lainement moins obéi à l'envie de voir MM. Thiers et Barrot mi-
nistres, qu'à l'idée que le salut conservateur est dans le progrès
lui-même. Nous sommes convaincus que MM. Thiers, Barrot, Molé,
îillault et Dufaure n'auraient qu'à renoncer bien ouvertement,
lien volontairement à toute prétention au pouvoir pendant quel-
fies annees, et à débarrasser toutes les discussions de leurs ques.
tions persoiinelles, pour faire faire au parti conservateur des pro-
grès immenses.
Ce dernier point, objectera-t-on, serait peut-être plus difficile à
obtenir que la conversion complète de M. Guizot lui-même. Nous
J convenons; mais en ajoutant que, dans ce sens au moins, il y a
DIeO quelque chose à faire.
Il faut qu'on remarque que, si les fautes de l'opposition avaient
rait la partie belle au ministère lors des élections dernières, les
'Mesdes ministres ont, en revanche, supérieurement servi l'op-
Non en 1847. Il y a dix-huit mois, le pays pouvait croire en-
tore que la pa{ x dans le monde et l'ordre à l'intérieur étaient
mieux garantis par MM. Guizot et DuchàteI que par leurs compé-
titeurs parlementaires. Il serait assez difficile à cette heure au pays
d'avoir sur ce point une conviction parfaite.
En effet, si M. Thiers, dans l'esprit des conservateurs, a eu
grand tort de nous brouiller avec l'Angleterre et de compromettre
la pjix du monde, en 1840, à propos du vJce-roi d'Egypte, il est
logique que M. Guizot n'a pas eu absolument raison de conclure
les mariages espagnols de manière à briser définitivement l'alliance
anglaise à peine renouée et à laisser pour longues années suspendll
sur nos têtes un cas de guerre européenne. S il est certain que M.
Thiers avait bien maladroitement agi en 1840, puisqu'avec ses
bruits d'armements il réveilla les défiances des peuples et perdit
l'appui moral de notre influence extérieure, il est impossible de ne
pas reconnaître qu'en poussant l'amour de l'ordre et de la paix
jusqu'à intervenir en Portugal en faveur d'une reine parjure et
contre les droits évidents d'un peuple; jusqu'à entraver, compri- j
mer en Italie de concert avec l'Autriche, non-seulement les efforts-
régénérateurs des populations, mais encore les tendances généreu-
ses des gouvernements, jusqu'à fournir des armes à la guerre ci-
vile en Suisse et à provoquer contre elle une coalition armée, M.
Guizot n'ait également risqué bien légèrement de mettre l'Europe
en armes et aliéné bien gratuitement à la France les sympathies
populaires, la considération morale dont sa politique extérieure a
tant besoin. Enfin, s'il est écrit dans l'histoire que, sous l'adminis-
tration du 1 er mars, l'intérieur du pays ne fut pas très calme, très
tranquille; si on peut encore se souvenir qu'on s'avisa de chanter
alors la Marseillaise dans quelques théâtres, il est de notoriété,
pour les conservateurs comme pour les radicaux et socialistes, que
sous la présidence ministérielle de M. Guizot, le pays a été pen-
dant plusieurs mois agité par des scandales officiels d'un caractère
effrayant, et que, dans les cent banquets réformistes qui ont servi
de soupape à l'indignation de la France, l'exaltation patriotique de
la Marseillaise a été considérablement dépassée par la prose des
discours plus ou moins constitutionnels.
Or, de pareils rapprochements peuvent se passer de l'éloquence
de nombreux orateurs. L'opposition doit les laisser parler de ma-
nière à enlever aux conservateurs intelligents leurs dernières ex-
cuses de prédilection pour le cabinet actuel. Il lui serait facile de
prouver non-seulement que le cabinet du .29 octobre a plus que
tout autre compromis notre influence morale à l'étranger et trou-
blé les esprits au dedans, mais encore que la modération, l'amour
de la paix et la prudence sont aujourd'hui bien plutôt dans l'oppo-
sition et dans le pays que dans le gouvernement. Si cette démons-
tration devenait bien sensible aux deux Chambres, il est certain que
le ministère, son parti et son système auraient vécu.
