Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1932-11-02
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 02 novembre 1932 02 novembre 1932
Description : 1932/11/02 (Numéro 26000). 1932/11/02 (Numéro 26000).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : France-Japon Collection numérique : France-Japon
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Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
,̃̃ 4 « LE TEMPS. S novembre 1932!
soi avec soï eï «n véritww retour ds soi sur
•̃ soi. »
A propos du quinzième anniversaire de la
révolution russe et de rétablissement du pou-
voir bolcheviste, Testis publie dans le Mercure
de France une intéressante étude dans laquelle
il examine, en un raccourci assez impression-:
nant, ces trois questions Comment les bolche-
vistes ont-ils pu s'emparer du pouvoir? Com-
ment s'y sont-ils maintenus? Le communisme
est-il un péril mondial? Après un recul de
quinze ans d'histoire et après toutes les expé-
rlences faites, on peut en discuter avec sin-
.cérité.
Pour la première question, le collaborateur
ilu Mercure de France rappelle qu'en 1914, la
Russie était politiquement, malgré l'existence
de la Douma, un emp ire autocratique gouverné
par un prince non dépourvu d'intelligence,
mais trop attaché à une femme à demi folle
et subissant l'influence d'un mystagogue
ignare. Le pays était administré par une bu-
reaucratie routinière, souvent corrompue au
sommet, sapé depuis un demi-siècle par la
propagande révolutionnaire. Ethniquement, la
Russie était un assemblage de peuples divers
travaillés du désir d'autonomie nationale. So-
cialement, c'était une superposition de classes
à la mentalité différente. Economiquement, si
elle était du vingtième siècle par ses usines
textiles de la région de Moscou et ses hauts
fourneaux du Donetz, elle était en plein moyen
âge par les procédés de culture de ses paysans.
Le miracle était que cela pût tenir. Le 27 fé-
vrier 1017, à 10 heures du matin, les soldats du
régiment de Volhynie étaient sortis de leur ca-
serne en chantant la Marseillaise, deux heures
plus tard, l'empire russe s'écroulait. Mais au
régime impérial succéda un régime de rhé-
teurs l'armée et la nation elle-même se dis-
solvaient sous les flots d'une éloquence qui
coula sans arrêt pendant huit mois. Alors sur-
git Lénine. « Incorruptible comme Robes-
pierre, convaincu comme Savonarole, métho-
dique comme Loyola, il avait sur ses collègues
russes un avantage immense il parlait peu.
Il remplaça toutes les harangues par deux
mots la paix et la terre. » Et Lénine fut
compris par ce peuple.qui attendait la paix
depuis des mois et la terre depuis des siècles.
Comment le régime bolcheviste s'est-il main-
tenu ? Quand la raison de Lénine sombra dans
le gâtisme, ses successeurs se partageaient
déjà son héritage. Mais une dictature ne se
partage pas elle exige une seule tête, ou un
senl poing Il y avait bien une tête, Trotzky,
mais c'était un esprit brouillon, desservi,
d'ailleurs, par une peur congénitale qui l'em-
pêchait d'agir au moment voulu il'nianqua
ia dictature d'un quart d'heure lorsqu'il ne sut
pas utiliser l'attachement qu'avait pour lui
l'armée rouge. Alors vint le poing celui de
• Staline. « Plus rusé qu'intelligent, sans ins-
truction, sans éducation, sans talent d'orateur
ou d'écrivain, l'ascension de cet homme illus-
tre ce vaste désert de caractères qu'est la
Russie. » Staline, qui a des œillères, ne voit
qu'un but la révolution mondiale, dont il sera
le chef. Les deux grandes pensées de son règne
sont le plan quinquennal et la collectivisation
agraire, le premier devant avoir pour effet
'd'augmenter l'effectif du prolétariat ouvrier,
armature du régime, la seconde devant tuer,
même à la campagne, les germes du « proprié-
iarisme ».
Le régime tient depuis quinze ans parce
;que le Russe est un idéaliste à base de mysti-
cisme et de naïveté, qui accepte sans contrôle
les explications qu'on lui donne des choses et
qui s'enthousiasme pour les entreprises les
plus utopiques. Sur dix Russes, il y a un pas-
âionné et neuf indifférents. Ceux-ci laissent
faire, tandis que celui-là agit. « La réussite
des bolchevistes fut d'avoir, par l'habileté de
leur propagande, concentré autour de leurs
« mots d'ordre » ce dixième de la population
qui est susceptible de s'emballer, surtout d'avoir
rendu à ces âmes ardentes une fierté qu'elles
avaient perdue depuis Pierre le Grand le
droit de mépriser l'Europe. » La fièvre natio-
naliste a revêtu en Russie un aspect religieux,
'en rapport avec le climat moral du pays. Ajou-
tez à cela le jeu de bascule de la politique in-
térieure et le fonctionnement du GUépéou et
on aura les causes psychologiques et maté-
rielles du maintien du régime.
Testis pense que le communisme russe est
îùn phénomène purement national, par le fait
d'une incroyable indifférence à l'égard de la
propriété privée, et par l'importance du rôle
de l'élément messianiste et .l'aspiration géné-
rale là-bas de faire de Moscou une troisième
Rome, d'apporter à l'humanité une parole nou-
velle. Mais tout en qualifiant le communisme
russe de phénomène national, le collaborateur
du Mercure de France fait une réserve impdr-,
tante il voit un phénomène international, si-
non général, dans le fait que d'autres pays
connaissent de nos jours la même tyrannie
des corps et des esprits et que le « soleil de
la liberté » subit actuellement une éclipse.
M. Hippolyte Parigot consacre,dans la Revue
'des Deux Mondes, une importante étude à
l'école unique, étude où il défend des idées que
nos lecteurs connaissent bien. M. Parigot ex-
pose comment l'idée de l'école unique se rat-
tache directement à la Révolution. Il rappelle
le mémoire de Talleyrand de 1791, qui s'effor-
çait d'élever sans niveler, car ce n'était pas le
goût de Talleyrand « d'empêcher la supério-
rité » il évoque le rapport présenté en. 1792,
au nom du comité de l'instruction publique,
par Condorcet, qui a jeté les fondations so-
lides de l'édifice de l'enseignement il montre
comment le projet de Robespierre de 1793, re-
FEUILLETON DU {&#*?£
DU 2 NOVEMBRE 1932 (5)
UN SIMPLE INTUIÛE
̃̃̃'• '.̃.̃•'̃. ̃"̃ vïi
Baptista avait évité le danger pour cette fois,
mais. ce sérieux avertissement devait lui faire
comprendre que tôt ou tard son secret serait
découvert. Elle fut en tout cas persuadée qu'elle
•ji'en avait pas fini avec ce vitrier. Deux jours
s'écoulèrent, puis, son mari ayant été appelé
par ses affaires à l'autre bout de l'île, Mrs. Hed-
degan entendit frapper discrètement à la porte
d'entrée; elle alla ouvrir: l'honorable témoin
de son premier mariage apparut â nouveau de-
vant elle.
Ça m'a pris des heures et des heures pour
avoir fin mot de l'histoire, dit-il, clignant de
l'œil d'un air complice dont l'orgueil de Bap-
tista souffrit cruellement. Mais je ne suis point
.trop bête, ça y est. Maintenant, madame, j'ai à
.vous dire que je ne suis pas un homme capa-
ble de bavarder, même si la chose vaut son pe-
sant d'or. Je m'en retourne sur le continent et
un petit secours tomberait dans ma poche com-
une la pluie un jour de sécheresse.
je vous ai secouru l'autre jour, murmura
Baptista.
Une bagatelle, ma bonne dame, une baga-
telle. Vous ne m'avez même pas donné le
prix de mon voyage. Je me suis rendu à Pen»
Zéphyr rapport â vous, voulant éclaircir le
mystère. A présent, je dois v retourner pour
mon compte. Si votre mari apprenait la vérité,
'dame, ça serait embarrassant pour vous; cer-
tainement qu'il vous aime bien, mais il a la
tête près du bonnet.
Baptista savait bien qu'il disait vrai, et elle
remit à l'homme une somme importante afin
de s'assurer son silence. En revanche elle eut
Ja satisfaction de le voir s'embarquer sur le
.vapeur et disparaître avec lui. Mais Baptista
se rendit bientôt compte que la voie où elle
s'engageait serait fatale à son repos, si elle de-
.vait continuer à acheter U silence de cet hom-
me. Le vitrier ne lui: donnant pas signe de vie,
fteproduetlon interdite
pris de Lepeletier de Saint-Fai'geau, tendait a
l'unité intégrale, parce que « tout ce qui doit
composer la République sera jeté dans un
moule républicain ». M. Parigot voit dans ce
qu'il appelle le programme jacobin une offen-
sive de l'étatisme, une tentative d'élimination
de la famille, une poussée vers le monopole.
« Il est grand temps, dit-il, de regarder en face
le péril tout entier, le péril présent et celui de
demain l'emprise de l'Etat élargie l'unité
sociale assise sur une conception unique et
partout enseignée des devoirs et des buts de la
vie, l'éducation nationale cadre des esprits et
des consciences. »
Dans la Revue de Paris, M. Marcel Thiébaut
apporte un grand témoignage sur Branly ce-
lui d'un autre savant, M. François Dussaud.
Il y a là des pages émouvantes sur les condi-
tions dans lesquelles Branly découvrit, en
1800, la radio-conductibilité, découverte qui fut
le point de départ d'immenses transformations
de la vie moderne; sur les circonstances dans
lesquelles, afin de pouvoir élever ses enfants
comme il le souhaitait, Branly, à l'âge de
trente-cinq ans, commença ses études de méde-
cine sur l'admirable dignité de toute cette
vie de labeur et de sacrifice. « Branly, dit
M. Dussaud, appartient à une génération de
savants pour qui le désintéressement était une
attitude si naturelle qu'ils eussent considéré
comme un déshonneur, par exemple, de pren-
dre un brevet. »
M. François Porche commence la publica-
tion, dans la Revue universelle, d'une série
d'articles sur la jeunesse de Paul Verlaine. Il
nous montre le « pauvre Lélian » sous les
traits d'un enfant caressant quand il ne
trépignait pas de fureur, si laid que son
professeur du lycée Bonaparte le définissait
« une tête hideuse qui faisait penser à un
criminel abruti », et que la mère d'Edmond
Lepelletier le comparait à « un orang-outang
échappé du Jardin des Plantes ». Mais déjà il
y avait en lui des élans divins qui révélaient le
poète. ROLAND DE MARÈS.
LES OBSÈQUES J^GÉNÉRÂL HERR
L'inhumation du général de division Georges
Herr vient d'avoir lieu à Pont-de-Roide (Doubs).
En hommage à la mémoire du très' regretté dé-
funt, nous reproduisons ci-dessous le discours pro-
noncé le jour de ces obsèques, à Paris, par le
maréchal Pétain
Discours du maréchal Pétain
C'est avec uns profonde émotion que je viens
saluer pour la dernière fois celui qui fut pour
moi, autant qu'un collaborateur avisé, un ami
fidèle et charmant.
Enfant de cette Aisace qui nous a donné les
Rapp, les Kléber, tant d'autres encore, le général
Herr a compris, dès son plus jeune âge, que le
ruban bleu du Rhin en face de Neuf-Brisach, sa
ville natale, ne matérialise pas seulement la fron-
tière qui sépare la France de l'Allemagne, mais
qu'il est aussi la ligne de partage des races, des
aspirations et des tendances.
En 1870, le jeune Herr est âgé de 15 ans. Il as-
siste à l'entrée de l'ennemi dans la petite cité al-
sacienne qu'une ceinture de fortifications n'a pas
réussi à protéger. Peut-être trouva-t-il là l'orien-
tation de sa carrière. Peut-être devina-t-il l'im-
portance que. prendrait dans une guerre future
une artillerie puissante. Quoi qu'il en soit, c'est
à cette arme qu'il voua sa vie, sa lumineuse intel-
ligence, ses exceptionnelles qualités de réflexion
et d'action.
̃Mûri par l'épreuve qui! frappait sa petite patrie,
il se mettait au travail et, à peine âgé de 17 ans,
entrait à l'Ecole polytechnique;
Dès ses premières années dans la carrière des
armes il fut remarqué par ses chefs et admis à
collaborer plus intimement avec eux. C'est ainsi
qu'il prit place, comme jeune capitaine, à l'état-
majdr de Fartillerie à Besançon, c'est là que je le
rencontrai pour la première fois.
Que dire de sa carrière ? Le général Herr en
franchit les étapes avec une régularité harmo-
nieuse, tout en perfectionnant sans cesse en lui-
même ce qui fait le charme de la vie une culture
toujours plus étendue mise au service d'une claire
intelligence un sens artistique iiélieat doublé d'un
goût très sûr, retlet d'une distinction innée, d'une
finesse et d'une élégance de grand seigneur.
Charme bien français, charme qui s'ignorait mais
qui rayonnait autour de lui, à ia plus grande joie
de ceux qui avaient le bonheur de compter parmi
ses amis.
Il n'est pas besoin de s'appesantir sur toutes
les années, su bien remplies pourtant, de cette
existence. Il suffit pour les décrire .de citer quel-
ques lignes écrites par un officier britannique
sur les officiers français, auxquels le général
Herr aurait pu servir de modèle « Au sein de
la nation française, il existait une confrérie
d'hommes qui semblaient avoir hérité les qua-
lités des ordres de chevalerie. Ces hommes s'é-
taient sacrifiés à un Méal très élevé du service
du pays. »
Les qualités professionnelles du général Herr
devaient toutefois l'appeler à sortir du cadre un
peu étroit où étaient confinés avant la guerre la
plupart des officiers. 'Il fut choisi pour accomplir
en 1912 une mission dans les Balkans. Sa pénétra-
tion y trouva l'occasion de s'exercer et il revint
chargé d'une ample moisson d'observations, d'idées
originales et de précieux enseignements. Il en
consigna les résultats en deux livres qui ont fait
époque car ils contenaient en germe maintes indi-
cations sur l'emploi de l'artillerie qui prirent force
de loi pendant la grande guerre.
