Titre : Figaro : journal non politique
Éditeur : Figaro (Paris)
Date d'édition : 1936-12-26
Contributeur : Villemessant, Hippolyte de (1810-1879). Directeur de publication
Contributeur : Jouvin, Benoît (1810-1886). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 164718 Nombre total de vues : 164718
Description : 26 décembre 1936 26 décembre 1936
Description : 1936/12/26 (Numéro 361). 1936/12/26 (Numéro 361).
Description : Note : supplément littéraire illustré pages 5 à 7. Note : supplément littéraire illustré pages 5 à 7.
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Description : Collection numérique : France-Brésil Collection numérique : France-Brésil
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k409345g
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
SUPPtlMENT LITTERAIRE (Pages 5, 6, et 7)
S, U P~ P-L;E >,M-E--N. TLITTERAIRE (Pages 5. 611- et
SAMEDI 26 DECEMBRE 1936
f. III* Année N° 361
· •ANCIENS DIRECTEURS: 1
H. DE VILLEMESSANT, F. MAGNARD
G. CAIMETTE, A. CAPUS, R. DE FLERS
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14, ROND-POINT DES CHAMPS-ELYSÉES, PARIS
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TÉLÉPHONE ̃ ÉLYSÉES 98-31 à 98-38
SAMEDI 26 DECEMBRE 1936
ABONNEMENTS 3 mois 6 mois 1 an
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CHÈQUE POSTAL 242-53 PARIS
ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE a FIGARO 45 PARIS
*+(\ fkmn lvOUÉ PAR CEUX-CI, BLÂMÉ PAR CEUX-LA, ME MÇQ.UANTDÉS SOTS,: GRAVANT LES MÉCHANTS, JE MB
PRESSE DE RIRE DE TOUT." DE PEUR D'ÊTRE OBUi^l D'EN PLEURER. BEAUMARCHAIS. te BauIOÏS 0
NIVEAU DE YIE
~'N'IVEAU DE VIE
':w.~s.'
L L
fci ç__i Est-il possible de mettre
^^i un peu de clarté dans
la question des hausses
de salaires ?
L'important, pour l'homme qui vit
de son travail, est que la rémunéra-
tion de ce travail lui assure ou con-
serve un certain niveau de vie dont
les conditions varient avec le milieu,
les habitudes, les exigences mêmes de
l'emploi.
Toute hausse constante du coût de
la vie, qu'elle soit réelle par la di-
sette des produits ou nominale par
la perte de valeur du papier-monnaie,
entraîne, à plus ou moins bref délai,
une demande de hausse de salaires.
Phénomène tellement simple, du
point de vue physique comme du
point de vue psychologique, qu'il n'y
a qu'à le constater.
La seule incertitude est de savoir
si les entreprises, soumises commercia-
lement à des données beaucoup plus
variées que celles du marché du tra-
vail, enregistrent en comptabilité de
chiffre d'affaires ou de bénéfices le
résultat général de la hausse des prix
et peuvent, par conséquent, suppor-
ter la charge accrue des salaires.
C'est le désaccord entre le progrès
du coût de la vie, amenant une de-
mande de hausse de salaires, et le
retard ou l'inertie du chiffre d'affai-
res des entreprises, qui cause, d'ordi-
naire, les « conflits du travail ».
Sous l'aspect social, il n'y a de
solution bienfaisante que celle qui
maintient ou élève le niveau de vie
celle, autrement dit, qui permet au
travailleur d'acheter toujours autant
ou plus de produits pour sa subsis-
tance et son entretien.
La clef de cette solution bienfai-
sante n'est pas dans le salaire consi-
déré isolément. Elle est dans la plus
ou moins grande quantité des pro-
duits et objets utiles mis sur le mar-
ché.
Si la quantité des produits est in-
suffisante, le relèvement nominal des
salaires, en provoquant une suren-
chère autour de produits peu nom-
breux, ne fait que rendre la vie inte-
nable pour les salaires ou revenus
restés bas. Si, au contraire, les pro-
duits sont en extrême abondance,
comme on le voit en certains pays, les
pauvres gens mêmes vivent sans pri-
vation pénible.
Ce fait est illustré très clairement
par l'exemple américain comme par
l'exemple soviétique.
En Amérique, la hausse des sa-
laires. fut accompagnée, du dévelop-
pement d'un gigantesque machinisme.
Ce machinisme, en fournissant une
production de plus en plus abon-
dante sans qu'augmentât le nombre
des ouvriers, élevait de plus en plus
le niveau de vie de ces derniers. La
limite et l'échec se trouvèrent dans
l'impossibilité où étaient les quarante
millions d'agriculteurs d'écouler leur
surplus de produits dans une popula-
tion de consommateurs qui ne crois-
sait plus assez vite, les immigrants
étant arrêtés.
En Russie, la Révolution ne put
rien changer à la misère tant que le
plan industriel et agricole ne releva
pas la production. Toute l'économie
soviétique est fondée sur le calcul des
quantités disponibles ou à produire.
Sous la confusion et les agitations
présentes, le vrai risque que court
l'économie française est de subir un
fléchissement de production, qui en-
traînerait, par tel ou tel circuit, un
égal fléchissement du niveau de vie.
La déflation, en contraignant l'in-
dustrie à des économies de prix de
revient draconiennes, avait atteint la
qualite de nos produits. Aujourd'hui,
la baisse du rendement et l'usure des
outillages, qui ne se renouvellent plus
à cause de l'inquiétude des capitaux,
menacent d'atteindre la quantité.
LUCIEN ROMIER.
EN PAGE 3
LA VEILLEE
DE BERCHTESGADEN
Par RAYMOND HENRY
•' LES CULTIVATEURS
VONT CULTIVER
V LA RHETORIQUE
Par Louis Chanvet
En 5", 6' et 7* pages
LE FIGARO LITTERAIRE
REVUE DE 1937
Par MAURICET et Pierre VARENNE
HENRI DE REGNIER
ET ANNA DE NOAILLES
Par PAUL VALERY,
de l'Académie française.
PROJETS 1937
QUE SERA L'ANNEE
LITTERAIRE ?
Par CH. RABETTE
LEÇON DE CHOSES
Par FERNAND yàJHDB&M
ENCORE
un témoignage
désenchanté
sur le Paradis
soviétique
Ce que déclare an militant
du syndicalisme,
à son retour de VU. R. S. S.
M. Kléber Legay, secrétaire du
Syndicat des mineurs du Nord-Est,
qui devait faire demain, à Lens, une
causerie sur son voyage récent en
U. R. S. S., a renoncé à faire cette
conférence, la Fédération nationale
du sous-sol l'ayant avisé qu'elle s'y
opposait.
M. Kléber Legay, de retour de son
voyage en U. R. S. S., avait publié un
article remarqué dans les milieux
syndicalistes et politiques, dans le-
quel il avait exprimé la déception
qu'il avait rapportée d'U. R. S. S. et
où il avait formulé le vœu que, ja-
mais, la classe ouvrière française ne
connaisse un niveau social aussi bas
que celui de la classe ouvrière sovié-
tique.
Dans une note à la presse, M. Klé-
ber Legay déclare notamment « Me
rangeant à la discipline de l'orga-
nisation syndicale, j'avise les cama-
rades qui, de nombreux endroits, me
sollicitent pour des réunions sur cet
objet, qu'il ne m'est pas possible de
répondre favorablement à leurs de-
mandes. De même, j'informe les ca-
marades du parti socialiste et des
Jeunesses socialistes du Pas-de-Ca-
lais que je n'assurerai pas la réunion
projetée pour le dimanche 27 dé-
cem à Lens. »
Ceux qui disent la vérité sur l'U.
R. S. S. ne peuvent la faire connaî-
tre sans rompre avec les cadres de
la révolution. Comme André Gide,
comme Victor Serge, le syndicaliste
Legay en fait l'épreuve.
