Titre : Le Figaro. Supplément littéraire du dimanche
Éditeur : Le Figaro (Paris)
Date d'édition : 1925-12-26
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343599097
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 26 décembre 1925 26 décembre 1925
Description : 1925/12/26 (Numéro 351). 1925/12/26 (Numéro 351).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k273619h
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-246
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
Samedi 26 uecemore w&
Nouvelle série N°351
;̃ iî IQ'-l^
SÉDACTIOIT 32T .A_JD:Mi:£=riS'X:R..A.TIO2>T
14, Rond-Point des Champs-Elysées, Paris (8" arr.)
aÉDACTiorr ET admiktisteatioït
14, Rond-Point 'des Champs-Elysées, Paris (8' arr.)..
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du FIGARO quotidien
SU PP h&M ENT) LIT TÉ R A I R E
ROBERT DE FLERS, Directeur littéraire
-Tga-=~ • .•̃•̃̃̃̃• ̃ JT ^.mo* imiumi-
Virginie Déjazet
.I~
On vient: dû commémorer le cinquan-'
tenaire de Virginie- Déjazet. L'année
1 875 opéra des- :rayages dan$ lp. inonde
des lettres et des arts. En cette seule an-
née, en effet, disparurent Corot, Millet,
Carpeaux, Edgar Quinet, Georges Bi-et.
Méiingue et Virginie Déjazet.
Virginie Déjazet i Quel destin leste,
chatoyant et gentiment brave Un des-
tin qui provoque en souriant, qui ose
beaucoup sans cser trop, qui nar-
gue, sans effort comme sans mé-
chanceté, tout ce qui l'entoure et
qui envoie promener du bout du pied
du plus petit qui fût au monde
les lois établies par cette vieille ma-
niaque de postérité. N'a-t-on pes tou-
jours accoutumé de dire, et même de
constater, que le renom des plus célè-
bres comédiens s'évanouit bien vite,
tandis que les œuvres dont ils ont été
les interprètes mettent un peu plus
d'obstination à persister. C'est précisé-
ment le contraire qui arriva à Virginie
Déjazet. Tout son répertoire est tombé
dans l'oubli le plus profond, mais n'y a
point entraîné son nom. Ce nom a con-
servé sa grâce, sa fleur et il demeure
sinon inondé de rayons, du moins piqué
de petites lumières ,v. Cette singulière per-
sonne alerte et vaitigeantej avait laccom-
rriodé, sans y preadre garrde, des tas de.
vieilles enriemiesir.; •l',îî)apertmence ay^c
la bonté le fragilité avec la vigueur la
'pïijAZET DANS « LES PREMIÈRES ARMES
DE Richelieu ».
(Photo J. Tomtin-.)
sincérité avec l'ironie. Elle évcquait tout
ce qui brille, sautille, reflète, effleure.
Elle avait un sens merveilleux de là me-
sure et du goût, d'un que son suc-
cès lui-même ne parvint pas à altérer.
Le dix-huitième était son cadre naturel.
Elle en était le bibelot débordant de vif
argent, un petit sèvres toujours en
mouvement et en pâte tendre, très
tendre. ̃ J'ai vécu dans ce temps-là,
disait-elle. La première fois que je suis
allée à Versailles, j'ai reconnu un esca-
lier par lequel j'avais certainement pas-
sé jadis. » Cette confidence n'était point
ches elle l'ornement d'un propos, car
elle croyait à 1 existence antérieure. Mais
comme elle a bien rempli celle-ci
(ni'¡ -ri!
̃•̃ 'I~' ..ht* ~`
'̃̃ Virginie Dêjazbt' avait1, "-fen '1802", débu-
té comme danseuse, à âge de cinq
ans, sur un petit .tfiéâtre élevé dans le
jardin de l'âiicièfti' couvent des Capuci-
nes, et, tout de suite, une irrésistible vo-
cation s'empara de son âme puérile.
Elle gagnait sept francs par représen-
tation et touchait comme jeux une as-
siette de riz au lait mais la petite Virgi-
nie n'aimait pas le riz au lait, ce dont
on ne saurait la blâmer, et elle offrait
le plus souvent sa portion au chien du
souffleur, qui devint son premier ami
de théâtre. De la danse, elle passa,
sans s'attarder, à la comédie. Fanchon
toute seule, une .sorte de vaudeville en
un acte, fut son premier triomphe. La
petite Virginie rïe s'en tenait pas de
joie et de fierté. Le soir de la premiè-'
re, elle déclara « La prochaine fois,
je parlerai moins vite pour que cela
dure plus longtemps. >; Cet amoui' de
son art ne devait point la quitter, et, à
soixante-seize ans, elle jouait, pour 'la
dernière fois, Monsieur Garât, et chan-
tait La Lisette de Béranger, avec une
émotion de débutante. L'écho de cette
voix petite, mais claire et fûtée, dure
encore. Théodore de Banville nous a
laiësé de Déjazet, taillé d'une main lé-
gère eï précise, dar^s agate irisée, ce
<̃• camés », quî^n'a rien perdu de son
éclat et *fes3on%'AMéf ««©feiiè igaieté, un délira, une raillerie, une
cltan~Gü,~ vinat ats 'éfornel§, la fstuité
chans'en, vingt ans éternels, la fatuité
de Lauzun, l' esprit de Richelieu, la cu-
riosité de Don Juan Ces regards sa-
vent tout ci elles le voulaient, ces lè-
vres minces et longues pourraient tout
dire. L'œil est petit, charmant, effronté,
le front pensif, le menton malin, -l.a fem-
me légère comme une plume, l'imagi-
nation rapide comme une flamme. Son
esprit est le gamin qui se moque d'un
temps abêti son corps elle en a le
moins possible. Elle n'en a pas besoin,
elle n'en a jamais eu besoin, elle volti-
ge comme un couplet et comme une
strophe ailée on peut la loger et la
coucher dans un gant de cavalier. » n
On ne pouvait marquer d'un trait
plus précieux et plus charmant l'allure,
le geste, 1 élégance désinvolte, dont le
souvenir, à travers trois générations, est
parvenu jusqu'à nous. Il nous semble
apercevoir, tout comme si nous l'avions
applaudie au temps de notre jeunesse;
l'illustre comédienne, sa crân'erie natù-'
relie, .la cambrure dé 's?i taille, .ce je
ne sais quoi de vaillant et de décidé qui
voua son art feu-follet à l'apothéose
équivoque et troublante du travesti dokt
elle fut, ii votre gré, le roi ou la reins; Cï
C'est encore Théodore de Banville
qui nous dépeint cette, souveraineté
<, Depuis bien longtemps, a-t-il écrit,
elle avait renoncé à son sexe de femme,
estimant avec Hésiode que tout le mal
est venu de la femme mais aussi elle
était trop spirituelle pour"(Vôu!oir deve-
j nir un homme, ,çt. elle, av,ai$ adopté le
i sexe indécis des Pucks et < des, ̃ Ariels., j
qui passent dans la brise, voltigent sur
la cime des Heurs, murmurent dans le
j flot des fontaines et font de joyeuses ni-
ches aux humains courbés vers la vile
matière. Elle n'était plus un homme, ni
une femme elle était un souffle du
printemps, un farfad'e-tv'uni*. sylphe, u&
I damor, un génie,' 'l'éli;'géiiie- 'même" dit'
dé~mOl', un gen l'é;gê1}1ç'%eme; ,qu
oix-huiaeme siècle, mussant pour nous
charmer la délirante gaieté de Voltaire
enfant, l'extase amoureuse de Rousseau j
dans la scène des cerises, le cynisme
idyllique de Parny, de Bernis et de Gen- j
tii-Bernard, ces charmants et détestables j
poètes, et aussi les -délicieuses poses,
héroïques des divinitesi.et des faunes-
ses de Clodion. Une chanson vive, ra-
pide, légère, ailée, enflammée, ryth-
mée et dansante comme une ode d'Hà^
race, telle fut lame de Déjazet le
grand Watteau seul eût pu nous la mon-
trer emportée dans son calme sommeil
par les nymphes bondissantes et par les
frissonnants Amours, car à propos de
cette douce vision envolée, tu dois
éviter, o Muse toute, plainte doulou-.
