Titre : La Petite presse : journal quotidien... / [rédacteur en chef : Balathier Bragelonne]
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1870-03-01
Contributeur : Balathier Bragelonne, Adolphe de (1811-1888). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32837965d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 01 mars 1870 01 mars 1870
Description : 1870/03/01 (A5,N1412). 1870/03/01 (A5,N1412).
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k47168419
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-190
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 22/10/2017
LA PETITE PRESSE
5 cent. :'le numéro. JOURNAL QUOTIDIEN 5 cent. le numéro
ABONNEMENTS. — Trois mois Six mois , Un an
Paris 5 fr. 9 fr. 18 flr.
Départements e Ï1
. Administrateur : BOURDILLIAT. 82
5me année — MARDI 1er MARS 1870. - No 1412
Rédacteur en chef : A. DE BALATHIER-BRAGELONNE
BUREAUX D'ABONNEMENT: 9, rl!1IC Drouot
ADMINISTRATION : 13, quai Volta-ire.
PARIS, 28 FÉVRIER 1870
FIGURES DE LA SEMAINE
GARIBALDI
On ne parlait plus de lui d^uis^.tl{cÇ&lèr*
temps, quand il reparaît tout à cottpr^aeîï^
plus en soldat/ mais en romancier. Son ro-
man s'appelle la Domination du Moine. C'est
la Cloche qui en publie la traduction fran-
çaise. Le Siècle s'indigne.
— Eh quoi ! dans un intérêt de réclame,
vous allez faire du soldat d'Aspromonte un
concurrent d'Alexandre Dumas!
— Puisque Alexandre Dumas a èonquis la
Sicile, Garibaldi peut bien écrire uia ro-
man.
Ce débat me touche peu. Mais il n'en est
pas de même de la figure de Garibaldi.
L'homme n'a pas tout à fait soixante-qua-
tre ans ; il est robuste encore, plein de vie,
et déjà la légende, interprète ses paroles
pour en agrandir la portée, dénature ses
actes pour les présenter sous .n jour poé-
tique.
Aux uns, il apparaît comme l'archange
armé du glaive.
Aux autres, il fait l'effet d'un acteur des
boulevards...
Quel est donc le vrai Garibaldi?
Un romancier polonais, Sztirmer, a dit
que le caractère d'un homme était le produit
de ces trois choses : la nature, l'éducation,
les circonstances.
«te
La nature.
Garibaldi est bilieux, comme le général
Bonaparte, comme les neuf dixièmes des
hommes d'action.
Il est Italien. jî
Les Italiens sont les plus pratiqués- des
hommes. 1
Nous autres du Nord, nous avons xréé
l'idéal, nous nous usons à cent poursuites
impossibles, nous divisons nos forces, nous
voulons ceci, nous voulons cela, nous* n'a-
vons rien. La vie' est pour nous une. paa-
- chine compliquée. Pour eux, c'est la chose
simple. Ils'sont trop dilettantes pour ne pas
aimer tous les luxes, appartement, table,
toilette ; mais ils n'y attachent qu'une im-
portance secondaire et ils savent s'en passer.
Impossible de trouver un bon cigare dans
toute l'Italie. Qu'importe? En fumant leur
petite chose noire, les Italiens parlent d'ar-t
bi de patrie.
>" ous' leurs arcades; devant ' leurs cafés,
%d'\>mbre, ils jouissenl sans fatigue de la
Y.1e publique des anciens. SÏÏfs font peu de
îfëaiogne, c'est qu'ils jugent que mieux vaut
attendre que s'.'.giter en efforts stériles.' „
' Politiques, ils ont l'intelligence qui met à
profit les événements, à défaut de l'initiative
qui les crée. Musiciens, ils n'écoutent dans
un opéra que les airs, c'est-à-dire ce qui Hst
sentiment et passion. Amoureux, ils ne pas-
sent pas à se créer des tourments un temps
qui peut être donné au plaisir. En toutes
choses, ils vont droit du désir à la satisfac-
tion, mais ils n'ont, en fait de désirs, que'
ceux qu'ils croient réalisables, et leur bon
sens est infini.
L'éducation.
Garibaldi enfant fut témoin des tristes!
événements qui signalèrent, de 1815 à 1830,
la prise de possession de l'Italie par ses'pe-
tits souverains absolus.
