Titre : Le Petit Troyen : journal démocratique régional ["puis" journal quotidien de la démocratie de l'Est "puis" grand quotidien de la Champagne]
Éditeur : [s.n.] (Troyes)
Date d'édition : 1889-01-02
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32837632m
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 02 janvier 1889 02 janvier 1889
Description : 1889/01/02 (A9,N2609). 1889/01/02 (A9,N2609).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG10 Collection numérique : BIPFPIG10
Description : Collection numérique : Fonds régional :... Collection numérique : Fonds régional : Champagne-Ardenne
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4317820g
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-87978
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 12/03/2018
9 e Année. — N° 26C9
JOURNAL QUOTIDIEN RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE RÉGIONAL
Mercredi Z Janvier 1889
ABONNEMENTS
Aube et Départements limitrophes :
Un an, 18 francs. — Six mois, O francs. — Trois mois, 5 francs.
Autres Départements : Un an, 22 fr.; Six mois, 11 fr.; Trois mois, 6 fr.
Lo Numéro : 5 Centimes
Administration & Rédaction : Rue Thiers, 126, T ROY ES
Directeur politique : GASTON ARBOUIN
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Paris : chez AUDBOURG et O, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
SESSION CLOSE
Lçi session a été close samedi soir,
sur les dix heures, par le vote du bud
get. La discussion de la loi financière
n’a pas été, cette année, l’occasion
d’importants débats. La raison en est
simple. On sait à la suite de quels in
cidents le gouvernement s’est résolu,
contre notre avis et pour être agréable
au Sénat, qui lui en a d’ailleurs témoi
gné si vivement sa reconnaissance, à
disjoindre de la loi annuelle toutes les
grosses questions de réformes budgé
taires. Elles font l’objet de projets spé
ciaux.
Ainsi abandonnés à eux-mêmes et
confiés aux soins malveillants de com
missions indifférentes ou hostiles, ces
malheureux verront-ils le jour dans le
courant de l’année nouvelle, il est con
venable de le souhaiter. Mais le vœu
risque fort de rester platonique.
A cette mutilation, le budget a du
moins gagné d’être intégralement voté
avant l’échéance fatale du 31 décembre.
Je dis : gagné, pour me conformer à
l'opinion générale. C’est un inconvé
nient notre avis fort mince que le vote
de douzièmes provisoires. Il n’en faut
pai moins reconnaître que c’est une
mesur- mal accueillie par le public. On
l’a évitée. Tant mieux.
Au reste, cette session n'a pas l’uni
que mérite d’avoir bien fini. Elle n’a
vait pas mal commencé.
Le jour même où elle s'ouvrait, le 15
octobre, le cabinet déposait sur lo bu
reau de la Chambre un projet de révi
sion des lois constitutionnelles.
Nous avons dit sur cette œuvre, au
moment qu’elle a paru, notre sentiment
tout entier. Nous ne sommes pas des
admirateurs enthousiastes de la con
ception ministérielle. Nous la criti
quons sur plus d’un point. Mais enfin
pour défectueux que soit ce produit de
la genèse ministérielle, — on peut ap
pliquer à ses parents le mot connu :
« C’est déjà bien joli que d’en avoir
fait un. »
Le gouvernement a eu, à le mettre
au monde, un double mérite. Il a dû
vaincre de nombreuses résistances,
dont toutes n’étaient pas prévues. Mal
gré tous les donneurs de conseils, il a
tenu les promesses qu’il avait faites.
De plus, en même temps qu’il posait la
question de la révision, il condamnait
la doctrine détestable que M. Jules
Ferry avait fait prévaloir en 1884. M.
Floquet proclame, dans son exposé des
motifs, la souveraineté du Congrès.
Tous les droits sont ainsi réservés,
toutes les initiatives sont possibles et
au premier rang, celle des députés qui
entendent demander au Congrès de
n’user de son pouvoir souverain que
pour le remettre aux mains d’une
Constituante.
La session extraordinaire de 1888
n’a pas vu seulement poser d’une ma
nière officielle, comme il le fallait, la
question de la révision et aboutir l’exa
men de la loi budgétaire. Bien des lois
d’affaires y ont été étudiées, quelques-
unes menées à bien.
Dans cet ordre d’idées, la Chambre
a, selon nous, quelques votes graves à
se reprocher. Nous mettons en pre
mière ligne la décision qui, malgré une
très brillante intervention de M. Go-
blet, a rejeté la convention avec la
Grèce.
Il sied par contre de porter à l’actif
de la Chambre l’adoption d’un projet
de loi sur les faillites. Il y a huit ans
que cette question était en suspens au
Palais Bourbon. Il nous sera permis de
rappeler que c’est sur notre initiative
que la commission déférant aux vœux
répétés du commerce, s’est décidé à ap
porter à la Chambre un projet plus
simple et par cela même plus facile
ment acceptable que l’œuvre grandiose
dont l’esquisse gisait, depuis de longs
mois, sous la poussière des cartons.
Nous aurions voulu voir le rapporteur
et la commission pousser l’esprit dos
sacrifices plus loin encore qu’ils n’y
ont consenti. Ils ont résisté à nos ins
tances. Peut-être ont-ils eu raison. La
Chambre a adopté leurs propositions,
légèrement modifiées. Dès la rentrée, le
Sénat, sur le rapport de M. Démêlé,
discutera le projet, cette fois fortement
retouché. Nous souhaitons vivement
que l’évènement trompe nos craintes et
que la réforme de la loi de 1838, aussi
détaillée que l’a voulu la commission
de la Chambre, devienne une réalité
avant la fin de la législature.
Un grand débat a rempli les derniè
res séances de cette session. La loi mi
litaire, de retour du Sénat, a été mise
sur le chantier. La loi sur le rengage
ment des sous-officiers a été complète
ment adoptée. La loi sur le recrute
ment a été poussée assez loin. On eût
pu en déblayer tout à fait l’ordre du
jour et la renvoyer cette année même,
au Sénat, si, pour en retarder le vote,
la droite n’eût eu recours à tous les
moyens.
