Titre : Figaro : journal non politique
Éditeur : Figaro (Paris)
Date d'édition : 1864-01-10
Contributeur : Villemessant, Hippolyte de (1810-1879). Directeur de publication
Contributeur : Jouvin, Benoît (1810-1886). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34355551z
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 164718 Nombre total de vues : 164718
Description : 10 janvier 1864 10 janvier 1864
Description : 1864/01/10 (Numéro 929). 1864/01/10 (Numéro 929).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG63 Collection numérique : BIPFPIG63
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Description : Collection numérique : France-Brésil Collection numérique : France-Brésil
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k2702737
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
FIGARO
De la Maladie critique
Un ridicule de notre époque, ridicule qui touche au vice, c'est
l'exagération et l'abus de la critique.
Dieu me garde d'en médire! La critique est une forme de l'art
d'écrire très nécessaire, très profitable, très difficile, et qui, exercée
par un esprit large et original, vaut assurément un roman inutile ou
bien une comédie inepte.
C'est précisément le respect qu'elle m'inspire qui me met en dé-
fiance contre l'usage extraordinaire qu'en fait la génération non-
velle.
Outre la conscience, il faut au critique le goût et le savoir; il faut
un but et une base à ses appréciations il doit connaître les livres
et les hommes enfin, donner en style excellent des leçons à ceux
qu'il veut corriger.
Aujourd'hui, le premier porte-plume venu s'installe en jugeur,
rabâche de grands mots à lettres majuscules et se. croit autorisé à
dénoncer sans pitié les erreurs de l'homme qui s'est donné la peine
d'inventer quelque chose.
Certes, s'il y a dans les lettres une fonction à laquelle puisse se
rapporter le mot de sacerdoce, c'est assurément celle du critique
pourquoi ne pas exiger alors de celui qui veut la remplir quelques
gages de moralité et de santé intellectuelle, un examen tel qu'on en
impose dans les autres carrières d'analyse et de discussion, méde-
cine, droit, physique, etc.?
Avant qu'un monsieur s'empare d'un livre et se permette d'impri-
mer son opinion sur ce livre, je voudrais qu'il me dise au nom de
quels principes, de quelles études il l'approuve ou il le condamne?
Comme toutes les choses indéfinies, la critique se paie assez vo-
lontiers de besognes toutes faites. L'on invente totfs les trois ans une
phrase qui sert de ralliement aux enfants perdus de la critique.
Esthétique, aujourd'hui, a été mis à la mode par l'école Baude-
aire, et remplace à son honneur réalisme, qui me semble tout il
fait démodé. Cette esthétique, ou science du beau, a même donné
naissance à une branche de critique, la plus réjouissante de toutes,
la critique d'art.
Un des côtés plaisants du protestantisme, c'est la iacultë qu'il
laisse à tout fidèle d'interpréter, selon son for intérieur, les textes
qui servent de base à la foi chrétienne.
La chose n'est pas moins bizarre quand un Barbanchu quelcon-
que,- tantôt buveur de bière idiotisé par le paradoxe,- tantôt pé-
dant bouffi de formules scolastiques, s'avise de discuter, d'après
lui-même, la pensée-mère, les tendances et la philosophie d'une
Oeuvre artistique.
»
Qu'au courant de la conversation, l'on donne une opinion rapide
comme l'impression qui l'a produite, je l'admets mais qu'on l'im-
pose sur trois colonnes de texte aux badauds qui lisent de confiance,
cela m'indigne comme une mauvaise action.
Et le plus triste, c'est que la jeunesse du jour se jette à plume
perdue dans cette voie inféconde.
Jadis les jeunes gens faisaient des vers ridicules c'est vrai,
des romans insensés> j'en conviens,- mais du moins ils vivaient,
bien grande légèreté, car il n'avait rien préparé pour sa fuite; il
était sans argent, sans papiers, et cependant il avait dû prévoir le
cas où il ne réussirait pas et s'assurer des moyens de salut.
