Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1905-07-20
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 20 juillet 1905 20 juillet 1905
Description : 1905/07/20 (Numéro 16101). 1905/07/20 (Numéro 16101).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
̃QUARANT^ClNQUIËME ANNIE. N* MOI;
r$it s*afttmàe aftx Bwôaitx (Tu Journal, 5, TÔtîLEYARB DES ITALIEN, i PARIS (2e), et ttânsToûsles Bureaux Mïaàè
JEUDI 20 JUILLET i905
PRIX DE L'ABONNEMENT
FAEIS, SEIHÉ et SEINE-ET-OISE. Trois mois, 14 fr.; Six mois, 2S tt. Bu tn, fe© fr.
."DÉPÂltT\ÍI ê1ALSACE-LORRÁIHE. ~7 fr,; S4 Ir.; 88. fe.
J)ÉPÂlfTÎ"8tALSÂCE-I0EEAINE. 17 fr.; –• 34 fr. 68 fr.
UNION POSTALE 18 t. 36 fr.J 72 fir.'
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Directeur politique Adrien Hébrard
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Paris, 19 juillet
BULLETIN DE L'ÉTRANGER
LA SITUATION MINISTÉRIELLE EN ANGLETERRE
M. Balfour vient de réserver coup sur coup
deux surprises à son parti. Il a retiré le projet
de redistribution des circonscriptions électo-
rales, qu'il avait déposé il y a huit jours. Il a,
par une initiative sans précédent depuis son
arrivée aux affaires, convoqué au Foreign office
une réunion du parti unioniste pour examiner
ifrî. situation politique.
Nous avons exposé ici même, le 12 juil-
let, quelques-unes des raisons qu'avait d'être
mal accueilli le projet de remaniement des cir-
conscriptions électorales. Ces raisons n'avaient
rien de mystérieux. Et pour les apprécier à leur
juste valeur, M. Balfour n'avait qu'à se reporter
a la déclaration faite en février dernier à la
Chambre haute par son collègue lord Lansdow-
ne « J'ai l'impression, disait celui-ci, qu'il est
matériellement impossible de faire passer le Re-
distribution bill ou cours de cette session. Je
pense que nous agirons suivant la méthode ha-
bituelle en pareil cas, de façon à ce que la loi
soit votée l'an prochain. » En expliquant
avant-hier qu'il était, après conversation
avec le speaker, arrivé à cette même con-
clusion, M. Balfour a témoigné d'un peu
trop d'insouciance. Les journaux les plus mi-
nistériels, lui reprochent avec amertume sa lé-
g-èreté. Et le Times se refuse à comprendre
comment, pour causer avec le speaker de la
possibilité de discuter la loi, il a attendu de
t'avoir déposée, plaçant ainsi le gouvernement
et la majorité dans une situation « ridicule ».
Est-ce pour conjurer cette mauvaise humeur,
est-ce par une mesure de précaution plus géné-
rale que M. Balfour, manquant à toutes ses ha-
bitudes, a convié au Foreign office une cin-
quantaine de parlementaires, parmi lesquels
MM. Chamberlain, Gibson Bowles, sir John
Gorst, lord Hugh Cecil, sir Howard Vincent,
MM. Ritchie, Jesse Collings et Disraeli? Tou-
jours est-il que, en dépit de l'affirmation du
premier ministre que rien de grave n'avait mo-
tivé cette convocation, tout le monde a eu l'im-
pression que le ministère sentait la nécessité de
solliciter tous les dévouements pour éviter, d'ici
au 12 août, une surprise désagréable. C'est en
somme un appel à l'aide que vient dé lancer
M. Balfour.
La redistribution électorale étant momentané-
ment écartée, rien n'était, semble-t-il, particu-
lièrement menaçant. Et l'on a vu avec quelque
étonnement le premier ministre recourir à cette
mobilisation. Sans doute, depuis six mois, les
élections de North-Dorset, Brighton et Carlisle
ont continué la série des succès libéraux rem-
portés depuis un an par MM. Allan Bright, Find-
lay, Rufus Isaac, Richards, Cheetham, d'au-
tres encore. Sans doute aussi la Fédération na-
tionale libérale, réunie à Newcastle en mai der-
nier, a décidé de mener une rude campagne
contre le ministère. Sans doute enfin l'équivo-
que qui pèse sur le parti unioniste, tiraillé entre
M. Balfour et M. Chamberlain, a pris avec le
temps une gravité croissante et porté préjudice
direct, même en matière électorale, à la cause
ministérielle. Mais ce sont là des maux aux-
quels le gouvernement a eu le temps de se rési-
gner et qui ne suffisent pas à expliquer l'initia-
tive de son chef.
Cette initiative se comprend mieux, si l'on re-
marque que l'exposé qu'a fait M. Balfour de la
situation a eu pour résultat de provoquer, de la
part de M. Chamberlain, la profession de foi la
plus nettement ministérielle qui soit encore
sortie de sa bouche. L'ancien ministre des colo-
nies achevant une évolution qu'on pouvait sui-
vre depuis quelques semaines à bien des indi-
ces, a déclaré qu'il ne croyait plus à la néces-
sité de procéder immédiatement-aux -élections
générales. Il a ajouté que le parti conservateur
devait soutenir M. Balfour jusqu'à la fin de la
session actuelle et durant toute la session de
l'année prochaine. Si l'on se souvient qu'en
mars 1905, M. Chamberlain, consulté par le
comité électoral de Greenwich, lui conseillait
de voter contre le conservateur fidèle quest lord
Hugh Cecil, pour le candidat protectionniste,
quel qu'il fût; si l'on songe que, par cette tacti-
que, M. Chamberlain était bien près de se séparer
du ministère, on comprendra que M. Balfour
ait cru nécessaire de le souder à lui par des en-
gagements formels. Déjà, le 13 avril, une réunion
avait eu lieu entre les deux sections du parti
unioniste, section Balfour et section Chamber-
lain, afin d'atténuer les divergences fiscales et
d'accentuer l'union politique. Plus près de
nous, le 7 juillet dernier, en célébrant le second
anniversaire de la Tariff Reforni League, dont
il développait les principes, M. Chamberlain
déclarait « Nous savons que notre succès dé-
pend d'un parti unioniste fortement uni sur
cette question. » C'est à cette union qu'on a tra-
vaillé dans la conférence d'hier. i
Cette conférence n'a qu'un objet: c'est de
prolonger les jours du ministère. ha peur, dit-
on, est mauvaise conseil 'ère. C'est elle qui ins-
pire les décisions des unionistes anglais. Leur
œuvre législative au cours de la session a été
médiocre. Ils veulent permettre au ministère,
pendant l'armée qui le sépare encore des élec-
tions générales, de faire oublier au pays cette
stérilité. Pour cela, la devise ministérielle est
ïeprimiim vivere des gouvernements faibles.
C'est de cette question primordiale qu'on s'est
uniquement occupé dans la réunion du Foreign
office.
r~i~r;®~r ~~r ~~itt~
DU 20 JUILLET 1905 (P-)
L'ANNÉE DES MARIAGES
1 (Suite) <
La jeune Anglaise, pâle de terreur, s'était pré-
cipitée dans la chambre, tandis que Benoîte,
assise dans son lit, contemplait la scène avec un
air innocent et étonné.