LES JOURS SE SUIVENT
A L'OMBRE DFS FORÊTS
Je me souviens de cette journée de
printemps où j'arrivais à Ischl, petite
ville d'eaux du Salzkammergüt autri-
chien. Le soleil, une ardeur de sai-
son réveillaient la forêt, enchan-
taient l'Ischl et la Traun. J'étàis mêlé
à quelques voyageurs de marque et
•de charmantes jeunes filles'nous at-
tendaient, habillées dans Içùfs côs-
tumes traditionnels, avec de courtes
vestes de drap passementé, des cha-
peaux batailleurs d'où jaillissaient
leurs longues boucles. Nous défilâ-
mes en compagnie de ces jeunesses
entre des villas, comme il en est en-
core dans les stations anciennes, et
qui témoignent pour d'heureux con-
forts. Puis on nous fit visiter le châ-
teau, grande demeure où chaque an-
née, en été, l'Empereur François-
Joseph venait accomplir sa saison.
Parfois, il revenait à l'automne pour
la chasse et s'attardait à l'ombre de
ces forêts dont l'humidité lui gâtait
alors le bienfait des sulfures de l'été.
Tandis que j'étais arrêté dans une
des pièces, une jeune fille s'approcha
je la revois, si blonde, et portant
la joie de vivre sur l'éclat de ses
dents et me montrant un petit
bureau « Voilà, me dit-elle, la table
où l'Empereur a signé en juillet 1914
l'ultimatum que son aide de camp
porta au gouvernement serbe. A
peine avait-elle dit ces mots qu'elle
regretta peut-être de les avoir pro-
noncés, se tut, devint grave et qu'il
n'y eut plus qu'une expression reflé-
chie sur son charmant visage tout
éclairé l'instant d'avant..
Pourquoi ai-je revu cette scène,
détail par détail, en lisant qu'Adolf
Hitler s'était retiré à Berchtesgaden,
au sein des Alpes bavaroises, pour
prendre quelque grande décision.
C'est donc à l'écart des villes, à l'om-
bre des forêts, ou dans un paysage
solitaire, que se décide le sort des
peuples ? Une jeune fille montrera-
t-elle un jour à un étranger, la table
une table comme une autre, pour-
tant où Adolf Hitler, à son tour,
aura signé l'arrêt qui condamnera
une moitié du monde à mourir ? Eh,
certes, l'empereur d'Autriche ne
croyait peut-être pas que sa signa-
ture, ce jour-là, engageait tant de
deuils et de révolutions. Peut-être
Guillaume Il lui-même était-il sin-
cère lorsqu'il prononçait, dans son
château d'Alsace, autre solitude,
autre forêt « Je n'ai pas voulu ce-
la 1. » Cette fois du moins, il n'y
aura plus de doute sur le caractère
d'une telle décision.
Alors il me semble et quelque
vanité qu'il y ait à s'imaginer être
ce qu'on n'est pas que tout dans
une telle circonstance devrait sus-
pendre une décision qu'il est impos-
sible de qualifier. Tout la beauté
des arbres, le vol d'un oiseau, l'eau
qui coule et dans une calme maison,
une Allemande déchiffrant, bien sa-
ge, la Sonate au Clair de Lune. Tout:
c'est-à-dire la vie, la vie sans or-
gueil, toute simple; la vie qui vaut
d'être vécue avec des rires de gar-
çons et de filles dans l'air pur et
non point lIe bruit des bottes, les
qaz, et le râle des champs de ba-
taille.
Guermantes.
LE TEMPS PROBABLE
Région parisienne. Assez beau temps,
nuageux, légèrement brumeux le matin
quelques éclalrcles l'après-midi. Vent ouest
faible.
Température en hausse faible. Maximum
8 degrés.
Visibilité médiocre à moyenne.
Manche. Temps assez beau. nuageux,
un peu brumeux. Vent du secteur Ouest
modéré.
Sud-Ouest. Temps ass'ez beau, mais
encore brumeux. Vent est faible à modéré.
Température en faible' hausse.
Sud-Est. Beau temps clair. Vent nord
modéré à assez fort. Température station-
nalre.
Mer agitée
Alpes, Pyrénées. Brume à basse alti-
tude dans le .Nord des chaînes; beau temps
dans' la partie Sud.
Température stationnalre.
(Voir l'évolution générale et ta carte du
*mjn le &m an smtê* »
LE MARÉCHAL
Tchang Kaï Chek
est libéré
sans condition
Arrivé en avion à Lo Yang
il ordonne la cessation
des hostilités
CHANGHAI, 25 décembre. Le ma-
réchal • Tchang Kaï Chek, qui était
prisonnier, à Sian-Fou, du '« jeune
maréchal Tchang Sueh Liang, a
été libéré. Il est arrivé à Lo-Yang,
accompagné de Mme Tchang Kaï
Chek et de son beau-frère, M. T. V.
Soung.
Quatre avions ont accompagné le
maréchal Tchang Kaï Chek de Sian-
Fou à Lo-Yang.
La libération du généralissime a
provoqué des ̃ manifestations de la
joie populaire à Changhaï et à Nan-
kin, avec leurs accompagnements
traditionnels d'explosions de pé-
tards.
Les journaux ont tiré des éditions
spéciales.
Jamais la popularité du maréchal
Tchang Kaï Chek n'était apparue si
grande.
On a annoncé officiellement dans
la soirée, à Changhaï, que la libéra-
tion de Tchang Kaï Chek a été obte-
nue sans condition. Le premier acte
du généralissime a été d ordonner la
cessation des hostilités et le retrait
des troupes gouvernementales de la
province du Chensi.
Tchang Suéh Liang a expliqué
que la révolte était la conséquence
d'un quiproquo. Croyant à tort que
aï Chek avait l'intention
de licencier et de désarmer ses
troupes, il s'empara du premier mi-
nistre afin de le conserver comme
otage. De plus, Tchang Sueh Liàng
avait cru que le gouvernement de
Nankin refusait de payer ses trou-
pes,.alors que la somme destinée à
la rétribution des soldats, avait été
détournée par un, des lieutenants
de Tchang Sueh Liang, lequel a été
arrêté.
Tchang Sueh Liang s'est rendu à
Lo Yang où Tchang Kaï chek a établi
son quartier général.
On ignore encore quelles vont être
les conséquences de cette solution
inattendue de l'affaire, mais on pré-
voit une forte pression de la part
des éléments japonais en vue d'opé-
rations de « ̃nettoyage »\ anticom-
muniste en Chine du nord^ouest.
Conférence à Nankin
Changhaï, 25 décembre. Le gé-
néral Chang Ting Ouen est arrivé à
Nankin, venant de Sian-Fou.
M. H.-H. Kount, ministre des
finances et président intérimaire du
Yuan exécutif, a convoqué aussitôt
une conférence des dirigeants civils
et militaires.
Le général Chang Ting Ouen, qui
fut le premier otage de Tchang Sueh
Liang, était reparti pour Sian Fou
le 22 décembre.
SUR LE CHEMIN DE MEBMOZ
CEUX QUI CONTI N U ENT.
` À Dakar, tandis que décolle, pour le bond
de 3.200 kilomètres au-dessus de
l'Atlantique, le courrier aérien de Natal
(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL MAURICE NOEL)
Dakar (Sénégal), 22 décembre.
Le projecteur, qui de la piste de dé-
collage de Ouakam faisait une avenue
incandescente, s'est éteint brusque-
ment. ̃.•̃
Alors, nous avons, éprouvé un ins-
tant vraiment solennel. La nuit est re-
1. L'atterrissage d'un appareil de la ligne Dakar-Natal et retour sur l'aérodrome d'Ouakam à Dakar.
2. Le chargement des sacs postaux à Dakar. 3. Le pilote Fernand Rouchon. 4. Paul Comet, navigateur.
5. Gimier, radio-télégraphiste.
venue d'un coup, cette nuit des terres
proches de l'Equateur, pesante, où les
étoiles, attachées bas par milliers, ne
répandent que peu de clarté. Et sur le
sol noir, le puissant quadrimoteur
Ville-de-Mendoza n'a plus été qu'un
monstre trépidant. Le régime des mo-
teurs s'élève avec le vacarme des ex-
plosions, avec les tuyaux d'échappe-
ment, qui dans l'ombre passent au
(rouge, avec à l'horizon le chapelet des
LA Gf ERRE CIVILE EN ESPAGNE 1
LE GÉNÉRAL FRANCO
place toutes les milices
adhérentes à la cause nationale
sous l'autorité militaire
Cette mesure renforce la discipline
et la puissance combative de son armée
Le général Franco, par un décret
important; vient de placer toutes les
milices coopérant au: mouvement na-
tional sous les ordres de l'autorité
militaire.
