Titre : Le Petit Troyen : journal démocratique régional ["puis" journal quotidien de la démocratie de l'Est "puis" grand quotidien de la Champagne]
Éditeur : [s.n.] (Troyes)
Date d'édition : 1889-01-01
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32837632m
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 01 janvier 1889 01 janvier 1889
Description : 1889/01/01 (A9,N2608). 1889/01/01 (A9,N2608).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG10 Collection numérique : BIPFPIG10
Description : Collection numérique : Fonds régional :... Collection numérique : Fonds régional : Champagne-Ardenne
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k4317819t
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-87978
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 12/03/2018
9 e Année. — N° ?608
JOURNAL QUOTIDIEN RÉPUBLICAIN DÉMOCRATIQUE RÉGIONAL
Mardi 1 er Janvier 1889
ABONNEMENTS
Aube et Départements limitrophes :
Un an, 18 francs. — Six mois, î> francs. — Trois mois, G francs.
Autres Départements : Un an, 22 fr.; Six mois, fi fr. ; Trois mois, 6 fr.
XjQ Numôro : 3 Oontimes
Administration & Rédaction : Rue T hiers, 126, T ROY ES
Directeur politique : GASTON ARBOUIN
INSERTIONS
Les Annonces sont reçues au Bureau du Journal
A Paris : chez AUDBOURG et C'*, 8, Place de la Bourse,
et dans les principales Agences de publicité.
PARTES JE VISITE
En adressant l fr. <15 à VAdminis
trateur, au bureau du Journal, on recevra
de suite, FRANCO, dans une jolie boîte
100 CARTES DE VISITE BRISTOL
Premier choix
En adressant S£ fr. 50, on recevra
FRANCO :
100 CARTES DE VISITE DEUIL
Ivoire Premier choix
AVIS IMPORTANT
Pour éviter des erreurs ou des retards
dans l’expédition des Cartes, il tie sera tenu
compte que des commandes accompagnées
de leur montant en un mandat-poste ou en
timbres-poste.
Nota. — Il est expressément recommandé d’é-
srire très lisiblement les noms et adresses à
-mprimer sur les Cartes.
Les commandes au-dessous de 100 Caries,
oour chaque nom à imprimer, ne seront pas
acceptées.
loi OntrecniflecB Boulanger I er
Si, cg que nous espérons bien, le gé
néral Boulanger ne laisse pas de trace
anglante dans l’histoire, il y aura au
îoins laissé le souvenir d’une colos-
xle vanité et d’une rare oufrccuidan-
3. Pour la première fois on aura vu
n homme s’établir lui-même candidat
la présidence, aspirant à la dictatu-
3, comme un autre s’établirait cor-
onnier ou charcutier, le proclamer à
ms les coins de rue et dès lors traiter
e puissance à puissance avec le gou-
ernement régulier, avec le Parlement,
vec le suffrage universel lui-même,
a conversation avec un rédacteur de
Evènement est, à cet égard, un mo-
ument de suffisance stupide auprès
uquel la tour Eiffel reste myrmiion-
esque.
— Comment? si je me présente à
’aris en remplacement de ce pauvre
garçon clc Hude? Mais demande-t-on
ela à Boulanger ?
— Si je crois être élu? Boulanger
eut-il ne pas l’être ?
— Et le gouvernement? Ecrasé, ré-
uit en miettes !
— Mais vos électeurs du Nord ? Ils
averti à quoi s’en tenir.
Et du : it, ces électeurs du Nord so-
ont de benne composition s’ils accep
te n i d’être un troisième fois dérangés
jour le bon plaisir du général Boulan
ger. Muis il a décidé de se présenter
it le saiuï de la patrie qu’il porte dans
n pli de ^a redingote prime toute au-
re considération. Il va d’ailleurs si peu
u Palais-Bourbon, qu’il doit fort peu
mporter à ses bénévoles électeurs d’a
voir un député en chair et en os ou un
léputé en papier mâché et qui pourrait
ort bien représenter à la fois les qua
re ou cinq départements qui se dispu
ni t l’honneur de l’élire.
***
En ira-t-il de môme dans la Seine
je dans le Nord? Les Parisiens vont-
ils se mettre à la remorque des Fla
mands ? Quelles que soient la vanité du
général Boulanger et la blague d’Hen.
ri Rochefort, il est fortement permis
d’en douter.
Le rédacteur en chef de Y Intransi
geant estime, dans son pittoresque lan
gage, qu’on ne peut rater cette gifle à
Floquet, et, faisant un petit calcul d’a
rithmétique, il conclut de ce que Y In
transigeant vend à Paris 180,000 exem
plaires — ce qu’il devrait bien prouver
— et de ce que les monarchistes ont
donné à M. Hervé 120,000 voix, que le
général Boulanger sera élu par 300,000
voix. Il nous a pris fantaisie d’addi
tionner les chiffres de vente à Paris des
principaux organes républicains qui
combattront la candidature Boulanger,
et nous sommes arrivés, d’après la mé
thode Rochefort, à ce stupéfiant résul
tat que le candidat républicain Yac-
querie, Darlot ou autre, sera élu avec
100,000 voix de plus qu’il n’y a d’élec
teurs inscrits.
Mais cessons de plaisanter avec les
chiffres, c’est un luxe pour lequel M.
Rochefort seul a assez d’esprit. Les bou-
langistes sont au fond très perplexes
et ne vont nullement à ce scrutin avec
l’entrain qu’ils mettent à courir der
rière la voiture de leur idole. Ils sen
tons parfaitement bien la difficulté de
jouer pendant longtemps un rôle équi
voque, de satisfaire à la fois l’aile droite
et l’aile gauche de la faction sans trop
concéder à l’une ni à l’autre, de courir
sur la corde raide de la popularité sans
perdre l’équilibre et de parler pour ne
rien dire. C’est un jeu qui peut réussir
à la condition de ne pas se prolonger
outre mesure. Les coups d’Etat doivent
s’accomplir en un tour de main, avec
une habileté de prestidigitateur ; si on
y prend trop de temps, les trucs sont
éventés et la farce compromise.
