Titre : Figaro : journal non politique
Éditeur : Figaro (Paris)
Date d'édition : 1880-04-28
Contributeur : Villemessant, Hippolyte de (1810-1879). Directeur de publication
Contributeur : Jouvin, Benoît (1810-1886). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 28 avril 1880 28 avril 1880
Description : 1880/04/28 (Numéro 119). 1880/04/28 (Numéro 119).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
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Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
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Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Description : Collection numérique : France-Brésil Collection numérique : France-Brésil
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k277448n
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
LE FIGARp MERCREDI :28 AVRIL 1880
3
Variétés
VINGT ANS DE POLICE
SOUVENIRS ET ANECDOTES
D'UN ancies OFFICIER db paix(I)
IV
Souvenirs rétrospectifs à propo^^H\?jïp?t&urj5«|-
,pommerais. Une descente de jiisuee au4m|ie\
d'une noce. Un mot de ïrourreâu. •£&
Le dr -•̃ > -,• C-
Le journalisme .la» à J'ijisfar deâ
journaux anglais et aniépïcams, a inau-
guré depuis une vingtaine d'années un/
genre d'informations à oMfàfliçer:conna
sous le nom de reportage. x L _>
Ce reportage a conquis la faveur du
public, et a développé chez ce dernier
une curiosité insatiable pour tout ce qui
touche de près ou de loin aux scandales
parisiens et aux affaires criminelles.
L'indiscrétion a été élevée à la hau-
teur d'un art par MM. les reporters, et
aujourd'hui, ils poussent aussi loin que
possible dans la voie de l'information
policière ou judiciaire. Il n'est pas de
ruses qu'ils n'inventent pour se procurer
un renseignement inédit, et Dieu sait
quelle brochure intéressante on pourrait
publier sous ce titre indiscret les mys-
tères du reportage.
Mais malgré l'habileté professionnelle
de ces messieurs, il est des faits qu'ils
ne peuvent connaître et qui restent for-
cément ignorés du public.
Ces faits offrent parfois un réel inté-
rêt nous allons mettre le lecteur à même
d'en juger en évoquant à son intention
des souvenirs rétrospectifs qu'il ne con-
naît certes pas.
L'aflaïre du docteur Lapommerais eut
un grand retentissement et tous les
journaux de l'époque enregistrèrent mi-
nutieusement les moindres particulari-
tés de cet émouvant procès, digne pen-
dant de celui du docteur Castaing,
Quoiqu'on n'ait peut-être pas oublié
les faits principaux ayant servi de base
aux poursuites et amené la condamna-
tion à mort de ce criminel, nous croyons
devoir rappeler brièvement les diverses
phases de son crime.
Le docteur Lapommerais entretenait
des relations intimes avec Mme de P.
qui possédait uae assez modeste aisance.
Grâce aux suggestions de son « ami »,
cette dame, après avoir contracté une
assurance sur la vie en fit opérer le
transfert au profit de Lapommerais.
Avant d'arriver à ce résultat, le pré-
voyant médecin avait échangé avec Mme
de P. une correspondance dunt les
termes, dictés par lui, devaient (eu cas
de contestations avec les Compagnies)
établir péremptoirement toute l'insis-
tance employée par la pauvre femme
pour faire accepter à son docteur le bé-
néfice du transfert.
Peu de temps après le décès de Mme
de P. l'attention de la justice fut ap-.
pelée sur les circonstances assez singu-
lières de cette mort.
Une première autopsie, discrètement
pratiquée, démontra qu'unempoisonne-
ment avait été commis.
L'existence des contrats d'assurances
était connue, les soupçons se portèrent
naturellement sur la seule personne
ayant un intérêt sérieux à la mort de
Mme de P. c'est-à.-dire sur le docteur
Lapommerais. t
La profession de l'inculpé augmentait
encore les présomptions. Ce fut, si je ne
me trompe pas, M. de Gonet, juge d'ins-
truction, qu on chargea de cette affaire.
Ce magistrat décida- que l'interroga-
toire du docteur Lapommerais aurait
lieu un matin, à l'improviste, dans le
domicile de l'inculpé, et qu'on prendrait
ensuite toutes les mesures que compor-
teraient les circonstances. Les choses se
Î>assèrent ainsi. Un matin, à six heures,
e médecin vit arriver chez lui M. de
Gonet, assisté d'un substitut du Parquet
et de M, Demarquay, alors commissaire
de police aux délégations judiciaires. Le
juge d'instruction, avec beaucoup de ré-
serve et de méthode, interrogea Lapom-
merais sur la nature de ses rapports avec
Mme de P. surles conditions dans les-
quelles il l'avait connue, etc..
Le docteur répondit sans le moindre
trouble. Il fit d'une façon nette, précise,
(1) Traduction et reproduction interdites.
Feiiiileîoii du FIGARO du28 Avril 1880
52
LE BARON JEAN
L
Au regard aigu comme un stylet qu'elle
ui jeta, Boisgrimaud répondit en rele-
vant la tête d'un air vainqueur, et en
laissant flotter un sourire de triomphe
sur ses lèvres.
Louise,indignéede tant d'audàce,n'hé-
sita plus à croire qu'elle avait deviné
juste, et elle se promit, encore une fois,
de ne pas avoir de repos qu'elle n'eût
démasqué Maladet.
D'Arlac, très occupé- de Mme Lestre-
mont et ne supposant pas que Louise
viendrait au-devant de lui, d'Arlac ne vit
pas d'abord Mme de Navaillan, mais dès
qu'il l'aperçut, il courut à elle.
Eh bien lui dit-el!e, toutes nos
espérances se sont écroulées devant ce
malheur.
Hélas répondit Paul, l'état de cette
pauvre femme est si affreux, si lamen-
table que je n'ai pas eu le courage de pen-
ser à nous.
Brave garçon! murmura Louise.
Puis, elle ajouta:
VouIez-vous me présenter le doc-
teur Janvier.
Une minute après, Mme de Navaillan
tendait familièrement sa main au bon
médecin en lui disant
Nous vous connaissons depuis long-
temps, docteur, et j'ose dire que nous
vous aimons tous à qui mieux mieux.
Cela me met à l'aise, madame, ré-
pondit Janvier, pour vous dire que si j'ai
eu l'honneur d'entendre parler de vous
depuis moins longtemps, la vive sympa-
jfcie que vous m'avez inspirée en une
^econde a fait de moi votre dévoué ser-
viteur.
Merci, monsieur. J'espèrô donc que
nous serons vite des amis. En attendant,
vous nous permettrez de servir de fa-
mille à la pauvre feR.vf.oo que vous accem-
pagnez.
Madame Lestreiriunt qui entendit cela,
tourna lentement ses yeux humides vers
Mme de Navaill •. et l'on eût cru qu'elle
le récit qu'il avait préparé et dout l'en-
tiére confirmation devait se trouver dans
la fameuse correspondance citée plus
haut.
Pendant plus de trois heures, Lapom-
merais donna les plus minutieuses expli-
cations qui lui furent demandées, et cela
avec une sécurité dénotant tout à la fois
une bien grande audace et une bien
grande naïveté.
On arriva enfin au décès de Mme de
P. et aux faits particuliers qui l'avaient
entouré.
Ici, le docteur ne fut plus aussi maître
de lui-même, il avait' cru (ou feint de
croire), prétendit-il, que cette descente
» de justice était opérée à l'Instigation
,'» des Compagnies d assurances qui con-
» testaient la légitimité ou la régularité
» de l'acte de transfert passé à son pro-
» fit. Avoir à répondre sur les causes de
̃b la mort de Mme de P. ne lui était
» même pas venu à l'esprit et il était
» surpris, ajoutait-il, qu'on l'interrogeât
» sur ce point. »
Sa qualité de médecin ne lui permet-
tait pas aussi facilement qu'à tout autre
d'éluder certaines auestions. Il n'avait
pas soignéMmede P.soit, mais ilavait
dû' chercher et reconnaître les symp-
tômes de la maladie à laquelle elle suc-
combait.
C'était pour lui un devoir d'amitié, si-
non un devoir professionnel.
Plus l'argumentation devenait serrée,
plus les réponses de Lapommerais per.
daient de leur précision et étaient eva-
sives.
Les trois magistrats s'aperçurent im-
médiatement que l'homme instruit, ha-
bile qu'ils avaient devant eux se croyait
tellement à l'abri du soupçon, tellement
sûr qu'aucune tracé de son crime ne
pouvait être découverte, qu'il n'avait
songé à préparer sa défense qu'au point
de vue d'un procès civil à soutenir contre
les Compagnies d'assurances.
L'interrogatoire ne dura pas moins de
six heures. Quand il prit hn, la pâleur
de Lapommerais était extrême; son
trouble éclatait, malgré tous lès eftorts
qu'il tentait pour conserver son énergie.
On lui annonça alors qu'il allait être
emmené et retenu provisoirement. Cette
nouvelle acheva de l'accabler.
Il n'eut plus conscience do lui-même,
ses mains s'agitaient nerveusement, il
se levait, se rasseyait machinalement,
enfin,il s'habilla,puis demanda à manger.
Par un phénomène physique singulier
il put engloutir un én orme morceau de
rôti froid sans manger une seule bou-
chée de pain. Il but une carafe d'eau
tout entière.
Les yeux fixes, hagards, il dévorait
littéralement. En une minute, il s'était
rendu compte de la terrible situation dans
laquelle il se trouvait.
Non-seulement tout l'échafaudage qu'il
avait édifié avec tant de soin était ren-
versé, mais il comprenait que tous les
arguments qu'il avait invoqués se retour-
naient contre lui, et allaient fournir des
preuves accablantes à la justice.
Dans cet instant véritablement psycho-
logique, l'un des magistrats presents à
cette scène, se pencha vers son voisin et
lui dit à voix basse
C'est un homme mort
La fin du procès justifia cette prévi-
sion.
Certains incidents se produisirent au
cours de l'instruction et méritent d'être
consignés.