Ces forces auxiliaires, relèveront
de la justice militaire. Elles seront
instruites et encadrées par des offi-
ciers,d'active ou de. réserve ou for-
mées dans, des écoles dépendant de
l'armée. Elles ne pourront être dé-
mobilisées sans l'autorisation du gé-
néralissime. Il leur sera donné pé-
riodiquement -S&jjiïwe des lois péna-
les militaires et des ordonnances de
l'armée.
Depuis le début du mouvement na-
tionaliste espagnol, les milices ont
joué un rôle primordial. Milices de
la phalange espagnole, constituées
surtout d'éléments bourgeois et ou-
vriers requêtes carlistes, unissant
les rejetons des vieilles familles car-
listes et les •paysans de Navarre,
d'Alava, de Guipuzcoa et même d'An-
lalousie légion d'Albin,àna, sym-
pathisante de la monarchie alphon-
sine milice d'Action populaire, for-
mée d'anciens démocrates chré-
tiens tous ces groupements, com-
posés uniquement de volontaires en-
thousiastes, ont constitué, à 'côté des
troupes de choc du général Franco,
la principale force du mouvement
insurrectionnel. Elles se sont jetées
au combat: avec un courage ̃ remar-
quable.
Ces milices de volontaires sont
maintenant, d'une façon officielle,
militarisées et mobilisées. La signi-
fication de cette importante déci-
sion est claire. En se plaçant indis-
tinctement sous -l'autorité", militaire,
les milices ont souligné que l'heure
n'était ni à la politique, ni aux riva-
lités de doctrines, ni au particularis-
me, ni aux susceptibilités, mais la
.poursuite d'un rijui ..unique et com-
mun la victdirey Jusqu'à la victoire,
«chaque volontaire, sera un soldai.
Abandonnant la discipline forcément
plus lâche de la mihce, il se place
sous la discipline serrée de l'armée.
Démonstration de patriotisme et de
sens de l'autorité. Démonstration
aussi d'une soumission unanime à
l'autorité du général Franco qui,
maintenant, en qualité de chef du
gouvernement d'abord et de généra-
lissime ensuite, devieat deux fois le
chef suprême de chacun de ces vo-
lontaires. Enfin, mesure qui aug-
lampes-tempête et le faisceau tour-
nant du phare des Mamelles, est-ce
qu'à tout autre moment l'on ne pense-
rait pas à une prodigieuse fête fo-
raine ? A tout autre moment. Dans ce
bout de nuit de lundi à cinq heures
un quart, sur l'aérodrome de Ouakam,
nous sommes plusieurs à interroger
anxieusement le Farman'aux ailes re-
levées comme dans l'effort du vol.
Ils vont partir repartir sur le
chemin de Mermoz, pour la première
fois depuis que la Croix-du-Sud est
tombée en mer.
Là-haut, au poste de pilotage, à ce
studio de septième étage, sous la ver-
rière, l'on ne distingue plus qu'avec
peine, aux volants, le, roide visage de
mente la cohésion et la puissance 1
combattive du camp nationaliste, et
qui rendra encore plus intime l'u-
nion entre les chefs militaires d'une
part et le peuple en armes, qui était
constitué par les milices, d'autre
part. Au moment où il est beaucoup
question de volontaires étrangers,
l'Espagne nationaliste entend rappe-
ler qu il y a beaucoup de volontaires
espagnols prêts à devenir des sol-
dats.
̃*̃̃̃•• Georges Rotvand.
M. NEVILLE CHAMBERLAIN
EST PARTI POUR LA FRANCE
Londres, 25 décembre. M. Neville
Chamberlain, chancelier de l'Echiquier,
qui avait subit il y a quelques jours,
une petite opération dentaire, ce qui
l'obligea à ajourner son départ pour
la France, a quitté Londres, à destina-
tion du continent.
On ignore encore si, avant de rentrer
en, Angleterre, M. Neville .Chamberlain
s'arrêtera à Paris pour y avoir un en-
tretien avec M. Vincent-Auriol.
LE DUC DE WINDSOR
MONTE EN CHAIRE.
:au cours du service de Noël,
dans, l'église anglicane
de Vienne
VIENNE, 25 décembre. Le duc de
Windsor a causé aujourd'hui une
certaine surprise en se rendant à
l'église anglicane de Vienne, où il a
assisté au service religieux spécial
de Noël.
Ainsi que le veut la coutume dans
les, églises anglicanes, l'ancien mo-
narque est monté en chaire et a don-
né lecture d'un passage du Nouveau
Testament, tandis que sir Felby, mi-
nistre britannique à Vienne, lisait un
passage de l'Ancien Testament.
Après le service religieux, le duc
de Windsor a assisté à un déjeuner
donné en son honneur par le minis-
tre britannique et sa femme, et c'est
au cours de ce repas que le duc a
appris que sa belle-sœur, la duchesse
de Kent, venait de donner le jour à
une fille.
Rouchon, de celui de Delaunay et,
derrière eux, la silhouette du mécani-
cien Pichard. Au-dessous, dans la ca-
bine de fer et de verre semblable à un
gros bec proéminent, au point qu'elle
semble autonome du monoplan, le na-
vigateur Cornet, déjà studieux le
recordman de la traversée, il en est à
sa cinquante-sixième penche son
front chauve sur le plateau de route,
sur la carte météorologique et, près de
lui, debout, le radio Gimié prend
l'écoute. On dirait des lilliputiens dans
la bruyante machine de guerre de dix-
huit tonnes.
Maurice NoëL
(Suite page 3, colonnes 1 et 2.).
DES AVIONS
MILITAI RES
FRANCAIS
s'envolent vers
l'Asie-Mineure
On les retrouve
.en Espagne
Nous ne reviendrons pas sur les
faits qui, ces jours derniers, ont con-
duit le ministre de l'air à démentir
officiellement une information an-
nonçant la livraison d'un avion de
chasse Dewoitine D. 510 aux répu-
blicains espagnols et à engager des
poursuites contre l'Echo de Paris.
Le Figaro à relaté l'affaire. M. de
Kerillis ayant pris la nouvelle à son
compte, et déposé une demande
d'interpellation, un débat à la Cham-
bre aura lieu.
D'ailleurs, il y a un précédent à
cette histoire de Dewoitine D. 510 et
nous croyons bon de rappeler ain-
si que le Figaro l'a publié le 10 no-
vembre dernier dans son dossier de
livraisons que les 5, 6 et 7 sept-
temhre, on vit s'envoler de Toulouse
vers les Pyrénées, cinq appareils de
chasse Loire 46.C.1 à moteur Gnome-
Rhône K 14, portant les numéros de
série 2, 3, 4, 5, 6. Or, à ces dates,
notre armée de l'air ne possédait en-
core aucune unité de ce modèle.
D'ores et déjà, on peut prévoir
que le ministre de l'air niera avoir
donné l'autorisation de livrer des
avions à l'Espagne, et qu'il fournira
toutes les preuves de cette assertion.
Le procédé employé est plus subtil.
Nous sommes, en effet, à même de
faire connaître comment certains
avions militaires ont pu quitter la
France, au lieu d'aller figurer dans
les formations de notre armée de
l'air. De nombreuses photographies
de ces avions « descendus » par les
pilotes nationalistes ont été pu-
bliées. Nul ne pourra donc dé-
mentir qu'ils furent utilisés par les
républicains espagnols.
La scène se passe sur un aérodro-
me, quelque part en France une
série d'avions est en cours de ré-
ception. Les appareils sont « fin
prêts ». La commission de réception
arrive de Villacoublay il y a là, un
officier pilote, deux contre-récep-
tionnaires sous-officiers, un calcula-
teur civil et deux contrôleurs ad-
joints.
Philippe Roland.
(Suite page 3, colonnes 1 et 2.)
DE TOUT UN PEU.
