Titre : Figaro : journal non politique
Éditeur : Figaro (Paris)
Date d'édition : 1901-10-26
Contributeur : Villemessant, Hippolyte de (1810-1879). Directeur de publication
Contributeur : Jouvin, Benoît (1810-1886). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 26 octobre 1901 26 octobre 1901
Description : 1901/10/26 (Numéro 299). 1901/10/26 (Numéro 299).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Description : Collection numérique : France-Brésil Collection numérique : France-Brésil
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k285671b
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
1 1,
47* Année = 3e Série = H° 299
Samedi 26 Octo bre 1901
LeMumérô– SEINE S^mNE-ET-OîSE 15 centimes = DEPARTEMENTS 20 centimes
A. PERIVIER
Directeur- gérant
LIGNES TÉLÉPHONIQUES
̃ 3xr« ]
1
1OS-46
| 1OS-47
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FIGARO-PARIS
HOTEL DU FIGARO
PARIS, 26, rue Drouot
H. DE VILLEMESSANT
Fondateur
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Seine, Seine-et-Oise.. |5rr » 30Fr » 60rr »
Départements. 1 8 75 37 50 75 »
Union Posiale. 21 50 43 » 88 »
On s'abonne `
1 Dans tous les Bureaux de Poste
Un homme
f' trop heureux
Un cas bien original :-il est en ce mo-
.ment dans Paris un homme trop heu-
reux.
Il n"a rien demandé et on désire
pour lui: s'il a des adversaires, comme
son mérite l'exige, eux-mêmes lui arron-
dissent les angles; quand autour des
hommes 'et des choses un usage antique
veut que la discussion, la cabale, la ca-
lomnie aillent leur train, une seule voix
'le désigne et le porte. Et à l'instant où
tout ainsi s'accorde, pour l'inviter à re-
garder plus haut, il peut s'offrir le luxe
dé se déclarer, presque avec sincérité,
fort bien ma foi là où il est, satisfait de
son sort directorial, et peu pressé d'en
changer! Si bien, que, fût-elle lointaine,
.cette éventualité d'une chance nouvelle,
'tombant à l'improviste au milieu de la
tranquille jouissance de vœux déjà com-
'blés, constitue pour lui comme une tuile
d'espèce tout à fait extraordinaire, et
rare dans la tuilerie qui fournit la plu-
part des destinées, une véritable tuile de
.bonheur. '1
Mais, qu'il le souhaite ou non, après
le Centenaire de Hugo ou avant, avant la
Sainte Thérèse de M. Catulle Mendès ou
après, quelque matin, on ne sait quand
ni comme, M. Albert Carré, d'un pas
sûr, arrivera au Théâtre-Français.
1 -Inutile d'être grand clerc en la matière,
ou clerc seulement comme Fortunio,
pour le comprendre et le prédire. Des cir-
constances, de mille bruits, de certain
découragement qui serait bien naturel
d'ailleurs, se dégage comme une sen-
sation de vacance possible, et c'est la
silhouette de Carré qu'on voit filer, en
'virtuelle image, entre les colonnes de la
Comédie, s'arrêter au kiosque du coin,
dans la sonnerie de tous les omnibus de
la place, et se perdre ensuite dans la so-
lennité de l'escalier rempli de vieux por-
traits.
Tu Marcellus eris! avec le même huis-
sier dans l'antichambre que Claretie. Et
si .M. Penrùvde florissante mémoire ar-
'tistique, astronomique, ô.Croizette et
Sarah et industrielle aussi, avant d'at-
.teindre à la Comédie avait passé par
l'Opéra, M. Albert Carré, pour avoir fait
à rOpëra-Gomique son stage dans la
subvention, n'en aura pas moins de faste
littéraire et d'éclat parisien.
Il a des qualités depuis longtemps clas-
;sées, et la compétence chez lui n'est pas
d'occasion.
Metteur en scène épris d'espace et
pourtant de détails, si après des années
d'espagnolerie conventionnelle, il s'est
plu un soir à nous planter cette Carmen
-r- que d'ailleurs Delna fait blonde
'dans un peu plus d'Espagne vraie, il sait
aussi habiller somptueusement un pur
rêve. S'il a assez de jeunesse pour con-
̃naitre encore la force d'admirer, de, ses
admirations i] est administrateur excel-
lent, et elles vont du passé le plus tradi-
tionnel aux plus indépendantes promes-
ses de l'avenir.
Là, où le vieil amateur de théâtre, qui,
comme tous les fervents, ne se pique pas
toujours d'êtrejuste,annonce que bientôt
il n'y aura plus de répertoire, plus d'en-
semble, plus de clientèle, mais seule-
ment un assez joli raccourci de Républi-
que-Pétaud, se ferait sentir une main.
Elle n'est pas prompte, paraît-il, aux ca-
maraderies et dans la maison même où
fleurit le geste de Célimène et la béné-
diction dePhilinte,ellerisqueraitde sur-
prendre plus d'une fois, dit-on, par l'au-
torité de ses muscles. Mais peut-être,
précisément, n'est-ce pas là un désavan-
tage. Et de cette poigne, qui résiste à
dévenir banale poignée de mains, l'effet
là non plus ne messiérait pas, j'imagine.
L'éminent administrateur du Théâtre-
Français faisait don naguère, au musée
Carnavalet, de la capote de mobile qu'il
portait pendant ce siège dont il a tracé
magistralement les tableaux avec M.
Albert Carré entrerait dans le sanctuaire
quelque chose d'une action plus contem-
poraine et immédiate, de ces grandes
manœuvres auxquelles hier même il pre-
nait part; et si c'est une chose d'un mo-
dernisme bien imprévu, que de voir Mo-
lière sous la garde d'un commandant de
réserve, dont l'esprit est martial comme
la moustache, à plus d'un ne semblera 1
pas déplaisant du tout un petit air d'ha- I
bituelle et méthodique combativité.
Mais M. Albert Carré fut comédien.
S'il arrivait à cette heure, ne serait-ce
pas comme pour faire échec à une fa-
mille à laquelle il appartint et dont il
est difficile qu'il puisse méconnaître les
sentiments et les titres ? Précédé de tout
le tapage qu'a fait en disparaissant le
Comité de lecture, pourrait-il, lui, se
donner des façons d'ignorer ce,qui dans
la protestation des sociétaires peut sem-
bler solide et s'explique ? '?
A ce propos, il me souvient d'une
bonne et longue causerie, d'il y a
quelques années, à Aix-les-Bains, un
soir, dans le jardin paisible et doux d'une
petite villa; il y avait là mes amis An-
dré Messager et Albert Delpit; c'était,
après les incidents que remua au Théâ-
tre-Français la Grosse Fortune d'Henri
Meilhac; le procès du comité de lecture
était déjà entrepris; et, alors directeur
du Vaudeville, Albert Carré s'écria
Ce qui, pour moi est déplorable
par-dessus tout, c'est la publicité donnée
aux séances de ce Comité. L'humiliation
ne consiste pas à lire à des comédiens
elle réside dans le fait de la divulgation,
de" l'annonce publique qu'on a lu, et de-
vant une si solennelle assemblée.
» Se voir refuser une pièce dans le ca-
binet d'un directeur, en tête-à-tête,
là bien gentiment et intimement, ce
n'est rien, c'est un accident que les plus
applaudis ont essuyé, et même galam-
ment subi.
» L'ours se plaît au silence. C'est le
fracas préalable qui gâte tout. Il en est
des pièces à faire recevoir comme des
duels moins d'ostentation et de bruit,
et les choses le plus souvent s'arrange-
n~inni T.n J.1"l"fn,n.f'O"rU'I'L'I"l"Il"\nTl.a' no~~
raient. La blessure d'amour-propre, cela
n'existe que dans la proportion où ça se
sait.
«Mais, àsupposer que quelques grands
écrivains, des maîtres reconnus, éprou-
vent comme une diminution vis-à-vis
d'eux-mêmes à solliciter l'avis de leurs
interprètes, pour ceux-là, qui seuls peu-
vent seplaindre et auraient des droits à
la susceptibilité, pourquoi n'établirait-on
pas une catégorie qui correspondrait au
« hors concours » de la Société des ar-
tistes ?
» Cet H. C. s'obtiendrait par la qualité
d'académicien, par un total d'œuvres
déjà représentées, par un succès qui au-
rait atteint tel .degré à/ fixer. Ainsi se-
raient affranchis d'une formalité pres-
que toujours vaine, et seulement déso-
bligeante, ceux qui ont réellement quel-
que raison de se trouver supérieurs.
