Titre : Figaro : journal non politique
Éditeur : Figaro (Paris)
Date d'édition : 1928-04-17
Contributeur : Villemessant, Hippolyte de (1810-1879). Directeur de publication
Contributeur : Jouvin, Benoît (1810-1886). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 17 avril 1928 17 avril 1928
Description : 1928/04/17 (Numéro 108). 1928/04/17 (Numéro 108).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
.̃ -r LOUÉ VAH CEUX-CI» BLÂMÉ PAR CEOX-tA, ME MOQUANT DES SOTS, BRAVANT LES MÉCHANTS, OnuméwÔI
XQ JE ME PRESSE DE RIRE DE TOUT. DE VEOS. D ETRE OBLIGE D'EN PLEURER. OO
CENT'MËS BEAUMARCHAIS. CENriME5
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Éâïte' en f'Hôtet efu Figaro
14, Rond-Point des Cfiantps'Elyse'es. Paris C8° Arrondi
lo3' Année • N° IO8 as 1928
PuBfications Annexes LE FIGARO Littéraire,
LE Figaro Artistique liïustre'. LE Figaro des Etats-Unis,
-1 La Page Cofoniafe..
MARDI 17 AVRIL- 1928
DrBECTB-CTB FK.ATSTÇOIS COOTST
MARDI 17 AVRIL. 1928
PROPOS DIPLOMATIQUES
La S.D.N* et la crise
des alliances0-
L'exemple de la magyarophilie an-
glaise, fondée sur la façade du simili-
Westminster de Budapest, montre
qu'on mène les peuples, ces grands en-
fants, avec des images. Passons à un
sujet plus sérieux que le parlementa-
risme, les chiffons, et les chiffons pour
hommes. Contemplons des images
plus conformes au réel les gravures de
modes. Les Anglais, qui possèdent les
premiers tailleurs du monde, jugent les
peuples d'après la façon dont ils se nip-
pent. Nous ne croyons pas à l'avenir
du rapprochement anglo-allemand par-
ce que l'Allemand, dédaigneux de la mo-
'de britannique, ample comme l'Empire,
est toujours à l'étroit dans ses habits
il y éclate comme dans ses frontières.
Le cartel n'a pas plu à Londres parce
qu'il se frusquait, à ses débuts du
moins, dans les magasins de confection
et se chaussait en province. Défense
aux souliers départementaux d'entrer
îdans les laboratoires de la politique
mondiale 1 Ayant rencontré quelques
Anglais lors des premiers contacts de
M. Herriot et de leurs hommes d'Etat,
je m'évertuais à vanter ses mérites, sur-
tout celui qui est le plus certain de tous
et le plus propre à impressionner des
parlementaires. Je leur disais « C'est
un ancien professeur de rhétorique
alors, bien que ministre, il fait ses dis-
cours lui-même. » Mais les Anglais ré-
pliquaient « C'est possible, mais il ne
fait pas ses nœuds de cravate. Ce sont
des noeuds tout faits. » M. Herriot est,
de tous nos politiciens, le plus méprisé
en Angleterre, pays sportif qui aime
qu'on lui résiste, parce qu'il fait trop
de concessions et pas assez de nœuds de
cravate. Heureusement, le voyage de M.
Doumergue à Londres y a rétabli nos
affaires, parce qu'il suit la mode an-
glaise. Depuis Félix Faure, dont il a
renoué sur ce point la tradition, c'est le
premier chef d'Etat. français qui porte
guêtres et monocle. Les deux cariatides
les plus solides de l'Entente cordiale
sont le torse nu de Carpentier et l'aca-
.demie élégamment vêtue du Président
de la République. "<
Puérilité ? Peut-être. Mais puérilité
certaine que de ne pas en tenir compte
quand nous voyons nos amis anglais
prendre parti, contre leurs propres in-
térêts et ceux de l'ordre européen, en
faveur de l'Allemagne et de la Hongrie,
non seulement parce que Budapest co-
pie Westminster, mais aussi parce que
'les nobles magyars se font habiller à
Londres, ce qui leur permet, au sens
figuré du mot, de s'y faire blanchir.
̃
Ces considérations expliquent le revi-
rement de. la Grande-Bretagne elles
n'expliquent pas celui de la France.
Est-ce pour remercier la Hongrie d'avoir
fabriqué de faux billets de notre ban-
que nationale ? Pour punir la Rouma-
nie de s'être adressée chez nous pour
l'émission de son emprunt et d'avoir
ainsi encouru le ressentiment de Lon-
dres ? Pour apprendre à M. Titulesco à
ne plus aller voir M. Mussolini ?
Pour reconnaître les immenses ser-
vices rendus à la cause française
par l'actuel ministre des affaires
étrangères roumain, qui a été un
des principaux artisans de l'entrée en
guerre de son pays à nos côtés, qui, de-
puis, est resté fidèle à lui-même en col-
laborant toujours loyalement avec nous
et, en dernier lieu, en confiant les deux
grands postes vacants de Rome et de
Berlin à des amis éprouvés de la Fran-
ce, le prince Ghika et M. Gomnène ?
Est-ce parce qu'il a trop de falent et
que son éloquence pleine et brillante
fait paraître plus vide et plus défraî-
chie l'écœurante phraséologie qui, de-
puis la démission de M. Henry de Jou-
venel, est, parmi nos délégués, une rè-
gle sans exception. ? Si c'est une bataille
de vedettes, nous prions la « Ligue de
la paix de s'arranger pour que la paix
n'en fasse pas les frais.
Nous n'aurons pas la candeur de
rappeler les égards dus à un pays qui,
pendant les plus mauvais jours de Ver-
dun, a accroché trente divisions alle-
mandes, au prix d'une effroyable catas-
trophe, ni l'indomptable ténacité que les
paysans roumains puisaient dans le
sentiment de défendre leur ferre, grâce
précisément à cette réforme .agraire
qu'on s'ïffojjce aujourd'hui de torpiller.
Notre délégation, qui connaît d'autres
liens, a du moins l'indépendance du
cœur. Et ce sont là des valeurs morales
qui n'ont pas cours à la Bourse de Ge-
nève.
La Bourse de Genève ? Nous n'igno-
rons pas tout ce qui se chuchote sur la
toute-puissance du comité financier de
la S. D. Ni, sur le dépit qu'il a ressenti
lorsque l'emprunt roumain lui a échap-
pé, sur les espoirs éveillés par les pers-
pectives d'un autre «mprunt qui serait
ymr le Figaro des 14, 15 et 16 avril.
nécessaire pour payer la Hongrie si
celle-ci obtenait définitivement gain de
cause. Nous n'attachons aucune impor-
tance à ces insinuations. Certes, si on
l'examine bien à la lumière, on voit
transparaître dans le filigrane du pacte
l'image du Veau d'or. Mais il n'est pas
à Genève le dieu unique. Nous le re-
grettons, car le Veau d'or n'a pas de
patrie: et n'est pas nécessairement hos-
tile à la France, tandis que le véritable
Dieu de Genève, le Dieu allemand, a une
patrie qui s'oppose à la nôtre. C'est sur
son hôtel que notre délégation a sacri-
fié, avet nos alliés roumains, tous les
principes dont elle se réclame verbale-
ment.
Nous ne méconnaissons pas, dans son
attitude, la part de cette manie de
l'ajustement illusoire qui sévit à Genè-
ve, surtout parmi nos délégués, parle-
mentaires-avocats qui, par un double
réflexe professionnel, sacrifient les
principes aux solutions apparentes,
tandis que les diplomates ajournent les
solutions même réelles, si c'est néces-
saire pour maintenir les principes. Ce-
pendant, M. Briand; s'il lit les rapports
de ses agents, ne pouvait ignorer que la
S. D. N. n'obtiendrait pas une solution,
même au prix d'une palinodie, parce
que sa « scandaleuse » décision se heur-
terait, en Roumanie, au non possumus
de la conscience nationale et au veto
des impossibilités matérielles. Il ne pou-
vait ignorer non plus que si cette déci-
sion était exécutée, elle entraînerait sû-
rement la révolution, probablement la
guerre, et, en attendant, la dépossession
de cinq cent mille paysans au profit de
quelques féodaux hongrois. D'où cette
conclusion que la loi suprême de notre
diplomatie n'est ni la justice, ni la paix,
ni même la démocratie, mais la subor-
dination à l'Allemagne. Si, grâce à la
sage résistance de la Roumanie, le
Reich ne réussit pas entièrement son
coup, notre docilité lui aura permis de
trouver' une fois de plus à Genève un
dissolvant de nos alliances et un recons-
tituant des siennes.
̃̃- ̃>.
A moins que. On n'a pas assez re-
marqué que M. Ph. Berthelot a, pour la
première fois, accompagné M. Briand
à Genève. Cette nouveauté nous suggère
une explication plus réconfortante. M.