reuse toute Jrçiage, funèbr-e,, .,el; c*es£.
encore avec un soirrue ;mçfé/\de,ple.urs.
que tu vois dis paraitre dans :1a pour-
pre du couchant son front de chérubin,
sa chaude prunelle magnétique et le
| bout de son écharpe couleur de -rosé »
Paul de Saint- Victor, bien que résis-
tant mieux à l'ambroisie du lyrisme,
confirme l'opinion de Théodore de Ban-,
ville. « Qui ne.se la rappelle, j.^Jsaii;
au lendemain de sa mort,, aux. premiers
soirs de Monsieur Garat et "Ses Prés
Saint-Gervais, vive et pimpante, la jam-
be leste, l'œil émerillonné, avec son
profil de croquis rocaille et sa silhouette
de lutin dansant sùr! une ffonïme ? Ses
contemporains, en cheveux blancs, pouj
vaient croire à la renaissance mervéil-'
leuse du jouvenceau, joli comme ul'iWrJ;
cœur, qu'un demi-siècle avant, ils ap'-
plaudissaient dans ces petites comédies
r>- poudre; dont -cfle garder; tottjocrro le
parfum. » •̃
C'est pour elle que l'on créa un g^nrè'
particulier, falot et naïf, plus brillant
j tans doute que spirituel, plus riche en
sensiblerie qu'en sensibilité, mais doïir
elle transfigurait, à force de verve à îa
fois grivoise et distinguée et de conti-
nuelle allégresse, Ja tian b-éqx&nte. jjla-,
nuelle allégresse,. ~a ,trOO:}H'I¡e,J?Icj.
titude. Ce genreif'PàtlPàî^^t-Victor
l'a évoqué à ravir « Les auteurs du
bon temps de Déjazet, écrivait-il dans
le Moniteur universel, avaient inventé
pour elle toutes sortes (de. petites cours
romanesques, plfeineg idiintùiguesi et -de
dédales bonbonnières Igrivcises, p"é-
teudières d'amourettes. Versailles en
miniature et Escuria! en" pâte tendre.
Elle y courait comme un esprit dans
un labyrinthe, en habit de page ou de
nymphe, de hussard ou de ballerine,
soufflant ses maîtresses au prince et ses
amants à la facroritevi i versant; isun! le 'iga-
::on le char ^s'-sii'Ëtat'i sïsulëVfafet '̃à'&i
tempêtes reses >lans ''tiH ;èrr0'; a patte
plein de lacryma-christi bu dé vin d Aï.
Bals masqués, médianoches, partie
champêtres, épousailles, petits levers- ciu
dauphin, petits couchers de f infante,
(<-PÉ}AEET"-l'j'V '̃ '"w'
(Lithographie d'après riatare" par* Léon Noël}'
rendez-vous dans le parc, sous la sta-
tue de Pomone. enlèvfiaents des filles
d'honneur, à .lai,, barJbe ikdes^ gouver-
nantes effarées, chasse aux papillons
et aux libellules de l'histoire. Elle ïtajt
la verve et l'étincellement de ces \iëv-
quinades erotiques elle en faisait pres-
que des œuvres d'art. Tel vaudeville
banal, joué, pa,r\'Déjâ?,ét,, prenait- -le. ra-
gpût, l'esprit, le. montant d'une gouache
de Baudouin ou de rragonard. »
Mais toute cette iéerie à laquelle Vir-
J ginie Déjazet, quarante ans durant, ser-
vit de talisman, elle en fut non seule-
ment l'interprète, msis aussi la magi-
cienne. Ses avis étaient toujours pleins
de sens et de finesse et elle savait, d'un
coup d'oeil, apercevoir, iût:ce chez un
débutent, l'étincelle capable d'allumer
le feu sacré. C'est Virginie Déjazet qui,
en un instant, devina en Victorien Sar-
dou le don ccénique. L'histoire Je cette
première rencontre est bien jolie et Sar-
dou se plaisait à en rappeler les cir-
constances. On sait que les débuts du
jeune auteur, au théâtre, furent diffi-
ciles. Sa première pièce, La Taverne,
avait été jouée à l'Odéon où, après cinq
représentations, clie succomba sou; la
cabale des étudiants qui avaient cru y
voir uns' satire dirigée contre eux. Vic-
torien Sardou. qui était pauvre, ne sa-
-ait plus s'il devait encore continuer a
icrire, à espérer, lorsqu'un ami lui cf-
rit de, lui donner une lettre d'introduc-,
ion pour Déjazet, qui était alors dans
out }î éclat de son succès. Sardou partit
sour Seine-Port, où habitait Virginie
sendant le mois d'été. 11 apportait sdtis j
>OW brgsS UP. Cnnr//<^fi'qu'ir-&enait.d'àphe.-
ff?tt. et'qu'on; -aVfeitr refusé' .c'oïHîlifc1 'ses"!
j' ,1' 1 i '1 "1'>1'0'1''
lu.tres pièces, oardou a ]laisse.(Ié,r£ciîtt I
Dlejn de ̃ grâce: et ,'à.è, .̃xncuvçm-3n£,,j'dls a
:ette tentative, qui fut l'origine de sJa ̃>
^rodigibuse carrière
« OlkHait i>ien chanceux, mais je
jouaiWI-mon ya-tout Depuis -quatre;-
ins '-j^tic la Taverne- était •̃ tombée,
j'avais*' 'JVap]>é inutilement à tant de'
portes J'étais excédé-- de t?éijiai"
;bes inutiles, d'espoirs trahis, et en?
fin, a bout de patience j.e pris donc;,
a lettre que- l'on m'offrait :pour Dé-
jazet; et'je partis pour Seine-Port! Quo
le réfiéxsoîis ne fis-je pas ie long de }a
•outéî''L'/?U'angc" démarcite après tout!
Et que je 'm'abusais peu sur' le succès'
le mon entreprise! Ce chemin-là, com-
bien d'auîves, et dans, la ni è rue inten-,
:ion, l'avaient dû. faire avant vaoi, sans
.mtre effet que de se rendre -iuïportunSi
Pourquoi- «erais-je plus heureux?
> A ^c-sson, où l'on descend, pas
:roain'îî')ur,. 'Mais, renseignements pris,
j'en avais pour trois quarts d'heure à
peine d'une marche î'aciie à travers les
bois. D'ailleurs1, • temps racîiÂTx. Vu
-oleii! J'ai gardé le souvenir ,i|e ce so-
leil-là, le premier qui ait lui sur ma
route.