Sans aller jusqu’à dire que Boulan
ger va jouer son dernier atout, on peut
affirmer, sans crainte de se tromper,
qu’il va certainement jeter sur le tapis
une de ses plus fortes cartes, la meil
leure avant l’élection de 89, et il aurait
bien voulu la conserver pendant quel
ques mois encore. Nous allons voir, en
effet, ce phénomène admirable et que
nous devrons à M. Boulanger, d’un
parti dont les fractions avaient com
mencé à prendre position en vue des
élections et qui vont tout à coup se
réunir, se concentrer pour faire face à
l’ennemi commun.
***
Au lendemain même des énergiques
et hautaines vitupérations de M. Chal-
lemcl-Lacour, au lendemain de l’ex
communication que M. Jules Ferry a
fulminée contre le radicalisme, alors
qu’il semblait que la division fût irré
médiable, on va, une fois de plus,
se trouver uni et le cabinet Floquet va
en être consolidé jusqu’aux élections.
La grande ville de Paris, la cité répu
blicaine par excellence, dont les mo
narchistes n’ont encore pu entamer la
foi démocratique, va se trouver debout
tout entière, non plus devant une
tombe, comme au 2 décembre dernier,
mais devant les urnes dans lesquelles
gît l’avenir, et c’est d’un même élan
que les modérés d’entre les modérés,
les commerçants de la rue du Sentier,
vont aller au vote avec les radicaux
socialistes les plus avancés, ouvriers
de Belleville ou de Montmartre.
A Boulanger qui voudrait perpétuer
une nouvelle confusion sur son nom
Paris répondra d’uno voix éclatante et
d’un seul cri : « Vive la République ! »
X...
f A Nice, le chef de gare a offert à la reine de
Wurtemberg une corbeille de Heurs au nom
de la Compagnie.
La reine et le roi se sont entretenus quel
ques instants avec les autorités, puis ont pris
place dans un landau qui les a conduits au
Splendide-Hôtel. Aucune manifestation à si
gnaler.
PAR FIL SPÉCIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 30 décembre.
L'élection de la Seiie
La Liberté affirme que M. Floquet ne se
présentera pas à 1 élection de la Seine le 27
janvier.
L’adversaire de M. Boulanger n'est toujours
pas désigné.
La présidence de la Chambre
Le bruit court que M. Méline ne serait pas
réélu à la présidence de la Chambre. M. Clé-
menceau aurait beaucoup de chances. M. An-
drieux sera aussi candidat à la présidence.
Le procès Vicil-Picard- Wilson
M. Vicil-Picard vient de lancer contre M.
Wilson une assignation en police correction
nelle, en conformité du vote émis par la
Chambre, autorisant les poursuites.
Agitation en Italie
La situation semble aggravée du côté de
l’Italie. Les symptômes d’agitation sont très
inquiétants. Le général Maitei, ami de la
France, a été mis en disponibilité.
PRÉ8ASESJPACSFIQUES
La situation européenne. — Les causes pos
sibles de guerre et les chances de paix
On télégraphie de Londres, 30 décembre ;
Jetant un coup d’œil sur la situation politi
que de l’Europe, le Statist exprime l’opinion
que ni la France, ni la Itnssîe, ni * l’Allemagne
ne provoquera la guerre dans un avenir pro
chain.
11 y a lieu de craindre évidemment une ré
volution en Serbie, ou des troubles en Bulga
rie, ou une alliance en Roumanie et la Russie
ouvrant à cette dernière puissance la route de
Sofia et de Constantinople ; mais même ces in
cidents ne doivent pas nécessairement entraî
ner immédiatement la guerre. La position de
la Russie deviendrait plus forte et l’influence
de l’Autriche serait diminuée, mais si les
grandes puissances désirent réellement le
maintien de la paix, une entente serait encore
possible, momentanément tout a i moins, et
nous ne pouvons pas nous imaginer que l’on
ne s’efforcerait pas d’amener cet accord.
En somme, nous conservons l’espoir que
l’année qui va commencer sera une année de
paix pour toute l’Europe.
LA REINE DE WURThffiBERÜ A NICE
Les salutations d’usage
On mande de Nice, 29 décembre :
La reine de Wurtemberg est arrivée ce ma
tin .
Elle a été reçue à la gare par le roi, le pré
fet, le maire et ses adjoints, le gouverneur,
les consuls d’Allemagne et de Russie.
A la frontière, la reine avait été saluée par
le commissaire du gouvernement, qui lui a
souhaite la bienvenue et offert un bouquet au
nom du gouvernement.
NOUVELLES^ D’ESPAGNE
On mande de Madrid, 29 décembre :
La reine-régente a reçu aujourd’hui M. So-
rela, explorateur de l’Afrique, qui lui a pré
senté une. lettre du cardinal Lavigerie, sollici
tant le concours de la reine Christine et ce
lui de l’Espagne à la campagne anti-esclava
giste.
La reine-régente a promis de donner tout
son appui au cardinal.
L’escadre anglaise mouillée à Vigo se ren
dra aux îles Baléares la semaine prochaine.
Un vol de 150,0X) francs a été commis au
dépôt général des finances d’Albacete.
Un meeting s’organise à Saragosse pour pro
tester contre l’arrivée de 200 boucants de vins
venant d’Italie.
K. dêTismarck a friebsichsruhe
On télégraphie de Berlin, 29 décembre :
Le chancelier a reçu de l’empereur et de
l’impératrice de précieux cadeaux de Noël, ac
compagnés de lettres autographes.
M. de Bœtticher, secrétaire d’Etat, a passe
vingt-quatre heures à Friedrichsruhe, chez M.
de Bismarck. Sa visite avait pour but de s’en
tendre avec le chancelier sur la convocation
du Landtag et le discours du trône.