Ph. Berthelot n'a jamais caché son pro-
fond inépris pour la S." D. 'r^'Avec ce
martellement de la voix qui assène le
paradoxe et même la vérité sur le cçâiie
de l'interlocuteur, il a dû s'excuser au-
près de ses intimes en disant « Si
j'embrasse la S. D. N., c'est pour l'étouf-
fer. Avec son ardeur glaciale et son
nihilisme constructeur, il aura jugé que
le moment est venu de donner le coup
de grâce à l'institution en la faisant
succomber à ses propres excès, il
aura, dans sa serviette, gonflée de
dossiers, caché sa dague de misé-
ricorde.. Mais la Société des nations
ayant depuis longtemps renoncé à son
idéal, son âme a quitté son corps, ce qui
est la mort. La dague de M. Berthelot
était inutile, et s'il a fait le geste fati-
dique, il aura eu plus de mérite à em-
brasser ce cadavre que de peine à
l'étouffer. Béni soit-il s'il a rendu visi-
ble aux yeux du monde le trépas moral
de la S. D. N. qui a péri, comme péris-
sent les institutions, par la corruption
de ses principes.
da traversée de rfltlanti^tje
Au secours du « Bremen »
L'avion, le Montcalm, envoyé par le
gouvernement canadien au secours de
l'équipage du Bremen a atterri dimanche
soir, entre 17 et 18 heures, dans l'île de
Greenly, venant de Seven Islands.
Le contact est donc repris avec les in-
trépides aviateurs allemands.
L'aviateur canadien Duke Schiller et
l'aviateur français Louis Cuisinier, qui ont
réussi, avec le Montcalm, à atterrir près
de Greenly-Island et à se rencontrer avec
les aviateurs du Bremen, ont reçu de
l'aviateur Koehl, le récit suivant
« Après avoir volé pendant trente heu-
res dans un vilain temps qui nous obligea
à nous tenir à très faible altitude, nous
rencontrâmes des conditions atmosphéri-
ques vraiment alarmantes le brouillard
épaississait à vue d'oeil, tandis qu'à me-
sure que nous approchions de la terre
notre boussole semblait se dérégler.
» Puis la neige et le grésil remplacèrent
le brouillard et c'était comme si toutes les
forces de la nature se fussent coalisées
pour faire du Bremen une nouvelle vic-
time de l'Atlantique.
» Nous comprenions que la tempête in-
fluait sur la direction prise par le Bremen,
et quoique nous fussions toujours décidés
à rempdrter la victoire, nous avions à peu
près perdu tout espoir, lorsqu'une terre,
que nous prîmes pour Terre-Neuve, se pré-
senta à nos regards. Bientôt nous com-
prîmes que nous survolions une terre dans
le voisinage du détroit de Belle-Isle, et
ayant aperçu un petit lac au centre d'une
île minuscule, nous décidâmes d'atterrir là.
» Le contact avec la terre fut plutôt
difficile et si nous en sommes sortis sains
et saufs, le train d'atterrissage et le gou-
vernail du Bremen, par contre, furent sé-
rieusement endommagés.
» Nous avons rencontré dans l'île des
gens très aimables qui mirent aussitôt à
notre disposition tout ce qu'ils possédaient
pour nous permettre de prendre du repos
et d'essayer de réparer notre appareil. A
l'heure actuelle, les réparations néces-
saires sont presque terminées. »_
Le Cartel et la Paix
Ulysse.
-luit jours avant les élections;
es survivants du Cartel osent
_u__u_- 1_ .J:
< mvutjuci icuts ucguuttu.iutia ur-
plomatiques et le souvenir de la Confé-
rence de Londres. C'est une imprudence
qui serait incompréhensible, s'ils n'avaient
dû renoncer à parler des finances publi-
ques. Jusqu'à ces derniers temps, ils
avaient soin de se borner à un éloge vague
de leur politique extérieure, et ils s'éten-
daient sur les mérites de leur plan contre
le capital. Il faut croire que cette campa-
gne n'a pas réussi auprès des électeurs. Le
Cartel n'a plus d'autre ressource que de
célébrer ses efforts pour la paix.
Mais il procède avec une inconscience
qui ne tient plus aucun compte des faits ni
des dates. Dans un récent discours pro-
noncé à Lyon, M. Herriot a fait étalage
de cette sentimentalité diffuse et barbare
dont il enveloppe ses méfaits. II a eu la
hardiesse de citer l'entrevue de Chequers
et la Conférence de Londres, comme les
modèles d'une diplomatie nouvelle. Ces
deux événements resteront dans l'Histoire
comme des exemples d'une maladresse cou-
pable. Un ministre peut avoir été malheu-
reux et se trouver responsable de fautes
lourdes qu'il regrette M. Herriot s'en*
vante comme d'un exploit.
Il était plus modeste dans la séance sé-
natoriale du mois d'août 1924, lorsqu'il il
revenait de Londres chargé du poids de
ses erreurs et qu'il devait s'en expliquer.
Il savait alors quels reproches il méritait.
Quatre mois avant les élections, à la fin de
décembre 1923, il avait dit à la Chambre
qu'il n'était pas partisan de l'évacuation
immédiate de la Ruhr. Bien plus le
12 juillet 1924, avant de partir pour Lon-
dres, il avait dit au Sénat que la question
de l'évacuation de la Ruhr ne serait pas
posée. Et quand il revint quelques semai-
nes plus tard, M. Herriot avait tout aban-
donné. Il avait tout abandonné sans se
préoccuper de rien, sans rien prévoir du
placement des obligations, sans maintenir
le lien entre l'évacuation et le problème des
dettes, sans même se préoccuper du futur
traité commercial avec l'Allemagne
Rien ne pouvait expliquer cette politi-
que injustifiable. M. Mac Donald lui-
même avait accepté qu'on examinât les
questions apparentées des réparations et
des dettes interalliées. Le. gouvernement
anglais et le gouvernement allemand s'at-
tendaient à ce que l'évacuation de la Ruhr
eût lieu quand le système des garanties
aurait été mis effectivement en vigueur.
M. Herriot était averti. Mais la politique
du Cartel voulait une manifestation en fa-
veur de l'Allemagne, qui devait être sui-
vie d'une manifestation en faveur de la
reconnaissance des Soviets. Et la France
devait faire les frais de l'une et de l'autre.
« L'échafaudage de Londres, disait au
Sénat M. Poincaré en août 1924, repose
sur un sol mouvant. » Voilà de quoi le
Cartel ose se glorifier. ANDRÉ CHAU-
MEIX.
AU JOUR L.-JE JOUR
ha revanche d'Armande
C'était une fille charmante que la fille aînée
du prosaïque Chrysale elle avait, outre la
beauté, du goût, de la lecture, l'âme stoïque, et
mille curiosités d'esprit. Mais parce qu'elle était
furieusement jalouse de son indépendance, elle
dédaignait' le mariage et, non sans xaisony
Molière fit rire d'elle.
Cette pauvre Armande était née trop tôt.
Son époque, enfin, est venue. Armande, aujour-
d'hui, n'apparaît ridicule à personne. Dès l'âge
de douze ans, elle va seule, l'œil aux aguets,
le cartable à !a main, elle fréquente le lycée,
puis les diverses Facultés; elle « fait », comme
on dit, des lettres, des sciences, ou du droit
même, elle est devenue si menaçante dans l'Uni-
versité pour les professeurs de l'autre sexe, que
ceux-ci, dans l'un de leurs congrès, viennent
de voter une motion interdisant aux femmes
l'accès de la Société des agrégés!
Alerte! écrit l'un d'entre eux dans le rapport
belliqueux et persuasif qui emporta le vote
alerte! « Les professeurs dames, détentrices ex-
clusives des chaires féminines, s'attaquent main-
tenant aux établissements masculins. Dans quel-
ques années, si nous ne réagissons pas, elles
auront supplanté les hommes. Non, certes, qu'il
faille voir là le signe d'une supériorité féminine
quelconque, mais parce que, en vertu d'un phé-
nomène universel, les hommes se détournent
des carrières vers lesquelles les femmes se por-
tent en masse, et qu'elles contribuent ainsi à
avilir, au sens commercial du mot, en se con-
tentant d'une moindre rémunération. »
On ne raille plus Armande. On l'admire et
on la redoute. C'est sincèrement, n'est-ce pas?
qu'elle se moque de Clitandre puisqu'elle peut
se passer de lui. Elle sera « députée », acadé-
micienne, ministre, quoi encore ? Elle marché
dans la vie avec la tranquille assurance de l'être
qui ne dépend plus que de soi; elle dédaigne
d'égarer son regars vers
Un idole d'époux et des vutrmots d'enfants.
Ah! comme elle a pris sa revanche! Il est
une question, pourtant, qu'un indiscret ami s'est
permis de lui poser l'autre soir, comme, vers
l'heure du crépuscule, elle regagnait son appar-
tement solitaire
Armande est-elle heureuse? Mais là, vrai-
ment, ce qui s'appelle heureuse?