« Aux' prémiè.r)e^4aisions..d,ui village,
rleux psj:san!i0Sfriqiu' ,s!es a^a^ç^t, ic.is.rSj,
paniej-/S,i^u,r.,la tête, me saluèrent conv,
me u». Connaissance. Plus loin, uiMj
i;ros chien, étendu près d'une fonîaincrj
vint amicalement me iécher la main. >|
Un enfant m'indiqua la demeure 'de j
Déjazet. Cette grille, là-bàs, sur- la1 ~i
place. Dieu Sait avec quels battements''
de coe,vu- Je sonnai! Personne ne vint,1,
et je m'aperçus que la grille n'était pas,'
fermée. Tout semblait s'ouvrir devant
moi, comme au coup de baguette d'une.
fée. Une servante à tète blonde me
cria de loin en souriant (elle aussi)
« Entre?: dans le «âionjéje vais
prévenir Madame, qui est au jardin. »
» J'entrai dans ce salon, que l'émo-
vion îïïjjii'empccha pas de regarder très
curieiiibnieîit. Cette maison, je le sa-
vais, 'avait appartenu jadis à Bosîo;
puis à la marquise de la Cor'te et, a lit
place d'honneur, un grand tableau me
présentait l'Amour sous Jes traits de
̃Jules Janiiv! J'examinais ce bon mo-
bilier de l'Empire, ces fauteuils en ve-
Jours d'Ulrecht et les tasses jaunes sur
les guéridons à galeries de cuivre,
quand une porte s'ouvrit derrière moi.
.laine dis «. C'est elle! »Et ramassant
taot inon.-eoncage paiir lui. débiter le
petit discourt .préparé sur là' route, "je
nie i éfôu'rh'ai ,îe vi s" que c'étu1 i t Elle,
en effet, et je demeurai' coi, la bouche
ouverte et muet comme un poisson.
;> Elle avait les mains pleines de plà-
tre,, c'est là. ce. qui me désorientait. Je.
né -m'étais pas attendu à cela. Elle vit
nia stupeur et me dit en riant
« -r- Pardon, j'étais occupée à répa-
rer un mur! »
'» Balbutiant je ne sais quoi, je re-
mis ma lettre qui lit un merveilleux
cl'i'el. La glace rompue, je ne sais pas
Irop ce que je dis. Il paraît pointant
que je m: fus pas trop gauche. Je
pvésenicù assez heureusement mon
Candide, en faisant ressortir, on la
pense bien, ce qu'il y aurait de pi-
quant a voir collaborer Voltaire et -Dé-
jazet, etc., etc..
Je. déposai mon manuscrit sur la
table, ier; serrai ses blanches mains
avec efîéslon, et je pris la fuite sans
nié retourner.
VAh! que j'étais léger cette fois!
«ne le soleil me semblait bleu, l'air
plus, caressant, les oiseaux plus gais,
-les' fleurs plus tendres qu'à mon arri-
vée. C'est qu'une voix secrète me dir
sait «lue. charme est rompu, ton
» .heure eatcariùvée! »• et nia jeune
chance, emprisonnée jusque-là, brisait
sa' coquilte'îet' pour là première fois
ï)â!ttait dc'l'aile. Je courais, je volais,
je 'franchissais les fossés tout pleins
(je crois les voir) de gros bouillons
blancs et de fleurs des champs dont
je fis une- moisson que je rapportai
pieusement. Il y a de cela douze ans
bien comptés (1), et leur parfum dure
encore. '» ,ih 1 ̃
Le Candide, qu'en ce beau jour d'été
et de jeûnasse, Victorien Sardou ap-
portait à Virginie Déjazet, ^faillit être
représenté sur la scène des rolies-Nou-
velles, dont la grande comédienne ve-
nait d'acquérir le bail et d'offrir la di-
rection effective, à son fils. Mais Can-
dide éveilla les susceptibilités de la
Censuré impériale qui, finalement refu-
(1) Ecrit en 1869,
sa son agrément. Passant outre à ce 1.
mécompte, Virginie Déjazet n'abandon-
na pas son protégé. Elle, le présenta à <
l'un' de sefe: auteurs habituels-, • M ̃Van^r-
derbUrcK, ^t tbus deux écrivirent 1er, Pïe-
mières A¥Hiès"3e Figaro, 'dont là faveur
auprès du public' î.tit immédiate et du-'
rable. Déjazet avait alors soixante-cinq
ars, mais ce triomphe lui rendit une ¡'
troisième jeunesse. Aussi bien au cours
de toute sa carrière, son courage et sa
bonne humeur ne s'étaient jamais lais- j
se abattre par aucun contretemps. Elle j
avait cette vaillance infatigable et près- j
que invraisemblable que, depuis lors, nous
avons connue chez Sarah Bemhardt.
Elle avait été 1 étoile montante du théâ-
tre du Vaudeville et l'étoile au zénith
des Variétés et du Gymnase dramati- j
que. Sur cette dernière scène, en sept
ans, elle avait créé 73 rôles. Elle passa
ensuite plusieurs années aux Nouveau-
tés et au Palais-Royal où les conditions
de son engagement furent déclarées
scandaleuses par les critiques des mœurs,
qui s'écrièrent en chœur << Où allons-
nous. mon Dieu Où allons-p.ous } »
Songez donc, Virginie Déjazet touchait
dix mille francs d'appointements par
an, dix francs de jeux pour chaque piè-
ce en un ou deux actes, quinze francs
pour les pièces plus importantes Tou-
te la bourgeoisie du jeune règne de
Louis-Philippe1' s'" indigna et estima que
l'heure de la décadè'ncé; "'âvàît' So'nfiSH
pour la .pauvre .France. ']']'
Malgré des avantages^ aussi, magnifia
ques, Déjazet ne fut jamais riche et
elle dut souvent, ̃ pour faire face • aux
nécessités de existence, aller iouer
dans les grandes villes de province où
son succès était aussi éclatant qu Pa-
ris. Dans ses demièrer, années, elle fut
même menacée par la misère et l'on
dut donner, en 1874, une représentation
à son bénéfice. Peu de temps après,
elle mourut fort pieusement. Depuis
quelque temps elie était revenue à la j
religion très simplement, très sincère- j
ment aussi. Son couplet de la fin fut j
une prière.
Robert do Fiers,
de l'Académie française.
CHOSES EÏ«DElEïïiS
Quelques chiffres
Quand, il y a quelques mois, j'ai de-
mandé que les écrivains fussent ad-
mis, comme les artistes, au droit de
suite sur le produit de leurs œuvres
vendues aux enchères publiques, le
monde dçs lettres ne ̃ 'parut' a pas beau-
cëUff^^k^^mx. 'JP.W-T 'la «l^r^ÎP^vf
On ireaVU'e>f'P>j)itI,là,que (de- iiunçe^îPir'o-
fits en perspective. ;À quoi bon, dès
lors, scmcllro' en quatre, pour ramas-
ser des hajicois ?
Voici pourtant des chiffres qui fe-
ront réfléchir plus d'un. Ce sont ceux
d'une vente récente, où, sans parler des
auteurs tombés dans le domaine public,
une quinzaine de manuscrits d'auteurs
contemporains réalisèrent devinez j
combien, frais compris ? Cinq cent
vingt-trois mille francs. On a notam-
ment payé un manuscrit de Barbey
d'Aurevilly, 33.000 francs pour les
Corbeaux," 25.00fî pour Eil Ah]i,
f.r>. 000 pour Une Vie. 72.000 p.u.r le
I)' Pascal, 27.000; pour Lù-Bcu. 10.000;
pour l'Oblat. 3(5.000 pour deux ma-
nuscrits de M. Courtcline, 40.000 porr
deux manuscrits dû M. Paul Valéry,
50.000, etc., etc.