Le docteur Bardeleben a été appelé de Ber
lin auprès du chancelier, qui souffre beau
coup de ses névralgies aux jambes.
JACK LÈVENTREUR
Un nouveau crime en Angleterre. — La vic
time mutilée. — Terreur de la population
On télégraphie de Londres, 29 décembre :
On annonce de Bradford (Yorksire) un crime
horrible, semblable aux meurtres qui se sont
produits dernièrement à Whitechapel.
On a découvert ce matin dans une cour,
non loin du domicile de ses parents, le cada
vre d’un petit garçon de neuf ans, complète
ment nu et affreusement mutilé.
La consternation de la population est très
grande. On craint que l'assassin de Whitecha
pel, qui choisirait maintenant ses victimes
unrmi les iennes gens, ne se soit transporté
dans le Yorksire pour y commettre du nou
veaux crimes.
Le bruit d’un deuxième assassinat à Hilvick,
qui a couru ce matin, est dénué de fondement.
Il a été occasionné par l’arrestation, dans le
village de Hilvick, d’un individu soupçonné
du meurtre commis à Bradford.
Nouveaux détails
Londres, 30 décembre. —Voici de nouveaux
détails sur le crime horrible qui a été décou
vert hier matin à Bradford:
John Gill, la victime, était le fils d’un co
cher ; le cadavre affreusement mutilé du jeune
garçon a été trouvé devant la maison pater
nelle, où il a sans doute été porté par l’assas
sin ou les assassins.
Le corps a été découvert vers sept heures et
demie du matin par un nommé Joseph Buckle
boucher à Bradford, qui se rendait comme
coutume aux écuries et vacheries tenues par
ses employés.
Il y était allé la veille au soir et n’avait rien
vu d’anormal.
En apercevant, devant la maison du cocher,
quelque chose qu’ff prit tout d’abord pour des
vêtements ou des chiffons, sa curiosité fut
éveillée, et, s’étant approché, il ne tarda pas à
découvrir le cadavre.
Effrayé, Cuckle courut à l’écurie et alla cher
cher du secours.
Un policeman arriva presque aussitôt sur les
lieux; déjà le bruit du crime s’ôtait répandu
dans le voisinage et l’on vit accourir des hom
mes, des femmes et des enfants.
Des agents de police en nombre arrivèrent
alors et maintinrent la foule en respect.
Une enquête fut immédiatement ouverte et
l’on constata les horribles mutilations dont la
victime a été l’objet.
Le malheureux enfant était enveloppé dans
un paquet qui était attache par une veste,sans
doute celle de John Gill.
Les oreilles", qui avaient été coupées, man
quaient. Les intestins et le cœur avaient été
arrachés et se trouvaient à côté du tronc.
Les deux jambes avaient été coupées à la
jonction du corps et avaient été placées do
chaque côté de ce dernier.
Les bras avaient été également coupées à
l’aide d’un couperet, et la poitrine portait deux
larges blessures.
Les souliers de la victime avaient été ôtés
et. introduits par la force dans la cavité de
l’abdomen.
D’autres mutilations sur lesquelles on ne
peut s’étendre avaient été faites.
Un laitier, nomme Barrett, sur lequel pèsent
certains soupçons, a été arrêté et interrogé par
les magistrats de Bradford.
La mère de John Gill certifie que son fils
avait passé la journée d’avant-hier avec le
jeune Barrett et quelques autres gamins.
Ce témoignage a été corroboré par plusieurs
personnes qui ont vu la victime en compagnie
de Barrett.
Celui-ci a répondu qu’il ne savait pas ce que
l’on voulait dire.
L’émotion est vive à Bradford où l’on croit
que le crime est l’œuvre du terrible Jack l’é-
ventreur, mais jusqu’à présent rien ne permet
de donner raison à ces suppositions.
Le crime de Whitechapel
Londres, 30 décembre. — On croit être sur
la trace de l’assassin de Whitechapel. On as
sure, en effet, qu'une personne ayant dernière
ment participé à des actes de bienfaisance
dans ce quartier, a reçu une lettre dont l'écri
ture se rapproche beaucoup de celle de Jack
l’éventreur.
La police, mise en éveil, a ouvert une en
quête et a découvert que l’auteur de la lettre
était un malade, qui s’était échappé d’un hô-.
pi taie de la métropole, à l’insu de l’adminis
tration de l’établissement. Mais, depuis, il a
été vu et filé.
La police croit que le meurtrier s’est retiré
dans le voisinage de Drury Lane.
LETTRE DE PARIS
La prochaine élection do la Seine. — Le
général Boulanger et le prrt: réaction*
naire. — Les déclarations' de MM. Fer
dinand Du val et Deitys Cochin. — Est-
ce une feinte ? — La discorde au club
de la rue de Sèze.
Paris, le 28 décembre 1888.
Est-ce que les réactionnaires auraient
lâche laj| Boulangerie ? Mais on dirait
vraiment que le parti conservateur qui
avait été jusqu’ici le souteneur du géné
ral a des velléités d’indépendance et
qu’il estsurlc point d’abandonner les gens
du club de la rue de Sèze à leur malheu
reux sort.
M. Ferdinand Du val vient en effet de
déclarer que M. Boulanger en se présen
tant aux suffrages des Parisiens s’expose
i<. une défaite qui pourrait bien lui faire
le plus grand tort aux élections géné
rales, car « les départements tels que la
Charente, par exemple, ne voteront cer
tainement pas une seconde fois pour ce
lui qu’ils auront vu se portera Paris bras
dessus bras dessous avec Rochefort. »
M. Denys Cochin, conseiller municipal
de Paris qui est l’un des chefs du parti
réactionnaire assure de son côte qu’il
combattra énergiquement le général
Boulanger, et il considère qu’à quelque»
conditions que ce soit les conservateurs
ne doivent pas lui donner l’appui da
leurs voix.