Armande n'a pas répondu; et l'indiscret pré-
tend que, dans l'ombre, il a perçu le bruit
étouffé d'un soupir.
Maurice Levaillant.
LA CAMPAGNE ELECTORALE
.i.
Soutiens inexistants
1 Il
Nous causions dernièrement ̃ des élec-
tions prochaines avec un petit commerçant
d'un paisible village de Seine-et-Oisc. C'est
un parfait honnête homme, laborieux, bon
père de famille, intelligent, mais plus occu-
pé, assurément, de ses affaires, qui se res-
sentent de la crise économique, que des mé-
rites respectifs des divers partis politiques.
En somme, un Français comme beaucoup
d'autres, surtout absorbé par sa maison, sa
famille, son travail, aimant sa liberté, dé-
testant les impôts et, plus encore, les in-
discrètes curiosités fiscales sur son chiffre
d'affaires et à qui les élections apportent,
périodiquement, l'obligation singulière de
se faire une opinion sur la valeur et les ré-
percussions des idées politiques des divers
candidats qui sollicitent son suffrage
Et ce petit commerçant, désireux de bien
remplir son devoir d'électeur et, pour cela,
de compléter son instruction politique qu'il
sentait un peu vague et sommaire, nous de-
mandait textuellement « Qu'est-ce que
c'est, en somme, que ces radicaux-socialis-
tes '? Il paraît que ce sont des gens très
forts et que c'est grâce à eux que M. Poin-
caré a réussi à sauver le franc ? On dit
même que s'il les avait écoutés davantage,
on paierait aujourd'hui moins d'impôts ? »
Certes, il faut qu'ils soient très forts,
avons-nous répliqué, pour avoir réussi à
vous donner une opinion si avantageuse
d'eux-mêmes, après toutes les fautes désas-
treuses qu'ils ont accumulées Nous avons
alors essayé de montrer à ce brave homme
combien son appréciation du rôle des radi-
caux-socialistes était loin de la réalité.
Nous lui avons rappelé les résultats des
élections du 11 mai donnant au Cartel une
irrésistible majorité et le cri de triomphe
de leur porte-parole officieux exigeant
pour eux « Toutes les places, tout de
suite »
Toutes les places ? C'était d'abord la pré-
sidence de la République, d'où le Cartel
victorieux chassait M. Millerand, par un
véritable coup de force, violant la Constitu-
tion c'était la présidence du Conseil dont
M. Poincaré s'empressait de démissionner
et où, bientôt, s'installait triomphalement
M. Herriot, avec toute sa bande de minis-
tres cartellistes, s'abattant sur les divers
portefeuilles comme un vol de sauterelles
sur les moissons c'était la présidence de
la Chambre, où l'on élisait ce pauvre M.
Painlevé, si peu fait pour ces fonctions
c'était la présidence de la Commission des
finances, où l'on mettait le socialiste Vin-
cent Auriol, puis le condamné de la Haute
Cour, M. Malvy c'était la présidence de
toutes lçs..g,9;nnjiss)ipjisiiïiportantes, où l'on
installait des créatures du Cartel c'était
le gouvernement général de l'Algérie, avec
M. Viollette celui de l'Indochine, avec
M. Varenne la Syrie, avec le général Sar-
rail c'était tout, enfin, absolument tout, li-
vré à la discrétion si l'on peut dire
des radicaux-socialistes triomphants,pleins
d'insolente assurance et de morgue mépri-
sante.
Et puis deux ans passent, sous ce règne
discrétionnaire du Cartel, qui, sûr de sa
majorité, fait ce qu'il veut, gouverne
comme il l'entend. Et la livre, en deux ans,
monte de 67 francs, cours du 11 mai 1924,
à 248 francs, cours du 23 juillet 1926. En
deux ans, les caisses sont vidées, malgré le
maintien du double décime que le Cartel
avait promis de supprimer les caisses
sont vidées, malgré les 17 milliards d'in-
flation occulte, faits sur l'ordre de M. Her-
riot qui jurait à la tribune de ne jamais re-
courir à l'inflation En deux ans, on a la
guerre au Maroc et en Syrie, alors qu'on de-
vait faire régner la paix universelle 1
Les capitaux menacés émigrent à l'étran-
ger, en dépit des sanctions les plus rigou-
reuses la rente française tombe à des
cours désastreux, consommant la ruine des
petits porteurs La politique sectaire,'en-
fin, du Cartel, menace d'aliéner à la France
le cœur de l'Alsace et de la Lorraine re-
conquises, qui tiennent à leurs libertés re-
ligieuses.
Voilà le bilan véritable de deux ans de
gestion radicale-socialiste, toute-puissante,
commencée par un ministère Herriot plein
d'outrecuidance, et qui s'achève, symboli-
quement, vingt-six mois plus tard, par un
nouveau ministère Herriot, complètement
désemparé, qui tombe dans un discrédit
total, sous les huées cinglantes de la foule
ameutée
Et ce sont ces gens-là qui se donnent
aujourd'hui pour «très forts» et qui pré-
tendent s'attribuer le mérite du redresse-
ment financier de M. Poincaré ? Soyons
sérieux. Un peu de bon sens suffit à faire
justice de leurs allégations audacieuses.
Car s'ils ont exigé, au lendemain de leur
victoire du 11 mai, la place de M. Poin-
caré, c'est évidemment que celui-ci n'était
pas leur homme. Et, de fait, ils ont usé,
en vingt-six mois, de très nombreux mi-
nistres des finances sans consentir à Je
rappeler. S'ils ont dû, finalement, l'accep-
ter en juillet 1926, c'est qu'ils y étaient
littéralement acculés, pour se sauver eux-
mêmes des conséquences désastreuses de
leurs propres fautes, et que l'opinion le
leur imposait. M. Herriot lui-même a con-
venu qu'il ne pouvait pas faire autrement,
dans l'intérêt même de son parti. Qu'ils
n'essayent donc pas de nous donner le
change
Quant à la collaboration loyale dont ils
se targuent, comme d'un titre à notre gra-
titude, là encore ils exagèrent singulière-
ment leurs mérites. La vérité c'est que leur
soutien « intermittent », pour reprendre
le qualificatif même que lui a donné M.
Poincaré, a entravé l'action du ministre
des finances beaucoup plus qu'il ne l'a
servie.
Lorsqu'ils ont refusé, par exemple, mal-
gré les objurgations pressantes de M. Poin-
caré, de voter la cession du monopole des
allumettes, ils ont nettement desservi l'œu-
vre de restauration financière et ils ont,
par esprit de parti, privé Je Trésor d'une
ressource importante à laquelle il a fallu
pourvoir par d'autres moyens, plus oné-
reux pour le contribuable.
De même, c'est à cause d'eux et de l'in-
vincible défiance qu'ils inspirent à l'épar-
gne que M. Poincaré a jugé nécessaire de
supprimer les bons à court terme, pour-
tant si pratiques et qui évitaient la thésau-
risation des billets. Mais cette consolida-
tion, en entraînant un intérêt plus élevé, a
augmenté d'autant les charges du budget.
En somme, c'est à la confiance qu'inspi-
rait personnellement M. Poincaré qu'est
dû le succès de sa politique. Mais cette
confiance a pu agir, malgré les radicaux-
socialistes, provisoirement assagis, bien
plutôt que grâce à eux. Voilà la vérité sur
leur rôle au cours de la dernière législa-
ture. Ils n'ont pas sujet, vraiment, d'en
être fiers. Et l'électeur sera bien inspiré
de s'en souvenir, s'il veut épargner de-
main, à la France encore meurtrie, de nou-
velles et plus graves mésaventures.
Jacques Ditte.
ncmos
La Température
Vents modérés.
Ciel nuageux avec éclaircies, giboulées et
ondées: ̃ *̃
Symbole.
A Lion-en-Sullias, dans le Loitet, un
candidat vient d'envoyer à chacun des
quatre cents électeurs dont il brigue les
suffrages une magnifique andouille,
spécialité d'une localité voisine, et qui
fera la joie des tables familiales.
Les paysans, finauds et alléchés, chu-
chotent néanmoins dans ce pays que
quatre cents andouilles n'ont jamais
fait un député.
La vodka et le budget soviétique.
Le revenu le plus important et le plus
sûr de l'Etat soviétique est constitué
par le monopole de l'alcool.. Dans le
budget établi par Brinkhanoff pour
1928, le produit de la vente de la vodka
figure, en effet, pour 500 millions de
roubles (environ G milliards de francs).
On comprend le peu de succès obtenu
par les délégués provinciaux au « Par-
lement » rouge lorsqu'ils demandent la
fermeture de quelques débits de boisson
ou parlent de lutter contre l'alcoolisme.