A la mobilisation il part en campagne à la tête
de l'artillerie du VF corps d'armée. Le premier il
fait exécuter un tir avec. réglage par avion, tir
dont les résultats sont. restés légendaires. Bien-
tôt promu divisionnaire il devait s'élever rapide-
ment au commandement d'un groupement connu
sou le nom de région fortifiée de Verdun.
Là se place une heure douloureuse de sa car-
rière. Le' général Herr, chargé de défendre la par-
tie du front où s'était produit l'effort que les AI-
lemends espéraient décisif, n'avait py, en raison
eJle commença à reprendre espoir, Huit jours
s'étaient écoulés, lorsqu'elle le rencontra, dans
la grande rue deGiant, escorté d'une grosse
femme qui portait un ballot de linge.
Vlà la dame, Amélie, dit-il à sa compa-
gne. Madame, c'est ma femme. Nous '.allons
nous installer dans la ville pour quelque temps,
si seulement nous pouvons trouver un loge-
ment.
Impossible, personne ne peut habiter ici
sans un permis de séjour.
Mon métier m'en donne le droit, répondit
le vitrier; j'ai mes papiers.
Mrs. Heddegan poursuivit sa route, reprise
par l'inquiétude. Dans l'après-midi, l'honnête
épouse du témoin vint la trouver elle lui re-
présenta avec force la nécessité de tenir secret
cet imbroglio matrimonial.
J'intercéderai auprès de mon mari, ma-
dame c'est un brave homme, quand on sait le
prendre. Je le supplierai de considérer votre
situation.
La bonne âme, d'un regard circulaire, ins-
pecta la pièce et ajouta:
Vous avez là une belle maison, ça vaut
bien un petit sacrifice pour la conserver.
Une fois de plus, Baptista céda au chantage,
mais elle prit la résolution de tout révéler à
Mr. Heddegan, si une nouvelle tentative se re-
produisait. Elle avait encore aggravé son cas
en acceptant la complicité intéressée de deux
louches individus. Ses persécuteurs, sûrs
qu'elle n'oserait jamais parler, revinrent à la
charge, mais cette fois la jeune femme les mit
à la porte. Ils s'éloignèrent en marmottant des
menaces. Elle alla immédiatement dans le
hangar où se trouvait son mari.
Elle le regarda en songeant qu'il ne pres-
sentait guère le coup qu'elle allait lui porter.
L'heure était grave, car Baptista éprouvait
maintenant pour lui plus d'attachement qu'au
début Mais elle commençait à se rendre compte
que son secret serait fatalement découvert. Le
nom de Charles Stow et le sien figuraient sur
les registres de l'état civil. Il était même sur-
prenant que personne n'eût encore découvert
son union clandestine avec le maître d'école.
S'armant de courage, elle résolut de faire face
à l'inévitable.
David, rentrez, j'ai quelque Chose à vous
dire, dit-elle.
Il eut l'air de ne pas entendre. Elle avait re-
marqué que depuis un certain temps il sem-
blait en proie a une préoccupation secrète et
s'abandonnait à un étrange accablement. Bap-
tista réitéra sa demande, il répliqua en soupi-
rant
« Oui. ma chère. je viens
de l'insuffisance de ses effectifs, que ralentir la
ruée. L'opinion oependant, trop facilement égarée
en ces heures critiques, chercha un responsable
de ce demi-échec et crut le trouver en la personne
du commandant de ce secteur. Des bruits étranges
circulèrent; on prétendait que le commandement
local avait failli à ses devoirs et que de sévères
sanctions s'imposaient.
Un de mes premiers soins, dès mon entrée en
fonctions à Verdun, fut de faire la lumière sur
cette question. Je constatai que le commandant de
la région fortiflée avait donné la preuve de sa re-
marquable clairvoyance et que les ressources dont
il disposait avaient été employées avec beaucoup
d'habileté. En effet, six semaines avant l'attaque
allemande, le général Herr l'avait annoncée au
G. Q. G. et demandé avec insistance le renfor-
sement de ses moyens, trop faibles pour remplir
sur les premières lignes le rôle qu il leur avait
assigné et pour assurer l'occupation de la position
de défense. Les circonstances n'ont pas permis
qu'il fût donné satisfaction à ses demandes; il n'en
a pas moins « tenu avec les vaillantes troupes
sous ses ordres, en dépit de l'insuffisance numé-
rique des bataillons et des batteries.
Je tiens à rendre ici un hommage éclatant au
général Herr en affirmant qu'il a fait! tout /Stfn
devoir.
Quelques semaines plus tard, le géhéralen chef,
mieux éclairé, appelait le général Herr au G.Q.G.
pour lui confier la créatîon et l'organisation de la
réserve générale d'artillerie. Le général se mon-
tra tout de suite éminent dans l'exercice de cette
nouvelle fonction et sut donner vie et flamme à
cet organisme, qui rendit dans la deuxième partie
de la guerre les plus appréciés services. Les ré-
sultats qu'il obtint lui mériteraient la vénération
de tous les combattants. Il les a définis lui-même
« le minimum de dépense d'énergie humaine et la
plus grande économie de sang pour le meilleur
rendement ».
Lorsque sonna l'heure de la retraite, le général
.Herr aurait pu consacrer à l'art, à l'amitié et à la
méditation les dernières années d'une vie noble
et féconde; mais de si belles qualités intellec-
tuelles, rehaussées par des sentiments si élevés,
ne pouvaient pas rester inemployées. L'action le
reprit sous la forme d'une collaboration apportée
à l'une de nos plus grandes industries françaises
travaillant pour la défense nationale. La mort,
seule, pouvait l'arracher à son labeur.
Messieurs, je n'ai pu qu'esquisser à grandes
lignes une carrière si bien remplie. Je laisse à
l'Histoire le soin de fixer le grand rôle que joua
le général Herr dans la défense du pays. Mais j'ai
tenu à préciser les mérites et les succès du soldat
et du chef, comme à dire un dernier adieu à la
noble figure de cet homme, mon frère d'armes et
mon ami.
Le général Herr était président du conseil de la
Société des automobiles Peugeot, ainsi que de
celui' de la Société des cycles Peugeot. Il faisait
également partie du conseil de la Société des Fils
de Peugeot frères, de Peugeot et Cie et de la
la Compagnie lilloise des moteurs. Il était grand-
croix de la Légion d'honneur. VV
4CÂDËMIES, UNIVERSITÉS, ÉCOLES
La rentrée de l'université de Paris
Rappelons que la séance de rentrée de l'univer-
sité de Paris aura lieu samedi prochain, à 15 heu-
res, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.
Au cours de la cérémonie, le diplôme et les ïnsir
gnes de leurs grades seront remis aux nouveaux
oocteurs honoris causa.
A la Cité universitaire
(Le gouvernement persan, par l'organe de son
office scolaire, vient de faire donation d'une
somme de 50,000 francs, destinée à la création, à
la Cité universitaire de Paris, d'une chambre quil
sera chaque année attribuée à l'un de ses natio-
naux poursuivant à Paris des études d'enseigne.
ment supérieur.
D'autre part, la société de protection des Alsa-
ciens et des Lorrains ayant voté sa dissolution et
la répartition de son actif disponible, vient d'at-
tribuer une partie de cet actif à l'université de
Paris, pour être affectée par elle à la fondation
d'une chambre en faveur d'un étudiant alsacien
ou lorrain.
Ces deux créations portent à 26Ô le nombre des
chambres fondées à la Cité universitaire pour être
comprises dans la Maison des provinces de France
qui s'achève en ce moment et dont on prévoit
1 ouverture pour janvier prochain.
Les programmes de constructions scolaires
On sait qu'un décret pris le 3 septembre 1932
avait institué au ministère de l'éducation- natio-
nale un conseil consultatif des constructions sco-
laires en vue d'assurer, selon un plan d'ensemble,
la répartition des subventions accordées par le
Parlement et le contrôle de leur emploi.
Afin de rendre plus efficace l'action de ce con-
seil. en l'étayant parcelle d'organismes moins éloi-
gnés des collectivités demanderesses, un nouveau
décret prescrit la constitution au chef-lieu de cha-
que département d'un comité des constructions
scolaires de l'enseignement primaire, de l'ensei-
gnement technique et de l'enseignement secon-
daire composé comme suit le préfet, l'inspec-
teur d'académie, un inspecteur primaire, deux
maires, un médecin désigné par le préfet, le di-
recteur départemental des domaines. p
Prix littéraire.
Le comité de la Société des poètes français,
réuni, sous la présidence de M. Eugène Le Mouël,
vient d'attribuer le prix de Baye, destiné à récom-
penser le .meilleur sonnet régulier, à M. Jacques
Hameline, auteur de Cendres de race.
La société décernera ses autres prix en janvier
1933. La date de clôture pour la réception des
envois est fixée au 31 décembre prochain. (Pour
le programme des concours, s'adresser à M. Albert
Willemet, seorétairô général, 15, rue Versigny,
Paris (1,8e).
Un nouveau prix littéraire vient d'être fondé,
par l'hebdomadaire A la page. D'une valeur de
1,000 francs, il sera décerné au meilleur conte ou
nouvelle écrit par un « moins de vingt ans ». Le
jury est composé de MM. Jean Guiraud, Georges
Duhamel, Françoi's Mauriac, Henri Massiâ, Anaré
Lamandé et Daniel Rops. S*
Dès qu'ils furent entrés dans la salle, elle re-
p rit d'une voix tr%ihbladte
David, j'.ai eu un drame dans ma vie et je
vous l'ai caché. Vous allez certainement me
haïr, mais vous serez peut-être moins sévère
si je vous révèle tout volontairement.
Un drame? s'écria le négociant,- soudain
intéressé. Vous n'êtes pas au monde depuis
assez longtemps pour pouvoir connaître les cô-
tés tragiques de la vie, ma pauvre petite.
Baptista vit qu'il ne se doutait de rien,et cette
constatation lui rendit la tâche plus ardue. Elle
poursuivit cependant:
Cela s'est passé avant notre mariage.
Vraiment?
Très peu de temps avant. La veille même
de notre mariage. et il s'agit. d'un amou-
reux, balbutia-t-elle
Je ne m'en soucie guère, dit-il, bénévole.
A la vérité, j'espérais que c'était quelque chose
de plus sérieux.
De plus sérieux?
Mé! oui.
Cette fois, elle sentit qu'il fallait en finir:
Voilà! Je rencontrai un jeune homme qui
m'avait fait la cour au collège. H m'adressa des
reproches amers, m'accabla de son mépris, me
défia. Enfin, il me persuada de l'épouser sur-
le-champ, et je cédai. Aussitôt après la céré-
monie, nous voulions prendre le vapeur afln
de venir tout vous avouer; mais, en se bai-
gnant, il se noya. Alors j'ai pensé que je n'en
dirais rien et ai rempli ma promesse vis-àsySs
de vous, David, n'ayant pas la force de sup-
porter le contre-coup d'une rupture. Je voulais
vous laisser dans l'ignorance, mais les cir-
constances m'obligent à parler. C'est tout,
David, vous ne me pardonnerez jamais, je le
sens.
Baptista prononça ces paroles avec un morne
désespoir. Mr. Heddegan, au lieu de pâlir et de
verdir, ou de la tuer dans un mouvement de
fureur, bondit de sa chaise et commença à
gambader à travers la pièce, en proie à une
agitation frénétique:
1 Oh! quel bonheur! comme ça tombe bien!
s'exclamait-il, en battant des mains, ah! ah! la
question est tranchée. je vais pouvoir m'en
sortir. ah! ah!
Elle restait muette de stupéfaction; enfin,
comme il continuait â donner tous les signes
de la joie la plus vive, là jeune femme mur-
mura
Qu'avez-vous? Voulez-vous donc me tor-
turer ?
Non, non, ma très chère, votre confession
me délivre de tracas accablants. Voyez-vous,
moi aussi, j'ai eu an drame dans ma vie,. et si
LES CÉRÉMONIES DE LA TOUSSAINT
Une seule cérémonie officielle a eu lieu, hier, à
Paris, en prélude à la Toussaint. L'association des
combattants étrangers engagés volontaires dans
l'armée française durant la guerre, a ranimé-, à
19 heures, la flamme sur le tombeau du Soldat
inconnu. De nombreuses couronnes, offertes par
des associations françaises et étrangères, rebou-
vraient la dalle.
Le général Gouraud, représentant M. Paul-Bon-
cour, ministre ds la guerre, présidait la cérémonie.
Autour de lui étaient présents les présidents de
douze groupements de volontaires étrangers ayant
à leur tête le capitaine Nazaro Aga, président
de l'association générale, ainsi que des délégués
de l'Union nationale des combattants, de l'associa-
tion américaine « French and. Air », et des an-
ciens combattants de la division marocaine.
Avant de ranimer la flamme, deux volontaires
étrangers ont déposé la tête de la'tombe une
plaque dé marbre, portant cette inscription « Les
survivants des volontaires engagés à leur frère
d'armes inconnu. » La flamme a été ranimée en-
suite par; le capitaine Nazaro Aga.
Une stèle rappelant la mémoire des quatorze
habitants du Va]-de-Ville, tués par les Badoi's les
17 et 18^août 1870, a été inaugurée, hier, à Neuve.
Eglise, près de Strasbourg.
Le « Souvenir français », organisateur de la cé-
rémonie, était représenté par MM. René Baumeis-
ter, Paul Bôurson, Frémioi, Wisches, Jules Reiser,
secrétaire général de l'œuvre des tombes. MM.