Même en cas de succès, il eût été, je crois, assez embarrassé; sept
sacs d'argent sont lourds, où les porterait-il? Franchir la frontière
était fort difficile, il n'avait pas de passe port. Cette pensée de vol
soulève de grandes invraisemblances. Comment les expliquez-
vous ?
R. Je réponds que mon domestique était bien connu, et avait
souvent passé la frontière sans papiers.
D. Pour consommer le vol, votre domestique avait deux person-
nes à assassiner, et il n'était muni que d'un pistolet; il n'avait pas
de poignard, et un pistolet est une arme qui, une fois déchargée,
ne peut renouveler ses coups. Comprenez-vous qu'il ait été aussi
imprudent, quand il s'agissait de lutter avec un homme jeune et
vigoureux ?
R. Dans le caisson du chariot, il y avait des instruments de tour-
neur qui auraient pu devenir des armes. Je regrette qu'on ne les
ait pas décrits dans l'information.
D. Votre domestique, avez-vous dit, prend la fuite après avoir
tiré son coup de pistolet. Mais, au lieu de se jeter dans les bois qui,
à droite et à gauche lui offraient un asile assuré, il court devant lui
sur la route, au risque de rencontrer quelque voyageur qui pourra
l'arrêter. Cela ne se conçoit pas.
R. Vous dites que mon domestique pouvait se jeter dans les bois i
c'est là une pure conjecture à laquelle je ne pourrais répondre que
par une autre conjecture.
D. Pendant combien de pas avez-vous poursuivi votre domesti-
que ? `?
R. Je ne puis préciser.
D. Dans l'instruction, vous avez dit deux cents pas environ. Eh
bien 1 il a quelque chose d'inexplicable; votre domestique était
ils risquaient, ils osaient. L'on était jeune France; maintenant l'on
est critique critique 1 bon Dieu quand l'on a peut-être encore quel-
ques incertitudes sur l'orthographe.
Où sont les audaces d'Hernani? les rugissements d'Antony? les
pleurs de Marion Delorme? Nous étudions la vie sur des fœtus con-
servés dans l'esprit-de-vin et nous croyons que c'est arrivé!
Après tout, je passerais bien des choses aux nécessités de tous les
jours, j'abandonnerais volontiers à l'océan de feuilles imprimées
qu'emporte chaque matin le reflux de l'oubli, quelques jugements
en l'air, quelques banalités de plus, si la manie du volume n'avait
pas atteint les critiques de toute encolure.
A aucune autre époque, je crois, les noircisseurs de papier n'ont eu
pareil respect de leurs élucubrations. Quand monsieur un tel a
brassé douze ou quinze articles, il arrive qu'en réunissant cette
prose, en l'allégeant par de nombreux alinéas, en l'encadrant d'une
marge honnête, elle donne la matière d'un volume, et comme
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'édite
Quelque Lemer prend le volume en compte à demi ^(argot de li-
brairie) et le met sous presse avec n'importe quel titre.
:1:
Ce n'est pas fini un serin de lettres qui débute dans une de ces
revues de papier mâché qui aspirent à renverser le gouvernement et
dont le rédacteur en chef veut se réveiller un matin conseiller d'E-
tat, ramasse ce volume et fait là-dessus un petit article critique
aussi naturellement.
Quand il sera arrivé à dix, le petit à son tour réunira son volume.
Ce serait bien le diable s'il ne se trouvait pas, de troisième main,
un camarade pour découvrir dans ce fatras matière à une nou-
velle étude toujours critique qui, elle aussi, trouvera sa place
un jour sous une couverture.
Et ainsi de suite, de sorte que dans dix ans il n'y aura plus que
desjugeurs et pas de livres à juger.
BOUFFES PARISIENS
LA NOUVELLE SALLE
M. Charpentier fils a trouvé le moyen de transformer l'an-
cienne bonbonnière soyons poli du passage Choiseul en
une salle très commode, très jolie, très bien décorée, et relati-
vement très grande. Loges, stalles, baignoires, tout cela est
soigné et confortable. Malheureusement, pressé comme on
était d'inaugurer la salle, on l'avait chauffée d'une manière
fort insuffisante. Tout le monde remettait son paletot ou son
cache-nez; on gelait littéralement; aussi, sans calembour, la
soirée a été un peu froide.