» Au surplus, j'aperçois assez bien un
Comité de lecture fonctionnant ainsi la
collectivité, mais avec un directeur qui
aurait un droit personnel de commander
des pièces, et surtout un droit de veto.
Ce veto suspendrait, par exemple, la dé-
cision du Comité pendant six mois; il
serait renouvelable six mois après
après une année, si le Comité mainte-
nait son opinion, eh bien, messieurs les
associés, à vos risques et périls 1
» Ce veto serait d'un grand bénéfice, en
dépifdc toutes les chansons à faire sur
un administrateur de théâtre qui chausse
les souliers d'un roi: D'un seul mot, ce se-
rait parer aux coups de tête, aux embal-
lements comme aux petites manœuvres,
et dans toute cette cuisine à: étonner
l'ombre de la bonne Laforét, cela met-
trait un grain de sagesse. »
Tout un programme, qui s'en allait
vers les frises d'un ciel très bleu.
M. Albert Carré pense-t-il aujourd'hui
comme hier? N'a-t-il pas semé en route
de ses idées? Ceux qui le connaissent
savent que ses boutades mêmes se mû-
rissent de réflexion et qu'il n'est point
le dilettante des théories successives.
Aussi bien, s'il appliquait ces propos à
la situation nouvelle, si comme une sorte
de don de joyeux avènement il allait, le
cas échéant, faire valoir ces points de
vue particuliers, cela ferait peut-être
quelque sensation, et l'accommodement
ne manquerait sans doute ni d'élégance
ni d'efficacité.
Pour le Parisien averti, il n'y aurait
encore, à vrai dire, rien là de très éton-
nant ce qui paraissait le plus inadmissi-
ble avec l'un, sous la baguette d'un au-
tre peut devenir incontinent parfait;
rien n'est propice comme les plus reten-
tissantes réformes, à l'art conservateur
de recoudre dans l'ancien, et il n'est de
nouveauté que dans la façon dont on s'y
prend. pour recommencer. M. Albert
Carré assurément saura s'y prendre.
Mais ce serait tout de même un joli
cadeau de sa bonne marraine la Fée, si
le hasard n'avait manigancé cette révo-
lution d'hier que pour lui permettre à
lui, de démontrer comment on pouvait
l'éviter. Et s'il n'assistait pas au souper
des Variétés où s'est célébré la centième
de la Veine, de cette Veine qui lui sourit
au point de l'embarrasser, c'est un in-
grat I Alexandre Hepp.
LA POLITIQUE
LES SUITES DE LA GRÈVE
Les énergumènes socialistes préten-
dent épouvanter la nation par la me-
nace, indéfiniment suspendue, de la,
grève générale des mineurs. On leur a
répondu par les' seuls arguments qui
puissent les toucher des préparatifs mi-
litaires. Ils ont reculé.
Nous avons donc un peu de loisir pour
examiner, à la lumière des chiffres, la
valeur des menaces dirigées contre le
pays par les fauteurs d'insurrection.
C'est un dicton que le charbon est le
pain de l'industrie.
En arrêtant l'extraction dans toutes les
mines françaises, les partisans de la
grève générale s'imaginent qu'ils vont,
du jour au lendemain, affamer la classe
capitaliste. Plus de charbon, plus de
chaudières, plus d'usines, plus de pa-
trons 1 f
Est-ce vrai ? `?
Nous empruntons les chiffres qui sui-
vent à une consciencieuse étude de M.
Edmond Théry dans l'Economiste euro-
péen.
Vienne ,une grève générale, les che-
mins de fer français ne s'arrêteraient
pas. Leur stock actuel de charbon est
suffisant, au moins pour deux mois
d'exploitation intensive.
Les moyens de transport ne manque-
ront donc pas pour importer de l'étran-
ger la houille nécessaire à la consomma-
tion ménagère et industrielle de notre
pays. Les précautions sont prises 'dans
tous les ports afin de faciliter le débar-
quement des charbons anglais et améri-
cains.
La production étrangère est-elle capa-
ble de suppléer à l'arrêt de notre produc-
tion nationale?
Les pays houillers produisent men-
suellement 50 millions de tonnes. La
France consomme par mois environ
3,700,000 tonnes, soit un treizième de la
production totale étrangère. Nos indus-
tries trouveraient donc aisément à s'ali-
menter|iu dehors. D'ailleurs, même en
temps normal, la France est obligée
d'importer presque le tiers de la houille
nécessaire à sa consommation.
Quel serait alors l'effet immédiat et
unique d'une grève générale de nos'
mines?
Un renchérissement sensible du
prix du charbon, d'où
l°Bénéfices pour les producteurs étran-
gers
2° Perte proportionnelle pour l'indus-
trie française, réduction de salaires et
chômages pour tous nos ouvriers, en
même temps élévation générale du prix
des produits manufacturés
3° Le charbon ménager devenu une
denrée chère, et à l'entrée de l'hiver
tous les pauvres gens condamnés à gre-
lotter, faute d'argent, devant des foyers
sans feu. Les riches seuls n'auront pas
froid et ne manqueront de rien
1 Henri des Houx. `
Echos
La Température
Hier matin encore, une aire de fortes pres-
sions s'étendait de la France à la Russie où
le baromètre se tenait à 772mm et il marquait à
Paris 765mm. Malgré cette hausse relative, une
pluie fine et persistante est tombée pendant
toute la journée sur notre capitale, formant
dans la rue des amas boueux des plus désa-
gréables, surtout pour la circulation des pié-
tons.
La température a baissé dans le sud du
continent; hier matin, à Paris, le thermo-
mètre était à 100 au-dessus de zéro vers sept
heures du matin et ne dépassait pas 130 dans
l'après-midi. Un temps plus frais, mais tou-
jours à ondées, est probable. Dans la soirée,
la baromètre restait à 764mm.
Les Courses
Al heure 30, courses à Auteuil.
Gagnants de Robert Milton
Prix des Chasseurs: Freneuse.,
Prix de Lormoy Governor.
Prix Beaurepdire Floridor II.
Prix d&Marly Pince Cœur.
Prix de laMasselière Chevauchée.
Prix Saïda Winnie.
À Travers Paris.
Du P. Dorgère, dont on vient d'inau-
gurer le monument à Sainte-Anne d'E-
yenos, près de Toulon, ce souvenir qu'un
jour, de son ton de modestie tranquilje,
il contait à un ami.
Behanzin, le roitelet nègre dont le Père
était prisonnier à Abomey, le fit un jour
amener, chargé de chaînes, dans la cour
de son palais, où se préparait un sacrifice
humain. Une centaine de Dahoméens
étaient là, attendant la mort. Parut Be-
hanzin, suivi des sacrificateurs. Et le
sang commença de couler. Plus de vingt
têtes avaient déjà roulé sur les dalles de
la cour, lorsque Behanzin, étonné de la
placidité du missionnaire, lui demanda
ce qu'il ressentait devant le rouge sa-
crifi0e. Et le P. Dorgère de répondre sim-
plement
Si tu fais tomber toutes ces têtes
avec l'espoir de faire entrer la peur dans
mon âme, tu te trompes grossièrement,
car aurais-je du sang jusqu'au cou que
ta cruauté ne me troublerait point da-
vantage. Tu perds donc inutilement ton
temps et le sang de ton peuple. Ceux qui
sont fidèles au Dieu que je sers n'ont pas
la frayeur de la mort.
Cette mâle réponse sauva le reste du
troupeau de noirs destinés au sacrifice.
Et Behanzin, vaincu par tant de courage,
arrêta l'immolation et rendit la liberté
au noble prisonnier.
Sur le cercueil du P. Dorgère, parmi
l'amoncellement des couronnes, on put
voir les chaînes qu'il avait portées pen-
dant sa captivité à Abomey.
Ces chaînes et la croix d'honneur com-
posaient toute la fortune du regretté
missionnaire.
Une générosité bien placée. f
M. Osiris vient d'écrire à M. Santos-
Dumont qu'il mettait à sa disposition la
somme de cent mille francs que semble
vouloir lui refuser la Commission du
prix Deutsch. 1
C'est une de ces heureuses inspira-
tions dont M. Osiris est coutumier.
M. Andrieux sera candidat aux élec-
tions prochaines, et candidat à Paris,
dans la circonscription de la Plaine-
Monceau.
L'ancien préfet de police a bien su
fixer son. choix. Ce Parisien si informé
et si raffiné est tout désigné pour repré-
senter ce quartier élégant et artiste. On
le voit mieux député de Paris que député
des Basses-Alpes comme il le fut naguère,
et pour cette plaine. Monceau, il,fait
bien de quitter la montagne.