Le premier touche au comique. Le
voici
Lapommerais avait un dispensaire rue
du Bac. On dut le conduire un jour dans
cet endroit afinde rechercher un paquet
de digitale qu'il prétendait y avoir
laissé.
L'accusé, accompagné d'un commis-
saire de police, fut donc amené à cette
adresse.
Le concierge de la maison, sachant son
locataire prisonnier à Mazas, avait trouvé
fort commode de se servir de l'apparte-
ment momentanément vacant. Qu'on
juge de la surprise générale, lorsque le
commissaire de, police et Lapommerais
firent leur entrée dans la salle à man--
ger, où de nombreux convives se pres-
saient autour d'un couvert très correcte-
ment dressé. Le laboratoire du docteur
était transformé en cuisine; fioles, cor-
nues avaient fait place à de vénérables
bouteilles aux cachets multicolores et à
des casseroles fonctionnant avec acti-
vité.
Le dîner, à la traverse duquel se met-
avait compris, tant sa physionomie de-
vint plus intelligente.
Mais ce ne fut qu'un éclair. Au bout
.d'un instant elle reprit son impassibilité.
Où comptez-vous la conduire ? de-
manda Mme de Navaillan à Janvier, en
désignant la veuve de Lestremont.
Mon intention était de la placer
provisoirement dans la maison de santé
d'un de mes anciens camarades del'Ecole
de médecine.
Est-elle difficile à gouverner ?
Oh madame, 'pas plus qu'un petit
enfant.
Voulez-vous que je vous fasse une
proposition, docteur ?
Parlez, madame
Puisque nous devons être des amis,
confiez-moi votre malade. J'ai quatre
fois la place nécessaire pour la garder.
Mais, madame, cela peut vous gêner
beaucoup.
Ne croyez pas ça. Dans une maison
de santé les pauvres aliénés ont pour les
servir des gens à gages, durs, brutaux,
féroces quelquefois.
Chez moi, je la confierai aux soins de
deux bonnes religieuses qui la dorlote-
ront.
C'est que souvent les soins adonner
à cette catégorie de malades exigent une
installation spéciale.
Rapportez-vous-en à' moi, docteur.
Et puis vous serez bien plus à l'aise chez
moi pour discuter avec vos confrères les
aliénistes dont vous vous proposez sans
doute de solliciter le concours.
-Bien entendu, madame.
Allons, c'est convenu, vous allez
l'accompagner à mon hôtel.
C'est que, vraiment, je ne sais, ma-
dame.
Acceptez, docteur, dit d'Arlac, vous
en serez ravi plus tard.
Janvier ne résista pas davantage.
On fit monter Mme Lestremont dans la
voiture de Louise. Le docteur et d'Arlac
y prirent place également avec Mme de
Navaillan, et l'on quitta la gare de Lyon.
Quels seront les premiers soins
à lui donner? demanda l'hospitalière
Louise.
Oh! pour ce soir madame, un peu
de nourriture et un bon lit seront les
choses les plus nécessaires.
Elle est très fatiguée?
Horriblement par ce long voyage.
Qui sait si du repos et des soins intelli-
gents ne suffiront pas pour lui rendre la
raison.
L'état d'aliénation mentale dans lequel
Mme Lestremont venait d'arriver à Pa.
tait si inopinément la justice, était le
repas de noces du concierge
Cet homme, aussi économe que pra-
tique, resta confondu à l'aspect des deux
nouveaux venus, qu'on prit un instant
pour des dîneurs attardés.
Le repas se termina moins gaiement
qu'il n'avait commencé, car l'apparition
du commissaire de police produisit le
même eftet que la statue du Comman-
deur dans le Festin de Pierre.
Le second incident est dédié aux phy-
siologistes.
Extrait de la prison de Mazas pour être
conduit à son domicile, Lapommerais,
pendant le trajet; se fit raconter minu-
tieusement la double exécution d'Orsini
et de Pierri.
Il écouta ce récit avec une attention
des plus soutenues.
Voulait-il se familiariser avec l'écha-
faud vers lequel il se sentait entraîné?
Qui peut le dire ? f
Ce qui donnait encore plus d'étrangeté
à cet entretien, c'est que le docteur avait
un tic, consistant à baisser fréquemment t
la tête, comme s'il eût senti quelqu'un
lui passer la main sur le cou.
On peut se demander si déjà son ima-
gination ne lui faisait pas sentir le froid
tranchant du fatal couperet.
Enfin, un dernier détail. La veille du,
jour où. il comparut devant ses juges,
LaDommerais affirmait d'un ton très
calme et réellement 'convaincu que,
non seulement son acquittement était
certain, mais que le jugement était une
àflairo de pure forme pour couvrir le
Parquet d'avoir commis l'imprudence
I d'être allé aussi loin.
Ce grand coupable, nous a-t-on dit,
(et nous sommes fondés à croire ce
renseignement exact) aurait avoué son
crime d'un soûl mot au vénérable abbé
Croies, quelques secondes avant de. mon-
ter sur 1 écbafaud.
**#
De l'échafaud à l'exécuteur des hautes
œuvres, la transition est toute naturelle;
profitons en donc pour rapporter ici une
histoire horrible et absolument autuen-
tique. Avinain,ce boucher précurseur des
Billoir, des Barré et dei Prévost, Avi-
nain dontle «n'avouez jamais » final est
resté légendaire, fut guillotiné en 1863.
Le matin de l'exécution-, le bourreau,
après avoir rempli les formalités précé-
dant la remise du condamné à mort en-
tre ses mains, s'approcha d'Avinain.
Celui-ci se livra aussitôt contre M. de
Paris à un débordement d'injures, d'ë-
pouvantables épithètes^ telles qu'il n'en
avait jamais retenti- sous les murs du
grefle de la Roquette.
Calme et digne, l'exécuteur supporta
ce flot d'invectives sans y prêter la moin-
dre attention, du moins en apparence.
Les derniers apprêts terminés, le cri-
minel gravit les degrés do l'échafaud
(la guillotine, à cette époque, n'était pas
comme aujourd'hui établie deplain-pied)
il fut couché sur la bascule, la demi-lune
se rabattit sur le cou du misérable, puis.
puis. le bourreau quittant son patient,
vint sur le devant de la machine s'assu.
rer que tout était bien, reprit sa place près
du montant, leva posément la main,
pressa le ressort, et le couperet tomba
avec ce bruit sourdement sinistre qui ne
s'oublie jamais.
Pour tout spectateur n'ayant pas en-
core assisté à une exécution faite par M.
de Paris, les choses avaient dû paraître
s'être passées,avec une extrême rapidité.
II n'en était pas de même pour certains
fonctionnaires, obligés, par devoir, à
assister à ce lugubre spectacle. Aussi,
à quelque temps de là, l'un d'eux fit
remarquer à l'exécuteur des hautes œu-
vres qu'il avait été un peu moins vif
dans l'exécution d'Avinain que dans les
exécutions précédentes.
Le bourreau ne chercha pas à nier et,
accompagnant ces paroles d'un sourire
indescriptible, il répondit simplement
« Je l'ai lait attendre! »
8.
Le bourreau s'était souvenu des inju-
res du condamné à mort, le vengeur de
la société s'étaitmonstrueusement vengé
lui-même.
Il. l'avait fait attendre 1
Oui, il avait fait attendre, cet agoni-
sant, dont la vie était entre ses mains,
ris constituait un incident capitalpour
tous les personnages de cette histoire.
Le baron et Denisard en étaient aux
anges, il serait oiseux de le répéter.
Martineau lui-même, qui le prenait de
si haut avec Maladet, avait appris la nou-
velle avec une vive satisfaction.
Cela lui permettait de continuer à
jouer son rôle d'hbmme généreux et
bourré de vertus.
Son plan était de se faire une réputa-
tion d'intégrité si bien établie qu'il pour-
rait ensuite braver les événements les
plus néfastes.
Mme de Navaillan était écrasée, sa
vengeance lui échappait. Bourgachon,
pour des raisons qu'il ne laissait pas en-
core deviner, se désolait autant qu'elle,
et d'Arlac ne s'illusionnait pas sur les
conséquences d'un pareil malheur.
Son amour et ses espérances couraient
de grands dangers, M. Destrem étant,
par sa nature bourgeoise et mesquine,
assez disposé à voir dans un homme
aussi riche que Boisgrimaud la victime
d'une haine injustifiable et d'une jalou-
sie très compréhensible.
Mais celui qui se trouvait le plus du-
rement atteint par la folie de Mme Des-
tremont, était M. Médard.
Le juge d'instruction, averti par le
parquet de Saint-Denis de la prochaine
arrivée de la veuve etsachant que celle-
ci prétendait connaître le meurtrier de
son mari, le juge d'instruction, dis-je,
considérait l'éclaircissement de ce som-
bre drame comme une aftaire faite.
Dès que la malheureuse femme aurait
mis le pied à Paris, il comptait l'inter-
roger. Renseigné sur le jour et l'heure
où elle débarquerait à Marseille, il avait
pris ses précautions pour être prêt à agir
avec la plus grande promptitude.
Et voilà que son principal témoin,
voilà que celle qui lui apportait la lu-
mière arrivait privée de raison, sans mé-
moire, sans intelligence.
M. Médard croyait tenir la solution de
son problème et cette solution lui échap-
pait de nouveau pour toujours peut-être.
A défaut de Mme Lestremont, il espé-
ra une minute que le docteur Janvier
saurait les secrets de celle-ci.
Comme d'Arlac, comme Mme de Na-
vaillan, comme Maladet lui même, il
s'attendait à recevoir l'explication du
mystère. De seconde main à la vérité.
Mais qu'importe!
Hélas il fallut aussi renoncer à cette
espérance. ,i
Le docteur ne put rien répondre.
M. Médardlui demanda vainement s'il
il avait fajt attendre fo'ni que la Justice
des hommes avait condamné et que la
justice divine attendait.
Jalb.