Déjà on peut juger par les débats de l'adresse au Luxembourg
que ce triomphe moral de l'opposition serait facile. Le fait le plus
saillant de la discussion jusqu'ici, c'est qu'il y a eu plus d'intolé-
rance, de fanatisme et de violence même dans la bouche des dé-
fendeurs de la politique de M. Guizot que dans celle des oppo-
sants. Le proverbe : Tu te fâches, donc tu as tort, pourrait parfai-
tement être adressé aujourd'hui aux amis du cabinet par leurs ad-
versaires. Les ministériels de la noble Chambre n'ont pas toléré
qu'on parlât mal de M. de Metternich ni du roi de Prusse ; mais en
revanche ils ont proféré et applaudi les -récriminations les plus
amères centre la Diète et le peuple suisse, contre les mouvements
populaires de l'Italie, contre les banquets réformistes, la Conven- •
tion française et l'histoire de notre Révolution par l'honorabte M.' )
de Lamartine. Depuis M. de Sainte-Aulaire qui, à titre d'ami 'de
M. Guizot et d'ancien ambassadeur à Rome et à Vienne, s'est fait '
un devoir de vanter le libéralisme de M. de Metternich et de Gré;
goire XVI, aux dépens des populations italiennes , jusqu'à M. dé
Broglie, qui a quitté Londres exprès pour venir exhaler à la tri- r
bune tout le dépit, toute la colère que lui a causés le ridicule insue-
cès de la médiation en Suisse, la modération n'a pas été grande. ^
On avait déjà remarqué que pendant l'affaire suisse les deux jour- *
naux les moins charitables , les plus violents et les plus belliqueux
étaient précisément ceux qui, sous les titres de Journal des Débats
et Y Ilnivers, servent d'organes aux partis prétendus modérés,
chrétiens et pacifiques. Pour.M. le chancelier Pa«quier, M. de Bro-
glie et surtout pour M. de Montalembert, la même remarque est à
faire. Nous doutons qu'on trouve dans les débats les plus orageux de
la Diète suisse, avant, pendant et après l'exécution du Sonderbund,
plus d'amertume, de passion et de colère qu'il n'en est sorti ces
jours-ci de la bouche de ces trois honorables pairs. Déjà M. Guizot
et M. de Metternich, le Journal des Débats et Y Univers, avaient
fait parfaitement ressortir la dignité, le calme et la modération de la
Diète radicale. Il dépend des chefs de notre opposition aux Cham-
bres que leur modération et leur sagesse reçoivent de leurs adver-
saires le même genre d'éclat.
Les seuls coups qui ont déjà atteint le ministère pendant la dis- ' 1
cussion de l'adresse au Luxembourg lui ont été portés par des
hommes de réputation aussi modérée et conservatrice que la sienne.
M. de Ménars, conseiller à la cour de cassation, a fait baisser là
tête à M. Guizot en démontrant que l'intérêt même du parti con-
servateur exige la prompte solution par le pouvoir des problèmes
sociaux, économiques et politiques que les partis agitent. MM.
Molé, Passy, Pelet (de la Lozère) et Barthe, anciens ministres
conservateurs, ont fermé la bouche au grand ministre actuel en
repoussant, par un démenti plein de mesure et de dignité, toute
solidarité des cabinets précédents dans les habitudes vénales du 29
octobre. Eufin, MM. Cousin, de la Moskowa, Charles Dupin 'et
Victor Hugo ont obtenu un plein succès d'opposition en forçant la
commission de l'adresse à prendre elle-même texte de quelques
paroles bienveillantes adressées à Pie IX par M. Guizot dans une
lettre confidentielle à M. Rossi, pour réparer, à l'égard du libéral
pontife, le silence inconvenant du discours du trône et de l'a-
dresse.
Nous croyons que, si la chambre élective sait en agir de méme;
et contenir dans le calme et la mesure l'expression des nombreu-
ses vérités dont elle doit être l'organe, elle aura également bon
marché du ministère. Au moment où les peuples les plus ardents
savent se modérer dans la victoire, il appartient à l'opposition
française de prouver le désintéressement de ses vues, l'élévation
de ses principes, le calme de sa conscience. La seule erreur qui donne
encore du crédit au ministère et aux conservateurs-bornes, c'est
que les réformes sociales et politiques qu'on sollicite sont funestes -
à l'ordre et à la paix du monde. Si l'opposition s'attache à prouver
qu'il n'y a pas aujourd'hui d'autre parti extrême et' violent que
le parti conservateur, d'autres passions ennemies de l'ordre et de
FEUILLETON DE LA DÉMOCRATIE PACIFIQUE,
DIMANCHE 16 JANVIER.