A côté de ces débats retentissants,
d’autres plus modestes se sont glissés
dans les interstices de Tordre du jour.
Quelques lois, et des plus utiles, ont été
ainsi adoptées sans fracas. Nous ne vou
lons citer que la proposition de notre
ami Maillard, si juste, si impatiemment,
attendue par le commerce des liquides.
Elle met fin aux iniquités du décret dic
tatorial de 1852, en ne privant plus de
leurs droits politiques, comme des mal
faiteurs, les débitants, qui n’auront été
frappés que d'une peine légère, pour
avoir mouillé leur vin. La proposition
a été votée par la Chambre. Elle est à
cette heure devant le Sénat.
Telle est, dans quelques-uns de ses
principaux traits, l’œuvre législative de
ces derniers mois. Qu’elle eût pu être
plus féconde ou plus brillante : nous ne
le nions pas. Mais que la Chambre, dans
ces trois mois, n’ait absolument rien
fait, il n’y a que des députés laborieux
et assidus, comme M. Boulanger et ses
copains, qui aient le droit de l’affirmer
sans rire. A. MILLERAND.
PAR FIL SPÉCIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 31 décembre.
Grâces et commutations de peine
M. Ferrouillat et M. Jacquin, président de
la commission des grâces, se sont rendus ce
matin à l’Elysée où ils ont fait signer par le
président de la République un certain nombre
de grâces et commutations de peine.
Le tzar et le pape
On télégraphie de Rome, 31 décembre t
Le pape a reçu du tzar un télégramme de
félicitations à l'occasion de la clôture du jubilé
pontifical. La dépêche du tzar est rédigée en
termes particulièrement affectueux.
A l’Elysée
L’archevêque de Paris s’est rendu aujour
d’hui à l’Elysée. M. Carnot a reçu également
le général Bressonnet, à qui il a remis les in
signes de grand-croix de la Légion d’honneur.
Mme Carnot a envoyé mille francs aux
Petites-Sœurs des Pauvres, afin de leur per
mettre d’améliorer demain l'ordinaire de leurs
pensionnaires.
Mouvement consulaire
M. Goblet a arrêté un mouvement consulai
re qui sera publié prochainement.
A l’occasion du nouvel an, M. Goblet a signé
un certain nombre de promotions et de no
minations de ministres plénipotentiaires et de
secrétaires d’ambassade.
Le conseil des ministres. — M. Floquet
Contrairement à ce qu’on avait annoncé, le
conseil des ministres no s’est pas réuni ce
matin.
M. Floquet, légèrement souffrant, a dû gar
der la chambre aujourd’hui.’
L’insurrection mexicaine. — Une ma
nœuvre de bourse
Les journaux du matin annoncent d’après le
Neic-Ÿork Herald qu’une insurrection con
duite par des prêtres a éclaté à Mexico. Ren
seignements pris à la légation du Mexique,
cette nouvelle serait entièrement controuvée.
Il faut y voir une manœuvre déboursé destinée
A précipiter les cours des valeurs "mexicaines
sur les places de Londres et Berlin.
A VILLE-D’AVRAY
Les amis de Gambetta
Paris, 31 décembre 1888.
L’ancien comité Gambetta, auquel doit se
joindre l’Union patriotique du XXo arrondis
sement, se rendra dimanche prochain à Ville-
d’Avray. Mais les amis connus et inconnus du
grand tribun n’ont pas attendu cette date pour
accomplir de pieux pèlerinages à la maison
des Jardies.
Toute la matinée et dans l’après-midi, de
nombreux bouquets ont été apportés par les
visiteurs. Parmi ceux-ci, MM. Thomson, dé
puté, Péphaud, directeur des Quinze-Vingts,
avaient tenu à se rendre des premiers à la
demeure de l’illustre mort.
LES ÉLECTIONS DU 6 JANVIER
Paris, 31 décembre. — Les nouvelles qu’on
a reçues de la Somme et delà Charente-Infé
rieure permettent de prévoir une double dé
faite du boulangisme à l’élection du 6 janvier.
Dans la Somme, la candidature républicaine
de M. Cauvin rencontre parmi les républicains
d’unanimes adhésions.
Dans la Charente-Inférieure un revirement
très sensible s’opère dans les sentiments de la
population. M. Laguerre, qui s’était rendu
dans ce département pour y faire une tournée
de conférences a été obligé de rentrera Pa
ris « inopinément » non pas rappelé par une
soirée chez lui ainsi que le dit la Presse, mais
bien battant en retraite devant l’accueil abso
lument hostile que lui réservaient les élec
teurs.
Feuilleton n° 10
LE SilPPUCE DE 1,’AIIAM
Comme M. Lefaure pressait avec effu
sion les mains de M. de Maugenoy, Pau-
le entra. Bien qu’elle n’cùt entendu que
les derniers mots échangés, elle devina
le but de cette visite. Son regard fermé
s’ouvrit et s’éclaira d’un éclat soudain
qui ensoleilla tout son visage. M. de Mau-
o-eney en fut ébloui ; et son penchant dé
jà très vif se changea en un violent
amour. . , ..
Il ne s’était donc pas trompe : cette
jeune fille si réservée était passionnée ;
et chez elle la passion devait être d'au
tant plus profonde et ardente qu’elle était
plus contenue.
Il revint le lendemain, et demanda au
maître de forges la main de sa fille .
Paule voulut quelques jours de re
flexion . ,, ..
Quoi ! réfléchir pour se décider à un si
beau mariage, si inespéré dans sa situa
tion ! Etait-ce coquetterie ? Avait-elle
pour lui de la répulsion ? Il crut com
prendre : elle voulait s’interroger, être
sûre que, dans la détresse où se trouvait
son père, sa dignité lui permettait d ac
cepter. Cet attermoiement l’enflamma da
vantage. ......