Et le musée Victor-Hugo, que de-
vient-il ?
Là-bas, dans ce coin charmant de
Paris qu'est la place Royale, visions
de carrosses à six chevaux, de mousque-
taires fringants, de filles d'honneur à
des balcons. Au numéro 6, l'hôtel
qu'habita le poète, maintenant une école
municipale, nous nous étonnons de ne
pas voir un seul ouvrier. Par les fenê-
tres d'où s'envolèrent tant de rimes, on
n'entrevoit que tableaux noirs, cartes de
géographie. Mais hier nous fûmes ras-
suré par M. Paul Meurice, l'illustre et
fidèle ami du grand écrivain.
–•Rien n'est commencé, nous dit-il;
mais tout va l'être bien tôt. Voici les plans
que vient de m'envoyer M. Bouvard. Ils
seront soumis au Conseil municipal dès
sa rentrée, et immédiatement M. La-
busquière fera son rapport. J'espère que
tout ira bien, et qu'on ne rencontrera
plus les mauvaises volontés qui s'étaient
montrées un instant.
Dans ce projet, le musée occupe tous
les étages en façade. Au premier, ta-
bleaux, gravures, inspirés par l'oeuvre ou
la personne d'Hugo. Au second, les des-
sins, les meubles faits de sa main. Au
troisième, reconstitution de la chambre
mortuaire, souvenirs de famille et au-
tres. Au quatrième, les archives.
L'école restera, dans les bâtiments
du fond: Et l'ombre du poète pourra en-
tendre, dans le jardin devenu cour, ré-
sonner les cris joyeux des enfants, ces
cris qu'il aimait.
INSTANTANÉS S
Pierre BERTON
Ses épaules sont un peu hautes et arrondies
comme s'il portait sur elles le poids du nom de
son père, le remarquable comédien Charles
Berton, et celui de son aïeul, lé distingué com-
positeur Henri Berton. Artiste de réelle valeur,
auteur fréquemment applaudi, hommedelaplus
cordiale amabilité, Pierre Berton, qui compte
lui-même de brillants états de service dans
Nos Bons Villageois,les Idées deMme Aubray.
Séraphine, le Bâtard, Fc'dora, la Tosca, Ger-
faut, Gigolette, le Collier de la Reine, etc.,
de nombreux succès d'écrivain dramatique
comme les Chouans, Zaza, et, dit-on, une part
de collaboration dans les Deux Gosses, Pierre
Berton nous présentera ce soir, d'après Mau-
passant, une Yvette à laquelle il a apporté le
soin respectueux d'un scrupuleux adaptateur.
Ep tout cas, il ne rencontrera dans la salle
que de réelles sympathies, tant son caractère
,doux et affable a su grouper d'amis autour de
lui. C'est une aimable physionomie parisienne
qui semble porter en soi une jeunesse inatta-
quable. Le travail a lui aussi; des vertus de
Jouvence?
s Est-ce un espoir de démolition, ou d'a-
chèvement ? Mystère! Mais hier, en pas-
sant dans les Champs-Elysées, avec stu-
péfaction nous avons aperçu une forme
vivante. derrière la palissade de ce qui
fut le Cirque d'été.
La forme s'agitait parmi les décombres
imposants qu'ont déjà recouverts la
mousse de l'abandon et le lichen de la
solitude.
Audacieusement elle suivait les cor-
niches inachevées, les murs de brique
aux ouvertures irrégulières où les cor-
beaux ontfaitléurs nids,etlascène,d'une
largeur épique, qu'embroussaillent des
arbustes parasites. Et bravement, la sil-
houette mystérieuse allait toujours sous
la pluie qu'égouttaient les frondaisons
environnantes, dans les flaques qui ren-
daient l'arène lacustre.
Qui sait? ces murs dont la main de
l'homme, le temps et la nature ont fait
des ruines si vraiment romaines, –un
théâtre d'Orange en plein Paris, qui
sait? peut-être quelque imprésario rêve-
t-il d'y mouvoir la foule pittoresque des
Barbares et de remplir leurs échos de la
musique latine de Saint-Saëns?
Les brillants équipages sillonnent à
nouveau nos avenues, se'pressent aux
portes des grands fournisseurs, des théâ-
tres, des cabarets à la mode: la vie mon-
daine a repris ses quartiers d'hiver.
Cochers et valets de pied figés dens
leur tenue correcte, chauffeurs emmi-
touflés de fourrures sont autant de
modèles vivants de ce rayon spécial de
livrées qui a valu à la Belle Jardinière
soli brevet de fournisseur exclusif de
toutes nos grandes maisons.,
Les conférences et les articles de jour-
naux sont excellents pour lutter contre
l'alcoolisme; mais, à notre avis, il est
une façon bien plus simple encore de
combattre cette calamité recommander
avec acharnement nos bons vins de pays
et les eaux-de-vie naturelles de la Cha-
rente. Pour ces dernières, on les trou-
vera de confiance dans la maison Marie
Brizard et Roger, si renommée déjà pour
ses liqueurs superfines.
Dans la nouvelle série Contes de tous
les pays, l'éditeur Fasquelle se propose
de .comprendre exclusivement des œu-
vres possédant une réelle saveur de ter-
roir. Le grand succès obtenu par les œu-
vres précédentes de J. Vilbort, le dési-
gnait pour écrire les Contes flamands
qui paraissent aujourd'hui. Ils contien-
nent, en des cadres pittoresques, des
drames poignants, des scènes plaisantes
et des tableaux populaires très variés.
C'est aux habitués du vendredi, le
jour mondain de l'Ilippo-Palace, que
sont réservées toutes les primeurs du
spectacle. Hier soir, le programme con-
tenait nombre de numéros nouveaux et 1
se terminait par la Chasse, pantomime I
inédite.
Hors Paris
Le grand-père du général Baden- j i
Powell dessinait à la sépia, disions-nous
hier. Son fils, lui, « monte » en cerf-
volant.
On sait que, dans les armées russe,
allemande et anglaise, par les gros
temps, quand il fait. trop de vent pour
lancer sur le terrain de manœuvre le j
ballon captif d'observation, on suspend
un homme à des cerfs-volants Hargrave
attelés en flèche, qui l'enlèvent à cin-
quante ou cent mètres.
Ce procédé nouveau fut essayé récem-
ment, et le premier qui, nouvel Icare,
,s'ést fait enlever de la sorte, est précisé- '1
ment le fils du général Baden-Powell. 1
Un moyen comme un autre d'arriver
du premier coup à une situation élevée.
Nouvelles à la Main
Après le premier acte des Barbares, un
membre de la commission d'incendie se
précipite sur la scène et interpelle M.
Gailhard
Il faudrait prendre garde Ce feu
qui brûle! cette vestale avec ses longs
voiles. Très dangereux, vous savez I
Mais Gailhard, d'une voix sonore
N'ayez donc pas peur: la vestale est
ignifugée 1
La jeune fille de Saint-Crasy, très férue
de sport, lit, un roman dont l'action se
passe sous le Directoire. ̃
Décidément, dit-elle à. son père en
interrompant sa lecture, il n'y a rien de
nouveau sous le soleil, car à cette époque-
là il parait qu'on se plaignait déjà des.
chauffeurs
Le Masque de Fer.
La situation à Montceau
Elle continue à s'améliorer pour la
plus grande joie de la population hon-
nête.
Une double erreur de transmission
me faisait dire, hier, que les délais im-
partis aux mineurs pour rendre leurs
« gras transformes » expiraient diman-
che et qu'avant cette date, tous les fu-
sils auraient été remis entre les mains
des gendarmes.
D'eux-mêmes les lecteurs auront recti-
fié. Il eût. été excessif d'en espérer au-
tant des malheureux mineurs, depuis
deux ans travaillés par les meneurs de
l'internationalisme! C'était hier, à midi,
ou plutôt ce matin, grâce à la tolérance
de l'administration, que prenaient fin les
délais accordés aux mineurs en vue du
désarmement. Or, jusqu'à présent, 180
fusils seulement ont été rendus. D'au-
tres viendront demain ou après-demain,
quand les ouvriers honnêtes auront vu,
par les soins des gendarmes, désarmer
certains Rouges qui sont la terreur de
ce pays 1 "̃'̃'
De toute façon, l'effet moral est pro-
duit et nos lecteurs peuvent être assu-
rés qu'il avait tout à fait raison, le vieux
piyueur, au dos voûté par ses vingt ans de
mine, qui, hier, me disait, tout joyeux,
avec un large rire, découvrant ses dents
blanches dans saface touté noire
Ben, voilà les uns y lés rendront
leurs fusils, les autres y les rendront
pas. y les cacheront, mais ce sera la
même affaire. y n'oseront plus les sor-
tir. y ne tireront donc pas sur les « bra-
ves gens » On va donc pouvoir recom-
mencer à travailler tranquilles! m
« Travailler tranquilles! » Mais oui,
on va pouvoir le faire, maintenant que
le gouvernement s'est décidé à agir et à
montrer à la poignée' d'insurgés de là-
bas que force doit rester à la loi 1
Déjà, dans la ville, c'est partout une im-
pression de soulagement et d'espérance..