Devant lui, son père, un vieux patriote,
s'indignait tout haut.
Destiné à la marine, il s'habituait dès l'a-
dolescence à jouer avec le danger. Qnand on
est sorti sain et sauf de dix tempêtes, on se
croit volontiers à l'abri de tous les accidents,
on regarde bien en face les situations les
plus périlleuses, et l'on est toujours tenté
de se dire : — Comment! ce n'est que ça!,..
Les circonstances. /
En 1834, à 27 ans, Garibaldi conspire à
Gênes. La conspiration est découverte. Il
se réfugie en France.
Six mois "après, il obtenait du bey de Tu-
nis le commandement d'une frégate.
Il apprend que là-bas, en Amérique, la
petite république de l'Uruguay défend son in-
dépendance. Il part pour Montevideo. Sur
mer, sur terre, capitaine de vaisseau, chef
de guérillas, il se bàt pendant dix ans., Sa
femme, une créole, partage ses fatigues et
-ses dangers. '
1848 le rappelle en Italie. Charles-Albert
a déclaré la guerre à l'Autriche. Garibaldi
se jette dans le Tvrol à la tête d'un corps
franc et prend pari h.la campagne. Le ,I-lié-
mont vaincu, Rome tient encore. Il se rend
à Rome. Il organise la défense. Il sauve la
retraite. Il ne quitte' le sol italien que le der-
nier parmi ses défenseurs.
En 1851, à New-York, M. Oscar Co-
mettant, rédacteur du Sièc'c, visitait une
grande fabrique debout' s. Dans une baraque
en-fHanehes', au fond d'une cour, il remar-
qua un homme jeune encore, qui tenait des
livres.—'C'est un Italien exilé, lui dit le.
maître de la fabrique; il m'a demandé à ga-
gner sa vie ici, et je lui ai clon,é une petite
place de douze cents francs. — Comment
l'il ? — Garibaldi.
En 1852, le teneur de' livres improvisé
quittait sa baraque de New-York pour le ■
pont d'un vaisseau péruvien.
En 1854, il revenait à Gênes, où il trou-
vait un poste de .piLaine de paquebot.
Le reste est présent à toutes les mé-
moires.
Un volontaire m'a raconté la journée de
Côme :
« A cinq heures du matin, les Autrichiens
attaquaient Varese. Nous les repoussons..
« A six heures, le général (Garibaldi)
nous réunit et nous dit : — Mes enfants,
êtes-vous fatigués? — Non ! non ! —- Bien
vi-ai ? — Bi-en vrai ! — Alors, en avant !
(1. Nous marchons pendant qualre heures.
La chaleur était accablante. Un village se
-rencontre : — Halte! LI; général dit à Medici :
Je veux dormir une demi-heure; je vous
charge de me réveiller ! Il étend son man-
teau au milieu de route et s'endort sous
le soleil. La demi-heure passe. En .avant!
A midi nous trouvons les Autrichiens per-
ehés sur les collines. Le combat commence.
Il dure jusque minuit. Les pentes étaient
quelquefois svrapides qu'il fallait s'accoter à
un arbre pour charger son fusil. Bah ! on se
battait tout de même, et on marchait en se
battant. A la lueur des torches et des lam-
pions, le général, en chemise bleue, son sa-
bre au fourreau, sa main' dans un foulard
en écharpo, fit son entrée à Côme. Nous
étions debout depuis vingt heures, mais
nous n'étions pas fatigués. »
Un autre volontaire m'a fait le court ta-
bleau d'une rencontre en Sicile. : , j
« Nous étions trois ou quatre eents ga-
mins. Le plus vieux avait vingt ans.
« L'ordre arrive de marcher sur un régi-
ment napolitain qui se trouvait en face, sur
la hauteur. \
« Nous marchons. On nous fusille. Nous
redescendons en désordre. -
« — En avant ! Nous repartons. Fusillés
encore. Cette fois nous prenons nos jambes
à notre cou.
« — Le général ! crie quelqu'un.
« Tout le monde s'arrête.
« Garibaldi descend de son cheval, un petit
cheval sarde de deux sous, qu'il montait
comme un fantassin ; il n'avait pas seule-
ment de sous-pieds.
« — Eh bien ! dit-il.
« Il priait de sa voix ordinaire, mais il
nous regardait en parlant et son œil brillait
comme une plaque d'acier.