{La suite à mercredi prochain-)
LETTRE DE BRUXELLES
L'affaire du Grand-IIôtel (Suite). La question
des bas-fonds du Parc. Projets dans l'eau.
Les auteurs français on Belgique. Les droits
d'auteur à la Monnaie. Le crime de Lein-
becq. Offenbach à Bruxelles. Le bénéfice
dôM.Devoyod à la Monnaie. Fia de l'odyssée
Philippart.
• Le grand événement, pour les Bruxel-
lois, cette semaine, comme la semaine
précédente, a été la fermeture du Grand-
Hôtel du boulevard Central. L'adminis-
tration communale, vivement critiquée h
ce propo"-?, a tenu à dégager sa responsa-
bilité de l'aventure en declarant que c'é-
tait le Tribunal de Commerce qui avait
ordonné la fermeture de cet important
établissement, le plus beau et le plus
grand de Bruxelles. Sur ce une polémi-
que très vive a commencé dans les jour-
naux entre les curateurs des différentes
faillites des entreprises Mosnier. Tout
cela n'aurait pour les lecteurs du Figaro
qu'un intérêt bien effacé, si je ne pouvais
ajouter tout de suite qu'il est plus aue
probable que le Grand-Hôtel sera rou-
vert le 16 mai prochain. Des combinai-
sons dans ce sens se négocient à l'Hôtel
de Ville-, et elles ont les meilleures chan-
ces d'aboutir.
#*#
Le conseil communal de Bruxelles
tient de très fréquentes séances depuis
quelque temps; et à chacune de ces
séances on voit figurer dans l'ordre du
jour une affaire mystérieuse dont la dis-
cussion s'ajourne de séance en séance et
qu'on paraît disposé à ne vouloir expé-
dier qu'en comité secret.
Cela s'appelle « l'Affaire des bas-fonds
du Parc ». Ces bas-fonds du Parc, ce
sont ces deux grands trous qui se trou-
vent dans le Parc, du côté qui fait face
au palais du Roi. Pendant les combats de
septembre 1830, ces trous servirent de
dernier refuge aux soldats hollandais,
refoulés dans le Parc. Au fond de l'un
d'eux il y a un buste de Pierre-le-Grand,
devant une fontaine dont la margelle
porte une inscription latine d'où il sem-
ble résulter que le czar Pierre se serait
un jour laisse choir en cet endroit, ayant
trop bu (libato vino).
Dans ces bas-fonds, des chemins sont
tracés, mais l'accès n'en est. pas permis
au public. Ce sont, en somme, d'assez
vilains trous, qui ne servent a1 rien, et,
comme le soulier de l'Auvergnat, tien-
nent de la place.
Le Roi, dont je vous ai conté souvent
les goûts jardiniers, voudrait faire dis-
paraître ces bas-fonds disgracieux. Il a
propose à la ville de Bruxelles de les
combler à ses frais et d'y faire planter
de jolis parterres de fleurs. C'est cette
proposition qu'il s'agit d'accepter ou de
refuser administrativement, et voilà
pourquoi la question des bas-fonds est
mise si souvent à l'ordre du jour des
séances du conseil communal.
Et on ne se décide pas à l'aborder. La
chose paraît pourtant bien simple. Elle
ne l'est pas tant que cela. A coté de ce
projet de combler les bas-fonds, du Parc,
il en est un autre, entrevu depuis long-
temps, et qui ne viserait à rien moins
qu'à prolonger le Parc jusqu'au trottoir
même du Palais, en supprimant la place
qui les sépare, de façon à ce que le Parc
devienne le jardin du Palais.
Voilà ce qu'on n'ose pas dire, ce qu'on
n'ose pas proposer surtout, et voilà
pourquoi la question des bas-fonds s'é-
ternise sans solution.
Tandis que ces négociations entre le
Roi et la ville traînent sans aboutir,
S. M. Léopold II vient défaire une affaire
avec l'Etat. Il lui cède pour l'agrandisse-
ment du Parc royal de Laeken un terri-
toire de 9 hectares; en échange l'Etat
cède au Roi quelques hectares dans le
Luxembourg etàTervueren, letout d'une
valeur d'un million trois cent mille
francs, en chiffres ronds.
Un projet de loi vient d'être soumis
aux Chambres pour approuver cette
convention. Ce projet sera lestement
voté, la session législative devant se ter-
miner au plus tard le 5. mai pour per-
mettre aux représentants que la réélec-
tion quatriennale atteint au mois de
savait pourquoi Lestremont avait touché
ses soixante et onze mille francs, et ce
| qu'il comptait en faire.
Il l'interrogea longuement sur la vie
que la victime du Point-du-Jour menait
à la Réunion.
Sur ce sujet, Janvier put être un peu
plus explicite.
Il raconta ce que tout le monde savait.
Lestremont, -dit-il, semblait pour-
suivi par les plus sombres pensées. Il
sortait presque toujours seul, évitait ses
amis, ne parlait pas. On l'avait vu gesti-
culer avec véhémence quand il se croyait
seul. Parfois au bord de la mer il parlait
seul, pendant de longues heures. Mais
personne n'avait jamais entendu ce qu'il
disait.
On ne soupçonnait donc pas la cause
de cette immense tristesse.
-Non, répondit le docteur.
Cependant la population des petites
villes est ordinairement cancanière.
C'est vrai.
-Et les habitants de Saint-Denis ne
doivent pas être exempts de ce travers.
–.En effet.
Eh bien, vous savez qu'à défaut de
la vérité difficile à découvrir, les mau-
vaises langues trouvent des calomnies
ou même de simples contes pour expli-
quer ce que nul ne comprend.
Je sais tout cela oui, monsieur, et
j'ai bien entendu tenir des propos
étranges sur Lestremont mais je n'y ai
attaché, je l'avoue, qu'une importance
extrêmement médiocre.
-Bon! encore une fois, quels étaient
ces propos.
On avait remarqué la coïncidence
de la mort de ses enfants arrivée le jour
anniversaire de la mort de Georges Pa-
renty.
Ah c'est quelque chose.
On savait que la fille adoptive de ce
dernier n'avait rien touché de sa succes-
sion et -Ton inventait à ce propos des
histoires sans queue ni tête.
La Providence vengeant la jeune fille,
jouait un grand rôle dans ces histoires,
et l'on flnit par dire que Lestremont,
persuadé lui-même de l'illégitimité de
son legs, devait être malheureux jus-
qu'au jour où il le restituerait.
Bien. Ce legs, si je ne me trompe,
monsieur, s'élevait à la somme de.
-De soixante mille francs.
Très bien! Lestremont a touché
soixante et onze mille francs chez M. le
banquier Noël. Trois ans et demi d'in-
térêt à cinq pour cent font bien environ
onze mille francs.
j t.i ï n daller s'occuper de leur réélection.
Il y a des circonscriptions, à Anvers, par
exemple, où la lutte sera très vive.
**•
Le représentant de M. Peragallo, c'est-
à-dire des auteurs français en Belgique,
M. Louis Cattreux, vient de publier une
brochure, énergique et fort intéressante
plaidoirie en faveur des droits de pro-
priété littéraire, qui, de par les lois exis-
tantes, n'existent pour ainsi dire pas, en
Belgique, pour les auteurs français. Vous
avez vu que 1ers du procès intenté par
M. Gattreox,au nom de M. Emile Zola, à
un traducteur flamand qui faisait jouer
à Anvers V Assommoir sans payer un sou
de droits, le tribunal d'Anvers débouta
M. Emile Zola de son action et le con-
damna même à payer les frais du procès.
Et cela parce que, d'après « les lois exis-
tantes » il y ena ici aussi M. Emile Zola
devait, pour s'assurer la propriété de son
drame, le faire traduire lui-même et pu-
blier eu flamand trois mois au plus tard
après la. première représentation. Faute
d'avoir accompli cette formalité, V Assom-
moir avait cessé d'être la pièce de M.
Emile Zola et devenait la propriété du
premier venu qui voulait prendre la
peine de l'arranger ou de la déranger
pour la scène flamande.
Et dire que dans les « les lois exis-
tantes cela s'appelle « garantir les droits
de la propriété littéraire ». Une jolie ga-
rantie, en vérité, que celle qui vous dé-
jpouille de votre bien parce que vous ne
savez pas le flamand
L'opuscule de M. Cattreux contient
bien d'autres révélations aussi surpre-
nantes. Croiriez-vous qu'au théâtre de la
Monnaie, à Bruxelles, on joue tout le
grand répertoire d'opéra et d'opéra-co-
mique, des pièces comme Robert, comme
Guillaume Tell, comme la Dame Blanche,
comme la Favorite, sans payer un centime
de droits d'auteur?
On ne paie que pour les ouvrages pa-
rus après la date du 14 mai 1854. Mais
qu'est-ce qu'on paie? C'est inimagina-
ble. M. Cattreux a pris comme exemple
les dernières représentations données à
Bruxelles par Mme Patti. Elle a joué
Aida, Faust, le Trouvère, la Traviata, Lucie
et le Barbier. Ces quatre premiers ouvra-
ges seuls donnent lieu à la perception
d'un droit d'auteur. Le total des recettes
s'est élevé pour les sept représentations
à 140,000 francs, sur lesquels M. Cat-
treux, chargé de percevoir les droits des
auteurs, a touché pour eux la somme to-
tale de 72 francs, 36 francs pour les mu-
siciens et le reste pour les librettistes
Dans ces conditions-là, parler de "ga-
rantie pour la propriété littéraire, n'est-ce
pas une dérision?
Le moment paraît favorablement
choisi pour obtenir la cessation de cette
iniquité. Le chef du cabinet actuel, M.
Frère Orban, a été quelque peu auteur
dramatique dans sa jeunesse. Une dé-
marche faite auprès de lui, en faveur de
ses confrères d'autrefois, ne pourrait
trouver mauvais acceil. C'est dans cette
pensée que je vous ai signalé le travail
de M. Louis Cattreux; le ministère des
Beaux-Arts de France y trouvera des
arguments sans réplique.