Roland-Marcel, préîst du Bas-Rhin Bastier, sous-
préfet de Sélestat le comte d'Andlau, M. Ober-
kirch, les généraux de Pouydraguin, Winchler et
M. de Lechowski, consul de Pologne, étaient pré-
sents.
Des discours ont été prononcés par le général de
Pouydraguin et par M. Roland-Marcel.
•m: .a. -r, x ht b
Commandement
Le capitaine de frégate Krantz est nommé au
commandement du contre-torpilleur VauqueMn.
Programme japonais de constructions navales
Malgré les démentis du ministère de la ma-
rine japonais, il semble que ce département s'ef-
force de faire approuver un programme de cons-
tructions navales réparti sur quatre années. Il
aurait, dit-on, l'intention de faire mettre en chan-
tier deux croiseurs de 8,500 tonnes, un porte-
aéronefs de 8,000 tonnes, sept contre-torpilleurs,
six sous-marins, un navire mouilleur de mines
de 5,000 tonnes, plusieurs dragueurs de mines,
des torpilleurs. It projetterait en outre la créa-
tion de cinq nouvelles escadrilles d'avions. L'exé-
cution de ce programme comporterait une dé-
pense de 460 millions de yens.
JLe Décor de la vie
DE SAINT-CLOU» A MEUDON
Nous n'avons pas manqué de refaire le pèleri-
nage aux parcs de Saint-cette saison où Mme de Sévigné aimait à dire, en
son langage si imprégné des images de la nature,
un dernier adieu « aux feuilles quil sont aurore, et
de tant de sortes d'aurores que cela compose un
brocart d'or riche et magnifique, un manteau rie
tissu couleur de feu, or et argent, pareil à ia robe
que M. de Langlée avait offerte à la Montespan ».
Le lecteur se souvient .peut-être de nos doléan-
ces en ce qui touche à l'entretien de ce parc. L'au-
tre jour, du moins, avons-nous eu l'agréable sur-
prise, que nous sommes tout heureux d'enregis-
trer publiquement, de voir que la partie supé-
rieure de la cascade était en meilleur état et les
statues, notamment, bien refaites. Mais en regar-
dant Boulogne de cet endroit, on est péniblement
surpris en apercevant les hideuses constructions
du quai de Boulogne. Autrefois, pour ménager la
vue sur la campagne, on avait arrêté la ligne d'ar-
bres de part et d'autre de la cascade. Aujourd'hui,
les conditions ne sont plus les mêmes. La campa-
gne est devenue ville, et quelle ville 1 Masquons
donc la vue en continuant la ligne d'arbres jadis
interrompue à dessein. Victor Hugo disait de la
lune qu'elle est le cache-sottise des architecte3
On le pourrait écrire des arbres qui, plantés op-
portunément, dissimulent aux regards l'objet de
leur offense (nous venons d'écrire là, sans le vou-
loir, un alexandrin adéquat au paysage).
Traversons la terrasse de l'Orangerie et gravis-
sons l'escalier qui conduit à l'allée des Statues,
ainsi appelée à cause des douze statues qui l'or-
naient. Vers 1910, on y plaça des moulages de sta-
tues antiques. Les cartes postales que nous avons
sous les yeux en perpétuent le souvenir. Peu à peu,
la pluie en eut raison maintenant il n'en reste
plus qu'une, la première à droite en montant. Un
a même supprimé les socles. Pourquoi ne pas pla-
cer sur ces socles les copies en pierre que doivent
faire, aux termes mêmes du règlement, les pen-
sionnaires de la villa Médicis, et qui constituent ce
que l'on appelle les « envois de Rome ». C'est là;
sauf erreur, le but principal de l'Académie da
France à Rome en ce qui concerne les sculpteurs.
Nous arrivons au lieudit « les Vingt-quatre
jets ». L'allée extérieure est ornée de neuf statues
gainées, exécutées de 1866 à 1869. L'une d'elles
manque. Sur le socle qui reste, un sculpteur mo-
derne pourrait en dresser une qui fût dans le
même esprit. Auprès des bassins, de nombreux so-
cles demeurent vides. Pour ne pas dissiper l'at-
mosphère du dix-huitième siècle, il convient de ne
point placer là de statues modernes. Là encore
on pourrait utiliser les envois de Rome, qui doivent
exister quelque part et, par conséquent à peu de
frais, remettre les choses en état. D'ailleurs, sur ce
rond-point des Vingt-quatre jets, l'allée des Sta-
tues se termine ou commence par deux statues en
pierre qui sont des copies d'antiques, l'Apollon du
Belvédère, la Diane à 'la biche.
Montons l'allée qui, d'ici, conduit à la Grande
gerbe. Au départ, elle est ornée de deux grand?
vases. Ces deux vases étaient répétés, tels quels,
devant la Grande gerbe. Maintenant, il n'en sub-
siste que la partie inférieure. D'où un aspect la-
mentable, d'autant plus honteux que cet endroit
est très fréquenté, puisque le raccourci de la route
de Versailles, qui vient d'être soigneusement re-
faite, passe par là. On a de l'argent pour refaire
une route et éviter des secousses aux promeneurs
vous n'en n'aviez pas eu un à confesser je
n'aurais pas trouvé le moyen de vous confier le
mien.
Qu'est-ce donc? s'écria Baptista, d'une
voix subitement affermie.
Une énormité.
Plus grave que mon secret?
Heu! ça dépend de la façon dont on l'en-
visage. Votre révélation tient au passé; voyez-
vous, il y a un mois que nous sommes mariés
et cela m'aurait chiffonné davantage au bout
de deux jours de mariage. Mon affaire à moi
regarde le passé, le présent et l'avenir, ainsi.
Le passé, le présent et l'avenir, répéta-
t-elle. Vous aviez un drame à cacher, je ne
m'en doutais guère.
J'en ai un, dit Mr. Heddegan en hochant
la tête, je devrais dire. quatre.
Expliquez-vous, cria Baptista.
Patience, patience, soyez indulgente, je
vous en supplie. Quand nous nous sommes ma-
riés, vous n'étiez pas célibataire. moi non plus.
Vous étiez veuve et moi veuf.
Elle poussa un cri de surprise:
Ah! est-ce tout? Alors, nos situations sont
bien équilibrées.
Non, ce n'est pas tout., je suis pis que
veuf.
Oh! David!
Oui, je suis veuf et muni de quatre tragé-
dies je veux dire de quatre filles. L'aînée
est aussi grande que vous. N'ayez pas l'air
aussi consternée, remettez-vous, Baptista. Voici
l'affaire: j'avais eu pendant quelques années
des relations avec leur mère à Pén-Zephyr.
enfin, j'abrège une longue histoire: je me dé-
cidai à épouser la pauvre femme secrètement,
peu de jours avant sa mort. Malgré mes pré-
cautions, on commence à en parler ici. Depuis
longtemps, je soupire après les enfants; je me
dis que c'est mon devoir de m'ooeuper d'elles
et de les prendre chez moi. Je n'osais pas vous
avouer la chose; et puis, plus les jours pas-
saient, plus je craignais les indiscrétions, .ça
me tracassait.
Sont-elles instruites? demanda l'ancienne
Institutrice.
Non, je dois dire qu'elles ont été très né-
gligées à la vérité, elles savent à peine lire.
Aussi, en épousant une jeune maîtresse d'école,
ai-je • espéré qu'elles recevraient une bonne
éducation sans qu'il m'en coûtât rien. Voyez-
vous, elles ne sont plus d'âge à être mises en
classe avec les petits enfants.
Oh.! mon Dieu! gémit Baptista; je devrai
enseigner les rudiments de la grammaire à
quatre grandes filles qui seront toujours au-
tour de moi à ânonner Ieurs leçons. Je déteste
côté matériel. On n'en a pas pour refaire de beaux
vases côté spirituel. Voilà qui en dit long sut
l'époque et le régime. q g
A la Grande gerbe au moins avons-nous eu le
plaisir de constater que, depuis quelques années
P léajà, l'allée q à pu q e quea anneea
déjà, l'allée d'Orléans, à son départ, a été bien
replantée. Cette nouvelle plantation, qui en conti-
nue le dessin, est vraiment d'un heureux effet.
Suivons-*la. Nous croisons bientôt l'allée de Ver-
sailles, qui va du Fer-à-Chèval à la grille de
Ville-d'Avray, où Corot, autrefois, eut une pro-
priété., Comment ne pas songer à lui devant ces
arbres au tronc clair et au feuillage argenté I
Mais, hélas ces grands arbres meurent et on les
remplace par d'autres, de n'importe quelle
essence. Pourquoi ne pas replanter-là ces mêmes
grisards qui donnaient tant de poésie à cette allée,
la caractérisaient par rapport aux autres et per-
pétuaient ainsi, par une association d'idées toute
naturelle, le souvenir de Corot qui) immortalisa
cette région?
Pour nous, l'aménagement du Grand Paris, c'est
cela tout d'abord et au premier chef balayer,
sauvegarder, restaurer (non reconstituer), con-
solider, mettre en valeur l'héritage de l'ancien
régime, qui, malgré toutes les déprédations et
l'imbécillité, au sens latin- du mot,' de l'époque
comprise entre 1870 et 1914, voire 1932 y com-
pris, demeure encore le « fonds qui manque le
moins » d'une réputation française vivant trop
sur elle-même. Modeste, patiente, humble tâche,
mais pour le moins aussi urgente que celle de
subvenir au déficit de l'Opéra-Comique. Quand
le comité supérieur de la région parisienne aura
rempli cette première mission, à laquelle sem-
ble s'être dérobée jusqu'ici la direction des
beaux-arts, et qui consiste à mettre à l'abri, à
frapper d'une servitude, d'un droit de regard
tout ce qu'il reste encore d'espaces libres de fo-
rêts, d'aspects ruraux, de monuments, de mai-
sons expressives sur cette terre de prédilection
qui a nom Ile-de-France, alors il pourvoira au
désir légitime que nous avons d'y circuler aisé-
ment. q y
Car nous voudrions nous inscrire en faux contre
une opinion à laquelle une publicité astucieuse
donne un cours de plus en plus libre à savoir
que l'urbanisme consiste à élargir des routes pour
y faire circuler des camions et des autocars, ce
qui revient à peu près à prendre de l'argent dans
la poche deg contribuables pour ruiner ceux d'en-
tre eux qui sont obligataires des chemins de fer.
Il y a, en urbanisme comme en toute chose, n'en
déplaise à ceux qui voudraient ranger celle-ci
dans la catégorie des utopies, un sentiment de la
mesure. Nous dirons même que l'urbanisme est
l'expression d'une mesure générale, sociale, où
chaque chose trouve sa place, qui n'est pas celle
des autres. Ceux d'entre nous qui le considèrent
comme une sorte de discipline plastique de l'Etat
moderne inclinent au contraire à des solutions
plus prudentes, plus économiques, et que leur
économie même discrédite aux yeux des entrepre-
neurs fastueux d'un urbanisme chimérique.
Nous avons déjà indiqué aux lecteurs comment,
au lieu du Paris-Saint-Germain, direct, mais dan-
gereux..pour l'esthétique de là fameuse terrasse,
possible il y a jVingt ans, mais ruineux à notre
époque, on pouvait concevoir un trajet emprun-
tant la route du bord de l'eau, dûment élargie,
améliorée à peu de frais. Nous voudrions indiquer
aujourd'hui, ne fût-ce qu'à titre d'exemple et à
l'appui de nos vues sur la question, comment on
pourrait trouver une issue assez facile de Paris à
Versailles en passant sous de magnifiques futaies
sur une longueur de plus de six kilomètres. Il est
vrai qu'il n'en coûterait que deux millions au plus,
tandis que le projet actuellement en faveur, et qui
consiste à passer un tunnel sous le parc de Saint-'
Cloud, en coûterait trente. Il n'en faut pas davan-
tage pour nous donner tort.
Les Parisiens connaissent bien. la forêt de Meu-
don. Elle fait partie de cette ceinture sylvestre
qui entoure la région parisienne d'un large ruban
vert. Comment ce domaine nassa de la seigneurie
de Meudon à la duchesse d'Etampes, maîtresse de
François I", puis au cardinal de Lorraine, arche-
vêque de Reims, à Abel Servien, marquis du Sablé,
à, qui l'on doit la terrasse et les étangs de Meudon,
puis au marquis de Louvois, qui doubla ses terres,
puis au dauphin, fils de Louis XIV, en 1695, cela
touche à l'histoire notariée. Mais comment le châ-
teau et son parc, à partir de cette année et jus-
qu'à 1711, date de la mort du dauphin, fut l'objet
de nombreux embellissements, voila qui nous in-
téresse davantage, nous qui nous appliquons à res-
saisir dans une banlieue informe les linéaments
d'un beau dessin.
En somme, l'époque qui nous importe, « la belle
époque » de Meudon, pour parler le langage des
antiquaires, est celle qui est comprise entre 1695
et 1711. Alors, en effet, Meudon devint une ma-
nière de Versailles en petit. Peintures, marbres,
dorures, statues meublèrent les appartements. Le
Nôtre étendit et replanta les jardins. Une machine,
attribuée à Vauban, pompa les eaux recueillies
dans l'étang de Challais pour les refouler dans
l'étang du Bel-Air, point culminant du parc. On
construisit en avant du château, sous la terrasse,
deux orangeries qui subsistent encore et dont l'en-
semble, vu d'en bas, compose un paysage à la ma-
nière des jardins de la villa d'Este. Sur l'empla-
cement de la grotte, Mansart commença en 1706
un second château, que fut achevé en 1709. Pour
satisfaire aux exigences de la chasse, on abattit
le mur qui séparait le parc de Meudon de celui
de Chaviile. On créa l'étoile du Pavé de Meu-
don. Le Nôtre relia ce carrefour à ceux de la
patte-d'oie et du rond-point d'Ursine par de lar-
ges avenues dont le dessin n'a été que très légè-
rement modifié. C'est ce dessin qui, affirmé, four-
nirait en grande partie te profil de la route que é
nous préconisons pour aller de Paris à Versailles.