For God's sake! gémissait l'institutrice
dont les yeux trahissaient une vague épouvante
Parlez donc, Gertrude, dit-elle enfin, que s'est-il
passé?
L'autre, debout devant la toilette, un verre à
la main, se gargarisait de toutes ses forces et
agitait les bras.
Laissez-moi, cria-t-elle enfin, laissez-moi
seule, je vais mourir 1. Oh mon Dieu, mon
Dieu, miss Nelly, tapez-moi dans le dos toi
aussi, Benoîte. J'ai avalé une chauve-souris
peut-être un hanneton. Donnez-moi encore un
peu d'eau, je vous prie.
Non, c'est du lait qu'il vous faut, du lait
chaud, s écria miss Nelly, dont l'émotion allait
en croissant.
Joignant l'action au conseil, elle courut vive-
ment a la sonnette et se mit à carillonner. Ce
bruit inusité révolutionna le château, dont les
habitants furent bientôt sur pied
Benoîte, qui ne s'attendait pas à une comédie
pareille, commençait à ne plus être rassurée.
^.«{«'S11^18 qu'en ces occasions la con-
te chambre^' P°Ur elle, c'était les arrêts à
1& chambre.
Ne pousse donc p as de tels cris, Gertrude,
BeDrochiction interdite. '̃ r~
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU Temps
Copenhague, 19 juillet, 8 h. 35.
Les relations entré le Danemark et l'Allemagne
témoignent d'une cordialité croissante par les visi-
tes du jeune couple impérial allemand dans le Jut-
land, par les fêtes que donneront à la fin de la se-
maine les ministres de la marine et des affaires
étrangères en l'honneur de la flotte allemande, et
enfin par la visite de l'empereur Guillaume lui-
même, qui est attendu peu après l'arrivée de sa
flotte.
Stockholm, 19 juillet, 8 h. 50.
Le bruit court que l'empereur Guillaume II avait
manifesté le désir de visiter Stockholm, mais qu'il
y a renoncé sur l'observation du roi Oscar lui-môme
que cette visite risquerait d'éveiller les susceptibilités
des Norvégiens, surtout après que le souverain alle-
mand a cru devoir renoncer cette fois à sa croisière
habituelle sur les côtes de Norvège.
Berlin, 19 juillet, 8 h 25.
La visite des membres des chambres de com-
merce anglaises, qui devait avoir lieu en septembre
sous la conduite de sir Thomas Barclay, est remise
à l'année prochaine. La raison donnée par les An-
glais est qu'ils ont d'autres obligations pour l'époque
primitivement fixée pour leur visite en Allema-
gne.
Budapest, 19 juillet, 8 h. 25.
La résistance passive au ministère Fejervary con-
tinue à s'organiser dans les comitats.
M. Aurel Vlad, un des rares Roumains siégeant à
la Chambre hongroise, où ils ne sont que quelques-
uns pour représenter les deux à trois millions de
Roumains du royaume', vient de publier dans son
journal, la Libertatea, une exhortation à ses cona-
tionaux leur recommandant la plus stricte, neutra-
lité dans le conflit entre l'opposition et le gouverne-
ment « Nous, Roumains, dit-il, nous n'avons rien
à espérer de la coalition dont un chauvin comme
Banfly est le principal -champion, et si, d'autre part,
nous nous mettions du côté do Vienne, nous pour-
rions être sûrs que notre tète, serait le prix de la
victoire de la coalition et que nous ferions, comme e
toujours, tous les frais de la réconciliation. »
La chambre de commerce de Budapest, où jadis
régnait sans partage le parti libéral recruté surtout
parmi les négociants israélites, entre les mains des-
quels sont le commerce et l'industrie, a voté à une
grande majorité une résolution en faveur de la sé-
paration économique des deux parties de la monar-
chie. La fraction extrême a complètement entraîné
les autres, au point que les modérés, partisans du
maintien de la communauté économique avec l'Au-
triche, n'ont pas osé prendre part au vote.
La Haye, 19 juillet, 9 h. 30.
Par l'intermédiaire de la légation d'Allemagne au
Maroc, le gouvernement néerlandais a fait parvenir
au sultan son adhésion à la conférence, à la condi-
tion que toutes les grandes puissances intéressées
y prennent part.
En remplacement de M. Ruyssenaers, le conseil
d'administration de la cour d'arbitrage a nommé
secrétaire général le baron Michiels Van Verduynen,
député catholique de Breda à la seconde Chambre.
Les délégués des différents Etats représentés à la
conférence de. droit internationnal privé ont signé a
le texte des conventions arrêtées à cette confé-
rence.
• o
O OUST TIRE Hj'3ïT^.K.OŒa:iEÎ
II faut que tous les bons citoyens s'unissent
contre l'anarchie qui pénètre dans les rangs
des fonctionnaires; sinon, il n'y aurait plus de
gouvernement et il n'y aurait plus de Républi-
que. Le pays ne pourrait se sauver qu'aux
dépens d u régime, ei peut-êtra. même serait-il-
trop tard. Parmi tous les poisons dont le corps
social doit se préserver, il n'y en a pas de plus
délétère que le venin qui se glisse dans tous
les groupements d'instituteurs, sous prétexte
de conférences, de pédagogie, d'études en com-
mun et même de mutualité Ceux qui luttent
contre cette menace redoutable pour l'existence
même de la patrie font œuvre difficile et néces-
saire. On ne saurait trop les louer et les en-
courager.
C'est pourquoi nous signalons le très impor-
tant et très beau discours que M. Collignon,
préfet du Finistère, vient de prononcer dans
une réunion d'instituteurs. Ceci se passait dans
le département même où, naguère, deux cents
instituteurs et institutrices acclamaient un
fonctionnaire de l'enseignement qui venait
d'être justement déplacé pour avoir attaqué
sans merci, dans des articles de journaux, les
autres fonctionnaires du département, le préfet
et le ministre lui-même. Moins le terrain sem-
blait favorable, plus nécessaires et plus urgen-
tes étaient les paroles que le préfet du Finistère
a prononcées. Une analyse affaiblirait le sens
de ce beau discours, dont on trouvera plus loin
le texte. M. Collignon a très heureusement pro-
fité des fêtes maritimes de Brest pour rappe-
Jer aux instituteurs qui l'écoutaient quelques
vérités essentielles. Il ne faut point se lasser de
leur répéter que le pacifisme est l'ennemi de
la paix que pour conserver la paix, il faut être
fort; et qu'il n'y a pas de sécurité pour les na-
tions que l'on sait désarmées et faciles à réduire
par la menace. Il faut également redire, à toute
occasion que nul-n'est obligé de demander un
salaire au gouvernement; que l'on ne peut pas
avoir la prétention de garder une indépendance
illimitée, lorsqu'on est fonctionnaire; et qu'il
est déloyal d'abuser de l'autorité que donne un
titre officiel pour s'attaquer aux principes sur
lesquels repose l'Etat.
Tous les jours se produisent des incidents ou
des manifestations qui montrent qu'on ne peut
plus tarder de livrer le combat aux doctrines
fit-elle d'un ton impatienté. Et toi, Nelly, je t'en
supplie, cesse de carillonner ainsi. Je vous dis
que c'était une fraise, une malheureuse fraise.