#*#
Le crime horrible de la,rue de Grenelle
a eu son imitation chez nous, à part les
odieuses précautions prises par l'assas-
sin de Paris pour faire. disparaître les
traces de son crime. C'est à Lembecq,
un petit village qui sourit au voyageur
venant de France, quelques minutes
avant l'arrivée à Bruxelles. Un valet de
ferme nommé Frédéric Decoster a étran-
glé la fille de ses maîtres pour accomplir
sur elle pendant son agonie un mons-
trueux attentat.
Le coup fait, Decoster avait pris la fuite
et ne pouvait craindre que sa disparition
allât grossir la liste si longue des assas-
sinats restés impunis en Belgique, mais
hier soir on aapprisqu'il avait été arrêté
à Mons, où il se promenait tranquille-
ment. Il n'a fait aucune résistence et s'est
empressé de faire des aveux complets,
comme s'il s'agissait de la chose la plus
naturelle du monde. Depuis ce matin, il
est écroué à la prison des Petits-Carmes,
à Bruxelles.
#
Grande fête, ce soir, au théâtre des
Galeries-Saint-Hubei't. C'est le bénéfice
de Mlle Lucy Abel, la Fille du Tambour-
-En effet, fitle docteur, frappé de ce
calcul si simple. Faudrait-il donc croire
qu'il était venu en France pour restituer
cet argent ?
Peut-être. Mais abordons un autre
,point de cette affaire. Le testament de
Parenty était-il régulier?
Oh! tout à fait. Je n'ignore pas qu'on
a en France des doutes sur ce point et
vous devez en avoir été informe.
Oui.
Mais je suis passé chez Parenty
deux heures avantsa mort et le testament
était fait. De plus, le notaire qui l'a reçu
est d'une probité scrupuleuse. On le con-
sidère à Bourbon comme le plus honnête
homme de la colonie.
Je vous remercie. Maintenant peut-
on espérer que Mme Lestremont recou-
vre la raison.
Mon Dieu, monsieur, répondit le
docteur, nous avons eu hier une consul-
tation à laquelle ont pris part MM. Le-
grand du Saulle, Lasègue, Blanche et
quelques autres aliénistes distingués. Je
dois dire que tous ou presque tous ont
déclaré que le mal était sans remède.
Et votre avis personnel?
Je suis un bien humble personnage
auprès de ces sommités de l'art médical,
mais je ne pense pas tout à fait comme
ces messieurs.
Vous espérez ?
-Le mot espérer ne traduirait pas
bien mon sentiment. Je ne désespère pas
rendrait mieux ma. pensée. Un événe-
ment inattendu, extraordinaire, une im-
pression subite et violente pourraient à
mon sens, ranimer tout d'un coup cette
intelligence à demi-éteinte.
Quelle sorte d'événement? Quelle
espèce d'impression ?
C'est fort difficile à dire. Si, par ha-
sard, elle se trouvait en présence du
meurtrier par exemple, la terreur ou
l'instinct de la vengeance lui ferait re-
trouver peut-être ses esprits.
Ah fit M. Médard désappointé,
c'est donc sur un hasard improbable.
impossible qu'il faudrait compter.
Hélas!
Car,' comment supposer que dans
cette fourmilière qui s'appelle Paris,Mme
Lestremont, appelée, dans son état, à
sortir rarement, se trouve précisément
en présence de celui qu'elle voulait ac-
cuser. Il faudrait un miracle.
Les juges d'instruction plus peut-
être que qui ce soit, sont réfractaires aux
miracles. M. Médard prononça ces der-
nier:» parole;* du ton >• Y.n homme que
«•̃ -••«. ûq fêussir abandonne tout à fait.
Major. Le maëstro Offenbach est venu
tout exprès pour la solennité et conduira
lui-même l'orchestre. On lui prépare une
ovation formidable.
Les représentations à bénéfice son-C,
du reste, à Bruxelles, da véritables ma-
nifestations publiques. L'autre soir, à la
Monnaie, notre excellent baryton, M. De-
voyod, n'apas reçu moins de seize couron-
nes, grandes comme desrouesde cabrio-
let, plus des bouquets à ne savoir où les
mettre, plus un objet d'art en bronze, plus
deux vases. en porcelaine de Chine, plus
des boutons de manchettes de quoi
remplir une tapissière. Mais ce n'est pas
ce qu'il y a de plurcurieuxdans l'aflaire:
au théâtre de la Monnaie, il n'y a pas de
représentations à bénéfices. Eh bien! les
hamtués ont loué la salle pour en offrir
une à leur baryton, qui, pour les remer-
cier, a chante le rôle, de Charles VI d'une
façon vraiment admirable.
**#
Pour mémoire, un détail. Des affiches,
apposées sur les murs d'un hôtel avec
grand jardin et d'une a maison de rentier,
située à côté, sur la chaussée deCharle-
roi, àSaint-Gilles, faubourg deBruxelles,
annoncent la mise en vente, pour le
mardi 11 mai, de ces deux immeubles,
appartenant à M.Philippart.
Ce sera, pour l'odyssée du fainaux
financier, le mot de lafin.
Perkéo.
M FÂlSIill EN: ESPAGNE
L'exécution d'Otero
On nous communique une lettre qui a déjà
deux -ou trois semaines de date, mais elle 6
nous a paru d'un tour si spirituel et d'un style
si alerte que nous n'avons pas hésité à abu-
ser de la communication.
La jeune femme qui l'a signée est une Pa.
risienne fort connue et fort élégante. Son,
nom.nous ne vous le dirons pas. tout de
suite..
Madrid; avril 1880.
Je ne saurais même pas dire quel jour
ce sera aujourd'hui; ma chère Marie, je
mène une existence si dissemblable de
celle de Paris, que je ne sais comment je (3
vis. Je compte les jours par les nuits
passées ainsi, c'est la troisième nuit.
que je couche à Madrid. Comptez com-
bien il y a de temps que je suis partie,
si vous voulez moi. il m'importe peu
vous voyez, j'ai déjà l'insousiance espa-
gnole J'ai vu un tas de choses et de
gens. Ici, c'est merveilleux on coudoie
le roi, on fréquente les princes, on est
familier avec les ducs, on honore les
marquis, on méprise les comtes et on
trépigne sur les seigneurs de toutes
sortes. Les Espagnols sont vraiment
charmants
Que de choses j'aurais à, vous dire.
mais j'ai une si mauvaise plume, trois
bacs, pourtant. Je vais tâcher de procé-
der par ordre pour bavarder un peu avec
vous, tout comme si c'était un dimanche
à Paris.
J'habite un très bel appartement chez
el senor Cataldi, un Italien. La maison
est fréquentée généralement par les
artistes de passage. Les murs sont tapis-
sés de photogravures représentant Marie
Sass, Mme Lagrange, Tamburini, Ru-
bini je couche même, paraît-il, dans le
lit de Tamberlick. J'avais bien peur, la
première nuit, qu'il ne sortît un ut de
dessous les couvertures (qui sont trop
petites). En face de mes fenêtres, un jar-
din et le palais du roi. A droite, vue sur
la campagne de Madrid; à gauche, mai-
sons particulières. Musique militaire
deux fois par jour heureusement, c'est
la seule que j'aime. `
Je suis allée à la Chambre des Députés
le lendemain de mon arrivée, où j'ai vu
un incident entre le Gambatta d'ici et 1
président des Cortès. No tienes la pa'
labra, no tienes la palabra; no tienes la
palabra disait le président, et l'autre
s'obstinait à parler quand même il
s'agissait, je crois, de l'assassin du roi,
Ottero le député de l'opposition avait à
placer, comme'toujours en pareil cas,
un discours contre l'application de la
peine de mort.
J'ai vu le régicide Oltero rendre à Dieu
ou au diable son âme, au moyen de la
garrotte. J'ai même fait connaissance
d'un marquis (encore) au lieu du sup-
plice. Par le député Corréa, deux agents
Le docteur Janvier n'avait pas oublié,
certes, les propos que lui avait tenus
d'Ar!ac sur Maladet et Denisard.
Mais il ne jugea pas que de simples
soupçons nés dans la tête un peu montée
de Mme de Navaillan méritassent d'ètre
rapportés, quand ils pouvaient avoir des
conséqurneestrès graves.
D'ailleurs, pourquoi en aurait-il parlée
lui, quand Lo'uise, Bourgachon et Paul
s'étaient gardés de rien faire savoir à- la
justice.
Et enfin, le docteur Janvier, on vient
de le voir, était convaincu que le te ita-
ment de Parenty était d'une régularité
parfaite. Il garda donc le silence.
Cette question que M. Médardvenait
de poser au médecin de la Réunion
Mme Lestremont est-elle guérissable ? i'
Maladet se l'était posée, lui aussi, dès les
premiers jours.
C'était pour lui d'une importance ca-
pitale.
Au cas où l'aflection mentale dont elle
souffrait ne devrait durer que quelques
jours, le baron ne pouvait compter que
sur un léger répit. Tandis que si son mal
était incurable, Maladet n'avait plus qu'à
hâter son mariage avec Marguerite.
Boisgrimaud s'adressa donc à un cé-
lèbre médecin aliéniste. Il lui expliqua,
d'une façon à peu près claire, mais tout
à fait mensongère, l'intérêt qu'il avait à
être fixé sur l'état de Mme Lestremont.
C'est, lui dit-il, une dame à qui j'ai
eu l'honneur de rendre autrefois quel-
ques services. J'ai pour elle une vive
affection qu'il ne m'est pas permis de
manifester. Je serais désireux de savoir
si je ne puis espérer sa guérison.
Ainsi présentée sa requête pouvait
être admise sans difficulté. Tous les mé-
decins du monde lui auraient promis de
visiter la malade sans dire à. personna
qu'ils venaient de sa part,
Le prince de la science n'eut aucune
peine à se faire présenter chez Mme de
Navaillan où sa réputation le fit accueil-
lir à bras ouverts.