D'après la Prauda du 10 avril, la So-
ciété coopérative de l'Oural fournit à
ses adhérents une quantité d'alcool qui
correspond à 18 p. 100 du total des sa;
laires payés dans la région et, dans un
quartier ouvrier de Petrograd, la con-
sommation de vodka atteint 200 bou-
teilles par tête et par an.
Un vrai paradis, vous dis-je.
» » »
« A moi, Auvergne ».
Les voix communistes ne suffisent
pas, paraît-il, à M. Albert Fournier,
pour être élu dans le onzième arrondis-
sement.
Se souvenant de ses origines auver-
gnates, l'apôtre de la faucille et du mar-
teau moscovites est allé trouver le di-
recteur de l'Auvergnat de Paris pour lui
recommander sa candidature « Mon
père, lui a-t-il dit, est né à Vertaizon et
ma mère à Pionsat. »
Ce thuriféraire de Lénine, qui habi-
tuellement nie la patrie, met quelque
confiance, on le voit, dans la petite pa-
trie. Mais si cet «A moi, Auvergne » a
électoral n'a pas d'écho, le bouillant ré-
volutionnaire qui joue ainsi de ses ori-
gines nous parlera peut-être de ses sou-
venirs de jeunesse et des bancs du ly-
cée Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand,
où il préparait jadis Saint-Cyr.
On était alors respectueux des tradi-
tions, dans la famille Fournier. Le
grand-père avait servi dans l'armée, et
le père n'était-il pas ancien capitaine
de la garde républicaine ?
Et ce n'est pas dans la plaisante pro-
priété de Billom, où le père s'était retiré
et où le fils venait passer ses vacances,
qu'il aurait fallu insulter l'armée et le
drapeau.
INSTANTANÉ
JULES PERQUEL
Directeur du « Capital »
Ses conséquences de la sfabilisation
Ce n'est pas sans une certaine anxiété que
le pays attend la grande mesure qui consacrera
le rétablissement financier. Industriels, com-
merçants, rentiers, porteurs de titres se deman-
dent quelles seront les répercussions de la ré-
forme monétaire sur leurs affaires, sur leurs
créances, sur les mouvements boursiers. C'est
précisément l'étude à laquelle s'est livré
M. Jules Perquel. Les conclusions auxquelles
il aboutit peuvent être considérées comme fai-
sant autorité, eu égard à sa connaissance des
questions financières et à sa remarquable docu-
mentation.
Le maître-fourreur Henri Vergne,
toujours soucieux d'être à l'avant-garde
du progrès, inaugure, à partir du
10 avril, une nouvelle méthode de vente
directe du producteur au consomma-
teur. En allant lui rendre visite dans
son magasin, 18, rue Royale, chacun
pourra se rendre compte que grâce à
cette méthode il est devenu le fourreur
le meilleur marché de Paris.
-r.
Papa a son tailleur Maman a son
bottier Bébé, maintenant, a son cou-
turier C'est une joie pour les specta-
teurs et les spectatrices du « Petit Mon-
de » d'assister tous les jeudis au défilé
des nouveaux modèles d'été que présen-
te avec un souci d'art sans cesse renou-
velé la Maison Giraud, 4, rue de Gasti-
glione, le grand couturier de l'enfance.
Le Masque de Fer.
1A POLITIQUE
C'est inadmissible
M. Painlevé, en ce moment, ne trouve
pas qu'on exagère le péril communiste il
est aux prises, avec "lui, dans la bataille
électorale, là-bas, loin du Quartier, dans
l'Ain. Et sans doute, constatant chaque
jour à ses dépens cette infiltration bolche-
viste dans les campagnes que le Figaro a
dénoncée depuis plusieurs semaines s'éton-
ne-t-il de voir proclamer par les journaux
de gauche que le danger communiste n'est
qu'un chantage de la droite. Comme notre
confrère Lucain, qui est allé le voir à Nan-
tua dans l'exercice de son métier de candi-
dat, lui posait avant-hier au cours d'une
conversation cette question « Laissera-
l-on librement, publiquement et sans répit
insulter notre armée et ses chefs ?
« C'est inadmissible », répondit tristement
l'ancien président du Conseil qui, de-
puis quatre ans, aurait pu, s'il avait voulu,
se faire donner des armes contre la IIP In-
ternationale. Pourquoi cet « inadmissi-
ble » l'a-t-il donc si longtemps admis, et
que nous font, en somme les soupirs de
M. Painlevé. La tristesse est une attitude
de poète, non de chef agissant.
M. Painlevé, du moins, en est à la mélan-
colie M. Herriot, lui, s'il a renoncé à
la rigolade de M. François Albert, en est
encore, au ravissement d'avoir « uni tous
les républicains dans le cortège » qui con-
duisit Jaurès au Panthéon Cette première
mobilisation du communisme, ce premier
défilé officiel de drapeaux rouges à Paris,
M. Painlevé les avait-il trouvés inadmissi-
bles ? Point réactionnaire alors quicon-
que n'applaudissait. Résultat dimanche
à l'heure même où M. Herriot, d'après
les dépêches amies, ramenait l'histoire di-
plomatique du Cartel à l'humour et à la fa-
miliarité et se laissait aller à l'émotion de
ses souvenirs du temps de Krassine, au
Pré-Saint-Gervais, vingt-deux agents étaient
blessés par les communistes. Quelle atteinte
la police avait-elle donc portée aux droits
des gens de Moscou ? Elle avait invité les
manifestants à abandonner des pancartes
injurieuses pour le chef de l'Etat et les
chefs du gouvernement et à replier une
banderole de provocation à la guerre ci-
vile. Alors, comme dit l'Humanité, « les
prolétaires ont réagi vigoureusement »
à coups de pavés. Et, tout heureux de ce
succès, le journal bolcheviste, hier, procla-
mait, chantant victoire: «Notre parti est
dans la bonne voie. Sans un instant de ré-
pit, il doit continuer son action: à l'usine,
au chantier, sur les bateaux, à l'armée »!
Lutte impitoyable. Classe contre classe 1
Tout cela est inadmissible, va décla-
rer encore M. Painlevé. Il sera de plus en
plus triste. Est-ce suffisant ?
Henri Vonoven..
L'hommage de Paris
à Costes et à Le Brix
C'était hier le dernier jour des récep-
tions officielles organisées en l'honneur de
Costes et de Le Brix. Le matin, M. Boka-
nowski leur offrait un déjeuner intime au
ministère du commerce, l'après-midi, le
Conseil municipal de Paris leur rendait un
solennel hommage à l'Hôtel de Ville. Mais
cela ne signifie pas qu'ils pourront dès
demain, en toute tranquillité, goûter aux
joies du repos en famille. Une foule de
réceptions particulières sont prévues. Et
leur temps est chronométré. jusqu'au mois
de mai où Mme la comtesse de Galard, pré-
sidente de la Croix-Rouge française (A.D.
F.), mettra le point final aux cérémonies
en organisant une fête à l'Union Interal-
liée.
Au ministère élu Commerce `
MU. Albert Sarraut, Léon Perrier,
Bouju, Chiappe, le colonel Denain, de la
maison militaire du président de la Répu-
blique, MM. Grignon et Ribière, chef et
chef-adjoint du cabinet du président du
Conseil, Fortani, directeur, et Lerou, di-
recteur-adjoint de l'aéronautique, le géné-
ral Pujo, directeur de l'aéronautique au
ministère de la guerre, l'amiral Frochot,
directeur de l'aéronautique au ministère de
la marine, MM. Charmeil et Lainel, chef et
chef-adjoint du cabinet du ministère du
commerce, L. et J. Bréguet, Lacoste, l'in-
génieur Birkigt, MM. Lioré et Watteau, et
M. Gaston Menier, président du groupe de
l'aviation au Sénatr assistaient au déjeuner
offert par M. Bokanowski, en l'hôtel parti-
culier du ministère, tout pavoisé de dra-
peaux.
Le repas fut cordial et les épisodes du
raid fournirent généralement le thème con-
versations. Costes et Le Brix, placés res-
pectivement à droite et à gauche du minis-
tre, racontèrent avec verve des anecdotes
du voyage qui leur a fourni d'inoubliables
souvenirs. Au dessert, M. Bokanowski pro-
nonça une courte allocution.
Et puis ce fut, dans les saloiis du minis.
tère, la présentation des deux aviateurs
aux quatre cents invités du ministre. Avec
bonne grâce, ils ont fait le tour des salons,
salué, serré les mains.
Dehors, malgré les giboulées, de nom-
breux curieux attendaient la fin de la ré-
ception et le départ des aviateurs pour
l'Hôtel de Ville.
A trois heures, leur auto s'avance. Salués
par une acclamation formidable, ils s'éloi-
gnent tandis que des enfants, quelques ins-
tants, courent derrière la voiture qui dis-
paraît dans la rue de Grenelle.