Feuilleton n° 9
I SIMM MUANT
II domina les bouillonnements de sa
•'■1ère, fit quelques pas dans la chambre,
icrchant à rassembler ses esprits, à raf-
r; tir ses nerfs ébranlés par l’horrible
noc. Toutefois, il demanda, comme mai
re lui :
— Où donc est Norbert?
3ar il avait reconnu le carnet d’An-
L ^ .
- Je ne sais. En promenade, je croîs,
pondit Paule.
Et, défaillante, elle se laissa retomber
r le sopha.
Vî. de Maugeney, devinant un nouveau
"tisongo, ne se sentit plus maître de
il fit un mouvement pour s’élancer
• sa femme, la broyer, la tuer; mais
• ait si pale, si écrasée déjà, qu’il se
i. S’il se trompait!
Demander une explication, laisser per-
soupçon sur de si légers indices,
lui un outrage que Paule, si eLe
[innocente, ne lui pardonnerait ja-
;cnte, elle l’était peut-être : André
en pu entrer dans sa chambre, se
ses pieds, lui déclarer un amour
, impétueux, brutal même ; mais
-vf.it repoussé certainement, elle
s’était loyalement défendue. De là ce dé
sordre et cet abattement et son trouble
de tout à l’heure.
Il était si sûr d’elle I Leur bonheur, de
puis sept ans, avait été si profond, si en
tier! Pourquoi le tromperait-elle? Ne s’é
tait-il pas toujours montré pour elle em
pressé, attentif, épris comme au premier
jour! Et elle avait une si haute dignité,
tant de sincérité dans le caractère! L’a
voir un instant soupçonnée, c’était odieux,
c’était bas, c’était vil. Et la regardant
encore, il la vit si calme, avec son beau
profil ferme et triste, qu’il fut tenté de
tomber à ses pieds pour lui demander
pardon de ses doutes injurieux.
— Tu ne descendras pas dîner ? fit-il
d’une voix presque basse, pour dissi
muler le tremblement qu’il y sentait en
core.
— Je verrai tout à l’heure, repondit-
clle faiblement.
M. de Maugeney sortit sans bruit.
VI
M. de Maugeney avait quarante ans
environ, l’àge de la pleine vitalité, pour
un homme bien équilibré, qui a su me-
i nager sa vie, ses travaux et ses plai-
1 sirs. ,
Il appartenait, avons-nous dit, a une
noblesse de robe. Il était de tradition,
dans sa famille, que le fils aîné, ail moins,
entrât dans la magistrature. Il avait donc
fait son droit; mais des héritages succes
sifs l’ayant rnis en possession d’une for
tune considérable, il avait voulu garder
son indépendance. Au reste, il n’avait
aucun goût pour cette profession, la ca
suistique judiciaire répugnant à sa pri-
mesautière équité. Il visait plutôt la car
rière politique, à la condition pourtant
que la popularité no lui coûtât ni intri
gues, ni mensonges, ni courbettes d’au
cune sorte; car au-dessus de toute ambi
tion, il plaçait sa dignité. Cette dignité
allait chez lui jusqu’à l’orgueil. Il n’ad
mettait aucune concession capable de l’a
moindrir à ses propres yeux. En un mot,
c’était un caractéMu Cette énergie, cette
droiture inff‘XibW*%e retrouvaient dans
tous ses sentiments, môme les plus inti
mes.
Il aimait sa femme avec passion, avec
une fidélité absolue; ses amis, avec un
dévouement qui ne connaissait aucune
borne. Aussi confiant qu’il était loyal, il
eût cru s’abaisser en soupçonnant ceux
qu’il aimait. Cependant, malgré cette na
ture vraiment superbe et pleine d’élans
de cœur, il tenait de sa famille, par cer
tains côtés, les aptitudes du magistrat :
c’était un esprit calme, pondéré, observa
teur, perspicace.
Son extérieur répondait à la noblesse
de ses sentiments.
Il était grand, avait un beau port de
tête ; son front pâle, large, encadré de
cheveux noirs rejetes en arrière, offrait
des méplats harmonieux et puissants. Le
nez, un peu fort, à l’arrête bien dessi
née, aux narines fermes, révélait la gé
nérosité, la solidité de son caractère. Et
que de bonté réfléchie, douce, affectueu
se dans sa bouche méditative, au sourire
attendri ! Ses favoris noirs, soyeux, des
sinaient l’ovale plein de distinction de ce
grave et imposant visage.
Comment, avec cette belle prestance,
cette magnifique situation, avait-il songé
à épouser Mlle Paule Lofauro, la fille
d’un maître de forges en faillite?
Ce mariage avait fait beaucoup de
bruit, causé presque un scandale ; car on
ne reconnaissait à cette jeune fille ni
cette beauté du diable, ni ce diable au
corps qui ensorcellent les hommes. On
ne voyait en elle, au contraire, qu’une
jeune fille terne, effacée, très froide, po
sée dans scs discours, bonne certaine
ment, mais sans aucun rayonnement
sympathique dans sa personne.
Voici l’histoire bien simple de ce ma
riage.
Voisin de campagne du maître de for
ges, M. de Maugeney avait quelquefois
rencontré Mlle Lelaure, et frappé de son
regard replié, aux soudaines étincelles,
de sa bouche sérieuse, de sa voix grave
et chaude qui remuait le cœur, il avait
deviné en elle une âme fi ère et concen
trée comme la sienne.
Avec son goût artistique, réfléchi et
raffiné, il avait su découvrir ce que l’ob
servateur vulgaire ne voyait pas, c’est-à-
dire les réelles beautés plastiques de ce
corps élancé aux formes grêles, mais aux
lignes pures et élégantes. Il avait aperçu
la nuance ardente de ses cheveux bruns,
la gracilité de sa nuque et son oreille si
petite, aux délicats méandres, et le grain
soyeux de sa peau qui étincelait au so
leil. Sous cette carnation dorée qui, à
ses yeux, était l’achèvement de sa beau
té, il avait pressenti des ardeurs du
lave.