Tant il est vrai que nous vivons sur l'héritage
du grand roi et que sans son armature, encore
persistante malgré l'incompréhension contempo-
raine, nous ne saurions sur quelle plate-forme
installer l'organisation moderne.
Voici sommairement les jalons de notre itiné-
raire le pont de Sèvres ou le pont de Billan-
court (celui-ci.en ciment,d'une laideur insondable),
t'avenue du Château, l'avenue Marcellin-Berthelot,
un conde à droite, la porte du Bel-Air, la route
Royale, le carrefour de l'Observatoire, le Pavé de
Meudon, le carrefour du Réservoir, l'étoile du
Pavé de Meudon, le carrefour de la Calotte, de nou-
veau le Pavé de Meudon, qu'il faut suivre vers
le sud jusqu'au moment où il tourne vers l'ouest.
Ici deux trajets se proposent l'un consiste.à aller
en direction de l'ouest jusqu'au G. C. 53, à tour-
ner à gauche, à passer sous le chemin de fer,
à reprendre à droite le Pavé de Meudon vers
l'ouest; l'autre consiste à continuer vers le sud,
à laisser sur la droite l'étang de Brise-Miche, à
prendre la route-de la porte Verte, puis le Pavé
l'enseignement, cela me tue. Ah! me voilà
cruellement punie.
Vous vous y accoutumerez, ma chère. Et
puis nos deux secrets se contre-balanceront, et
cela réconfortera votre cœur de penser qu'il y
a une justice. Je pourrais très bien faire pré-
venir mes fillettes cette semaine. ma foi, au-
jourd'hui même. Ma chère, vous m'avez délivré
de tous mes soucis.
L'entretien prit fin sur ces paroles. Baptista
était émue pour continuer à discuter de
sang-froid. Elle se retira dans sa chambre et y
versa des larmes amères: la duplicité de Mr.
Heddegan la blessait dans son amour-propre;
elle frémissait d'indignation. Il la condamnait
à exercer le métier qu'elle abhorrait. Quelle
honte d'abuser ainsi de la confiance d'une jeune
femme!
Le déjeuner réunit les deux époux Baptista,
les yeux obstinément baissés, ne regarda pas
David une seule fois. Il feignit de ne pas re-
marquer cette froideur. De temps à autre, il se
détournait et riait sous cape
Comme nous sommes bien assortis! mur-
murait-il en se frottant lés mains.
Le lendemain, Heddegan courut à l'embar-
cadère, à l'arrivée du vapeur. Bientôt, Baptista
le vit revenir précédant quatre grandes filles
dégingandées, alignées en bon ordre, de l'aînée
à la cadette, comme le.s tuyaux de la flûte de
Pan. Leur père, dont la barbe grisonnante en-
cadrait le visage d'une frange argentée, sou-
riait cordialement et s'adressant à' sa progéni-
ture
Allons, avancez et venez dire bonjour
comme il faut à votre belle-mère.
Les présentations ainsi faites, il les laissa
avec Baptista. Un examen approfondi révéla
à la jeune Mrs. Heddegan que les pauvres en-
fants, auxquelles elle eût aisément pardonné
leur tournure disgracieuse, étaient incapables
d'échanger des idées sur les sujets les plus
simples, car elles avaient un bagage intellec-
tuel pour ainsi dire nul la plus âgée épelait
avec difficulté les mots de deux syllabes. Elles
ignoraient la coquetterie, et l'art de la toilette
dépassait leur compréhension. L'avenir appa-
rut à Baptista sous des couleurs sombres: elle
ne vit qu'une suite d'années remplies par les
corvées de son ancienne profession, sans qu'elle
pût escompter la récompense de ses peines.
Elle tomba dans une mélancolie profonde, dis-
position bien fâcheuse chez une jeune femme
mariée depuis six semaines.
Elle dissimula sa tristesse à ses parents: ils
faisaient partie du petit nombre de personnes
qui ignoraient le secret de l'armateur et s'indi-
gnèrent hautement de voir leur fille unique
de Meudon jusqu'au carrefour de Gailloa, à pas-
ser sous le pont du chemin de fer et à rejoindre
au delà l'avenue de Paris, entrée de Versailles.
Au lieu de passer sous le pont du chemitt de fer,
en continuant tout droit on atteindrait les bois
de Versailles, en évitant cette ville; puis, par un
tracé qui reste à déterminer, le plateau de Satory
et la grand'route de »ouest, vers Trappes. Mais
c'est là une seconde étape.
Pour franchir la première, les éléments dé base,
il suffirait d'arracher le pavé de Louis XIV, de
refaire une forme. A 300 francs le mètre, les
6 kilom. en forêt reviendraient à 1,800,000 francs.
Peut-être serait^on obligé d'abattre quelques arm-
bres, quelques accrus sans gran'd intérêt. Mais les
notions forestières d'un public sentimental se ré-
duisent à cet axiome « Tout abattage- d'arbres
est un acte de vandalisme. » Or, comme on l'a
fait observer, la beauté ne va pas sans la santé.
Une forêt abandonnée à elle-même souffre et dé-
périt c'est une société quit regorge d'éclopés et
dlnfirmes, une cité sans règle où l'élite est op-
primée par le vulgaire, où les vivants sont étouf-
fés par es morts. Ce qu'un forestier a puéerire de
la forêt s'applique, comme un'gant, à la région
parisienne et concorde avec cette maxime sur la
guerre que René Quinton inscrit en tête de sa
morale biologique n La nature crée des espè-
ces, elle ne crée pas des êtres. L'espèce est la fin,
l'être n'est que le serviteur de cette fin. C'est le
propre de l'individu de s'abuser sur sa destinée
et de croire qu'il est né pour soi-même, »
LÉANDRE VAILLAT.
Parmi les nombreux dentifrices, le seul
qui contienne du sel naturel de Vichy,
c'est la POUDRE DENTIFRICE
VI OH Y- ET AT, qui dnnne dents
blanches, gencives saines. En vente dans
les pharmacies et drogueries au prix de 10 tir.
EGflOS ET IflFORPTlOUS
M. Albert Lebrun parrain. A Parcé (Sarthe),
a eu lieu hier le baptême du vingt-deuxième en-
fant des époux Joseph Boissé, la petite Alberte,
dont le président de la République avait accepté
d'être le parrain. M. Albert Lebrun était repré-
senté par M. Monti§ny, député; Mgr Grente, évo-
que du Mans officiait. Au cours du vin d'honneur
qui a suivi la cérémonie, M. Montigny a annoncé
qu'un dossier de la Légion d'honneur était consti-
tué en faveur de Mme Boissé dont seize enfants
sont encore vivants.
Le balayage des écoles. Le balayage des éco-
les va-t-il être mis à la charge des communes,
quel que soit le chiffre de leur population, comme
le demande une proposition de loi dont le rapport,
présenté par M. J.-A. Molinié dans la précédente
législature, vient d'être « repris » pour être pro-
chainement soumis à la Chambre?
Le balayage des classes est présentement exé-
cuté par les élèves dans les communes de moins
de 500 habitants. Il en résulte des discussions et
des conflits constants entre les instituteurs et les
familles. On invoque en outre, à l'appui de la thèse
du balayage à la charge des communes 1° l'éga-
lité républicaine les enfants des agglomérations
de plus de 500 habitants n'étant pas soumis aux
mêmes obligations que leurs camarades des villa-
ges et hameaux; 2° le défaut d'entretien des écoles
les enfants n'ayant que rarement la force phy-
sique et l'expérience nécessaires à l'exécution des
travaux de nettoyage; 3" les dangers présentés, du
point de vue hygiénique, par cette pratique con-
traire notamment aux mesures de préservation
contre la tuberculose.
M. Molinié observe qu'il y a, en outre, aujour-
d'hui, « des moyens électro-mécaniques, peu coû-
teux, qui peuvent épargner de la peine aux ba-
layeurs d'école, mieux accomplir le travail et aider
à une vulgarisation d'appareils commodes ».
Il faut une loi pour opérer une réforme de ce
genre.
La fontaine du Gros-Caillou. Encore une fon-
taine qui va être déplacée, mais qui ne va pas dis-
paraître, comme on pouvait le craindre. Elle sera
regrettée des femmes du quartier, qui venaient y
puiser l'eau. Un beau guerrier romain s'offrait à
leur admiration sous les traits du dieu Mars. Cette
fontaine est une de celles que commanda l'empe-
reur. Quand il revint de Tilsitt, un de ses pre-
miers soucis fut de s'informer du débit des fon-
taines, et de remarquer qu'il y en avait de taries
« Nous donnons dix-huit mille muids d'eau, lui
dit son préfet. Est-ce le maximum? On
peut porter la distribution à vingt-quatre mille
muids. Qu'en coûterait-il par jour ? Deux
cents francs. Je veux vingt-quatre mille
muids. Votre Majesté fixe, pour les donner,
une date? Ce soir. » En même temps, il or-
donna la création; de nouvelles fontaines. Celle, du
Gros-Caillou fufe^placéV >à l'otsigine -auprès: â'un
hospice militaire. C'est pourquoi près du guerrier
se penche, avec sollicitude, la déesse de la Santé.
Cette composition fut très goûtée de son temps.
Œuvre du sculpteur Beauvallet, elle est manifes-
tement inspirée, comme facture, du Serment des
Horaces et de l'Enlèvement des Sabines.
Elle est aujourd'hui encore enfermée dans une
petite place rectangulaire, rue Saint-Dominique.
Les maisons y présentent un dessin, imposé, uni-
forme. L'exguïté de l'emplacement exagère les
proportions de la fontaine et gêne la circulation.
Ou verrons-nous transportée la fontaine du
Gros-Caillou? Dans les parages sans doute. L'im-
portant est qu'elle nous reste, cette charmante
fontaine de la promotion impériale, comme un sou-
venir d'histoire et d'art.
La collecte de l'or. Le pasteur de l'église mé-
thodiste de Columbus, dans l'Ohio a adressé à ses
paroissiens une circulaire leur spécifiant qu'en
raison de la crise leur générosité ne devait pas se
laisser arrêter par des défaillances de trésorerie
et qu'il leur demandait de remettre à la quête do-
minicale n'importe quoi, pourvu que ce quelque
chose contint de l'or. Et il précisait que les vieux
dentiers étaient acceptés.
Il est à espérer que la quête ne se fait pas, &
Columbus, sur un plateau!
Les trains d'excursion. Après les trains-sur-
prise, qui ont eu en Angleterre un légitime suc-
cès, on étudie actuellement, dans le même pays,
l'organisation de trains d'excursion. Ils fonction-
nent en Australie depuis dix ans, avec, il est vrai,
une autre conception initiale que celle du pur tou-
risme. M. Clapp, le président des. chemins de fer
de l'Etat de Victoria, avait eu l'idée de faire visiter
à des hommes d'affaires intéressés aux questions
agricoles des régions susceptibles de développe-
ment. Il avait constitué un train avec wagon-hta,
wagon-restaurant, wagon-salon qui pendant quinze
chargée inopinément d'une famille toute faite.
Mais Baptista n'admettait pas les critiques et
répliquait:
Vous ne connaissez que les apparences.
Elle eut assez de loyauté pour considérer
qu'elle devait une réparation à son mari. Dans
les rares occasions où Mr. et Mrs. Heddegan
s'entretenaient, cette dernière concluait inva-.
riablement:
Je suis malheureuse, vous ne l'ignorez
pas; cependant, je ne voudrais pas qu'il en fût
autrement.
Le temps passa. Un jour, comme David lui
demandait:
Vous déplaisent-elles toujours autant?
Il reçut une réponse assez inattendue:
Bien moins qu'au début,dit-elle tranquik
lement. J'en viendrai peut-être à les aimer.
Une période de détente suivit cette déclara-
tion. Le joug qu'elle subissait volontairement
ennoblissait le cœur de la jeune femme. Elle
découvrit, sous la gaucherie qui les recouvrait,
des natures d'un désintéressement sublime chez
ses malencontreuses belles-filles. Leur rusticité
était due à. l'existence de troglodytes qu'elles
menaient antérieurement. La rude discipline
imposée à ces enfants avant que leur mère
fût réhabilitée, loin de les aigrir, le% avait éle-
vées au-dessus de toute ambition personnelle,
Elles considéraient le monde d'une façon pure-:
ment objective; elles acceptaient leur propre
sort comme s'il s'agissait d'êtres humains quel-
conques-dont les peines ne les^iouchaient guère*
plus que si elles eussent été celles d'indiffé-
rents.
Pour une femme du caractère de Baptista,
cette philosophie était entièrement nouvelle et
retint d'abord son attention, puis finit par l'in-
téresser vivement.
Par d'imperceptibles voies la sympathie se
glissa dans son cœur et se répandit autour
d'elle. La moralité de la tragi-comédie de sa
vie, confuse jusqu'alors, lui apparut plus net-
tement de jour en jour. Elle apprit, par la fré-
quentation de ces gauches adolescentes qui
personnifiaient pour elle l'humanité, que l'hu-
manité doit nous inspirer beaucoup de pitié el
nulle aversion. Peu à peu, le sentiment qu'é-
prouvait Baptista pour ses belles-filles devint I
une tendre affection; plus tard, elles formèrent
une liaison entre les intérêts de son mari et les
siens. Une solide amitié unit ainsi un couple
dont l'existence semblait destinée à être privée
d'affection autant que d'amour.