A l'Hôtel de Ville
Les héroïques aviateurs sont arrivés a
l'Hôtel de Ville plus d'un quart d'heure 3
l'avance sur l'horaire fixé.
Les terre-pleins de la vaste place étaient?
noirs de monde. La foule était docile. EHé
XQ JE ME PRESSE DE RIRE DE TOUT. DE VEOS. D ETRE OBLIGE D'EN PLEURER. OO
CENT'MËS BEAUMARCHAIS. CENriME5
CENTIMES gw France | ̃ ̃. ̃ Jf £ > BEAUMARCHAIS. CEN^F?a^S J
an Fnence ',It~ e77 F,ance
Éâïte' en f'Hôtet efu Figaro
14, Rond-Point des Cfiantps'Elyse'es. Paris C8° Arrondi
lo3' Année • N° IO8 as 1928
PuBfications Annexes LE FIGARO Littéraire,
LE Figaro Artistique liïustre'. LE Figaro des Etats-Unis,
-1 La Page Cofoniafe..
MARDI 17 AVRIL- 1928
DrBECTB-CTB FK.ATSTÇOIS COOTST
MARDI 17 AVRIL. 1928
PROPOS DIPLOMATIQUES
La S.D.N* et la crise
des alliances0-
L'exemple de la magyarophilie an-
glaise, fondée sur la façade du simili-
Westminster de Budapest, montre
qu'on mène les peuples, ces grands en-
fants, avec des images. Passons à un
sujet plus sérieux que le parlementa-
risme, les chiffons, et les chiffons pour
hommes. Contemplons des images
plus conformes au réel les gravures de
modes. Les Anglais, qui possèdent les
premiers tailleurs du monde, jugent les
peuples d'après la façon dont ils se nip-
pent. Nous ne croyons pas à l'avenir
du rapprochement anglo-allemand par-
ce que l'Allemand, dédaigneux de la mo-
'de britannique, ample comme l'Empire,
est toujours à l'étroit dans ses habits
il y éclate comme dans ses frontières.
Le cartel n'a pas plu à Londres parce
qu'il se frusquait, à ses débuts du
moins, dans les magasins de confection
et se chaussait en province. Défense
aux souliers départementaux d'entrer
îdans les laboratoires de la politique
mondiale 1 Ayant rencontré quelques
Anglais lors des premiers contacts de
M. Herriot et de leurs hommes d'Etat,
je m'évertuais à vanter ses mérites, sur-
tout celui qui est le plus certain de tous
et le plus propre à impressionner des
parlementaires. Je leur disais « C'est
un ancien professeur de rhétorique
alors, bien que ministre, il fait ses dis-
cours lui-même. » Mais les Anglais ré-
pliquaient « C'est possible, mais il ne
fait pas ses nœuds de cravate. Ce sont
des noeuds tout faits. » M. Herriot est,
de tous nos politiciens, le plus méprisé
en Angleterre, pays sportif qui aime
qu'on lui résiste, parce qu'il fait trop
de concessions et pas assez de nœuds de
cravate. Heureusement, le voyage de M.
Doumergue à Londres y a rétabli nos
affaires, parce qu'il suit la mode an-
glaise. Depuis Félix Faure, dont il a
renoué sur ce point la tradition, c'est le
premier chef d'Etat. français qui porte
guêtres et monocle. Les deux cariatides
les plus solides de l'Entente cordiale
sont le torse nu de Carpentier et l'aca-
.demie élégamment vêtue du Président
de la République. "<
Puérilité ? Peut-être. Mais puérilité
certaine que de ne pas en tenir compte
quand nous voyons nos amis anglais
prendre parti, contre leurs propres in-
térêts et ceux de l'ordre européen, en
faveur de l'Allemagne et de la Hongrie,
non seulement parce que Budapest co-
pie Westminster, mais aussi parce que
'les nobles magyars se font habiller à
Londres, ce qui leur permet, au sens
figuré du mot, de s'y faire blanchir.
̃
Ces considérations expliquent le revi-
rement de. la Grande-Bretagne elles
n'expliquent pas celui de la France.
Est-ce pour remercier la Hongrie d'avoir
fabriqué de faux billets de notre ban-
que nationale ? Pour punir la Rouma-
nie de s'être adressée chez nous pour
l'émission de son emprunt et d'avoir
ainsi encouru le ressentiment de Lon-
dres ? Pour apprendre à M. Titulesco à
ne plus aller voir M. Mussolini ?
Pour reconnaître les immenses ser-
vices rendus à la cause française
par l'actuel ministre des affaires
étrangères roumain, qui a été un
des principaux artisans de l'entrée en
guerre de son pays à nos côtés, qui, de-
puis, est resté fidèle à lui-même en col-
laborant toujours loyalement avec nous
et, en dernier lieu, en confiant les deux
grands postes vacants de Rome et de
Berlin à des amis éprouvés de la Fran-
ce, le prince Ghika et M. Gomnène ?
Est-ce parce qu'il a trop de falent et
que son éloquence pleine et brillante
fait paraître plus vide et plus défraî-
chie l'écœurante phraséologie qui, de-
puis la démission de M. Henry de Jou-
venel, est, parmi nos délégués, une rè-
gle sans exception. ? Si c'est une bataille
de vedettes, nous prions la « Ligue de
la paix de s'arranger pour que la paix
n'en fasse pas les frais.
Nous n'aurons pas la candeur de
rappeler les égards dus à un pays qui,
pendant les plus mauvais jours de Ver-
dun, a accroché trente divisions alle-
mandes, au prix d'une effroyable catas-
trophe, ni l'indomptable ténacité que les
paysans roumains puisaient dans le
sentiment de défendre leur ferre, grâce
précisément à cette réforme .agraire
qu'on s'ïffojjce aujourd'hui de torpiller.
Notre délégation, qui connaît d'autres
liens, a du moins l'indépendance du
cœur. Et ce sont là des valeurs morales
qui n'ont pas cours à la Bourse de Ge-
nève.
La Bourse de Genève ? Nous n'igno-
rons pas tout ce qui se chuchote sur la
toute-puissance du comité financier de
la S. D. Ni, sur le dépit qu'il a ressenti
lorsque l'emprunt roumain lui a échap-
pé, sur les espoirs éveillés par les pers-
pectives d'un autre «mprunt qui serait
ymr le Figaro des 14, 15 et 16 avril.
nécessaire pour payer la Hongrie si
celle-ci obtenait définitivement gain de
cause. Nous n'attachons aucune impor-
tance à ces insinuations. Certes, si on
l'examine bien à la lumière, on voit
transparaître dans le filigrane du pacte
l'image du Veau d'or. Mais il n'est pas
à Genève le dieu unique. Nous le re-
grettons, car le Veau d'or n'a pas de
patrie: et n'est pas nécessairement hos-
tile à la France, tandis que le véritable
Dieu de Genève, le Dieu allemand, a une
patrie qui s'oppose à la nôtre. C'est sur
son hôtel que notre délégation a sacri-
fié, avet nos alliés roumains, tous les
principes dont elle se réclame verbale-
ment.
Nous ne méconnaissons pas, dans son
attitude, la part de cette manie de
l'ajustement illusoire qui sévit à Genè-
ve, surtout parmi nos délégués, parle-
mentaires-avocats qui, par un double
réflexe professionnel, sacrifient les
principes aux solutions apparentes,
tandis que les diplomates ajournent les
solutions même réelles, si c'est néces-
saire pour maintenir les principes. Ce-
pendant, M. Briand; s'il lit les rapports
de ses agents, ne pouvait ignorer que la
S. D. N. n'obtiendrait pas une solution,
même au prix d'une palinodie, parce
que sa « scandaleuse » décision se heur-
terait, en Roumanie, au non possumus
de la conscience nationale et au veto
des impossibilités matérielles. Il ne pou-
vait ignorer non plus que si cette déci-
sion était exécutée, elle entraînerait sû-
rement la révolution, probablement la
guerre, et, en attendant, la dépossession
de cinq cent mille paysans au profit de
quelques féodaux hongrois. D'où cette
conclusion que la loi suprême de notre
diplomatie n'est ni la justice, ni la paix,
ni même la démocratie, mais la subor-
dination à l'Allemagne. Si, grâce à la
sage résistance de la Roumanie, le
Reich ne réussit pas entièrement son
coup, notre docilité lui aura permis de
trouver' une fois de plus à Genève un
dissolvant de nos alliances et un recons-
tituant des siennes.
̃̃- ̃>.
A moins que. On n'a pas assez re-
marqué que M. Ph. Berthelot a, pour la
première fois, accompagné M. Briand
à Genève. Cette nouveauté nous suggère
une explication plus réconfortante. M.