La semaine passée, on disait couramment
à Montceau et dans les environs « Mieux
vaudrait la révolution que l'état de cho-
ses actuel. Au moins, d'un côté ou de
l'autre, ça serait fini! » Aujourd'hui, les
honnêtes gens commencent à respirer
«Enfin, on va donc nous protéger! » Et je
sais des ménages où, entre l'aïeule qui
sourit et la femme qui n'aura plus le
cœur serré d'angoisse en songeant à la
grève obligatoire, et aux petits qui au-
raientfâim, on bénit notre campagne.
Et voici, dans sa simplicité, une lettre
assez éloquente
Montceau-les-Mines, le 24 octobre 1901.
Monsieur le Directeur,
Le Syndicat des Corporations ouvrières de
Montceau-les-Mines, dit Syndicat Jaune, a
été très touché de l'attitude prise par votre
journal dans les événements de Montceau.
Votre journal a dit sur ce point (et sauf
une légère erreur d'interprétation) la vérité
sur la situation déplorable créée dans notre
beau pays par les menées de quelques révo-
lutionnaires sans scrupules.
Le Syndicat Jaune, monsieur le Directeur,
vous remercie de cette attitude, et il vous
demande de continuer votre campagne au
nom de la patrie et de la vérité.
Veuillez accepter, monsieur le Directeur,
mes salutations les plus respectueuses. 1
Pour le président
Le secrétaire adjoint,
DESSOLIN.
Le syndicat des bons ouvriers peut
avoir confiance. La campagne que nous
avons entreprise pour l'ordre et au nom
des honnêtes gens, nous la continuerons
aussi longtemps qu'il le faudra. Jusqu'à
ce que la paix soit définitivement réta-
blie à Montceau, nous ne cesserons de
demander au gouvernement de faire son
devoir, tout son devoir.
Montceau compte à l'heure actuelle,
prêchant les chômeurs, les conseillant,
les jetant en avant, les poussant au dé-
sordre et aux violences, une douzaine de
meneurs dont Merzet n'est pas le plus
redoutable. L'autorité a la charge de les
mettre hors d'état de nuire. Une enquête
aussi s'impose sur les agissements du
citoyen Goujon, cet étrange adjoint,-un
jour énergumène, le lendemain tout miel
et tout sucre, que l'on retrouve der-
rière toutes les bagarres, à quelques pas
de toutes les échauffourées, dans des
attitudes plus que suspectes.
Je parie que si M. le préfet de Saône-
et-Loire voulait approfondir, une fois
pour toutes, les menées tortueuses du ci-
toyen Goujon, et débarrasser le pays de
quelques autres mauvais gars, il pour-
rait, après cette utile besogne, « prendre
un coup de souffle », comme disent les
mineurs. Et du même coup il trouverait
puisque c'est là son rêve les loisirs l!
de sommeiller sur ses chenets.
Serge Basset. I
TABLETTES D'UN DETECTIVE
LES ARMES PROHIBÉES
Les incidents de Montceau-les-Mines
mettent en pleine actualité la question
des armes prohibées, bien que, dans
l'espèce, il s'agisse plutôt d'armes de
guerre que de celles portées par des
particuliers, plus ou moins « traqueurs n,
cherchant un moyen de se défendre
dans la rue en cas d'attaque.
A vrai dire, il n'est pas une législation
moins précise que celle concernant les
armes prohibées. On peut même affir-
mer, malgré les lois et leurs commen-
taires, qu'une arme est prohibée ou non
suivant la qualité ou la moralité de celui
qui la porte. •
L'article 314 du Code pénal punit d'une
amende de 16 à 200 francs le port de cer-
taines armes. Cela n'empêche pas nom-
bre de gens de préférer le risque d'une
amende à celui de s'exposer sans défense
aux mauvaises rencontres nocturnes.
On croit du reste, en général, qu'on a
le'droit de s'armer en en faisant la de-
mande à l'autorité. Or, ce droit n'existe
pas. Quand on venait me consulter à cet
égard, je répondais invariablement « Si
vous portez une arme, ce sera toujours
à vos risques et périls. M J'ajoutais à cela
des explications aussi détaillées que pos-
sible mais beaucoup de personnes pé-
titionnaient quand même en haut lieu.
Il est bon de savoir ce qui se passe en
pareil cas. La demande arrive au cabi-
net du préfet de police celui-ci fait cal-
ligraphier par un expéditionnaire du
cabinet un papier, toujours le même,
qui, par le canal du commissaire de po-
lice du quartier, est communiqué à
l' « impétrant ». Cette espèce de circu-
laire dit que: « La loi, tout en interdisant
le port de certaines armes, n'a pas voulu
enlever aux citoyens le moyen de se dé-
fendre. etc. etc. Bref, le1 pathos ad-
ministratif peut se résumer ainsi « Fai-
tes ce que vous voudrez,; nous répon-
dons de tout. à la condition qu'il n'arrive
rien a k
lie commissaire accompagne cette ré-
ponse de quelques considérations com-
plémentaires. Il énumère les principales
armes prohibées stylets, pistolets, trom-
blons,,etc. Ces derniers instruments n'é-
tant pas d'un usage courant aujourd'hui,
on en vient assez vite au revolver, objet
de la plupart des demandes. Cette arme,
qui remplace le pistolet d'antan, doit
avoir une longueur minima de 15 centi-
mètres de l'extrémité de la crosse à celle
du canon, donc, plus votre arme est lon-
gue, moins elle est prohibée Vous voilà
fixé!
Il est bon de dire que, dans la pra-
tique, on étend la prohibition à telle ou
telle catégorie d'armes, .suivant les indi-
vidus qui en ,sont porteurs. Si, par
exemple, un rôdeur de barrière ou un
souteneur est arrêté dans des conditions
plus ou moins suspectes mais n'ayant
pas précisément, au moment de son ar-
restation, toutes les herbes de la Saint-
Jean nécessaires à une condamnation
la police et la justice, désireuses de
mettre à l'abri ce particulier considéré
comme dangereux, se rattrapent sur le
couteau à virole, dit « nontron », dont il
est presque toujours porteur, pour lui
appliquer l'article 314 du Code pénal.
Résumons-nous. Pour ma part, je
n'ai jamais eu l'envie de porter une
arme: je craindrais d'abord d'en faire
usage et de m'attirer ainsi des tracas, et
puis, je n'aimerais pas bourrer mes po-
ches d'un objet aussi encombrant. Mais,
s'il vous platt de vous passer cette fan-
taisie, prenez un revolver ayant les 15
centimètres réglementaires et circulez
tranquillement. Gardez-vous, par exem-
ple, de vous en servir; évitez surtout de
vous faire prendre dans une bagarre ou
dans une manifestation quelconque avec
ledit objet sur vous; ou alors, en dépit
des 15 centimètres, gare la correction-
nelle
François Goron.
LES SERINS ROUGES
On connaissait les serins jaunes, les
serins blancs, les panachés. Jamais on
n'avait parlé de serins rouges.
Eh bien 1 je viens d'en voir, et non pas
un, à l'état de phénomène, mais toute
une caç/ée, comme dit l'inventeur de la
nouvelle race.
On sait qu'il existe non seulement en
France, mais encore à l'étranger, plu-
sieurssociétésserinophiles. L'une d'elles,
la « Parisienne »; organise une exposi-
tion qui aura lieu demain dimanche, au
Palais-Royal, chez Corazza, de une à qua-
tre heures. On y pourra voir, pour la
première fois, des serins rouges. Ils ne
concourront pas, puisque l'exposition ne
doit admettre officiellement que des se-
rins hollandais, et que lès serins rouges
obtenus à ce jour n'appartiennent pas à
cette race; mais ils y figureront à titre
de curiosité, à titre documentaire.
Leur inventeur, M. Bourez, est un mo-
deste qui ne veut point se parer des
plumes du paon. Il reconnait n'être que
le second père de l'invention que pour-
rait revendiquer une nation étrangère.