LA FIRME
Linder-Rosenfeld
« Tout se passe comme si, dans plu-
sieurs ministères importants, fonction-
nait un organisme secret, plus puis-
sant que le ministre et son cabinet, se
souciant peu de ce que déclarent et dé-
cident ce ministre et ce cabinet, acca-
parant enfin une partie de la puissance
publique pour ses passions politiques
et autres.» »
En lisant ces lignes dans l'éditorial
de l'Intransigeant, j'hésitai sur la date.
Etions-nous en décembre 1936 ou en dé-
cembre 1933 ? Ce commentaire s'ap-
pliquait-il à l'affaire Stavisky ou à l'af-
faire Linder-Rosenfeld ?
C'est en décembre, peu après le 20,
précisément, les mois, comme les li-
vres, ont leur destin, qu'éclata le
scandale dit d'abord des bons de Bayon-
ne. La collection des journaux de l'épo-
que fourmille de réflexions identiques
à celle que l'on vient de voir repro-
duite. La firme Linder-Rosenfeld usait
donc des moyens qui réussirent si bien
à la firme Alexandre. On se servait
des mêmes appétits, des mêmes inté-
rêts, manœuvrait peut-être les mêmes
individus.
Méditez le mot de Disraeli « Les
événements humains sont conduits par
de tous autres êtres que ceux auxquels
le monde attache généralement de l'im-
portance. La longue durée des toléran-
ces qui permirent à Stavisky d'agir et
d'escroquer répartit sur un ensemble de
cabinets ministériels fort bigarré le
poids des responsabilités. D'enchaîne-
ments en enchaînements, quelles équi-
pes ayant occupé le pouvoir ces derniè-
res années sortirent indemnes les
unes fort chargées, les autres moins,
de cette course à la complaisance ?
Mais voici qu'arrive. aux affaires le
gouvernement de Front populaire à di-
rection socialiste. «Toutes les places et
tout de suite » est sa devise, celle,
déjà, du Cartel de 1924, avec applica-
tion intégrale cette fois. Or une « com-
bine» est découverte révélant des res-
sorts clandestins et des complicités d'ad-
ministration plus graves encore que
lorsque le Populaire tonnait avec nous,
au temps de Mme Hanau, contre le
cambriolage d'armoires à dossiers place
Vendôme et au Palais de Justice sous
des ministères modérés.
Faut-il en conclure que la vérité est
maintenant au delà du réquisitoire,
d'Anatole France ? N'ayant plus d'Etat,
n'avons-nous plus d'administrations ?
Une certaine anarchie dirigée, se pro-
pageant par un phénomène d'endos-
mose, assure la permanence d'influen-
ces occultes superposées aux mutations
de politiciens. Elle facilite aussi les
désaveus.
La pire corruption ne réside pas,
d'ailleurs, dans ces apparences. Elle de-
vient incurable quand elle reste impu-
nie et quand l'assainissement excepte
les responsables cachés.
Gaëtan Sanvoisin.
lllllUIIIIHlIIllIllllltllluilIlillIlillIllIllHlllllIlliillimitijitlttliliit
EN PAGE 2
Le cardinal Verdier lance
un appel radiophonique
aux hommes de bonne volonté
M. LEON BLUM
prononcera
le 24 janvier
à Lyon
un grand discours
M. Léon Blum a accepté de prési-
der, le 24 janvier prochain, à Lyon,
une manifestation en l'honneur de
M. André Février, pour fêter la réé-
lection de celui-ci comme député du
Rhône et sa désignation à la prési-
dence du groupe parlementaire so-
cialiste.
La Fédération socialiste recevra le
président du conseil dans la matinée
et un banquet aura lieu à midi.
M. Herriot a déclaré qu'il recevrait
M. Léon Blum et qu'il présiderait, à
ses côtés, le banquet de Rassemble-
ment populaire, à la fin duquel le
thef du gouvernement prononcera
un grand discours.
Pour gagner
a la loterie.
.Une chatte noire est un bon
talisman, mais attention
aux dommages-intérêts, si vous
la laissez s'échapper
Elle avait tenté toutes les chances pour
gagner à la Loterie nationale; elle avait
acheté son « dixième un vendredi 13,
après avoir croisé un cheval pie, après
avoir passé sa main droite sur la bosse
d'un infirme et après avoir répété treize
fois la réussite de Marie-Antoinette, à
cinquante-deux cartes.
A un tirage précédent, elle eût rem-
porté un lot de 50,000 francs si le nu-
méro 1564 était sorti au lieu du 1653.
Or, une nuit elle rêva qu'elle était
allée aux commissions avec « Totone »
en laisse. Totone était une chatte noire
âgée de deux ans qu'elle avait arrachée
à la mort.
Elle fit part de son rêve à sa concierge
qui s'écria
Le voilà bien le talisman que vo-
tre bonne étoile vous révèle. Profitez-en;
allez, ce jour même, acheter un billet,
avec Totone sous le bras gauche.
Mme Rosine suivit imédiatement le
conseil de sa concierge, qui était une
femme sérieuse et avait eu chevaux et
voitures, dans sa jeunesse.
La voilà donc dans la rue de Rivoli
avec, sous le bras, sa chatte épouvantée,
avec, sous le bras, sa chatte épouvantée.
Rue des Bourdonnais, un de ces pe-
tits monstres qui font les parents mar-
tyrs passa derrière Mme Rosine et pin-
ça au sang la queue de la chatte.
La pauvre bête bondit, s'échappa, sau-
ta sur Mme Solange, marchande de
fleurs, qui se trouvait à proximité, lui
laboura le cou et disparut dans un cou-
loir.
Mme Solange eut une telle peur qu'elle
en lâcha son sac à provisions, renfer-
mant trois litres de vin, consommation
quotidienne de son époux, de l'huile, du
vinaigre et de l'eau de javel. Le tout fut
écrasé par un camion.
En justice de paix, Mme Solange ré-
clame 4,500 francs.
J'en ai été malade pendant un
mois, dit-elle.
Le mari exige ses trois litres vin et
une indemnité, car il a dû boire de l'eau
ce jour-là.
Mais Mme Rosine fait entendre un
témoin qui affirme que, ce soir-là, M.
Solange était ivre « comme la bourri-
que à Robespierre ».
On écoute ensuite le garçon boucher
qui a capturé la chatte dans le couloir.
Il a eu les mains déchirées.
Un voisin qui se rasait à la fenêtre
quand l'incident s'est produit vient mon-
trer une cicatrice et exige également une
indemnité.
Mme Rosine, qui n'a pas gagné un
lot, malgré ses malheurs, offre d'indem-
niser tout le monde si son numéro sort
en janvier.
Elle est condamnée à 500 francs de
dommages-intérêts.
Louis Thinet.
r
LE LEGS DE 1936
A L'AN 8813
Ce que nos descendants
trouveront dans la pyramide
du docteur Jacobs
Un disque de phono, un film de
cinéma, une automobile, un avion
peuvent-ils durer aussi longtemps
qu'un calendrier égyptien C'est ce
que nous allons savoir. dans plu-
sieurs millénaires, grâce à un savant
américain, le docteur. Jacobs, qui
vient de réaliser une idée curieuse
avec la collaboration de M. Ogle-
torpe, de l'Université d'Atlanta.
Le dit calendrier égyptien (le plus
ancien souvenir de l'antiquité) re-
monte à 4241 avant J.-C. Les objets
de l'industrie moderne que nous
avons énumérés plus haut, pour at-
tester une résistance égale au temps,
devront par conséquent atteindre
l'an 8813.
Le docteur Jacobs les a fait con-
tenir dans une pyramide géante her-
métique, construite sur un rocher
d'apparence immuable, à Ozark Hill,
dans l'Arkansas. On ne pourra ou-
vrir cette pyramide que dans 6177
ans.
A ce moment-là, nos descendants,
s'ils savent encore se servir d'un
phonographe et si le disque de cire
n'est pas devenu poussière, pourront
entendre M. Roosevelt en personne
leur adresser un cordial salut. Puis
i1s pourront faire apparaître sur
l'écran la silhouette archaïque,
muette et à deux dimensions, de
Charlie Chaplin.