" La véritable raison de ce délai, c est
que Paule aimait André Norbert. Il y
avait eu entre eux que des regards, plus
que des pressions de mains furtives ; ils
avaient échangé des baisers et des ser
ments. Lorsque le jeune ingénieur avait
dû quitter l’usine, il avait juré à Paule
qu’il reviendrait demander sa main, dès
qu’il serait parvenu à se créer une posi
tion ; et Paule avait promis de l’atten
dre.
Engagée de cœur, elle se croyait aussi
engagée d’honneur.
Elle lui écrivit donc la terrible situa
tion de son père et les propositions gé
néreuses de M. de Maugeney.
Norbert lui répondit aussitôt une let
tre respectueuse, presque froide, dans
laquelle il la déliait de ses serments; car
loin d’avoir réussi dans ses projets, sa
position était des plus critiques, et pour
rien au monde, il ne consentirait à la lui
faire partager.
Paule ne devina point le sacrifice et le
désespoir qui cachait cette réserve déli
cate. Croyant n’être plus aimée, elle
épousa M. de Maugeney.
Le lendemain de son mariage, comme
elle se promenait, à la tombée du jour,
au bras de son mari, dans le grand parc
de Sauviney, elle aperçut un mendiant
arrêté près de la grille, dans une attitu
de implorante. Sollicitée par le regard
persistant du vagabond :
— Donnez-moi votre bourse, dit-elle à
son mari.
LE CRIME DE BRADFORD
Les résultats de l’autopsie. — Importantes
investigations de la police
On télégraphie de Londres, 31 décembre :
L’autopsie du corps de l’enfant assassiné à
Bradford a, paraît-il, amené à des constata
tions qui ont élucidé des points restés encore
obscurs de l’attentat.
De plus, les investigations de la police ont
conduit à des découvertes que l’on croit très
graves pour Barrett, le laitier arrêté.
Les antécédents que l’on connaît de celui-ci
lui sont très préjudiciables.
La police observe, du reste, la plus grande
discrétion dans toute cette affaire.
LES ANGLAIS AU SOUDAN
On mande de Souakim, 30 décembre :
En général Granfell a reçu les réponse des
cheiks des Hadendowas à sa proclamation an
nonçant la défaite d’Osman-Digma.
Les etieiks proclament leur loyauté et affir
ment leur bon vouloir d’agir de concert avec
le gouvernement.
On assure que les Hadendowas ont refusé
absolument de se rendre à l’appel d’Osman-
Digma et de se rassembler à Handoub.
L’HOSPITALITÉ' ALLEMANDE""
Italiens victimes du despotisme prussien. —
Suite des expulsions
Berlin, 30 décembre.
L’Association italienne de secours mutuels
à Berlin, dont M. Paronelli, le correspondant
du Secolo, expulsé récemment d’Allemagne,
était le président, a été. dissoute, sous prétexté
qu'elle avait des tendances irrédentistes et
antidynastiques, c’est-à-dire anti-allemandes
et républicaines.
On s’attend à d’autres expulsions.
LA SITUATION EN SERBIE
Ouverture de la grande Skoupchtina
ou Constituante
On télégraphie de Belgrade, 30 décembre :
La grande Skoupchtina a élu aujourd’hui
président M. Tanschanovitch, radical, et vice-
président M . Popovitch, également radical.
La Skoupchtina a été ensuite ouverte, sans
incident, par un ukase dont le président du
conseil a donné lecture.
L’assemblée a procédé à la nomination d’une
commission de 54 membres chargée d’étudier
le projet de Constitution. Six libéraux font par
tie de cette commission.
La Skoupchtina s’est ensuite séparée.
La Skoupchtina ordinaire ne sera pas réunie
avant six mois.
LA GERMANISATION DES CIMETIÈRES
Sus à la langue française. — Vandalisme
et sacrilèges
On mande de Thann, 30 décembre :
Les menuisiers et les peintres qui se char
gent ordinairement de la confection des cer
cueils et croix viennent d’ètre avisés, par les
agents de l’autorité de police, de ne plus em
ployer la langue française pour l’inscription
des noms, prénoms. Age, date de naissance
sur la croix. Ces inscriptions devront â l’ave
nir être faites en langue allemande sur toutes
les croix destinées à la nécropole de Thann.
Cet ordre va aussi être notifié aux tailleurs
de pierres mortuaires. Toute épitaphe gravée
en langue française pourra être passible de
poursuites tant contre la famille du défunt
que contre le fournisseur de la pierre funé
raire, sans préjudice de l’enlèvement de celle-
ci. Ajoutons que cette mesure est déjà appli
quée dans l’arrondissement de Colmar et de
Metz.
Inutile de dire que ce nouvel ukase jette la
stupeur dans les esprits. On se demande si
l’autorité aurait vraiment le triste courage de
sévir même dans l’intérieur des cimetières.
NOUVELLES DU JOUR
Les chemins de fer
La nouvelle loi sur les chemins de fer spé
cifie qu’en temps de guerre leur service relève
tout entier de l'autorité militaire.
Le ministre de la guerre dispose des che
mins de fer dans toute l’étendue du territoire
national non occupé par les armées d’opéra
tions.
t Le commandant en chef de chaque groupe
d’armées, ou d’armée opérant isolément, dis
pose des chemins de fer dans la partie du ter
ritoire assignée à ses opérations.
Condamnés graciés
Le Journal officiel publie la note suivante î
Par diverses décisions gracieuses rendues â
l’occasion du 1er janvier 1889, sur la proposi
tion du ministre de la marine et des colonies,
le président de la République a bien voulu
accorder des remises ou réductions de peines
à 121 individus condamnés par les juridictions
militaires de la marine.
Nouvelles militaires
Il est créé douze batteries d’artillerie do
montagne, particulièrement destinées à la dé
fense des Alpes. Six sont rattachées au 14»
corps (Lyon) et les six autres au 15e corps
(Marseille). Les hommes de ces batteries por
teront une tenue spéciale, que nécessite le cli
mat dans lequel ils sont appelés à vivre.
L’artillerie de l’Algérie est aussi augmentée
de quatre batteries, ce qui porte à seize le
nombre des batteries affectées à la colonie.