Il avait subi le charme étrange et com<
me électrique que dégageait toute sa
personne, bien qu’elle ne déployât, pour
attirer son attention, aucune de ces co
quetteries innées chez toutes les filles du
vingt ans.
Mlle Lefaure, en effet, eût cru s’abais
ser par ces petits manèges féminins, sur
tout vis-à-vis d’un homme qui pouvait
être un prétendant. Se sachant pauvre, il
y avait en elle comme un dédain farou
che des jeunes gens riches.
Depuis six mois déjà, M. de Maugeney
était absorbé par cet amour contre le
quel il luttait vainement, lorsqu’éclala lo
désastre de M. Lefaure. A celte nouvelle,
il fut pris d’une immense et tendre pitié
pour cette jeune fille aux instincts si
fiers, et qui allait passer tout à coup
d’une vie opulente à une misère com
plète. N’écoutant que l’impulsion de son.
cœur, il se rendit aussitôt auprès
Lefaure, et lui fit des offres de
(A suivre) M.-L.
y
1 t i •>•"■::> ? : , j
Y T-y. /’#•/
V
VA r .l'x}.
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Premier choix
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oour chaque nom à imprimer, ne seront pas
acceptées.
loi OntrecniflecB Boulanger I er
Si, cg que nous espérons bien, le gé
néral Boulanger ne laisse pas de trace
anglante dans l’histoire, il y aura au
îoins laissé le souvenir d’une colos-
xle vanité et d’une rare oufrccuidan-
3. Pour la première fois on aura vu
n homme s’établir lui-même candidat
la présidence, aspirant à la dictatu-
3, comme un autre s’établirait cor-
onnier ou charcutier, le proclamer à
ms les coins de rue et dès lors traiter
e puissance à puissance avec le gou-
ernement régulier, avec le Parlement,
vec le suffrage universel lui-même,
a conversation avec un rédacteur de
Evènement est, à cet égard, un mo-
ument de suffisance stupide auprès
uquel la tour Eiffel reste myrmiion-
esque.
— Comment? si je me présente à
’aris en remplacement de ce pauvre
garçon clc Hude? Mais demande-t-on
ela à Boulanger ?
— Si je crois être élu? Boulanger
eut-il ne pas l’être ?
— Et le gouvernement? Ecrasé, ré-
uit en miettes !
— Mais vos électeurs du Nord ? Ils
averti à quoi s’en tenir.
Et du : it, ces électeurs du Nord so-
ont de benne composition s’ils accep
te n i d’être un troisième fois dérangés
jour le bon plaisir du général Boulan
ger. Muis il a décidé de se présenter
it le saiuï de la patrie qu’il porte dans
n pli de ^a redingote prime toute au-
re considération. Il va d’ailleurs si peu
u Palais-Bourbon, qu’il doit fort peu
mporter à ses bénévoles électeurs d’a
voir un député en chair et en os ou un
léputé en papier mâché et qui pourrait
ort bien représenter à la fois les qua
re ou cinq départements qui se dispu
ni t l’honneur de l’élire.
***
En ira-t-il de môme dans la Seine
je dans le Nord? Les Parisiens vont-
ils se mettre à la remorque des Fla
mands ? Quelles que soient la vanité du
général Boulanger et la blague d’Hen.
ri Rochefort, il est fortement permis
d’en douter.
Le rédacteur en chef de Y Intransi
geant estime, dans son pittoresque lan
gage, qu’on ne peut rater cette gifle à
Floquet, et, faisant un petit calcul d’a
rithmétique, il conclut de ce que Y In
transigeant vend à Paris 180,000 exem
plaires — ce qu’il devrait bien prouver
— et de ce que les monarchistes ont
donné à M. Hervé 120,000 voix, que le
général Boulanger sera élu par 300,000
voix. Il nous a pris fantaisie d’addi
tionner les chiffres de vente à Paris des
principaux organes républicains qui
combattront la candidature Boulanger,
et nous sommes arrivés, d’après la mé
thode Rochefort, à ce stupéfiant résul
tat que le candidat républicain Yac-
querie, Darlot ou autre, sera élu avec
100,000 voix de plus qu’il n’y a d’élec
teurs inscrits.
Mais cessons de plaisanter avec les
chiffres, c’est un luxe pour lequel M.
Rochefort seul a assez d’esprit. Les bou-
langistes sont au fond très perplexes
et ne vont nullement à ce scrutin avec
l’entrain qu’ils mettent à courir der
rière la voiture de leur idole. Ils sen
tons parfaitement bien la difficulté de
jouer pendant longtemps un rôle équi
voque, de satisfaire à la fois l’aile droite
et l’aile gauche de la faction sans trop
concéder à l’une ni à l’autre, de courir
sur la corde raide de la popularité sans
perdre l’équilibre et de parler pour ne
rien dire. C’est un jeu qui peut réussir
à la condition de ne pas se prolonger
outre mesure. Les coups d’Etat doivent
s’accomplir en un tour de main, avec
une habileté de prestidigitateur ; si on
y prend trop de temps, les trucs sont
éventés et la farce compromise.
Sans aller jusqu’à dire que Boulan
ger va jouer son dernier atout, on peut
affirmer, sans crainte de se tromper,
qu’il va certainement jeter sur le tapis
une de ses plus fortes cartes, la meil
leure avant l’élection de 89, et il aurait
bien voulu la conserver pendant quel
ques mois encore. Nous allons voir, en
effet, ce phénomène admirable et que
nous devrons à M. Boulanger, d’un
parti dont les fractions avaient com
mencé à prendre position en vue des
élections et qui vont tout à coup se
réunir, se concentrer pour faire face à
l’ennemi commun.
***
Au lendemain même des énergiques
et hautaines vitupérations de M. Chal-
lemcl-Lacour, au lendemain de l’ex
communication que M. Jules Ferry a
fulminée contre le radicalisme, alors
qu’il semblait que la division fût irré
médiable, on va, une fois de plus,
se trouver uni et le cabinet Floquet va
en être consolidé jusqu’aux élections.