Il ne sait pourtant pas au juste laquelle.
Il a lu quelque part que des serins aux-'
quels on faisait manger du poivre de
Cayenne changeaient de couleur et deve-
naient rouges. Il a voulu essayer. Il a
choisi parmi ses serins ceux qui, étant
les plus foncés, semblaient prédisposés à
tourner au rouge. C'étaient des serins
anglais, de l'espèce nordwiçh. Il les
a mariés, a mis dans leur mangeoire du
poivre rouge. finement moulu.
La première couvée a donné un com-
mencement de résultat, une espérance-
Il placé alors dans la même cage la
47* Année = 3e Série = H° 299
Samedi 26 Octo bre 1901
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Un homme
f' trop heureux
Un cas bien original :-il est en ce mo-
.ment dans Paris un homme trop heu-
reux.
Il n"a rien demandé et on désire
pour lui: s'il a des adversaires, comme
son mérite l'exige, eux-mêmes lui arron-
dissent les angles; quand autour des
hommes 'et des choses un usage antique
veut que la discussion, la cabale, la ca-
lomnie aillent leur train, une seule voix
'le désigne et le porte. Et à l'instant où
tout ainsi s'accorde, pour l'inviter à re-
garder plus haut, il peut s'offrir le luxe
dé se déclarer, presque avec sincérité,
fort bien ma foi là où il est, satisfait de
son sort directorial, et peu pressé d'en
changer! Si bien, que, fût-elle lointaine,
.cette éventualité d'une chance nouvelle,
'tombant à l'improviste au milieu de la
tranquille jouissance de vœux déjà com-
'blés, constitue pour lui comme une tuile
d'espèce tout à fait extraordinaire, et
rare dans la tuilerie qui fournit la plu-
part des destinées, une véritable tuile de
.bonheur. '1
Mais, qu'il le souhaite ou non, après
le Centenaire de Hugo ou avant, avant la
Sainte Thérèse de M. Catulle Mendès ou
après, quelque matin, on ne sait quand
ni comme, M. Albert Carré, d'un pas
sûr, arrivera au Théâtre-Français.
1 -Inutile d'être grand clerc en la matière,
ou clerc seulement comme Fortunio,
pour le comprendre et le prédire. Des cir-
constances, de mille bruits, de certain
découragement qui serait bien naturel
d'ailleurs, se dégage comme une sen-
sation de vacance possible, et c'est la
silhouette de Carré qu'on voit filer, en
'virtuelle image, entre les colonnes de la
Comédie, s'arrêter au kiosque du coin,
dans la sonnerie de tous les omnibus de
la place, et se perdre ensuite dans la so-
lennité de l'escalier rempli de vieux por-
traits.
Tu Marcellus eris! avec le même huis-
sier dans l'antichambre que Claretie. Et
si .M. Penrùvde florissante mémoire ar-
'tistique, astronomique, ô.Croizette et
Sarah et industrielle aussi, avant d'at-
.teindre à la Comédie avait passé par
l'Opéra, M. Albert Carré, pour avoir fait
à rOpëra-Gomique son stage dans la
subvention, n'en aura pas moins de faste
littéraire et d'éclat parisien.
Il a des qualités depuis longtemps clas-
;sées, et la compétence chez lui n'est pas
d'occasion.
Metteur en scène épris d'espace et
pourtant de détails, si après des années
d'espagnolerie conventionnelle, il s'est
plu un soir à nous planter cette Carmen
-r- que d'ailleurs Delna fait blonde
'dans un peu plus d'Espagne vraie, il sait
aussi habiller somptueusement un pur
rêve. S'il a assez de jeunesse pour con-
̃naitre encore la force d'admirer, de, ses
admirations i] est administrateur excel-
lent, et elles vont du passé le plus tradi-
tionnel aux plus indépendantes promes-
ses de l'avenir.
Là, où le vieil amateur de théâtre, qui,
comme tous les fervents, ne se pique pas
toujours d'êtrejuste,annonce que bientôt
il n'y aura plus de répertoire, plus d'en-
semble, plus de clientèle, mais seule-
ment un assez joli raccourci de Républi-
que-Pétaud, se ferait sentir une main.
Elle n'est pas prompte, paraît-il, aux ca-
maraderies et dans la maison même où
fleurit le geste de Célimène et la béné-
diction dePhilinte,ellerisqueraitde sur-
prendre plus d'une fois, dit-on, par l'au-
torité de ses muscles. Mais peut-être,
précisément, n'est-ce pas là un désavan-
tage. Et de cette poigne, qui résiste à
dévenir banale poignée de mains, l'effet
là non plus ne messiérait pas, j'imagine.
L'éminent administrateur du Théâtre-
Français faisait don naguère, au musée
Carnavalet, de la capote de mobile qu'il
portait pendant ce siège dont il a tracé
magistralement les tableaux avec M.
Albert Carré entrerait dans le sanctuaire
quelque chose d'une action plus contem-
poraine et immédiate, de ces grandes
manœuvres auxquelles hier même il pre-
nait part; et si c'est une chose d'un mo-
dernisme bien imprévu, que de voir Mo-
lière sous la garde d'un commandant de
réserve, dont l'esprit est martial comme
la moustache, à plus d'un ne semblera 1
pas déplaisant du tout un petit air d'ha- I
bituelle et méthodique combativité.
Mais M. Albert Carré fut comédien.
S'il arrivait à cette heure, ne serait-ce
pas comme pour faire échec à une fa-
mille à laquelle il appartint et dont il
est difficile qu'il puisse méconnaître les
sentiments et les titres ? Précédé de tout
le tapage qu'a fait en disparaissant le
Comité de lecture, pourrait-il, lui, se
donner des façons d'ignorer ce,qui dans
la protestation des sociétaires peut sem-
bler solide et s'explique ? '?
A ce propos, il me souvient d'une
bonne et longue causerie, d'il y a
quelques années, à Aix-les-Bains, un
soir, dans le jardin paisible et doux d'une
petite villa; il y avait là mes amis An-
dré Messager et Albert Delpit; c'était,
après les incidents que remua au Théâ-
tre-Français la Grosse Fortune d'Henri
Meilhac; le procès du comité de lecture
était déjà entrepris; et, alors directeur
du Vaudeville, Albert Carré s'écria
Ce qui, pour moi est déplorable
par-dessus tout, c'est la publicité donnée
aux séances de ce Comité. L'humiliation
ne consiste pas à lire à des comédiens
elle réside dans le fait de la divulgation,
de" l'annonce publique qu'on a lu, et de-
vant une si solennelle assemblée.
» Se voir refuser une pièce dans le ca-
binet d'un directeur, en tête-à-tête,
là bien gentiment et intimement, ce
n'est rien, c'est un accident que les plus
applaudis ont essuyé, et même galam-
ment subi.
» L'ours se plaît au silence. C'est le
fracas préalable qui gâte tout. Il en est
des pièces à faire recevoir comme des
duels moins d'ostentation et de bruit,
et les choses le plus souvent s'arrange-
n~inni T.n J.1"l"fn,n.f'O"rU'I'L'I"l"Il"\nTl.a' no~~
raient. La blessure d'amour-propre, cela
n'existe que dans la proportion où ça se
sait.
«Mais, àsupposer que quelques grands
écrivains, des maîtres reconnus, éprou-
vent comme une diminution vis-à-vis
d'eux-mêmes à solliciter l'avis de leurs
interprètes, pour ceux-là, qui seuls peu-
vent seplaindre et auraient des droits à
la susceptibilité, pourquoi n'établirait-on
pas une catégorie qui correspondrait au
« hors concours » de la Société des ar-
tistes ?
» Cet H. C. s'obtiendrait par la qualité
d'académicien, par un total d'œuvres
déjà représentées, par un succès qui au-
rait atteint tel .degré à/ fixer. Ainsi se-
raient affranchis d'une formalité pres-
que toujours vaine, et seulement déso-
bligeante, ceux qui ont réellement quel-
que raison de se trouver supérieurs.
» Au surplus, j'aperçois assez bien un
Comité de lecture fonctionnant ainsi la
collectivité, mais avec un directeur qui
aurait un droit personnel de commander
des pièces, et surtout un droit de veto.
Ce veto suspendrait, par exemple, la dé-
cision du Comité pendant six mois; il
serait renouvelable six mois après
après une année, si le Comité mainte-
nait son opinion, eh bien, messieurs les
associés, à vos risques et périls 1
» Ce veto serait d'un grand bénéfice, en
dépifdc toutes les chansons à faire sur
un administrateur de théâtre qui chausse
les souliers d'un roi: D'un seul mot, ce se-
rait parer aux coups de tête, aux embal-
lements comme aux petites manœuvres,
et dans toute cette cuisine à: étonner
l'ombre de la bonne Laforét, cela met-
trait un grain de sagesse. »
Tout un programme, qui s'en allait
vers les frises d'un ciel très bleu.