MADEMOISELLE POMPONNETTE.
Chronique du dix-huitième siècle.
I.
. MUe Pomponnelte, ou, si vous voulez, Pomponnette tout court,—
yeiait ainsi, en t745 le plus joli corps de jeune femme qui eût
i» voltigé sur les planchas d'un .théâtre. Mlle Pomponnette tenait
mie royale de Musique l'I'lllploi de première nymphe rose. Si
ïûofi'• ttm! ez mieux, elle s'avançait sur le devant de la scène immédia.
iï t après les premiers sujets, la Guimard, la Dulhé et quelques
wà ?n beaucoup dans cette partie de la salle nommée le
cta • reine; on en raffolait dans le côté du roi. Le peintre Bou-
c ,qui s'était donné pour tâche de faire co!lection de toutes les
vogue à cette époque, avait trouvé en elle le motif d'un
î4oràhien Pastel. Mlle Pomponnetle était représentée en robe rose
a/e, avec des pompons à tous les nœuds du corset ; elle avait des
huit t' un carquois sur les épaules et un papillon d'argent noyé
WA cheveux. Au bas du portrait, l'artiste avait mis ce mot :
du nom )a. nymphe dont notre héroïne avait rempli le j
lôleda ballet avait pour titre les Amours de Télémaque.
A.la V o'la danseuse lit' se nommait plus Mlle Pomponnette,
toisMii e ?ylyanie Daucour. On lui voyait mener grand train, et Paris
entier disait, non sans sourire : « Ce n'est probablement pas avec
stscin,6 louis de gages que la petite peut faire si grande figure
ÎjusIP 9 beau jour, on sut que des liens d'une sympathie
etro' attacbaient monde. Il Mlle. Pomponnette à M. de La Popelinière, l'un des
plus financiers de ce siècle. L'homme d'or s'élit établi caissier
•klatto se d'opéra, à la condition d'un peu d'amour.
Dail I ^bourgSaint-Honoré, qui commençaitalori à sortir de terre,
Ilfinjn j avait fait construire un magnifique hôtel, orné de vestibules
de niarh de colonnes de porphyre. Ça et la, le long des escaliers,
Une stâ,re grandeur naturelle tenaiL'un candélabre à la main. Il y
îvait a), reste, profusion de gen? à livrée depuis le rez-de-chaussée
jusqù,alu es l'édifice.
Ppr,C0 tout ceci est à vous, avait dit M. de La Popelinière à la
^seus».C' use?"?n et abusez-en selon votre bon plaisir.
tooig, le tra?t tant joignait au cadeau une pension de dix mille livres par
Il s'en fallait cependant de beaucoup que Mlle Pomponnette fût heu-
reuse. Ainsi sont fait certains corps de femmes. Tous les trésors des
contes arabes ne les satisferaient pas. Mlle Pomponnette désirait ar-
demment une chose : être mariée à M. de la Popelinière.
N'allez pas croire qu'elle aimàt passionnément le* banquier, ni même
qu'elle se sentît pour lui le moindre goût; non : le secret de son envie
était tout entier dans le désir d'avoir une position avouable aux yeux
du monde, et de pouvoir entendre dire, lorsque son carrosse courait
au bois : « Cette jolie petite femme brime qu'emporte cet attelage de
chevaux blancs n'est autre que Mlle Pomponnette, de l'Opéra, aujour-
d'hui Mme de La Popelinière. »
A force de se fourrer cette idée fantastique dans la tête, notre dan-
seuse en était arrivée à se dire qu'il faudrait mourir de chagrin ou
d'ennui plutôt que d'y renoncer. Un jour elle écrivit au banquier une
petite missive, pliée en losange et passée au benjoin. Voici quelle était
la teneur de cette épître, ornée, selon la mode du temps, d'amours
bouffis et de cœurs percés de flèches :
« Monsieur,
» Voici mon ultimatum.
» Je serai voire femme pour tout de bon, ou, dès le mois prochain,
j'entrerai en religion au couvent des Dames-Repenties.
» Prononcez., r Votre servante,
» POMPONNETTE. »
Le cas étant des plus urgents, M. de la Popelinière envoya le lende-
main l'un de ses coureurs à l'hôtel du faubourg Saint-Honoré. On prit
la peine d'éveiller la déesse pour lui remettre la dépêche du Crésus.