La grande ville de Paris, la cité répu
blicaine par excellence, dont les mo
narchistes n’ont encore pu entamer la
foi démocratique, va se trouver debout
tout entière, non plus devant une
tombe, comme au 2 décembre dernier,
mais devant les urnes dans lesquelles
gît l’avenir, et c’est d’un même élan
que les modérés d’entre les modérés,
les commerçants de la rue du Sentier,
vont aller au vote avec les radicaux
socialistes les plus avancés, ouvriers
de Belleville ou de Montmartre.
A Boulanger qui voudrait perpétuer
une nouvelle confusion sur son nom
Paris répondra d’uno voix éclatante et
d’un seul cri : « Vive la République ! »
X...
f A Nice, le chef de gare a offert à la reine de
Wurtemberg une corbeille de Heurs au nom
de la Compagnie.
La reine et le roi se sont entretenus quel
ques instants avec les autorités, puis ont pris
place dans un landau qui les a conduits au
Splendide-Hôtel. Aucune manifestation à si
gnaler.
PAR FIL SPÉCIAL
INFORMATIONS DIVERSES
Paris, 30 décembre.
L'élection de la Seiie
La Liberté affirme que M. Floquet ne se
présentera pas à 1 élection de la Seine le 27
janvier.
L’adversaire de M. Boulanger n'est toujours
pas désigné.
La présidence de la Chambre
Le bruit court que M. Méline ne serait pas
réélu à la présidence de la Chambre. M. Clé-
menceau aurait beaucoup de chances. M. An-
drieux sera aussi candidat à la présidence.
Le procès Vicil-Picard- Wilson
M. Vicil-Picard vient de lancer contre M.
Wilson une assignation en police correction
nelle, en conformité du vote émis par la
Chambre, autorisant les poursuites.
Agitation en Italie
La situation semble aggravée du côté de
l’Italie. Les symptômes d’agitation sont très
inquiétants. Le général Maitei, ami de la
France, a été mis en disponibilité.
PRÉ8ASESJPACSFIQUES
La situation européenne. — Les causes pos
sibles de guerre et les chances de paix
On télégraphie de Londres, 30 décembre ;
Jetant un coup d’œil sur la situation politi
que de l’Europe, le Statist exprime l’opinion
que ni la France, ni la Itnssîe, ni * l’Allemagne
ne provoquera la guerre dans un avenir pro
chain.
11 y a lieu de craindre évidemment une ré
volution en Serbie, ou des troubles en Bulga
rie, ou une alliance en Roumanie et la Russie
ouvrant à cette dernière puissance la route de
Sofia et de Constantinople ; mais même ces in
cidents ne doivent pas nécessairement entraî
ner immédiatement la guerre. La position de
la Russie deviendrait plus forte et l’influence
de l’Autriche serait diminuée, mais si les
grandes puissances désirent réellement le
maintien de la paix, une entente serait encore
possible, momentanément tout a i moins, et
nous ne pouvons pas nous imaginer que l’on
ne s’efforcerait pas d’amener cet accord.
En somme, nous conservons l’espoir que
l’année qui va commencer sera une année de
paix pour toute l’Europe.
LA REINE DE WURThffiBERÜ A NICE
Les salutations d’usage
On mande de Nice, 29 décembre :
La reine de Wurtemberg est arrivée ce ma
tin .
Elle a été reçue à la gare par le roi, le pré
fet, le maire et ses adjoints, le gouverneur,
les consuls d’Allemagne et de Russie.
A la frontière, la reine avait été saluée par
le commissaire du gouvernement, qui lui a
souhaite la bienvenue et offert un bouquet au
nom du gouvernement.
NOUVELLES^ D’ESPAGNE
On mande de Madrid, 29 décembre :
La reine-régente a reçu aujourd’hui M. So-
rela, explorateur de l’Afrique, qui lui a pré
senté une. lettre du cardinal Lavigerie, sollici
tant le concours de la reine Christine et ce
lui de l’Espagne à la campagne anti-esclava
giste.
La reine-régente a promis de donner tout
son appui au cardinal.
L’escadre anglaise mouillée à Vigo se ren
dra aux îles Baléares la semaine prochaine.
Un vol de 150,0X) francs a été commis au
dépôt général des finances d’Albacete.
Un meeting s’organise à Saragosse pour pro
tester contre l’arrivée de 200 boucants de vins
venant d’Italie.
K. dêTismarck a friebsichsruhe
On télégraphie de Berlin, 29 décembre :
Le chancelier a reçu de l’empereur et de
l’impératrice de précieux cadeaux de Noël, ac
compagnés de lettres autographes.
M. de Bœtticher, secrétaire d’Etat, a passe
vingt-quatre heures à Friedrichsruhe, chez M.
de Bismarck. Sa visite avait pour but de s’en
tendre avec le chancelier sur la convocation
du Landtag et le discours du trône.
Le docteur Bardeleben a été appelé de Ber
lin auprès du chancelier, qui souffre beau
coup de ses névralgies aux jambes.
JACK LÈVENTREUR
Un nouveau crime en Angleterre. — La vic
time mutilée. — Terreur de la population
On télégraphie de Londres, 29 décembre :
On annonce de Bradford (Yorksire) un crime
horrible, semblable aux meurtres qui se sont
produits dernièrement à Whitechapel.
On a découvert ce matin dans une cour,
non loin du domicile de ses parents, le cada
vre d’un petit garçon de neuf ans, complète
ment nu et affreusement mutilé.
La consternation de la population est très
grande. On craint que l'assassin de Whitecha
pel, qui choisirait maintenant ses victimes
unrmi les iennes gens, ne se soit transporté
dans le Yorksire pour y commettre du nou
veaux crimes.
Le bruit d’un deuxième assassinat à Hilvick,
qui a couru ce matin, est dénué de fondement.