Un nouveau journal
M. Ranc va fonder un journal antiboulan-
giste qni, nous dit-on, paraîtra au moment de
la très prochaine période électorale. On assure
que M. Edmond Lepeltier doit être son princi
pal collaborateur.
L© Mérite agricole
Le Mérite agricole, sur le compte duquel
coururent, lors de sa création, tant de plaisan
teries plus ou moins attiques et neuves, n’en
est pas moins chaque année convoité par un
nombre respectable de Français.
Un décret vient de décider que le nombre
des croix de chevalier à attribuer chaque an
née est porté de 300 à 339 et de 30 à 33 pour
les officiers.
LETTRE JE PARIS
Las agences de mai’iage. — Histoire d’un
jeune homme à la recherche d’une héri
tière. — Un dénouement inattendu. —
Une bonne fortune. — Tout est bien qui
finit bien.
Paris, le 30 décembre 1888.
Il vient d’arriver à l’un de nos compa
triotes une petite mésaventure des plus
piquantes, heureusement suivie, cepen
dant, pour lui de ce que Musset eut pro
bablement appelé : une bonne fortune.
N’attendez pas de moi, par exemple,
que je vous cite le nom du héros de l’his
toriette qui va suivre; «je ne saurais
pour un empire vous le nommer. » D’ail
leurs, qu’importe le nom ?
Donc, il y avait une fois dans l’une des
grandes villes de l’Aube un jeune gentil
homme qui lisait avec une assiduité obs
tinée les annonces que font insérer à la
quatrième page de certains journaux ces
agences interlopes qui se décorent du ti
tre pompeux autant que trompeur d’A-
gences de mariages.
Notre jeune homme qui brûlait des dé
sirs de convoler, alléché par les offres de
jeunes héritières, jolies, avec ou sans ta
che, orphelines, un million, avec espé
rances,etc, partit un beau jour pour Paris
dans l’intention de demander à celle de
ces agences qui lui semblait la mieux
fournie en héritières de l’aider à trouver
l’àme sœur de la sienne.
Et s’avançant seule vers l’inconnu, elle
lui tendit la bourse.
Leurs regards se rencontrèrent. Elle
tressaillit et réprima un cri de surprise :
Sous ces vêtements en guenilles, sous le
large feutre bossue, elle avait reconnu
André, qui lui dit à voix basse :
— Une minute, de grâce 1 je vous at
tends ici.
Bouleversée, croyant à un malheur,
Paule prétexta la fraîcheur de l’air pour
rentrer ; puis elle revint seule à la grille
par une allée détournée.
— Qu’est-il donc arrivé ? demanda-t-
elle, la voix altérée, le visage décompo
sé.
— Depuis ma lette, j’ai tant souffert !..
répondit-il, Depuis hier, je suis fou.
— Taisez-vous ! fit Paule remuée jus
qu’au fond de l’àme, mais impérieuse par
devoir.
— Un mot seulement, supplia André.
J’ai pris ce déguisement pour vous ap
procher, vous voir. Ne me repoussez pas.
Je vais m’embarquer pour l’Amérique je ne
viendrai pas ; mais je n’ai pas voulu par
tir sans vous dire adieu et sans savoir si
vous étiez heureuse.
Je suis heureuse. Partez, répondit
Paule défaillante.
— Votre main, Madame.
Elle la lui tendit.
Il y déposa un long baiser, respectueux
I et recueilli, et partit.
Ainsi, pour baiser, à travers une grille
la main de celle qu’il adorait, il était
venu de Paris à Grenoble, grelottant la
fièvre ; car, en perdant Paule, il avait
failli perdre la vie.
Cinq ans après, commençaient les tra
vaux du percement de l’isthme de Pana
ma. Le père de Paule reçu une lettre de
Norbert, qui manifestait le désir d’entrer
comme ingénieur dans cette grande en
treprise. Il lui demandait une attestation
de ses capacités et, s’il était possible, une
recommandation .
M. Lefaure,gravement malade alors, près
de mourir, remit cette lettre à Paule,qui
obtint de son mari de partir pour Paris et
de faire toutes les démarches nécessai
res. M. de Maugeney réussit à faire nom
mer Norbert ingénieur en chef d’une sec
tion importante. Aussi, lorsque, se trou
vant atteint par les fièvres, il lui annon
ça son prochain retour en France, M. de
Maugeney rengagea-t-il, avec de vives
insistances, à venir se rétablir à Sauvi-
gney.
Dans ces lettres, M. de Maugeney avait
plusieurs fois entretenu Norbert de son
parfait bonheur entre sa femme et sa
fille. En conséquence, André avait dû
croire les anciens souvenirs tout à fait
effacés dans le cœur de Paule. Ce fut
donc en toute loyauté et sans arrière-
pensée qu’il accepta de venir passer quel
ques semaines entre ces deux êtres d’é
lite, pour lesquels son cœur débordait
d’affection et de reconnaissance.
Son arrivée fut une joie pour tous.
Paule semblait absolument heureuse. Son
visage reposé, son regard clair, sa voix
assurée disaient assez qu'elle n’avait gar
dé du passé aucun regret. Lui-même,
quoique plus ému tout d’abord de revoir
celle qu’il avait si éperdument aimée, su
bit promptement l’influence du calmo
ambiant, et bientôt se trouva tout à fait
à l’aise. D’ailleurs, l’enfant, qui toujours
était entre eux, les sauvegardait.
Mais une intimité de toutes les heu
res, entre un homme et une femme jeu
nes, c’est un plancher de naphte, d’où,
tôt ou tard, doit jaillir l’incendie, alors
même que le passé n’y eût pas mis déjà
une étincelle.
Norbert, en sentant renaître son amour
et sa jalousie, avait lutté héroïquement.
Plusieurs fois il avait voulu partir ; mais
Paule ne le voyant pas complètement
guéri, l’avait retenu. D’autres jours pré
textant une excursion, il sortait de grand
matin pour ne rentrer qu’au milieu de la
nuit.