-Non, c'était une chauve-souris, s'écria Ger-
trude qui n'avait pas lâché son verre. Je la sens,
elle remue dans mon estomac.
Apportez du lait chaud, commanda Nelly
aux deux femmes de chambre qui venaient d'ac-
courir tout essoufflées. Du lait en aussi grande
quantité que possible.
C'est absurde 1 proclama Benoîte en sau-
tant à bas de son lit. Je vous répète que c'est
une plaisanterie et rien de plus. J'ai glissé une
fraise dans la bouche de Gertrude. D'ailleurs,
vous n'avez qu'à regarder, en voici d'autres. Ne
soyez donc pas ridicules.
A ce moment, la porte s'ouvrit brusquement
et livra passage à la baronne coiffée de son bon-
net de nuit et drapée dans un grand peignoirde
velours bleu défraîchi.
-Pour l'amour de Dieu, mes enfants, balbu-
tia la brave dame, que se passe-t-il chez vous ?
Gertrude, qui s'était écroulée sur une chaise
continuait à faire des efforts pour avaler et
pleurait à chaudes larmes. Benoîte avait une
mine piteuse et miss N'elly s'était réfugiée dans
sa chambre. Aucune des trois ne répondant à
sa question, la baronne la répéta
•– Voyons, que se passe-t-il ? Gertrude, ma
chère enfant, pourquoi pleurez-vous?. Allons,
Benoîte, vas-tu me dire ce qu'il y a eu?
Les deux jeunes filles se contentèrent de bais-
ser la tête.
La patience n'était pas la qualité maîtresse
de Mme de Tubingen. D'ailleurs, un secret pres-
sentiment lui disait que Benoîte, selon toute ap-
parence, était l'auteur de ce scandale inouï.
Miss Nelly, appela-t-elle d'un ton sec, je
désire connaître le motif de ce vacarme. Je sup-
pose que vous avez dû l'entendre?
Effectivement, madame, répondit l'institu-
trice, toujours calfeutrée dans sa chambre. Mlle
Gertrude s'est imaginé qu'elle avait avalé une
bête, mais elle s'est trompée.
Qui, reprit Benoîte avec un air penaud,
c était une fraise. J'ai voulu jouer un mauvais
tour à Gertrude, parce qu'elle dort toujours la
bouche ouverte.
Port heureusement pour elle, sa confession
fui interrompue nar une succession de couj>s
anarchiques répandues parmi les fonction-
naires, et surtout parmi les fonctionnaires de
l'enseignement. On l'a bien vu, hier encore, au
conseil départemental de l'enseignement pri-
maire, à Mâcon. Il s'agissait de prononcer sur le
cas de M. Breton, l'instituteur de Chalon qui
avait soutenu; en réunion publique, les théories
de M. Gustave Hervé sur la grève des réservistes
en cas de guerre. M. Bretin avait trouvé un
moyen assez original de faire le plus de mal
possible en courant le moindre risque. Il avait
fait sa conférence sous un pseudonyme! On
voit d'ici quelle pouvait être la valeur protec-
triée do'cette 'feuille'dë vigne dans la' ville
même où M. Bretin exerce ses fonctions. Ajou-
tons que la présence du député socialiste révo-
lutionnaire de l'endroit assurait à cette réunion
et à la conférence de l'instituteur internatio-
naliste un retentissement inusité. Bref, tout y
était. Et cependant la peine de la censure de-
mandée par l'administration n'a été prononcée
que par 7 voix contre 6. Seuls le préfet et les
fonctionnaires de l'ordre administratif ont con-
senti à censurer M. Bretin. Tous les élus du
conseil départemental, instituteurs et institu-
trices, ont voté contre, acceptant ainsi la solida-
rité de la thèse révolutionnaire et internationa-
liste. Naturellement les conseillers généraux ont
innocenté M. Bretin. Ils appartiennent aux
fractions les plus avancées du radicalisme et
ils ne veulent pas s'exposer aux rancunes des
instituteurs qui sont leurs agents électoraux.
Telle est la situation, qu'il ne servirait à rien de
dissimuler: si l'on ne prend pas d'énergiques
mesures pour guérir le mal, nous nous prépa-
rons à toutes les humiliations en attendant les
pires désastres.
• <3S»
POUR LES LANGUES VIVANTES
Parmi les réformes proposées au conseil supé-
rieur de l'instruction publique, il en est une qui
serait vraiment fâcheuse c'est celle qui consisterait
à rendre l'épreuve de langues vivantes facultative
aux examens du brevet supérieur. Inutile d'insister'
pour démontrer que cette meoure équivaudrait à la
suppression pure et simple des langues vivantes
dans les écoles normales et dans l'enseignement
primaire. Elles avaient été introduites il y a vingt
ans, par l'institution de l'épreuve obligatoire du
brevet supérieur, et depuis vingt ans ce régime
avait donné les meilleurs résultats. C'est à l'imita-
tion de la France que la Prusse, la Saxe, la Suisse,
le Danemark, la Suède, l'Angleterre, les Etats-Unis
ont inscrit les langues vivantes au programme de
leurs écoles normales d'instituteurs et d'institutrices.
Après avoir donné l'exemple d'un progrès, il serait
déplorable que la France donnât celui d'un recul
le premier exemple a été suivi, le second ne le serait
certainement pas.
On objecte qu'il n'y a aucune nécessité pratique à
ce que les instituteurs sachent une langue vivante
qu'ils n'auront pas à enseigner aux enfants des
écoles communales. Mais d'abord, tous les candi-
dats et toutes les candidates au brevet supérieur ne
se destinent pas à la carrière de l'enseignement
pour ceux, assez nombreux, qui entrent dans le
commerce, la connaissance d'une langue vivante est
d'un intérêt évident. Ensuite, si l'on voulait limiter
le programme du brevet aux matières qui s'ensei-
gnent dans les écoles primaires, ce n'est pas seule-
ment les langues qu'il en faudrait exclure. Mais de-
puis quand admet-on que le maître n'a besoin de
rien savoir de plus que ce qu'il est chargé d'ensei-
gner ? Il n'est rien de plus faux que cette conception
bassement utilitaire. Un maître digne de ce nom doit
posséder une culture générale suffisante pour être
capailfg-a-SOntlcrcardu Alliucr c* J»foror- -Vuirpri*– Jo-
ses élèves. Or, la valeur éducative de l'étude des lan-
gues est tellement certaine que les partisans de l'en-
seignement moderne ont soutenu que l'anglais ou
l'allemand pouvaient rendre, dans cet ordre d'idées,
presque les mômes services que le latin et le grec.
Enfin, ce serait une erreur de considérer cette con-
naissance des langues comme un objet de pur luxe
pour les instituteurs. Elle leur permet d'atteindre
aux emplois supérieurs de l'enseignement primaire,
professorat des écoles normales, etc. Elle leur as-
sure, dans les villes, un moyen d'arrondir par des
leçons particulières leur modeste traitement. Et si
l'on envisage l'intérêt direct des élèves, n'est-il pas
bon que leur instituteur puisse préparer à entrer
dans les lycées et collèges ceux qui montrent des
aptitudes pour l'enseignement secondaire?