Il a été occasionné par l’arrestation, dans le
village de Hilvick, d’un individu soupçonné
du meurtre commis à Bradford.
Nouveaux détails
Londres, 30 décembre. —Voici de nouveaux
détails sur le crime horrible qui a été décou
vert hier matin à Bradford:
John Gill, la victime, était le fils d’un co
cher ; le cadavre affreusement mutilé du jeune
garçon a été trouvé devant la maison pater
nelle, où il a sans doute été porté par l’assas
sin ou les assassins.
Le corps a été découvert vers sept heures et
demie du matin par un nommé Joseph Buckle
boucher à Bradford, qui se rendait comme
coutume aux écuries et vacheries tenues par
ses employés.
Il y était allé la veille au soir et n’avait rien
vu d’anormal.
En apercevant, devant la maison du cocher,
quelque chose qu’ff prit tout d’abord pour des
vêtements ou des chiffons, sa curiosité fut
éveillée, et, s’étant approché, il ne tarda pas à
découvrir le cadavre.
Effrayé, Cuckle courut à l’écurie et alla cher
cher du secours.
Un policeman arriva presque aussitôt sur les
lieux; déjà le bruit du crime s’ôtait répandu
dans le voisinage et l’on vit accourir des hom
mes, des femmes et des enfants.
Des agents de police en nombre arrivèrent
alors et maintinrent la foule en respect.
Une enquête fut immédiatement ouverte et
l’on constata les horribles mutilations dont la
victime a été l’objet.
Le malheureux enfant était enveloppé dans
un paquet qui était attache par une veste,sans
doute celle de John Gill.
Les oreilles", qui avaient été coupées, man
quaient. Les intestins et le cœur avaient été
arrachés et se trouvaient à côté du tronc.
Les deux jambes avaient été coupées à la
jonction du corps et avaient été placées do
chaque côté de ce dernier.
Les bras avaient été également coupées à
l’aide d’un couperet, et la poitrine portait deux
larges blessures.
Les souliers de la victime avaient été ôtés
et. introduits par la force dans la cavité de
l’abdomen.
D’autres mutilations sur lesquelles on ne
peut s’étendre avaient été faites.
Un laitier, nomme Barrett, sur lequel pèsent
certains soupçons, a été arrêté et interrogé par
les magistrats de Bradford.
La mère de John Gill certifie que son fils
avait passé la journée d’avant-hier avec le
jeune Barrett et quelques autres gamins.
Ce témoignage a été corroboré par plusieurs
personnes qui ont vu la victime en compagnie
de Barrett.
Celui-ci a répondu qu’il ne savait pas ce que
l’on voulait dire.
L’émotion est vive à Bradford où l’on croit
que le crime est l’œuvre du terrible Jack l’é-
ventreur, mais jusqu’à présent rien ne permet
de donner raison à ces suppositions.
Le crime de Whitechapel
Londres, 30 décembre. — On croit être sur
la trace de l’assassin de Whitechapel. On as
sure, en effet, qu'une personne ayant dernière
ment participé à des actes de bienfaisance
dans ce quartier, a reçu une lettre dont l'écri
ture se rapproche beaucoup de celle de Jack
l’éventreur.
La police, mise en éveil, a ouvert une en
quête et a découvert que l’auteur de la lettre
était un malade, qui s’était échappé d’un hô-.
pi taie de la métropole, à l’insu de l’adminis
tration de l’établissement. Mais, depuis, il a
été vu et filé.
La police croit que le meurtrier s’est retiré
dans le voisinage de Drury Lane.
LETTRE DE PARIS
La prochaine élection do la Seine. — Le
général Boulanger et le prrt: réaction*
naire. — Les déclarations' de MM. Fer
dinand Du val et Deitys Cochin. — Est-
ce une feinte ? — La discorde au club
de la rue de Sèze.
Paris, le 28 décembre 1888.
Est-ce que les réactionnaires auraient
lâche laj| Boulangerie ? Mais on dirait
vraiment que le parti conservateur qui
avait été jusqu’ici le souteneur du géné
ral a des velléités d’indépendance et
qu’il estsurlc point d’abandonner les gens
du club de la rue de Sèze à leur malheu
reux sort.
M. Ferdinand Du val vient en effet de
déclarer que M. Boulanger en se présen
tant aux suffrages des Parisiens s’expose
i<. une défaite qui pourrait bien lui faire
le plus grand tort aux élections géné
rales, car « les départements tels que la
Charente, par exemple, ne voteront cer
tainement pas une seconde fois pour ce
lui qu’ils auront vu se portera Paris bras
dessus bras dessous avec Rochefort. »
M. Denys Cochin, conseiller municipal
de Paris qui est l’un des chefs du parti
réactionnaire assure de son côte qu’il
combattra énergiquement le général
Boulanger, et il considère qu’à quelque»
conditions que ce soit les conservateurs
ne doivent pas lui donner l’appui da
leurs voix.
Feuilleton n° 9
I SIMM MUANT
II domina les bouillonnements de sa
•'■1ère, fit quelques pas dans la chambre,
icrchant à rassembler ses esprits, à raf-
r; tir ses nerfs ébranlés par l’horrible
noc. Toutefois, il demanda, comme mai
re lui :
— Où donc est Norbert?
3ar il avait reconnu le carnet d’An-
L ^ .
- Je ne sais. En promenade, je croîs,
pondit Paule.
Et, défaillante, elle se laissa retomber
r le sopha.
Vî. de Maugeney, devinant un nouveau
"tisongo, ne se sentit plus maître de
il fit un mouvement pour s’élancer
• sa femme, la broyer, la tuer; mais
• ait si pale, si écrasée déjà, qu’il se
i. S’il se trompait!
Demander une explication, laisser per-
soupçon sur de si légers indices,
lui un outrage que Paule, si eLe
[innocente, ne lui pardonnerait ja-
;cnte, elle l’était peut-être : André
en pu entrer dans sa chambre, se
ses pieds, lui déclarer un amour
, impétueux, brutal même ; mais
-vf.it repoussé certainement, elle
s’était loyalement défendue. De là ce dé
sordre et cet abattement et son trouble
de tout à l’heure.