«, - Eh bien? Vous m'attendiez? Me
voilà! Vous allez venir avec moi, n'est-ce
i pas?
« Il n'attendit pas la réponse, tira son sa-
bre et se mit à marcher en avant sans regar-
der derrière lui.
« Inutile d'ajouter qu'on le suivit.
« Cinq minutes après, le régiment enne-
mi, enfoncé, prenait la fuite. »
Faut-il raconter l'entrée à Naples?
Le roi et fa reine viennent de quitter la.
capitale. Les partis s'agitent. Une foule di-
visée d'opinion encombre les rues et le port.
Quelques régiments, l'arme au bras, campent
encore sur les places. Un petit groupe d'hom-
mes à cheval paraît à l'entrée de la ville. L'un
des cavaliers salue le peuple, qui lui répond
par une immense acclamation : — Garibaldi!
Garibaldi !...
.. C'était, Garibaldi en effet, qui venait, lui
quatrième, prendre possession du royaume
de Naples au nom de l'Italie.
De la nature, de l'éducation, des circons-
tances, le caractère de l'homme se dégage-!-
il maintenant pour vous?
Vous l'avez vu, rien du chef de partisans
empanaché dans le bonhomme tranquille, au
bras en écharpe, de la route de Côme; rien
du héros beau parleur dans le fantassin à
cheval de la campagne: de Sicile! La che-
L'HOMME AUX YEUX D'ACIER
PREMIÈRE PARTIE
LE DÉFILÉ DU DIABLE
XXV
Ce qu'était le général étranger.
27
De Grandpré avait à prendre des mesures
; .Irès-sérieuses ; il lui fanait réorganiser son
~camp, faire enlever les blessés, aviser à mille
détails ; il pourvut à tout. '
Mais voilà qu'au milieu de tant d'occupa-
tions urgentes il fut distrait par le retour de
l'escadron français.
Celui-ci revenait après avoir sabré une cen-
taine d'Arabes moins bien montés que les au-
tres; à sa tête, en avant des officiers, de
Grandpré, vit sir Johnston et le personnage
aux broderies et aux plumets qui l'avait in-
ttigué,
— Décidément, pensa de Grandpré, c'est un ,
général danois ou russe.
Et fil marcha au-devant de ' sir Johnston,
qui accourait bride abattue avec son compa-
gnon, lequel avait la tête basse.
APrivé près du capitaine, sir Johnston héla
un zouave et le pria de tenir la bride de son
cheval et aussi celle du personnage qui sem-
blait, tout brillant que fût l'uniforme, ne pas
faire pour l'instant des réflexions couleur de
rose, tant s'en fallait.
Il imita sir Johnston et il mit pied à terre,
non sans hésitation.
L'Anglais avait sa cravache à la main et en
cinglait l'air.
De Grandpré s'approcha.
— Pardon, capitaine, dit .sir Johnston d'un
air calmer mais sec, je suis à vous dans un
instant; mais j'ai une petite affaire à régler
avec l'imbécile que vous voyez là !
Et saisissant le monsieur aux panaches au
collet d'une main, il lui administra de l'autre
une volée de coups de cravache.
Les zouaves indigènes n'en revenaient pas :
battre un homme si emplumé !
Et de:Grandpré était très-surpris ; il se fût
permis d'intervenir si l'escadron entier qui |
suivait sir Johnston s'etl poussé des éclats
de rire retentissants devant le tableau qu'of-
frait le général étranger gourmé par l'Anglais.
Le battant suait.
Le battu criait..
Après une correction consciéncieué, sir !
Johnston s'arrêta de frapper, mais sa victime !
ne cessa pas de hurler. !
— Tais-toi, drôle! ordonna le gentleman,
ou je recommence.
Puis, se tournant vers de Grandpré :
— Ne m'en veúillez pas, mon capitaine, dit-
il ; je vous ai fait attendre à cause de ce co-
quin, mais il est nécessaire de mettre ses gens
au pas dès le début si l'on veut être bien
servi.
— C'est donc votre domestique? demanda
de Grandpré.
— C'est mon laquais. '
Et comme l'homme aux broderies récrimi-
nait, son maître lui ordonna :
— Viens ici, Jean !
Jean s'avança.
Sir Jchnston tira de son calepin un papier
timbré et le déplia.
— Voilà le marché que tu as signé libre-
ment pour une année, dit sir Johnston.