Nous ne dirons rien d'un prologue prétentieux, et nous cons-
taterons le franc succès d'une petite saynète à deux person-
nages, Lischcn et Fritzchen; c'est court, leste, amusant; de l'Of-
fenbach de derrière les fagots.
Les couplets de la Marchande de balais sont très réussis le
refrain piquant et bien ramené deviendra populaire. Il y a
jeune, vigoureux, d'une grande taille, il avait beaucoup d'avance
sur vous, car vous aviez dû perdre du temps peur prendre vos pis-
tulets, les armer, les décharger et sauter à bas de votre voiture, et
Louis Rey courait sans doute aussi bien que vous, et cependant
vous l'atteignez à peu de distance. Comment pouvez-vous expliquer
cela `'
R. Je suis assez libre de mes mouvements, je cours bien, et mon
domestique avait, je crois, un embarras dans une jambe, je ne sais
laquelle.
D. Où étaient placés vos pistolets?
R. Sous le coussin de ma voiture.
D. A quelle distance le premier coup de pistolet a-t-il été tiré sur
l'homme que vous avez aperçu 'à votre droite, sur la route, et
fuyant?
R. Je ne puis préciser.
D. Vous avez déclaré dans l'instruction qu'il était à quatre ou
cinq pas en avant. Comment se fait-il que vous ayez eu le temps
de prendre vos pistolets, de les armer et de les tirer, et que votre
domestique ne fût encore qu'à une distance aussi rapprochée?
R. Peut-ètre ne fuyait-il pas dans ce moment mais je suis cer-
tain de l'avoir vu courir.
D. Vous avez été bien prompt à tirer?
R. Il ne faut qu'un mouvement rapide pour armer un pistolet
chargé.
D. Ce mouvement peut en effet être rapide, mais la marche d'un
homme qui fuitest rapide, elle aussi. Quelle était en ce moment la
position de votre femme? î
R. La tète de ma femme reposait sur mon épaule, du côté gauche
de la voiture, et j'ai aperçu mon domestique à droite de la voiture.
D. L'avez-vous vu avant l'explosion?
R. Non.
D. Cependant le coup de pistolet a été tiré à bout portant les cils
aussi un duettino net et bien venu sur un mouvement de
valse
Je suis Alsacienne,
Je suis Alsacien,
que tout le monde fredonnait en sortant. Cette saynète servait
de début à Mlle Zulma Bouffar, qui, avec une expressive et
fine figure, a un jeu naturel, une toute petite voix très pure,
très juste et une certaine grâce. Désiré aussi a joué avec beau-
coup de rondeur et de gaieté.
Si la saynete a amusé, en revanche, la grande pièce a beau-
coup ennuyé. On a trouvé ça et là dans la musique de l' Amour
chanteur quelques jolis détails, mais ils ne sauvent ni la parti-
tion ni la pièce, qui est peut-être d'un genre un peu relevé
pour les Bouffes.
Cet insuccès puisse-t-il corriger M. Offenbach des opérettes à
grands airs et à roulades. Il a, sinon créé, du moins personni-
fié un genre amusant, mais que l'absence de prétentions seule
rend acceptable. Pourquoi tenter hors de là des excursions
malheureuses? La saynète de Lischcn et Fritschen a été im-
provisée en deux ou trois heures à Ems nous avons dit com-
bien elle est charmante, combien on la sent venir d'inspiration.
M. Offenbach, évidemment, a beaucoup plus travaillé l'Amour
chanteur, c'était bien inutile.