Ph. Berthelot n'a jamais caché son pro-
fond inépris pour la S." D. 'r^'Avec ce
martellement de la voix qui assène le
paradoxe et même la vérité sur le cçâiie
de l'interlocuteur, il a dû s'excuser au-
près de ses intimes en disant « Si
j'embrasse la S. D. N., c'est pour l'étouf-
fer. Avec son ardeur glaciale et son
nihilisme constructeur, il aura jugé que
le moment est venu de donner le coup
de grâce à l'institution en la faisant
succomber à ses propres excès, il
aura, dans sa serviette, gonflée de
dossiers, caché sa dague de misé-
ricorde.. Mais la Société des nations
ayant depuis longtemps renoncé à son
idéal, son âme a quitté son corps, ce qui
est la mort. La dague de M. Berthelot
était inutile, et s'il a fait le geste fati-
dique, il aura eu plus de mérite à em-
brasser ce cadavre que de peine à
l'étouffer. Béni soit-il s'il a rendu visi-
ble aux yeux du monde le trépas moral
de la S. D. N. qui a péri, comme péris-
sent les institutions, par la corruption
de ses principes.
da traversée de rfltlanti^tje
Au secours du « Bremen »
L'avion, le Montcalm, envoyé par le
gouvernement canadien au secours de
l'équipage du Bremen a atterri dimanche
soir, entre 17 et 18 heures, dans l'île de
Greenly, venant de Seven Islands.
Le contact est donc repris avec les in-
trépides aviateurs allemands.
L'aviateur canadien Duke Schiller et
l'aviateur français Louis Cuisinier, qui ont
réussi, avec le Montcalm, à atterrir près
de Greenly-Island et à se rencontrer avec
les aviateurs du Bremen, ont reçu de
l'aviateur Koehl, le récit suivant
« Après avoir volé pendant trente heu-
res dans un vilain temps qui nous obligea
à nous tenir à très faible altitude, nous
rencontrâmes des conditions atmosphéri-
ques vraiment alarmantes le brouillard
épaississait à vue d'oeil, tandis qu'à me-
sure que nous approchions de la terre
notre boussole semblait se dérégler.
» Puis la neige et le grésil remplacèrent
le brouillard et c'était comme si toutes les
forces de la nature se fussent coalisées
pour faire du Bremen une nouvelle vic-
time de l'Atlantique.
» Nous comprenions que la tempête in-
fluait sur la direction prise par le Bremen,
et quoique nous fussions toujours décidés
à rempdrter la victoire, nous avions à peu
près perdu tout espoir, lorsqu'une terre,
que nous prîmes pour Terre-Neuve, se pré-
senta à nos regards. Bientôt nous com-
prîmes que nous survolions une terre dans
le voisinage du détroit de Belle-Isle, et
ayant aperçu un petit lac au centre d'une
île minuscule, nous décidâmes d'atterrir là.
» Le contact avec la terre fut plutôt
difficile et si nous en sommes sortis sains
et saufs, le train d'atterrissage et le gou-
vernail du Bremen, par contre, furent sé-
rieusement endommagés.
» Nous avons rencontré dans l'île des
gens très aimables qui mirent aussitôt à
notre disposition tout ce qu'ils possédaient
pour nous permettre de prendre du repos
et d'essayer de réparer notre appareil. A
l'heure actuelle, les réparations néces-
saires sont presque terminées. »_
Le Cartel et la Paix
Ulysse.
-luit jours avant les élections;
es survivants du Cartel osent
_u__u_- 1_ .J:
< mvutjuci icuts ucguuttu.iutia ur-
plomatiques et le souvenir de la Confé-
rence de Londres. C'est une imprudence
qui serait incompréhensible, s'ils n'avaient
dû renoncer à parler des finances publi-
ques. Jusqu'à ces derniers temps, ils
avaient soin de se borner à un éloge vague
de leur politique extérieure, et ils s'éten-
daient sur les mérites de leur plan contre
le capital. Il faut croire que cette campa-
gne n'a pas réussi auprès des électeurs. Le
Cartel n'a plus d'autre ressource que de
célébrer ses efforts pour la paix.
Mais il procède avec une inconscience
qui ne tient plus aucun compte des faits ni
des dates. Dans un récent discours pro-
noncé à Lyon, M. Herriot a fait étalage
de cette sentimentalité diffuse et barbare
dont il enveloppe ses méfaits. II a eu la
hardiesse de citer l'entrevue de Chequers
et la Conférence de Londres, comme les
modèles d'une diplomatie nouvelle. Ces
deux événements resteront dans l'Histoire
comme des exemples d'une maladresse cou-
pable. Un ministre peut avoir été malheu-
reux et se trouver responsable de fautes
lourdes qu'il regrette M. Herriot s'en*
vante comme d'un exploit.
Il était plus modeste dans la séance sé-
natoriale du mois d'août 1924, lorsqu'il il
revenait de Londres chargé du poids de
ses erreurs et qu'il devait s'en expliquer.
Il savait alors quels reproches il méritait.
Quatre mois avant les élections, à la fin de
décembre 1923, il avait dit à la Chambre
qu'il n'était pas partisan de l'évacuation
immédiate de la Ruhr. Bien plus le
12 juillet 1924, avant de partir pour Lon-
dres, il avait dit au Sénat que la question
de l'évacuation de la Ruhr ne serait pas
posée. Et quand il revint quelques semai-
nes plus tard, M. Herriot avait tout aban-
donné. Il avait tout abandonné sans se
préoccuper de rien, sans rien prévoir du
placement des obligations, sans maintenir
le lien entre l'évacuation et le problème des
dettes, sans même se préoccuper du futur
traité commercial avec l'Allemagne
Rien ne pouvait expliquer cette politi-
que injustifiable. M. Mac Donald lui-
même avait accepté qu'on examinât les
questions apparentées des réparations et
des dettes interalliées. Le. gouvernement
anglais et le gouvernement allemand s'at-
tendaient à ce que l'évacuation de la Ruhr
eût lieu quand le système des garanties
aurait été mis effectivement en vigueur.
M. Herriot était averti. Mais la politique
du Cartel voulait une manifestation en fa-
veur de l'Allemagne, qui devait être sui-
vie d'une manifestation en faveur de la
reconnaissance des Soviets. Et la France
devait faire les frais de l'une et de l'autre.
« L'échafaudage de Londres, disait au
Sénat M. Poincaré en août 1924, repose
sur un sol mouvant. » Voilà de quoi le
Cartel ose se glorifier. ANDRÉ CHAU-
MEIX.
AU JOUR L.-JE JOUR
ha revanche d'Armande
C'était une fille charmante que la fille aînée
du prosaïque Chrysale elle avait, outre la
beauté, du goût, de la lecture, l'âme stoïque, et
mille curiosités d'esprit. Mais parce qu'elle était
furieusement jalouse de son indépendance, elle
dédaignait' le mariage et, non sans xaisony
Molière fit rire d'elle.
Cette pauvre Armande était née trop tôt.
Son époque, enfin, est venue. Armande, aujour-
d'hui, n'apparaît ridicule à personne. Dès l'âge
de douze ans, elle va seule, l'œil aux aguets,
le cartable à !a main, elle fréquente le lycée,
puis les diverses Facultés; elle « fait », comme
on dit, des lettres, des sciences, ou du droit
même, elle est devenue si menaçante dans l'Uni-
versité pour les professeurs de l'autre sexe, que
ceux-ci, dans l'un de leurs congrès, viennent
de voter une motion interdisant aux femmes
l'accès de la Société des agrégés!
Alerte! écrit l'un d'entre eux dans le rapport
belliqueux et persuasif qui emporta le vote
alerte! « Les professeurs dames, détentrices ex-
clusives des chaires féminines, s'attaquent main-
tenant aux établissements masculins. Dans quel-
ques années, si nous ne réagissons pas, elles
auront supplanté les hommes. Non, certes, qu'il
faille voir là le signe d'une supériorité féminine
quelconque, mais parce que, en vertu d'un phé-
nomène universel, les hommes se détournent
des carrières vers lesquelles les femmes se por-
tent en masse, et qu'elles contribuent ainsi à
avilir, au sens commercial du mot, en se con-
tentant d'une moindre rémunération. »
On ne raille plus Armande. On l'admire et
on la redoute. C'est sincèrement, n'est-ce pas?
qu'elle se moque de Clitandre puisqu'elle peut
se passer de lui. Elle sera « députée », acadé-
micienne, ministre, quoi encore ? Elle marché
dans la vie avec la tranquille assurance de l'être
qui ne dépend plus que de soi; elle dédaigne
d'égarer son regars vers
Un idole d'époux et des vutrmots d'enfants.
Ah! comme elle a pris sa revanche! Il est
une question, pourtant, qu'un indiscret ami s'est
permis de lui poser l'autre soir, comme, vers
l'heure du crépuscule, elle regagnait son appar-
tement solitaire
Armande est-elle heureuse? Mais là, vrai-
ment, ce qui s'appelle heureuse?
Armande n'a pas répondu; et l'indiscret pré-
tend que, dans l'ombre, il a perçu le bruit
étouffé d'un soupir.