Et au capitaine :
— Permettez-moi, je vous- prie, d'en finir
avec les doléances de cet Imbécile.
Il lut gravement :
- « Alger, le... etc.
«Entre sir Johnston, esquire, d'une part,
et Jean-Biaise-Louis Bernier, d'autre part, il
a été convenu ce qui suit :
« Jeàn-Blaise-Louis Bernier entre au service
de sir Johnston, esquire,. pour une année, et
s'engage à le suivre partout où il ira, autorisant
son maître à employer la force si besoin est,
pour obliger son laquais à exécuter cette clause.
« Sir Johnston, esquire, s'engage à nourrir-
Jean-Biaise-Louis Bernier et à lui fournir
telle livrée que celui-ci souhaitera, à lui payer
t
"
mensuellement cinq livres sterling; à lui
compter, après une année révolue, cent livres
sterling. »
Suivaient d'autres clauses moins importantes.
Lecture faite, sir Johnston reprit :
— Quand il s'est agi de charger les Arabes,
. tu as refusé de marcher; j'ai dû t'administrer
des coups de plat de sabre pour te faire avan-
cer; c'est mon droit; où - je vais, tu me suis.
Qu'as-tu à répondre?
-r Je veux m'en retourner à Bône, dit le
malheureux Jean-Biaise.
— Et moi, je ne le veux pas! fit l'Anglais.
Il ne fallait pas signer.
Puis, menaçant : *
— A l'avenir, suis-moi, car je te battrai plus
vigoureusement encore si tu te permets de res-
ter d'une semelle en arrière.
Et tirant sa bourse, il lança un louis à mai-
tre Jean, qui, quoique éreinté, sauta sur le
louis et dit : merci, mylord.
On ne pouvait pas être plus plat que ce
grand benêt.
Comme sir Johnston l'expliqua à Grand-
pré : il avait, après avoir obtenu permission
de suivre la colonne, cherché un domestique;
du moment où il renonçait à être chasseur,
métier où l'on se sert soi-même, sir Johnston
voulait un valet.
Il fit insérer un avis dans l'Akbar et de- ,
manda un laquais.
Le premier qui se présenta fut Jean-Blaise. j
il était habillé en chasseur de granda maison.
— Monsieur, dit-il à sir Johnston, je suis le
chasseur du comte d'Espart, l'intendant de la
c
Voir le numéro àu3 février.
1
5 cent. :'le numéro. JOURNAL QUOTIDIEN 5 cent. le numéro
ABONNEMENTS. — Trois mois Six mois , Un an
Paris 5 fr. 9 fr. 18 flr.
Départements e Ï1
. Administrateur : BOURDILLIAT. 82
5me année — MARDI 1er MARS 1870. - No 1412
Rédacteur en chef : A. DE BALATHIER-BRAGELONNE
BUREAUX D'ABONNEMENT: 9, rl!1IC Drouot
ADMINISTRATION : 13, quai Volta-ire.
PARIS, 28 FÉVRIER 1870
FIGURES DE LA SEMAINE
GARIBALDI
On ne parlait plus de lui d^uis^.tl{cÇ&lèr*
temps, quand il reparaît tout à cottpr^aeîï^
plus en soldat/ mais en romancier. Son ro-
man s'appelle la Domination du Moine. C'est
la Cloche qui en publie la traduction fran-
çaise. Le Siècle s'indigne.
— Eh quoi ! dans un intérêt de réclame,
vous allez faire du soldat d'Aspromonte un
concurrent d'Alexandre Dumas!
— Puisque Alexandre Dumas a èonquis la
Sicile, Garibaldi peut bien écrire uia ro-
man.
Ce débat me touche peu. Mais il n'en est
pas de même de la figure de Garibaldi.
L'homme n'a pas tout à fait soixante-qua-
tre ans ; il est robuste encore, plein de vie,
et déjà la légende, interprète ses paroles
pour en agrandir la portée, dénature ses
actes pour les présenter sous .n jour poé-
tique.
Aux uns, il apparaît comme l'archange
armé du glaive.
Aux autres, il fait l'effet d'un acteur des
boulevards...
Quel est donc le vrai Garibaldi?
Un romancier polonais, Sztirmer, a dit
que le caractère d'un homme était le produit
de ces trois choses : la nature, l'éducation,
les circonstances.
«te
La nature.