M. Albert Carré pense-t-il aujourd'hui
comme hier? N'a-t-il pas semé en route
de ses idées? Ceux qui le connaissent
savent que ses boutades mêmes se mû-
rissent de réflexion et qu'il n'est point
le dilettante des théories successives.
Aussi bien, s'il appliquait ces propos à
la situation nouvelle, si comme une sorte
de don de joyeux avènement il allait, le
cas échéant, faire valoir ces points de
vue particuliers, cela ferait peut-être
quelque sensation, et l'accommodement
ne manquerait sans doute ni d'élégance
ni d'efficacité.
Pour le Parisien averti, il n'y aurait
encore, à vrai dire, rien là de très éton-
nant ce qui paraissait le plus inadmissi-
ble avec l'un, sous la baguette d'un au-
tre peut devenir incontinent parfait;
rien n'est propice comme les plus reten-
tissantes réformes, à l'art conservateur
de recoudre dans l'ancien, et il n'est de
nouveauté que dans la façon dont on s'y
prend. pour recommencer. M. Albert
Carré assurément saura s'y prendre.
Mais ce serait tout de même un joli
cadeau de sa bonne marraine la Fée, si
le hasard n'avait manigancé cette révo-
lution d'hier que pour lui permettre à
lui, de démontrer comment on pouvait
l'éviter. Et s'il n'assistait pas au souper
des Variétés où s'est célébré la centième
de la Veine, de cette Veine qui lui sourit
au point de l'embarrasser, c'est un in-
grat I Alexandre Hepp.
LA POLITIQUE
LES SUITES DE LA GRÈVE
Les énergumènes socialistes préten-
dent épouvanter la nation par la me-
nace, indéfiniment suspendue, de la,
grève générale des mineurs. On leur a
répondu par les' seuls arguments qui
puissent les toucher des préparatifs mi-
litaires. Ils ont reculé.
Nous avons donc un peu de loisir pour
examiner, à la lumière des chiffres, la
valeur des menaces dirigées contre le
pays par les fauteurs d'insurrection.
C'est un dicton que le charbon est le
pain de l'industrie.
En arrêtant l'extraction dans toutes les
mines françaises, les partisans de la
grève générale s'imaginent qu'ils vont,
du jour au lendemain, affamer la classe
capitaliste. Plus de charbon, plus de
chaudières, plus d'usines, plus de pa-
trons 1 f
Est-ce vrai ? `?
Nous empruntons les chiffres qui sui-
vent à une consciencieuse étude de M.
Edmond Théry dans l'Economiste euro-
péen.
Vienne ,une grève générale, les che-
mins de fer français ne s'arrêteraient
pas. Leur stock actuel de charbon est
suffisant, au moins pour deux mois
d'exploitation intensive.
Les moyens de transport ne manque-
ront donc pas pour importer de l'étran-
ger la houille nécessaire à la consomma-
tion ménagère et industrielle de notre
pays. Les précautions sont prises 'dans
tous les ports afin de faciliter le débar-
quement des charbons anglais et améri-
cains.
La production étrangère est-elle capa-
ble de suppléer à l'arrêt de notre produc-
tion nationale?
Les pays houillers produisent men-
suellement 50 millions de tonnes. La
France consomme par mois environ
3,700,000 tonnes, soit un treizième de la
production totale étrangère. Nos indus-
tries trouveraient donc aisément à s'ali-
menter|iu dehors. D'ailleurs, même en
temps normal, la France est obligée
d'importer presque le tiers de la houille
nécessaire à sa consommation.
Quel serait alors l'effet immédiat et
unique d'une grève générale de nos'
mines?
Un renchérissement sensible du
prix du charbon, d'où
l°Bénéfices pour les producteurs étran-
gers
2° Perte proportionnelle pour l'indus-
trie française, réduction de salaires et
chômages pour tous nos ouvriers, en
même temps élévation générale du prix
des produits manufacturés
3° Le charbon ménager devenu une
denrée chère, et à l'entrée de l'hiver
tous les pauvres gens condamnés à gre-
lotter, faute d'argent, devant des foyers
sans feu. Les riches seuls n'auront pas
froid et ne manqueront de rien
1 Henri des Houx. `
Echos
La Température
Hier matin encore, une aire de fortes pres-
sions s'étendait de la France à la Russie où
le baromètre se tenait à 772mm et il marquait à
Paris 765mm. Malgré cette hausse relative, une
pluie fine et persistante est tombée pendant
toute la journée sur notre capitale, formant
dans la rue des amas boueux des plus désa-
gréables, surtout pour la circulation des pié-
tons.
La température a baissé dans le sud du
continent; hier matin, à Paris, le thermo-
mètre était à 100 au-dessus de zéro vers sept
heures du matin et ne dépassait pas 130 dans
l'après-midi. Un temps plus frais, mais tou-
jours à ondées, est probable. Dans la soirée,
la baromètre restait à 764mm.
Les Courses
Al heure 30, courses à Auteuil.
Gagnants de Robert Milton
Prix des Chasseurs: Freneuse.,
Prix de Lormoy Governor.
Prix Beaurepdire Floridor II.
Prix d&Marly Pince Cœur.
Prix de laMasselière Chevauchée.
Prix Saïda Winnie.
À Travers Paris.
Du P. Dorgère, dont on vient d'inau-
gurer le monument à Sainte-Anne d'E-
yenos, près de Toulon, ce souvenir qu'un
jour, de son ton de modestie tranquilje,
il contait à un ami.
Behanzin, le roitelet nègre dont le Père
était prisonnier à Abomey, le fit un jour
amener, chargé de chaînes, dans la cour
de son palais, où se préparait un sacrifice
humain. Une centaine de Dahoméens
étaient là, attendant la mort. Parut Be-
hanzin, suivi des sacrificateurs. Et le
sang commença de couler. Plus de vingt
têtes avaient déjà roulé sur les dalles de
la cour, lorsque Behanzin, étonné de la
placidité du missionnaire, lui demanda
ce qu'il ressentait devant le rouge sa-
crifi0e. Et le P. Dorgère de répondre sim-
plement
Si tu fais tomber toutes ces têtes
avec l'espoir de faire entrer la peur dans
mon âme, tu te trompes grossièrement,
car aurais-je du sang jusqu'au cou que
ta cruauté ne me troublerait point da-
vantage. Tu perds donc inutilement ton
temps et le sang de ton peuple. Ceux qui
sont fidèles au Dieu que je sers n'ont pas
la frayeur de la mort.
Cette mâle réponse sauva le reste du
troupeau de noirs destinés au sacrifice.
Et Behanzin, vaincu par tant de courage,
arrêta l'immolation et rendit la liberté
au noble prisonnier.
Sur le cercueil du P. Dorgère, parmi
l'amoncellement des couronnes, on put
voir les chaînes qu'il avait portées pen-
dant sa captivité à Abomey.
Ces chaînes et la croix d'honneur com-
posaient toute la fortune du regretté
missionnaire.
Une générosité bien placée. f
M. Osiris vient d'écrire à M. Santos-
Dumont qu'il mettait à sa disposition la
somme de cent mille francs que semble
vouloir lui refuser la Commission du
prix Deutsch. 1
C'est une de ces heureuses inspira-
tions dont M. Osiris est coutumier.
M. Andrieux sera candidat aux élec-
tions prochaines, et candidat à Paris,
dans la circonscription de la Plaine-
Monceau.
L'ancien préfet de police a bien su
fixer son. choix. Ce Parisien si informé
et si raffiné est tout désigné pour repré-
senter ce quartier élégant et artiste. On
le voit mieux député de Paris que député
des Basses-Alpes comme il le fut naguère,
et pour cette plaine. Monceau, il,fait
bien de quitter la montagne.
Et le musée Victor-Hugo, que de-
vient-il ?
Là-bas, dans ce coin charmant de
Paris qu'est la place Royale, visions
de carrosses à six chevaux, de mousque-
taires fringants, de filles d'honneur à
des balcons. Au numéro 6, l'hôtel
qu'habita le poète, maintenant une école
municipale, nous nous étonnons de ne
pas voir un seul ouvrier. Par les fenê-
tres d'où s'envolèrent tant de rimes, on
n'entrevoit que tableaux noirs, cartes de
géographie. Mais hier nous fûmes ras-
suré par M. Paul Meurice, l'illustre et
fidèle ami du grand écrivain.