Ce sera sans doute un spectacle
à tous égards divertissant. Mais
l'idée du docteur Jacobs soulève un
problème plus angoissant encore que
celui qui le préoccupe. Notre monde
lui-même durera-t-il aussi long-
temps qu'un calendrier égyptien ?..»
S, U P~ P-L;E >,M-E--N. TLITTERAIRE (Pages 5. 611- et
SAMEDI 26 DECEMBRE 1936
f. III* Année N° 361
· •ANCIENS DIRECTEURS: 1
H. DE VILLEMESSANT, F. MAGNARD
G. CAIMETTE, A. CAPUS, R. DE FLERS
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14, ROND-POINT DES CHAMPS-ELYSÉES, PARIS
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TÉLÉPHONE ̃ ÉLYSÉES 98-31 à 98-38
SAMEDI 26 DECEMBRE 1936
ABONNEMENTS 3 mois 6 mois 1 an
Paris, [Départem. et Colonies. 3O » 54» 100 ̃
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Pays à tarif postal réduit. 52 » 100 » 190 a
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On s abonne dans tous les Bureaux de Poste de France
CHÈQUE POSTAL 242-53 PARIS
ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE a FIGARO 45 PARIS
*+(\ fkmn lvOUÉ PAR CEUX-CI, BLÂMÉ PAR CEUX-LA, ME MÇQ.UANTDÉS SOTS,: GRAVANT LES MÉCHANTS, JE MB
PRESSE DE RIRE DE TOUT." DE PEUR D'ÊTRE OBUi^l D'EN PLEURER. BEAUMARCHAIS. te BauIOÏS 0
NIVEAU DE YIE
~'N'IVEAU DE VIE
':w.~s.'
L L
fci ç__i Est-il possible de mettre
^^i un peu de clarté dans
la question des hausses
de salaires ?
L'important, pour l'homme qui vit
de son travail, est que la rémunéra-
tion de ce travail lui assure ou con-
serve un certain niveau de vie dont
les conditions varient avec le milieu,
les habitudes, les exigences mêmes de
l'emploi.
Toute hausse constante du coût de
la vie, qu'elle soit réelle par la di-
sette des produits ou nominale par
la perte de valeur du papier-monnaie,
entraîne, à plus ou moins bref délai,
une demande de hausse de salaires.
Phénomène tellement simple, du
point de vue physique comme du
point de vue psychologique, qu'il n'y
a qu'à le constater.
La seule incertitude est de savoir
si les entreprises, soumises commercia-
lement à des données beaucoup plus
variées que celles du marché du tra-
vail, enregistrent en comptabilité de
chiffre d'affaires ou de bénéfices le
résultat général de la hausse des prix
et peuvent, par conséquent, suppor-
ter la charge accrue des salaires.
C'est le désaccord entre le progrès
du coût de la vie, amenant une de-
mande de hausse de salaires, et le
retard ou l'inertie du chiffre d'affai-
res des entreprises, qui cause, d'ordi-
naire, les « conflits du travail ».
Sous l'aspect social, il n'y a de
solution bienfaisante que celle qui
maintient ou élève le niveau de vie
celle, autrement dit, qui permet au
travailleur d'acheter toujours autant
ou plus de produits pour sa subsis-
tance et son entretien.
La clef de cette solution bienfai-
sante n'est pas dans le salaire consi-
déré isolément. Elle est dans la plus
ou moins grande quantité des pro-
duits et objets utiles mis sur le mar-
ché.
Si la quantité des produits est in-
suffisante, le relèvement nominal des
salaires, en provoquant une suren-
chère autour de produits peu nom-
breux, ne fait que rendre la vie inte-
nable pour les salaires ou revenus
restés bas. Si, au contraire, les pro-
duits sont en extrême abondance,
comme on le voit en certains pays, les
pauvres gens mêmes vivent sans pri-
vation pénible.
Ce fait est illustré très clairement
par l'exemple américain comme par
l'exemple soviétique.
En Amérique, la hausse des sa-
laires. fut accompagnée, du dévelop-
pement d'un gigantesque machinisme.
Ce machinisme, en fournissant une
production de plus en plus abon-
dante sans qu'augmentât le nombre
des ouvriers, élevait de plus en plus
le niveau de vie de ces derniers. La
limite et l'échec se trouvèrent dans
l'impossibilité où étaient les quarante
millions d'agriculteurs d'écouler leur
surplus de produits dans une popula-
tion de consommateurs qui ne crois-
sait plus assez vite, les immigrants
étant arrêtés.
En Russie, la Révolution ne put
rien changer à la misère tant que le
plan industriel et agricole ne releva
pas la production. Toute l'économie
soviétique est fondée sur le calcul des
quantités disponibles ou à produire.
Sous la confusion et les agitations
présentes, le vrai risque que court
l'économie française est de subir un
fléchissement de production, qui en-
traînerait, par tel ou tel circuit, un
égal fléchissement du niveau de vie.
La déflation, en contraignant l'in-
dustrie à des économies de prix de
revient draconiennes, avait atteint la
qualite de nos produits. Aujourd'hui,
la baisse du rendement et l'usure des
outillages, qui ne se renouvellent plus
à cause de l'inquiétude des capitaux,
menacent d'atteindre la quantité.
LUCIEN ROMIER.
EN PAGE 3
LA VEILLEE
DE BERCHTESGADEN
Par RAYMOND HENRY
•' LES CULTIVATEURS
VONT CULTIVER
V LA RHETORIQUE
Par Louis Chanvet
En 5", 6' et 7* pages
LE FIGARO LITTERAIRE
REVUE DE 1937
Par MAURICET et Pierre VARENNE
HENRI DE REGNIER
ET ANNA DE NOAILLES
Par PAUL VALERY,
de l'Académie française.
PROJETS 1937
QUE SERA L'ANNEE
LITTERAIRE ?
Par CH. RABETTE
LEÇON DE CHOSES
Par FERNAND yàJHDB&M
ENCORE
un témoignage
désenchanté
sur le Paradis
soviétique
Ce que déclare an militant
du syndicalisme,
à son retour de VU. R. S. S.
M. Kléber Legay, secrétaire du
Syndicat des mineurs du Nord-Est,
qui devait faire demain, à Lens, une
causerie sur son voyage récent en
U. R. S. S., a renoncé à faire cette
conférence, la Fédération nationale
du sous-sol l'ayant avisé qu'elle s'y
opposait.
M. Kléber Legay, de retour de son
voyage en U. R. S. S., avait publié un
article remarqué dans les milieux
syndicalistes et politiques, dans le-
quel il avait exprimé la déception
qu'il avait rapportée d'U. R. S. S. et
où il avait formulé le vœu que, ja-
mais, la classe ouvrière française ne
connaisse un niveau social aussi bas
que celui de la classe ouvrière sovié-
tique.
Dans une note à la presse, M. Klé-
ber Legay déclare notamment « Me
rangeant à la discipline de l'orga-
nisation syndicale, j'avise les cama-
rades qui, de nombreux endroits, me
sollicitent pour des réunions sur cet
objet, qu'il ne m'est pas possible de
répondre favorablement à leurs de-
mandes. De même, j'informe les ca-
marades du parti socialiste et des
Jeunesses socialistes du Pas-de-Ca-
lais que je n'assurerai pas la réunion
projetée pour le dimanche 27 dé-
cem à Lens. »
Ceux qui disent la vérité sur l'U.
R. S. S. ne peuvent la faire connaî-
tre sans rompre avec les cadres de
la révolution. Comme André Gide,
comme Victor Serge, le syndicaliste
Legay en fait l'épreuve.
LES JOURS SE SUIVENT
A L'OMBRE DFS FORÊTS
Je me souviens de cette journée de
printemps où j'arrivais à Ischl, petite
ville d'eaux du Salzkammergüt autri-
chien. Le soleil, une ardeur de sai-
son réveillaient la forêt, enchan-
taient l'Ischl et la Traun. J'étàis mêlé
à quelques voyageurs de marque et
•de charmantes jeunes filles'nous at-
tendaient, habillées dans Içùfs côs-
tumes traditionnels, avec de courtes
vestes de drap passementé, des cha-
peaux batailleurs d'où jaillissaient
leurs longues boucles. Nous défilâ-
mes en compagnie de ces jeunesses
entre des villas, comme il en est en-
core dans les stations anciennes, et
qui témoignent pour d'heureux con-
forts. Puis on nous fit visiter le châ-
teau, grande demeure où chaque an-
née, en été, l'Empereur François-
Joseph venait accomplir sa saison.