De son côté, Paule devenait nerveuse,
s’irritait sans motif contre son enfant ou
s’enfermait seule avec elle pour lui don
ner ses leçons ne paraissant qu’aux re
pas. Ou bien elle montrait tout à coup à
Norbert un e froideur qui le désespérait,
l’affolait et jetait le feu dans ses vei
nes.
M.-L. Gagneur.
(A suivre)
JOURNAL QUOTIDIEN RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE RÉGIONAL
Mercredi Z Janvier 1889
ABONNEMENTS
Aube et Départements limitrophes :
Un an, 18 francs. — Six mois, O francs. — Trois mois, 5 francs.
Autres Départements : Un an, 22 fr.; Six mois, 11 fr.; Trois mois, 6 fr.
Lo Numéro : 5 Centimes
Administration & Rédaction : Rue Thiers, 126, T ROY ES
Directeur politique : GASTON ARBOUIN
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Paris : chez AUDBOURG et O, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
SESSION CLOSE
Lçi session a été close samedi soir,
sur les dix heures, par le vote du bud
get. La discussion de la loi financière
n’a pas été, cette année, l’occasion
d’importants débats. La raison en est
simple. On sait à la suite de quels in
cidents le gouvernement s’est résolu,
contre notre avis et pour être agréable
au Sénat, qui lui en a d’ailleurs témoi
gné si vivement sa reconnaissance, à
disjoindre de la loi annuelle toutes les
grosses questions de réformes budgé
taires. Elles font l’objet de projets spé
ciaux.
Ainsi abandonnés à eux-mêmes et
confiés aux soins malveillants de com
missions indifférentes ou hostiles, ces
malheureux verront-ils le jour dans le
courant de l’année nouvelle, il est con
venable de le souhaiter. Mais le vœu
risque fort de rester platonique.
A cette mutilation, le budget a du
moins gagné d’être intégralement voté
avant l’échéance fatale du 31 décembre.
Je dis : gagné, pour me conformer à
l'opinion générale. C’est un inconvé
nient notre avis fort mince que le vote
de douzièmes provisoires. Il n’en faut
pai moins reconnaître que c’est une
mesur- mal accueillie par le public. On
l’a évitée. Tant mieux.
Au reste, cette session n'a pas l’uni
que mérite d’avoir bien fini. Elle n’a
vait pas mal commencé.
Le jour même où elle s'ouvrait, le 15
octobre, le cabinet déposait sur lo bu
reau de la Chambre un projet de révi
sion des lois constitutionnelles.
Nous avons dit sur cette œuvre, au
moment qu’elle a paru, notre sentiment
tout entier. Nous ne sommes pas des
admirateurs enthousiastes de la con
ception ministérielle. Nous la criti
quons sur plus d’un point. Mais enfin
pour défectueux que soit ce produit de
la genèse ministérielle, — on peut ap
pliquer à ses parents le mot connu :
« C’est déjà bien joli que d’en avoir
fait un. »
Le gouvernement a eu, à le mettre
au monde, un double mérite. Il a dû
vaincre de nombreuses résistances,
dont toutes n’étaient pas prévues. Mal
gré tous les donneurs de conseils, il a
tenu les promesses qu’il avait faites.
De plus, en même temps qu’il posait la
question de la révision, il condamnait
la doctrine détestable que M. Jules
Ferry avait fait prévaloir en 1884. M.
Floquet proclame, dans son exposé des
motifs, la souveraineté du Congrès.
Tous les droits sont ainsi réservés,
toutes les initiatives sont possibles et
au premier rang, celle des députés qui
entendent demander au Congrès de
n’user de son pouvoir souverain que
pour le remettre aux mains d’une
Constituante.
La session extraordinaire de 1888
n’a pas vu seulement poser d’une ma
nière officielle, comme il le fallait, la
question de la révision et aboutir l’exa
men de la loi budgétaire. Bien des lois
d’affaires y ont été étudiées, quelques-
unes menées à bien.
Dans cet ordre d’idées, la Chambre
a, selon nous, quelques votes graves à
se reprocher. Nous mettons en pre
mière ligne la décision qui, malgré une
très brillante intervention de M. Go-
blet, a rejeté la convention avec la
Grèce.
Il sied par contre de porter à l’actif
de la Chambre l’adoption d’un projet
de loi sur les faillites. Il y a huit ans
que cette question était en suspens au
Palais Bourbon. Il nous sera permis de
rappeler que c’est sur notre initiative
que la commission déférant aux vœux
répétés du commerce, s’est décidé à ap
porter à la Chambre un projet plus
simple et par cela même plus facile
ment acceptable que l’œuvre grandiose
dont l’esquisse gisait, depuis de longs
mois, sous la poussière des cartons.
Nous aurions voulu voir le rapporteur
et la commission pousser l’esprit dos
sacrifices plus loin encore qu’ils n’y
ont consenti. Ils ont résisté à nos ins
tances. Peut-être ont-ils eu raison. La
Chambre a adopté leurs propositions,
légèrement modifiées. Dès la rentrée, le
Sénat, sur le rapport de M. Démêlé,
discutera le projet, cette fois fortement
retouché. Nous souhaitons vivement
que l’évènement trompe nos craintes et
que la réforme de la loi de 1838, aussi
détaillée que l’a voulu la commission
de la Chambre, devienne une réalité
avant la fin de la législature.
Un grand débat a rempli les derniè
res séances de cette session. La loi mi
litaire, de retour du Sénat, a été mise
sur le chantier. La loi sur le rengage
ment des sous-officiers a été complète
ment adoptée. La loi sur le recrute
ment a été poussée assez loin. On eût
pu en déblayer tout à fait l’ordre du
jour et la renvoyer cette année même,
au Sénat, si, pour en retarder le vote,
la droite n’eût eu recours à tous les
moyens.
A côté de ces débats retentissants,
d’autres plus modestes se sont glissés
dans les interstices de Tordre du jour.
Quelques lois, et des plus utiles, ont été
ainsi adoptées sans fracas. Nous ne vou
lons citer que la proposition de notre
ami Maillard, si juste, si impatiemment,
attendue par le commerce des liquides.