A quelque point de vue que l'on se place, il faut
souhaiter que cette prétendue réforme, malgré l'au-
torité de la section permanente qui s'y est déclarée
favorable, ne soit pas adoptée parle conseil supé-
rieur. Dans son discours d'ouverture de la session,
le ministre, M. Bienvenu Martin, a appelé l'attention
du conseil sur les graves objections que soulevait
ce projet. L'opinion publique no comprendrait pas
qu'après tant de campagnes en faveur do la diffu-
sion des langues vivantes, le conseil se décidât à
sonner la retraite.
.PROPOS DIPLOMATIQUES
COMMENT M. WITTE A ETÉ NOMMÉ PLÉNIPOTENTIAIRE
M. Witte part aujourd'hui de Saint-Péters-
bourg. Il sera à Paris vendredi à quatre heures.
Il y restera jusqu'au mardi suivant et s'embar-
quera à Cherbourg le mercredi 26, sur le pa-
quebot allemand.
La nomination de l'ancien ministre des finan-
ces comme plénipotentiaire pour la paix a été,
au moins en apparence, d'une extrême
soudaineté. M. Mouravief était désigné. Il avait
de gong, lesquels eurent aussi l'avantage de dé-
tourner les idées de la baronne, déjà prête à lui
infliger un blâme des plus sévères. Toutefois,
elle lui adressa quelques paroles senties et la
rappela aux convenances.
Le puissant organe du baron, lui aussi dési-
reux d'être renseigné, faisait déjà trembler les
vitres du corridor, lorsque survint le grand-
père qui s'entremit aussitôt pour ramener le cal-
me.
Allons, habillez-vous, dit alors Mme de
Tubingen, qui se retira pour faire sa toilette.
Lorsqu'elle pénétra dans le corridor, son mari
et son père se précipitèrent à sa rencontre, im-
patients de connaître les motifs de cette chaude
alerte.
C'est incroyable grogna le baron. Tu dis
qu'elle lui a mis une fraise dans la bouche? Où
va-t-elle chercher des idées pareilles, cette sa-
tanée gamine? Je me le demande. Et si Ger-
trude avait été asphyxiée Vois-tu, Eléonore,
cela ne peut aller plus longtemps ainsi. Ta fille
est insupportable, elle ne pense qu'à faire des
sottises. Dès aujourd'hui, je vais la fourrer en
pension.
Oserai-je te demander de qui elle tient son
caractère, mon cher Eberhard? 2
Est-ce de moi, peut-être? Hahaha! tu vas
me rendre responsable de tout. C'est naturel.
Quand les enfants sont mal élevés, on en re-
jette la faute sur le père, c'est entendu. Mais
Eléonore, tu es la mère, ne l'oublie pas, et si.
Le grand-père Teupen, dont la silhouette en-
core élégante, malgré l'âge, se noyait dans une
antique robe de chambre jaune sale, étendit les
mains en signe de supplication.
-Je vous en prie, mes enfants, ne vous dis-
putez pas.
Tu accorderas, mon cher père, que cette
situation ne peut durer plus lontemps, riposta
le baron. Je ne parviens plus à me faire obéir.
Miss Nelly n'a pas ce qu'il faut pour élever Be-
noîte. Si l'on m'avait écouté, l'on aurait pris une
institutrice d'un certain âge.
La baronne ne lui laissa pas le temps d'ache-
ver sa phrase.
Mon cher Eberhard, fit-elle, je connais
cette antienne. Cela n'aurait pas duré quatre
semaines, car tu ne resDfictes .pas x>lus l'âge
que. j 4
été appelé, à .Pétersbourg. Il devait être reçu
par l'empereur. C'est au sortir de cette audience
qu'une dépêche annonça que le tsar, lui trouvant
mauvaise mine, avait dit: « Vous êtes malade.
Ne^iartez pas. Sur quoi, après cette scène qui,
malgré la gravité du sujet, fait penser au Bar-
Mur de Séville, M. Witte fut nommé.
En réalité, les choses se sont passées beau-
coup moins brusquement. Et il est intéressant
de les rétablir telles qu'elles se sont dévelop-
pées.
Quand Nicolas II se décida à répondre affir-
mativement à la proposition de M. Roosevelt,
sa première pensée fut d'envoyer àWashington
un diplomate de carrière. Et c'est à M. Nelidow
que le comte Lamsdorf reçut l'ordre de s'adres-
ser. Aucun membre du corps diplomatique
russe n'était en effet mieux qualifié que l'am-
bassadeur de Russie à Paris pour remplir cette
lourde tâche. En même temps, l'empereur, frap-
pé de la nécessité de faire intervenir dans les
pourparlers un « spécialiste » des questions
d'Extrême-Orient, avait songé à associer M.
Witte à la mission de M. Nelidow. Et des ou-
vertures avaient été faites dans ce sens au pré-
sident du comité des ministres dans le courant
du mois de juin.
Celte combinaison ne put pas aboutir. M.
Nelidow qui, si jeune qu'il soit d'esprit et d'al-
lure, a cinquante ans de carrière derrière lui,
ne crut pas pouvoir s'imposer la fatigue d'un
voyage en mer, d'un séjour prolongé à Was-
hington, en plein été, dans des conditions dou-
blement éprouvantes. L'empereur, si désireux
qu'il fût de le voir accepter, comprit la force de
ces raisons. Il fit alors proposer, par un inter-
médiaire, à M. Mouravief, ambassadeur à
Rome, d'aller à Washington. M-. Mouravief
accepta, après certaines hésitations. Mais du
fait même de cette acceptation, on dut aban-
donner l'idée de comprendre M. Witte dans la
mission. Car ses relations personnelles avec
M! "Mouravief n'étaient, au su de tous, pas de
nature à leur faciliter une collaboration.
M. Mouravief partit pour Saint-Pétersbourg.
Il était, à ce moment, en très mauvais état. Il
venait de faire une saison d'eaux pour une ma-
ladie de rein dont il souffre et qu'il avait
soignée à Evian. Les longs trajets en chemin
de fer ne sont pas favorables à ces sortes d'af-
fections. M. Mouravief arriva à Pétersbourg
très fatigué. C'est là un fait incontestable, qui
explique pour une part sa retraite, mais qui ne
l'explique pas complètement. Cette retraite a
aussi des motifs politiques.
Au mois de février 1904, M. Mouravief, alors
ministre de laj usti ce, présidait en qualité de sur-
arbitre le tribunal arbitral réuni à la Haye pour
régler la question des indemnités vénézué-
liennes.