Thomas Hardt,
(Traduit de. l'anglais par Cuuos o'Abtwbs.]
•̃ FIN
soi avec soï eï «n véritww retour ds soi sur
•̃ soi. »
A propos du quinzième anniversaire de la
révolution russe et de rétablissement du pou-
voir bolcheviste, Testis publie dans le Mercure
de France une intéressante étude dans laquelle
il examine, en un raccourci assez impression-:
nant, ces trois questions Comment les bolche-
vistes ont-ils pu s'emparer du pouvoir? Com-
ment s'y sont-ils maintenus? Le communisme
est-il un péril mondial? Après un recul de
quinze ans d'histoire et après toutes les expé-
rlences faites, on peut en discuter avec sin-
.cérité.
Pour la première question, le collaborateur
ilu Mercure de France rappelle qu'en 1914, la
Russie était politiquement, malgré l'existence
de la Douma, un emp ire autocratique gouverné
par un prince non dépourvu d'intelligence,
mais trop attaché à une femme à demi folle
et subissant l'influence d'un mystagogue
ignare. Le pays était administré par une bu-
reaucratie routinière, souvent corrompue au
sommet, sapé depuis un demi-siècle par la
propagande révolutionnaire. Ethniquement, la
Russie était un assemblage de peuples divers
travaillés du désir d'autonomie nationale. So-
cialement, c'était une superposition de classes
à la mentalité différente. Economiquement, si
elle était du vingtième siècle par ses usines
textiles de la région de Moscou et ses hauts
fourneaux du Donetz, elle était en plein moyen
âge par les procédés de culture de ses paysans.
Le miracle était que cela pût tenir. Le 27 fé-
vrier 1017, à 10 heures du matin, les soldats du
régiment de Volhynie étaient sortis de leur ca-
serne en chantant la Marseillaise, deux heures
plus tard, l'empire russe s'écroulait. Mais au
régime impérial succéda un régime de rhé-
teurs l'armée et la nation elle-même se dis-
solvaient sous les flots d'une éloquence qui
coula sans arrêt pendant huit mois. Alors sur-
git Lénine. « Incorruptible comme Robes-
pierre, convaincu comme Savonarole, métho-
dique comme Loyola, il avait sur ses collègues
russes un avantage immense il parlait peu.
Il remplaça toutes les harangues par deux
mots la paix et la terre. » Et Lénine fut
compris par ce peuple.qui attendait la paix
depuis des mois et la terre depuis des siècles.
Comment le régime bolcheviste s'est-il main-
tenu ? Quand la raison de Lénine sombra dans
le gâtisme, ses successeurs se partageaient
déjà son héritage. Mais une dictature ne se
partage pas elle exige une seule tête, ou un
senl poing Il y avait bien une tête, Trotzky,
mais c'était un esprit brouillon, desservi,
d'ailleurs, par une peur congénitale qui l'em-
pêchait d'agir au moment voulu il'nianqua
ia dictature d'un quart d'heure lorsqu'il ne sut
pas utiliser l'attachement qu'avait pour lui
l'armée rouge. Alors vint le poing celui de
• Staline. « Plus rusé qu'intelligent, sans ins-
truction, sans éducation, sans talent d'orateur
ou d'écrivain, l'ascension de cet homme illus-
tre ce vaste désert de caractères qu'est la
Russie. » Staline, qui a des œillères, ne voit
qu'un but la révolution mondiale, dont il sera
le chef. Les deux grandes pensées de son règne
sont le plan quinquennal et la collectivisation
agraire, le premier devant avoir pour effet
'd'augmenter l'effectif du prolétariat ouvrier,
armature du régime, la seconde devant tuer,
même à la campagne, les germes du « proprié-
iarisme ».
Le régime tient depuis quinze ans parce
;que le Russe est un idéaliste à base de mysti-
cisme et de naïveté, qui accepte sans contrôle
les explications qu'on lui donne des choses et
qui s'enthousiasme pour les entreprises les
plus utopiques. Sur dix Russes, il y a un pas-
âionné et neuf indifférents. Ceux-ci laissent
faire, tandis que celui-là agit. « La réussite
des bolchevistes fut d'avoir, par l'habileté de
leur propagande, concentré autour de leurs
« mots d'ordre » ce dixième de la population
qui est susceptible de s'emballer, surtout d'avoir
rendu à ces âmes ardentes une fierté qu'elles
avaient perdue depuis Pierre le Grand le
droit de mépriser l'Europe. » La fièvre natio-
naliste a revêtu en Russie un aspect religieux,
'en rapport avec le climat moral du pays. Ajou-
tez à cela le jeu de bascule de la politique in-
térieure et le fonctionnement du GUépéou et
on aura les causes psychologiques et maté-
rielles du maintien du régime.
Testis pense que le communisme russe est
îùn phénomène purement national, par le fait
d'une incroyable indifférence à l'égard de la
propriété privée, et par l'importance du rôle
de l'élément messianiste et .l'aspiration géné-
rale là-bas de faire de Moscou une troisième
Rome, d'apporter à l'humanité une parole nou-
velle. Mais tout en qualifiant le communisme
russe de phénomène national, le collaborateur
du Mercure de France fait une réserve impdr-,
tante il voit un phénomène international, si-
non général, dans le fait que d'autres pays
connaissent de nos jours la même tyrannie
des corps et des esprits et que le « soleil de
la liberté » subit actuellement une éclipse.
M. Hippolyte Parigot consacre,dans la Revue
'des Deux Mondes, une importante étude à
l'école unique, étude où il défend des idées que
nos lecteurs connaissent bien. M. Parigot ex-
pose comment l'idée de l'école unique se rat-
tache directement à la Révolution. Il rappelle
le mémoire de Talleyrand de 1791, qui s'effor-
çait d'élever sans niveler, car ce n'était pas le
goût de Talleyrand « d'empêcher la supério-
rité » il évoque le rapport présenté en. 1792,
au nom du comité de l'instruction publique,
par Condorcet, qui a jeté les fondations so-
lides de l'édifice de l'enseignement il montre
comment le projet de Robespierre de 1793, re-
FEUILLETON DU {&#*?£
DU 2 NOVEMBRE 1932 (5)
UN SIMPLE INTUIÛE
̃̃̃'• '.̃.̃•'̃. ̃"̃ vïi
Baptista avait évité le danger pour cette fois,
mais. ce sérieux avertissement devait lui faire
comprendre que tôt ou tard son secret serait
découvert. Elle fut en tout cas persuadée qu'elle
•ji'en avait pas fini avec ce vitrier. Deux jours
s'écoulèrent, puis, son mari ayant été appelé
par ses affaires à l'autre bout de l'île, Mrs. Hed-
degan entendit frapper discrètement à la porte
d'entrée; elle alla ouvrir: l'honorable témoin
de son premier mariage apparut â nouveau de-
vant elle.
Ça m'a pris des heures et des heures pour
avoir fin mot de l'histoire, dit-il, clignant de
l'œil d'un air complice dont l'orgueil de Bap-
tista souffrit cruellement. Mais je ne suis point
.trop bête, ça y est. Maintenant, madame, j'ai à
.vous dire que je ne suis pas un homme capa-
ble de bavarder, même si la chose vaut son pe-
sant d'or. Je m'en retourne sur le continent et
un petit secours tomberait dans ma poche com-
une la pluie un jour de sécheresse.
je vous ai secouru l'autre jour, murmura
Baptista.
Une bagatelle, ma bonne dame, une baga-
telle. Vous ne m'avez même pas donné le
prix de mon voyage. Je me suis rendu à Pen»
Zéphyr rapport â vous, voulant éclaircir le
mystère. A présent, je dois v retourner pour
mon compte. Si votre mari apprenait la vérité,
'dame, ça serait embarrassant pour vous; cer-
tainement qu'il vous aime bien, mais il a la
tête près du bonnet.
Baptista savait bien qu'il disait vrai, et elle
remit à l'homme une somme importante afin
de s'assurer son silence. En revanche elle eut
Ja satisfaction de le voir s'embarquer sur le
.vapeur et disparaître avec lui. Mais Baptista
se rendit bientôt compte que la voie où elle
s'engageait serait fatale à son repos, si elle de-
.vait continuer à acheter U silence de cet hom-
me. Le vitrier ne lui: donnant pas signe de vie,
fteproduetlon interdite
pris de Lepeletier de Saint-Fai'geau, tendait a
l'unité intégrale, parce que « tout ce qui doit
composer la République sera jeté dans un
moule républicain ». M. Parigot voit dans ce
qu'il appelle le programme jacobin une offen-
sive de l'étatisme, une tentative d'élimination
de la famille, une poussée vers le monopole.
« Il est grand temps, dit-il, de regarder en face
le péril tout entier, le péril présent et celui de
demain l'emprise de l'Etat élargie l'unité
sociale assise sur une conception unique et
partout enseignée des devoirs et des buts de la
vie, l'éducation nationale cadre des esprits et
des consciences. »
Dans la Revue de Paris, M. Marcel Thiébaut
apporte un grand témoignage sur Branly ce-
lui d'un autre savant, M. François Dussaud.
Il y a là des pages émouvantes sur les condi-
tions dans lesquelles Branly découvrit, en
1800, la radio-conductibilité, découverte qui fut
le point de départ d'immenses transformations
de la vie moderne; sur les circonstances dans
lesquelles, afin de pouvoir élever ses enfants
comme il le souhaitait, Branly, à l'âge de
trente-cinq ans, commença ses études de méde-
cine sur l'admirable dignité de toute cette
vie de labeur et de sacrifice. « Branly, dit
M. Dussaud, appartient à une génération de
savants pour qui le désintéressement était une
attitude si naturelle qu'ils eussent considéré
comme un déshonneur, par exemple, de pren-
dre un brevet. »
M. François Porche commence la publica-
tion, dans la Revue universelle, d'une série
d'articles sur la jeunesse de Paul Verlaine. Il
nous montre le « pauvre Lélian » sous les
traits d'un enfant caressant quand il ne
trépignait pas de fureur, si laid que son
professeur du lycée Bonaparte le définissait
« une tête hideuse qui faisait penser à un
criminel abruti », et que la mère d'Edmond
Lepelletier le comparait à « un orang-outang
échappé du Jardin des Plantes ». Mais déjà il
y avait en lui des élans divins qui révélaient le
poète. ROLAND DE MARÈS.
LES OBSÈQUES J^GÉNÉRÂL HERR
L'inhumation du général de division Georges
Herr vient d'avoir lieu à Pont-de-Roide (Doubs).
En hommage à la mémoire du très' regretté dé-
funt, nous reproduisons ci-dessous le discours pro-
noncé le jour de ces obsèques, à Paris, par le
maréchal Pétain
Discours du maréchal Pétain
C'est avec uns profonde émotion que je viens
saluer pour la dernière fois celui qui fut pour
moi, autant qu'un collaborateur avisé, un ami
fidèle et charmant.
Enfant de cette Aisace qui nous a donné les
Rapp, les Kléber, tant d'autres encore, le général
Herr a compris, dès son plus jeune âge, que le
ruban bleu du Rhin en face de Neuf-Brisach, sa
ville natale, ne matérialise pas seulement la fron-
tière qui sépare la France de l'Allemagne, mais
qu'il est aussi la ligne de partage des races, des
aspirations et des tendances.
En 1870, le jeune Herr est âgé de 15 ans. Il as-
siste à l'entrée de l'ennemi dans la petite cité al-
sacienne qu'une ceinture de fortifications n'a pas
réussi à protéger. Peut-être trouva-t-il là l'orien-
tation de sa carrière. Peut-être devina-t-il l'im-
portance que. prendrait dans une guerre future
une artillerie puissante. Quoi qu'il en soit, c'est
à cette arme qu'il voua sa vie, sa lumineuse intel-
ligence, ses exceptionnelles qualités de réflexion
et d'action.
̃Mûri par l'épreuve qui! frappait sa petite patrie,
il se mettait au travail et, à peine âgé de 17 ans,
entrait à l'Ecole polytechnique;
Dès ses premières années dans la carrière des
armes il fut remarqué par ses chefs et admis à
collaborer plus intimement avec eux. C'est ainsi
qu'il prit place, comme jeune capitaine, à l'état-
majdr de Fartillerie à Besançon, c'est là que je le
rencontrai pour la première fois.
Que dire de sa carrière ? Le général Herr en
franchit les étapes avec une régularité harmo-
nieuse, tout en perfectionnant sans cesse en lui-
même ce qui fait le charme de la vie une culture
toujours plus étendue mise au service d'une claire
intelligence un sens artistique iiélieat doublé d'un
goût très sûr, retlet d'une distinction innée, d'une
finesse et d'une élégance de grand seigneur.
Charme bien français, charme qui s'ignorait mais
qui rayonnait autour de lui, à ia plus grande joie
de ceux qui avaient le bonheur de compter parmi
ses amis.
Il n'est pas besoin de s'appesantir sur toutes
les années, su bien remplies pourtant, de cette
existence. Il suffit pour les décrire .de citer quel-
ques lignes écrites par un officier britannique
sur les officiers français, auxquels le général
Herr aurait pu servir de modèle « Au sein de
la nation française, il existait une confrérie
d'hommes qui semblaient avoir hérité les qua-
lités des ordres de chevalerie. Ces hommes s'é-
taient sacrifiés à un Méal très élevé du service
du pays. »
Les qualités professionnelles du général Herr
devaient toutefois l'appeler à sortir du cadre un
peu étroit où étaient confinés avant la guerre la
plupart des officiers. 'Il fut choisi pour accomplir
en 1912 une mission dans les Balkans. Sa pénétra-
tion y trouva l'occasion de s'exercer et il revint
chargé d'une ample moisson d'observations, d'idées
originales et de précieux enseignements. Il en
consigna les résultats en deux livres qui ont fait
époque car ils contenaient en germe maintes indi-
cations sur l'emploi de l'artillerie qui prirent force
de loi pendant la grande guerre.