Après avoir étudié longuement Mme
Lestremont, après avoir pris sur les cau-
ses de son mal tous les renseignements
possibles, il hocha douloureusement la
tête et, comme la plupart de ses confrè-
res; il déclara que, selon toute probabi-
lité, la pauvre femme ne guérirait ja-
mais.
CAMILLE DEBATS.
(La suite à demain*}
3
Variétés
VINGT ANS DE POLICE
SOUVENIRS ET ANECDOTES
D'UN ancies OFFICIER db paix(I)
IV
Souvenirs rétrospectifs à propo^^H\?jïp?t&urj5«|-
,pommerais. Une descente de jiisuee au4m|ie\
d'une noce. Un mot de ïrourreâu. •£&
Le dr -•̃ > -,• C-
Le journalisme .la» à J'ijisfar deâ
journaux anglais et aniépïcams, a inau-
guré depuis une vingtaine d'années un/
genre d'informations à oMfàfliçer:conna
sous le nom de reportage. x L _>
Ce reportage a conquis la faveur du
public, et a développé chez ce dernier
une curiosité insatiable pour tout ce qui
touche de près ou de loin aux scandales
parisiens et aux affaires criminelles.
L'indiscrétion a été élevée à la hau-
teur d'un art par MM. les reporters, et
aujourd'hui, ils poussent aussi loin que
possible dans la voie de l'information
policière ou judiciaire. Il n'est pas de
ruses qu'ils n'inventent pour se procurer
un renseignement inédit, et Dieu sait
quelle brochure intéressante on pourrait
publier sous ce titre indiscret les mys-
tères du reportage.
Mais malgré l'habileté professionnelle
de ces messieurs, il est des faits qu'ils
ne peuvent connaître et qui restent for-
cément ignorés du public.
Ces faits offrent parfois un réel inté-
rêt nous allons mettre le lecteur à même
d'en juger en évoquant à son intention
des souvenirs rétrospectifs qu'il ne con-
naît certes pas.
L'aflaïre du docteur Lapommerais eut
un grand retentissement et tous les
journaux de l'époque enregistrèrent mi-
nutieusement les moindres particulari-
tés de cet émouvant procès, digne pen-
dant de celui du docteur Castaing,
Quoiqu'on n'ait peut-être pas oublié
les faits principaux ayant servi de base
aux poursuites et amené la condamna-
tion à mort de ce criminel, nous croyons
devoir rappeler brièvement les diverses
phases de son crime.
Le docteur Lapommerais entretenait
des relations intimes avec Mme de P.
qui possédait uae assez modeste aisance.
Grâce aux suggestions de son « ami »,
cette dame, après avoir contracté une
assurance sur la vie en fit opérer le
transfert au profit de Lapommerais.
Avant d'arriver à ce résultat, le pré-
voyant médecin avait échangé avec Mme
de P. une correspondance dunt les
termes, dictés par lui, devaient (eu cas
de contestations avec les Compagnies)
établir péremptoirement toute l'insis-
tance employée par la pauvre femme
pour faire accepter à son docteur le bé-
néfice du transfert.
Peu de temps après le décès de Mme
de P. l'attention de la justice fut ap-.
pelée sur les circonstances assez singu-
lières de cette mort.
Une première autopsie, discrètement
pratiquée, démontra qu'unempoisonne-
ment avait été commis.
L'existence des contrats d'assurances
était connue, les soupçons se portèrent
naturellement sur la seule personne
ayant un intérêt sérieux à la mort de
Mme de P. c'est-à.-dire sur le docteur
Lapommerais. t
La profession de l'inculpé augmentait
encore les présomptions. Ce fut, si je ne
me trompe pas, M. de Gonet, juge d'ins-
truction, qu on chargea de cette affaire.
Ce magistrat décida- que l'interroga-
toire du docteur Lapommerais aurait
lieu un matin, à l'improviste, dans le
domicile de l'inculpé, et qu'on prendrait
ensuite toutes les mesures que compor-
teraient les circonstances. Les choses se
Î>assèrent ainsi. Un matin, à six heures,
e médecin vit arriver chez lui M. de
Gonet, assisté d'un substitut du Parquet
et de M, Demarquay, alors commissaire
de police aux délégations judiciaires. Le
juge d'instruction, avec beaucoup de ré-
serve et de méthode, interrogea Lapom-
merais sur la nature de ses rapports avec
Mme de P. surles conditions dans les-
quelles il l'avait connue, etc..
Le docteur répondit sans le moindre
trouble. Il fit d'une façon nette, précise,
(1) Traduction et reproduction interdites.
Feiiiileîoii du FIGARO du28 Avril 1880
52
LE BARON JEAN
L
Au regard aigu comme un stylet qu'elle
ui jeta, Boisgrimaud répondit en rele-
vant la tête d'un air vainqueur, et en
laissant flotter un sourire de triomphe
sur ses lèvres.
Louise,indignéede tant d'audàce,n'hé-
sita plus à croire qu'elle avait deviné
juste, et elle se promit, encore une fois,
de ne pas avoir de repos qu'elle n'eût
démasqué Maladet.
D'Arlac, très occupé- de Mme Lestre-
mont et ne supposant pas que Louise
viendrait au-devant de lui, d'Arlac ne vit
pas d'abord Mme de Navaillan, mais dès
qu'il l'aperçut, il courut à elle.
Eh bien lui dit-el!e, toutes nos
espérances se sont écroulées devant ce
malheur.
Hélas répondit Paul, l'état de cette
pauvre femme est si affreux, si lamen-
table que je n'ai pas eu le courage de pen-
ser à nous.
Brave garçon! murmura Louise.
Puis, elle ajouta:
VouIez-vous me présenter le doc-
teur Janvier.
Une minute après, Mme de Navaillan
tendait familièrement sa main au bon
médecin en lui disant
Nous vous connaissons depuis long-
temps, docteur, et j'ose dire que nous
vous aimons tous à qui mieux mieux.
Cela me met à l'aise, madame, ré-
pondit Janvier, pour vous dire que si j'ai
eu l'honneur d'entendre parler de vous
depuis moins longtemps, la vive sympa-
jfcie que vous m'avez inspirée en une
^econde a fait de moi votre dévoué ser-
viteur.
Merci, monsieur. J'espèrô donc que
nous serons vite des amis. En attendant,
vous nous permettrez de servir de fa-
mille à la pauvre feR.vf.oo que vous accem-
pagnez.
Madame Lestreiriunt qui entendit cela,
tourna lentement ses yeux humides vers
Mme de Navaill •. et l'on eût cru qu'elle
le récit qu'il avait préparé et dout l'en-
tiére confirmation devait se trouver dans
la fameuse correspondance citée plus
haut.
Pendant plus de trois heures, Lapom-
merais donna les plus minutieuses expli-
cations qui lui furent demandées, et cela
avec une sécurité dénotant tout à la fois
une bien grande audace et une bien
grande naïveté.
On arriva enfin au décès de Mme de
P. et aux faits particuliers qui l'avaient
entouré.
Ici, le docteur ne fut plus aussi maître
de lui-même, il avait' cru (ou feint de
croire), prétendit-il, que cette descente
» de justice était opérée à l'Instigation
,'» des Compagnies d assurances qui con-
» testaient la légitimité ou la régularité
» de l'acte de transfert passé à son pro-
» fit. Avoir à répondre sur les causes de
̃b la mort de Mme de P. ne lui était
» même pas venu à l'esprit et il était
» surpris, ajoutait-il, qu'on l'interrogeât
» sur ce point. »
Sa qualité de médecin ne lui permet-
tait pas aussi facilement qu'à tout autre
d'éluder certaines auestions. Il n'avait
pas soignéMmede P.soit, mais ilavait
dû' chercher et reconnaître les symp-
tômes de la maladie à laquelle elle suc-
combait.
C'était pour lui un devoir d'amitié, si-
non un devoir professionnel.
Plus l'argumentation devenait serrée,
plus les réponses de Lapommerais per.
daient de leur précision et étaient eva-
sives.
Les trois magistrats s'aperçurent im-
médiatement que l'homme instruit, ha-
bile qu'ils avaient devant eux se croyait
tellement à l'abri du soupçon, tellement
sûr qu'aucune tracé de son crime ne
pouvait être découverte, qu'il n'avait
songé à préparer sa défense qu'au point
de vue d'un procès civil à soutenir contre
les Compagnies d'assurances.
L'interrogatoire ne dura pas moins de
six heures. Quand il prit hn, la pâleur
de Lapommerais était extrême; son
trouble éclatait, malgré tous lès eftorts
qu'il tentait pour conserver son énergie.
On lui annonça alors qu'il allait être
emmené et retenu provisoirement. Cette
nouvelle acheva de l'accabler.
Il n'eut plus conscience do lui-même,
ses mains s'agitaient nerveusement, il
se levait, se rasseyait machinalement,
enfin,il s'habilla,puis demanda à manger.
Par un phénomène physique singulier
il put engloutir un én orme morceau de
rôti froid sans manger une seule bou-
chée de pain. Il but une carafe d'eau
tout entière.
Les yeux fixes, hagards, il dévorait
littéralement. En une minute, il s'était
rendu compte de la terrible situation dans
laquelle il se trouvait.
Non-seulement tout l'échafaudage qu'il
avait édifié avec tant de soin était ren-
versé, mais il comprenait que tous les
arguments qu'il avait invoqués se retour-
naient contre lui, et allaient fournir des
preuves accablantes à la justice.
Dans cet instant véritablement psycho-
logique, l'un des magistrats presents à
cette scène, se pencha vers son voisin et
lui dit à voix basse
C'est un homme mort
La fin du procès justifia cette prévi-
sion.
Certains incidents se produisirent au
cours de l'instruction et méritent d'être
consignés.
Le premier touche au comique. Le
voici
Lapommerais avait un dispensaire rue
du Bac. On dut le conduire un jour dans
cet endroit afinde rechercher un paquet
de digitale qu'il prétendait y avoir
laissé.
L'accusé, accompagné d'un commis-
saire de police, fut donc amené à cette
adresse.