Après avoir lu la sentence, le président, qui
n'avait prévenu de ses intentions que M. de
Ruyssenaers, secrétaire général de la cour
d'arbitrage, prit la parole. Il commença par par-
ler de l'arbitrage en général, puis il vint à des
sujets moins généraux et conclut ainsi qu'il
suit
L'antique adage Si vis pacem, para bellum paraît
n'avoir pas beaucoup perdu de sa rigide portée. On
aspire à la paix de toutes les forces de son âme, on
y travaille assidûment avec conviction et ferveur,
et néanmoins on n'est pas à l'abri d'une provocation
hostile, d'une attaque inattendue. On veut chaleu-
reusement la conservation de la paix, et on se voit
obligé d'accepter une guerre de légitime défense, au
nom de l'honneur et de la dignité de la patrie.
j?^n*'Ge'x%]'XTïTfC~tî^ulMUlieTL&. iJ!crcx3etir~cvifcr– ctevofrï'
il rèste une consolation suprême la foi sincère et
absolue en la juste Providence des peuples et des
batailles, qui saura distinguer entre le bon droit et
les prétentions ambitieuses, entre la résolution tran-
quille, la fermeté inébranlable et l'élan belliqueux,
1 ardeur aveugle et assionnée. Mais quand la tem-
pête, mettant aux prises sanglantes du corps-à-
corps les deux courants européen et asiatique, aura
enfin passé tout passe, ici-bas 1 alors, et nous
y croyons religieusement, alors se dissiperont les
nuages qui ont obscurci notre horizon et renaîtra de
de nouveau le calme réparateur, faisant briller avec
beaucoup plus d'écîat encore les bienfaits du déve-
loppement pacifique.
On estima généralement que le lieu était mal
choisi pour une sortie de ce genre. Le gouver-
nement japonais la prit très mal. Et son minis-
tre à la Haye, M. Nobougata Mitsuhashi, adressa
au ministre des affaires étrangères néerlandais,
président du conseil d'administration de la
cour d'arbitrage la protestation suivante
Le soussigné, envoyé extraordinaire et ministre
plénipotentiaire de S. M. l'empereur du Japon, a
l'honneur, conformément aux instructions de son
gouvernement, d'adresser à S. Exe. le ministre des
affaires étrangères de S. M. la reine des Pays-Bas,
en qualité de président du conseil d'administration
de la cour permanente d'arbitrage, la communication
suivante
Convaincu que la cour d'arbitrage n'est pas le
lieu qu'il convient de choisir pour attaquer les actes,
les mobiles ou le bon renom d'une des puissances
qui ont signé la convention de la Haye du 29 juillet
1899, le gouvernement impérial du Japon, dans le
but de-défendre son honneur et sa dignité et en
même temps d'empêcher qu'il ne soit fait de cette
haute cour un usage incorrect et abusif, proteste
formellement et énergiquement contre les observa-
tions défavorables au Japon qui ont été émises dans
la. séance du 22 février par le président du tribunal
d'arbitra-e constitué en vertu du protocole de Was-
hington du 7 mai 1903.
Le gouvernement impérial demande que sa pro-
testation soit transcrite sur les registres de la cour
permanente d'arbitrage et qu'il lui soit donné la
mêrae.pubjiçit.é qu'aux paroles qui l'ont proyqquée.
Le soussigné saisit cette occasion pour renouveler
-Ne nous disputons pas, mes enfants, ne
nous disputons pas, je vous en prie.
Mais il ne s'agit pas d'une dispute, papa,
c'est une simple explication et rien de plus.
Ainsi, voici déjà trois semaines passées que
Bernard et Thierry n'ont plus de précepteur.
Et pourquoi cela, mon cher ami? demanda
la baronne.
Pourquoi?
Parce que celui-ci leur faisait apprendre
trop d'histoire ancienne.
C'est une erreur, ma chère amie. Je lui ai
donné congé parce que tu ne le trouvais pas
assez distingué, parce qu'il se servait de son
couteau en guise de fourchette. Or, il me sem-
ble qu'on aurait sans grand'peine réussi à lui
faire perdre cette mauvaise habitude.
A ces mots, le comte Teupen esquissa de nou-
veau le même geste suppliant.
Voyons, mes enfants, fit-il d'un ton plain-
tif, est-il bien nécessaire que vous ayez cette
explication dans le corridor? Et dans un pareil
costume? ajouta-t-il en ramenant les pans de sa
robe de chambre. Nous y gagnerons un beau
refroidissement. Eh 1 mon Dieu, ces gamins,
les entendez-vous crier?
Profondément scandalisé, le vieux diplomate
s'éloigna à grands pas en se bouchant les
oreilles.
Le baron de Tubingen de son côté courut à
là chambre occupée par les deux jumeaux et
les surprit en train de se livrer à des exercices
chorégraphiques accompagnés de chants qui
n'avaient rien d'harmonieux.
Le temps de leur administrer une paire de
taloches et de leur faire une admonestation sen-
tie, puis il regagna sa chambre, contiguë a celle
de sa femme et située au bout du corridor.
Ses colères ne duraient pas, surtout lorsqu'il
pouvait leur donner libre carrière. Au bout d'un
instant, il se surprit sourire à l'idée de ce qui
venait de se passer. Sans plus tarder, il passa
dans son cabinet de toilette et se mit en devoir
de se débarbouiller. Cette opération, qui durait
fort longtemps, se terminait généralement par
une inondation complète de la chambre. Pen-
ché sur sa cuvette, une éponge dans chaque
main, il lançait des éclaboussures dans toutes
les directions; ses cheveux et sa barbe ruisse-
laient, et pendant ce temps il ne cessait de
à S. Exc. le ministre des affaires étrangères l'assu-
rance de sa parfaite considération.
Par quelles voies discrètes et sûres améri-
aines ou autres, fit-on observer à Saint-
Pétersbourg que le souvenir de cet incident
pouvait ne pas rendre la tàche particulièrement
aisée à M. Mouravief? Comment cet avertisse-
ment amical vint-il fortifier la thèse de ceux
quiv dès le premier jour, avaient cru que l'an-
cien ministre n'était pas l'homme de la négocia-
tion qu'on lui confiait, de ceux qui, au minis-
tère même des affaires étrangères, pensaient
qu'un homme d'affaires ou un diplomate va-
lait mieux pour ces pourparlers compliqués
qu'un orateur ou un magistrat? Ce sont des
questions secondaires sur lesquelles l'heure
n'est pas venue d'insister. Quoi qu'il en soit, si
l'on se rappelle que M. Mouravief n'est pas un
ami du comte Lamsdorf, que dans les bureaux
il compte peu de sympathies, qu'enfin sa pré-
sence à la tête de la mission en excluait M.
Witte, on comprendra que le souvenir évoqué
à propos du discours de la Haye ait fait une
vive impression.
C'est dans ces conditions que la maladie de
M. Mouravief fut définitivement jugée trop
grave pour lui permettre le voyage et que, re-
venant à sa première idée, l'empereur fit appe-
ler M. Witte pour lui confier la mission d'aller
voir en Amérique si la paix était possible.
GEORGES VILLIERS.
LE CONGRÈS DE MOSCOU
Le congrès des zemstvos tenu à Moscou, au dé-
but de mai, s'était prononcé nettementcontre le sys-
tème du vote restreint et contre l'institution d'une
Chambre de représentants unique; il opposait à cet
ordre de choses le recours au suffrage Universel et
le projet de deux Chambres, dont une seule, la
Chambre haute, pourrait être formée au suffrage
restreint.
Le projet Bouliguine
Depuis lors, le projet Bouliguine a été définitive-
ment établi sur les bases condamnées par les zems-
tvos At déféré ensuite au comité des ministres. Ce
comité, s'il n'a pas encore prononcé sur les relations
à établir entre la future Assemblée représentative et
le conseil de l'empire, a corroboré du moins la pre-
mière partie du projet, celle qui a trait au système
d'élection. Dans ces conditions, on doit s'attendre à
ce que le nouveau congrès exprime d'une manière
plus explicite que le précédent sa réprobation pour
le projet officiel de représentation.