Chiffres assurément très flatteurs
pour les écrivains en cause ou poin-
teurs héritiers; mais non moins vexants
DiiJAZET DANS c< LA PÉRiCHOLE »
(Dessin de GaVarni.)
si on les. rapproche soit des prix aux-
quels furent cèdes lesdits manuscrits,
soit du peu qui revient aux intéressés
sur ces magnmc{i;es. enchères exacte-
ment zéro francs, zéro centimes.
Mettez à 10 0/0 le droit de suite des
écrivains, cela fait pour la littérature,
faute de ce droit, frô.OOO francs qui lut
passent sous le nez à 15 0/0; 7^-Mtt
francs qui 1 i^i. échappent.
Poïffqùqi. (ic,"1:èljcs,. f rus.ira.tioi'is sont-
elies toléi'ées;.e,t..p'ourq.U!oi ,'n.c .fni,(ron
rien contre ? Ce ne sont cependant .pas
les honnes volontés qui nous man-
queni. L'autre jour, en pleine Acadér
mie, M. Doumic n'hésitait pas u procla-
mer ce que nous ne cessons de répéter
ici, depuis trois ans « Tandis que,
dans tous les métiers, le salaire erait
avec le coût de la vie, l'écrivain est à
peu près le seul dont le gain reste dé-
sespérément slationnaire, s'il ne dimi-
nue pas. » De son côté, M. Georges Le-
comte prépare, nous le savons, tout un
programme de réformes à obtenir d'ur-
gence. Et M. Emile Bore!, délivré clés
soins de la (lotte, va enfin pouvoir se
consacrer à la cause de la C T: I.
Seulement, le tout n'est pan de bien
vouloir. 1! s'agit de vouloir ensemble.
Kt les chiffres cités plus haut montrent
ï' combien presse cette action commune.
• ̃"̃ Fernand Vandcrcm.
Les amours de Virginie Déjaze
Sensible, délicates bonne au point d(>,
préférer Lo-it, jours le bonheur de cein
qui lui étaient Chers ait sien;: et' avec-
cela, constamment lucide; même lors'
que son eivur'étuit en jeu, cet être de,
charme, de tendresse ci' de raison avait
tout pour êlre malheureuse en amour i
cl! le fut. Les deux grandes passions!
de sa vie, dont nous pouvons suivre au
jour te jour les péripéties, grâce- aux
'ioUivs et au fragment de journal inti-
me publiés par M. Henry 'Lecomte, ne
sont qu'un cri de douleur.
Depuis le soir de 1818 où, âgée de
seize uns, elle avait, à Lyon, succombé
comme une «risette -"pour quelques
friandises, elle eut de nombreuses aven-
tures, et l'on peut, sans se tromper, ci-
ter ici les noms d'Adolphe Charpentier,
Hector liossange, Thén ar ci, Eugène da
iUlms, le comte Louis Germain, Lafer-
vière; mais de toute cette partie de sa
vie privée, nous ne savons presque rien.
Elle i'uvait Je. scandale. elle redoutait
même 'la publicité. Sollicitée, à plu-
sieurs reprises, de publier ses Mémoi-
res, elle répondait « Je ne sache pas
que <•• i.ioii privé >̃ appartienne à un au-
ire que moi, et je suis, d'ailleurs, bien
décidée à ne l'exploiter, jamais, si yi-
quant q,u'il< puisse paraître; à;,premièr<
vite pour ceux qui ne le connaissent que.
ptut: le btîiit public, v /̃̃,̃ .̃
])e ces -liaisons, dont oa sait fort peu'
de choses, il est possibkt «tu moins,
d'affirmer qu'elles ne furent pas inté*
ressées..Jamais Déjazet ne connut la ri-
chesse, .et si, dans l'une d'elles, le souci
de sa carrière s'est trouvé d'accord aveu
ses sentiinenls, on ne peut guère l'en
îJÉJAZEr
dans « Le Vicomte DE Letorières ».
(Pholo Tourlin.)
blâmer puisqu'il 1 s'agissait t d'Hector
jtfo'sange, directeur du théâtre des
Nouveautés, dont Déjazet, étoile de la
troupe, se concilia les bonnes grâces
pour tenir en échec une redoutable ri-
vale, Mme Albert.
il faut arriver en 1834 pour que se
déchire une partie du voile sous lequel
cette comédienne, avec une pudeur aus-
si charmante que rare dans son état,
cachait ses sentiments. Virginie Déja-
zet est à l'apogée rie sa gloire, et de son
talent. Elle triomphe sur la scène du
Palais-Royal, elle règne sur Paris, les
gazettes sont pleines de son nom. In
des plus jeunes musitiens de l'orches-
tre du théâtre, « ver de terre amoureux
(Pline étoile > s'empoisonne pour elle.
Ella s'installe à son chevet, le soigne
comme une mère et comme une aman-
te, le dispute vainement à la mort. Elle
triomphe dans .-les Premières armes de
Richelieu, elle Va créer wtla-.JÀsette de,
Béranf/er, qu'elle jouera encore à
oixanle-dix-sept ans et demi, la der-
nière fois qu'elle montera sur les plan-
ches. C'est sous une telle auréole triom-
phale qu'elle apparaît aux yeux d'un
jouvenceau de dix-sept ans. Arthur Ber-
trand, fils du généra) qui avait accom-
pagné Napoléon à Suinte-Hélène et qui
était lui-même né dans l'île inhospita-
lière. Lorsque la comtesse Bertrand
présenta Je ncuveau-né au Maître cap-
tif, elle Je fit en ces termes « Sire, j'ai
l'honneur de présenter à Voire Majeslé
le premier Français qui, depuis votre
arrivée à Longwôod, s'y voit introduit
sans la permission de lord Bathurst. »
Le général lance ̃ trop tôt peut-être,
et sans bride ce joli garçon dans le
monde d'alors dans tous les mondes.
11 lient de son père un caractère aussi
entier que violent, et de sa mère, une
créole, le goût du plaisir et du clin-
quant. Il s'éprend de l'actrice, elle l'é-
ooute, elle cède. Amours brèves et vio-
lentes Le gamin, frivole et trop jeune
pour sentir la valeur de sa conquête,
mène une. vie dissolue. Virginie, par,
centre-coup.' peut-être, est infidèle. 11
semble lui, ci'dé plutôt à un entraînement phy-
sique qu'à la voix de- son erreur. Elle a
treiite-quatre ans, il en a dix-sept.
Les lettres qu'elle lui adresse et ou
les « vous ̃> se mêlent aux tu », attes-
tent la fragilité des liens qui les unis-
seni. CL'iix-ei, après des alternatives de
ruptures et de reprises, se dénouent
momenl'.uiément moins de deux ans
après. Arthur Bertrand, dont la mère
est mori.o, doit faire un voyage d'inté-
rêts à la Martinique. Lorsqu'ils se re-
voient, trois ans plus tard, Arthur n'a
plus rien du chérubin c'est un bel
homme, de inille haute, aux yeux très
dou:, la barbe fine, mais dont l'âge
n'a fait qu'accuser les défauts frivo-
lité, cvnisme. brutalité. Ils se repren-
nent, et Virginie, qui n'avait éprouvé
qu un caprice pour l'enfant, aime le
brillant cavalier. Tristes amours! Dou-
loureux calvaire 'd'un 'cœur tendre et
Nouvelle série N°351
;̃ iî IQ'-l^
SÉDACTIOIT 32T .A_JD:Mi:£=riS'X:R..A.TIO2>T
14, Rond-Point des Champs-Elysées, Paris (8" arr.)
aÉDACTiorr ET admiktisteatioït
14, Rond-Point 'des Champs-Elysées, Paris (8' arr.)..