A la mobilisation il part en campagne à la tête
de l'artillerie du VF corps d'armée. Le premier il
fait exécuter un tir avec. réglage par avion, tir
dont les résultats sont. restés légendaires. Bien-
tôt promu divisionnaire il devait s'élever rapide-
ment au commandement d'un groupement connu
sou le nom de région fortifiée de Verdun.
Là se place une heure douloureuse de sa car-
rière. Le' général Herr, chargé de défendre la par-
tie du front où s'était produit l'effort que les AI-
lemends espéraient décisif, n'avait py, en raison
eJle commença à reprendre espoir, Huit jours
s'étaient écoulés, lorsqu'elle le rencontra, dans
la grande rue deGiant, escorté d'une grosse
femme qui portait un ballot de linge.
Vlà la dame, Amélie, dit-il à sa compa-
gne. Madame, c'est ma femme. Nous '.allons
nous installer dans la ville pour quelque temps,
si seulement nous pouvons trouver un loge-
ment.
Impossible, personne ne peut habiter ici
sans un permis de séjour.
Mon métier m'en donne le droit, répondit
le vitrier; j'ai mes papiers.
Mrs. Heddegan poursuivit sa route, reprise
par l'inquiétude. Dans l'après-midi, l'honnête
épouse du témoin vint la trouver elle lui re-
présenta avec force la nécessité de tenir secret
cet imbroglio matrimonial.
J'intercéderai auprès de mon mari, ma-
dame c'est un brave homme, quand on sait le
prendre. Je le supplierai de considérer votre
situation.
La bonne âme, d'un regard circulaire, ins-
pecta la pièce et ajouta:
Vous avez là une belle maison, ça vaut
bien un petit sacrifice pour la conserver.
Une fois de plus, Baptista céda au chantage,
mais elle prit la résolution de tout révéler à
Mr. Heddegan, si une nouvelle tentative se re-
produisait. Elle avait encore aggravé son cas
en acceptant la complicité intéressée de deux
louches individus. Ses persécuteurs, sûrs
qu'elle n'oserait jamais parler, revinrent à la
charge, mais cette fois la jeune femme les mit
à la porte. Ils s'éloignèrent en marmottant des
menaces. Elle alla immédiatement dans le
hangar où se trouvait son mari.
Elle le regarda en songeant qu'il ne pres-
sentait guère le coup qu'elle allait lui porter.
L'heure était grave, car Baptista éprouvait
maintenant pour lui plus d'attachement qu'au
début Mais elle commençait à se rendre compte
que son secret serait fatalement découvert. Le
nom de Charles Stow et le sien figuraient sur
les registres de l'état civil. Il était même sur-
prenant que personne n'eût encore découvert
son union clandestine avec le maître d'école.
S'armant de courage, elle résolut de faire face
à l'inévitable.
David, rentrez, j'ai quelque Chose à vous
dire, dit-elle.
Il eut l'air de ne pas entendre. Elle avait re-
marqué que depuis un certain temps il sem-
blait en proie a une préoccupation secrète et
s'abandonnait à un étrange accablement. Bap-
tista réitéra sa demande, il répliqua en soupi-
rant
« Oui. ma chère. je viens
de l'insuffisance de ses effectifs, que ralentir la
ruée. L'opinion oependant, trop facilement égarée
en ces heures critiques, chercha un responsable
de ce demi-échec et crut le trouver en la personne
du commandant de ce secteur. Des bruits étranges
circulèrent; on prétendait que le commandement
local avait failli à ses devoirs et que de sévères
sanctions s'imposaient.
Un de mes premiers soins, dès mon entrée en
fonctions à Verdun, fut de faire la lumière sur
cette question. Je constatai que le commandant de
la région fortiflée avait donné la preuve de sa re-
marquable clairvoyance et que les ressources dont
il disposait avaient été employées avec beaucoup
d'habileté. En effet, six semaines avant l'attaque
allemande, le général Herr l'avait annoncée au
G. Q. G. et demandé avec insistance le renfor-
sement de ses moyens, trop faibles pour remplir
sur les premières lignes le rôle qu il leur avait
assigné et pour assurer l'occupation de la position
de défense. Les circonstances n'ont pas permis
qu'il fût donné satisfaction à ses demandes; il n'en
a pas moins « tenu avec les vaillantes troupes
sous ses ordres, en dépit de l'insuffisance numé-
rique des bataillons et des batteries.
Je tiens à rendre ici un hommage éclatant au
général Herr en affirmant qu'il a fait! tout /Stfn
devoir.
Quelques semaines plus tard, le géhéralen chef,
mieux éclairé, appelait le général Herr au G.Q.G.
pour lui confier la créatîon et l'organisation de la
réserve générale d'artillerie. Le général se mon-
tra tout de suite éminent dans l'exercice de cette
nouvelle fonction et sut donner vie et flamme à
cet organisme, qui rendit dans la deuxième partie
de la guerre les plus appréciés services. Les ré-
sultats qu'il obtint lui mériteraient la vénération
de tous les combattants. Il les a définis lui-même
« le minimum de dépense d'énergie humaine et la
plus grande économie de sang pour le meilleur
rendement ».
Lorsque sonna l'heure de la retraite, le général
.Herr aurait pu consacrer à l'art, à l'amitié et à la
méditation les dernières années d'une vie noble
et féconde; mais de si belles qualités intellec-
tuelles, rehaussées par des sentiments si élevés,
ne pouvaient pas rester inemployées. L'action le
reprit sous la forme d'une collaboration apportée
à l'une de nos plus grandes industries françaises
travaillant pour la défense nationale. La mort,
seule, pouvait l'arracher à son labeur.
Messieurs, je n'ai pu qu'esquisser à grandes
lignes une carrière si bien remplie. Je laisse à
l'Histoire le soin de fixer le grand rôle que joua
le général Herr dans la défense du pays. Mais j'ai
tenu à préciser les mérites et les succès du soldat
et du chef, comme à dire un dernier adieu à la
noble figure de cet homme, mon frère d'armes et
mon ami.
Le général Herr était président du conseil de la
Société des automobiles Peugeot, ainsi que de
celui' de la Société des cycles Peugeot. Il faisait
également partie du conseil de la Société des Fils
de Peugeot frères, de Peugeot et Cie et de la
la Compagnie lilloise des moteurs. Il était grand-
croix de la Légion d'honneur. VV
4CÂDËMIES, UNIVERSITÉS, ÉCOLES
La rentrée de l'université de Paris
Rappelons que la séance de rentrée de l'univer-
sité de Paris aura lieu samedi prochain, à 15 heu-
res, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne.
Au cours de la cérémonie, le diplôme et les ïnsir
gnes de leurs grades seront remis aux nouveaux
oocteurs honoris causa.
A la Cité universitaire
(Le gouvernement persan, par l'organe de son
office scolaire, vient de faire donation d'une
somme de 50,000 francs, destinée à la création, à
la Cité universitaire de Paris, d'une chambre quil
sera chaque année attribuée à l'un de ses natio-
naux poursuivant à Paris des études d'enseigne.
ment supérieur.
D'autre part, la société de protection des Alsa-
ciens et des Lorrains ayant voté sa dissolution et
la répartition de son actif disponible, vient d'at-
tribuer une partie de cet actif à l'université de
Paris, pour être affectée par elle à la fondation
d'une chambre en faveur d'un étudiant alsacien
ou lorrain.
Ces deux créations portent à 26Ô le nombre des
chambres fondées à la Cité universitaire pour être
comprises dans la Maison des provinces de France
qui s'achève en ce moment et dont on prévoit
1 ouverture pour janvier prochain.
Les programmes de constructions scolaires
On sait qu'un décret pris le 3 septembre 1932
avait institué au ministère de l'éducation- natio-
nale un conseil consultatif des constructions sco-
laires en vue d'assurer, selon un plan d'ensemble,
la répartition des subventions accordées par le
Parlement et le contrôle de leur emploi.
Afin de rendre plus efficace l'action de ce con-
seil. en l'étayant parcelle d'organismes moins éloi-
gnés des collectivités demanderesses, un nouveau
décret prescrit la constitution au chef-lieu de cha-
que département d'un comité des constructions
scolaires de l'enseignement primaire, de l'ensei-
gnement technique et de l'enseignement secon-
daire composé comme suit le préfet, l'inspec-
teur d'académie, un inspecteur primaire, deux
maires, un médecin désigné par le préfet, le di-
recteur départemental des domaines. p
Prix littéraire.
Le comité de la Société des poètes français,
réuni, sous la présidence de M. Eugène Le Mouël,
vient d'attribuer le prix de Baye, destiné à récom-
penser le .meilleur sonnet régulier, à M. Jacques
Hameline, auteur de Cendres de race.
La société décernera ses autres prix en janvier
1933. La date de clôture pour la réception des
envois est fixée au 31 décembre prochain. (Pour
le programme des concours, s'adresser à M. Albert
Willemet, seorétairô général, 15, rue Versigny,
Paris (1,8e).
Un nouveau prix littéraire vient d'être fondé,
par l'hebdomadaire A la page. D'une valeur de
1,000 francs, il sera décerné au meilleur conte ou
nouvelle écrit par un « moins de vingt ans ». Le
jury est composé de MM. Jean Guiraud, Georges
Duhamel, Françoi's Mauriac, Henri Massiâ, Anaré
Lamandé et Daniel Rops. S*
Dès qu'ils furent entrés dans la salle, elle re-
p rit d'une voix tr%ihbladte
David, j'.ai eu un drame dans ma vie et je
vous l'ai caché. Vous allez certainement me
haïr, mais vous serez peut-être moins sévère
si je vous révèle tout volontairement.
Un drame? s'écria le négociant,- soudain
intéressé. Vous n'êtes pas au monde depuis
assez longtemps pour pouvoir connaître les cô-
tés tragiques de la vie, ma pauvre petite.
Baptista vit qu'il ne se doutait de rien,et cette
constatation lui rendit la tâche plus ardue. Elle
poursuivit cependant:
Cela s'est passé avant notre mariage.
Vraiment?
Très peu de temps avant. La veille même
de notre mariage. et il s'agit. d'un amou-
reux, balbutia-t-elle
Je ne m'en soucie guère, dit-il, bénévole.
A la vérité, j'espérais que c'était quelque chose
de plus sérieux.
De plus sérieux?
Mé! oui.
Cette fois, elle sentit qu'il fallait en finir:
Voilà! Je rencontrai un jeune homme qui
m'avait fait la cour au collège. H m'adressa des
reproches amers, m'accabla de son mépris, me
défia. Enfin, il me persuada de l'épouser sur-
le-champ, et je cédai. Aussitôt après la céré-
monie, nous voulions prendre le vapeur afln
de venir tout vous avouer; mais, en se bai-
gnant, il se noya. Alors j'ai pensé que je n'en
dirais rien et ai rempli ma promesse vis-àsySs
de vous, David, n'ayant pas la force de sup-
porter le contre-coup d'une rupture. Je voulais
vous laisser dans l'ignorance, mais les cir-
constances m'obligent à parler. C'est tout,
David, vous ne me pardonnerez jamais, je le
sens.
Baptista prononça ces paroles avec un morne
désespoir. Mr. Heddegan, au lieu de pâlir et de
verdir, ou de la tuer dans un mouvement de
fureur, bondit de sa chaise et commença à
gambader à travers la pièce, en proie à une
agitation frénétique:
1 Oh! quel bonheur! comme ça tombe bien!
s'exclamait-il, en battant des mains, ah! ah! la
question est tranchée. je vais pouvoir m'en
sortir. ah! ah!
Elle restait muette de stupéfaction; enfin,
comme il continuait â donner tous les signes
de la joie la plus vive, là jeune femme mur-
mura
Qu'avez-vous? Voulez-vous donc me tor-
turer ?
Non, non, ma très chère, votre confession
me délivre de tracas accablants. Voyez-vous,
moi aussi, j'ai eu an drame dans ma vie,. et si
LES CÉRÉMONIES DE LA TOUSSAINT
Une seule cérémonie officielle a eu lieu, hier, à
Paris, en prélude à la Toussaint. L'association des
combattants étrangers engagés volontaires dans
l'armée française durant la guerre, a ranimé-, à
19 heures, la flamme sur le tombeau du Soldat
inconnu. De nombreuses couronnes, offertes par
des associations françaises et étrangères, rebou-
vraient la dalle.
Le général Gouraud, représentant M. Paul-Bon-
cour, ministre ds la guerre, présidait la cérémonie.
Autour de lui étaient présents les présidents de
douze groupements de volontaires étrangers ayant
à leur tête le capitaine Nazaro Aga, président
de l'association générale, ainsi que des délégués
de l'Union nationale des combattants, de l'associa-
tion américaine « French and. Air », et des an-
ciens combattants de la division marocaine.
Avant de ranimer la flamme, deux volontaires
étrangers ont déposé la tête de la'tombe une
plaque dé marbre, portant cette inscription « Les
survivants des volontaires engagés à leur frère
d'armes inconnu. » La flamme a été ranimée en-
suite par; le capitaine Nazaro Aga.
Une stèle rappelant la mémoire des quatorze
habitants du Va]-de-Ville, tués par les Badoi's les
17 et 18^août 1870, a été inaugurée, hier, à Neuve.
Eglise, près de Strasbourg.
Le « Souvenir français », organisateur de la cé-
rémonie, était représenté par MM. René Baumeis-
ter, Paul Bôurson, Frémioi, Wisches, Jules Reiser,
secrétaire général de l'œuvre des tombes. MM.
Roland-Marcel, préîst du Bas-Rhin Bastier, sous-
préfet de Sélestat le comte d'Andlau, M. Ober-
kirch, les généraux de Pouydraguin, Winchler et
M. de Lechowski, consul de Pologne, étaient pré-
sents.
Des discours ont été prononcés par le général de
Pouydraguin et par M. Roland-Marcel.
•m: .a. -r, x ht b
Commandement
Le capitaine de frégate Krantz est nommé au
commandement du contre-torpilleur VauqueMn.
Programme japonais de constructions navales
Malgré les démentis du ministère de la ma-
rine japonais, il semble que ce département s'ef-
force de faire approuver un programme de cons-
tructions navales réparti sur quatre années. Il
aurait, dit-on, l'intention de faire mettre en chan-
tier deux croiseurs de 8,500 tonnes, un porte-
aéronefs de 8,000 tonnes, sept contre-torpilleurs,
six sous-marins, un navire mouilleur de mines
de 5,000 tonnes, plusieurs dragueurs de mines,
des torpilleurs. It projetterait en outre la créa-
tion de cinq nouvelles escadrilles d'avions. L'exé-
cution de ce programme comporterait une dé-
pense de 460 millions de yens.
JLe Décor de la vie
DE SAINT-CLOU» A MEUDON
Nous n'avons pas manqué de refaire le pèleri-
nage aux parcs de Saint-
son langage si imprégné des images de la nature,
un dernier adieu « aux feuilles quil sont aurore, et
de tant de sortes d'aurores que cela compose un
brocart d'or riche et magnifique, un manteau rie
tissu couleur de feu, or et argent, pareil à ia robe
que M. de Langlée avait offerte à la Montespan ».
Le lecteur se souvient .peut-être de nos doléan-
ces en ce qui touche à l'entretien de ce parc. L'au-
tre jour, du moins, avons-nous eu l'agréable sur-
prise, que nous sommes tout heureux d'enregis-
trer publiquement, de voir que la partie supé-
rieure de la cascade était en meilleur état et les
statues, notamment, bien refaites. Mais en regar-
dant Boulogne de cet endroit, on est péniblement
surpris en apercevant les hideuses constructions
du quai de Boulogne. Autrefois, pour ménager la
vue sur la campagne, on avait arrêté la ligne d'ar-
bres de part et d'autre de la cascade. Aujourd'hui,
les conditions ne sont plus les mêmes. La campa-
gne est devenue ville, et quelle ville 1 Masquons
donc la vue en continuant la ligne d'arbres jadis
interrompue à dessein. Victor Hugo disait de la
lune qu'elle est le cache-sottise des architecte3
On le pourrait écrire des arbres qui, plantés op-
portunément, dissimulent aux regards l'objet de
leur offense (nous venons d'écrire là, sans le vou-
loir, un alexandrin adéquat au paysage).
Traversons la terrasse de l'Orangerie et gravis-
sons l'escalier qui conduit à l'allée des Statues,
ainsi appelée à cause des douze statues qui l'or-
naient. Vers 1910, on y plaça des moulages de sta-
tues antiques. Les cartes postales que nous avons
sous les yeux en perpétuent le souvenir. Peu à peu,
la pluie en eut raison maintenant il n'en reste
plus qu'une, la première à droite en montant. Un
a même supprimé les socles. Pourquoi ne pas pla-
cer sur ces socles les copies en pierre que doivent
faire, aux termes mêmes du règlement, les pen-
sionnaires de la villa Médicis, et qui constituent ce
que l'on appelle les « envois de Rome ». C'est là;
sauf erreur, le but principal de l'Académie da
France à Rome en ce qui concerne les sculpteurs.
Nous arrivons au lieudit « les Vingt-quatre
jets ». L'allée extérieure est ornée de neuf statues
gainées, exécutées de 1866 à 1869. L'une d'elles
manque. Sur le socle qui reste, un sculpteur mo-
derne pourrait en dresser une qui fût dans le
même esprit. Auprès des bassins, de nombreux so-
cles demeurent vides. Pour ne pas dissiper l'at-
mosphère du dix-huitième siècle, il convient de ne
point placer là de statues modernes. Là encore
on pourrait utiliser les envois de Rome, qui doivent
exister quelque part et, par conséquent à peu de
frais, remettre les choses en état. D'ailleurs, sur ce
rond-point des Vingt-quatre jets, l'allée des Sta-
tues se termine ou commence par deux statues en
pierre qui sont des copies d'antiques, l'Apollon du
Belvédère, la Diane à 'la biche.
Montons l'allée qui, d'ici, conduit à la Grande
gerbe. Au départ, elle est ornée de deux grand?
vases. Ces deux vases étaient répétés, tels quels,
devant la Grande gerbe. Maintenant, il n'en sub-
siste que la partie inférieure. D'où un aspect la-
mentable, d'autant plus honteux que cet endroit
est très fréquenté, puisque le raccourci de la route
de Versailles, qui vient d'être soigneusement re-
faite, passe par là. On a de l'argent pour refaire
une route et éviter des secousses aux promeneurs
vous n'en n'aviez pas eu un à confesser je
n'aurais pas trouvé le moyen de vous confier le
mien.
Qu'est-ce donc? s'écria Baptista, d'une
voix subitement affermie.
Une énormité.
Plus grave que mon secret?
Heu! ça dépend de la façon dont on l'en-
visage. Votre révélation tient au passé; voyez-
vous, il y a un mois que nous sommes mariés
et cela m'aurait chiffonné davantage au bout
de deux jours de mariage. Mon affaire à moi
regarde le passé, le présent et l'avenir, ainsi.
Le passé, le présent et l'avenir, répéta-
t-elle. Vous aviez un drame à cacher, je ne
m'en doutais guère.
J'en ai un, dit Mr. Heddegan en hochant
la tête, je devrais dire. quatre.
Expliquez-vous, cria Baptista.
Patience, patience, soyez indulgente, je
vous en supplie. Quand nous nous sommes ma-
riés, vous n'étiez pas célibataire. moi non plus.
Vous étiez veuve et moi veuf.
Elle poussa un cri de surprise:
Ah! est-ce tout? Alors, nos situations sont
bien équilibrées.
Non, ce n'est pas tout., je suis pis que
veuf.
Oh! David!
Oui, je suis veuf et muni de quatre tragé-
dies je veux dire de quatre filles. L'aînée
est aussi grande que vous. N'ayez pas l'air
aussi consternée, remettez-vous, Baptista. Voici
l'affaire: j'avais eu pendant quelques années
des relations avec leur mère à Pén-Zephyr.
enfin, j'abrège une longue histoire: je me dé-
cidai à épouser la pauvre femme secrètement,
peu de jours avant sa mort. Malgré mes pré-
cautions, on commence à en parler ici. Depuis
longtemps, je soupire après les enfants; je me
dis que c'est mon devoir de m'ooeuper d'elles
et de les prendre chez moi. Je n'osais pas vous
avouer la chose; et puis, plus les jours pas-
saient, plus je craignais les indiscrétions, .ça
me tracassait.
Sont-elles instruites? demanda l'ancienne
Institutrice.
Non, je dois dire qu'elles ont été très né-
gligées à la vérité, elles savent à peine lire.
Aussi, en épousant une jeune maîtresse d'école,
ai-je • espéré qu'elles recevraient une bonne
éducation sans qu'il m'en coûtât rien. Voyez-
vous, elles ne sont plus d'âge à être mises en
classe avec les petits enfants.
Oh.! mon Dieu! gémit Baptista; je devrai
enseigner les rudiments de la grammaire à
quatre grandes filles qui seront toujours au-
tour de moi à ânonner Ieurs leçons. Je déteste
côté matériel. On n'en a pas pour refaire de beaux
vases côté spirituel. Voilà qui en dit long sut
l'époque et le régime. q g
A la Grande gerbe au moins avons-nous eu le
plaisir de constater que, depuis quelques années
P léajà, l'allée q à pu q e quea anneea
déjà, l'allée d'Orléans, à son départ, a été bien
replantée. Cette nouvelle plantation, qui en conti-
nue le dessin, est vraiment d'un heureux effet.
Suivons-*la. Nous croisons bientôt l'allée de Ver-
sailles, qui va du Fer-à-Chèval à la grille de
Ville-d'Avray, où Corot, autrefois, eut une pro-
priété., Comment ne pas songer à lui devant ces
arbres au tronc clair et au feuillage argenté I
Mais, hélas ces grands arbres meurent et on les
remplace par d'autres, de n'importe quelle
essence. Pourquoi ne pas replanter-là ces mêmes
grisards qui donnaient tant de poésie à cette allée,
la caractérisaient par rapport aux autres et per-
pétuaient ainsi, par une association d'idées toute
naturelle, le souvenir de Corot qui) immortalisa
cette région?
Pour nous, l'aménagement du Grand Paris, c'est
cela tout d'abord et au premier chef balayer,
sauvegarder, restaurer (non reconstituer), con-
solider, mettre en valeur l'héritage de l'ancien
régime, qui, malgré toutes les déprédations et
l'imbécillité, au sens latin- du mot,' de l'époque
comprise entre 1870 et 1914, voire 1932 y com-
pris, demeure encore le « fonds qui manque le
moins » d'une réputation française vivant trop
sur elle-même. Modeste, patiente, humble tâche,
mais pour le moins aussi urgente que celle de
subvenir au déficit de l'Opéra-Comique. Quand
le comité supérieur de la région parisienne aura
rempli cette première mission, à laquelle sem-
ble s'être dérobée jusqu'ici la direction des
beaux-arts, et qui consiste à mettre à l'abri, à
frapper d'une servitude, d'un droit de regard
tout ce qu'il reste encore d'espaces libres de fo-
rêts, d'aspects ruraux, de monuments, de mai-
sons expressives sur cette terre de prédilection
qui a nom Ile-de-France, alors il pourvoira au
désir légitime que nous avons d'y circuler aisé-
ment. q y
Car nous voudrions nous inscrire en faux contre
une opinion à laquelle une publicité astucieuse
donne un cours de plus en plus libre à savoir
que l'urbanisme consiste à élargir des routes pour
y faire circuler des camions et des autocars, ce
qui revient à peu près à prendre de l'argent dans
la poche deg contribuables pour ruiner ceux d'en-
tre eux qui sont obligataires des chemins de fer.
Il y a, en urbanisme comme en toute chose, n'en
déplaise à ceux qui voudraient ranger celle-ci
dans la catégorie des utopies, un sentiment de la
mesure. Nous dirons même que l'urbanisme est
l'expression d'une mesure générale, sociale, où
chaque chose trouve sa place, qui n'est pas celle
des autres. Ceux d'entre nous qui le considèrent
comme une sorte de discipline plastique de l'Etat
moderne inclinent au contraire à des solutions
plus prudentes, plus économiques, et que leur
économie même discrédite aux yeux des entrepre-
neurs fastueux d'un urbanisme chimérique.
Nous avons déjà indiqué aux lecteurs comment,
au lieu du Paris-Saint-Germain, direct, mais dan-
gereux..pour l'esthétique de là fameuse terrasse,
possible il y a jVingt ans, mais ruineux à notre
époque, on pouvait concevoir un trajet emprun-
tant la route du bord de l'eau, dûment élargie,
améliorée à peu de frais. Nous voudrions indiquer
aujourd'hui, ne fût-ce qu'à titre d'exemple et à
l'appui de nos vues sur la question, comment on
pourrait trouver une issue assez facile de Paris à
Versailles en passant sous de magnifiques futaies
sur une longueur de plus de six kilomètres. Il est
vrai qu'il n'en coûterait que deux millions au plus,
tandis que le projet actuellement en faveur, et qui
consiste à passer un tunnel sous le parc de Saint-'
Cloud, en coûterait trente. Il n'en faut pas davan-
tage pour nous donner tort.
Les Parisiens connaissent bien. la forêt de Meu-
don. Elle fait partie de cette ceinture sylvestre
qui entoure la région parisienne d'un large ruban
vert. Comment ce domaine nassa de la seigneurie
de Meudon à la duchesse d'Etampes, maîtresse de
François I", puis au cardinal de Lorraine, arche-
vêque de Reims, à Abel Servien, marquis du Sablé,
à, qui l'on doit la terrasse et les étangs de Meudon,
puis au marquis de Louvois, qui doubla ses terres,
puis au dauphin, fils de Louis XIV, en 1695, cela
touche à l'histoire notariée. Mais comment le châ-
teau et son parc, à partir de cette année et jus-
qu'à 1711, date de la mort du dauphin, fut l'objet
de nombreux embellissements, voila qui nous in-
téresse davantage, nous qui nous appliquons à res-
saisir dans une banlieue informe les linéaments
d'un beau dessin.
En somme, l'époque qui nous importe, « la belle
époque » de Meudon, pour parler le langage des
antiquaires, est celle qui est comprise entre 1695
et 1711. Alors, en effet, Meudon devint une ma-
nière de Versailles en petit. Peintures, marbres,
dorures, statues meublèrent les appartements. Le
Nôtre étendit et replanta les jardins. Une machine,
attribuée à Vauban, pompa les eaux recueillies
dans l'étang de Challais pour les refouler dans
l'étang du Bel-Air, point culminant du parc. On
construisit en avant du château, sous la terrasse,
deux orangeries qui subsistent encore et dont l'en-
semble, vu d'en bas, compose un paysage à la ma-
nière des jardins de la villa d'Este. Sur l'empla-
cement de la grotte, Mansart commença en 1706
un second château, que fut achevé en 1709. Pour
satisfaire aux exigences de la chasse, on abattit
le mur qui séparait le parc de Meudon de celui
de Chaviile. On créa l'étoile du Pavé de Meu-
don. Le Nôtre relia ce carrefour à ceux de la
patte-d'oie et du rond-point d'Ursine par de lar-
ges avenues dont le dessin n'a été que très légè-
rement modifié. C'est ce dessin qui, affirmé, four-
nirait en grande partie te profil de la route que é
nous préconisons pour aller de Paris à Versailles.