Parfois, il revenait à l'automne pour
la chasse et s'attardait à l'ombre de
ces forêts dont l'humidité lui gâtait
alors le bienfait des sulfures de l'été.
Tandis que j'étais arrêté dans une
des pièces, une jeune fille s'approcha
je la revois, si blonde, et portant
la joie de vivre sur l'éclat de ses
dents et me montrant un petit
bureau « Voilà, me dit-elle, la table
où l'Empereur a signé en juillet 1914
l'ultimatum que son aide de camp
porta au gouvernement serbe. A
peine avait-elle dit ces mots qu'elle
regretta peut-être de les avoir pro-
noncés, se tut, devint grave et qu'il
n'y eut plus qu'une expression reflé-
chie sur son charmant visage tout
éclairé l'instant d'avant..
Pourquoi ai-je revu cette scène,
détail par détail, en lisant qu'Adolf
Hitler s'était retiré à Berchtesgaden,
au sein des Alpes bavaroises, pour
prendre quelque grande décision.
C'est donc à l'écart des villes, à l'om-
bre des forêts, ou dans un paysage
solitaire, que se décide le sort des
peuples ? Une jeune fille montrera-
t-elle un jour à un étranger, la table
une table comme une autre, pour-
tant où Adolf Hitler, à son tour,
aura signé l'arrêt qui condamnera
une moitié du monde à mourir ? Eh,
certes, l'empereur d'Autriche ne
croyait peut-être pas que sa signa-
ture, ce jour-là, engageait tant de
deuils et de révolutions. Peut-être
Guillaume Il lui-même était-il sin-
cère lorsqu'il prononçait, dans son
château d'Alsace, autre solitude,
autre forêt « Je n'ai pas voulu ce-
la 1. » Cette fois du moins, il n'y
aura plus de doute sur le caractère
d'une telle décision.
Alors il me semble et quelque
vanité qu'il y ait à s'imaginer être
ce qu'on n'est pas que tout dans
une telle circonstance devrait sus-
pendre une décision qu'il est impos-
sible de qualifier. Tout la beauté
des arbres, le vol d'un oiseau, l'eau
qui coule et dans une calme maison,
une Allemande déchiffrant, bien sa-
ge, la Sonate au Clair de Lune. Tout:
c'est-à-dire la vie, la vie sans or-
gueil, toute simple; la vie qui vaut
d'être vécue avec des rires de gar-
çons et de filles dans l'air pur et
non point lIe bruit des bottes, les
qaz, et le râle des champs de ba-
taille.
Guermantes.
LE TEMPS PROBABLE
Région parisienne. Assez beau temps,
nuageux, légèrement brumeux le matin
quelques éclalrcles l'après-midi. Vent ouest
faible.
Température en hausse faible. Maximum
8 degrés.
Visibilité médiocre à moyenne.
Manche. Temps assez beau. nuageux,
un peu brumeux. Vent du secteur Ouest
modéré.
Sud-Ouest. Temps ass'ez beau, mais
encore brumeux. Vent est faible à modéré.
Température en faible' hausse.
Sud-Est. Beau temps clair. Vent nord
modéré à assez fort. Température station-
nalre.
Mer agitée
Alpes, Pyrénées. Brume à basse alti-
tude dans le .Nord des chaînes; beau temps
dans' la partie Sud.
Température stationnalre.
(Voir l'évolution générale et ta carte du
*mjn le &m an smtê* »
LE MARÉCHAL
Tchang Kaï Chek
est libéré
sans condition
Arrivé en avion à Lo Yang
il ordonne la cessation
des hostilités
CHANGHAI, 25 décembre. Le ma-
réchal • Tchang Kaï Chek, qui était
prisonnier, à Sian-Fou, du '« jeune
maréchal Tchang Sueh Liang, a
été libéré. Il est arrivé à Lo-Yang,
accompagné de Mme Tchang Kaï
Chek et de son beau-frère, M. T. V.
Soung.
Quatre avions ont accompagné le
maréchal Tchang Kaï Chek de Sian-
Fou à Lo-Yang.
La libération du généralissime a
provoqué des ̃ manifestations de la
joie populaire à Changhaï et à Nan-
kin, avec leurs accompagnements
traditionnels d'explosions de pé-
tards.
Les journaux ont tiré des éditions
spéciales.
Jamais la popularité du maréchal
Tchang Kaï Chek n'était apparue si
grande.
On a annoncé officiellement dans
la soirée, à Changhaï, que la libéra-
tion de Tchang Kaï Chek a été obte-
nue sans condition. Le premier acte
du généralissime a été d ordonner la
cessation des hostilités et le retrait
des troupes gouvernementales de la
province du Chensi.
Tchang Suéh Liang a expliqué
que la révolte était la conséquence
d'un quiproquo. Croyant à tort que
aï Chek avait l'intention
de licencier et de désarmer ses
troupes, il s'empara du premier mi-
nistre afin de le conserver comme
otage. De plus, Tchang Sueh Liàng
avait cru que le gouvernement de
Nankin refusait de payer ses trou-
pes,.alors que la somme destinée à
la rétribution des soldats, avait été
détournée par un, des lieutenants
de Tchang Sueh Liang, lequel a été
arrêté.
Tchang Sueh Liang s'est rendu à
Lo Yang où Tchang Kaï chek a établi
son quartier général.
On ignore encore quelles vont être
les conséquences de cette solution
inattendue de l'affaire, mais on pré-
voit une forte pression de la part
des éléments japonais en vue d'opé-
rations de « ̃nettoyage »\ anticom-
muniste en Chine du nord^ouest.
Conférence à Nankin
Changhaï, 25 décembre. Le gé-
néral Chang Ting Ouen est arrivé à
Nankin, venant de Sian-Fou.
M. H.-H. Kount, ministre des
finances et président intérimaire du
Yuan exécutif, a convoqué aussitôt
une conférence des dirigeants civils
et militaires.
Le général Chang Ting Ouen, qui
fut le premier otage de Tchang Sueh
Liang, était reparti pour Sian Fou
le 22 décembre.
SUR LE CHEMIN DE MEBMOZ
CEUX QUI CONTI N U ENT.
` À Dakar, tandis que décolle, pour le bond
de 3.200 kilomètres au-dessus de
l'Atlantique, le courrier aérien de Natal
(DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL MAURICE NOEL)
Dakar (Sénégal), 22 décembre.
Le projecteur, qui de la piste de dé-
collage de Ouakam faisait une avenue
incandescente, s'est éteint brusque-
ment. ̃.•̃
Alors, nous avons, éprouvé un ins-
tant vraiment solennel. La nuit est re-
1. L'atterrissage d'un appareil de la ligne Dakar-Natal et retour sur l'aérodrome d'Ouakam à Dakar.
2. Le chargement des sacs postaux à Dakar. 3. Le pilote Fernand Rouchon. 4. Paul Comet, navigateur.
5. Gimier, radio-télégraphiste.
venue d'un coup, cette nuit des terres
proches de l'Equateur, pesante, où les
étoiles, attachées bas par milliers, ne
répandent que peu de clarté. Et sur le
sol noir, le puissant quadrimoteur
Ville-de-Mendoza n'a plus été qu'un
monstre trépidant. Le régime des mo-
teurs s'élève avec le vacarme des ex-
plosions, avec les tuyaux d'échappe-
ment, qui dans l'ombre passent au
(rouge, avec à l'horizon le chapelet des
LA Gf ERRE CIVILE EN ESPAGNE 1
LE GÉNÉRAL FRANCO
place toutes les milices
adhérentes à la cause nationale
sous l'autorité militaire
Cette mesure renforce la discipline
et la puissance combative de son armée
Le général Franco, par un décret
important; vient de placer toutes les
milices coopérant au: mouvement na-
tional sous les ordres de l'autorité
militaire.