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du FIGARO quotidien
SU PP h&M ENT) LIT TÉ R A I R E
ROBERT DE FLERS, Directeur littéraire
-Tga-=~ • .•̃•̃̃̃̃• ̃ JT ^.mo* imiumi-
Virginie Déjazet
.I~
On vient: dû commémorer le cinquan-'
tenaire de Virginie- Déjazet. L'année
1 875 opéra des- :rayages dan$ lp. inonde
des lettres et des arts. En cette seule an-
née, en effet, disparurent Corot, Millet,
Carpeaux, Edgar Quinet, Georges Bi-et.
Méiingue et Virginie Déjazet.
Virginie Déjazet i Quel destin leste,
chatoyant et gentiment brave Un des-
tin qui provoque en souriant, qui ose
beaucoup sans cser trop, qui nar-
gue, sans effort comme sans mé-
chanceté, tout ce qui l'entoure et
qui envoie promener du bout du pied
du plus petit qui fût au monde
les lois établies par cette vieille ma-
niaque de postérité. N'a-t-on pes tou-
jours accoutumé de dire, et même de
constater, que le renom des plus célè-
bres comédiens s'évanouit bien vite,
tandis que les œuvres dont ils ont été
les interprètes mettent un peu plus
d'obstination à persister. C'est précisé-
ment le contraire qui arriva à Virginie
Déjazet. Tout son répertoire est tombé
dans l'oubli le plus profond, mais n'y a
point entraîné son nom. Ce nom a con-
servé sa grâce, sa fleur et il demeure
sinon inondé de rayons, du moins piqué
de petites lumières ,v. Cette singulière per-
sonne alerte et vaitigeantej avait laccom-
rriodé, sans y preadre garrde, des tas de.
vieilles enriemiesir.; •l',îî)apertmence ay^c
la bonté le fragilité avec la vigueur la
'pïijAZET DANS « LES PREMIÈRES ARMES
DE Richelieu ».
(Photo J. Tomtin-.)
sincérité avec l'ironie. Elle évcquait tout
ce qui brille, sautille, reflète, effleure.
Elle avait un sens merveilleux de là me-
sure et du goût, d'un que son suc-
cès lui-même ne parvint pas à altérer.
Le dix-huitième était son cadre naturel.
Elle en était le bibelot débordant de vif
argent, un petit sèvres toujours en
mouvement et en pâte tendre, très
tendre. ̃ J'ai vécu dans ce temps-là,
disait-elle. La première fois que je suis
allée à Versailles, j'ai reconnu un esca-
lier par lequel j'avais certainement pas-
sé jadis. » Cette confidence n'était point
ches elle l'ornement d'un propos, car
elle croyait à 1 existence antérieure. Mais
comme elle a bien rempli celle-ci
(ni'¡ -ri!
̃•̃ 'I~' ..ht* ~`
'̃̃ Virginie Dêjazbt' avait1, "-fen '1802", débu-
té comme danseuse, à âge de cinq
ans, sur un petit .tfiéâtre élevé dans le
jardin de l'âiicièfti' couvent des Capuci-
nes, et, tout de suite, une irrésistible vo-
cation s'empara de son âme puérile.
Elle gagnait sept francs par représen-
tation et touchait comme jeux une as-
siette de riz au lait mais la petite Virgi-
nie n'aimait pas le riz au lait, ce dont
on ne saurait la blâmer, et elle offrait
le plus souvent sa portion au chien du
souffleur, qui devint son premier ami
de théâtre. De la danse, elle passa,
sans s'attarder, à la comédie. Fanchon
toute seule, une .sorte de vaudeville en
un acte, fut son premier triomphe. La
petite Virginie rïe s'en tenait pas de
joie et de fierté. Le soir de la premiè-'
re, elle déclara « La prochaine fois,
je parlerai moins vite pour que cela
dure plus longtemps. >; Cet amoui' de
son art ne devait point la quitter, et, à
soixante-seize ans, elle jouait, pour 'la
dernière fois, Monsieur Garât, et chan-
tait La Lisette de Béranger, avec une
émotion de débutante. L'écho de cette
voix petite, mais claire et fûtée, dure
encore. Théodore de Banville nous a
laiësé de Déjazet, taillé d'une main lé-
gère eï précise, dar^s agate irisée, ce
<̃• camés », quî^n'a rien perdu de son
éclat et *fes3on%'AMéf ««©feiiè i
cltan~Gü,~ vinat ats 'éfornel§, la fstuité
chans'en, vingt ans éternels, la fatuité
de Lauzun, l' esprit de Richelieu, la cu-
riosité de Don Juan Ces regards sa-
vent tout ci elles le voulaient, ces lè-
vres minces et longues pourraient tout
dire. L'œil est petit, charmant, effronté,
le front pensif, le menton malin, -l.a fem-
me légère comme une plume, l'imagi-
nation rapide comme une flamme. Son
esprit est le gamin qui se moque d'un
temps abêti son corps elle en a le
moins possible. Elle n'en a pas besoin,
elle n'en a jamais eu besoin, elle volti-
ge comme un couplet et comme une
strophe ailée on peut la loger et la
coucher dans un gant de cavalier. » n
On ne pouvait marquer d'un trait
plus précieux et plus charmant l'allure,
le geste, 1 élégance désinvolte, dont le
souvenir, à travers trois générations, est
parvenu jusqu'à nous. Il nous semble
apercevoir, tout comme si nous l'avions
applaudie au temps de notre jeunesse;
l'illustre comédienne, sa crân'erie natù-'
relie, .la cambrure dé 's?i taille, .ce je
ne sais quoi de vaillant et de décidé qui
voua son art feu-follet à l'apothéose
équivoque et troublante du travesti dokt
elle fut, ii votre gré, le roi ou la reins; Cï
C'est encore Théodore de Banville
qui nous dépeint cette, souveraineté
<, Depuis bien longtemps, a-t-il écrit,
elle avait renoncé à son sexe de femme,
estimant avec Hésiode que tout le mal
est venu de la femme mais aussi elle
était trop spirituelle pour"(Vôu!oir deve-
j nir un homme, ,çt. elle, av,ai$ adopté le
i sexe indécis des Pucks et < des, ̃ Ariels., j
qui passent dans la brise, voltigent sur
la cime des Heurs, murmurent dans le
j flot des fontaines et font de joyeuses ni-
ches aux humains courbés vers la vile
matière. Elle n'était plus un homme, ni
une femme elle était un souffle du
printemps, un farfad'e-tv'uni*. sylphe, u&
I damor, un génie,' 'l'éli;'géiiie- 'même" dit'
dé~mOl', un gen l'é;gê1}1ç'%eme; ,qu
oix-huiaeme siècle, mussant pour nous
charmer la délirante gaieté de Voltaire
enfant, l'extase amoureuse de Rousseau j
dans la scène des cerises, le cynisme
idyllique de Parny, de Bernis et de Gen- j
tii-Bernard, ces charmants et détestables j
poètes, et aussi les -délicieuses poses,
héroïques des divinitesi.et des faunes-
ses de Clodion. Une chanson vive, ra-
pide, légère, ailée, enflammée, ryth-
mée et dansante comme une ode d'Hà^
race, telle fut lame de Déjazet le
grand Watteau seul eût pu nous la mon-
trer emportée dans son calme sommeil
par les nymphes bondissantes et par les
frissonnants Amours, car à propos de
cette douce vision envolée, tu dois
éviter, o Muse toute, plainte doulou-.
reuse toute Jrçiage, funèbr-e,, .,el; c*es£.
encore avec un soirrue ;mçfé/\de,ple.urs.
que tu vois dis paraitre dans :1a pour-
pre du couchant son front de chérubin,
sa chaude prunelle magnétique et le
| bout de son écharpe couleur de -rosé »
Paul de Saint- Victor, bien que résis-
tant mieux à l'ambroisie du lyrisme,
confirme l'opinion de Théodore de Ban-,
ville. « Qui ne.se la rappelle, j.^Jsaii;
au lendemain de sa mort,, aux. premiers
soirs de Monsieur Garat et "Ses Prés
Saint-Gervais, vive et pimpante, la jam-
be leste, l'œil émerillonné, avec son
profil de croquis rocaille et sa silhouette
de lutin dansant sùr! une ffonïme ? Ses
contemporains, en cheveux blancs, pouj
vaient croire à la renaissance mervéil-'
leuse du jouvenceau, joli comme ul'iWrJ;
cœur, qu'un demi-siècle avant, ils ap'-
plaudissaient dans ces petites comédies
r>- poudre; dont -cfle garder; tottjocrro le
parfum. » •̃
C'est pour elle que l'on créa un g^nrè'
particulier, falot et naïf, plus brillant
j tans doute que spirituel, plus riche en
sensiblerie qu'en sensibilité, mais doïir
elle transfigurait, à force de verve à îa
fois grivoise et distinguée et de conti-
nuelle allégresse, Ja tian b-éqx&nte. jjla-,
nuelle allégresse,. ~a ,trOO:}H'I¡e,J?Icj.
titude. Ce genreif'PàtlPàî^^t-Victor
l'a évoqué à ravir « Les auteurs du
bon temps de Déjazet, écrivait-il dans
le Moniteur universel, avaient inventé
pour elle toutes sortes (de. petites cours
romanesques, plfeineg idiintùiguesi et -de
dédales bonbonnières Igrivcises, p"é-
teudières d'amourettes. Versailles en
miniature et Escuria! en" pâte tendre.
Elle y courait comme un esprit dans
un labyrinthe, en habit de page ou de
nymphe, de hussard ou de ballerine,
soufflant ses maîtresses au prince et ses
amants à la facroritevi i versant; isun! le 'iga-
::on le char ^s'-sii'Ëtat'i sïsulëVfafet '̃à'&i
tempêtes reses >lans ''tiH ;èrr0'; a patte
plein de lacryma-christi bu dé vin d Aï.
Bals masqués, médianoches, partie
champêtres, épousailles, petits levers- ciu
dauphin, petits couchers de f infante,
(<-PÉ}AEET"-l'j'V '̃ '"w'
(Lithographie d'après riatare" par* Léon Noël}'
rendez-vous dans le parc, sous la sta-
tue de Pomone. enlèvfiaents des filles
d'honneur, à .lai,, barJbe ikdes^ gouver-
nantes effarées, chasse aux papillons
et aux libellules de l'histoire. Elle ïtajt
la verve et l'étincellement de ces \iëv-
quinades erotiques elle en faisait pres-
que des œuvres d'art. Tel vaudeville
banal, joué, pa,r\'Déjâ?,ét,, prenait- -le. ra-
gpût, l'esprit, le. montant d'une gouache
de Baudouin ou de rragonard. »
Mais toute cette iéerie à laquelle Vir-
J ginie Déjazet, quarante ans durant, ser-
vit de talisman, elle en fut non seule-
ment l'interprète, msis aussi la magi-
cienne. Ses avis étaient toujours pleins
de sens et de finesse et elle savait, d'un
coup d'oeil, apercevoir, iût:ce chez un
débutent, l'étincelle capable d'allumer
le feu sacré. C'est Virginie Déjazet qui,
en un instant, devina en Victorien Sar-
dou le don ccénique. L'histoire Je cette
première rencontre est bien jolie et Sar-
dou se plaisait à en rappeler les cir-
constances. On sait que les débuts du
jeune auteur, au théâtre, furent diffi-
ciles. Sa première pièce, La Taverne,
avait été jouée à l'Odéon où, après cinq
représentations, clie succomba sou; la
cabale des étudiants qui avaient cru y
voir uns' satire dirigée contre eux. Vic-
torien Sardou. qui était pauvre, ne sa-
-ait plus s'il devait encore continuer a
icrire, à espérer, lorsqu'un ami lui cf-
rit de, lui donner une lettre d'introduc-,
ion pour Déjazet, qui était alors dans
out }î éclat de son succès. Sardou partit
sour Seine-Port, où habitait Virginie
sendant le mois d'été. 11 apportait sdtis j
>OW brgsS UP. Cnnr//<^fi'qu'ir-&enait.d'àphe.-
ff?tt. et'qu'on; -aVfeitr refusé' .c'oïHîlifc1 'ses"!
j' ,1' 1 i '1 "1'>1'0'1''
lu.tres pièces, oardou a ]laisse.(Ié,r£ciîtt I
Dlejn de ̃ grâce: et ,'à.è, .̃xncuvçm-3n£,,j'dls a
:ette tentative, qui fut l'origine de sJa ̃>
^rodigibuse carrière
« OlkHait i>ien chanceux, mais je
jouaiWI-mon ya-tout Depuis -quatre;-
ins '-j^tic la Taverne- était •̃ tombée,
j'avais*' 'JVap]>é inutilement à tant de'
portes J'étais excédé-- de t?éijiai"
;bes inutiles, d'espoirs trahis, et en?
fin, a bout de patience j.e pris donc;,
a lettre que- l'on m'offrait :pour Dé-
jazet; et'je partis pour Seine-Port! Quo
le réfiéxsoîis ne fis-je pas ie long de }a
•outéî''L'/?U'angc" démarcite après tout!
Et que je 'm'abusais peu sur' le succès'
le mon entreprise! Ce chemin-là, com-
bien d'auîves, et dans, la ni è rue inten-,
:ion, l'avaient dû. faire avant vaoi, sans
.mtre effet que de se rendre -iuïportunSi
Pourquoi- «erais-je plus heureux?
> A ^c-sson, où l'on descend, pas
:roain'îî')ur,. 'Mais, renseignements pris,
j'en avais pour trois quarts d'heure à
peine d'une marche î'aciie à travers les
bois. D'ailleurs1, • temps racîiÂTx. Vu
-oleii! J'ai gardé le souvenir ,i|e ce so-
leil-là, le premier qui ait lui sur ma
route.
« Aux' prémiè.r)e^4aisions..d,ui village,
rleux psj:san!i0Sfriqiu' ,s!es a^a^ç^t, ic.is.rSj,
paniej-/S,i^u,r.,la tête, me saluèrent conv,
me u». Connaissance. Plus loin, uiMj
i;ros chien, étendu près d'une fonîaincrj
vint amicalement me iécher la main. >|
Un enfant m'indiqua la demeure 'de j
Déjazet. Cette grille, là-bàs, sur- la1 ~i
place. Dieu Sait avec quels battements''
de coe,vu- Je sonnai! Personne ne vint,1,
et je m'aperçus que la grille n'était pas,'
fermée. Tout semblait s'ouvrir devant
moi, comme au coup de baguette d'une.
fée. Une servante à tète blonde me
cria de loin en souriant (elle aussi)
« Entre?: dans le «âionjéje vais
prévenir Madame, qui est au jardin. »
» J'entrai dans ce salon, que l'émo-
vion îïïjjii'empccha pas de regarder très
curieiiibnieîit. Cette maison, je le sa-
vais, 'avait appartenu jadis à Bosîo;
puis à la marquise de la Cor'te et, a lit
place d'honneur, un grand tableau me
présentait l'Amour sous Jes traits de
̃Jules Janiiv! J'examinais ce bon mo-
bilier de l'Empire, ces fauteuils en ve-
Jours d'Ulrecht et les tasses jaunes sur
les guéridons à galeries de cuivre,
quand une porte s'ouvrit derrière moi.
.laine dis «. C'est elle! »Et ramassant
taot inon.-eoncage paiir lui. débiter le
petit discourt .préparé sur là' route, "je
nie i éfôu'rh'ai ,îe vi s" que c'étu1 i t Elle,
en effet, et je demeurai' coi, la bouche
ouverte et muet comme un poisson.
;> Elle avait les mains pleines de plà-
tre,, c'est là. ce. qui me désorientait. Je.
né -m'étais pas attendu à cela. Elle vit
nia stupeur et me dit en riant
« -r- Pardon, j'étais occupée à répa-
rer un mur! »
'» Balbutiant je ne sais quoi, je re-
mis ma lettre qui lit un merveilleux
cl'i'el. La glace rompue, je ne sais pas
Irop ce que je dis. Il paraît pointant
que je m: fus pas trop gauche. Je
pvésenicù assez heureusement mon
Candide, en faisant ressortir, on la
pense bien, ce qu'il y aurait de pi-
quant a voir collaborer Voltaire et -Dé-
jazet, etc., etc..
Je. déposai mon manuscrit sur la
table, ier; serrai ses blanches mains
avec efîéslon, et je pris la fuite sans
nié retourner.
VAh! que j'étais léger cette fois!
«ne le soleil me semblait bleu, l'air
plus, caressant, les oiseaux plus gais,
-les' fleurs plus tendres qu'à mon arri-
vée. C'est qu'une voix secrète me dir
sait «lue. charme est rompu, ton
» .heure eatcariùvée! »• et nia jeune
chance, emprisonnée jusque-là, brisait
sa' coquilte'îet' pour là première fois
ï)â!ttait dc'l'aile. Je courais, je volais,
je 'franchissais les fossés tout pleins
(je crois les voir) de gros bouillons
blancs et de fleurs des champs dont
je fis une- moisson que je rapportai
pieusement. Il y a de cela douze ans
bien comptés (1), et leur parfum dure
encore. '» ,ih 1 ̃
Le Candide, qu'en ce beau jour d'été
et de jeûnasse, Victorien Sardou ap-
portait à Virginie Déjazet, ^faillit être
représenté sur la scène des rolies-Nou-
velles, dont la grande comédienne ve-
nait d'acquérir le bail et d'offrir la di-
rection effective, à son fils. Mais Can-
dide éveilla les susceptibilités de la
Censuré impériale qui, finalement refu-
(1) Ecrit en 1869,
sa son agrément. Passant outre à ce 1.
mécompte, Virginie Déjazet n'abandon-
na pas son protégé. Elle, le présenta à <
l'un' de sefe: auteurs habituels-, • M ̃Van^r-
derbUrcK, ^t tbus deux écrivirent 1er, Pïe-
mières A¥Hiès"3e Figaro, 'dont là faveur
auprès du public' î.tit immédiate et du-'
rable. Déjazet avait alors soixante-cinq
ars, mais ce triomphe lui rendit une ¡'
troisième jeunesse. Aussi bien au cours
de toute sa carrière, son courage et sa
bonne humeur ne s'étaient jamais lais- j
se abattre par aucun contretemps. Elle j
avait cette vaillance infatigable et près- j
que invraisemblable que, depuis lors, nous
avons connue chez Sarah Bemhardt.
Elle avait été 1 étoile montante du théâ-
tre du Vaudeville et l'étoile au zénith
des Variétés et du Gymnase dramati- j
que. Sur cette dernière scène, en sept
ans, elle avait créé 73 rôles. Elle passa
ensuite plusieurs années aux Nouveau-
tés et au Palais-Royal où les conditions
de son engagement furent déclarées
scandaleuses par les critiques des mœurs,
qui s'écrièrent en chœur << Où allons-
nous. mon Dieu Où allons-p.ous } »
Songez donc, Virginie Déjazet touchait
dix mille francs d'appointements par
an, dix francs de jeux pour chaque piè-
ce en un ou deux actes, quinze francs
pour les pièces plus importantes Tou-
te la bourgeoisie du jeune règne de
Louis-Philippe1' s'" indigna et estima que
l'heure de la décadè'ncé; "'âvàît' So'nfiSH
pour la .pauvre .France. ']']'
Malgré des avantages^ aussi, magnifia
ques, Déjazet ne fut jamais riche et
elle dut souvent, ̃ pour faire face • aux
nécessités de existence, aller iouer
dans les grandes villes de province où
son succès était aussi éclatant qu Pa-
ris. Dans ses demièrer, années, elle fut
même menacée par la misère et l'on
dut donner, en 1874, une représentation
à son bénéfice. Peu de temps après,
elle mourut fort pieusement. Depuis
quelque temps elie était revenue à la j
religion très simplement, très sincère- j
ment aussi. Son couplet de la fin fut j
une prière.
Robert do Fiers,
de l'Académie française.
CHOSES EÏ«DElEïïiS
Quelques chiffres
Quand, il y a quelques mois, j'ai de-
mandé que les écrivains fussent ad-
mis, comme les artistes, au droit de
suite sur le produit de leurs œuvres
vendues aux enchères publiques, le
monde dçs lettres ne ̃ 'parut' a pas beau-
cëUff^^k^^mx. 'JP.W-T 'la «l^r^ÎP^vf
On ireaVU'e>f'P>j)itI,là,que (de- iiunçe^îPir'o-
fits en perspective. ;À quoi bon, dès
lors, scmcllro' en quatre, pour ramas-
ser des hajicois ?
Voici pourtant des chiffres qui fe-
ront réfléchir plus d'un. Ce sont ceux
d'une vente récente, où, sans parler des
auteurs tombés dans le domaine public,
une quinzaine de manuscrits d'auteurs
contemporains réalisèrent devinez j
combien, frais compris ? Cinq cent
vingt-trois mille francs. On a notam-
ment payé un manuscrit de Barbey
d'Aurevilly, 33.000 francs pour les
Corbeaux," 25.00fî pour Eil Ah]i,
f.r>. 000 pour Une Vie. 72.000 p.u.r le
I)' Pascal, 27.000; pour Lù-Bcu. 10.000;
pour l'Oblat. 3(5.000 pour deux ma-
nuscrits de M. Courtcline, 40.000 porr
deux manuscrits dû M. Paul Valéry,
50.000, etc., etc.
Chiffres assurément très flatteurs
pour les écrivains en cause ou poin-
teurs héritiers; mais non moins vexants
DiiJAZET DANS c< LA PÉRiCHOLE »
(Dessin de GaVarni.)
si on les. rapproche soit des prix aux-
quels furent cèdes lesdits manuscrits,
soit du peu qui revient aux intéressés
sur ces magnmc{i;es. enchères exacte-
ment zéro francs, zéro centimes.
Mettez à 10 0/0 le droit de suite des
écrivains, cela fait pour la littérature,
faute de ce droit, frô.OOO francs qui lut
passent sous le nez à 15 0/0; 7^-Mtt
francs qui 1 i^i. échappent.
Poïffqùqi. (ic,"1:èljcs,. f rus.ira.tioi'is sont-
elies toléi'ées;.e,t..p'ourq.U!oi ,'n.c .fni,(ron
rien contre ? Ce ne sont cependant .pas
les honnes volontés qui nous man-
queni. L'autre jour, en pleine Acadér
mie, M. Doumic n'hésitait pas u procla-
mer ce que nous ne cessons de répéter
ici, depuis trois ans « Tandis que,
dans tous les métiers, le salaire erait
avec le coût de la vie, l'écrivain est à
peu près le seul dont le gain reste dé-
sespérément slationnaire, s'il ne dimi-
nue pas. » De son côté, M. Georges Le-
comte prépare, nous le savons, tout un
programme de réformes à obtenir d'ur-
gence. Et M. Emile Bore!, délivré clés
soins de la (lotte, va enfin pouvoir se
consacrer à la cause de la C T: I.
Seulement, le tout n'est pan de bien
vouloir. 1! s'agit de vouloir ensemble.
Kt les chiffres cités plus haut montrent
ï' combien presse cette action commune.
• ̃"̃ Fernand Vandcrcm.
Les amours de Virginie Déjaze
Sensible, délicates bonne au point d(>,
préférer Lo-it, jours le bonheur de cein
qui lui étaient Chers ait sien;: et' avec-
cela, constamment lucide; même lors'
que son eivur'étuit en jeu, cet être de,
charme, de tendresse ci' de raison avait
tout pour êlre malheureuse en amour i
cl! le fut. Les deux grandes passions!
de sa vie, dont nous pouvons suivre au
jour te jour les péripéties, grâce- aux
'ioUivs et au fragment de journal inti-
me publiés par M. Henry 'Lecomte, ne
sont qu'un cri de douleur.
Depuis le soir de 1818 où, âgée de
seize uns, elle avait, à Lyon, succombé
comme une «risette -"pour quelques
friandises, elle eut de nombreuses aven-
tures, et l'on peut, sans se tromper, ci-
ter ici les noms d'Adolphe Charpentier,
Hector liossange, Thén ar ci, Eugène da
iUlms, le comte Louis Germain, Lafer-
vière; mais de toute cette partie de sa
vie privée, nous ne savons presque rien.
Elle i'uvait Je. scandale. elle redoutait
même 'la publicité. Sollicitée, à plu-
sieurs reprises, de publier ses Mémoi-
res, elle répondait « Je ne sache pas
que <•• i.ioii privé >̃ appartienne à un au-
ire que moi, et je suis, d'ailleurs, bien
décidée à ne l'exploiter, jamais, si yi-
quant q,u'il< puisse paraître; à;,premièr<
vite pour ceux qui ne le connaissent que.
ptut: le btîiit public, v /̃̃,̃ .̃
])e ces -liaisons, dont oa sait fort peu'
de choses, il est possibkt «tu moins,
d'affirmer qu'elles ne furent pas inté*
ressées..Jamais Déjazet ne connut la ri-
chesse, .et si, dans l'une d'elles, le souci
de sa carrière s'est trouvé d'accord aveu
ses sentiinenls, on ne peut guère l'en
îJÉJAZEr
dans « Le Vicomte DE Letorières ».
(Pholo Tourlin.)
blâmer puisqu'il 1 s'agissait t d'Hector
jtfo'sange, directeur du théâtre des
Nouveautés, dont Déjazet, étoile de la
troupe, se concilia les bonnes grâces
pour tenir en échec une redoutable ri-
vale, Mme Albert.
il faut arriver en 1834 pour que se
déchire une partie du voile sous lequel
cette comédienne, avec une pudeur aus-
si charmante que rare dans son état,
cachait ses sentiments. Virginie Déja-
zet est à l'apogée rie sa gloire, et de son
talent. Elle triomphe sur la scène du
Palais-Royal, elle règne sur Paris, les
gazettes sont pleines de son nom. In
des plus jeunes musitiens de l'orches-
tre du théâtre, « ver de terre amoureux
(Pline étoile > s'empoisonne pour elle.
Ella s'installe à son chevet, le soigne
comme une mère et comme une aman-
te, le dispute vainement à la mort. Elle
triomphe dans .-les Premières armes de
Richelieu, elle Va créer wtla-.JÀsette de,
Béranf/er, qu'elle jouera encore à
oixanle-dix-sept ans et demi, la der-
nière fois qu'elle montera sur les plan-
ches. C'est sous une telle auréole triom-
phale qu'elle apparaît aux yeux d'un
jouvenceau de dix-sept ans. Arthur Ber-
trand, fils du généra) qui avait accom-
pagné Napoléon à Suinte-Hélène et qui
était lui-même né dans l'île inhospita-
lière. Lorsque la comtesse Bertrand
présenta Je ncuveau-né au Maître cap-
tif, elle Je fit en ces termes « Sire, j'ai
l'honneur de présenter à Voire Majeslé
le premier Français qui, depuis votre
arrivée à Longwôod, s'y voit introduit
sans la permission de lord Bathurst. »
Le général lance ̃ trop tôt peut-être,
et sans bride ce joli garçon dans le
monde d'alors dans tous les mondes.
11 lient de son père un caractère aussi
entier que violent, et de sa mère, une
créole, le goût du plaisir et du clin-
quant. Il s'éprend de l'actrice, elle l'é-
ooute, elle cède. Amours brèves et vio-
lentes Le gamin, frivole et trop jeune
pour sentir la valeur de sa conquête,
mène une. vie dissolue. Virginie, par,
centre-coup.' peut-être, est infidèle. 11
semble
sique qu'à la voix de- son erreur. Elle a
treiite-quatre ans, il en a dix-sept.
Les lettres qu'elle lui adresse et ou
les « vous ̃> se mêlent aux tu », attes-
tent la fragilité des liens qui les unis-
seni. CL'iix-ei, après des alternatives de
ruptures et de reprises, se dénouent
momenl'.uiément moins de deux ans
après. Arthur Bertrand, dont la mère
est mori.o, doit faire un voyage d'inté-
rêts à la Martinique. Lorsqu'ils se re-
voient, trois ans plus tard, Arthur n'a
plus rien du chérubin c'est un bel
homme, de inille haute, aux yeux très
dou:, la barbe fine, mais dont l'âge
n'a fait qu'accuser les défauts frivo-
lité, cvnisme. brutalité. Ils se repren-
nent, et Virginie, qui n'avait éprouvé
qu un caprice pour l'enfant, aime le
brillant cavalier. Tristes amours! Dou-
loureux calvaire 'd'un 'cœur tendre et
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