–•Rien n'est commencé, nous dit-il;
mais tout va l'être bien tôt. Voici les plans
que vient de m'envoyer M. Bouvard. Ils
seront soumis au Conseil municipal dès
sa rentrée, et immédiatement M. La-
busquière fera son rapport. J'espère que
tout ira bien, et qu'on ne rencontrera
plus les mauvaises volontés qui s'étaient
montrées un instant.
Dans ce projet, le musée occupe tous
les étages en façade. Au premier, ta-
bleaux, gravures, inspirés par l'oeuvre ou
la personne d'Hugo. Au second, les des-
sins, les meubles faits de sa main. Au
troisième, reconstitution de la chambre
mortuaire, souvenirs de famille et au-
tres. Au quatrième, les archives.
L'école restera, dans les bâtiments
du fond: Et l'ombre du poète pourra en-
tendre, dans le jardin devenu cour, ré-
sonner les cris joyeux des enfants, ces
cris qu'il aimait.
INSTANTANÉS S
Pierre BERTON
Ses épaules sont un peu hautes et arrondies
comme s'il portait sur elles le poids du nom de
son père, le remarquable comédien Charles
Berton, et celui de son aïeul, lé distingué com-
positeur Henri Berton. Artiste de réelle valeur,
auteur fréquemment applaudi, hommedelaplus
cordiale amabilité, Pierre Berton, qui compte
lui-même de brillants états de service dans
Nos Bons Villageois,les Idées deMme Aubray.
Séraphine, le Bâtard, Fc'dora, la Tosca, Ger-
faut, Gigolette, le Collier de la Reine, etc.,
de nombreux succès d'écrivain dramatique
comme les Chouans, Zaza, et, dit-on, une part
de collaboration dans les Deux Gosses, Pierre
Berton nous présentera ce soir, d'après Mau-
passant, une Yvette à laquelle il a apporté le
soin respectueux d'un scrupuleux adaptateur.
Ep tout cas, il ne rencontrera dans la salle
que de réelles sympathies, tant son caractère
,doux et affable a su grouper d'amis autour de
lui. C'est une aimable physionomie parisienne
qui semble porter en soi une jeunesse inatta-
quable. Le travail a lui aussi; des vertus de
Jouvence?
s Est-ce un espoir de démolition, ou d'a-
chèvement ? Mystère! Mais hier, en pas-
sant dans les Champs-Elysées, avec stu-
péfaction nous avons aperçu une forme
vivante. derrière la palissade de ce qui
fut le Cirque d'été.
La forme s'agitait parmi les décombres
imposants qu'ont déjà recouverts la
mousse de l'abandon et le lichen de la
solitude.
Audacieusement elle suivait les cor-
niches inachevées, les murs de brique
aux ouvertures irrégulières où les cor-
beaux ontfaitléurs nids,etlascène,d'une
largeur épique, qu'embroussaillent des
arbustes parasites. Et bravement, la sil-
houette mystérieuse allait toujours sous
la pluie qu'égouttaient les frondaisons
environnantes, dans les flaques qui ren-
daient l'arène lacustre.
Qui sait? ces murs dont la main de
l'homme, le temps et la nature ont fait
des ruines si vraiment romaines, –un
théâtre d'Orange en plein Paris, qui
sait? peut-être quelque imprésario rêve-
t-il d'y mouvoir la foule pittoresque des
Barbares et de remplir leurs échos de la
musique latine de Saint-Saëns?
Les brillants équipages sillonnent à
nouveau nos avenues, se'pressent aux
portes des grands fournisseurs, des théâ-
tres, des cabarets à la mode: la vie mon-
daine a repris ses quartiers d'hiver.
Cochers et valets de pied figés dens
leur tenue correcte, chauffeurs emmi-
touflés de fourrures sont autant de
modèles vivants de ce rayon spécial de
livrées qui a valu à la Belle Jardinière
soli brevet de fournisseur exclusif de
toutes nos grandes maisons.,
Les conférences et les articles de jour-
naux sont excellents pour lutter contre
l'alcoolisme; mais, à notre avis, il est
une façon bien plus simple encore de
combattre cette calamité recommander
avec acharnement nos bons vins de pays
et les eaux-de-vie naturelles de la Cha-
rente. Pour ces dernières, on les trou-
vera de confiance dans la maison Marie
Brizard et Roger, si renommée déjà pour
ses liqueurs superfines.
Dans la nouvelle série Contes de tous
les pays, l'éditeur Fasquelle se propose
de .comprendre exclusivement des œu-
vres possédant une réelle saveur de ter-
roir. Le grand succès obtenu par les œu-
vres précédentes de J. Vilbort, le dési-
gnait pour écrire les Contes flamands
qui paraissent aujourd'hui. Ils contien-
nent, en des cadres pittoresques, des
drames poignants, des scènes plaisantes
et des tableaux populaires très variés.
C'est aux habitués du vendredi, le
jour mondain de l'Ilippo-Palace, que
sont réservées toutes les primeurs du
spectacle. Hier soir, le programme con-
tenait nombre de numéros nouveaux et 1
se terminait par la Chasse, pantomime I
inédite.
Hors Paris
Le grand-père du général Baden- j i
Powell dessinait à la sépia, disions-nous
hier. Son fils, lui, « monte » en cerf-
volant.
On sait que, dans les armées russe,
allemande et anglaise, par les gros
temps, quand il fait. trop de vent pour
lancer sur le terrain de manœuvre le j
ballon captif d'observation, on suspend
un homme à des cerfs-volants Hargrave
attelés en flèche, qui l'enlèvent à cin-
quante ou cent mètres.
Ce procédé nouveau fut essayé récem-
ment, et le premier qui, nouvel Icare,
,s'ést fait enlever de la sorte, est précisé- '1
ment le fils du général Baden-Powell. 1
Un moyen comme un autre d'arriver
du premier coup à une situation élevée.
Nouvelles à la Main
Après le premier acte des Barbares, un
membre de la commission d'incendie se
précipite sur la scène et interpelle M.
Gailhard
Il faudrait prendre garde Ce feu
qui brûle! cette vestale avec ses longs
voiles. Très dangereux, vous savez I
Mais Gailhard, d'une voix sonore
N'ayez donc pas peur: la vestale est
ignifugée 1
La jeune fille de Saint-Crasy, très férue
de sport, lit, un roman dont l'action se
passe sous le Directoire. ̃
Décidément, dit-elle à. son père en
interrompant sa lecture, il n'y a rien de
nouveau sous le soleil, car à cette époque-
là il parait qu'on se plaignait déjà des.
chauffeurs
Le Masque de Fer.
La situation à Montceau
Elle continue à s'améliorer pour la
plus grande joie de la population hon-
nête.
Une double erreur de transmission
me faisait dire, hier, que les délais im-
partis aux mineurs pour rendre leurs
« gras transformes » expiraient diman-
che et qu'avant cette date, tous les fu-
sils auraient été remis entre les mains
des gendarmes.
D'eux-mêmes les lecteurs auront recti-
fié. Il eût. été excessif d'en espérer au-
tant des malheureux mineurs, depuis
deux ans travaillés par les meneurs de
l'internationalisme! C'était hier, à midi,
ou plutôt ce matin, grâce à la tolérance
de l'administration, que prenaient fin les
délais accordés aux mineurs en vue du
désarmement. Or, jusqu'à présent, 180
fusils seulement ont été rendus. D'au-
tres viendront demain ou après-demain,
quand les ouvriers honnêtes auront vu,
par les soins des gendarmes, désarmer
certains Rouges qui sont la terreur de
ce pays 1 "̃'̃'
De toute façon, l'effet moral est pro-
duit et nos lecteurs peuvent être assu-
rés qu'il avait tout à fait raison, le vieux
piyueur, au dos voûté par ses vingt ans de
mine, qui, hier, me disait, tout joyeux,
avec un large rire, découvrant ses dents
blanches dans saface touté noire
Ben, voilà les uns y lés rendront
leurs fusils, les autres y les rendront
pas. y les cacheront, mais ce sera la
même affaire. y n'oseront plus les sor-
tir. y ne tireront donc pas sur les « bra-
ves gens » On va donc pouvoir recom-
mencer à travailler tranquilles! m
« Travailler tranquilles! » Mais oui,
on va pouvoir le faire, maintenant que
le gouvernement s'est décidé à agir et à
montrer à la poignée' d'insurgés de là-
bas que force doit rester à la loi 1
Déjà, dans la ville, c'est partout une im-
pression de soulagement et d'espérance..