Mlle Irma Marié, fille du chanteur de l'Opéra et sœur de Mme
Galli-Marié, débutait dans cette pièce malencontreuse. Ce n'est
point une grande voix, mais, assurément, elle chante bien,
quoique abusant un peu des cocottes. Peut-être n'a-t-elle pas le
physique suffisant, pour l'optique de la scène, et, par-dessus le
marché, on l'avait fagotée d'un costume; d'Amour qui ne lui
séyait nullement. Nous ne comprenons pas que sa sœur, que
nous avons aperçue dansla salle, ne fût. pas auprès d'elle dans les
coulisses pour la costumer et la grimer. En somme, Mlle Irma
Marié a payé les pots cassés, et, dans la débâcle de la pièce, a
été moins applaudie que, certes, elle aurait dû l'être. Dans deux
rôles qui ne valent pas grand chose, nous devons signaler M.
Pradeau, qui a fait tous ses efforts pour égayer la situation, et
Mlle Géraldine, toujours sémillante, jolie et spirituelle.
Maintenant, pour finir, une question à M. Offenbach. L'at-
trait d'une salle neuve suffisait au succès de cette réouverture;
pourquoi, au lieu de deux nouveautés dont une mauvaise, ne
pas reprendre l'un des succès historiques de l'endroit, la Chan-
son de Fortunio, par exemple? Mieux encore: pourquoi ne pas
faire affiche avec des noms qui ne fussent point le sien, ils ne
manquent pas dans le répertoire des Bouffes: M'sieu Landry
de M. Duprato, l'Omelette à la Folkmbûche de M. Delibes ou
mieux que tout, les Pantins de Violette, ce charmant badinage
d'Ad. Adam?
Il y a là une politesse à faire, et le directeur des Bouffes a
trop d'esprit pour ne pas bientôt s'en apercevoir.
F. M.
MM. les actionnaires du journal le Figaro sont convoqués en
assemblée générale, dans les bureaux de la Société, 14, rue
Grange-Batelière, pour le samedi 23 janvier prochain, à 8 heu-
res du soir.
ORDRE DU JOt'R.
Nomination des membres du conseil de surveillance
F. Magnaisd.
et les sourcils de votre femme ont été brûlés; le pistolet, pour pro-
duire cet effet, a dû être placé à environ trois pouces de sa tête, et
il a fallu que l'assassin l'appuyât sur votre poitrine. Vous vous en
seriez nécessairement aperçu? 9
D. Le coup n'a pas été tiré à bout portant. je le sais. je l'ai
v u.
D. Mais les gens de l'art l'ont affirmé après de nombreuses ex-
périences vous les entendrez bientôt, et d'ailleurs le simple bon
sens justifie le résultat de leur examen.
R. D'autres hommes aussi expérimentés combattent ces asser-
tions.
D. Ce point sera vérifié, car il est, vous le comprenez, de la plus
haute importance. Il est aussi une observation fort grave. Votre
femme a été frappée de deux balles, et l'autopsie a démontré que
ces balles avaient suivi une direction différente l'une est arrivée de
haut en bas, et l'autre horizontalement la première, de droite à
gauche, la seconde, de gauche à droite de sorte que ces deux bal.
les auraient pu se rencontrer dans leur direction opposée. Il résulte
de ces faits qu'il y a eu deux coups de feu le même pistolet n'a
pu envoyer ces deux balles. Qu'avez-vous à répondre?
R. J'établirai dans le débat qu'il n'y a eu qu'un seul coup, lequel
a pu produire ces deux directions opposées des projectiles. Du
reste, je ne puis discuter à présent de semblables détails. Mais tout
cela s'expliquera, et l'on verra que j'ai dit la vérité.
D. Que dit votre femme ?
R. « Mon pauvre mari, prends tes pistolets. »
D. C'est impossible les balles avaient fracturé les os de la fosse
nasale, elle n'a pu proférer une seule parole distincte les rapports
des experts l'établissent.
R. J'en aurai de contraires à leur opposer.
D. Que fit votre femme ensuite ? t
R. Je l'ignore.
De la Maladie critique
Un ridicule de notre époque, ridicule qui touche au vice, c'est
l'exagération et l'abus de la critique.