Elle met fin aux iniquités du décret dic
tatorial de 1852, en ne privant plus de
leurs droits politiques, comme des mal
faiteurs, les débitants, qui n’auront été
frappés que d'une peine légère, pour
avoir mouillé leur vin. La proposition
a été votée par la Chambre. Elle est à
cette heure devant le Sénat.
Telle est, dans quelques-uns de ses
principaux traits, l’œuvre législative de
ces derniers mois. Qu’elle eût pu être
plus féconde ou plus brillante : nous ne
le nions pas. Mais que la Chambre, dans
ces trois mois, n’ait absolument rien
fait, il n’y a que des députés laborieux
et assidus, comme M. Boulanger et ses
copains, qui aient le droit de l’affirmer
sans rire. A. MILLERAND.
PAR FIL SPÉCIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 31 décembre.
Grâces et commutations de peine
M. Ferrouillat et M. Jacquin, président de
la commission des grâces, se sont rendus ce
matin à l’Elysée où ils ont fait signer par le
président de la République un certain nombre
de grâces et commutations de peine.
Le tzar et le pape
On télégraphie de Rome, 31 décembre t
Le pape a reçu du tzar un télégramme de
félicitations à l'occasion de la clôture du jubilé
pontifical. La dépêche du tzar est rédigée en
termes particulièrement affectueux.
A l’Elysée
L’archevêque de Paris s’est rendu aujour
d’hui à l’Elysée. M. Carnot a reçu également
le général Bressonnet, à qui il a remis les in
signes de grand-croix de la Légion d’honneur.
Mme Carnot a envoyé mille francs aux
Petites-Sœurs des Pauvres, afin de leur per
mettre d’améliorer demain l'ordinaire de leurs
pensionnaires.
Mouvement consulaire
M. Goblet a arrêté un mouvement consulai
re qui sera publié prochainement.
A l’occasion du nouvel an, M. Goblet a signé
un certain nombre de promotions et de no
minations de ministres plénipotentiaires et de
secrétaires d’ambassade.
Le conseil des ministres. — M. Floquet
Contrairement à ce qu’on avait annoncé, le
conseil des ministres no s’est pas réuni ce
matin.
M. Floquet, légèrement souffrant, a dû gar
der la chambre aujourd’hui.’
L’insurrection mexicaine. — Une ma
nœuvre de bourse
Les journaux du matin annoncent d’après le
Neic-Ÿork Herald qu’une insurrection con
duite par des prêtres a éclaté à Mexico. Ren
seignements pris à la légation du Mexique,
cette nouvelle serait entièrement controuvée.
Il faut y voir une manœuvre déboursé destinée
A précipiter les cours des valeurs "mexicaines
sur les places de Londres et Berlin.
A VILLE-D’AVRAY
Les amis de Gambetta
Paris, 31 décembre 1888.
L’ancien comité Gambetta, auquel doit se
joindre l’Union patriotique du XXo arrondis
sement, se rendra dimanche prochain à Ville-
d’Avray. Mais les amis connus et inconnus du
grand tribun n’ont pas attendu cette date pour
accomplir de pieux pèlerinages à la maison
des Jardies.
Toute la matinée et dans l’après-midi, de
nombreux bouquets ont été apportés par les
visiteurs. Parmi ceux-ci, MM. Thomson, dé
puté, Péphaud, directeur des Quinze-Vingts,
avaient tenu à se rendre des premiers à la
demeure de l’illustre mort.
LES ÉLECTIONS DU 6 JANVIER
Paris, 31 décembre. — Les nouvelles qu’on
a reçues de la Somme et delà Charente-Infé
rieure permettent de prévoir une double dé
faite du boulangisme à l’élection du 6 janvier.
Dans la Somme, la candidature républicaine
de M. Cauvin rencontre parmi les républicains
d’unanimes adhésions.
Dans la Charente-Inférieure un revirement
très sensible s’opère dans les sentiments de la
population. M. Laguerre, qui s’était rendu
dans ce département pour y faire une tournée
de conférences a été obligé de rentrera Pa
ris « inopinément » non pas rappelé par une
soirée chez lui ainsi que le dit la Presse, mais
bien battant en retraite devant l’accueil abso
lument hostile que lui réservaient les élec
teurs.
Feuilleton n° 10
LE SilPPUCE DE 1,’AIIAM
Comme M. Lefaure pressait avec effu
sion les mains de M. de Maugenoy, Pau-
le entra. Bien qu’elle n’cùt entendu que
les derniers mots échangés, elle devina
le but de cette visite. Son regard fermé
s’ouvrit et s’éclaira d’un éclat soudain
qui ensoleilla tout son visage. M. de Mau-
o-eney en fut ébloui ; et son penchant dé
jà très vif se changea en un violent
amour. . , ..
Il ne s’était donc pas trompe : cette
jeune fille si réservée était passionnée ;
et chez elle la passion devait être d'au
tant plus profonde et ardente qu’elle était
plus contenue.
Il revint le lendemain, et demanda au
maître de forges la main de sa fille .
Paule voulut quelques jours de re
flexion . ,, ..
Quoi ! réfléchir pour se décider à un si
beau mariage, si inespéré dans sa situa
tion ! Etait-ce coquetterie ? Avait-elle
pour lui de la répulsion ? Il crut com
prendre : elle voulait s’interroger, être
sûre que, dans la détresse où se trouvait
son père, sa dignité lui permettait d ac
cepter. Cet attermoiement l’enflamma da
vantage. ......
" La véritable raison de ce délai, c est
que Paule aimait André Norbert. Il y
avait eu entre eux que des regards, plus
que des pressions de mains furtives ; ils
avaient échangé des baisers et des ser
ments. Lorsque le jeune ingénieur avait
dû quitter l’usine, il avait juré à Paule
qu’il reviendrait demander sa main, dès
qu’il serait parvenu à se créer une posi
tion ; et Paule avait promis de l’atten
dre.
Engagée de cœur, elle se croyait aussi
engagée d’honneur.