En effet, notre correspondant à Pétersbourg, parti
pour Moscou sur invitation d'assister aux séances
du congrès, nous télégraphie que le bureau mixte
d'organisation, constitué par des représentants des
zemstvos et des doumas, a arrêté le programme
d'un premier ordre du jour, énumérant les défauts
suivants du projet Bouliguine L'établissement de
distinctions préjudiciables, en ce qui concerne les
classes et les biens; l'exclusion de certains citoyens
(les ouvriers); l'absence de garanties de liberté per-
sonnelle, en raison de ce que les élections sont
soumises à la direction des fonctionnaires; l'absence
d'immunité parlementaire; la répartition de la
douma en neuf sections la nomination de prési-
dents le caractère secret des débats; la soumission
de l'Assemblée nationale au conseil de l'empire;
l'absence ou l'insuffisance d'initiative législative; le
contrôle défectueux des dépenses nationales, lié lui-
même au mode vicieux d'établissement du budget;
le manque de contrôle de la part de la douma sur les
questions de politique étrangère l'absence de res-
ponsabilité ministérielle vis-à-vis des représentants
de la nation.
La clause 7 énonce
Le projet va à rencontre de la déclaration du pou-
~ypa8aaam,·,·~· ae 1`.n;nn onlra..l8..153.1..8x.wlB~.
peuple par l'entremise des représentants de la nation
et se conforme au principe bureaucratique qu'ont con-
damné ce pouvoir et le peuple, en faisant intervenir le
conseil de l'empire entre le souverain et le peuple et
en reléguant la douma impériale au oaractère subor-
donné d'un comité serbe.
Il y a lieu de remarquer que la critique du con-
grès s'exerce sur un texte encore imparfaitement
connu, d'après des communiqués partiels parus dans
la presse, et même indéterminé dans certaines par-
ties, car le comité des ministres ne s'est pas pro-
noncé encore sur tous les articles soumis à son exa-
men. Il semble que la tactique des congressistes
soit de prendre les devants et de mettre le gouver-
nement en présence do votes de principe qui ren-
dent impossible par la suite la mise en vigueur du
projet. Notre correspondant particulier nous télé-
graphie à ce suj et p P
Moscou, 19 juillet.
Les Rousskia Védomosti, organe des zemstvos, publient
un nouveau projet de Constitution, variante du pro-
jet connu sous le nom de Projet de la douma de Moscou
et devenu celui des zemstvos, à la suite des votes
du mois de mai.
Il s'agirait de partager la Gosoudarstvennaïa douma en
deux Chambres l'une haute, appelée Zcmskaïa polata,
élue par les zemstvos: l'autre,- dite Chambre des repré-
sentants, formée au suffrage universel.
L'empereur aurait le droit de veto. Il nommerait les
ministres, qui seraient présidés par un grand-chance-
lier le ministère serait solidaire et responsable de-
vant la douma.
Les Novosti et le Novoïê Vrémia rompent des lances
sur le sujet de la solidarité ministérielle; celles-là
émettent la crainte que la solidarité ministérielle ne
soit un appui pour la réaction, si les ministres n'a-
vaient devant eux qu'une Chambre unique, faible-
ment constituée, d'après le projet Bouliguine; le jour-
nal de M. Souvorine affirme qu'en tout cas, et même
sous le régime monarchique pur, la solidarité minis-
térielle ne peut avoir que d'heureux effets.
Il est impossible, en présence d'informations con-
tradictoires, de discerner les intentions de l'empe-
reur en ce qui concerne la crise intérieure ouverte
par la réunion du congrès, ni de savoir lequel pré-
sente le plus de vraisemblance des bruits qui le
disent prêt à partir pour Copenhague ou prêt à par-
tir pour Moscou.
s'ébrouer, de souffler bruyamment, de geindre
et de monologuer.
Au fond, l'histoire de tout à l'heure l'amusait.
Les espiègleries de ce genre ne lui déplaisaient
pas, bien que pour la forme il se crût obligé de
les blâmer.
En somme, fit-il à mi-voix, Eléonore est
'dans le vrai. Benoîte me ressemble, c'est une
Tubingen, un garçon manqué; mais n'empêche,
elle a de la race. Les petits sont aussi de fameux
polissons. Ah par exemple, Max, notre aîné,
tient plutôt de son grand-père, c'est un diplo-
mate. Pas de danger qu'il fasse des bêtises I.
Trois fois il y avait eu baptême chez les Tu-
bingen, mais à de grands intervalles. Max,
l'aîné de leurs enfants, avait vingt-huit ans. Dix
ans après lui, Benoîte avait fait son entrée dans
la vie enfin, huit ans plus tard, étaient venus
les deux jumeaux. Pour le coup, le gros baron
Tubingen avait éprouvé un saisissement inex-
primable, car il ne s'attendait pas à une aussi
riche bénédiction du ciel. De plus, la naissance e
de ces deux garçons dérangeait ses combinai-
sons. En effet, il avait pris ses dispositions,
comme s'il devait n'avoir que deux fils. L'aîné,
Max, devait avoir un jour la propriété de Hohen-
kraatz, qui était constituée en majorat; le ca-
det, au cas où il en viendrait un, aurait eu Dra-
ke, un bien situé en Poméranie et apporté en
mariage par la baronne. Le deuxième fils était
bien venu, mais accompagné d'un troisième, et
cet événement avait bouleversé tous les plans
de l'infortuné baron.
Une autre difficulté se présentait encore
il était matériellement impossible d'établir quel
était l'aîné des jumeaux. Le père et le grand-
père affirmaient solennellement que c'était
Thierry; par contre, Mme de Tubingen jurait
ses grands dieux que c'était Bernard.
En attendant, les deux gamins étaient élevés
tant bien que mal au château plus tard ils de-
vraient entrer à l'académie noble de Liegnitz
et devenir officiers après quoi l'on verrait.
La toilette du baron était achevée d'ailleurs
elle était plutôt simple, car il n'attachait pas la
moindre importance à l'extérieur, et cela vexait
profondément sa femme, bien qu'il eût tout mis
en œuvre pour lui faire partager le mépris phi-
losophique au'il professait pour les apparences
brillantes.
Le congrès des représentants de la Bourse
et de l'industrie
L'administration supérieure avait interdit au con-
grès des délégués des Bourses de s'occuper de la
question constitutionnelle et lui avait recommandé
de se borner au programme arrêté par son prési-
dent, M. Kowaievsky l'assemblée ayant quand
même abordé la question constitutionnelle, le con-
grès a été sommé de suspendre ses travaux.
En dépit de cette interdiction, 50 délégués, repré-
sentant 38 institutions, se sont réunis le 18 au ma-
tin. De profondes dissidences règnent parmi eux.
Cependant, l'assemblée a voté à une majorité con-
sidérable le premier point du rapport Kowalevsky
concernant l'établissement de la représentation na-
tionale sur la base du suffrage universel et de deux
Chambres.