Garibaldi est bilieux, comme le général
Bonaparte, comme les neuf dixièmes des
hommes d'action.
Il est Italien. jî
Les Italiens sont les plus pratiqués- des
hommes. 1
Nous autres du Nord, nous avons xréé
l'idéal, nous nous usons à cent poursuites
impossibles, nous divisons nos forces, nous
voulons ceci, nous voulons cela, nous* n'a-
vons rien. La vie' est pour nous une. paa-
- chine compliquée. Pour eux, c'est la chose
simple. Ils'sont trop dilettantes pour ne pas
aimer tous les luxes, appartement, table,
toilette ; mais ils n'y attachent qu'une im-
portance secondaire et ils savent s'en passer.
Impossible de trouver un bon cigare dans
toute l'Italie. Qu'importe? En fumant leur
petite chose noire, les Italiens parlent d'ar-t
bi de patrie.
>" ous' leurs arcades; devant ' leurs cafés,
%d'\>mbre, ils jouissenl sans fatigue de la
Y.1e publique des anciens. SÏÏfs font peu de
îfëaiogne, c'est qu'ils jugent que mieux vaut
attendre que s'.'.giter en efforts stériles.' „
' Politiques, ils ont l'intelligence qui met à
profit les événements, à défaut de l'initiative
qui les crée. Musiciens, ils n'écoutent dans
un opéra que les airs, c'est-à-dire ce qui Hst
sentiment et passion. Amoureux, ils ne pas-
sent pas à se créer des tourments un temps
qui peut être donné au plaisir. En toutes
choses, ils vont droit du désir à la satisfac-
tion, mais ils n'ont, en fait de désirs, que'
ceux qu'ils croient réalisables, et leur bon
sens est infini.
L'éducation.
Garibaldi enfant fut témoin des tristes!
événements qui signalèrent, de 1815 à 1830,
la prise de possession de l'Italie par ses'pe-
tits souverains absolus.
Devant lui, son père, un vieux patriote,
s'indignait tout haut.
Destiné à la marine, il s'habituait dès l'a-
dolescence à jouer avec le danger. Qnand on
est sorti sain et sauf de dix tempêtes, on se
croit volontiers à l'abri de tous les accidents,
on regarde bien en face les situations les
plus périlleuses, et l'on est toujours tenté
de se dire : — Comment! ce n'est que ça!,..
Les circonstances. /
En 1834, à 27 ans, Garibaldi conspire à
Gênes. La conspiration est découverte. Il
se réfugie en France.
Six mois "après, il obtenait du bey de Tu-
nis le commandement d'une frégate.
Il apprend que là-bas, en Amérique, la
petite république de l'Uruguay défend son in-
dépendance. Il part pour Montevideo. Sur
mer, sur terre, capitaine de vaisseau, chef
de guérillas, il se bàt pendant dix ans., Sa
femme, une créole, partage ses fatigues et
-ses dangers. '
1848 le rappelle en Italie. Charles-Albert
a déclaré la guerre à l'Autriche. Garibaldi
se jette dans le Tvrol à la tête d'un corps
franc et prend pari h.la campagne. Le ,I-lié-
mont vaincu, Rome tient encore. Il se rend
à Rome. Il organise la défense. Il sauve la
retraite. Il ne quitte' le sol italien que le der-
nier parmi ses défenseurs.
En 1851, à New-York, M. Oscar Co-
mettant, rédacteur du Sièc'c, visitait une
grande fabrique debout' s. Dans une baraque
en-fHanehes', au fond d'une cour, il remar-
qua un homme jeune encore, qui tenait des
livres.—'C'est un Italien exilé, lui dit le.
maître de la fabrique; il m'a demandé à ga-
gner sa vie ici, et je lui ai clon,é une petite
place de douze cents francs. — Comment
l'il ? — Garibaldi.
En 1852, le teneur de' livres improvisé
quittait sa baraque de New-York pour le ■
pont d'un vaisseau péruvien.
En 1854, il revenait à Gênes, où il trou-
vait un poste de .piLaine de paquebot.
Le reste est présent à toutes les mé-
moires.
Un volontaire m'a raconté la journée de
Côme :
« A cinq heures du matin, les Autrichiens
attaquaient Varese. Nous les repoussons..