La belle y trouva les lignes suivantes :
I( Petite,
» Voici ma réponse :
, » A votre pension, j'ajoute, à compter d'aujourd'hui, cinquante
mille livres et je vous supplie, par toutes les tendresses de mon cof-
fre-fort, de ne point entrer en religion.
,N Je vous baise les mains, » LA POPELINIÈRE. »
■■ Mais Mlle Pomponnette n'était point fille à en rester là. Dès le len-
demain, elle s'en alla trouver Mme de Tencin.
1 II faut vous dire que Mme de Tenon gouvernait alors la France ;
I elle avait pour son très-humble serviteur seif^min^iice monseigneur
i le cardinal Fleury, premier ministre, qy^#ttx,ernait l£>oi Louis XV.
L'entrevue eut quelque chose de toucMm^^^Pom^ofiuiçtte n'épar-
gna ni les lari)ies, ni les syncopes, ni es,. disant
que La Popelinière, pour la séduire, Wj tavaX^promis^^iariage, et
qu'à présent il ne songeait plus qu'à raj le^er, de, .la d'or aux
yeux. ^
1 Bief, la comédienne joua son rôle a, J ' t. t&;eerf&U4ni, que Mmf
de Tencin. qui n'était cependant pas naturel, fui
m
vivement émue et s'occupa, dès le même jour, de travailler l'esprit du
cardinal-ministre.
— Ces messieurs les beaux esprits ont beau faire, s'écria-t-elle, il
est toujours d'un bon exemple de voir nos seigneurs les financiers
épouser des nymphes d'Opéra.
Là-dessus elle mit sur son calepin la note ci-après, en encre rouge :
« MARIAGE. — Fiancer la finance, à la danse. — En toucher deux
mots à sa grandeur le cardinal. »
II.
On se trouvait en ce moment à l'époque du renouvellement du bail
des fermes. Sur la fin du mois de mars, le financier, qui tenait à con-
server sa charge, s'en fut, en habits d'apparat, pour rendre une visite
de cérémonie à son éminence. Ce dernier, enveloppé d'une houppe-
lande soie-puce et ayant la tête couverte d'une calotte de même cou-
leur, était assis au coin du feu, dans un fauteuil à la Voltaire. Il mâ-
chonnait, pour tuer le temps et la toux, des conserves de cerises,
qu'il prenait de temps en temps dans un drageoir d'or ciselé.
— Ah ça ! monsieur, quelle est donc cette demoiselle Sylvanie Dau-
cour, dite Pomponnette, dont j'entends parler à tout propos ? demanda
le cardinal à La Popelinière, lorsque celui-ci se présenta devant le
vieillard.
— Monseigneur, c'est une jeune personne charmante et parfaite-
ment élevée, s'empressa de répondre l'homme aux écus, espérant atté-
nuer par cet éloge le mauvais effet qu'aurait pu produire sur l'esprit
du ministre le récit de ses relations avec la jeune fille. Je dirai plus,
ajouta-t-il, c'est qu'il n'y a personne de si sage à l'Opéra.
— Fort bien, monsieur, reprit le ministre avec un sourire empreint
d'une malice toute cléricale. Je suis charmé que votre réponse soit
d'accord avec ce qui m'a déjà été dit à ce sujet. On calomnie trop fa-
cilement dans les gazettes ces dames de l'Académie royale de Musi-
que. Quant à celle qui nous occupe, ses mérites sont infinis, je le
vois, et elle est en outre on ne peut mieux recommandée à la cour.
Aussi, monsieur, dois-je vous prévenir que l'intention du roi est de
donner votre charge à celui qui deviendra l'époux de cette demoiselle
Pomponnette.
Ayant ainsi parlé, son éminence formula une petite toux sèche, prit
du bout des doigts quelques cerises confites dans sa boite d'or et con-
gédia d'un signe de main l'opulent solliciteur.
— Allons, la Tencin m'a joué par dessous la jambe, pensa le trai-
tant en regagnant sa voiture. Me voilà pris dans un contrat de ma-
riage comme un blaireau dans un traquenard. Bon gré, malgré, il
faudra que j'épouse.
L'intrigue, en effet, avait un heureux dénouement pour les deux
femmes. Point de mariage, point de continuation de bail des fermes. "
La Popelinière était riche, sans doute, mais il n'aurait pas pu donner
suite à ses prodigalités de prince, si son privilège lui eût été enlevé si
| brusquement,
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