Ces forces auxiliaires, relèveront
de la justice militaire. Elles seront
instruites et encadrées par des offi-
ciers,d'active ou de. réserve ou for-
mées dans, des écoles dépendant de
l'armée. Elles ne pourront être dé-
mobilisées sans l'autorisation du gé-
néralissime. Il leur sera donné pé-
riodiquement -S&jjiïwe des lois péna-
les militaires et des ordonnances de
l'armée.
Depuis le début du mouvement na-
tionaliste espagnol, les milices ont
joué un rôle primordial. Milices de
la phalange espagnole, constituées
surtout d'éléments bourgeois et ou-
vriers requêtes carlistes, unissant
les rejetons des vieilles familles car-
listes et les •paysans de Navarre,
d'Alava, de Guipuzcoa et même d'An-
lalousie légion d'Albin,àna, sym-
pathisante de la monarchie alphon-
sine milice d'Action populaire, for-
mée d'anciens démocrates chré-
tiens tous ces groupements, com-
posés uniquement de volontaires en-
thousiastes, ont constitué, à 'côté des
troupes de choc du général Franco,
la principale force du mouvement
insurrectionnel. Elles se sont jetées
au combat: avec un courage ̃ remar-
quable.
Ces milices de volontaires sont
maintenant, d'une façon officielle,
militarisées et mobilisées. La signi-
fication de cette importante déci-
sion est claire. En se plaçant indis-
tinctement sous -l'autorité", militaire,
les milices ont souligné que l'heure
n'était ni à la politique, ni aux riva-
lités de doctrines, ni au particularis-
me, ni aux susceptibilités, mais la
.poursuite d'un rijui ..unique et com-
mun la victdirey Jusqu'à la victoire,
«chaque volontaire, sera un soldai.
Abandonnant la discipline forcément
plus lâche de la mihce, il se place
sous la discipline serrée de l'armée.
Démonstration de patriotisme et de
sens de l'autorité. Démonstration
aussi d'une soumission unanime à
l'autorité du général Franco qui,
maintenant, en qualité de chef du
gouvernement d'abord et de généra-
lissime ensuite, devieat deux fois le
chef suprême de chacun de ces vo-
lontaires. Enfin, mesure qui aug-
lampes-tempête et le faisceau tour-
nant du phare des Mamelles, est-ce
qu'à tout autre moment l'on ne pense-
rait pas à une prodigieuse fête fo-
raine ? A tout autre moment. Dans ce
bout de nuit de lundi à cinq heures
un quart, sur l'aérodrome de Ouakam,
nous sommes plusieurs à interroger
anxieusement le Farman'aux ailes re-
levées comme dans l'effort du vol.
Ils vont partir repartir sur le
chemin de Mermoz, pour la première
fois depuis que la Croix-du-Sud est
tombée en mer.
Là-haut, au poste de pilotage, à ce
studio de septième étage, sous la ver-
rière, l'on ne distingue plus qu'avec
peine, aux volants, le, roide visage de
mente la cohésion et la puissance 1
combattive du camp nationaliste, et
qui rendra encore plus intime l'u-
nion entre les chefs militaires d'une
part et le peuple en armes, qui était
constitué par les milices, d'autre
part. Au moment où il est beaucoup
question de volontaires étrangers,
l'Espagne nationaliste entend rappe-
ler qu il y a beaucoup de volontaires
espagnols prêts à devenir des sol-
dats.
̃*̃̃̃•• Georges Rotvand.
M. NEVILLE CHAMBERLAIN
EST PARTI POUR LA FRANCE
Londres, 25 décembre. M. Neville
Chamberlain, chancelier de l'Echiquier,
qui avait subit il y a quelques jours,
une petite opération dentaire, ce qui
l'obligea à ajourner son départ pour
la France, a quitté Londres, à destina-
tion du continent.
On ignore encore si, avant de rentrer
en, Angleterre, M. Neville .Chamberlain
s'arrêtera à Paris pour y avoir un en-
tretien avec M. Vincent-Auriol.
LE DUC DE WINDSOR
MONTE EN CHAIRE.
:au cours du service de Noël,
dans, l'église anglicane
de Vienne
VIENNE, 25 décembre. Le duc de
Windsor a causé aujourd'hui une
certaine surprise en se rendant à
l'église anglicane de Vienne, où il a
assisté au service religieux spécial
de Noël.
Ainsi que le veut la coutume dans
les, églises anglicanes, l'ancien mo-
narque est monté en chaire et a don-
né lecture d'un passage du Nouveau
Testament, tandis que sir Felby, mi-
nistre britannique à Vienne, lisait un
passage de l'Ancien Testament.
Après le service religieux, le duc
de Windsor a assisté à un déjeuner
donné en son honneur par le minis-
tre britannique et sa femme, et c'est
au cours de ce repas que le duc a
appris que sa belle-sœur, la duchesse
de Kent, venait de donner le jour à
une fille.
Rouchon, de celui de Delaunay et,
derrière eux, la silhouette du mécani-
cien Pichard. Au-dessous, dans la ca-
bine de fer et de verre semblable à un
gros bec proéminent, au point qu'elle
semble autonome du monoplan, le na-
vigateur Cornet, déjà studieux le
recordman de la traversée, il en est à
sa cinquante-sixième penche son
front chauve sur le plateau de route,
sur la carte météorologique et, près de
lui, debout, le radio Gimié prend
l'écoute. On dirait des lilliputiens dans
la bruyante machine de guerre de dix-
huit tonnes.
Maurice NoëL
(Suite page 3, colonnes 1 et 2.).
DES AVIONS
MILITAI RES
FRANCAIS
s'envolent vers
l'Asie-Mineure
On les retrouve
.en Espagne
Nous ne reviendrons pas sur les
faits qui, ces jours derniers, ont con-
duit le ministre de l'air à démentir
officiellement une information an-
nonçant la livraison d'un avion de
chasse Dewoitine D. 510 aux répu-
blicains espagnols et à engager des
poursuites contre l'Echo de Paris.
Le Figaro à relaté l'affaire. M. de
Kerillis ayant pris la nouvelle à son
compte, et déposé une demande
d'interpellation, un débat à la Cham-
bre aura lieu.
D'ailleurs, il y a un précédent à
cette histoire de Dewoitine D. 510 et
nous croyons bon de rappeler ain-
si que le Figaro l'a publié le 10 no-
vembre dernier dans son dossier de
livraisons que les 5, 6 et 7 sept-
temhre, on vit s'envoler de Toulouse
vers les Pyrénées, cinq appareils de
chasse Loire 46.C.1 à moteur Gnome-
Rhône K 14, portant les numéros de
série 2, 3, 4, 5, 6. Or, à ces dates,
notre armée de l'air ne possédait en-
core aucune unité de ce modèle.
D'ores et déjà, on peut prévoir
que le ministre de l'air niera avoir
donné l'autorisation de livrer des
avions à l'Espagne, et qu'il fournira
toutes les preuves de cette assertion.
Le procédé employé est plus subtil.
Nous sommes, en effet, à même de
faire connaître comment certains
avions militaires ont pu quitter la
France, au lieu d'aller figurer dans
les formations de notre armée de
l'air. De nombreuses photographies
de ces avions « descendus » par les
pilotes nationalistes ont été pu-
bliées. Nul ne pourra donc dé-
mentir qu'ils furent utilisés par les
républicains espagnols.
La scène se passe sur un aérodro-
me, quelque part en France une
série d'avions est en cours de ré-
ception. Les appareils sont « fin
prêts ». La commission de réception
arrive de Villacoublay il y a là, un
officier pilote, deux contre-récep-
tionnaires sous-officiers, un calcula-
teur civil et deux contrôleurs ad-
joints.
Philippe Roland.
(Suite page 3, colonnes 1 et 2.)
DE TOUT UN PEU.
LA FIRME
Linder-Rosenfeld
« Tout se passe comme si, dans plu-
sieurs ministères importants, fonction-
nait un organisme secret, plus puis-
sant que le ministre et son cabinet, se
souciant peu de ce que déclarent et dé-
cident ce ministre et ce cabinet, acca-
parant enfin une partie de la puissance
publique pour ses passions politiques
et autres.» »
En lisant ces lignes dans l'éditorial
de l'Intransigeant, j'hésitai sur la date.