Dieu me garde d'en médire! La critique est une forme de l'art
d'écrire très nécessaire, très profitable, très difficile, et qui, exercée
par un esprit large et original, vaut assurément un roman inutile ou
bien une comédie inepte.
C'est précisément le respect qu'elle m'inspire qui me met en dé-
fiance contre l'usage extraordinaire qu'en fait la génération non-
velle.
Outre la conscience, il faut au critique le goût et le savoir; il faut
un but et une base à ses appréciations il doit connaître les livres
et les hommes enfin, donner en style excellent des leçons à ceux
qu'il veut corriger.
Aujourd'hui, le premier porte-plume venu s'installe en jugeur,
rabâche de grands mots à lettres majuscules et se. croit autorisé à
dénoncer sans pitié les erreurs de l'homme qui s'est donné la peine
d'inventer quelque chose.
Certes, s'il y a dans les lettres une fonction à laquelle puisse se
rapporter le mot de sacerdoce, c'est assurément celle du critique
pourquoi ne pas exiger alors de celui qui veut la remplir quelques
gages de moralité et de santé intellectuelle, un examen tel qu'on en
impose dans les autres carrières d'analyse et de discussion, méde-
cine, droit, physique, etc.?
Avant qu'un monsieur s'empare d'un livre et se permette d'impri-
mer son opinion sur ce livre, je voudrais qu'il me dise au nom de
quels principes, de quelles études il l'approuve ou il le condamne?
Comme toutes les choses indéfinies, la critique se paie assez vo-
lontiers de besognes toutes faites. L'on invente totfs les trois ans une
phrase qui sert de ralliement aux enfants perdus de la critique.
Esthétique, aujourd'hui, a été mis à la mode par l'école Baude-
aire, et remplace à son honneur réalisme, qui me semble tout il
fait démodé. Cette esthétique, ou science du beau, a même donné
naissance à une branche de critique, la plus réjouissante de toutes,
la critique d'art.
Un des côtés plaisants du protestantisme, c'est la iacultë qu'il
laisse à tout fidèle d'interpréter, selon son for intérieur, les textes
qui servent de base à la foi chrétienne.
La chose n'est pas moins bizarre quand un Barbanchu quelcon-
que,- tantôt buveur de bière idiotisé par le paradoxe,- tantôt pé-
dant bouffi de formules scolastiques, s'avise de discuter, d'après
lui-même, la pensée-mère, les tendances et la philosophie d'une
Oeuvre artistique.
»
Qu'au courant de la conversation, l'on donne une opinion rapide
comme l'impression qui l'a produite, je l'admets mais qu'on l'im-
pose sur trois colonnes de texte aux badauds qui lisent de confiance,
cela m'indigne comme une mauvaise action.
Et le plus triste, c'est que la jeunesse du jour se jette à plume
perdue dans cette voie inféconde.
Jadis les jeunes gens faisaient des vers ridicules c'est vrai,
des romans insensés> j'en conviens,- mais du moins ils vivaient,
bien grande légèreté, car il n'avait rien préparé pour sa fuite; il
était sans argent, sans papiers, et cependant il avait dû prévoir le
cas où il ne réussirait pas et s'assurer des moyens de salut.
Même en cas de succès, il eût été, je crois, assez embarrassé; sept
sacs d'argent sont lourds, où les porterait-il? Franchir la frontière
était fort difficile, il n'avait pas de passe port. Cette pensée de vol
soulève de grandes invraisemblances. Comment les expliquez-
vous ?
R. Je réponds que mon domestique était bien connu, et avait
souvent passé la frontière sans papiers.
D. Pour consommer le vol, votre domestique avait deux person-
nes à assassiner, et il n'était muni que d'un pistolet; il n'avait pas
de poignard, et un pistolet est une arme qui, une fois déchargée,
ne peut renouveler ses coups. Comprenez-vous qu'il ait été aussi
imprudent, quand il s'agissait de lutter avec un homme jeune et
vigoureux ?