L'attitude de la noblesse
e rôle que jouera la noblesse, en face dé la coali-
tion des zemstvos et des doumas, est particulière-
ment intéressant à l'heure actuelle, mais reste mal
éclairci, en raison des dissidences qui se produisent
à l'intérieur de ce soslovie privilégié.
Le vote des maréchaux de noblesse, dans leur con-
grès partiel du 25 mars dernier, à Moscou, avait dé-
claré intangible le principe d'autocratie; mais de-
puis, nombre de maréchaux de noblesse ont paru
faire cause commune avec les zemstvos; ce rappro-
chement a été particulièrement marqué par les dé-
clarations expresses de M. Chipof, se ralliant à l'o-
pinion de la majorité des zemstvos telle qu'elle ré-
sultait des votes retentissar,ts du mois de mai.
Les maréchaux de noblesse, reçus le 19 juin par
l'empereur, avaient tenu de même devant le souve-
rain un langage purement constitutionnel. On ap-
prend aujourd'hui que la noblesse moscovite mar-
que en ce point un certain désaccord entre plusieurs
de ses membres et son président, le prince Serge
Troubetzkoï. Une lettre virulente, signée Chitcher-
batof, Chipof, Alexandre et Théodore Samarine, re-
proche au prince Troubetzkoï d'avoir outrepassé ses
droits et même manqué à ses devoirs en parlant de-
vant l'empereur comme il l'a fait le 19 juin la par-
tie conservatrice de la noblesse moscovite voterait,
dit-on, prochainement, une adresse de blâme desti-
née au prince Troi-ibetzkoï.
Quoi qu'il en soit de cetto «juoréllo do famille^ pro-
pre aux gentilshommes du gouvernement de Mos-
cou, on suppose que la réprobation exprimée n'atté-
nuera que dans une faible mesure l'effet des paroles
prononcées le 19 juin en présence de l'empereur,
au nom des maréchaux de noblesse de Moscou et de
Pétersbourg et avec l'approbation explicite des
assemblées de noblesse de vingt-six gouverne-
ments.
«»
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE
Déclarations de M. Witte
La nomination de M. Witte comme plénipoten-
tiaire avait été annoncée partout comme une victoire
remportée par le parti de la paix sur le parti de la
guerre, dans les entourages immédiats de l'empe-
reur. Les commentaires parus à ce sujet dans la
presse avaient conclu à la paix inévitable en termes
si catégoriques qu'il était à craindre que cette paix
ne fût conclue à des conditions peu satisfaisantes
pour la Russie. D'un autre côté, les Japonais avaient
fait au choix de M. Witte un si bon accueil qu'ils
semblaient tout prêts à exploiter dans le sens de
leurs intérêts l'inclination bien connue du plénipo-
tentiaire russe dans le sens de la paix.
Ces circonstances, que les ennemis do M. Witte à
Pétersbourg ne manquèrent pas de souligner, fu-
rent de nature à lui faire regretter l'attitude très
nettement pacifique prise par lui dès l'an dernier et
le déterminèrent à donner au correspondant de
VAssociated Press une interview dans laquelle il
protestait dans les termes suivants contre l'idée de
conclure la paix à tout prix
J'ai été désigné,- dit M. Witte, par l'empereur, comme
ambassadeur extraordinaire pour entrer en pourpar-
lers avec les plénipotentiaires japonais et constater la.
possibilité de conclure un traité de paix. Mes vues
..x.nrj±annolloo Boni ^'importance secondaire, mais mes..
idées sont tout à fait les mêmes que celles de mon
ami le comte Lamsdorf, ministre des affaires étran-
gères. Je sers l'empereur. J'ai reçu des instructions
précises de Sa Majesté. Je les suivrai. La décision dé-
flnitive est entre les mains du tsar. Il lui appartient
de décider des destinées de la Russie. L'empereur est
ami de la paix et la désire. Mais je crains beaucoup
que les conditions proposées par le Japon ne soient
telles qu'elles empêcheront tout accord.
D'autre part, le monde doit cesser de croire que la.
Russie veut la paix à tout prix. Il y a deux partis %̃
l'un en faveur de la continuation de la guerre à ou-
trance, parti qui est très puissant; le second, auquel
j'appartiens, est favorable à la paix.
Je l'avoue franchement, car dire la vérité a toujours
été le principe de ma politique j'étais pour la paix
avant l'ouverture des hostilités quand la guerre a
éclaté, la situation s'est trouvée modifiée; toutefois,
malgré l'existence de deux partis, l'un favorable, l'au-
tre opposé à la continuation de la guerre, dans les cir-
constances actuelles, je ne doute pas que ces deux par-
tis ne s'uniraient si les exigences japonaises devaient
blesser l'amour-propre de la Russie ou compromettre
l'avenir de la nation. Je suis sûr que si je déclare les
conditions du Japon inacceptables, la Russie acceptera
ce verdict et que le peuple russe sera prêt à conti-
nuer la guerre plusieurs années encore si cela est né-
céssaire..
La Russie n'est pas épuisée, comme la presse étran-
gère incite le monde à le croire. La situation intérieure
est mauvaise, très sérieuse, je ne le nie pas; mais la
signification vraie des événements n'est pas connue,
ni en Amérique, ni en Europe.
Les correspondants de journaux viennent ici, parlent
à quelques centaines de personnes de Saint-Péters-
bourg et de Moscou, interprètent mal les événements
et remplissent le monde de fausses impressions sur
l'avenir de la Russie.
La Russie ressemble peu aux autres pays de l'ouest
de l'Europe; pour la connaître, pour comprendre
l'âme du peuple russe, il faut être né ici, ou avoir vécu
de nombreuses années dans notre pays; les cou-
tumes, l'histoire, la psychologie du peuple russe
sont entièrement différentes de celles des nations oc-
cidentales.
La Russie ne peut être jugée selon les vues occiden-
tales; la Russie est tellement grande, elle est composée
de tant d'éléments divers!
Actuellement, elle donne l'image d'une grande ra-
Ce jour-là, comme à son ordinaire, il portait
une sorte de veston de chasse, pas mal râpé,
d'une nuance indéfinissable, et dont les innom-
brables et vastes poches renfermaient un véri-
table arsenal d'objets extraordinaires, tels, par
exemple, un couteau de poche de dimensions
anormales, un petit sécateur, une tabatière en
buis, un mouchoir rouge grand comme un drap
de lit, un étui à cigares très fatigué, bourré
d'abominables produits hollandais, longs, jau-
nâtres et couverts de taches parfois encore des
échantillons de pommes de terre, des cartou-
ches de Lefaucheux, des bourres en feutre, des
boîtes d'allumettes, un sifflet de chasse, le cour.
rier du matin, la gazette du jour; à l'occasion
aussi, quelque scarabée ou cerf-volant pour
Thierry, voire même une rainette pour Ber-
nard, etc., etc. Bref, les poches de ce fameux
veston, que le seul Stupps était admis à brosser,
servaient de réceptacle aux objets les plus di-
vers et leur contenu aurait suffi pour monter un
petit musée ou pour approvisionner l'é venta ire
d'un marchand ambulant.