Etions-nous en décembre 1936 ou en dé-
cembre 1933 ? Ce commentaire s'ap-
pliquait-il à l'affaire Stavisky ou à l'af-
faire Linder-Rosenfeld ?
C'est en décembre, peu après le 20,
précisément, les mois, comme les li-
vres, ont leur destin, qu'éclata le
scandale dit d'abord des bons de Bayon-
ne. La collection des journaux de l'épo-
que fourmille de réflexions identiques
à celle que l'on vient de voir repro-
duite. La firme Linder-Rosenfeld usait
donc des moyens qui réussirent si bien
à la firme Alexandre. On se servait
des mêmes appétits, des mêmes inté-
rêts, manœuvrait peut-être les mêmes
individus.
Méditez le mot de Disraeli « Les
événements humains sont conduits par
de tous autres êtres que ceux auxquels
le monde attache généralement de l'im-
portance. La longue durée des toléran-
ces qui permirent à Stavisky d'agir et
d'escroquer répartit sur un ensemble de
cabinets ministériels fort bigarré le
poids des responsabilités. D'enchaîne-
ments en enchaînements, quelles équi-
pes ayant occupé le pouvoir ces derniè-
res années sortirent indemnes les
unes fort chargées, les autres moins,
de cette course à la complaisance ?
Mais voici qu'arrive. aux affaires le
gouvernement de Front populaire à di-
rection socialiste. «Toutes les places et
tout de suite » est sa devise, celle,
déjà, du Cartel de 1924, avec applica-
tion intégrale cette fois. Or une « com-
bine» est découverte révélant des res-
sorts clandestins et des complicités d'ad-
ministration plus graves encore que
lorsque le Populaire tonnait avec nous,
au temps de Mme Hanau, contre le
cambriolage d'armoires à dossiers place
Vendôme et au Palais de Justice sous
des ministères modérés.
Faut-il en conclure que la vérité est
maintenant au delà du réquisitoire,
d'Anatole France ? N'ayant plus d'Etat,
n'avons-nous plus d'administrations ?
Une certaine anarchie dirigée, se pro-
pageant par un phénomène d'endos-
mose, assure la permanence d'influen-
ces occultes superposées aux mutations
de politiciens. Elle facilite aussi les
désaveus.
La pire corruption ne réside pas,
d'ailleurs, dans ces apparences. Elle de-
vient incurable quand elle reste impu-
nie et quand l'assainissement excepte
les responsables cachés.
Gaëtan Sanvoisin.
lllllUIIIIHlIIllIllllltllluilIlillIlillIllIllHlllllIlliillimitijitlttliliit
EN PAGE 2
Le cardinal Verdier lance
un appel radiophonique
aux hommes de bonne volonté
M. LEON BLUM
prononcera
le 24 janvier
à Lyon
un grand discours
M. Léon Blum a accepté de prési-
der, le 24 janvier prochain, à Lyon,
une manifestation en l'honneur de
M. André Février, pour fêter la réé-
lection de celui-ci comme député du
Rhône et sa désignation à la prési-
dence du groupe parlementaire so-
cialiste.
La Fédération socialiste recevra le
président du conseil dans la matinée
et un banquet aura lieu à midi.
M. Herriot a déclaré qu'il recevrait
M. Léon Blum et qu'il présiderait, à
ses côtés, le banquet de Rassemble-
ment populaire, à la fin duquel le
thef du gouvernement prononcera
un grand discours.
Pour gagner
a la loterie.
.Une chatte noire est un bon
talisman, mais attention
aux dommages-intérêts, si vous
la laissez s'échapper
Elle avait tenté toutes les chances pour
gagner à la Loterie nationale; elle avait
acheté son « dixième un vendredi 13,
après avoir croisé un cheval pie, après
avoir passé sa main droite sur la bosse
d'un infirme et après avoir répété treize
fois la réussite de Marie-Antoinette, à
cinquante-deux cartes.
A un tirage précédent, elle eût rem-
porté un lot de 50,000 francs si le nu-
méro 1564 était sorti au lieu du 1653.
Or, une nuit elle rêva qu'elle était
allée aux commissions avec « Totone »
en laisse. Totone était une chatte noire
âgée de deux ans qu'elle avait arrachée
à la mort.
Elle fit part de son rêve à sa concierge
qui s'écria
Le voilà bien le talisman que vo-
tre bonne étoile vous révèle. Profitez-en;
allez, ce jour même, acheter un billet,
avec Totone sous le bras gauche.
Mme Rosine suivit imédiatement le
conseil de sa concierge, qui était une
femme sérieuse et avait eu chevaux et
voitures, dans sa jeunesse.
La voilà donc dans la rue de Rivoli
avec, sous le bras, sa chatte épouvantée,
avec, sous le bras, sa chatte épouvantée.
Rue des Bourdonnais, un de ces pe-
tits monstres qui font les parents mar-
tyrs passa derrière Mme Rosine et pin-
ça au sang la queue de la chatte.
La pauvre bête bondit, s'échappa, sau-
ta sur Mme Solange, marchande de
fleurs, qui se trouvait à proximité, lui
laboura le cou et disparut dans un cou-
loir.
Mme Solange eut une telle peur qu'elle
en lâcha son sac à provisions, renfer-
mant trois litres de vin, consommation
quotidienne de son époux, de l'huile, du
vinaigre et de l'eau de javel. Le tout fut
écrasé par un camion.
En justice de paix, Mme Solange ré-
clame 4,500 francs.
J'en ai été malade pendant un
mois, dit-elle.
Le mari exige ses trois litres vin et
une indemnité, car il a dû boire de l'eau
ce jour-là.
Mais Mme Rosine fait entendre un
témoin qui affirme que, ce soir-là, M.
Solange était ivre « comme la bourri-
que à Robespierre ».
On écoute ensuite le garçon boucher
qui a capturé la chatte dans le couloir.
Il a eu les mains déchirées.
Un voisin qui se rasait à la fenêtre
quand l'incident s'est produit vient mon-
trer une cicatrice et exige également une
indemnité.
Mme Rosine, qui n'a pas gagné un
lot, malgré ses malheurs, offre d'indem-
niser tout le monde si son numéro sort
en janvier.
Elle est condamnée à 500 francs de
dommages-intérêts.
Louis Thinet.
r
LE LEGS DE 1936
A L'AN 8813
Ce que nos descendants
trouveront dans la pyramide
du docteur Jacobs
Un disque de phono, un film de
cinéma, une automobile, un avion
peuvent-ils durer aussi longtemps
qu'un calendrier égyptien C'est ce
que nous allons savoir. dans plu-
sieurs millénaires, grâce à un savant
américain, le docteur. Jacobs, qui
vient de réaliser une idée curieuse
avec la collaboration de M. Ogle-
torpe, de l'Université d'Atlanta.
Le dit calendrier égyptien (le plus
ancien souvenir de l'antiquité) re-
monte à 4241 avant J.-C. Les objets
de l'industrie moderne que nous
avons énumérés plus haut, pour at-
tester une résistance égale au temps,
devront par conséquent atteindre
l'an 8813.
Le docteur Jacobs les a fait con-
tenir dans une pyramide géante her-
métique, construite sur un rocher
d'apparence immuable, à Ozark Hill,
dans l'Arkansas. On ne pourra ou-
vrir cette pyramide que dans 6177
ans.
A ce moment-là, nos descendants,
s'ils savent encore se servir d'un
phonographe et si le disque de cire
n'est pas devenu poussière, pourront
entendre M. Roosevelt en personne
leur adresser un cordial salut. Puis
i1s pourront faire apparaître sur
l'écran la silhouette archaïque,
muette et à deux dimensions, de
Charlie Chaplin.
Ce sera sans doute un spectacle
à tous égards divertissant. Mais
l'idée du docteur Jacobs soulève un
problème plus angoissant encore que
celui qui le préoccupe. Notre monde
lui-même durera-t-il aussi long-
temps qu'un calendrier égyptien ?..»
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