La semaine passée, on disait couramment
à Montceau et dans les environs « Mieux
vaudrait la révolution que l'état de cho-
ses actuel. Au moins, d'un côté ou de
l'autre, ça serait fini! » Aujourd'hui, les
honnêtes gens commencent à respirer
«Enfin, on va donc nous protéger! » Et je
sais des ménages où, entre l'aïeule qui
sourit et la femme qui n'aura plus le
cœur serré d'angoisse en songeant à la
grève obligatoire, et aux petits qui au-
raientfâim, on bénit notre campagne.
Et voici, dans sa simplicité, une lettre
assez éloquente
Montceau-les-Mines, le 24 octobre 1901.
Monsieur le Directeur,
Le Syndicat des Corporations ouvrières de
Montceau-les-Mines, dit Syndicat Jaune, a
été très touché de l'attitude prise par votre
journal dans les événements de Montceau.
Votre journal a dit sur ce point (et sauf
une légère erreur d'interprétation) la vérité
sur la situation déplorable créée dans notre
beau pays par les menées de quelques révo-
lutionnaires sans scrupules.
Le Syndicat Jaune, monsieur le Directeur,
vous remercie de cette attitude, et il vous
demande de continuer votre campagne au
nom de la patrie et de la vérité.
Veuillez accepter, monsieur le Directeur,
mes salutations les plus respectueuses. 1
Pour le président
Le secrétaire adjoint,
DESSOLIN.
Le syndicat des bons ouvriers peut
avoir confiance. La campagne que nous
avons entreprise pour l'ordre et au nom
des honnêtes gens, nous la continuerons
aussi longtemps qu'il le faudra. Jusqu'à
ce que la paix soit définitivement réta-
blie à Montceau, nous ne cesserons de
demander au gouvernement de faire son
devoir, tout son devoir.
Montceau compte à l'heure actuelle,
prêchant les chômeurs, les conseillant,
les jetant en avant, les poussant au dé-
sordre et aux violences, une douzaine de
meneurs dont Merzet n'est pas le plus
redoutable. L'autorité a la charge de les
mettre hors d'état de nuire. Une enquête
aussi s'impose sur les agissements du
citoyen Goujon, cet étrange adjoint,-un
jour énergumène, le lendemain tout miel
et tout sucre, que l'on retrouve der-
rière toutes les bagarres, à quelques pas
de toutes les échauffourées, dans des
attitudes plus que suspectes.
Je parie que si M. le préfet de Saône-
et-Loire voulait approfondir, une fois
pour toutes, les menées tortueuses du ci-
toyen Goujon, et débarrasser le pays de
quelques autres mauvais gars, il pour-
rait, après cette utile besogne, « prendre
un coup de souffle », comme disent les
mineurs. Et du même coup il trouverait
puisque c'est là son rêve les loisirs l!
de sommeiller sur ses chenets.
Serge Basset. I
TABLETTES D'UN DETECTIVE
LES ARMES PROHIBÉES
Les incidents de Montceau-les-Mines
mettent en pleine actualité la question
des armes prohibées, bien que, dans
l'espèce, il s'agisse plutôt d'armes de
guerre que de celles portées par des
particuliers, plus ou moins « traqueurs n,
cherchant un moyen de se défendre
dans la rue en cas d'attaque.
A vrai dire, il n'est pas une législation
moins précise que celle concernant les
armes prohibées. On peut même affir-
mer, malgré les lois et leurs commen-
taires, qu'une arme est prohibée ou non
suivant la qualité ou la moralité de celui
qui la porte. •
L'article 314 du Code pénal punit d'une
amende de 16 à 200 francs le port de cer-
taines armes. Cela n'empêche pas nom-
bre de gens de préférer le risque d'une
amende à celui de s'exposer sans défense
aux mauvaises rencontres nocturnes.
On croit du reste, en général, qu'on a
le'droit de s'armer en en faisant la de-
mande à l'autorité. Or, ce droit n'existe
pas. Quand on venait me consulter à cet
égard, je répondais invariablement « Si
vous portez une arme, ce sera toujours
à vos risques et périls. M J'ajoutais à cela
des explications aussi détaillées que pos-
sible mais beaucoup de personnes pé-
titionnaient quand même en haut lieu.
Il est bon de savoir ce qui se passe en
pareil cas. La demande arrive au cabi-
net du préfet de police celui-ci fait cal-
ligraphier par un expéditionnaire du
cabinet un papier, toujours le même,
qui, par le canal du commissaire de po-
lice du quartier, est communiqué à
l' « impétrant ». Cette espèce de circu-
laire dit que: « La loi, tout en interdisant
le port de certaines armes, n'a pas voulu
enlever aux citoyens le moyen de se dé-
fendre. etc. etc. Bref, le1 pathos ad-
ministratif peut se résumer ainsi « Fai-
tes ce que vous voudrez,; nous répon-
dons de tout. à la condition qu'il n'arrive
rien a k
lie commissaire accompagne cette ré-
ponse de quelques considérations com-
plémentaires. Il énumère les principales
armes prohibées stylets, pistolets, trom-
blons,,etc. Ces derniers instruments n'é-
tant pas d'un usage courant aujourd'hui,
on en vient assez vite au revolver, objet
de la plupart des demandes. Cette arme,
qui remplace le pistolet d'antan, doit
avoir une longueur minima de 15 centi-
mètres de l'extrémité de la crosse à celle
du canon, donc, plus votre arme est lon-
gue, moins elle est prohibée Vous voilà
fixé!
Il est bon de dire que, dans la pra-
tique, on étend la prohibition à telle ou
telle catégorie d'armes, .suivant les indi-
vidus qui en ,sont porteurs. Si, par
exemple, un rôdeur de barrière ou un
souteneur est arrêté dans des conditions
plus ou moins suspectes mais n'ayant
pas précisément, au moment de son ar-
restation, toutes les herbes de la Saint-
Jean nécessaires à une condamnation
la police et la justice, désireuses de
mettre à l'abri ce particulier considéré
comme dangereux, se rattrapent sur le
couteau à virole, dit « nontron », dont il
est presque toujours porteur, pour lui
appliquer l'article 314 du Code pénal.
Résumons-nous. Pour ma part, je
n'ai jamais eu l'envie de porter une
arme: je craindrais d'abord d'en faire
usage et de m'attirer ainsi des tracas, et
puis, je n'aimerais pas bourrer mes po-
ches d'un objet aussi encombrant. Mais,
s'il vous platt de vous passer cette fan-
taisie, prenez un revolver ayant les 15
centimètres réglementaires et circulez
tranquillement. Gardez-vous, par exem-
ple, de vous en servir; évitez surtout de
vous faire prendre dans une bagarre ou
dans une manifestation quelconque avec
ledit objet sur vous; ou alors, en dépit
des 15 centimètres, gare la correction-
nelle
François Goron.
LES SERINS ROUGES
On connaissait les serins jaunes, les
serins blancs, les panachés. Jamais on
n'avait parlé de serins rouges.
Eh bien 1 je viens d'en voir, et non pas
un, à l'état de phénomène, mais toute
une caç/ée, comme dit l'inventeur de la
nouvelle race.
On sait qu'il existe non seulement en
France, mais encore à l'étranger, plu-
sieurssociétésserinophiles. L'une d'elles,
la « Parisienne »; organise une exposi-
tion qui aura lieu demain dimanche, au
Palais-Royal, chez Corazza, de une à qua-
tre heures. On y pourra voir, pour la
première fois, des serins rouges. Ils ne
concourront pas, puisque l'exposition ne
doit admettre officiellement que des se-
rins hollandais, et que lès serins rouges
obtenus à ce jour n'appartiennent pas à
cette race; mais ils y figureront à titre
de curiosité, à titre documentaire.
Leur inventeur, M. Bourez, est un mo-
deste qui ne veut point se parer des
plumes du paon. Il reconnait n'être que
le second père de l'invention que pour-
rait revendiquer une nation étrangère.
Il ne sait pourtant pas au juste laquelle.
Il a lu quelque part que des serins aux-'
quels on faisait manger du poivre de
Cayenne changeaient de couleur et deve-
naient rouges. Il a voulu essayer. Il a
choisi parmi ses serins ceux qui, étant
les plus foncés, semblaient prédisposés à
tourner au rouge. C'étaient des serins
anglais, de l'espèce nordwiçh. Il les
a mariés, a mis dans leur mangeoire du
poivre rouge. finement moulu.
La première couvée a donné un com-
mencement de résultat, une espérance-
Il placé alors dans la même cage la
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