Elle lui écrivit donc la terrible situa
tion de son père et les propositions gé
néreuses de M. de Maugeney.
Norbert lui répondit aussitôt une let
tre respectueuse, presque froide, dans
laquelle il la déliait de ses serments; car
loin d’avoir réussi dans ses projets, sa
position était des plus critiques, et pour
rien au monde, il ne consentirait à la lui
faire partager.
Paule ne devina point le sacrifice et le
désespoir qui cachait cette réserve déli
cate. Croyant n’être plus aimée, elle
épousa M. de Maugeney.
Le lendemain de son mariage, comme
elle se promenait, à la tombée du jour,
au bras de son mari, dans le grand parc
de Sauviney, elle aperçut un mendiant
arrêté près de la grille, dans une attitu
de implorante. Sollicitée par le regard
persistant du vagabond :
— Donnez-moi votre bourse, dit-elle à
son mari.
LE CRIME DE BRADFORD
Les résultats de l’autopsie. — Importantes
investigations de la police
On télégraphie de Londres, 31 décembre :
L’autopsie du corps de l’enfant assassiné à
Bradford a, paraît-il, amené à des constata
tions qui ont élucidé des points restés encore
obscurs de l’attentat.
De plus, les investigations de la police ont
conduit à des découvertes que l’on croit très
graves pour Barrett, le laitier arrêté.
Les antécédents que l’on connaît de celui-ci
lui sont très préjudiciables.
La police observe, du reste, la plus grande
discrétion dans toute cette affaire.
LES ANGLAIS AU SOUDAN
On mande de Souakim, 30 décembre :
En général Granfell a reçu les réponse des
cheiks des Hadendowas à sa proclamation an
nonçant la défaite d’Osman-Digma.
Les etieiks proclament leur loyauté et affir
ment leur bon vouloir d’agir de concert avec
le gouvernement.
On assure que les Hadendowas ont refusé
absolument de se rendre à l’appel d’Osman-
Digma et de se rassembler à Handoub.
L’HOSPITALITÉ' ALLEMANDE""
Italiens victimes du despotisme prussien. —
Suite des expulsions
Berlin, 30 décembre.
L’Association italienne de secours mutuels
à Berlin, dont M. Paronelli, le correspondant
du Secolo, expulsé récemment d’Allemagne,
était le président, a été. dissoute, sous prétexté
qu'elle avait des tendances irrédentistes et
antidynastiques, c’est-à-dire anti-allemandes
et républicaines.
On s’attend à d’autres expulsions.
LA SITUATION EN SERBIE
Ouverture de la grande Skoupchtina
ou Constituante
On télégraphie de Belgrade, 30 décembre :
La grande Skoupchtina a élu aujourd’hui
président M. Tanschanovitch, radical, et vice-
président M . Popovitch, également radical.
La Skoupchtina a été ensuite ouverte, sans
incident, par un ukase dont le président du
conseil a donné lecture.
L’assemblée a procédé à la nomination d’une
commission de 54 membres chargée d’étudier
le projet de Constitution. Six libéraux font par
tie de cette commission.
La Skoupchtina s’est ensuite séparée.
La Skoupchtina ordinaire ne sera pas réunie
avant six mois.
LA GERMANISATION DES CIMETIÈRES
Sus à la langue française. — Vandalisme
et sacrilèges
On mande de Thann, 30 décembre :
Les menuisiers et les peintres qui se char
gent ordinairement de la confection des cer
cueils et croix viennent d’ètre avisés, par les
agents de l’autorité de police, de ne plus em
ployer la langue française pour l’inscription
des noms, prénoms. Age, date de naissance
sur la croix. Ces inscriptions devront â l’ave
nir être faites en langue allemande sur toutes
les croix destinées à la nécropole de Thann.
Cet ordre va aussi être notifié aux tailleurs
de pierres mortuaires. Toute épitaphe gravée
en langue française pourra être passible de
poursuites tant contre la famille du défunt
que contre le fournisseur de la pierre funé
raire, sans préjudice de l’enlèvement de celle-
ci. Ajoutons que cette mesure est déjà appli
quée dans l’arrondissement de Colmar et de
Metz.
Inutile de dire que ce nouvel ukase jette la
stupeur dans les esprits. On se demande si
l’autorité aurait vraiment le triste courage de
sévir même dans l’intérieur des cimetières.
NOUVELLES DU JOUR
Les chemins de fer
La nouvelle loi sur les chemins de fer spé
cifie qu’en temps de guerre leur service relève
tout entier de l'autorité militaire.
Le ministre de la guerre dispose des che
mins de fer dans toute l’étendue du territoire
national non occupé par les armées d’opéra
tions.
t Le commandant en chef de chaque groupe
d’armées, ou d’armée opérant isolément, dis
pose des chemins de fer dans la partie du ter
ritoire assignée à ses opérations.
Condamnés graciés
Le Journal officiel publie la note suivante î
Par diverses décisions gracieuses rendues â
l’occasion du 1er janvier 1889, sur la proposi
tion du ministre de la marine et des colonies,
le président de la République a bien voulu
accorder des remises ou réductions de peines
à 121 individus condamnés par les juridictions
militaires de la marine.
Nouvelles militaires
Il est créé douze batteries d’artillerie do
montagne, particulièrement destinées à la dé
fense des Alpes. Six sont rattachées au 14»
corps (Lyon) et les six autres au 15e corps
(Marseille). Les hommes de ces batteries por
teront une tenue spéciale, que nécessite le cli
mat dans lequel ils sont appelés à vivre.
L’artillerie de l’Algérie est aussi augmentée
de quatre batteries, ce qui porte à seize le
nombre des batteries affectées à la colonie.
Un nouveau journal
M. Ranc va fonder un journal antiboulan-
giste qni, nous dit-on, paraîtra au moment de
la très prochaine période électorale. On assure
que M. Edmond Lepeltier doit être son princi
pal collaborateur.