Le concierge de la maison, sachant son
locataire prisonnier à Mazas, avait trouvé
fort commode de se servir de l'apparte-
ment momentanément vacant. Qu'on
juge de la surprise générale, lorsque le
commissaire de, police et Lapommerais
firent leur entrée dans la salle à man--
ger, où de nombreux convives se pres-
saient autour d'un couvert très correcte-
ment dressé. Le laboratoire du docteur
était transformé en cuisine; fioles, cor-
nues avaient fait place à de vénérables
bouteilles aux cachets multicolores et à
des casseroles fonctionnant avec acti-
vité.
Le dîner, à la traverse duquel se met-
avait compris, tant sa physionomie de-
vint plus intelligente.
Mais ce ne fut qu'un éclair. Au bout
.d'un instant elle reprit son impassibilité.
Où comptez-vous la conduire ? de-
manda Mme de Navaillan à Janvier, en
désignant la veuve de Lestremont.
Mon intention était de la placer
provisoirement dans la maison de santé
d'un de mes anciens camarades del'Ecole
de médecine.
Est-elle difficile à gouverner ?
Oh madame, 'pas plus qu'un petit
enfant.
Voulez-vous que je vous fasse une
proposition, docteur ?
Parlez, madame
Puisque nous devons être des amis,
confiez-moi votre malade. J'ai quatre
fois la place nécessaire pour la garder.
Mais, madame, cela peut vous gêner
beaucoup.
Ne croyez pas ça. Dans une maison
de santé les pauvres aliénés ont pour les
servir des gens à gages, durs, brutaux,
féroces quelquefois.
Chez moi, je la confierai aux soins de
deux bonnes religieuses qui la dorlote-
ront.
C'est que souvent les soins adonner
à cette catégorie de malades exigent une
installation spéciale.
Rapportez-vous-en à' moi, docteur.
Et puis vous serez bien plus à l'aise chez
moi pour discuter avec vos confrères les
aliénistes dont vous vous proposez sans
doute de solliciter le concours.
-Bien entendu, madame.
Allons, c'est convenu, vous allez
l'accompagner à mon hôtel.
C'est que, vraiment, je ne sais, ma-
dame.
Acceptez, docteur, dit d'Arlac, vous
en serez ravi plus tard.
Janvier ne résista pas davantage.
On fit monter Mme Lestremont dans la
voiture de Louise. Le docteur et d'Arlac
y prirent place également avec Mme de
Navaillan, et l'on quitta la gare de Lyon.
Quels seront les premiers soins
à lui donner? demanda l'hospitalière
Louise.
Oh! pour ce soir madame, un peu
de nourriture et un bon lit seront les
choses les plus nécessaires.
Elle est très fatiguée?
Horriblement par ce long voyage.
Qui sait si du repos et des soins intelli-
gents ne suffiront pas pour lui rendre la
raison.
L'état d'aliénation mentale dans lequel
Mme Lestremont venait d'arriver à Pa.
tait si inopinément la justice, était le
repas de noces du concierge
Cet homme, aussi économe que pra-
tique, resta confondu à l'aspect des deux
nouveaux venus, qu'on prit un instant
pour des dîneurs attardés.
Le repas se termina moins gaiement
qu'il n'avait commencé, car l'apparition
du commissaire de police produisit le
même eftet que la statue du Comman-
deur dans le Festin de Pierre.
Le second incident est dédié aux phy-
siologistes.
Extrait de la prison de Mazas pour être
conduit à son domicile, Lapommerais,
pendant le trajet; se fit raconter minu-
tieusement la double exécution d'Orsini
et de Pierri.
Il écouta ce récit avec une attention
des plus soutenues.
Voulait-il se familiariser avec l'écha-
faud vers lequel il se sentait entraîné?
Qui peut le dire ? f
Ce qui donnait encore plus d'étrangeté
à cet entretien, c'est que le docteur avait
un tic, consistant à baisser fréquemment t
la tête, comme s'il eût senti quelqu'un
lui passer la main sur le cou.
On peut se demander si déjà son ima-
gination ne lui faisait pas sentir le froid
tranchant du fatal couperet.
Enfin, un dernier détail. La veille du,
jour où. il comparut devant ses juges,
LaDommerais affirmait d'un ton très
calme et réellement 'convaincu que,
non seulement son acquittement était
certain, mais que le jugement était une
àflairo de pure forme pour couvrir le
Parquet d'avoir commis l'imprudence
I d'être allé aussi loin.
Ce grand coupable, nous a-t-on dit,
(et nous sommes fondés à croire ce
renseignement exact) aurait avoué son
crime d'un soûl mot au vénérable abbé
Croies, quelques secondes avant de. mon-
ter sur 1 écbafaud.
**#
De l'échafaud à l'exécuteur des hautes
œuvres, la transition est toute naturelle;
profitons en donc pour rapporter ici une
histoire horrible et absolument autuen-
tique. Avinain,ce boucher précurseur des
Billoir, des Barré et dei Prévost, Avi-
nain dontle «n'avouez jamais » final est
resté légendaire, fut guillotiné en 1863.
Le matin de l'exécution-, le bourreau,
après avoir rempli les formalités précé-
dant la remise du condamné à mort en-
tre ses mains, s'approcha d'Avinain.
Celui-ci se livra aussitôt contre M. de
Paris à un débordement d'injures, d'ë-
pouvantables épithètes^ telles qu'il n'en
avait jamais retenti- sous les murs du
grefle de la Roquette.
Calme et digne, l'exécuteur supporta
ce flot d'invectives sans y prêter la moin-
dre attention, du moins en apparence.
Les derniers apprêts terminés, le cri-
minel gravit les degrés do l'échafaud
(la guillotine, à cette époque, n'était pas
comme aujourd'hui établie deplain-pied)
il fut couché sur la bascule, la demi-lune
se rabattit sur le cou du misérable, puis.
puis. le bourreau quittant son patient,
vint sur le devant de la machine s'assu.
rer que tout était bien, reprit sa place près
du montant, leva posément la main,
pressa le ressort, et le couperet tomba
avec ce bruit sourdement sinistre qui ne
s'oublie jamais.
Pour tout spectateur n'ayant pas en-
core assisté à une exécution faite par M.
de Paris, les choses avaient dû paraître
s'être passées,avec une extrême rapidité.
II n'en était pas de même pour certains
fonctionnaires, obligés, par devoir, à
assister à ce lugubre spectacle. Aussi,
à quelque temps de là, l'un d'eux fit
remarquer à l'exécuteur des hautes œu-
vres qu'il avait été un peu moins vif
dans l'exécution d'Avinain que dans les
exécutions précédentes.
Le bourreau ne chercha pas à nier et,
accompagnant ces paroles d'un sourire
indescriptible, il répondit simplement
« Je l'ai lait attendre! »
8.
Le bourreau s'était souvenu des inju-
res du condamné à mort, le vengeur de
la société s'étaitmonstrueusement vengé
lui-même.
Il. l'avait fait attendre 1
Oui, il avait fait attendre, cet agoni-
sant, dont la vie était entre ses mains,
ris constituait un incident capitalpour
tous les personnages de cette histoire.
Le baron et Denisard en étaient aux
anges, il serait oiseux de le répéter.
Martineau lui-même, qui le prenait de
si haut avec Maladet, avait appris la nou-
velle avec une vive satisfaction.
Cela lui permettait de continuer à
jouer son rôle d'hbmme généreux et
bourré de vertus.
Son plan était de se faire une réputa-
tion d'intégrité si bien établie qu'il pour-
rait ensuite braver les événements les
plus néfastes.
Mme de Navaillan était écrasée, sa
vengeance lui échappait. Bourgachon,
pour des raisons qu'il ne laissait pas en-
core deviner, se désolait autant qu'elle,
et d'Arlac ne s'illusionnait pas sur les
conséquences d'un pareil malheur.
Son amour et ses espérances couraient
de grands dangers, M. Destrem étant,
par sa nature bourgeoise et mesquine,
assez disposé à voir dans un homme
aussi riche que Boisgrimaud la victime
d'une haine injustifiable et d'une jalou-
sie très compréhensible.
Mais celui qui se trouvait le plus du-
rement atteint par la folie de Mme Des-
tremont, était M. Médard.
Le juge d'instruction, averti par le
parquet de Saint-Denis de la prochaine
arrivée de la veuve etsachant que celle-
ci prétendait connaître le meurtrier de
son mari, le juge d'instruction, dis-je,
considérait l'éclaircissement de ce som-
bre drame comme une aftaire faite.
Dès que la malheureuse femme aurait
mis le pied à Paris, il comptait l'inter-
roger. Renseigné sur le jour et l'heure
où elle débarquerait à Marseille, il avait
pris ses précautions pour être prêt à agir
avec la plus grande promptitude.
Et voilà que son principal témoin,
voilà que celle qui lui apportait la lu-
mière arrivait privée de raison, sans mé-
moire, sans intelligence.
M. Médard croyait tenir la solution de
son problème et cette solution lui échap-
pait de nouveau pour toujours peut-être.
A défaut de Mme Lestremont, il espé-
ra une minute que le docteur Janvier
saurait les secrets de celle-ci.
Comme d'Arlac, comme Mme de Na-
vaillan, comme Maladet lui même, il
s'attendait à recevoir l'explication du
mystère. De seconde main à la vérité.
Mais qu'importe!
Hélas il fallut aussi renoncer à cette
espérance. ,i
Le docteur ne put rien répondre.
M. Médardlui demanda vainement s'il
il avait fajt attendre fo'ni que la Justice
des hommes avait condamné et que la
justice divine attendait.
Jalb.
{La suite à mercredi prochain-)
LETTRE DE BRUXELLES
L'affaire du Grand-IIôtel (Suite). La question
des bas-fonds du Parc. Projets dans l'eau.
Les auteurs français on Belgique. Les droits
d'auteur à la Monnaie. Le crime de Lein-
becq. Offenbach à Bruxelles. Le bénéfice
dôM.Devoyod à la Monnaie. Fia de l'odyssée
Philippart.