R. Dans le caisson du chariot, il y avait des instruments de tour-
neur qui auraient pu devenir des armes. Je regrette qu'on ne les
ait pas décrits dans l'information.
D. Votre domestique, avez-vous dit, prend la fuite après avoir
tiré son coup de pistolet. Mais, au lieu de se jeter dans les bois qui,
à droite et à gauche lui offraient un asile assuré, il court devant lui
sur la route, au risque de rencontrer quelque voyageur qui pourra
l'arrêter. Cela ne se conçoit pas.
R. Vous dites que mon domestique pouvait se jeter dans les bois i
c'est là une pure conjecture à laquelle je ne pourrais répondre que
par une autre conjecture.
D. Pendant combien de pas avez-vous poursuivi votre domesti-
que ? `?
R. Je ne puis préciser.
D. Dans l'instruction, vous avez dit deux cents pas environ. Eh
bien 1 il a quelque chose d'inexplicable; votre domestique était
ils risquaient, ils osaient. L'on était jeune France; maintenant l'on
est critique critique 1 bon Dieu quand l'on a peut-être encore quel-
ques incertitudes sur l'orthographe.
Où sont les audaces d'Hernani? les rugissements d'Antony? les
pleurs de Marion Delorme? Nous étudions la vie sur des fœtus con-
servés dans l'esprit-de-vin et nous croyons que c'est arrivé!
Après tout, je passerais bien des choses aux nécessités de tous les
jours, j'abandonnerais volontiers à l'océan de feuilles imprimées
qu'emporte chaque matin le reflux de l'oubli, quelques jugements
en l'air, quelques banalités de plus, si la manie du volume n'avait
pas atteint les critiques de toute encolure.
A aucune autre époque, je crois, les noircisseurs de papier n'ont eu
pareil respect de leurs élucubrations. Quand monsieur un tel a
brassé douze ou quinze articles, il arrive qu'en réunissant cette
prose, en l'allégeant par de nombreux alinéas, en l'encadrant d'une
marge honnête, elle donne la matière d'un volume, et comme
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'édite
Quelque Lemer prend le volume en compte à demi ^(argot de li-
brairie) et le met sous presse avec n'importe quel titre.
:1:
Ce n'est pas fini un serin de lettres qui débute dans une de ces
revues de papier mâché qui aspirent à renverser le gouvernement et
dont le rédacteur en chef veut se réveiller un matin conseiller d'E-
tat, ramasse ce volume et fait là-dessus un petit article critique
aussi naturellement.
Quand il sera arrivé à dix, le petit à son tour réunira son volume.
Ce serait bien le diable s'il ne se trouvait pas, de troisième main,
un camarade pour découvrir dans ce fatras matière à une nou-
velle étude toujours critique qui, elle aussi, trouvera sa place
un jour sous une couverture.
Et ainsi de suite, de sorte que dans dix ans il n'y aura plus que
desjugeurs et pas de livres à juger.
BOUFFES PARISIENS
LA NOUVELLE SALLE
M. Charpentier fils a trouvé le moyen de transformer l'an-
cienne bonbonnière soyons poli du passage Choiseul en
une salle très commode, très jolie, très bien décorée, et relati-
vement très grande. Loges, stalles, baignoires, tout cela est
soigné et confortable. Malheureusement, pressé comme on
était d'inaugurer la salle, on l'avait chauffée d'une manière
fort insuffisante. Tout le monde remettait son paletot ou son
cache-nez; on gelait littéralement; aussi, sans calembour, la
soirée a été un peu froide.
Nous ne dirons rien d'un prologue prétentieux, et nous cons-
taterons le franc succès d'une petite saynète à deux person-
nages, Lischcn et Fritzchen; c'est court, leste, amusant; de l'Of-
fenbach de derrière les fagots.