L© Mérite agricole
Le Mérite agricole, sur le compte duquel
coururent, lors de sa création, tant de plaisan
teries plus ou moins attiques et neuves, n’en
est pas moins chaque année convoité par un
nombre respectable de Français.
Un décret vient de décider que le nombre
des croix de chevalier à attribuer chaque an
née est porté de 300 à 339 et de 30 à 33 pour
les officiers.
LETTRE JE PARIS
Las agences de mai’iage. — Histoire d’un
jeune homme à la recherche d’une héri
tière. — Un dénouement inattendu. —
Une bonne fortune. — Tout est bien qui
finit bien.
Paris, le 30 décembre 1888.
Il vient d’arriver à l’un de nos compa
triotes une petite mésaventure des plus
piquantes, heureusement suivie, cepen
dant, pour lui de ce que Musset eut pro
bablement appelé : une bonne fortune.
N’attendez pas de moi, par exemple,
que je vous cite le nom du héros de l’his
toriette qui va suivre; «je ne saurais
pour un empire vous le nommer. » D’ail
leurs, qu’importe le nom ?
Donc, il y avait une fois dans l’une des
grandes villes de l’Aube un jeune gentil
homme qui lisait avec une assiduité obs
tinée les annonces que font insérer à la
quatrième page de certains journaux ces
agences interlopes qui se décorent du ti
tre pompeux autant que trompeur d’A-
gences de mariages.
Notre jeune homme qui brûlait des dé
sirs de convoler, alléché par les offres de
jeunes héritières, jolies, avec ou sans ta
che, orphelines, un million, avec espé
rances,etc, partit un beau jour pour Paris
dans l’intention de demander à celle de
ces agences qui lui semblait la mieux
fournie en héritières de l’aider à trouver
l’àme sœur de la sienne.
Et s’avançant seule vers l’inconnu, elle
lui tendit la bourse.
Leurs regards se rencontrèrent. Elle
tressaillit et réprima un cri de surprise :
Sous ces vêtements en guenilles, sous le
large feutre bossue, elle avait reconnu
André, qui lui dit à voix basse :
— Une minute, de grâce 1 je vous at
tends ici.
Bouleversée, croyant à un malheur,
Paule prétexta la fraîcheur de l’air pour
rentrer ; puis elle revint seule à la grille
par une allée détournée.
— Qu’est-il donc arrivé ? demanda-t-
elle, la voix altérée, le visage décompo
sé.
— Depuis ma lette, j’ai tant souffert !..
répondit-il, Depuis hier, je suis fou.
— Taisez-vous ! fit Paule remuée jus
qu’au fond de l’àme, mais impérieuse par
devoir.
— Un mot seulement, supplia André.
J’ai pris ce déguisement pour vous ap
procher, vous voir. Ne me repoussez pas.
Je vais m’embarquer pour l’Amérique je ne
viendrai pas ; mais je n’ai pas voulu par
tir sans vous dire adieu et sans savoir si
vous étiez heureuse.
Je suis heureuse. Partez, répondit
Paule défaillante.
— Votre main, Madame.
Elle la lui tendit.
Il y déposa un long baiser, respectueux
I et recueilli, et partit.
Ainsi, pour baiser, à travers une grille
la main de celle qu’il adorait, il était
venu de Paris à Grenoble, grelottant la
fièvre ; car, en perdant Paule, il avait
failli perdre la vie.
Cinq ans après, commençaient les tra
vaux du percement de l’isthme de Pana
ma. Le père de Paule reçu une lettre de
Norbert, qui manifestait le désir d’entrer
comme ingénieur dans cette grande en
treprise. Il lui demandait une attestation
de ses capacités et, s’il était possible, une
recommandation .
M. Lefaure,gravement malade alors, près
de mourir, remit cette lettre à Paule,qui
obtint de son mari de partir pour Paris et
de faire toutes les démarches nécessai
res. M. de Maugeney réussit à faire nom
mer Norbert ingénieur en chef d’une sec
tion importante. Aussi, lorsque, se trou
vant atteint par les fièvres, il lui annon
ça son prochain retour en France, M. de
Maugeney rengagea-t-il, avec de vives
insistances, à venir se rétablir à Sauvi-
gney.
Dans ces lettres, M. de Maugeney avait
plusieurs fois entretenu Norbert de son
parfait bonheur entre sa femme et sa
fille. En conséquence, André avait dû
croire les anciens souvenirs tout à fait
effacés dans le cœur de Paule. Ce fut
donc en toute loyauté et sans arrière-
pensée qu’il accepta de venir passer quel
ques semaines entre ces deux êtres d’é
lite, pour lesquels son cœur débordait
d’affection et de reconnaissance.
Son arrivée fut une joie pour tous.
Paule semblait absolument heureuse. Son
visage reposé, son regard clair, sa voix
assurée disaient assez qu'elle n’avait gar
dé du passé aucun regret. Lui-même,
quoique plus ému tout d’abord de revoir
celle qu’il avait si éperdument aimée, su
bit promptement l’influence du calmo
ambiant, et bientôt se trouva tout à fait
à l’aise. D’ailleurs, l’enfant, qui toujours
était entre eux, les sauvegardait.
Mais une intimité de toutes les heu
res, entre un homme et une femme jeu
nes, c’est un plancher de naphte, d’où,
tôt ou tard, doit jaillir l’incendie, alors
même que le passé n’y eût pas mis déjà
une étincelle.
Norbert, en sentant renaître son amour
et sa jalousie, avait lutté héroïquement.
Plusieurs fois il avait voulu partir ; mais
Paule ne le voyant pas complètement
guéri, l’avait retenu. D’autres jours pré
textant une excursion, il sortait de grand
matin pour ne rentrer qu’au milieu de la
nuit.
De son côté, Paule devenait nerveuse,
s’irritait sans motif contre son enfant ou
s’enfermait seule avec elle pour lui don
ner ses leçons ne paraissant qu’aux re
pas. Ou bien elle montrait tout à coup à
Norbert un e froideur qui le désespérait,
l’affolait et jetait le feu dans ses vei
nes.
M.-L. Gagneur.
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