• Le grand événement, pour les Bruxel-
lois, cette semaine, comme la semaine
précédente, a été la fermeture du Grand-
Hôtel du boulevard Central. L'adminis-
tration communale, vivement critiquée h
ce propo"-?, a tenu à dégager sa responsa-
bilité de l'aventure en declarant que c'é-
tait le Tribunal de Commerce qui avait
ordonné la fermeture de cet important
établissement, le plus beau et le plus
grand de Bruxelles. Sur ce une polémi-
que très vive a commencé dans les jour-
naux entre les curateurs des différentes
faillites des entreprises Mosnier. Tout
cela n'aurait pour les lecteurs du Figaro
qu'un intérêt bien effacé, si je ne pouvais
ajouter tout de suite qu'il est plus aue
probable que le Grand-Hôtel sera rou-
vert le 16 mai prochain. Des combinai-
sons dans ce sens se négocient à l'Hôtel
de Ville-, et elles ont les meilleures chan-
ces d'aboutir.
#*#
Le conseil communal de Bruxelles
tient de très fréquentes séances depuis
quelque temps; et à chacune de ces
séances on voit figurer dans l'ordre du
jour une affaire mystérieuse dont la dis-
cussion s'ajourne de séance en séance et
qu'on paraît disposé à ne vouloir expé-
dier qu'en comité secret.
Cela s'appelle « l'Affaire des bas-fonds
du Parc ». Ces bas-fonds du Parc, ce
sont ces deux grands trous qui se trou-
vent dans le Parc, du côté qui fait face
au palais du Roi. Pendant les combats de
septembre 1830, ces trous servirent de
dernier refuge aux soldats hollandais,
refoulés dans le Parc. Au fond de l'un
d'eux il y a un buste de Pierre-le-Grand,
devant une fontaine dont la margelle
porte une inscription latine d'où il sem-
ble résulter que le czar Pierre se serait
un jour laisse choir en cet endroit, ayant
trop bu (libato vino).
Dans ces bas-fonds, des chemins sont
tracés, mais l'accès n'en est. pas permis
au public. Ce sont, en somme, d'assez
vilains trous, qui ne servent a1 rien, et,
comme le soulier de l'Auvergnat, tien-
nent de la place.
Le Roi, dont je vous ai conté souvent
les goûts jardiniers, voudrait faire dis-
paraître ces bas-fonds disgracieux. Il a
propose à la ville de Bruxelles de les
combler à ses frais et d'y faire planter
de jolis parterres de fleurs. C'est cette
proposition qu'il s'agit d'accepter ou de
refuser administrativement, et voilà
pourquoi la question des bas-fonds est
mise si souvent à l'ordre du jour des
séances du conseil communal.
Et on ne se décide pas à l'aborder. La
chose paraît pourtant bien simple. Elle
ne l'est pas tant que cela. A coté de ce
projet de combler les bas-fonds, du Parc,
il en est un autre, entrevu depuis long-
temps, et qui ne viserait à rien moins
qu'à prolonger le Parc jusqu'au trottoir
même du Palais, en supprimant la place
qui les sépare, de façon à ce que le Parc
devienne le jardin du Palais.
Voilà ce qu'on n'ose pas dire, ce qu'on
n'ose pas proposer surtout, et voilà
pourquoi la question des bas-fonds s'é-
ternise sans solution.
Tandis que ces négociations entre le
Roi et la ville traînent sans aboutir,
S. M. Léopold II vient défaire une affaire
avec l'Etat. Il lui cède pour l'agrandisse-
ment du Parc royal de Laeken un terri-
toire de 9 hectares; en échange l'Etat
cède au Roi quelques hectares dans le
Luxembourg etàTervueren, letout d'une
valeur d'un million trois cent mille
francs, en chiffres ronds.
Un projet de loi vient d'être soumis
aux Chambres pour approuver cette
convention. Ce projet sera lestement
voté, la session législative devant se ter-
miner au plus tard le 5. mai pour per-
mettre aux représentants que la réélec-
tion quatriennale atteint au mois de
savait pourquoi Lestremont avait touché
ses soixante et onze mille francs, et ce
| qu'il comptait en faire.
Il l'interrogea longuement sur la vie
que la victime du Point-du-Jour menait
à la Réunion.
Sur ce sujet, Janvier put être un peu
plus explicite.
Il raconta ce que tout le monde savait.
Lestremont, -dit-il, semblait pour-
suivi par les plus sombres pensées. Il
sortait presque toujours seul, évitait ses
amis, ne parlait pas. On l'avait vu gesti-
culer avec véhémence quand il se croyait
seul. Parfois au bord de la mer il parlait
seul, pendant de longues heures. Mais
personne n'avait jamais entendu ce qu'il
disait.
On ne soupçonnait donc pas la cause
de cette immense tristesse.
-Non, répondit le docteur.
Cependant la population des petites
villes est ordinairement cancanière.
C'est vrai.
-Et les habitants de Saint-Denis ne
doivent pas être exempts de ce travers.
–.En effet.
Eh bien, vous savez qu'à défaut de
la vérité difficile à découvrir, les mau-
vaises langues trouvent des calomnies
ou même de simples contes pour expli-
quer ce que nul ne comprend.
Je sais tout cela oui, monsieur, et
j'ai bien entendu tenir des propos
étranges sur Lestremont mais je n'y ai
attaché, je l'avoue, qu'une importance
extrêmement médiocre.
-Bon! encore une fois, quels étaient
ces propos.
On avait remarqué la coïncidence
de la mort de ses enfants arrivée le jour
anniversaire de la mort de Georges Pa-
renty.
Ah c'est quelque chose.
On savait que la fille adoptive de ce
dernier n'avait rien touché de sa succes-
sion et -Ton inventait à ce propos des
histoires sans queue ni tête.
La Providence vengeant la jeune fille,
jouait un grand rôle dans ces histoires,
et l'on flnit par dire que Lestremont,
persuadé lui-même de l'illégitimité de
son legs, devait être malheureux jus-
qu'au jour où il le restituerait.
Bien. Ce legs, si je ne me trompe,
monsieur, s'élevait à la somme de.
-De soixante mille francs.
Très bien! Lestremont a touché
soixante et onze mille francs chez M. le
banquier Noël. Trois ans et demi d'in-
térêt à cinq pour cent font bien environ
onze mille francs.
j t.i ï n daller s'occuper de leur réélection.
Il y a des circonscriptions, à Anvers, par
exemple, où la lutte sera très vive.
**•
Le représentant de M. Peragallo, c'est-
à-dire des auteurs français en Belgique,
M. Louis Cattreux, vient de publier une
brochure, énergique et fort intéressante
plaidoirie en faveur des droits de pro-
priété littéraire, qui, de par les lois exis-
tantes, n'existent pour ainsi dire pas, en
Belgique, pour les auteurs français. Vous
avez vu que 1ers du procès intenté par
M. Gattreox,au nom de M. Emile Zola, à
un traducteur flamand qui faisait jouer
à Anvers V Assommoir sans payer un sou
de droits, le tribunal d'Anvers débouta
M. Emile Zola de son action et le con-
damna même à payer les frais du procès.
Et cela parce que, d'après « les lois exis-
tantes » il y ena ici aussi M. Emile Zola
devait, pour s'assurer la propriété de son
drame, le faire traduire lui-même et pu-
blier eu flamand trois mois au plus tard
après la. première représentation. Faute
d'avoir accompli cette formalité, V Assom-
moir avait cessé d'être la pièce de M.
Emile Zola et devenait la propriété du
premier venu qui voulait prendre la
peine de l'arranger ou de la déranger
pour la scène flamande.
Et dire que dans les « les lois exis-
tantes cela s'appelle « garantir les droits
de la propriété littéraire ». Une jolie ga-
rantie, en vérité, que celle qui vous dé-
jpouille de votre bien parce que vous ne
savez pas le flamand
L'opuscule de M. Cattreux contient
bien d'autres révélations aussi surpre-
nantes. Croiriez-vous qu'au théâtre de la
Monnaie, à Bruxelles, on joue tout le
grand répertoire d'opéra et d'opéra-co-
mique, des pièces comme Robert, comme
Guillaume Tell, comme la Dame Blanche,
comme la Favorite, sans payer un centime
de droits d'auteur?
On ne paie que pour les ouvrages pa-
rus après la date du 14 mai 1854. Mais
qu'est-ce qu'on paie? C'est inimagina-
ble. M. Cattreux a pris comme exemple
les dernières représentations données à
Bruxelles par Mme Patti. Elle a joué
Aida, Faust, le Trouvère, la Traviata, Lucie
et le Barbier. Ces quatre premiers ouvra-
ges seuls donnent lieu à la perception
d'un droit d'auteur. Le total des recettes
s'est élevé pour les sept représentations
à 140,000 francs, sur lesquels M. Cat-
treux, chargé de percevoir les droits des
auteurs, a touché pour eux la somme to-
tale de 72 francs, 36 francs pour les mu-
siciens et le reste pour les librettistes
Dans ces conditions-là, parler de "ga-
rantie pour la propriété littéraire, n'est-ce
pas une dérision?
Le moment paraît favorablement
choisi pour obtenir la cessation de cette
iniquité. Le chef du cabinet actuel, M.
Frère Orban, a été quelque peu auteur
dramatique dans sa jeunesse. Une dé-
marche faite auprès de lui, en faveur de
ses confrères d'autrefois, ne pourrait
trouver mauvais acceil. C'est dans cette
pensée que je vous ai signalé le travail
de M. Louis Cattreux; le ministère des
Beaux-Arts de France y trouvera des
arguments sans réplique.
#*#
Le crime horrible de la,rue de Grenelle
a eu son imitation chez nous, à part les
odieuses précautions prises par l'assas-
sin de Paris pour faire. disparaître les
traces de son crime. C'est à Lembecq,
un petit village qui sourit au voyageur
venant de France, quelques minutes
avant l'arrivée à Bruxelles. Un valet de
ferme nommé Frédéric Decoster a étran-
glé la fille de ses maîtres pour accomplir
sur elle pendant son agonie un mons-
trueux attentat.