Il était si sûr d’elle I Leur bonheur, de
puis sept ans, avait été si profond, si en
tier! Pourquoi le tromperait-elle? Ne s’é
tait-il pas toujours montré pour elle em
pressé, attentif, épris comme au premier
jour! Et elle avait une si haute dignité,
tant de sincérité dans le caractère! L’a
voir un instant soupçonnée, c’était odieux,
c’était bas, c’était vil. Et la regardant
encore, il la vit si calme, avec son beau
profil ferme et triste, qu’il fut tenté de
tomber à ses pieds pour lui demander
pardon de ses doutes injurieux.
— Tu ne descendras pas dîner ? fit-il
d’une voix presque basse, pour dissi
muler le tremblement qu’il y sentait en
core.
— Je verrai tout à l’heure, repondit-
clle faiblement.
M. de Maugeney sortit sans bruit.
VI
M. de Maugeney avait quarante ans
environ, l’àge de la pleine vitalité, pour
un homme bien équilibré, qui a su me-
i nager sa vie, ses travaux et ses plai-
1 sirs. ,
Il appartenait, avons-nous dit, a une
noblesse de robe. Il était de tradition,
dans sa famille, que le fils aîné, ail moins,
entrât dans la magistrature. Il avait donc
fait son droit; mais des héritages succes
sifs l’ayant rnis en possession d’une for
tune considérable, il avait voulu garder
son indépendance. Au reste, il n’avait
aucun goût pour cette profession, la ca
suistique judiciaire répugnant à sa pri-
mesautière équité. Il visait plutôt la car
rière politique, à la condition pourtant
que la popularité no lui coûtât ni intri
gues, ni mensonges, ni courbettes d’au
cune sorte; car au-dessus de toute ambi
tion, il plaçait sa dignité. Cette dignité
allait chez lui jusqu’à l’orgueil. Il n’ad
mettait aucune concession capable de l’a
moindrir à ses propres yeux. En un mot,
c’était un caractéMu Cette énergie, cette
droiture inff‘XibW*%e retrouvaient dans
tous ses sentiments, môme les plus inti
mes.
Il aimait sa femme avec passion, avec
une fidélité absolue; ses amis, avec un
dévouement qui ne connaissait aucune
borne. Aussi confiant qu’il était loyal, il
eût cru s’abaisser en soupçonnant ceux
qu’il aimait. Cependant, malgré cette na
ture vraiment superbe et pleine d’élans
de cœur, il tenait de sa famille, par cer
tains côtés, les aptitudes du magistrat :
c’était un esprit calme, pondéré, observa
teur, perspicace.
Son extérieur répondait à la noblesse
de ses sentiments.
Il était grand, avait un beau port de
tête ; son front pâle, large, encadré de
cheveux noirs rejetes en arrière, offrait
des méplats harmonieux et puissants. Le
nez, un peu fort, à l’arrête bien dessi
née, aux narines fermes, révélait la gé
nérosité, la solidité de son caractère. Et
que de bonté réfléchie, douce, affectueu
se dans sa bouche méditative, au sourire
attendri ! Ses favoris noirs, soyeux, des
sinaient l’ovale plein de distinction de ce
grave et imposant visage.
Comment, avec cette belle prestance,
cette magnifique situation, avait-il songé
à épouser Mlle Paule Lofauro, la fille
d’un maître de forges en faillite?
Ce mariage avait fait beaucoup de
bruit, causé presque un scandale ; car on
ne reconnaissait à cette jeune fille ni
cette beauté du diable, ni ce diable au
corps qui ensorcellent les hommes. On
ne voyait en elle, au contraire, qu’une
jeune fille terne, effacée, très froide, po
sée dans scs discours, bonne certaine
ment, mais sans aucun rayonnement
sympathique dans sa personne.
Voici l’histoire bien simple de ce ma
riage.
Voisin de campagne du maître de for
ges, M. de Maugeney avait quelquefois
rencontré Mlle Lelaure, et frappé de son
regard replié, aux soudaines étincelles,
de sa bouche sérieuse, de sa voix grave
et chaude qui remuait le cœur, il avait
deviné en elle une âme fi ère et concen
trée comme la sienne.
Avec son goût artistique, réfléchi et
raffiné, il avait su découvrir ce que l’ob
servateur vulgaire ne voyait pas, c’est-à-
dire les réelles beautés plastiques de ce
corps élancé aux formes grêles, mais aux
lignes pures et élégantes. Il avait aperçu
la nuance ardente de ses cheveux bruns,
la gracilité de sa nuque et son oreille si
petite, aux délicats méandres, et le grain
soyeux de sa peau qui étincelait au so
leil. Sous cette carnation dorée qui, à
ses yeux, était l’achèvement de sa beau
té, il avait pressenti des ardeurs du
lave.
Il avait subi le charme étrange et com<
me électrique que dégageait toute sa
personne, bien qu’elle ne déployât, pour
attirer son attention, aucune de ces co
quetteries innées chez toutes les filles du
vingt ans.
Mlle Lefaure, en effet, eût cru s’abais
ser par ces petits manèges féminins, sur
tout vis-à-vis d’un homme qui pouvait
être un prétendant. Se sachant pauvre, il
y avait en elle comme un dédain farou
che des jeunes gens riches.
Depuis six mois déjà, M. de Maugeney
était absorbé par cet amour contre le
quel il luttait vainement, lorsqu’éclala lo
désastre de M. Lefaure. A celte nouvelle,
il fut pris d’une immense et tendre pitié
pour cette jeune fille aux instincts si
fiers, et qui allait passer tout à coup
d’une vie opulente à une misère com
plète. N’écoutant que l’impulsion de son.
cœur, il se rendit aussitôt auprès
Lefaure, et lui fit des offres de
(A suivre) M.-L.
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