Maurice Levaillant.
LA CAMPAGNE ELECTORALE
.i.
Soutiens inexistants
1 Il
Nous causions dernièrement ̃ des élec-
tions prochaines avec un petit commerçant
d'un paisible village de Seine-et-Oisc. C'est
un parfait honnête homme, laborieux, bon
père de famille, intelligent, mais plus occu-
pé, assurément, de ses affaires, qui se res-
sentent de la crise économique, que des mé-
rites respectifs des divers partis politiques.
En somme, un Français comme beaucoup
d'autres, surtout absorbé par sa maison, sa
famille, son travail, aimant sa liberté, dé-
testant les impôts et, plus encore, les in-
discrètes curiosités fiscales sur son chiffre
d'affaires et à qui les élections apportent,
périodiquement, l'obligation singulière de
se faire une opinion sur la valeur et les ré-
percussions des idées politiques des divers
candidats qui sollicitent son suffrage
Et ce petit commerçant, désireux de bien
remplir son devoir d'électeur et, pour cela,
de compléter son instruction politique qu'il
sentait un peu vague et sommaire, nous de-
mandait textuellement « Qu'est-ce que
c'est, en somme, que ces radicaux-socialis-
tes '? Il paraît que ce sont des gens très
forts et que c'est grâce à eux que M. Poin-
caré a réussi à sauver le franc ? On dit
même que s'il les avait écoutés davantage,
on paierait aujourd'hui moins d'impôts ? »
Certes, il faut qu'ils soient très forts,
avons-nous répliqué, pour avoir réussi à
vous donner une opinion si avantageuse
d'eux-mêmes, après toutes les fautes désas-
treuses qu'ils ont accumulées Nous avons
alors essayé de montrer à ce brave homme
combien son appréciation du rôle des radi-
caux-socialistes était loin de la réalité.
Nous lui avons rappelé les résultats des
élections du 11 mai donnant au Cartel une
irrésistible majorité et le cri de triomphe
de leur porte-parole officieux exigeant
pour eux « Toutes les places, tout de
suite »
Toutes les places ? C'était d'abord la pré-
sidence de la République, d'où le Cartel
victorieux chassait M. Millerand, par un
véritable coup de force, violant la Constitu-
tion c'était la présidence du Conseil dont
M. Poincaré s'empressait de démissionner
et où, bientôt, s'installait triomphalement
M. Herriot, avec toute sa bande de minis-
tres cartellistes, s'abattant sur les divers
portefeuilles comme un vol de sauterelles
sur les moissons c'était la présidence de
la Chambre, où l'on élisait ce pauvre M.
Painlevé, si peu fait pour ces fonctions
c'était la présidence de la Commission des
finances, où l'on mettait le socialiste Vin-
cent Auriol, puis le condamné de la Haute
Cour, M. Malvy c'était la présidence de
toutes lçs..g,9;nnjiss)ipjisiiïiportantes, où l'on
installait des créatures du Cartel c'était
le gouvernement général de l'Algérie, avec
M. Viollette celui de l'Indochine, avec
M. Varenne la Syrie, avec le général Sar-
rail c'était tout, enfin, absolument tout, li-
vré à la discrétion si l'on peut dire
des radicaux-socialistes triomphants,pleins
d'insolente assurance et de morgue mépri-
sante.
Et puis deux ans passent, sous ce règne
discrétionnaire du Cartel, qui, sûr de sa
majorité, fait ce qu'il veut, gouverne
comme il l'entend. Et la livre, en deux ans,
monte de 67 francs, cours du 11 mai 1924,
à 248 francs, cours du 23 juillet 1926. En
deux ans, les caisses sont vidées, malgré le
maintien du double décime que le Cartel
avait promis de supprimer les caisses
sont vidées, malgré les 17 milliards d'in-
flation occulte, faits sur l'ordre de M. Her-
riot qui jurait à la tribune de ne jamais re-
courir à l'inflation En deux ans, on a la
guerre au Maroc et en Syrie, alors qu'on de-
vait faire régner la paix universelle 1
Les capitaux menacés émigrent à l'étran-
ger, en dépit des sanctions les plus rigou-
reuses la rente française tombe à des
cours désastreux, consommant la ruine des
petits porteurs La politique sectaire,'en-
fin, du Cartel, menace d'aliéner à la France
le cœur de l'Alsace et de la Lorraine re-
conquises, qui tiennent à leurs libertés re-
ligieuses.
Voilà le bilan véritable de deux ans de
gestion radicale-socialiste, toute-puissante,
commencée par un ministère Herriot plein
d'outrecuidance, et qui s'achève, symboli-
quement, vingt-six mois plus tard, par un
nouveau ministère Herriot, complètement
désemparé, qui tombe dans un discrédit
total, sous les huées cinglantes de la foule
ameutée
Et ce sont ces gens-là qui se donnent
aujourd'hui pour «très forts» et qui pré-
tendent s'attribuer le mérite du redresse-
ment financier de M. Poincaré ? Soyons
sérieux. Un peu de bon sens suffit à faire
justice de leurs allégations audacieuses.
Car s'ils ont exigé, au lendemain de leur
victoire du 11 mai, la place de M. Poin-
caré, c'est évidemment que celui-ci n'était
pas leur homme. Et, de fait, ils ont usé,
en vingt-six mois, de très nombreux mi-
nistres des finances sans consentir à Je
rappeler. S'ils ont dû, finalement, l'accep-
ter en juillet 1926, c'est qu'ils y étaient
littéralement acculés, pour se sauver eux-
mêmes des conséquences désastreuses de
leurs propres fautes, et que l'opinion le
leur imposait. M. Herriot lui-même a con-
venu qu'il ne pouvait pas faire autrement,
dans l'intérêt même de son parti. Qu'ils
n'essayent donc pas de nous donner le
change
Quant à la collaboration loyale dont ils
se targuent, comme d'un titre à notre gra-
titude, là encore ils exagèrent singulière-
ment leurs mérites. La vérité c'est que leur
soutien « intermittent », pour reprendre
le qualificatif même que lui a donné M.
Poincaré, a entravé l'action du ministre
des finances beaucoup plus qu'il ne l'a
servie.
Lorsqu'ils ont refusé, par exemple, mal-
gré les objurgations pressantes de M. Poin-
caré, de voter la cession du monopole des
allumettes, ils ont nettement desservi l'œu-
vre de restauration financière et ils ont,
par esprit de parti, privé Je Trésor d'une
ressource importante à laquelle il a fallu
pourvoir par d'autres moyens, plus oné-
reux pour le contribuable.
De même, c'est à cause d'eux et de l'in-
vincible défiance qu'ils inspirent à l'épar-
gne que M. Poincaré a jugé nécessaire de
supprimer les bons à court terme, pour-
tant si pratiques et qui évitaient la thésau-
risation des billets. Mais cette consolida-
tion, en entraînant un intérêt plus élevé, a
augmenté d'autant les charges du budget.
En somme, c'est à la confiance qu'inspi-
rait personnellement M. Poincaré qu'est
dû le succès de sa politique. Mais cette
confiance a pu agir, malgré les radicaux-
socialistes, provisoirement assagis, bien
plutôt que grâce à eux. Voilà la vérité sur
leur rôle au cours de la dernière législa-
ture. Ils n'ont pas sujet, vraiment, d'en
être fiers. Et l'électeur sera bien inspiré
de s'en souvenir, s'il veut épargner de-
main, à la France encore meurtrie, de nou-
velles et plus graves mésaventures.
Jacques Ditte.
ncmos
La Température
Vents modérés.
Ciel nuageux avec éclaircies, giboulées et
ondées: ̃ *̃
Symbole.
A Lion-en-Sullias, dans le Loitet, un
candidat vient d'envoyer à chacun des
quatre cents électeurs dont il brigue les
suffrages une magnifique andouille,
spécialité d'une localité voisine, et qui
fera la joie des tables familiales.
Les paysans, finauds et alléchés, chu-
chotent néanmoins dans ce pays que
quatre cents andouilles n'ont jamais
fait un député.
La vodka et le budget soviétique.
Le revenu le plus important et le plus
sûr de l'Etat soviétique est constitué
par le monopole de l'alcool.. Dans le
budget établi par Brinkhanoff pour
1928, le produit de la vente de la vodka
figure, en effet, pour 500 millions de
roubles (environ G milliards de francs).
On comprend le peu de succès obtenu
par les délégués provinciaux au « Par-
lement » rouge lorsqu'ils demandent la
fermeture de quelques débits de boisson
ou parlent de lutter contre l'alcoolisme.
D'après la Prauda du 10 avril, la So-
ciété coopérative de l'Oural fournit à
ses adhérents une quantité d'alcool qui
correspond à 18 p. 100 du total des sa;
laires payés dans la région et, dans un
quartier ouvrier de Petrograd, la con-
sommation de vodka atteint 200 bou-
teilles par tête et par an.