Les couplets de la Marchande de balais sont très réussis le
refrain piquant et bien ramené deviendra populaire. Il y a
jeune, vigoureux, d'une grande taille, il avait beaucoup d'avance
sur vous, car vous aviez dû perdre du temps peur prendre vos pis-
tulets, les armer, les décharger et sauter à bas de votre voiture, et
Louis Rey courait sans doute aussi bien que vous, et cependant
vous l'atteignez à peu de distance. Comment pouvez-vous expliquer
cela `'
R. Je suis assez libre de mes mouvements, je cours bien, et mon
domestique avait, je crois, un embarras dans une jambe, je ne sais
laquelle.
D. Où étaient placés vos pistolets?
R. Sous le coussin de ma voiture.
D. A quelle distance le premier coup de pistolet a-t-il été tiré sur
l'homme que vous avez aperçu 'à votre droite, sur la route, et
fuyant?
R. Je ne puis préciser.
D. Vous avez déclaré dans l'instruction qu'il était à quatre ou
cinq pas en avant. Comment se fait-il que vous ayez eu le temps
de prendre vos pistolets, de les armer et de les tirer, et que votre
domestique ne fût encore qu'à une distance aussi rapprochée?
R. Peut-ètre ne fuyait-il pas dans ce moment mais je suis cer-
tain de l'avoir vu courir.
D. Vous avez été bien prompt à tirer?
R. Il ne faut qu'un mouvement rapide pour armer un pistolet
chargé.
D. Ce mouvement peut en effet être rapide, mais la marche d'un
homme qui fuitest rapide, elle aussi. Quelle était en ce moment la
position de votre femme? î
R. La tète de ma femme reposait sur mon épaule, du côté gauche
de la voiture, et j'ai aperçu mon domestique à droite de la voiture.
D. L'avez-vous vu avant l'explosion?
R. Non.
D. Cependant le coup de pistolet a été tiré à bout portant les cils
aussi un duettino net et bien venu sur un mouvement de
valse
Je suis Alsacienne,
Je suis Alsacien,
que tout le monde fredonnait en sortant. Cette saynète servait
de début à Mlle Zulma Bouffar, qui, avec une expressive et
fine figure, a un jeu naturel, une toute petite voix très pure,
très juste et une certaine grâce. Désiré aussi a joué avec beau-
coup de rondeur et de gaieté.
Si la saynete a amusé, en revanche, la grande pièce a beau-
coup ennuyé. On a trouvé ça et là dans la musique de l' Amour
chanteur quelques jolis détails, mais ils ne sauvent ni la parti-
tion ni la pièce, qui est peut-être d'un genre un peu relevé
pour les Bouffes.
Cet insuccès puisse-t-il corriger M. Offenbach des opérettes à
grands airs et à roulades. Il a, sinon créé, du moins personni-
fié un genre amusant, mais que l'absence de prétentions seule
rend acceptable. Pourquoi tenter hors de là des excursions
malheureuses? La saynète de Lischcn et Fritschen a été im-
provisée en deux ou trois heures à Ems nous avons dit com-
bien elle est charmante, combien on la sent venir d'inspiration.
M. Offenbach, évidemment, a beaucoup plus travaillé l'Amour
chanteur, c'était bien inutile.
Mlle Irma Marié, fille du chanteur de l'Opéra et sœur de Mme
Galli-Marié, débutait dans cette pièce malencontreuse. Ce n'est
point une grande voix, mais, assurément, elle chante bien,
quoique abusant un peu des cocottes. Peut-être n'a-t-elle pas le
physique suffisant, pour l'optique de la scène, et, par-dessus le
marché, on l'avait fagotée d'un costume; d'Amour qui ne lui
séyait nullement. Nous ne comprenons pas que sa sœur, que
nous avons aperçue dansla salle, ne fût. pas auprès d'elle dans les
coulisses pour la costumer et la grimer. En somme, Mlle Irma
Marié a payé les pots cassés, et, dans la débâcle de la pièce, a
été moins applaudie que, certes, elle aurait dû l'être. Dans deux
rôles qui ne valent pas grand chose, nous devons signaler M.