Le coup fait, Decoster avait pris la fuite
et ne pouvait craindre que sa disparition
allât grossir la liste si longue des assas-
sinats restés impunis en Belgique, mais
hier soir on aapprisqu'il avait été arrêté
à Mons, où il se promenait tranquille-
ment. Il n'a fait aucune résistence et s'est
empressé de faire des aveux complets,
comme s'il s'agissait de la chose la plus
naturelle du monde. Depuis ce matin, il
est écroué à la prison des Petits-Carmes,
à Bruxelles.
#
Grande fête, ce soir, au théâtre des
Galeries-Saint-Hubei't. C'est le bénéfice
de Mlle Lucy Abel, la Fille du Tambour-
-En effet, fitle docteur, frappé de ce
calcul si simple. Faudrait-il donc croire
qu'il était venu en France pour restituer
cet argent ?
Peut-être. Mais abordons un autre
,point de cette affaire. Le testament de
Parenty était-il régulier?
Oh! tout à fait. Je n'ignore pas qu'on
a en France des doutes sur ce point et
vous devez en avoir été informe.
Oui.
Mais je suis passé chez Parenty
deux heures avantsa mort et le testament
était fait. De plus, le notaire qui l'a reçu
est d'une probité scrupuleuse. On le con-
sidère à Bourbon comme le plus honnête
homme de la colonie.
Je vous remercie. Maintenant peut-
on espérer que Mme Lestremont recou-
vre la raison.
Mon Dieu, monsieur, répondit le
docteur, nous avons eu hier une consul-
tation à laquelle ont pris part MM. Le-
grand du Saulle, Lasègue, Blanche et
quelques autres aliénistes distingués. Je
dois dire que tous ou presque tous ont
déclaré que le mal était sans remède.
Et votre avis personnel?
Je suis un bien humble personnage
auprès de ces sommités de l'art médical,
mais je ne pense pas tout à fait comme
ces messieurs.
Vous espérez ?
-Le mot espérer ne traduirait pas
bien mon sentiment. Je ne désespère pas
rendrait mieux ma. pensée. Un événe-
ment inattendu, extraordinaire, une im-
pression subite et violente pourraient à
mon sens, ranimer tout d'un coup cette
intelligence à demi-éteinte.
Quelle sorte d'événement? Quelle
espèce d'impression ?
C'est fort difficile à dire. Si, par ha-
sard, elle se trouvait en présence du
meurtrier par exemple, la terreur ou
l'instinct de la vengeance lui ferait re-
trouver peut-être ses esprits.
Ah fit M. Médard désappointé,
c'est donc sur un hasard improbable.
impossible qu'il faudrait compter.
Hélas!
Car,' comment supposer que dans
cette fourmilière qui s'appelle Paris,Mme
Lestremont, appelée, dans son état, à
sortir rarement, se trouve précisément
en présence de celui qu'elle voulait ac-
cuser. Il faudrait un miracle.
Les juges d'instruction plus peut-
être que qui ce soit, sont réfractaires aux
miracles. M. Médard prononça ces der-
nier:» parole;* du ton >• Y.n homme que
«•̃ -••«. ûq fêussir abandonne tout à fait.
Major. Le maëstro Offenbach est venu
tout exprès pour la solennité et conduira
lui-même l'orchestre. On lui prépare une
ovation formidable.
Les représentations à bénéfice son-C,
du reste, à Bruxelles, da véritables ma-
nifestations publiques. L'autre soir, à la
Monnaie, notre excellent baryton, M. De-
voyod, n'apas reçu moins de seize couron-
nes, grandes comme desrouesde cabrio-
let, plus des bouquets à ne savoir où les
mettre, plus un objet d'art en bronze, plus
deux vases. en porcelaine de Chine, plus
des boutons de manchettes de quoi
remplir une tapissière. Mais ce n'est pas
ce qu'il y a de plurcurieuxdans l'aflaire:
au théâtre de la Monnaie, il n'y a pas de
représentations à bénéfices. Eh bien! les
hamtués ont loué la salle pour en offrir
une à leur baryton, qui, pour les remer-
cier, a chante le rôle, de Charles VI d'une
façon vraiment admirable.
**#
Pour mémoire, un détail. Des affiches,
apposées sur les murs d'un hôtel avec
grand jardin et d'une a maison de rentier,
située à côté, sur la chaussée deCharle-
roi, àSaint-Gilles, faubourg deBruxelles,
annoncent la mise en vente, pour le
mardi 11 mai, de ces deux immeubles,
appartenant à M.Philippart.
Ce sera, pour l'odyssée du fainaux
financier, le mot de lafin.
Perkéo.
M FÂlSIill EN: ESPAGNE
L'exécution d'Otero
On nous communique une lettre qui a déjà
deux -ou trois semaines de date, mais elle 6
nous a paru d'un tour si spirituel et d'un style
si alerte que nous n'avons pas hésité à abu-
ser de la communication.
La jeune femme qui l'a signée est une Pa.
risienne fort connue et fort élégante. Son,
nom.nous ne vous le dirons pas. tout de
suite..
Madrid; avril 1880.
Je ne saurais même pas dire quel jour
ce sera aujourd'hui; ma chère Marie, je
mène une existence si dissemblable de
celle de Paris, que je ne sais comment je (3
vis. Je compte les jours par les nuits
passées ainsi, c'est la troisième nuit.
que je couche à Madrid. Comptez com-
bien il y a de temps que je suis partie,
si vous voulez moi. il m'importe peu
vous voyez, j'ai déjà l'insousiance espa-
gnole J'ai vu un tas de choses et de
gens. Ici, c'est merveilleux on coudoie
le roi, on fréquente les princes, on est
familier avec les ducs, on honore les
marquis, on méprise les comtes et on
trépigne sur les seigneurs de toutes
sortes. Les Espagnols sont vraiment
charmants
Que de choses j'aurais à, vous dire.
mais j'ai une si mauvaise plume, trois
bacs, pourtant. Je vais tâcher de procé-
der par ordre pour bavarder un peu avec
vous, tout comme si c'était un dimanche
à Paris.
J'habite un très bel appartement chez
el senor Cataldi, un Italien. La maison
est fréquentée généralement par les
artistes de passage. Les murs sont tapis-
sés de photogravures représentant Marie
Sass, Mme Lagrange, Tamburini, Ru-
bini je couche même, paraît-il, dans le
lit de Tamberlick. J'avais bien peur, la
première nuit, qu'il ne sortît un ut de
dessous les couvertures (qui sont trop
petites). En face de mes fenêtres, un jar-
din et le palais du roi. A droite, vue sur
la campagne de Madrid; à gauche, mai-
sons particulières. Musique militaire
deux fois par jour heureusement, c'est
la seule que j'aime. `
Je suis allée à la Chambre des Députés
le lendemain de mon arrivée, où j'ai vu
un incident entre le Gambatta d'ici et 1
président des Cortès. No tienes la pa'
labra, no tienes la palabra; no tienes la
palabra disait le président, et l'autre
s'obstinait à parler quand même il
s'agissait, je crois, de l'assassin du roi,
Ottero le député de l'opposition avait à
placer, comme'toujours en pareil cas,
un discours contre l'application de la
peine de mort.
J'ai vu le régicide Oltero rendre à Dieu
ou au diable son âme, au moyen de la
garrotte. J'ai même fait connaissance
d'un marquis (encore) au lieu du sup-
plice. Par le député Corréa, deux agents
Le docteur Janvier n'avait pas oublié,
certes, les propos que lui avait tenus
d'Ar!ac sur Maladet et Denisard.
Mais il ne jugea pas que de simples
soupçons nés dans la tête un peu montée
de Mme de Navaillan méritassent d'ètre
rapportés, quand ils pouvaient avoir des
conséqurneestrès graves.
D'ailleurs, pourquoi en aurait-il parlée
lui, quand Lo'uise, Bourgachon et Paul
s'étaient gardés de rien faire savoir à- la
justice.
Et enfin, le docteur Janvier, on vient
de le voir, était convaincu que le te ita-
ment de Parenty était d'une régularité
parfaite. Il garda donc le silence.
Cette question que M. Médardvenait
de poser au médecin de la Réunion
Mme Lestremont est-elle guérissable ? i'
Maladet se l'était posée, lui aussi, dès les
premiers jours.
C'était pour lui d'une importance ca-
pitale.
Au cas où l'aflection mentale dont elle
souffrait ne devrait durer que quelques
jours, le baron ne pouvait compter que
sur un léger répit. Tandis que si son mal
était incurable, Maladet n'avait plus qu'à
hâter son mariage avec Marguerite.
Boisgrimaud s'adressa donc à un cé-
lèbre médecin aliéniste. Il lui expliqua,
d'une façon à peu près claire, mais tout
à fait mensongère, l'intérêt qu'il avait à
être fixé sur l'état de Mme Lestremont.
C'est, lui dit-il, une dame à qui j'ai
eu l'honneur de rendre autrefois quel-
ques services. J'ai pour elle une vive
affection qu'il ne m'est pas permis de
manifester. Je serais désireux de savoir
si je ne puis espérer sa guérison.
Ainsi présentée sa requête pouvait
être admise sans difficulté. Tous les mé-
decins du monde lui auraient promis de
visiter la malade sans dire à. personna
qu'ils venaient de sa part,
Le prince de la science n'eut aucune
peine à se faire présenter chez Mme de
Navaillan où sa réputation le fit accueil-
lir à bras ouverts.
Après avoir étudié longuement Mme
Lestremont, après avoir pris sur les cau-
ses de son mal tous les renseignements
possibles, il hocha douloureusement la
tête et, comme la plupart de ses confrè-
res; il déclara que, selon toute probabi-
lité, la pauvre femme ne guérirait ja-
mais.
CAMILLE DEBATS.
(La suite à demain*}
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