Un vrai paradis, vous dis-je.
» » »
« A moi, Auvergne ».
Les voix communistes ne suffisent
pas, paraît-il, à M. Albert Fournier,
pour être élu dans le onzième arrondis-
sement.
Se souvenant de ses origines auver-
gnates, l'apôtre de la faucille et du mar-
teau moscovites est allé trouver le di-
recteur de l'Auvergnat de Paris pour lui
recommander sa candidature « Mon
père, lui a-t-il dit, est né à Vertaizon et
ma mère à Pionsat. »
Ce thuriféraire de Lénine, qui habi-
tuellement nie la patrie, met quelque
confiance, on le voit, dans la petite pa-
trie. Mais si cet «A moi, Auvergne » a
électoral n'a pas d'écho, le bouillant ré-
volutionnaire qui joue ainsi de ses ori-
gines nous parlera peut-être de ses sou-
venirs de jeunesse et des bancs du ly-
cée Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand,
où il préparait jadis Saint-Cyr.
On était alors respectueux des tradi-
tions, dans la famille Fournier. Le
grand-père avait servi dans l'armée, et
le père n'était-il pas ancien capitaine
de la garde républicaine ?
Et ce n'est pas dans la plaisante pro-
priété de Billom, où le père s'était retiré
et où le fils venait passer ses vacances,
qu'il aurait fallu insulter l'armée et le
drapeau.
INSTANTANÉ
JULES PERQUEL
Directeur du « Capital »
Ses conséquences de la sfabilisation
Ce n'est pas sans une certaine anxiété que
le pays attend la grande mesure qui consacrera
le rétablissement financier. Industriels, com-
merçants, rentiers, porteurs de titres se deman-
dent quelles seront les répercussions de la ré-
forme monétaire sur leurs affaires, sur leurs
créances, sur les mouvements boursiers. C'est
précisément l'étude à laquelle s'est livré
M. Jules Perquel. Les conclusions auxquelles
il aboutit peuvent être considérées comme fai-
sant autorité, eu égard à sa connaissance des
questions financières et à sa remarquable docu-
mentation.
Le maître-fourreur Henri Vergne,
toujours soucieux d'être à l'avant-garde
du progrès, inaugure, à partir du
10 avril, une nouvelle méthode de vente
directe du producteur au consomma-
teur. En allant lui rendre visite dans
son magasin, 18, rue Royale, chacun
pourra se rendre compte que grâce à
cette méthode il est devenu le fourreur
le meilleur marché de Paris.
-r.
Papa a son tailleur Maman a son
bottier Bébé, maintenant, a son cou-
turier C'est une joie pour les specta-
teurs et les spectatrices du « Petit Mon-
de » d'assister tous les jeudis au défilé
des nouveaux modèles d'été que présen-
te avec un souci d'art sans cesse renou-
velé la Maison Giraud, 4, rue de Gasti-
glione, le grand couturier de l'enfance.
Le Masque de Fer.
1A POLITIQUE
C'est inadmissible
M. Painlevé, en ce moment, ne trouve
pas qu'on exagère le péril communiste il
est aux prises, avec "lui, dans la bataille
électorale, là-bas, loin du Quartier, dans
l'Ain. Et sans doute, constatant chaque
jour à ses dépens cette infiltration bolche-
viste dans les campagnes que le Figaro a
dénoncée depuis plusieurs semaines s'éton-
ne-t-il de voir proclamer par les journaux
de gauche que le danger communiste n'est
qu'un chantage de la droite. Comme notre
confrère Lucain, qui est allé le voir à Nan-
tua dans l'exercice de son métier de candi-
dat, lui posait avant-hier au cours d'une
conversation cette question « Laissera-
l-on librement, publiquement et sans répit
insulter notre armée et ses chefs ?
« C'est inadmissible », répondit tristement
l'ancien président du Conseil qui, de-
puis quatre ans, aurait pu, s'il avait voulu,
se faire donner des armes contre la IIP In-
ternationale. Pourquoi cet « inadmissi-
ble » l'a-t-il donc si longtemps admis, et
que nous font, en somme les soupirs de
M. Painlevé. La tristesse est une attitude
de poète, non de chef agissant.
M. Painlevé, du moins, en est à la mélan-
colie M. Herriot, lui, s'il a renoncé à
la rigolade de M. François Albert, en est
encore, au ravissement d'avoir « uni tous
les républicains dans le cortège » qui con-
duisit Jaurès au Panthéon Cette première
mobilisation du communisme, ce premier
défilé officiel de drapeaux rouges à Paris,
M. Painlevé les avait-il trouvés inadmissi-
bles ? Point réactionnaire alors quicon-
que n'applaudissait. Résultat dimanche
à l'heure même où M. Herriot, d'après
les dépêches amies, ramenait l'histoire di-
plomatique du Cartel à l'humour et à la fa-
miliarité et se laissait aller à l'émotion de
ses souvenirs du temps de Krassine, au
Pré-Saint-Gervais, vingt-deux agents étaient
blessés par les communistes. Quelle atteinte
la police avait-elle donc portée aux droits
des gens de Moscou ? Elle avait invité les
manifestants à abandonner des pancartes
injurieuses pour le chef de l'Etat et les
chefs du gouvernement et à replier une
banderole de provocation à la guerre ci-
vile. Alors, comme dit l'Humanité, « les
prolétaires ont réagi vigoureusement »
à coups de pavés. Et, tout heureux de ce
succès, le journal bolcheviste, hier, procla-
mait, chantant victoire: «Notre parti est
dans la bonne voie. Sans un instant de ré-
pit, il doit continuer son action: à l'usine,
au chantier, sur les bateaux, à l'armée »!
Lutte impitoyable. Classe contre classe 1
Tout cela est inadmissible, va décla-
rer encore M. Painlevé. Il sera de plus en
plus triste. Est-ce suffisant ?
Henri Vonoven..
L'hommage de Paris
à Costes et à Le Brix
C'était hier le dernier jour des récep-
tions officielles organisées en l'honneur de
Costes et de Le Brix. Le matin, M. Boka-
nowski leur offrait un déjeuner intime au
ministère du commerce, l'après-midi, le
Conseil municipal de Paris leur rendait un
solennel hommage à l'Hôtel de Ville. Mais
cela ne signifie pas qu'ils pourront dès
demain, en toute tranquillité, goûter aux
joies du repos en famille. Une foule de
réceptions particulières sont prévues. Et
leur temps est chronométré. jusqu'au mois
de mai où Mme la comtesse de Galard, pré-
sidente de la Croix-Rouge française (A.D.
F.), mettra le point final aux cérémonies
en organisant une fête à l'Union Interal-
liée.
Au ministère élu Commerce `
MU. Albert Sarraut, Léon Perrier,
Bouju, Chiappe, le colonel Denain, de la
maison militaire du président de la Répu-
blique, MM. Grignon et Ribière, chef et
chef-adjoint du cabinet du président du
Conseil, Fortani, directeur, et Lerou, di-
recteur-adjoint de l'aéronautique, le géné-
ral Pujo, directeur de l'aéronautique au
ministère de la guerre, l'amiral Frochot,
directeur de l'aéronautique au ministère de
la marine, MM. Charmeil et Lainel, chef et
chef-adjoint du cabinet du ministère du
commerce, L. et J. Bréguet, Lacoste, l'in-
génieur Birkigt, MM. Lioré et Watteau, et
M. Gaston Menier, président du groupe de
l'aviation au Sénatr assistaient au déjeuner
offert par M. Bokanowski, en l'hôtel parti-
culier du ministère, tout pavoisé de dra-
peaux.
Le repas fut cordial et les épisodes du
raid fournirent généralement le thème con-
versations. Costes et Le Brix, placés res-
pectivement à droite et à gauche du minis-
tre, racontèrent avec verve des anecdotes
du voyage qui leur a fourni d'inoubliables
souvenirs. Au dessert, M. Bokanowski pro-
nonça une courte allocution.
Et puis ce fut, dans les saloiis du minis.
tère, la présentation des deux aviateurs
aux quatre cents invités du ministre. Avec
bonne grâce, ils ont fait le tour des salons,
salué, serré les mains.
Dehors, malgré les giboulées, de nom-
breux curieux attendaient la fin de la ré-
ception et le départ des aviateurs pour
l'Hôtel de Ville.
A trois heures, leur auto s'avance. Salués
par une acclamation formidable, ils s'éloi-
gnent tandis que des enfants, quelques ins-
tants, courent derrière la voiture qui dis-
paraît dans la rue de Grenelle.
A l'Hôtel de Ville
Les héroïques aviateurs sont arrivés a
l'Hôtel de Ville plus d'un quart d'heure 3
l'avance sur l'horaire fixé.
Les terre-pleins de la vaste place étaient?
noirs de monde. La foule était docile. EHé
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