Pradeau, qui a fait tous ses efforts pour égayer la situation, et
Mlle Géraldine, toujours sémillante, jolie et spirituelle.
Maintenant, pour finir, une question à M. Offenbach. L'at-
trait d'une salle neuve suffisait au succès de cette réouverture;
pourquoi, au lieu de deux nouveautés dont une mauvaise, ne
pas reprendre l'un des succès historiques de l'endroit, la Chan-
son de Fortunio, par exemple? Mieux encore: pourquoi ne pas
faire affiche avec des noms qui ne fussent point le sien, ils ne
manquent pas dans le répertoire des Bouffes: M'sieu Landry
de M. Duprato, l'Omelette à la Folkmbûche de M. Delibes ou
mieux que tout, les Pantins de Violette, ce charmant badinage
d'Ad. Adam?
Il y a là une politesse à faire, et le directeur des Bouffes a
trop d'esprit pour ne pas bientôt s'en apercevoir.
F. M.
MM. les actionnaires du journal le Figaro sont convoqués en
assemblée générale, dans les bureaux de la Société, 14, rue
Grange-Batelière, pour le samedi 23 janvier prochain, à 8 heu-
res du soir.
ORDRE DU JOt'R.
Nomination des membres du conseil de surveillance
F. Magnaisd.
et les sourcils de votre femme ont été brûlés; le pistolet, pour pro-
duire cet effet, a dû être placé à environ trois pouces de sa tête, et
il a fallu que l'assassin l'appuyât sur votre poitrine. Vous vous en
seriez nécessairement aperçu? 9
D. Le coup n'a pas été tiré à bout portant. je le sais. je l'ai
v u.
D. Mais les gens de l'art l'ont affirmé après de nombreuses ex-
périences vous les entendrez bientôt, et d'ailleurs le simple bon
sens justifie le résultat de leur examen.
R. D'autres hommes aussi expérimentés combattent ces asser-
tions.
D. Ce point sera vérifié, car il est, vous le comprenez, de la plus
haute importance. Il est aussi une observation fort grave. Votre
femme a été frappée de deux balles, et l'autopsie a démontré que
ces balles avaient suivi une direction différente l'une est arrivée de
haut en bas, et l'autre horizontalement la première, de droite à
gauche, la seconde, de gauche à droite de sorte que ces deux bal.
les auraient pu se rencontrer dans leur direction opposée. Il résulte
de ces faits qu'il y a eu deux coups de feu le même pistolet n'a
pu envoyer ces deux balles. Qu'avez-vous à répondre?
R. J'établirai dans le débat qu'il n'y a eu qu'un seul coup, lequel
a pu produire ces deux directions opposées des projectiles. Du
reste, je ne puis discuter à présent de semblables détails. Mais tout
cela s'expliquera, et l'on verra que j'ai dit la vérité.
D. Que dit votre femme ?
R. « Mon pauvre mari, prends tes pistolets. »
D. C'est impossible les balles avaient fracturé les os de la fosse
nasale, elle n'a pu proférer une seule parole distincte les rapports
des experts l'établissent.
R. J'en aurai de contraires à leur opposer.
D. Que fit votre femme ensuite ? t
R. Je l'ignore.
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 87.12%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 87.12%.
- Collections numériques similaires Bibliographie de la presse française politique et d'information générale Bibliographie de la presse française politique et d'information générale /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BIPFPIG00"Arts de la marionnette Arts de la marionnette /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "Pam1" Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BnPlCo00" France-Brésil France-Brésil /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "FranceBr"
- Auteurs similaires Villemessant Hippolyte de Villemessant Hippolyte de /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Villemessant Hippolyte de" or dc.contributor adj "Villemessant Hippolyte de")Jouvin Benoît Jouvin Benoît /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Jouvin Benoît" or dc.contributor adj "Jouvin Benoît")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 4/8
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k2702737/f4.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k2702737/f4.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k2702737/f4.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k2702737/f4.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k2702737
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k2702737
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k2702737/f4.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest