Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1920-07-20
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 20 juillet 1920 20 juillet 1920
Description : 1920/07/20 (Numéro 21538). 1920/07/20 (Numéro 21538).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
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MAJffidï 20 JUIEL"ET 1920
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C~~a~PST~ ~Z'o6"
t"f.
faris, 19 juillet
Paris, 19 juîUet
BULLETIN' DU jour
LA &TJEREE DE L'EïïfiOPE ORIENTALE
La guerre de l'Europe orientale entre au-
ïourd'hui dans une nouvelle phase. Hier a ex-
piré le délai que l'Angleterre avait fixé aux
Soviets, pour répondre .à sa proposition d'ar-
mistice. C'est hier aussi qu'on a appris la
Signature et la ratification d'un traite conclu
entre l'Autriche et la Russie soviétiste. A ce
tournant, quelle est la situation?
Si le Daily Telegraph est bien informé, le
gouvernement des Soviets refuse de conclure
an armistice avec la Pologne par l'entremise
x Ses alliés. Il n'accepterait qu'une négociation
directe avec les Polonais. On peut en conclure
qu'il repousse aussi la seconds partie de la
proposition anglaise, conçue dans les termes
suivants « Qu'une conférence, siégeant sous
les auspices de la Conférence de la paix, et
comprenant les représentants de la Russie so-
iviétiste, de la Pologne, de la (Lituanie, de la
ïvettonie et de la Finlande, se réunisse le plus
$ôt possible à (Londres pour négocier une paix
définitive entre. i-a Russie et les 'Etats voisins, »
iLa première question qui se pose est
'donc celle-ci les gouvernements dont le ter-
ritoire est limitrophe de la Russie soviétiste
i– peu importe qu'ils soient reconnus « en
tiroit » ou seulement « en fait » auront-ils
l'assistance des alliés pour régler leurs rela-
Lions avec la. Russie SQyiétiste, ou bien de-
,vront-ils s®bif, clrëcuîî, a son tour, les condi-
tions ou les révolutions que les bolchevistes
seront en mesure de leur imposer?
Dans la note par laquelle il demandait aux
Soviets de conclure un armistice avec la Po-
logne, le gouvernement britannique rappelait
que le pacte de la Société des nations l'oblige
w à défendre l'intégrité et l'indépendance do
la Pologne dans la limite de ses frontières
ethnographiques légitimes ». Il ajoutait
y Par conséquent, si la Russie soviétiste, mal-
gré les déclarations répétées par lesquelles elle
accepta l'indépendance de la Pologne, ne
Voulait pas se contenter de voir les armées
polonaises 'évacuer le sol russe sous la condi-
tion d'un armistice réciproque, et si elle avait
l'intention d'engager une action hostile contre
la Pologne sur le territoire même de celle-ci,
te gouvernement britannique et ses alliés se
Sentiraient obligés d'aider la nation polonaise
it défendre .son existence par tous les moyens
toilt ils disposent. » Si, après cet avertissement
tolennel, on laissait néanmoins aux bolche-
ristes le temps et la liberté d'envahir des ré-
gions incontestablement polonaises et peut-être
de provoquer un mouvement révolutionnaire
là Varsovie, il "serait démontré à tous les peu-
ples de l'Europe orientale ou centrale que les
promesses de l'Angleterre sont inopérantes,
que l!aide des alliés ne vaut rien, et que, dé si-
dément, il n'y, a qu'une alternative soit
Moscou, soit Berlin.
M. Garvin, qui passe pour traduire les idées
nde M. îAovû George, exprime dans VObserver
sde ta^îes-'l^espoif que les .̃Ë!lai3--Unisi.(krairi-
bueraiené,' le- cas échéant, à sauver la Pologne.
Nous partageons oet espoir, mais il ne faudrait
pas rejeter sur les Etats-Unis des responsabi-
lités qui ne leur appartiennent point, et il ne
faudrait pas se dispenser d'agir sous le pré-
texte que l'Amérique hésite. Pareille aventure
s'est déjà produite à propos de l'Arménie. Les
fFuros n'ayant pas été désarmés par l'armistice
jde l'amiral Galthrope,- et les troupes britanni-
ques ayant finalement évacué la région du Cau-
iease, où la politique anglaise n'a pas réussi à
se faire aimer, on a invité les Arméniens à
compter sur la protection'des Etats-Unis. Puis,
le Sénat de, Washington ayant refusé le man-
dat arménien qu'on lui offrait dans des condi-
tions si peu attrayantes, les Arméniens sont
restés seuls, et c'est rAmérique qui a l'air de les
avoir abandonnés. Si par hasard on s'apprêtait
à traiter les Polonais de la même manière, il
serait urgent de tirer au clair, dès maintenant,
toutes les. causes du danger que court la Polo-
gne et de l'embarras qu'éprouvent les alliés.
Les Polonais auraient-ils été tentés de pré-
• venir, par une marche sur Kief, l'offensive bol-
cheviste qu'ils voyaient se préparer contre eux,
s'ils n'avaient eu, depuis un an, l'impres-
sion trop justifiée que M. Lloyd George ne sou-
tenait pas la Pologne, qu'il soutenait au con-
traire toutes les revendications opposées à l'in-
térêt polonais, et que la Pologne, n'ayant pas
à compter sur le puissant appui de l'Angle-
terre, devait fare dà se et prendre ses précau-
tions comme elle pourrait? Les bolchevistes, de
leur côté, u'ont-ffis pas été encouragés dans
leurs ambitions politiques et dans leurs prépa-
ratifs militaires, quand ils on.t constate que
le gouvernement • britannique négociait offi-
ciellement avec Krassine, et que, pour repren-
dre des relations commerciales avec l'Angle-
terre, on leur demandait bien de ne pas enva-
hir la Perse, mais non pas d'arrêter leurs atta-
ques sur le; front polonais?
A quoi bon nier les erreurs du passé? Pour
des réparer, il faut les constater d'abord. Grâce
à, leur traité avec l'Autriche, qui leur permet
d'entretenir à Vienne une mission garantie par
l'exterritorialité, les bolchevistes comptent éta-
blir un centre l'influence politique sur le Danu-
be. En écrasant la Pologne, ils voudraient ins-
taller leur domination sur la Vistule. Ce n'est
.pas le moment de les laisser faire. Ce n'est pas
le moment de dire que les alliés ont suivi jus-
qu'ici la meilleure politique du monde. Il faut
avoir le courage de se corriger.
Les alliés ont commis la faute fondamentale
•de ne jamais envisager dans son ensemble la
•guerre de l'Europe orientale. Dans la note que
Krassine a emportée dé Londres le 1" juillet,
..l'Angleterre se* préoccupait uniquement du
tfront asiatique, quand il aurait fallu s'iuquié-
ter en même temps du front polonais. Dans le
• message que lord Curzon a envoyé le M juillet
̃̃; è. Tchitcherine, pour demander l'armistice sur
le front polonais,- et pour proposer une confé-
pence entre la (Russie soviétiste et les 'Etats li-
mitrophes, on trouve encore une lacune après
avoir suggéré « comme une proposition sépa-
-.cée qu'un armistice soit conclu aussi entre j
des bé-lchevisfes et les patriotes russes de Cri- |
mée- commandés, par le général Wrangel, l'An-
̃gleterre déclare que le général1 Wrangel ne de-
vra pas siéger à la conférence des Etats limi-
trophes. On ne l'appellerait à Londres que
,<̃«. pour discuter l'avenir des troupes qui sont
sous son commandement et des réfugiés qui
• sont sous sa protection, mais non comme mem-
bre de la conférence ». Pourquoi cette diffé-
rence de traitement?
iLes Russes de Grimée ont une armée et un
gouvernement une armée qui fait ses preuves {
en remportant des victoires sur les bolchevis-
pulations cosaques; un gouvernement qui a
promulgué une loi agraire, d'après laquelle les
paysans sont chargés eux-mêmes d'appliquer,
par des représentants élus, les mesures qui
Beur assureront, la propriété régulière du sol.
Pourquoi ne conviendrait-on pas que ces Rus-
ses de Crimée, ayant un gouvernement et une
armée, constituent un Etat?. Pourquoi ne recon- i
naîtrait-on pas à cet Etat, comme à d'autres
Etats limitrophes, une existence de fait?
On ne saurait y mettre qu'une condition et t
les Russes de Crimée la rempliront volontiers
,c est que leur Etat reconnaisse, pour sa paît
les- eflgg`e~ents·internationa x p `a été,
les. engagemeDtts-.internatioiiaux qui ont été
'cbnelus par le précédent gouvernement de la
Russie. Ce point acquis, il n'y a aucune rai-
son pour traiter IspCrïmée plus mal que la
Lettonie, la Lituanie ou la Géorgie. Il n'y a
aucune raison pour tenir à Pécari des hommes
qui, comme M. Strouvé est' venu le dire en
leur nom à Spa, demeurent fidèles aux enga-
gements et aux alliances de la Russie, et qui
constitueront la Russie de demain, régénérée
sur des bases' démocratiques.
Leur fermer la porte, ce serait décider que
le gouvernement des Soviets sera seul autorisé
à parler au nom de la Russie. Ce serait par
conséquent décider que la Russie doit être bol-
cheviste ou n'être pas. Telle ne peut pas être
la décision de la France, qui veut le relève-
ment de la Russie.
«s»
n~OÊPHE~ T E~~ GRAPG~G~~S
DÉPÊCHES TÉLÉGBÂPHSQOES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU SlempS
Anvers, 19 juillet.
A la suite d'une visite faite au croiseur cuirassé
français Marseillaise par l'administration commu-
nale, les officiers du croiseur ont été reçus par le
bourgmestre et les échevins. Le bourgmestre a sou-
haité la bienvenue à ses hôtes dans les termes les
plus chaleureux. Toutes les autorités civiles et mi-
litaires assistaient à la réception, qui a été em-
preinte de la plus grande cordialité.
Athènes, 19 juillet:
Le général Charpy, ancien commandant des trou-
pes françaises de la Thrace occidentale, est passé
hier par Athènes rentrant en France. Il fut l'objet
de nombreux témoignages do sympathie de la part
des autorités et de la population. Le général est
parti pour Marseille à bord du Bosphore.
Prague; 19 juillet.
Une équipe de sokols d'élite prendra part le mois
prochain au concours des jeux olympiques d'An-
vers.
Dans le but de prévenir d'éventuelles menées
bolchevistes, la loi martiale a été proclamée en
Slovaquie.
LA FIN DEJA SESSION
La Chambre se réunit demain, après un
court ajournement, pour attendre le budget
de 1920, retour du Sénat, et pour le voter, s'il
est modifié par la haute Assemblée, avant le
Si juillet. n importe, en effet, que l'adoption
du budget définitif intervienne avant la fin
du mois courant, si l'on veut éviter un hui-
tième douzième. Sans doute, une fois de plus,
la Chambre, reprenant une des-plus fâcheuses
traditions, une des plus nuisibles au bon ordre
des finances publiques, une de celles qu'elle
avait juré d'abandonner, aura discuté si lon-
guement, voté si tardivement le budget qu'elle
n'aura laissé au Sénat qu'un délai fort écourté
pour l'examiner et pour le voter à son tour.
Mais l'Assemblée du Luxembourg a de ses de-
voirs, fussent-ils méconnus ou entravés par
l'Assemblée du Palais-Bourbon, une si haute
idée quo les rapporteurs particuliers et le rap-
porteur général ont suivi, jour par jour, la
discussion budgétaire qui se poursuivait ore
lento à la Chambre et sont en état d'ouvrir dès
demain la discussion publique au Sénat. Sou-
tiaitoas que la Càanj^re ait s oosur, c4 lé Jbud-
get lui est renvoyé avec quelques modifica-
tions, de ne pas atermoyer sur elles, d'épar-
gner quelques discours.
Il est de haute importance que le budget de
1920 soit enfin vote le 31 juillet, au milieu
de l'année, alors que normalement il aurait
dû, voté le 31 décembre 1910, entrer en ap-
plication le 1er janvier 1920. Rappelons que
l'Assamblée nationale, nommée le 8 février
1871, réunie à Bordeaux le il février, rece-.
vait communication du budget de 1871 par le
gouvernement le 15 avril 1871 et que ce bud-
get était voté et promulgué le 16 septembre
1871. Rappelons que le budget de 1872 était
présenté par le gouvernement dès le 8 décem-
bre 187i pour une première partie allant jus.
qu'au 1" avril 1872 et voté par l'Assemblée dès
le 18 décembre 1871; présenté le 9 décembre
1871 pour la seconde partie s'écoulant du
i" avril 1872 au 31 décembre 1872 et voté par
l'Assemblée nationale le 30 mars 1872.
Ne craignons pas d'abuser de cet exemple
qui peut et doit servir de modèle à la Chambre
actuelle le budget de 1673, déposé le 14 mai
1872, était voté le 20 décembre 1S72; celui de
1SJ4, déposé le 17 mars 1873, était voté le 23
décembre 1873; celui de 1875, déposé le 12 jan-
vier i'374, était voté le 5 août 1874; celui de
1878, déposé le 14 mai 1S75, était voté le 3 août
1875. Ainsi, à cette époque, le budget de l'an-
née suivante était votée par l'Assemblée natio-
nale à une date où le budget de l'année cou-
rante va être seulement voté par la Chambre
actuelle. Cette régularité dans les écritures,
cette belle ordonnance dans les méthodes par-
lementaires et dans les discussions budgétai-
res, en même temps qu'elles grandissaient le
prestige de l'Assemblée qui s'était disciplinée
pour les observer, ont, pour une large part, con-
tribué au rétablissement de nos finances publi-
ques et au relèvement de notre crédit, moral et
financier, au dehors. C'était l'époque où chacun
ne se croyait pas obligé de parler sur chaque
chapitre du budget, sur chaque article de la
loi de finances et laissait aux maîtres, les
Thiers, les Pouyer-Quertier, les Mathieu-
Bodet, les Léon Say, aux professionnels ex- l
périmentés en matières de finances publiques
le soin de présenter leurs observations. On ne
s'écoutait pas parler; on les écoutait. On ne
parlait pas pour ses électeurs; on parlait pour
le bien public.
Le budget de 1920 une fois voté par les deux
Assemblées, la session ordinaire peut être
close. Aux termes de l'article 1" de la loi
constitutionnelle du 16 juillet 1875, « les deux
Chambres doivent être réunies en session cinq
mois au moins chaque année ». Réunie depuis
le mardi 13 janvier dernier, la Chambre a tenu
une session qui a duré cinq mois « au moins »,
puisqu'au 31 juillet, la Chambre aura siégé
six mois et demi. Si la session ordinaire est
une obligation d'une durée minimum de cinq
mois1, la session extraordinaire n'est qu'une
faculté. L'article 2 de cette même loi du
16 juillet. 1875 est non moins explicite « Le
président de, la République. a le droit de
convoquer extraordinairement les Chambres. »
En fait, le président a toujours exercé ce droit
et la. session extraordinaire est devenue la
règle. Raison de plus pour que la se'ssion'ordi-
naire ne dépasse pas outre mesure la durée
que lui impartit la Constitution.
D'ailleurs, le pouvoir exécutif reprend ici sa
prérogative, qui est de clpre par décret cette
session ordinaire. Par un consentement tacite
entre le pouvoir exécutif et le pouvoir légis-
latif, le premier avait renoncé, pendant la
guerre et même l'année dernière, à user de sa
prérogative constitutionnelle. On avait « ou-
blié » la Constitution. M. Clemenceau a même
dit qu'on était dans l'illégalité. Cette année, eu
tout cas, on rentre dans la règle. si tant est
qu'on fût jamais sorti de la légalité. Le bud-
get voté, rien n'empêche le gouvernement de
lire le décret de clôture. Il en a le pouvoir, le
droit et le devoir. Ce n'est pas, en effet, une
bonne chose que les sessions durent indéfini-
ment.
Dans les programmes de la majorité des
élus du 18 novembre, figurait cet engage-
ment que les sessions seraient courtes, les dé-
libérations suffisantes, mais brèves, qu'on sa-
crifierait en un mot moins au goût désor-
donné de la parole et à la présence excessive.
Pas de séances du matin. moins de séances^
MI!j|«lll!»HlD»>ili)«WI;J»!'>I,WII'I I' I I.HH » I IH MMl'
moins de discours. En fait, il n'y eut jamais
tant de séances du matin, tant de séances, tant
de discours. C'est une voie dans laquelle il se-
rait temps que la Chambre s'arrêtât.. Le gou-
vernement de M. Waldeck-Rousseau un des
plus grands, un des plus utiles de la troisième
République ̃ savait interrompre les sessions;
ordinaires à la date fixée par l'esprit de la
Constitution. II lut les décrets dé clôture les
4 juillet 1899, 10 juillet 1000, 6 juillet 1901 et
ne convoqua les Chambres que les M novem-
bre. 1S99, 6 novembre 1900, 22 octobre 1901
encore, cette dernière année, ne convoqua-t-il
le Parlement qu'en raison de la proximité du
renouvellement de la Chambre qui obligeait
à un travail législatif particulier. Il nous sou-
vient même que Waldeck-Rousseau donna
lecture du décret de clôture le -i juillet 1899
en pleine discussion d'un projet fort important,
dont la Chambre avait formellement ordonné la
discussion la veille, le projet sur les conditions
du travail dans les marchés de travaux pu-
blics c'était alors M. ̃Millerand qui, ministre
du commerce, avait précisément la charge de
suivre cette discussion et ne se fit pas scru-
pule de la voir remettre, sans qu'il y eût incon-
vénient, à la rentrée de novembre. Cette légis-.
iaiure n'en fut pas moins féconde. (EMe a à son
actif la loi des associations, et d'autres lois
fort importantes conditions du travail des
femmes dans les magasins, budget spécial de
l'Algérie, modification à la loi sur la sécurité
des délégués mineurs, constitution des so-
ciétés .d'assurances mutuelles agricoles, per-i
f>ectionn«ment du matériel d'armement, que
d'autres encore! Ce qui prouve qu'on peut faire
de.bonne besogne sans siéger outre mesure. Il
̃n'est que de se discipliner et, si l'on retient du
passé, bien à tort, quelques fâcheux errements,
de savoir en conserver certaines bonnes mé-
thodes;
v «&>
Ctiaoge et exportation
La chambre des négooiants-oqmmissionn^i-
res et du commerce extérieur avait reçu, il y a
déjà quelques mois, une. lettre émanant du mi-
nistère du commerce et attirant l'attention de
ses. membres sur certains aspects de la question
des changes. Comme on va le voir, il y était
formulé de bien surprenantes suggestions.
Bien que n'étant pas tout récent, ce document
où, empressons-nous de le dire, la signature
du ministre ne flgure point ne saurait être
passé sous silence. Nous en détachons les pas-
sages essentiels que voici
Mon département a été informé des exigences de cer-
tains pays, dont le change est déprécié, qui •demandent
aux acheteurs français le payement en francs suisses.
Etant donné le cours du change actuel, cette exigence
a pour effet de majorer fortement le prix de vente des
marchandises et il en résulte un préjudice considérable
pour nos industriels qui sont obligés d'acheter dans ces
pays des matières premières ou des articles indispea-
sabîes.
Pour répondre à cette manière de procéder, plusieurs
commerçants et industriels ont émis la suggestion d'éta-
blir une entente générale entre tous les exportateurs
français pour demander, dans les pays dont le change
nous est défavorable, le payement de leurs marchandises l,
en, monnaie du pays, niaiè au pair. Par eieûiple, un fa-
bricant îrâhçais, vendant aux Etats-Unis 51,800 francs
de fleurs artificielles pour modes, établirait sa facture
pour une pareille somme en francs et en réelamant le
payement en dollars et au pair de 5 18, soit 10,000 dol-
lars.- Une balance équitable pourrait ainsi s'établir entre
les prix de nos achats et les prix de nos ventes.
Ces suggestions, venant de commerçants et d'indus-
triels en relations suivies avec les pays étrangers, tant
comme acheteurs que comme vendeurs, me paraissent
mériter la plus sérieuse attention et l'on doit retenir par-
ticulièrement qu'il est possible, suivant l'avis de ces com-
me>rçanis et industriels, d'arriver, par une entente des
exportateurs, à l'obligation d'imposer aux étrangers le
payement en monnaie de leur pays quand ils achèteront
des marchandises en France et que le cours de cette
monnaie sera supérieur à celui du franc.
Le président de la chambre des négocianjs-
commissionnaires n'a pas manqué de faire
ressortir, dans la réponse qu'il a adressée au
ministre du commerce, ce qu'a d'insolite une
telle conception
Nous ne croyons pas, écriWl, pouvoir nous rallier aux
suggestions qui vous ont été soumises. La manière de
procéder des commerçants étrangers que vous avez bien
voulu nous signaler, consistant à demander aux ache-
teurs français le payement en francs suisses, nous appa-
raît comme un procédé discutable, les commerçants de
chaque pays devant, en principe, facturer dans leur de-
vise nationale. Nous estimons donc que les acheteurs
français devraient résister à, cette prétention, plutôt que ,i
de la prendre comme modèle.
Au surplus, si l'exempile de ces commerçants
étrangers était suivi en France ajoute l'au-
teur de la réponse, on n'aboutirait qu'à bou-
leverser davantage le marché, « et à créer des t
difficultés résultant notamment du fait que les
abheteurs américains ou canadiens, par exem-
ple, ne se soumettraient pas- à nos prétentions
aussi aisément que certains paraissent le
croire ».
Rien n'est, en effet, plus évident. La concep-
tion est vraiment par trop simpliste, qui pré-
tend ainsi supprimer, d'un trait de plume, le
cnange, cest-a-aire le rapport naturel des di-
verses monnaies nationales entre elles, rapport
mesuré, en réalité, par les quantités respecti-
ves d'or qu'il est possible de se procurer avec
chacune d'elles. Car il ne faut jamais perdre
de vue que l'or reste, malgré la perturbation
qui règne sur le marché des changes, la seule
commune mesure des valeurs internatio-
nales.
Aujourd'hui la valeur marchande de l'or, ex-
primée en francs français, est de deux à trois
fois plus élevée qu'avant la guerre. Autrement
dit, avec notre billet de banque, momentané-
ment déprécié par suite de l'inflation moné-
taire et du cours forcé, nous ne pouvons plus
acquérir la quantité de métal précieux que re-
présente nominalement ce billet.
En Angleterre, on ne peut pas davantage se
procurer, avec une livre-papier, la même quan-
tité d'or qu'avant la guerre. Néanmoins cette
quantité est plus élevée, relativement, que celle
que nous permet d'obtenir notre monnaie na-
tionale. La différence s'exprime précisément
par la perte au change que nous subissons
vis-à-vis de la Grande-Bretagne.
Aux Etats-Unis la situation monétaire est
encore meilleure la liberté complète même
celle d'exporter y a été rendue au commerce
de 'For." dès l'année dernière. Des payements
importants sont réellement effectués en or" de
grosses quantités de métal ont notamment éTë~
expédiées à destination de l'Amérique du sud,
à laquelle les Etats-Unis achètent plus de mar-
chandises qu'ils ne lui en vendent. De sorte
qu'avec un dollar-papier, il est possible d'ac-
quérir effeeïWêThent une quantité d'or égale à
celle qu'on pouvait obtenir en i914. ,1 egale a
Les Etats-Unis étant aujourd'hui seuls dans
ce cas, leur change fait prime partout en
pratique, même, le dollar seule monnaie
absolument saine et dont la valeur réelle ac-
tuelle est égale à sa valeur nominale est, de
ce fait, devenu l'étalon monétaire universel. Il
est clair; en effet, que lorsqu'on achète du
change sur les Etats-Unis, c'est-à-dire des
dollars, sous la forme de créances sur ce pays,
an se procure en réalité la quantité d'or que
représentent ces dollars.
Dès lors, on comprend aisément combien il
serait absurde de vouloir faire payer aux Amé-
ricains ou aux Anglais, en leur monnaie et au 1
pair, les marchandises qu'ils nous achètent. A
ia vérité, on ne s'explique guère que des com-
merçants et des industriels français aient pu
an seul instant concevoir, une tdlç idéx jxLane J
des suggestions semblables aient sérieusement
été Jaites par le ministère du commerce. Màl-
heu^etisement, l'erreur qui se trouve à la base
de 4es suggestions est plus répandue qu'on ne
pourrait le supposer. La preuve, c'est qu'il y a
un mois environ, au cours d'un débat relatif à
l'exportation des objets anciens, un député, re-
présentant d'une grande ville industrielle a
prononcé à la tribune de la Chambre les paro-
les suivantes
« Voici un tableau qui vaut un million. Si
c'est un Français qui achète ce tableau, il le
payera un million. Si c'est un Américain qui
vient l'acquérir, au cours actuel du dollar, le
vendeur va le lui faire payer trois millions; il
n'aura pas la naïveté de' le lui vendre un mil-
lion. »
Prenons cet exemple, qui est identique à ce-
lui indiqué dans la lettre adressée à la chambre
des négociants commissionnaires, en rappe-
lant, une fois de plus, que l'or est le seul station
des valeurs internationales. Si le tableau vaut,
en France, un million de francs-papier, il ne
vaut que 300,000 à 400,000 francs-or, puisque,
on l'a vu, notre billet de banque a perdu près
des deux tiers de sa valeur nominale. Or, si le
marchand français, sous prétexte qu'il vend
son tableau à un Américain et que la valeur
du dollar a triplé par rapport à celle du franc
(il y a peu de semaines, on le sait, le dollar
était encore à 15 francs), triplait son prix de
vente fixé en France à un million de francs-
papier, il donnerait à ce tableau une valeur ar-
bitraire que celui-ci n'a ni, sur le marché na-
tional, nd sur le, marché international. Et si
comme l'a suggéré le ministère du commerce
il facturait le tableau en dollars au pair, au lieu
de tenir compte' de la dépréciation de notre
monnaie nationale par rapport à celle des
Etats-Unis, il aboutirait exactement au même
résultat. Id réclamerait un million de francs-or
pour un objet qui n'en vaut que 300,000 ou
400,000.
La conséquence de ce procédé serait des plus
simples de toute évidence, l'acheteur s'abs-
tiendrait.
On est presque confus d'avoir à rappeler des
vérités aussi élémentaires. Mais il importe de
ne pas laisser s'accréditer, dans l'opinion pu-
blique, des conceptions erronées dont la mise
en pratique n'aboutirait à rien de moins qu'à
paralyser nos exportations et à nous priver
ainsi du seul moyen dont nous disposons pour
améliorer notre change.
OPINIONS DE PROVINCE
Nous accusions autrefois les Allemands de
manquer de psychologie, et nous n'avions pas
tort*! Mais .aujourd'hui, ils peuvent rendre aux,
ail'liés pois pour fève. Chacun son tour, semble-
t-iï. Les alliés, nous ne disons pas la France,
ont commis coup sur coup les erreurs psycho-
aogiques les plus lourdes puissions-nous n'être
pas contraints par les événements d'ajouter
bientôt et les plus funestes.
Les alliés n'ont rien compris à la mentalité
allemande. Ils ont cru aux regrets de l'Allema-
gne, presque à sa repentance, en tout cas à sa
bonne, volonté de devenir une nation pacifique,
#à?sîHâni à regagner d'an aodîe et, généreux
effort l'estime du monde, Ils ont fait confiance,
à sa loyauté, ils se sont émus des larmes qu'elle
versait sur ses propres misères. Ils lui ont tendu
la main d'un geste de pardon et de bienveil-
lance. Et quand la France leur criait de prendre
garde, ils ne l'ont écoutée que d'une oreille dis- j
traite, comme si la France était atteinte d'une
sorte de manie de la persécution, de la phobie
délirante de l'Allemagne.
Concession sur concession! Ils ont tout
ajourné, de mois en mois, ce qui, finalement,
a clos le cycle d'une année à l'autre le désar-
mement, les réparations, les payements. Ils ont
progressivement abandonné tout ou partie de
leurs créances. Ne pouvait-on pas compter,
pour qu'elle fît honneur à ses engagements, sur
la République allemande, guérie par l'épreuve
de tout milïiarisnie et de tout impérialisme? ?
Et le meilleur moyen de l'affermir dans ses
bons •sentiments n'était-il pas de la combler de
bienfaits? Aider au relèvement de l'Allemagne,
et le plus promptement possible, en pratiquant
vis-à-vis d'elle une politique d'oubli du passé
et de foi candide en l'avenir, on n'a trouvé
îue.ceda pour assurer la paix de l'Europe!
Les événements montrent aux plus aveu-
gles la folie de cette politique. L'Allemagne a
bien joué son jeu, son vieux jeu de duplicité
dont elle fait sa gloire, et dont elle a fait son
constant profit, de Frédéric II à Bismarck et de
Bismarck à Fehrenbach, sans que, depuis deux
siècles, elle ait jamais manqué d'un homme
pour tenir ses cartes biseautées et pour finir,
ail bon moment, la partie par un coup de su-
prêine tricherie et d'insolente victoire. II sem- ¡
Me qu'une fois de plus ce moment soit arrivé.
On a vu à Spa le visage démasqué de l'Aile- {
magne. Encore quelques sourires et quelques
pleurs, puis soudain la face arrogante et le
poing levé. Où sa repentance, où sa bonne vo- j
lonté, où sa franchise, où la République démo- {
cratique et pacifique? Devant *les alliés, dont
quelques-uns n en croyaient pas leurs yeux, j
s'est dressé le vieil empire allemand, toujours
casque en tête et sabre au flanc, auquel il ne
inajîque, pour être complet, qu'un kaiser, un
seigneur de guerre. Mais, patience il n'est
peut-être pas très loin.
En tout cas, l'Allemagne s'imagine avoir
j franchi la passe. Non seulement ses usines
marchent, ses champs sont labourés, mais
encore les cadres de ses armées sont prêts, des
centaines de mille hommes sont encore sous
les- armes, et d'autres centaines de mille, du
jour au lendemain, peuvent y être; et dans les
casernes, les fabriques, les maisons, les villes,
les-villages, les forêts elles-mêmes, les canons,
les obus, les mitrailleuses, les tanks, les avions
abondent. Est-ce la guerre pour demain qu'elle
médite? Peut-être pas. Mais dès aujourd'hui
elle se sent assez forte pour insulter le dra-
peau français à Berlin, et ce qui est plus grave
encore, défier les alliés de la contraindre à
tenir ses plus récentes paroles. L'Allemagne se
met de nouveau au-dessus de tout et de tous
Deutschland über alles
Elle sait voir au delà de ses frontières ce
qus ;les alliés, le bandeau sur les yeux, ne
voient, pas encore tout un monde rallié à sa
cause. Le Lénine qu'elle a prêté à la,Russie a
Mail, travaillé les- armées rouges avancent, et
lejbolchevisme partout les précède en leur pré-
parant-la route. Malgré la France, les alliés ont
pactisé avec les chefs de ces bandes de massa-
creurs que l'Allemagne a fait sortir de terre,
qu'elle équipe, qu'elle instruit, et, n'en doutez
pas; que, secrètement, elle commande, fei-
gnant d'avoir peur d'elles pour elle-même et
pour l'Europe entière, afin que celle-ci lui
'laisse une puissance militaire capable de les
vaincre, mais qui saura bien les aider, au
contraire, si les destins sont favorables, à écra-
ser la Pologne, puis les encadrer pour déferler
avec elles, par une irrésistible vague, sur la
France et la Belgique submergées enfin. Et les
alliés, dont la psychologie est aussi -courte
quand il s'agit de l'âme bolcheviste que de
l'âme allemande, avec des vivres et des loco-
motives et des conventions indulgentes pen-
sent désarmer la fureur de ces Huns du ving-
tième siècle et fixer à la marée rouge des li-
mites qu'elle ne dépassera plus. Et pour ama-
douer Boches et bolchevistes, les voici prêts à
;Sacriûer le seul rempart qui les empêche de
,confondre leurs flots, la Pologne qu'on va de
nouveau couper, à peine après en ayojr re-
rQvsu îçs taïbeaux dispersés. ̃
Avec la même et stupéfiante ignorance de
Pâme,-mtisudîaânft, les alliés répétèns-- que
nous ne disons pas la France l'ont, par leurs
maladresses et leurs violences, dressée contre
nous dans toute l'Asie occidentale, de Téhéran
à Cohstantinople, et l'ont poussée à commu-
nier dans la haine contre les alliés avec les
Allemands et les Russes. Et tous, même la
France, hélas! tolèrent que sur leur propre
sol la propagande antipatriotique, la propa-
gande de l'ennemi s'exerce librement; à tel
point qu'on ose écrire chaque jour, jusque
dans des journaux qui se prétendent français,
avec des ricanements de joie, que l'Entente est
la plus faible, et qu'on peut regarder avec une
ferme espérance, non pas à Spa, où la France
défend sa vie, mais à Moscou, où l'on com-
plote sa mort, ce qui revient à dire à Berlin.
.'Allemagne sait d'autant mieux tout cela que
c'est elle qui l'a fait. Elle attend désormais s
avec tranquillité son heure, l'heure de l'explo-
sion, ayant mis partout à la sape d'innom-
brables ouvriers.
Il n'y a plus, à vrai dire, pour épargner au
monde entier le renouvellement des horreurs
sanglantes de l'invasion et de l'extermination,
qu'un renversement de la politique des alliés.
L'Allemagne soumise, tout rentrera dans l'or-
dre. Car de même qu'elle met son meilleur
espoir en ceux dont elle a fait ses complices,
eux, à leur tour, n'espèrent qu'en elle et que
par elle. Si nous voulons, la paix et nous la
voulons tous il faut en vouloir aussi
l'unique moyen réduire l'Allemagne à l'im-
puissance de* faire -la guerre, la guerre, sa'seujle
pensée, aujourd'hui comme toujours. L: L.
Le règlement de ia paix
Le !'Èg!emeBî_6e la paix
La Turquie et la paix
On télégraphie de Constantinople au Times que
l'opinion dans les milieux officiels ottomans est
de plus en plus favorable à la signature du traité.
Le journal français le Bosphore publie une
déclaration fatte par le grand-vizir au premier
conseil de cabinet tenu a Constantinpole après
son retour à Paris. Il a dit que tout espoir de mo-
dification importante du traité de paix avait été
brisé par l'attaque insensée d'Is-midi par les na-
tionalistes turcs. Il a ajouté que la situation du
pays, déjà très mauvaise, deviendrait pire si l'on
refusait de signer le traité. Ce refus amènerait
une reprise de la guerre. Le grand-vizir a dit
aussi qu'il croyait que les décisions du conseil de
la couronne sur ila question de Ja paix seraient
conformes à l'intérêt national.
La conférence financière de Bruxelles
Après en avoir délibéré avec les membres du
secrétariat général' de 'la Société des nations, M.
Léon Bourgeois a fixé au 25 septembre la réunion
do la conférence internationale financière de
Bruxelles qiu devait avoir lieu le 23 juiMet. Cet
ajournement est motivé par le fait que la- confé-
rence de Spa n'a mème pas abordé le problème
des réparations.
L'opinion britannique
et la conférence de Spa
Notre correspondant de Londres téléphone
En abbépéwat 'la déeùarafcwn que M. Jioyd George
doit faire mër.êïè'di à' la Chambre aeSr'côînitnUnes
sur la conférence de Spa, les journaux apglais, qui
discutent les résultats de cette conférence, font
preuve d'une certaine réserve. Ils constatent l'op-
timisme manifesté par M. Lloyd George dans les
déclarations qu'il a faites à la presse à Spa, mais
ne se montrent pas absolument disposés à le par-
tager.
Le Daily Telegragh remarque que l'exécution
des accords conclus a Spa dépend du maintien au
pouvoir des éléments allemands modérés. Ce jour- f
nal rappelle qu'en France on se montre un peu
sceptique
Il est possible, ajoute ce journal, que l'Allemagne
cherche à gagner du temps et qu'elle espère que d'ici
à quelques mois, il surviendra des événements qui lui
permettront de ne pas s'acquitter de ses obligations.
Nous espérons, avec M. Llyod George, qu'elle ne nour-
rit pas de telles intentions. Néanmoins les états-majors
ne doivent pas perdre de vue cette possibilité.
Le Times écrit
Ce qui fait le plus grand honneur à M. Lloyd George
c'est l'énergie avec laquelle il a exigé dès le début l'ac-
ceptation par l'Allemagne des olauses de désarmement,
et aussi avec laquelle il insista sur la question du char-
bon, lorsqu'il se rendit compte que la France quitterait
la conférence plutôt que de céder sur ce point.
Le Times regrette que ,l'attif,ude britannique à
Spa puisse faire l'objet de critiques prochaines
à la Chambre française et exprime l'espoir -que
l'on n'oubliera pas en France que les deux pays
sont restés unis sur -les questions essentielles.
Les résultats conorets de Spa, écrit. l'Observer, sont
difficiles à évaluer. Tout dépend de l'exécution des ac-
cords conclus sur le papier. Il reste à savoir ce qui se
passera dans les six mois qui vont venir.
Ce journal reconnaît que, sur la question du
désarmement, des réparations et du charbon, on
a modifié les olauses du traité de Versailles, mais,
lorsqu'on a adopté cette méthode sage et inévi-
table, aucun esprit judicieux ne chercha chicane
sur la distinction à établir entre une révision et
une modification.
La Weekly Dispatch, journal de 'lord Northcliffe.
j constate qu'il est 'difficile de se faire une opinion
faute de renseignements suffisants, mais il fait
entendre que tous les Anglais, hommes et femmes,
sont profondément attachés à l'alliance avec la
France.
Si les Allemands ont raison de soupçonner un affai-
blissement de la solidarité alliée, si les Français quit-
tent Spa avec des doutes sur la cordialité complète de
l'appui officiel britannique, nous croyons qu'une ré-
ponse. qui n'aura rien d'officiel, ne tardera pas à se
faire entendre en Grande-Bretagne, et elle ne laissera
subsister aucun doute sur le sentiment de la nation.
Tout au contraire, le Sunday Times estime que
ce sont précisément les accusateurs de M. Lloyd
j George qui oomprometten Ce sont eux, dit ce journal, qui ont donné le plus
grand encouragement à M. Hugo Stinnes dans ses ef-
forts pour semer la dissension entre les alliés. Grâce au
sens profondément pratique et à. l'esprit conciliateur de
M. Lloyd George, toutes les conférences de paix se
sont terminées par un accord complet. Cette réunion de
Spa, la plus critiquée de toutes, s'est achevée, malgré
toutes les difficultés et tous les dangers qu'elle présen-
tait, dans la bonne entente et l'amitié. D'un bout à l'au-
tre, cette conférence a été dominée par la dignité, la
force et l'idéalisme britanniques de M. Lloyd George.
La Belgique à Spa
M, Delacroix, premier ministre de Belgique,
̃fera demain mardi, à ia Chambre des représen-
tants, un,e déclaration au sujet de la conférence de
Spa. Il se montre très satisfait des décisions qui
ont été prises à Spa en ce qui concerne Ja Belgi-
que.
LA PRESSE ALLEMANDE
Le Lokal-Anzeiger (de Berlin), organe du parti
populaire, écrit
| Le monde intelligent tout entier estime que, juridi-
quement, le traité est inexécutable, donc qu'il doit être
révisé. Malgré cela, à. Spa, l'on a maintenu le traité. Le
i procédé insupportable d'appeler les généraux équivaut
à établir l'état de guerre en temps de paix. Tous les
gestes, toutes les paroles ont montré la crainte stupide
des ministres de l'Entente d'indisposer leur Parlement
en touchant aux paragraphes inintelligents du traité.
Le mal fait par la conférence de Spa aura un effet fu-
neste et ne sera peut-être jamais oublié.
Du Berlin&r Tageblatt, démocrate |
Les débats de Spa ont démontré que la France re-
garde le vol de la Ruhr comme le principal but politi-
que. Cette fois encore, M. Lloyd George tient l'échelle
aux Français. A la longue, le monde ne peut pas vivre
avec la menace de la convoitise française sur la Ruhr,
jouant le rôle de l'ancienne idée de revanche. Les
Français ont été encouragés par M. Lloyd George, qui
a donné pour la première fois son consentement à l"oc-
cupation de la Ruhr. Maintenant que la France a nn
Èlanc-gpiDjK,, elle occupera la -Runr el!e~m
r– f -̃ )•
la commission allemande de Spa, en choisissant une oc-
casion quand elle pourra compter sur la passivité des
ouvriers. ̃ ̃ ,«<
De lia Gazette de Francfort ̃ v
Nous avons été forcés d'accepter des obligations qui
menacent de nous étouffer. Nous comprenons avec dé-
ception et amertume, dans toute sa mesure, notre dé-
pendance de la volonté des vainqueurs, et nous n'avons
aucune idée de la façon dont la première question de
toutes, celle des réparations, sera résolue. Mais pour
le moment, nous n'avons pas d'autres moyens de res-
ter en vie, que de serrer nos poings de toute notre
force, pour essayer de faire ce qui semble impossible.
Le salut de l'Allemagne est maintenant entre les mains
des mineurs de la Ruhr.
̃ ̃̃ 0> ̃ ":̃ ̃ ̃'
LE PROBLEME RVSSE
lies dc5cs«ê« des Soviets à Loudre»
Notre correspondant de Londres téléphone
On mande de Reval qu'un torpilleur britanniçao
est arrivé au port, la semaine dernière, pour pren-
dre à bord la délégation du Soviet, qui rentre à
Londres. Cette délégation comprend MM. Kras-
sine,' Kohan et Noguine. Ces délégués sont arrivés
à Reval samedi et sont partis aussitôt pour Lon-
dres..
On rapporte que le gouvernement des Soviets
a déposé une somme d'or importante à la Banque
"nationale d'Esto-aie, à Reval, en vue de créer éven-
tuellement, à Londres, un fonds d'or russe qui
servirait à payer les achats faits par la Russie.
Le général Wransei et la qraestio»
de l'armSetiee
̃ M. SOr-uve, qui s'est rendu à Spa pour attirer
ratteiïtiiçfa des gouvernements alliés sur la situa-
tion du gouverni&meiit et des forces armées du
«ud de ila Russie, a fait les déclaration? suivantes
La proposition faite par le gouvernement britannique
au gouvernement des Soviets en vue d'un armistice en-
tre les Soviets et la Pologne, suggère également la
conclusion d'un armistice entre les Soviets et le général
Wrangel, à condition que les forces de ce dernier se
retirent en Crimée, que durant l'armistice l'isthme de
Perekop soit considéré comme zone neutre, et entin que
le général Wrangel soit invité à venir à Londres pour
discuter la situation future de ses troupes et des réfu-
giés .actuellement sous sa protection, mais en spécifiant
qu'il ne sera pas membre de la conférence.
En présence de cette proposition, il importe de faire
ressortir tout d'abord que l'on devrait reconnaître au
gouvernement du sud de la Russie, à la tête duquel se
trouve le général Wrangel, le droit d'être admis à par-
ticiiper à la conférence projetée à Londres. H n'y a, en
effet, aucune raison pour lui appliquer un régime diffé-
rent de celui appliqué à d'autres gouvernements de
fait, qui, selon la proposition britannique, sèraient re-
présentés à la conférence en question. Gela d'autant
plus qu'en présence du bolchevisme militant qui ne re-
présente pas la nation russe, le gouvernement du sud,
de la Russie représente les éléments nationaux qui pro-
fessent les principes communs à tous les peuples civi-
lisés, qui sont restés fidèles aux engagements et aux
alliances de la Russie, et qui constitueront la Russie do
demain, régénérée sur des bases démocratiques.
D'autre part, on ne saurait considérer comme. justi-
fiée la condition imposée au général Wrangel de retirer
ses troupes au sud de l'isthme de Perekop. Cette armée
occupe actuellement au nord de la Grimée d'importants
territoires libérés par ses victoires. L'abandon de ceux-ci
affecterait le moral de l'armée, exposerait les popula-
tions au retour de la domination bolcheviste et créerait
de graves difficultés pour le ravitaillement de la
Crimée.
La délimitation sur la base du statu quo militaire as-
surerait par contre au gouvernement du sud de la Rus-
sie un territoire qui pourrait se suffire et se maintëfiiî*.
ali point de vué^sôftomiquc. '̃
Les résultats obtenus par le général Wrâmgel mffi->
tent également pour qu'il soit assure" à son gouverne-
ment une situation indépendante. H s'est efforcé d'amé-
liorer l'administration civile et il s'applique à la prépa-
ration des réformes démocratiques. L'activité du géné-
ral est une force d'attraction agissant sur les popu-
lations voisines.
En général, abstraction faite de toute considération
d'ordre moral, il y a un intérêt évident à oe que le gou-
vernement antibolcheviste du sud de la Russie ne soit
pas traité d'une façon moins favorable que le gouverne-
ment des Soviets. Le fait qu'à côté des territoires régis
par les Soviets il existera en Russie, faisant contraste
au régime bolcheviste, un gouvernement russe répudiant
le bolchevisme, aura pour effet d'intensifier l'action des
facteurs qui agissent dans le sens de la, régénération
de la Russie. Si le but à poursuivre en Russie consiste
dans sou retour à des conditions de vie normale, on no
saurait concevoir les raisons qui feraient sacrifier les
intérêts de la Russie antibolcheviste au profit des bolche-
vistes. Ignorer l'importance militaire et politique et la
force morale que représente le gouvernement du sud de
la Russie équivaudrait à prêter un appui moral aux bol-
chevistes.
Enfin, conclut M. Struvc, si l'armistice projeté
est conclu, il importe que les garanties qui sont
prévues pour assurer le respect par les bolche-
vistes de ̃l'armistice et de la paix entre eux et
la Pologne soient intégralement appliquées en ce
qui concerne la cessation des hostilités entre les.
Soviets et le gouvernement du sud de. la Russie..
UN TRAITÉ LITUAHO-BOLCHEVISTE
Le Times du 15 juillet a publié les grandes lignes
d'un traité conclu le 12 juillet par les Soviets de Mos-
cou avec le gouvernement de Kovno. Il ressort d'infor-
mations puisées aux meilleures sources que les préci-
sions données par le grand journal anglais correspon-
dent bien aux faits. On en trouvera ci-dessous Tana*
lyse "̃•
L'accord litu-ano-bolcheviste enlève da Polo-
gne non seulement des territoires -lituaniens ayant
fait partie de l'aîiciemie République polonaise et
occupes jusqu'à ia retraite de ces jours derniers
par l'armée du général Pilsudski, avec Viina, mais
encore la région dont Grodno est le point prin-
cipal et, en outre, les districts septentrionaux de
l'ancien gouvernement de Sauvalki, avec la. vil-le
de ce nom. On sait que c,es derniers fcewitairea
faisaient partie du royaume de Pologne du con~
grès de Vienne.
En dehors de ces concessions territoriales, la
Lituanie recevra 1° une indemnité en pr de `
300,000 livres sterling 2° la restitution des biens
privés enlevés de Lituanie pendant la guerre et
actuellement en possession du gouvernement de
Moscou 3° enfin, le droit, pendant vingt années,
de faire des coupes de bois, dans les forêts russes,
voisines de la frontière, sur une superficie d^
500 miMes carrés.
[La carte montre les frontières de la Lituanie, telles,
qu'elles résultent de raccord que nous venons de ré-
sumer, accord auquel les efforts diplomatiques de'la
Grande-Bretagne n'ont oeut-ôlrc pas 'été étrangers.].
Oa s'aboaae aux Bureaux au Journal, 5, RUE DES ITALIENS, A PAM (9*), et dans tons les Boréaux de Poste
WWWW.i,» i' i.ijiimiihj aiiii.n. i«j-i«jjmmitNivi{1.L!i,,i;i;ûuv>»''1' "̃'̃̃ "lu1' ̃M'JiiU'tlU'MJjJluiJMmwUUW.H1^^ ̃'̃̃ e
MAJffidï 20 JUIEL"ET 1920
PRIX DE L'ABONNEMENT
PASIS, SHHB4SHHS-&-0ISB. Troisoai», \<7 fr. Sx»., SSff. ta»a,e3fr.
DÉP",COLOH'«,BlMiai»,IiDXB«BOTOa lSfr. 35 fr. 68fr.
UHIQH PQSTÀ1E. SSfr.. 5 X fr. lOQ£r>
US ABON5EMENT3 DATES* DES 1" ET 16 DE CHAQUE MOIS
Un numéro (PABis et départements) s 30 centlmpa
Directeur politique Emile-Adrien Hébrard
Toafos les lettres destinées à la Rédaetiou doivent être adressée? 911 Directèjtf
le Journal ne répond pas des manuscrits communiqués
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TUOS, SEINE & SEINE-i-OISE Trois mois, 1 7 fr. Sixm., S3 fr. Un an, 62 fr.
DÉP», COLON' BELGI6UE, MnaHfiBODBO lSfr. 35 fr. SSfr.
^NIOH POSTALE SSfr. S 1 f r. lOOfr.
LES ABOKmarenT datext DES i" ET 16 DE chaque mois
Un nwnéro (pabis et départements) s «© centimes
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TKLÉPHOXE CINQ E,IG!*E»
v. Gutenberg 03.07 03.08 03.09 03.32 03.83
C~~a~PST~ ~Z'o6"
t"f.
faris, 19 juillet
Paris, 19 juîUet
BULLETIN' DU jour
LA &TJEREE DE L'EïïfiOPE ORIENTALE
La guerre de l'Europe orientale entre au-
ïourd'hui dans une nouvelle phase. Hier a ex-
piré le délai que l'Angleterre avait fixé aux
Soviets, pour répondre .à sa proposition d'ar-
mistice. C'est hier aussi qu'on a appris la
Signature et la ratification d'un traite conclu
entre l'Autriche et la Russie soviétiste. A ce
tournant, quelle est la situation?
Si le Daily Telegraph est bien informé, le
gouvernement des Soviets refuse de conclure
an armistice avec la Pologne par l'entremise
x Ses alliés. Il n'accepterait qu'une négociation
directe avec les Polonais. On peut en conclure
qu'il repousse aussi la seconds partie de la
proposition anglaise, conçue dans les termes
suivants « Qu'une conférence, siégeant sous
les auspices de la Conférence de la paix, et
comprenant les représentants de la Russie so-
iviétiste, de la Pologne, de la (Lituanie, de la
ïvettonie et de la Finlande, se réunisse le plus
$ôt possible à (Londres pour négocier une paix
définitive entre. i-a Russie et les 'Etats voisins, »
iLa première question qui se pose est
'donc celle-ci les gouvernements dont le ter-
ritoire est limitrophe de la Russie soviétiste
i– peu importe qu'ils soient reconnus « en
tiroit » ou seulement « en fait » auront-ils
l'assistance des alliés pour régler leurs rela-
Lions avec la. Russie SQyiétiste, ou bien de-
,vront-ils s®bif, clrëcuîî, a son tour, les condi-
tions ou les révolutions que les bolchevistes
seront en mesure de leur imposer?
Dans la note par laquelle il demandait aux
Soviets de conclure un armistice avec la Po-
logne, le gouvernement britannique rappelait
que le pacte de la Société des nations l'oblige
w à défendre l'intégrité et l'indépendance do
la Pologne dans la limite de ses frontières
ethnographiques légitimes ». Il ajoutait
y Par conséquent, si la Russie soviétiste, mal-
gré les déclarations répétées par lesquelles elle
accepta l'indépendance de la Pologne, ne
Voulait pas se contenter de voir les armées
polonaises 'évacuer le sol russe sous la condi-
tion d'un armistice réciproque, et si elle avait
l'intention d'engager une action hostile contre
la Pologne sur le territoire même de celle-ci,
te gouvernement britannique et ses alliés se
Sentiraient obligés d'aider la nation polonaise
it défendre .son existence par tous les moyens
toilt ils disposent. » Si, après cet avertissement
tolennel, on laissait néanmoins aux bolche-
ristes le temps et la liberté d'envahir des ré-
gions incontestablement polonaises et peut-être
de provoquer un mouvement révolutionnaire
là Varsovie, il "serait démontré à tous les peu-
ples de l'Europe orientale ou centrale que les
promesses de l'Angleterre sont inopérantes,
que l!aide des alliés ne vaut rien, et que, dé si-
dément, il n'y, a qu'une alternative soit
Moscou, soit Berlin.
M. Garvin, qui passe pour traduire les idées
nde M. îAovû George, exprime dans VObserver
sde ta^îes-'l^espoif que les .̃Ë!lai3--Unisi.(krairi-
bueraiené,' le- cas échéant, à sauver la Pologne.
Nous partageons oet espoir, mais il ne faudrait
pas rejeter sur les Etats-Unis des responsabi-
lités qui ne leur appartiennent point, et il ne
faudrait pas se dispenser d'agir sous le pré-
texte que l'Amérique hésite. Pareille aventure
s'est déjà produite à propos de l'Arménie. Les
fFuros n'ayant pas été désarmés par l'armistice
jde l'amiral Galthrope,- et les troupes britanni-
ques ayant finalement évacué la région du Cau-
iease, où la politique anglaise n'a pas réussi à
se faire aimer, on a invité les Arméniens à
compter sur la protection'des Etats-Unis. Puis,
le Sénat de, Washington ayant refusé le man-
dat arménien qu'on lui offrait dans des condi-
tions si peu attrayantes, les Arméniens sont
restés seuls, et c'est rAmérique qui a l'air de les
avoir abandonnés. Si par hasard on s'apprêtait
à traiter les Polonais de la même manière, il
serait urgent de tirer au clair, dès maintenant,
toutes les. causes du danger que court la Polo-
gne et de l'embarras qu'éprouvent les alliés.
Les Polonais auraient-ils été tentés de pré-
• venir, par une marche sur Kief, l'offensive bol-
cheviste qu'ils voyaient se préparer contre eux,
s'ils n'avaient eu, depuis un an, l'impres-
sion trop justifiée que M. Lloyd George ne sou-
tenait pas la Pologne, qu'il soutenait au con-
traire toutes les revendications opposées à l'in-
térêt polonais, et que la Pologne, n'ayant pas
à compter sur le puissant appui de l'Angle-
terre, devait fare dà se et prendre ses précau-
tions comme elle pourrait? Les bolchevistes, de
leur côté, u'ont-ffis pas été encouragés dans
leurs ambitions politiques et dans leurs prépa-
ratifs militaires, quand ils on.t constate que
le gouvernement • britannique négociait offi-
ciellement avec Krassine, et que, pour repren-
dre des relations commerciales avec l'Angle-
terre, on leur demandait bien de ne pas enva-
hir la Perse, mais non pas d'arrêter leurs atta-
ques sur le; front polonais?
A quoi bon nier les erreurs du passé? Pour
des réparer, il faut les constater d'abord. Grâce
à, leur traité avec l'Autriche, qui leur permet
d'entretenir à Vienne une mission garantie par
l'exterritorialité, les bolchevistes comptent éta-
blir un centre l'influence politique sur le Danu-
be. En écrasant la Pologne, ils voudraient ins-
taller leur domination sur la Vistule. Ce n'est
.pas le moment de les laisser faire. Ce n'est pas
le moment de dire que les alliés ont suivi jus-
qu'ici la meilleure politique du monde. Il faut
avoir le courage de se corriger.
Les alliés ont commis la faute fondamentale
•de ne jamais envisager dans son ensemble la
•guerre de l'Europe orientale. Dans la note que
Krassine a emportée dé Londres le 1" juillet,
..l'Angleterre se* préoccupait uniquement du
tfront asiatique, quand il aurait fallu s'iuquié-
ter en même temps du front polonais. Dans le
• message que lord Curzon a envoyé le M juillet
̃̃; è. Tchitcherine, pour demander l'armistice sur
le front polonais,- et pour proposer une confé-
pence entre la (Russie soviétiste et les 'Etats li-
mitrophes, on trouve encore une lacune après
avoir suggéré « comme une proposition sépa-
-.cée qu'un armistice soit conclu aussi entre j
des bé-lchevisfes et les patriotes russes de Cri- |
mée- commandés, par le général Wrangel, l'An-
̃gleterre déclare que le général1 Wrangel ne de-
vra pas siéger à la conférence des Etats limi-
trophes. On ne l'appellerait à Londres que
,<̃«. pour discuter l'avenir des troupes qui sont
sous son commandement et des réfugiés qui
• sont sous sa protection, mais non comme mem-
bre de la conférence ». Pourquoi cette diffé-
rence de traitement?
iLes Russes de Grimée ont une armée et un
gouvernement une armée qui fait ses preuves {
en remportant des victoires sur les bolchevis-
promulgué une loi agraire, d'après laquelle les
paysans sont chargés eux-mêmes d'appliquer,
par des représentants élus, les mesures qui
Beur assureront, la propriété régulière du sol.
Pourquoi ne conviendrait-on pas que ces Rus-
ses de Crimée, ayant un gouvernement et une
armée, constituent un Etat?. Pourquoi ne recon- i
naîtrait-on pas à cet Etat, comme à d'autres
Etats limitrophes, une existence de fait?
On ne saurait y mettre qu'une condition et t
les Russes de Crimée la rempliront volontiers
,c est que leur Etat reconnaisse, pour sa paît
les- eflgg`e~ents·internationa x p `a été,
les. engagemeDtts-.internatioiiaux qui ont été
'cbnelus par le précédent gouvernement de la
Russie. Ce point acquis, il n'y a aucune rai-
son pour traiter IspCrïmée plus mal que la
Lettonie, la Lituanie ou la Géorgie. Il n'y a
aucune raison pour tenir à Pécari des hommes
qui, comme M. Strouvé est' venu le dire en
leur nom à Spa, demeurent fidèles aux enga-
gements et aux alliances de la Russie, et qui
constitueront la Russie de demain, régénérée
sur des bases' démocratiques.
Leur fermer la porte, ce serait décider que
le gouvernement des Soviets sera seul autorisé
à parler au nom de la Russie. Ce serait par
conséquent décider que la Russie doit être bol-
cheviste ou n'être pas. Telle ne peut pas être
la décision de la France, qui veut le relève-
ment de la Russie.
«s»
n~OÊPHE~ T E~~ GRAPG~G~~S
DÉPÊCHES TÉLÉGBÂPHSQOES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU SlempS
Anvers, 19 juillet.
A la suite d'une visite faite au croiseur cuirassé
français Marseillaise par l'administration commu-
nale, les officiers du croiseur ont été reçus par le
bourgmestre et les échevins. Le bourgmestre a sou-
haité la bienvenue à ses hôtes dans les termes les
plus chaleureux. Toutes les autorités civiles et mi-
litaires assistaient à la réception, qui a été em-
preinte de la plus grande cordialité.
Athènes, 19 juillet:
Le général Charpy, ancien commandant des trou-
pes françaises de la Thrace occidentale, est passé
hier par Athènes rentrant en France. Il fut l'objet
de nombreux témoignages do sympathie de la part
des autorités et de la population. Le général est
parti pour Marseille à bord du Bosphore.
Prague; 19 juillet.
Une équipe de sokols d'élite prendra part le mois
prochain au concours des jeux olympiques d'An-
vers.
Dans le but de prévenir d'éventuelles menées
bolchevistes, la loi martiale a été proclamée en
Slovaquie.
LA FIN DEJA SESSION
La Chambre se réunit demain, après un
court ajournement, pour attendre le budget
de 1920, retour du Sénat, et pour le voter, s'il
est modifié par la haute Assemblée, avant le
Si juillet. n importe, en effet, que l'adoption
du budget définitif intervienne avant la fin
du mois courant, si l'on veut éviter un hui-
tième douzième. Sans doute, une fois de plus,
la Chambre, reprenant une des-plus fâcheuses
traditions, une des plus nuisibles au bon ordre
des finances publiques, une de celles qu'elle
avait juré d'abandonner, aura discuté si lon-
guement, voté si tardivement le budget qu'elle
n'aura laissé au Sénat qu'un délai fort écourté
pour l'examiner et pour le voter à son tour.
Mais l'Assemblée du Luxembourg a de ses de-
voirs, fussent-ils méconnus ou entravés par
l'Assemblée du Palais-Bourbon, une si haute
idée quo les rapporteurs particuliers et le rap-
porteur général ont suivi, jour par jour, la
discussion budgétaire qui se poursuivait ore
lento à la Chambre et sont en état d'ouvrir dès
demain la discussion publique au Sénat. Sou-
tiaitoas que la Càanj^re ait s oosur, c4 lé Jbud-
get lui est renvoyé avec quelques modifica-
tions, de ne pas atermoyer sur elles, d'épar-
gner quelques discours.
Il est de haute importance que le budget de
1920 soit enfin vote le 31 juillet, au milieu
de l'année, alors que normalement il aurait
dû, voté le 31 décembre 1910, entrer en ap-
plication le 1er janvier 1920. Rappelons que
l'Assamblée nationale, nommée le 8 février
1871, réunie à Bordeaux le il février, rece-.
vait communication du budget de 1871 par le
gouvernement le 15 avril 1871 et que ce bud-
get était voté et promulgué le 16 septembre
1871. Rappelons que le budget de 1872 était
présenté par le gouvernement dès le 8 décem-
bre 187i pour une première partie allant jus.
qu'au 1" avril 1872 et voté par l'Assemblée dès
le 18 décembre 1871; présenté le 9 décembre
1871 pour la seconde partie s'écoulant du
i" avril 1872 au 31 décembre 1872 et voté par
l'Assemblée nationale le 30 mars 1872.
Ne craignons pas d'abuser de cet exemple
qui peut et doit servir de modèle à la Chambre
actuelle le budget de 1673, déposé le 14 mai
1872, était voté le 20 décembre 1S72; celui de
1SJ4, déposé le 17 mars 1873, était voté le 23
décembre 1873; celui de 1875, déposé le 12 jan-
vier i'374, était voté le 5 août 1874; celui de
1878, déposé le 14 mai 1S75, était voté le 3 août
1875. Ainsi, à cette époque, le budget de l'an-
née suivante était votée par l'Assemblée natio-
nale à une date où le budget de l'année cou-
rante va être seulement voté par la Chambre
actuelle. Cette régularité dans les écritures,
cette belle ordonnance dans les méthodes par-
lementaires et dans les discussions budgétai-
res, en même temps qu'elles grandissaient le
prestige de l'Assemblée qui s'était disciplinée
pour les observer, ont, pour une large part, con-
tribué au rétablissement de nos finances publi-
ques et au relèvement de notre crédit, moral et
financier, au dehors. C'était l'époque où chacun
ne se croyait pas obligé de parler sur chaque
chapitre du budget, sur chaque article de la
loi de finances et laissait aux maîtres, les
Thiers, les Pouyer-Quertier, les Mathieu-
Bodet, les Léon Say, aux professionnels ex- l
périmentés en matières de finances publiques
le soin de présenter leurs observations. On ne
s'écoutait pas parler; on les écoutait. On ne
parlait pas pour ses électeurs; on parlait pour
le bien public.
Le budget de 1920 une fois voté par les deux
Assemblées, la session ordinaire peut être
close. Aux termes de l'article 1" de la loi
constitutionnelle du 16 juillet 1875, « les deux
Chambres doivent être réunies en session cinq
mois au moins chaque année ». Réunie depuis
le mardi 13 janvier dernier, la Chambre a tenu
une session qui a duré cinq mois « au moins »,
puisqu'au 31 juillet, la Chambre aura siégé
six mois et demi. Si la session ordinaire est
une obligation d'une durée minimum de cinq
mois1, la session extraordinaire n'est qu'une
faculté. L'article 2 de cette même loi du
16 juillet. 1875 est non moins explicite « Le
président de, la République. a le droit de
convoquer extraordinairement les Chambres. »
En fait, le président a toujours exercé ce droit
et la. session extraordinaire est devenue la
règle. Raison de plus pour que la se'ssion'ordi-
naire ne dépasse pas outre mesure la durée
que lui impartit la Constitution.
D'ailleurs, le pouvoir exécutif reprend ici sa
prérogative, qui est de clpre par décret cette
session ordinaire. Par un consentement tacite
entre le pouvoir exécutif et le pouvoir légis-
latif, le premier avait renoncé, pendant la
guerre et même l'année dernière, à user de sa
prérogative constitutionnelle. On avait « ou-
blié » la Constitution. M. Clemenceau a même
dit qu'on était dans l'illégalité. Cette année, eu
tout cas, on rentre dans la règle. si tant est
qu'on fût jamais sorti de la légalité. Le bud-
get voté, rien n'empêche le gouvernement de
lire le décret de clôture. Il en a le pouvoir, le
droit et le devoir. Ce n'est pas, en effet, une
bonne chose que les sessions durent indéfini-
ment.
Dans les programmes de la majorité des
élus du 18 novembre, figurait cet engage-
ment que les sessions seraient courtes, les dé-
libérations suffisantes, mais brèves, qu'on sa-
crifierait en un mot moins au goût désor-
donné de la parole et à la présence excessive.
Pas de séances du matin. moins de séances^
MI!j|«lll!»HlD»>ili)«WI;J»!'>
moins de discours. En fait, il n'y eut jamais
tant de séances du matin, tant de séances, tant
de discours. C'est une voie dans laquelle il se-
rait temps que la Chambre s'arrêtât.. Le gou-
vernement de M. Waldeck-Rousseau un des
plus grands, un des plus utiles de la troisième
République ̃ savait interrompre les sessions;
ordinaires à la date fixée par l'esprit de la
Constitution. II lut les décrets dé clôture les
4 juillet 1899, 10 juillet 1000, 6 juillet 1901 et
ne convoqua les Chambres que les M novem-
bre. 1S99, 6 novembre 1900, 22 octobre 1901
encore, cette dernière année, ne convoqua-t-il
le Parlement qu'en raison de la proximité du
renouvellement de la Chambre qui obligeait
à un travail législatif particulier. Il nous sou-
vient même que Waldeck-Rousseau donna
lecture du décret de clôture le -i juillet 1899
en pleine discussion d'un projet fort important,
dont la Chambre avait formellement ordonné la
discussion la veille, le projet sur les conditions
du travail dans les marchés de travaux pu-
blics c'était alors M. ̃Millerand qui, ministre
du commerce, avait précisément la charge de
suivre cette discussion et ne se fit pas scru-
pule de la voir remettre, sans qu'il y eût incon-
vénient, à la rentrée de novembre. Cette légis-.
iaiure n'en fut pas moins féconde. (EMe a à son
actif la loi des associations, et d'autres lois
fort importantes conditions du travail des
femmes dans les magasins, budget spécial de
l'Algérie, modification à la loi sur la sécurité
des délégués mineurs, constitution des so-
ciétés .d'assurances mutuelles agricoles, per-i
f>ectionn«ment du matériel d'armement, que
d'autres encore! Ce qui prouve qu'on peut faire
de.bonne besogne sans siéger outre mesure. Il
̃n'est que de se discipliner et, si l'on retient du
passé, bien à tort, quelques fâcheux errements,
de savoir en conserver certaines bonnes mé-
thodes;
v «&>
Ctiaoge et exportation
La chambre des négooiants-oqmmissionn^i-
res et du commerce extérieur avait reçu, il y a
déjà quelques mois, une. lettre émanant du mi-
nistère du commerce et attirant l'attention de
ses. membres sur certains aspects de la question
des changes. Comme on va le voir, il y était
formulé de bien surprenantes suggestions.
Bien que n'étant pas tout récent, ce document
où, empressons-nous de le dire, la signature
du ministre ne flgure point ne saurait être
passé sous silence. Nous en détachons les pas-
sages essentiels que voici
Mon département a été informé des exigences de cer-
tains pays, dont le change est déprécié, qui •demandent
aux acheteurs français le payement en francs suisses.
Etant donné le cours du change actuel, cette exigence
a pour effet de majorer fortement le prix de vente des
marchandises et il en résulte un préjudice considérable
pour nos industriels qui sont obligés d'acheter dans ces
pays des matières premières ou des articles indispea-
sabîes.
Pour répondre à cette manière de procéder, plusieurs
commerçants et industriels ont émis la suggestion d'éta-
blir une entente générale entre tous les exportateurs
français pour demander, dans les pays dont le change
nous est défavorable, le payement de leurs marchandises l,
en, monnaie du pays, niaiè au pair. Par eieûiple, un fa-
bricant îrâhçais, vendant aux Etats-Unis 51,800 francs
de fleurs artificielles pour modes, établirait sa facture
pour une pareille somme en francs et en réelamant le
payement en dollars et au pair de 5 18, soit 10,000 dol-
lars.- Une balance équitable pourrait ainsi s'établir entre
les prix de nos achats et les prix de nos ventes.
Ces suggestions, venant de commerçants et d'indus-
triels en relations suivies avec les pays étrangers, tant
comme acheteurs que comme vendeurs, me paraissent
mériter la plus sérieuse attention et l'on doit retenir par-
ticulièrement qu'il est possible, suivant l'avis de ces com-
me>rçanis et industriels, d'arriver, par une entente des
exportateurs, à l'obligation d'imposer aux étrangers le
payement en monnaie de leur pays quand ils achèteront
des marchandises en France et que le cours de cette
monnaie sera supérieur à celui du franc.
Le président de la chambre des négocianjs-
commissionnaires n'a pas manqué de faire
ressortir, dans la réponse qu'il a adressée au
ministre du commerce, ce qu'a d'insolite une
telle conception
Nous ne croyons pas, écriWl, pouvoir nous rallier aux
suggestions qui vous ont été soumises. La manière de
procéder des commerçants étrangers que vous avez bien
voulu nous signaler, consistant à demander aux ache-
teurs français le payement en francs suisses, nous appa-
raît comme un procédé discutable, les commerçants de
chaque pays devant, en principe, facturer dans leur de-
vise nationale. Nous estimons donc que les acheteurs
français devraient résister à, cette prétention, plutôt que ,i
de la prendre comme modèle.
Au surplus, si l'exempile de ces commerçants
étrangers était suivi en France ajoute l'au-
teur de la réponse, on n'aboutirait qu'à bou-
leverser davantage le marché, « et à créer des t
difficultés résultant notamment du fait que les
abheteurs américains ou canadiens, par exem-
ple, ne se soumettraient pas- à nos prétentions
aussi aisément que certains paraissent le
croire ».
Rien n'est, en effet, plus évident. La concep-
tion est vraiment par trop simpliste, qui pré-
tend ainsi supprimer, d'un trait de plume, le
cnange, cest-a-aire le rapport naturel des di-
verses monnaies nationales entre elles, rapport
mesuré, en réalité, par les quantités respecti-
ves d'or qu'il est possible de se procurer avec
chacune d'elles. Car il ne faut jamais perdre
de vue que l'or reste, malgré la perturbation
qui règne sur le marché des changes, la seule
commune mesure des valeurs internatio-
nales.
Aujourd'hui la valeur marchande de l'or, ex-
primée en francs français, est de deux à trois
fois plus élevée qu'avant la guerre. Autrement
dit, avec notre billet de banque, momentané-
ment déprécié par suite de l'inflation moné-
taire et du cours forcé, nous ne pouvons plus
acquérir la quantité de métal précieux que re-
présente nominalement ce billet.
En Angleterre, on ne peut pas davantage se
procurer, avec une livre-papier, la même quan-
tité d'or qu'avant la guerre. Néanmoins cette
quantité est plus élevée, relativement, que celle
que nous permet d'obtenir notre monnaie na-
tionale. La différence s'exprime précisément
par la perte au change que nous subissons
vis-à-vis de la Grande-Bretagne.
Aux Etats-Unis la situation monétaire est
encore meilleure la liberté complète même
celle d'exporter y a été rendue au commerce
de 'For." dès l'année dernière. Des payements
importants sont réellement effectués en or" de
grosses quantités de métal ont notamment éTë~
expédiées à destination de l'Amérique du sud,
à laquelle les Etats-Unis achètent plus de mar-
chandises qu'ils ne lui en vendent. De sorte
qu'avec un dollar-papier, il est possible d'ac-
quérir effeeïWêThent une quantité d'or égale à
celle qu'on pouvait obtenir en i914. ,1 egale a
Les Etats-Unis étant aujourd'hui seuls dans
ce cas, leur change fait prime partout en
pratique, même, le dollar seule monnaie
absolument saine et dont la valeur réelle ac-
tuelle est égale à sa valeur nominale est, de
ce fait, devenu l'étalon monétaire universel. Il
est clair; en effet, que lorsqu'on achète du
change sur les Etats-Unis, c'est-à-dire des
dollars, sous la forme de créances sur ce pays,
an se procure en réalité la quantité d'or que
représentent ces dollars.
Dès lors, on comprend aisément combien il
serait absurde de vouloir faire payer aux Amé-
ricains ou aux Anglais, en leur monnaie et au 1
pair, les marchandises qu'ils nous achètent. A
ia vérité, on ne s'explique guère que des com-
merçants et des industriels français aient pu
an seul instant concevoir, une tdlç idéx jxLane J
des suggestions semblables aient sérieusement
été Jaites par le ministère du commerce. Màl-
heu^etisement, l'erreur qui se trouve à la base
de 4es suggestions est plus répandue qu'on ne
pourrait le supposer. La preuve, c'est qu'il y a
un mois environ, au cours d'un débat relatif à
l'exportation des objets anciens, un député, re-
présentant d'une grande ville industrielle a
prononcé à la tribune de la Chambre les paro-
les suivantes
« Voici un tableau qui vaut un million. Si
c'est un Français qui achète ce tableau, il le
payera un million. Si c'est un Américain qui
vient l'acquérir, au cours actuel du dollar, le
vendeur va le lui faire payer trois millions; il
n'aura pas la naïveté de' le lui vendre un mil-
lion. »
Prenons cet exemple, qui est identique à ce-
lui indiqué dans la lettre adressée à la chambre
des négociants commissionnaires, en rappe-
lant, une fois de plus, que l'or est le seul station
des valeurs internationales. Si le tableau vaut,
en France, un million de francs-papier, il ne
vaut que 300,000 à 400,000 francs-or, puisque,
on l'a vu, notre billet de banque a perdu près
des deux tiers de sa valeur nominale. Or, si le
marchand français, sous prétexte qu'il vend
son tableau à un Américain et que la valeur
du dollar a triplé par rapport à celle du franc
(il y a peu de semaines, on le sait, le dollar
était encore à 15 francs), triplait son prix de
vente fixé en France à un million de francs-
papier, il donnerait à ce tableau une valeur ar-
bitraire que celui-ci n'a ni, sur le marché na-
tional, nd sur le, marché international. Et si
comme l'a suggéré le ministère du commerce
il facturait le tableau en dollars au pair, au lieu
de tenir compte' de la dépréciation de notre
monnaie nationale par rapport à celle des
Etats-Unis, il aboutirait exactement au même
résultat. Id réclamerait un million de francs-or
pour un objet qui n'en vaut que 300,000 ou
400,000.
La conséquence de ce procédé serait des plus
simples de toute évidence, l'acheteur s'abs-
tiendrait.
On est presque confus d'avoir à rappeler des
vérités aussi élémentaires. Mais il importe de
ne pas laisser s'accréditer, dans l'opinion pu-
blique, des conceptions erronées dont la mise
en pratique n'aboutirait à rien de moins qu'à
paralyser nos exportations et à nous priver
ainsi du seul moyen dont nous disposons pour
améliorer notre change.
OPINIONS DE PROVINCE
Nous accusions autrefois les Allemands de
manquer de psychologie, et nous n'avions pas
tort*! Mais .aujourd'hui, ils peuvent rendre aux,
ail'liés pois pour fève. Chacun son tour, semble-
t-iï. Les alliés, nous ne disons pas la France,
ont commis coup sur coup les erreurs psycho-
aogiques les plus lourdes puissions-nous n'être
pas contraints par les événements d'ajouter
bientôt et les plus funestes.
Les alliés n'ont rien compris à la mentalité
allemande. Ils ont cru aux regrets de l'Allema-
gne, presque à sa repentance, en tout cas à sa
bonne, volonté de devenir une nation pacifique,
#à?sîHâni à regagner d'an aodîe et, généreux
effort l'estime du monde, Ils ont fait confiance,
à sa loyauté, ils se sont émus des larmes qu'elle
versait sur ses propres misères. Ils lui ont tendu
la main d'un geste de pardon et de bienveil-
lance. Et quand la France leur criait de prendre
garde, ils ne l'ont écoutée que d'une oreille dis- j
traite, comme si la France était atteinte d'une
sorte de manie de la persécution, de la phobie
délirante de l'Allemagne.
Concession sur concession! Ils ont tout
ajourné, de mois en mois, ce qui, finalement,
a clos le cycle d'une année à l'autre le désar-
mement, les réparations, les payements. Ils ont
progressivement abandonné tout ou partie de
leurs créances. Ne pouvait-on pas compter,
pour qu'elle fît honneur à ses engagements, sur
la République allemande, guérie par l'épreuve
de tout milïiarisnie et de tout impérialisme? ?
Et le meilleur moyen de l'affermir dans ses
bons •sentiments n'était-il pas de la combler de
bienfaits? Aider au relèvement de l'Allemagne,
et le plus promptement possible, en pratiquant
vis-à-vis d'elle une politique d'oubli du passé
et de foi candide en l'avenir, on n'a trouvé
îue.ceda pour assurer la paix de l'Europe!
Les événements montrent aux plus aveu-
gles la folie de cette politique. L'Allemagne a
bien joué son jeu, son vieux jeu de duplicité
dont elle fait sa gloire, et dont elle a fait son
constant profit, de Frédéric II à Bismarck et de
Bismarck à Fehrenbach, sans que, depuis deux
siècles, elle ait jamais manqué d'un homme
pour tenir ses cartes biseautées et pour finir,
ail bon moment, la partie par un coup de su-
prêine tricherie et d'insolente victoire. II sem- ¡
Me qu'une fois de plus ce moment soit arrivé.
On a vu à Spa le visage démasqué de l'Aile- {
magne. Encore quelques sourires et quelques
pleurs, puis soudain la face arrogante et le
poing levé. Où sa repentance, où sa bonne vo- j
lonté, où sa franchise, où la République démo- {
cratique et pacifique? Devant *les alliés, dont
quelques-uns n en croyaient pas leurs yeux, j
s'est dressé le vieil empire allemand, toujours
casque en tête et sabre au flanc, auquel il ne
inajîque, pour être complet, qu'un kaiser, un
seigneur de guerre. Mais, patience il n'est
peut-être pas très loin.
En tout cas, l'Allemagne s'imagine avoir
j franchi la passe. Non seulement ses usines
marchent, ses champs sont labourés, mais
encore les cadres de ses armées sont prêts, des
centaines de mille hommes sont encore sous
les- armes, et d'autres centaines de mille, du
jour au lendemain, peuvent y être; et dans les
casernes, les fabriques, les maisons, les villes,
les-villages, les forêts elles-mêmes, les canons,
les obus, les mitrailleuses, les tanks, les avions
abondent. Est-ce la guerre pour demain qu'elle
médite? Peut-être pas. Mais dès aujourd'hui
elle se sent assez forte pour insulter le dra-
peau français à Berlin, et ce qui est plus grave
encore, défier les alliés de la contraindre à
tenir ses plus récentes paroles. L'Allemagne se
met de nouveau au-dessus de tout et de tous
Deutschland über alles
Elle sait voir au delà de ses frontières ce
qus ;les alliés, le bandeau sur les yeux, ne
voient, pas encore tout un monde rallié à sa
cause. Le Lénine qu'elle a prêté à la,Russie a
Mail, travaillé les- armées rouges avancent, et
lejbolchevisme partout les précède en leur pré-
parant-la route. Malgré la France, les alliés ont
pactisé avec les chefs de ces bandes de massa-
creurs que l'Allemagne a fait sortir de terre,
qu'elle équipe, qu'elle instruit, et, n'en doutez
pas; que, secrètement, elle commande, fei-
gnant d'avoir peur d'elles pour elle-même et
pour l'Europe entière, afin que celle-ci lui
'laisse une puissance militaire capable de les
vaincre, mais qui saura bien les aider, au
contraire, si les destins sont favorables, à écra-
ser la Pologne, puis les encadrer pour déferler
avec elles, par une irrésistible vague, sur la
France et la Belgique submergées enfin. Et les
alliés, dont la psychologie est aussi -courte
quand il s'agit de l'âme bolcheviste que de
l'âme allemande, avec des vivres et des loco-
motives et des conventions indulgentes pen-
sent désarmer la fureur de ces Huns du ving-
tième siècle et fixer à la marée rouge des li-
mites qu'elle ne dépassera plus. Et pour ama-
douer Boches et bolchevistes, les voici prêts à
;Sacriûer le seul rempart qui les empêche de
,confondre leurs flots, la Pologne qu'on va de
nouveau couper, à peine après en ayojr re-
rQvsu îçs taïbeaux dispersés. ̃
Avec la même et stupéfiante ignorance de
Pâme,-mtisudîaânft, les alliés répétèns-- que
nous ne disons pas la France l'ont, par leurs
maladresses et leurs violences, dressée contre
nous dans toute l'Asie occidentale, de Téhéran
à Cohstantinople, et l'ont poussée à commu-
nier dans la haine contre les alliés avec les
Allemands et les Russes. Et tous, même la
France, hélas! tolèrent que sur leur propre
sol la propagande antipatriotique, la propa-
gande de l'ennemi s'exerce librement; à tel
point qu'on ose écrire chaque jour, jusque
dans des journaux qui se prétendent français,
avec des ricanements de joie, que l'Entente est
la plus faible, et qu'on peut regarder avec une
ferme espérance, non pas à Spa, où la France
défend sa vie, mais à Moscou, où l'on com-
plote sa mort, ce qui revient à dire à Berlin.
.'Allemagne sait d'autant mieux tout cela que
c'est elle qui l'a fait. Elle attend désormais s
avec tranquillité son heure, l'heure de l'explo-
sion, ayant mis partout à la sape d'innom-
brables ouvriers.
Il n'y a plus, à vrai dire, pour épargner au
monde entier le renouvellement des horreurs
sanglantes de l'invasion et de l'extermination,
qu'un renversement de la politique des alliés.
L'Allemagne soumise, tout rentrera dans l'or-
dre. Car de même qu'elle met son meilleur
espoir en ceux dont elle a fait ses complices,
eux, à leur tour, n'espèrent qu'en elle et que
par elle. Si nous voulons, la paix et nous la
voulons tous il faut en vouloir aussi
l'unique moyen réduire l'Allemagne à l'im-
puissance de* faire -la guerre, la guerre, sa'seujle
pensée, aujourd'hui comme toujours. L: L.
Le règlement de ia paix
Le !'Èg!emeBî_6e la paix
La Turquie et la paix
On télégraphie de Constantinople au Times que
l'opinion dans les milieux officiels ottomans est
de plus en plus favorable à la signature du traité.
Le journal français le Bosphore publie une
déclaration fatte par le grand-vizir au premier
conseil de cabinet tenu a Constantinpole après
son retour à Paris. Il a dit que tout espoir de mo-
dification importante du traité de paix avait été
brisé par l'attaque insensée d'Is-midi par les na-
tionalistes turcs. Il a ajouté que la situation du
pays, déjà très mauvaise, deviendrait pire si l'on
refusait de signer le traité. Ce refus amènerait
une reprise de la guerre. Le grand-vizir a dit
aussi qu'il croyait que les décisions du conseil de
la couronne sur ila question de Ja paix seraient
conformes à l'intérêt national.
La conférence financière de Bruxelles
Après en avoir délibéré avec les membres du
secrétariat général' de 'la Société des nations, M.
Léon Bourgeois a fixé au 25 septembre la réunion
do la conférence internationale financière de
Bruxelles qiu devait avoir lieu le 23 juiMet. Cet
ajournement est motivé par le fait que la- confé-
rence de Spa n'a mème pas abordé le problème
des réparations.
L'opinion britannique
et la conférence de Spa
Notre correspondant de Londres téléphone
En abbépéwat 'la déeùarafcwn que M. Jioyd George
doit faire mër.êïè'di à' la Chambre aeSr'côînitnUnes
sur la conférence de Spa, les journaux apglais, qui
discutent les résultats de cette conférence, font
preuve d'une certaine réserve. Ils constatent l'op-
timisme manifesté par M. Lloyd George dans les
déclarations qu'il a faites à la presse à Spa, mais
ne se montrent pas absolument disposés à le par-
tager.
Le Daily Telegragh remarque que l'exécution
des accords conclus a Spa dépend du maintien au
pouvoir des éléments allemands modérés. Ce jour- f
nal rappelle qu'en France on se montre un peu
sceptique
Il est possible, ajoute ce journal, que l'Allemagne
cherche à gagner du temps et qu'elle espère que d'ici
à quelques mois, il surviendra des événements qui lui
permettront de ne pas s'acquitter de ses obligations.
Nous espérons, avec M. Llyod George, qu'elle ne nour-
rit pas de telles intentions. Néanmoins les états-majors
ne doivent pas perdre de vue cette possibilité.
Le Times écrit
Ce qui fait le plus grand honneur à M. Lloyd George
c'est l'énergie avec laquelle il a exigé dès le début l'ac-
ceptation par l'Allemagne des olauses de désarmement,
et aussi avec laquelle il insista sur la question du char-
bon, lorsqu'il se rendit compte que la France quitterait
la conférence plutôt que de céder sur ce point.
Le Times regrette que ,l'attif,ude britannique à
Spa puisse faire l'objet de critiques prochaines
à la Chambre française et exprime l'espoir -que
l'on n'oubliera pas en France que les deux pays
sont restés unis sur -les questions essentielles.
Les résultats conorets de Spa, écrit. l'Observer, sont
difficiles à évaluer. Tout dépend de l'exécution des ac-
cords conclus sur le papier. Il reste à savoir ce qui se
passera dans les six mois qui vont venir.
Ce journal reconnaît que, sur la question du
désarmement, des réparations et du charbon, on
a modifié les olauses du traité de Versailles, mais,
lorsqu'on a adopté cette méthode sage et inévi-
table, aucun esprit judicieux ne chercha chicane
sur la distinction à établir entre une révision et
une modification.
La Weekly Dispatch, journal de 'lord Northcliffe.
j constate qu'il est 'difficile de se faire une opinion
faute de renseignements suffisants, mais il fait
entendre que tous les Anglais, hommes et femmes,
sont profondément attachés à l'alliance avec la
France.
Si les Allemands ont raison de soupçonner un affai-
blissement de la solidarité alliée, si les Français quit-
tent Spa avec des doutes sur la cordialité complète de
l'appui officiel britannique, nous croyons qu'une ré-
ponse. qui n'aura rien d'officiel, ne tardera pas à se
faire entendre en Grande-Bretagne, et elle ne laissera
subsister aucun doute sur le sentiment de la nation.
Tout au contraire, le Sunday Times estime que
ce sont précisément les accusateurs de M. Lloyd
j George qui oomprometten
grand encouragement à M. Hugo Stinnes dans ses ef-
forts pour semer la dissension entre les alliés. Grâce au
sens profondément pratique et à. l'esprit conciliateur de
M. Lloyd George, toutes les conférences de paix se
sont terminées par un accord complet. Cette réunion de
Spa, la plus critiquée de toutes, s'est achevée, malgré
toutes les difficultés et tous les dangers qu'elle présen-
tait, dans la bonne entente et l'amitié. D'un bout à l'au-
tre, cette conférence a été dominée par la dignité, la
force et l'idéalisme britanniques de M. Lloyd George.
La Belgique à Spa
M, Delacroix, premier ministre de Belgique,
̃fera demain mardi, à ia Chambre des représen-
tants, un,e déclaration au sujet de la conférence de
Spa. Il se montre très satisfait des décisions qui
ont été prises à Spa en ce qui concerne Ja Belgi-
que.
LA PRESSE ALLEMANDE
Le Lokal-Anzeiger (de Berlin), organe du parti
populaire, écrit
| Le monde intelligent tout entier estime que, juridi-
quement, le traité est inexécutable, donc qu'il doit être
révisé. Malgré cela, à. Spa, l'on a maintenu le traité. Le
i procédé insupportable d'appeler les généraux équivaut
à établir l'état de guerre en temps de paix. Tous les
gestes, toutes les paroles ont montré la crainte stupide
des ministres de l'Entente d'indisposer leur Parlement
en touchant aux paragraphes inintelligents du traité.
Le mal fait par la conférence de Spa aura un effet fu-
neste et ne sera peut-être jamais oublié.
Du Berlin&r Tageblatt, démocrate |
Les débats de Spa ont démontré que la France re-
garde le vol de la Ruhr comme le principal but politi-
que. Cette fois encore, M. Lloyd George tient l'échelle
aux Français. A la longue, le monde ne peut pas vivre
avec la menace de la convoitise française sur la Ruhr,
jouant le rôle de l'ancienne idée de revanche. Les
Français ont été encouragés par M. Lloyd George, qui
a donné pour la première fois son consentement à l"oc-
cupation de la Ruhr. Maintenant que la France a nn
Èlanc-gpiDjK,, elle occupera la -Runr el!e~m
r– f -̃ )•
la commission allemande de Spa, en choisissant une oc-
casion quand elle pourra compter sur la passivité des
ouvriers. ̃ ̃ ,«<
De lia Gazette de Francfort ̃ v
Nous avons été forcés d'accepter des obligations qui
menacent de nous étouffer. Nous comprenons avec dé-
ception et amertume, dans toute sa mesure, notre dé-
pendance de la volonté des vainqueurs, et nous n'avons
aucune idée de la façon dont la première question de
toutes, celle des réparations, sera résolue. Mais pour
le moment, nous n'avons pas d'autres moyens de res-
ter en vie, que de serrer nos poings de toute notre
force, pour essayer de faire ce qui semble impossible.
Le salut de l'Allemagne est maintenant entre les mains
des mineurs de la Ruhr.
̃ ̃̃ 0> ̃ ":̃ ̃ ̃'
LE PROBLEME RVSSE
lies dc5cs«ê« des Soviets à Loudre»
Notre correspondant de Londres téléphone
On mande de Reval qu'un torpilleur britanniçao
est arrivé au port, la semaine dernière, pour pren-
dre à bord la délégation du Soviet, qui rentre à
Londres. Cette délégation comprend MM. Kras-
sine,' Kohan et Noguine. Ces délégués sont arrivés
à Reval samedi et sont partis aussitôt pour Lon-
dres..
On rapporte que le gouvernement des Soviets
a déposé une somme d'or importante à la Banque
"nationale d'Esto-aie, à Reval, en vue de créer éven-
tuellement, à Londres, un fonds d'or russe qui
servirait à payer les achats faits par la Russie.
Le général Wransei et la qraestio»
de l'armSetiee
̃ M. SOr-uve, qui s'est rendu à Spa pour attirer
ratteiïtiiçfa des gouvernements alliés sur la situa-
tion du gouverni&meiit et des forces armées du
«ud de ila Russie, a fait les déclaration? suivantes
La proposition faite par le gouvernement britannique
au gouvernement des Soviets en vue d'un armistice en-
tre les Soviets et la Pologne, suggère également la
conclusion d'un armistice entre les Soviets et le général
Wrangel, à condition que les forces de ce dernier se
retirent en Crimée, que durant l'armistice l'isthme de
Perekop soit considéré comme zone neutre, et entin que
le général Wrangel soit invité à venir à Londres pour
discuter la situation future de ses troupes et des réfu-
giés .actuellement sous sa protection, mais en spécifiant
qu'il ne sera pas membre de la conférence.
En présence de cette proposition, il importe de faire
ressortir tout d'abord que l'on devrait reconnaître au
gouvernement du sud de la Russie, à la tête duquel se
trouve le général Wrangel, le droit d'être admis à par-
ticiiper à la conférence projetée à Londres. H n'y a, en
effet, aucune raison pour lui appliquer un régime diffé-
rent de celui appliqué à d'autres gouvernements de
fait, qui, selon la proposition britannique, sèraient re-
présentés à la conférence en question. Gela d'autant
plus qu'en présence du bolchevisme militant qui ne re-
présente pas la nation russe, le gouvernement du sud,
de la Russie représente les éléments nationaux qui pro-
fessent les principes communs à tous les peuples civi-
lisés, qui sont restés fidèles aux engagements et aux
alliances de la Russie, et qui constitueront la Russie do
demain, régénérée sur des bases démocratiques.
D'autre part, on ne saurait considérer comme. justi-
fiée la condition imposée au général Wrangel de retirer
ses troupes au sud de l'isthme de Perekop. Cette armée
occupe actuellement au nord de la Grimée d'importants
territoires libérés par ses victoires. L'abandon de ceux-ci
affecterait le moral de l'armée, exposerait les popula-
tions au retour de la domination bolcheviste et créerait
de graves difficultés pour le ravitaillement de la
Crimée.
La délimitation sur la base du statu quo militaire as-
surerait par contre au gouvernement du sud de la Rus-
sie un territoire qui pourrait se suffire et se maintëfiiî*.
ali point de vué^sôftomiquc. '̃
Les résultats obtenus par le général Wrâmgel mffi->
tent également pour qu'il soit assure" à son gouverne-
ment une situation indépendante. H s'est efforcé d'amé-
liorer l'administration civile et il s'applique à la prépa-
ration des réformes démocratiques. L'activité du géné-
ral est une force d'attraction agissant sur les popu-
lations voisines.
En général, abstraction faite de toute considération
d'ordre moral, il y a un intérêt évident à oe que le gou-
vernement antibolcheviste du sud de la Russie ne soit
pas traité d'une façon moins favorable que le gouverne-
ment des Soviets. Le fait qu'à côté des territoires régis
par les Soviets il existera en Russie, faisant contraste
au régime bolcheviste, un gouvernement russe répudiant
le bolchevisme, aura pour effet d'intensifier l'action des
facteurs qui agissent dans le sens de la, régénération
de la Russie. Si le but à poursuivre en Russie consiste
dans sou retour à des conditions de vie normale, on no
saurait concevoir les raisons qui feraient sacrifier les
intérêts de la Russie antibolcheviste au profit des bolche-
vistes. Ignorer l'importance militaire et politique et la
force morale que représente le gouvernement du sud de
la Russie équivaudrait à prêter un appui moral aux bol-
chevistes.
Enfin, conclut M. Struvc, si l'armistice projeté
est conclu, il importe que les garanties qui sont
prévues pour assurer le respect par les bolche-
vistes de ̃l'armistice et de la paix entre eux et
la Pologne soient intégralement appliquées en ce
qui concerne la cessation des hostilités entre les.
Soviets et le gouvernement du sud de. la Russie..
UN TRAITÉ LITUAHO-BOLCHEVISTE
Le Times du 15 juillet a publié les grandes lignes
d'un traité conclu le 12 juillet par les Soviets de Mos-
cou avec le gouvernement de Kovno. Il ressort d'infor-
mations puisées aux meilleures sources que les préci-
sions données par le grand journal anglais correspon-
dent bien aux faits. On en trouvera ci-dessous Tana*
lyse "̃•
L'accord litu-ano-bolcheviste enlève da Polo-
gne non seulement des territoires -lituaniens ayant
fait partie de l'aîiciemie République polonaise et
occupes jusqu'à ia retraite de ces jours derniers
par l'armée du général Pilsudski, avec Viina, mais
encore la région dont Grodno est le point prin-
cipal et, en outre, les districts septentrionaux de
l'ancien gouvernement de Sauvalki, avec la. vil-le
de ce nom. On sait que c,es derniers fcewitairea
faisaient partie du royaume de Pologne du con~
grès de Vienne.
En dehors de ces concessions territoriales, la
Lituanie recevra 1° une indemnité en pr de `
300,000 livres sterling 2° la restitution des biens
privés enlevés de Lituanie pendant la guerre et
actuellement en possession du gouvernement de
Moscou 3° enfin, le droit, pendant vingt années,
de faire des coupes de bois, dans les forêts russes,
voisines de la frontière, sur une superficie d^
500 miMes carrés.
[La carte montre les frontières de la Lituanie, telles,
qu'elles résultent de raccord que nous venons de ré-
sumer, accord auquel les efforts diplomatiques de'la
Grande-Bretagne n'ont oeut-ôlrc pas 'été étrangers.].
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