Tant il est vrai que nous vivons sur l'héritage
du grand roi et que sans son armature, encore
persistante malgré l'incompréhension contempo-
raine, nous ne saurions sur quelle plate-forme
installer l'organisation moderne.
Voici sommairement les jalons de notre itiné-
raire le pont de Sèvres ou le pont de Billan-
court (celui-ci.en ciment,d'une laideur insondable),
t'avenue du Château, l'avenue Marcellin-Berthelot,
un conde à droite, la porte du Bel-Air, la route
Royale, le carrefour de l'Observatoire, le Pavé de
Meudon, le carrefour du Réservoir, l'étoile du
Pavé de Meudon, le carrefour de la Calotte, de nou-
veau le Pavé de Meudon, qu'il faut suivre vers
le sud jusqu'au moment où il tourne vers l'ouest.
Ici deux trajets se proposent l'un consiste.à aller
en direction de l'ouest jusqu'au G. C. 53, à tour-
ner à gauche, à passer sous le chemin de fer,
à reprendre à droite le Pavé de Meudon vers
l'ouest; l'autre consiste à continuer vers le sud,
à laisser sur la droite l'étang de Brise-Miche, à
prendre la route-de la porte Verte, puis le Pavé
l'enseignement, cela me tue. Ah! me voilà
cruellement punie.
Vous vous y accoutumerez, ma chère. Et
puis nos deux secrets se contre-balanceront, et
cela réconfortera votre cœur de penser qu'il y
a une justice. Je pourrais très bien faire pré-
venir mes fillettes cette semaine. ma foi, au-
jourd'hui même. Ma chère, vous m'avez délivré
de tous mes soucis.
L'entretien prit fin sur ces paroles. Baptista
était émue pour continuer à discuter de
sang-froid. Elle se retira dans sa chambre et y
versa des larmes amères: la duplicité de Mr.
Heddegan la blessait dans son amour-propre;
elle frémissait d'indignation. Il la condamnait
à exercer le métier qu'elle abhorrait. Quelle
honte d'abuser ainsi de la confiance d'une jeune
femme!
Le déjeuner réunit les deux époux Baptista,
les yeux obstinément baissés, ne regarda pas
David une seule fois. Il feignit de ne pas re-
marquer cette froideur. De temps à autre, il se
détournait et riait sous cape
Comme nous sommes bien assortis! mur-
murait-il en se frottant lés mains.
Le lendemain, Heddegan courut à l'embar-
cadère, à l'arrivée du vapeur. Bientôt, Baptista
le vit revenir précédant quatre grandes filles
dégingandées, alignées en bon ordre, de l'aînée
à la cadette, comme le.s tuyaux de la flûte de
Pan. Leur père, dont la barbe grisonnante en-
cadrait le visage d'une frange argentée, sou-
riait cordialement et s'adressant à' sa progéni-
ture
Allons, avancez et venez dire bonjour
comme il faut à votre belle-mère.
Les présentations ainsi faites, il les laissa
avec Baptista. Un examen approfondi révéla
à la jeune Mrs. Heddegan que les pauvres en-
fants, auxquelles elle eût aisément pardonné
leur tournure disgracieuse, étaient incapables
d'échanger des idées sur les sujets les plus
simples, car elles avaient un bagage intellec-
tuel pour ainsi dire nul la plus âgée épelait
avec difficulté les mots de deux syllabes. Elles
ignoraient la coquetterie, et l'art de la toilette
dépassait leur compréhension. L'avenir appa-
rut à Baptista sous des couleurs sombres: elle
ne vit qu'une suite d'années remplies par les
corvées de son ancienne profession, sans qu'elle
pût escompter la récompense de ses peines.
Elle tomba dans une mélancolie profonde, dis-
position bien fâcheuse chez une jeune femme
mariée depuis six semaines.
Elle dissimula sa tristesse à ses parents: ils
faisaient partie du petit nombre de personnes
qui ignoraient le secret de l'armateur et s'indi-
gnèrent hautement de voir leur fille unique
de Meudon jusqu'au carrefour de Gailloa, à pas-
ser sous le pont du chemin de fer et à rejoindre
au delà l'avenue de Paris, entrée de Versailles.
Au lieu de passer sous le pont du chemitt de fer,
en continuant tout droit on atteindrait les bois
de Versailles, en évitant cette ville; puis, par un
tracé qui reste à déterminer, le plateau de Satory
et la grand'route de »ouest, vers Trappes. Mais
c'est là une seconde étape.
Pour franchir la première, les éléments dé base,
il suffirait d'arracher le pavé de Louis XIV, de
refaire une forme. A 300 francs le mètre, les
6 kilom. en forêt reviendraient à 1,800,000 francs.
Peut-être serait^on obligé d'abattre quelques arm-
bres, quelques accrus sans gran'd intérêt. Mais les
notions forestières d'un public sentimental se ré-
duisent à cet axiome « Tout abattage- d'arbres
est un acte de vandalisme. » Or, comme on l'a
fait observer, la beauté ne va pas sans la santé.
Une forêt abandonnée à elle-même souffre et dé-
périt c'est une société quit regorge d'éclopés et
dlnfirmes, une cité sans règle où l'élite est op-
primée par le vulgaire, où les vivants sont étouf-
fés par es morts. Ce qu'un forestier a puéerire de
la forêt s'applique, comme un'gant, à la région
parisienne et concorde avec cette maxime sur la
guerre que René Quinton inscrit en tête de sa
morale biologique n La nature crée des espè-
ces, elle ne crée pas des êtres. L'espèce est la fin,
l'être n'est que le serviteur de cette fin. C'est le
propre de l'individu de s'abuser sur sa destinée
et de croire qu'il est né pour soi-même, »
LÉANDRE VAILLAT.
Parmi les nombreux dentifrices, le seul
qui contienne du sel naturel de Vichy,
c'est la POUDRE DENTIFRICE
VI OH Y- ET AT, qui dnnne dents
blanches, gencives saines. En vente dans
les pharmacies et drogueries au prix de 10 tir.
EGflOS ET IflFORPTlOUS
M. Albert Lebrun parrain. A Parcé (Sarthe),
a eu lieu hier le baptême du vingt-deuxième en-
fant des époux Joseph Boissé, la petite Alberte,
dont le président de la République avait accepté
d'être le parrain. M. Albert Lebrun était repré-
senté par M. Monti§ny, député; Mgr Grente, évo-
que du Mans officiait. Au cours du vin d'honneur
qui a suivi la cérémonie, M. Montigny a annoncé
qu'un dossier de la Légion d'honneur était consti-
tué en faveur de Mme Boissé dont seize enfants
sont encore vivants.
Le balayage des écoles. Le balayage des éco-
les va-t-il être mis à la charge des communes,
quel que soit le chiffre de leur population, comme
le demande une proposition de loi dont le rapport,
présenté par M. J.-A. Molinié dans la précédente
législature, vient d'être « repris » pour être pro-
chainement soumis à la Chambre?
Le balayage des classes est présentement exé-
cuté par les élèves dans les communes de moins
de 500 habitants. Il en résulte des discussions et
des conflits constants entre les instituteurs et les
familles. On invoque en outre, à l'appui de la thèse
du balayage à la charge des communes 1° l'éga-
lité républicaine les enfants des agglomérations
de plus de 500 habitants n'étant pas soumis aux
mêmes obligations que leurs camarades des villa-
ges et hameaux; 2° le défaut d'entretien des écoles
les enfants n'ayant que rarement la force phy-
sique et l'expérience nécessaires à l'exécution des
travaux de nettoyage; 3" les dangers présentés, du
point de vue hygiénique, par cette pratique con-
traire notamment aux mesures de préservation
contre la tuberculose.
M. Molinié observe qu'il y a, en outre, aujour-
d'hui, « des moyens électro-mécaniques, peu coû-
teux, qui peuvent épargner de la peine aux ba-
layeurs d'école, mieux accomplir le travail et aider
à une vulgarisation d'appareils commodes ».
Il faut une loi pour opérer une réforme de ce
genre.
La fontaine du Gros-Caillou. Encore une fon-
taine qui va être déplacée, mais qui ne va pas dis-
paraître, comme on pouvait le craindre. Elle sera
regrettée des femmes du quartier, qui venaient y
puiser l'eau. Un beau guerrier romain s'offrait à
leur admiration sous les traits du dieu Mars. Cette
fontaine est une de celles que commanda l'empe-
reur. Quand il revint de Tilsitt, un de ses pre-
miers soucis fut de s'informer du débit des fon-
taines, et de remarquer qu'il y en avait de taries
« Nous donnons dix-huit mille muids d'eau, lui
dit son préfet. Est-ce le maximum? On
peut porter la distribution à vingt-quatre mille
muids. Qu'en coûterait-il par jour ? Deux
cents francs. Je veux vingt-quatre mille
muids. Votre Majesté fixe, pour les donner,
une date? Ce soir. » En même temps, il or-
donna la création; de nouvelles fontaines. Celle, du
Gros-Caillou fufe^placéV >à l'otsigine -auprès: â'un
hospice militaire. C'est pourquoi près du guerrier
se penche, avec sollicitude, la déesse de la Santé.
Cette composition fut très goûtée de son temps.
Œuvre du sculpteur Beauvallet, elle est manifes-
tement inspirée, comme facture, du Serment des
Horaces et de l'Enlèvement des Sabines.
Elle est aujourd'hui encore enfermée dans une
petite place rectangulaire, rue Saint-Dominique.
Les maisons y présentent un dessin, imposé, uni-
forme. L'exguïté de l'emplacement exagère les
proportions de la fontaine et gêne la circulation.
Ou verrons-nous transportée la fontaine du
Gros-Caillou? Dans les parages sans doute. L'im-
portant est qu'elle nous reste, cette charmante
fontaine de la promotion impériale, comme un sou-
venir d'histoire et d'art.
La collecte de l'or. Le pasteur de l'église mé-
thodiste de Columbus, dans l'Ohio a adressé à ses
paroissiens une circulaire leur spécifiant qu'en
raison de la crise leur générosité ne devait pas se
laisser arrêter par des défaillances de trésorerie
et qu'il leur demandait de remettre à la quête do-
minicale n'importe quoi, pourvu que ce quelque
chose contint de l'or. Et il précisait que les vieux
dentiers étaient acceptés.
Il est à espérer que la quête ne se fait pas, &
Columbus, sur un plateau!
Les trains d'excursion. Après les trains-sur-
prise, qui ont eu en Angleterre un légitime suc-
cès, on étudie actuellement, dans le même pays,
l'organisation de trains d'excursion. Ils fonction-
nent en Australie depuis dix ans, avec, il est vrai,
une autre conception initiale que celle du pur tou-
risme. M. Clapp, le président des. chemins de fer
de l'Etat de Victoria, avait eu l'idée de faire visiter
à des hommes d'affaires intéressés aux questions
agricoles des régions susceptibles de développe-
ment. Il avait constitué un train avec wagon-hta,
wagon-restaurant, wagon-salon qui pendant quinze
chargée inopinément d'une famille toute faite.
Mais Baptista n'admettait pas les critiques et
répliquait:
Vous ne connaissez que les apparences.
Elle eut assez de loyauté pour considérer
qu'elle devait une réparation à son mari. Dans
les rares occasions où Mr. et Mrs. Heddegan
s'entretenaient, cette dernière concluait inva-.
riablement:
Je suis malheureuse, vous ne l'ignorez
pas; cependant, je ne voudrais pas qu'il en fût
autrement.
Le temps passa. Un jour, comme David lui
demandait:
Vous déplaisent-elles toujours autant?
Il reçut une réponse assez inattendue:
Bien moins qu'au début,dit-elle tranquik
lement. J'en viendrai peut-être à les aimer.
Une période de détente suivit cette déclara-
tion. Le joug qu'elle subissait volontairement
ennoblissait le cœur de la jeune femme. Elle
découvrit, sous la gaucherie qui les recouvrait,
des natures d'un désintéressement sublime chez
ses malencontreuses belles-filles. Leur rusticité
était due à. l'existence de troglodytes qu'elles
menaient antérieurement. La rude discipline
imposée à ces enfants avant que leur mère
fût réhabilitée, loin de les aigrir, le% avait éle-
vées au-dessus de toute ambition personnelle,
Elles considéraient le monde d'une façon pure-:
ment objective; elles acceptaient leur propre
sort comme s'il s'agissait d'êtres humains quel-
conques-dont les peines ne les^iouchaient guère*
plus que si elles eussent été celles d'indiffé-
rents.
Pour une femme du caractère de Baptista,
cette philosophie était entièrement nouvelle et
retint d'abord son attention, puis finit par l'in-
téresser vivement.
Par d'imperceptibles voies la sympathie se
glissa dans son cœur et se répandit autour
d'elle. La moralité de la tragi-comédie de sa
vie, confuse jusqu'alors, lui apparut plus net-
tement de jour en jour. Elle apprit, par la fré-
quentation de ces gauches adolescentes qui
personnifiaient pour elle l'humanité, que l'hu-
manité doit nous inspirer beaucoup de pitié el
nulle aversion. Peu à peu, le sentiment qu'é-
prouvait Baptista pour ses belles-filles devint I
une tendre affection; plus tard, elles formèrent
une liaison entre les intérêts de son mari et les
siens. Une solide amitié unit ainsi un couple
dont l'existence semblait destinée à être privée
d'affection autant que d'amour.
Thomas Hardt,
(Traduit de. l'anglais par Cuuos o'Abtwbs.]
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