« A six heures, le général (Garibaldi)
nous réunit et nous dit : — Mes enfants,
êtes-vous fatigués? — Non ! non ! —- Bien
vi-ai ? — Bi-en vrai ! — Alors, en avant !
(1. Nous marchons pendant qualre heures.
La chaleur était accablante. Un village se
-rencontre : — Halte! LI; général dit à Medici :
Je veux dormir une demi-heure; je vous
charge de me réveiller ! Il étend son man-
teau au milieu de route et s'endort sous
le soleil. La demi-heure passe. En .avant!
A midi nous trouvons les Autrichiens per-
ehés sur les collines. Le combat commence.
Il dure jusque minuit. Les pentes étaient
quelquefois svrapides qu'il fallait s'accoter à
un arbre pour charger son fusil. Bah ! on se
battait tout de même, et on marchait en se
battant. A la lueur des torches et des lam-
pions, le général, en chemise bleue, son sa-
bre au fourreau, sa main' dans un foulard
en écharpo, fit son entrée à Côme. Nous
étions debout depuis vingt heures, mais
nous n'étions pas fatigués. »
Un autre volontaire m'a fait le court ta-
bleau d'une rencontre en Sicile. : , j
« Nous étions trois ou quatre eents ga-
mins. Le plus vieux avait vingt ans.
« L'ordre arrive de marcher sur un régi-
ment napolitain qui se trouvait en face, sur
la hauteur. \
« Nous marchons. On nous fusille. Nous
redescendons en désordre. -
« — En avant ! Nous repartons. Fusillés
encore. Cette fois nous prenons nos jambes
à notre cou.
« — Le général ! crie quelqu'un.
« Tout le monde s'arrête.
« Garibaldi descend de son cheval, un petit
cheval sarde de deux sous, qu'il montait
comme un fantassin ; il n'avait pas seule-
ment de sous-pieds.
« — Eh bien ! dit-il.
« Il priait de sa voix ordinaire, mais il
nous regardait en parlant et son œil brillait
comme une plaque d'acier.
«, - Eh bien? Vous m'attendiez? Me
voilà! Vous allez venir avec moi, n'est-ce
i pas?
« Il n'attendit pas la réponse, tira son sa-
bre et se mit à marcher en avant sans regar-
der derrière lui.
« Inutile d'ajouter qu'on le suivit.
« Cinq minutes après, le régiment enne-
mi, enfoncé, prenait la fuite. »
Faut-il raconter l'entrée à Naples?
Le roi et fa reine viennent de quitter la.
capitale. Les partis s'agitent. Une foule di-
visée d'opinion encombre les rues et le port.
Quelques régiments, l'arme au bras, campent
encore sur les places. Un petit groupe d'hom-
mes à cheval paraît à l'entrée de la ville. L'un
des cavaliers salue le peuple, qui lui répond
par une immense acclamation : — Garibaldi!
Garibaldi !...
.. C'était, Garibaldi en effet, qui venait, lui
quatrième, prendre possession du royaume
de Naples au nom de l'Italie.
De la nature, de l'éducation, des circons-
tances, le caractère de l'homme se dégage-!-
il maintenant pour vous?
Vous l'avez vu, rien du chef de partisans
empanaché dans le bonhomme tranquille, au
bras en écharpe, de la route de Côme; rien
du héros beau parleur dans le fantassin à
cheval de la campagne: de Sicile! La che-
L'HOMME AUX YEUX D'ACIER
PREMIÈRE PARTIE
LE DÉFILÉ DU DIABLE
XXV
Ce qu'était le général étranger.
27
De Grandpré avait à prendre des mesures
; .Irès-sérieuses ; il lui fanait réorganiser son
~camp, faire enlever les blessés, aviser à mille
détails ; il pourvut à tout. '
Mais voilà qu'au milieu de tant d'occupa-
tions urgentes il fut distrait par le retour de
l'escadron français.
Celui-ci revenait après avoir sabré une cen-
taine d'Arabes moins bien montés que les au-
tres; à sa tête, en avant des officiers, de
Grandpré, vit sir Johnston et le personnage
aux broderies et aux plumets qui l'avait in-
ttigué,
— Décidément, pensa de Grandpré, c'est un ,
général danois ou russe.
Et fil marcha au-devant de ' sir Johnston,
qui accourait bride abattue avec son compa-
gnon, lequel avait la tête basse.
APrivé près du capitaine, sir Johnston héla
un zouave et le pria de tenir la bride de son
cheval et aussi celle du personnage qui sem-
blait, tout brillant que fût l'uniforme, ne pas
faire pour l'instant des réflexions couleur de
rose, tant s'en fallait.
Il imita sir Johnston et il mit pied à terre,
non sans hésitation.
L'Anglais avait sa cravache à la main et en
cinglait l'air.
De Grandpré s'approcha.
— Pardon, capitaine, dit .sir Johnston d'un
air calmer mais sec, je suis à vous dans un
instant; mais j'ai une petite affaire à régler
avec l'imbécile que vous voyez là !
Et saisissant le monsieur aux panaches au
collet d'une main, il lui administra de l'autre
une volée de coups de cravache.
Les zouaves indigènes n'en revenaient pas :
battre un homme si emplumé !
Et de:Grandpré était très-surpris ; il se fût
permis d'intervenir si l'escadron entier qui |
suivait sir Johnston s'etl poussé des éclats
de rire retentissants devant le tableau qu'of-
frait le général étranger gourmé par l'Anglais.
Le battant suait.
Le battu criait..
Après une correction consciéncieué, sir !
Johnston s'arrêta de frapper, mais sa victime !
ne cessa pas de hurler. !
— Tais-toi, drôle! ordonna le gentleman,
ou je recommence.
Puis, se tournant vers de Grandpré :
— Ne m'en veúillez pas, mon capitaine, dit-
il ; je vous ai fait attendre à cause de ce co-
quin, mais il est nécessaire de mettre ses gens
au pas dès le début si l'on veut être bien
servi.
— C'est donc votre domestique? demanda
de Grandpré.
— C'est mon laquais. '
Et comme l'homme aux broderies récrimi-
nait, son maître lui ordonna :
— Viens ici, Jean !
Jean s'avança.
Sir Jchnston tira de son calepin un papier
timbré et le déplia.
— Voilà le marché que tu as signé libre-
ment pour une année, dit sir Johnston.
Et au capitaine :
— Permettez-moi, je vous- prie, d'en finir
avec les doléances de cet Imbécile.
Il lut gravement :
- « Alger, le... etc.
«Entre sir Johnston, esquire, d'une part,
et Jean-Biaise-Louis Bernier, d'autre part, il
a été convenu ce qui suit :
« Jeàn-Blaise-Louis Bernier entre au service
de sir Johnston, esquire,. pour une année, et
s'engage à le suivre partout où il ira, autorisant
son maître à employer la force si besoin est,
pour obliger son laquais à exécuter cette clause.
« Sir Johnston, esquire, s'engage à nourrir-
Jean-Biaise-Louis Bernier et à lui fournir
telle livrée que celui-ci souhaitera, à lui payer
t
"
mensuellement cinq livres sterling; à lui
compter, après une année révolue, cent livres
sterling. »
Suivaient d'autres clauses moins importantes.
Lecture faite, sir Johnston reprit :
— Quand il s'est agi de charger les Arabes,
. tu as refusé de marcher; j'ai dû t'administrer
des coups de plat de sabre pour te faire avan-
cer; c'est mon droit; où - je vais, tu me suis.
Qu'as-tu à répondre?
-r Je veux m'en retourner à Bône, dit le
malheureux Jean-Biaise.
— Et moi, je ne le veux pas! fit l'Anglais.
Il ne fallait pas signer.
Puis, menaçant : *
— A l'avenir, suis-moi, car je te battrai plus
vigoureusement encore si tu te permets de res-
ter d'une semelle en arrière.
Et tirant sa bourse, il lança un louis à mai-
tre Jean, qui, quoique éreinté, sauta sur le
louis et dit : merci, mylord.
On ne pouvait pas être plus plat que ce
grand benêt.
Comme sir Johnston l'expliqua à Grand-
pré : il avait, après avoir obtenu permission
de suivre la colonne, cherché un domestique;
du moment où il renonçait à être chasseur,
métier où l'on se sert soi-même, sir Johnston
voulait un valet.
Il fit insérer un avis dans l'Akbar et de- ,
manda un laquais.
Le premier qui se présenta fut Jean-Blaise. j
il était habillé en chasseur de granda maison.
— Monsieur, dit-il à sir Johnston, je suis le
chasseur du comte d'Espart, l'intendant de la
c
Voir le numéro àu3 février.
1
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