Pour compléter le costume, une paire de
grosses bottes dans lesquelles se perdaient les
extrémités d'un pantalon démesurément large,
un tricot de chasse rouge et vert, et enfin un6
coiffure monstrueuse, antédiluvienne, une sorte
de casquette avec des oreillettes relevées et
nouées par-dessus le fond. Le monocle, dont t le
baron ne se séparait jamais, jurait singulière.
ment avec la tenue qui vient d'être décrite.
C'était une habitude qu'il avait contractée danâ
sa jeunesse, quand il était lieutenant; et sur
ses vieux jours, il ne pouvait plus s'en défaire.
Quarante ans auparavant, Tubingen avait faif
ses débuts au régiment des gardes du corps e?
l'on avait peine à croire les gens venant affir*
mer que ce hobereau ventripotent et fatigua
avait été jadis l'officier le plus élégant de ce ré-
giment aristocratique. Mieux que cela même, la
baronne, en ses bons moments, racontait qu'aux
trefois et à juste titre, assurait-elle il pas-
sait pour a le plus bel officier de Sa Majesté »,
F. DE ZOBKLTITZ.
Traduit de l'allemand par P. ok Pardmlla*-
IA tuivreX
r$it s*afttmàe aftx Bwôaitx (Tu Journal, 5, TÔtîLEYARB DES ITALIEN, i PARIS (2e), et ttânsToûsles Bureaux Mïaàè
JEUDI 20 JUILLET i905
PRIX DE L'ABONNEMENT
FAEIS, SEIHÉ et SEINE-ET-OISE. Trois mois, 14 fr.; Six mois, 2S tt. Bu tn, fe© fr.
."DÉPÂltT\ÍI ê1ALSACE-LORRÁIHE. ~7 fr,; S4 Ir.; 88. fe.
J)ÉPÂlfTÎ"8tALSÂCE-I0EEAINE. 17 fr.; –• 34 fr. 68 fr.
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ïf-iefti numéro (à Paris) 1S centimes
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*jutes les lettres destinées à la Rédaction doivent être adressées an Directeur
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3N*" 1O3.O7 1O3.0B 1O3.O9 119.3? IX9.4O
Paris, 19 juillet
BULLETIN DE L'ÉTRANGER
LA SITUATION MINISTÉRIELLE EN ANGLETERRE
M. Balfour vient de réserver coup sur coup
deux surprises à son parti. Il a retiré le projet
de redistribution des circonscriptions électo-
rales, qu'il avait déposé il y a huit jours. Il a,
par une initiative sans précédent depuis son
arrivée aux affaires, convoqué au Foreign office
une réunion du parti unioniste pour examiner
ifrî. situation politique.
Nous avons exposé ici même, le 12 juil-
let, quelques-unes des raisons qu'avait d'être
mal accueilli le projet de remaniement des cir-
conscriptions électorales. Ces raisons n'avaient
rien de mystérieux. Et pour les apprécier à leur
juste valeur, M. Balfour n'avait qu'à se reporter
a la déclaration faite en février dernier à la
Chambre haute par son collègue lord Lansdow-
ne « J'ai l'impression, disait celui-ci, qu'il est
matériellement impossible de faire passer le Re-
distribution bill ou cours de cette session. Je
pense que nous agirons suivant la méthode ha-
bituelle en pareil cas, de façon à ce que la loi
soit votée l'an prochain. » En expliquant
avant-hier qu'il était, après conversation
avec le speaker, arrivé à cette même con-
clusion, M. Balfour a témoigné d'un peu
trop d'insouciance. Les journaux les plus mi-
nistériels, lui reprochent avec amertume sa lé-
g-èreté. Et le Times se refuse à comprendre
comment, pour causer avec le speaker de la
possibilité de discuter la loi, il a attendu de
t'avoir déposée, plaçant ainsi le gouvernement
et la majorité dans une situation « ridicule ».
Est-ce pour conjurer cette mauvaise humeur,
est-ce par une mesure de précaution plus géné-
rale que M. Balfour, manquant à toutes ses ha-
bitudes, a convié au Foreign office une cin-
quantaine de parlementaires, parmi lesquels
MM. Chamberlain, Gibson Bowles, sir John
Gorst, lord Hugh Cecil, sir Howard Vincent,
MM. Ritchie, Jesse Collings et Disraeli? Tou-
jours est-il que, en dépit de l'affirmation du
premier ministre que rien de grave n'avait mo-
tivé cette convocation, tout le monde a eu l'im-
pression que le ministère sentait la nécessité de
solliciter tous les dévouements pour éviter, d'ici
au 12 août, une surprise désagréable. C'est en
somme un appel à l'aide que vient dé lancer
M. Balfour.
La redistribution électorale étant momentané-
ment écartée, rien n'était, semble-t-il, particu-
lièrement menaçant. Et l'on a vu avec quelque
étonnement le premier ministre recourir à cette
mobilisation. Sans doute, depuis six mois, les
élections de North-Dorset, Brighton et Carlisle
ont continué la série des succès libéraux rem-
portés depuis un an par MM. Allan Bright, Find-
lay, Rufus Isaac, Richards, Cheetham, d'au-
tres encore. Sans doute aussi la Fédération na-
tionale libérale, réunie à Newcastle en mai der-
nier, a décidé de mener une rude campagne
contre le ministère. Sans doute enfin l'équivo-
que qui pèse sur le parti unioniste, tiraillé entre
M. Balfour et M. Chamberlain, a pris avec le
temps une gravité croissante et porté préjudice
direct, même en matière électorale, à la cause
ministérielle. Mais ce sont là des maux aux-
quels le gouvernement a eu le temps de se rési-
gner et qui ne suffisent pas à expliquer l'initia-
tive de son chef.
Cette initiative se comprend mieux, si l'on re-
marque que l'exposé qu'a fait M. Balfour de la
situation a eu pour résultat de provoquer, de la
part de M. Chamberlain, la profession de foi la
plus nettement ministérielle qui soit encore
sortie de sa bouche. L'ancien ministre des colo-
nies achevant une évolution qu'on pouvait sui-
vre depuis quelques semaines à bien des indi-
ces, a déclaré qu'il ne croyait plus à la néces-
sité de procéder immédiatement-aux -élections
générales. Il a ajouté que le parti conservateur
devait soutenir M. Balfour jusqu'à la fin de la
session actuelle et durant toute la session de
l'année prochaine. Si l'on se souvient qu'en
mars 1905, M. Chamberlain, consulté par le
comité électoral de Greenwich, lui conseillait
de voter contre le conservateur fidèle quest lord
Hugh Cecil, pour le candidat protectionniste,
quel qu'il fût; si l'on songe que, par cette tacti-
que, M. Chamberlain était bien près de se séparer
du ministère, on comprendra que M. Balfour
ait cru nécessaire de le souder à lui par des en-
gagements formels. Déjà, le 13 avril, une réunion
avait eu lieu entre les deux sections du parti
unioniste, section Balfour et section Chamber-
lain, afin d'atténuer les divergences fiscales et
d'accentuer l'union politique. Plus près de
nous, le 7 juillet dernier, en célébrant le second
anniversaire de la Tariff Reforni League, dont
il développait les principes, M. Chamberlain
déclarait « Nous savons que notre succès dé-
pend d'un parti unioniste fortement uni sur
cette question. » C'est à cette union qu'on a tra-
vaillé dans la conférence d'hier. i
Cette conférence n'a qu'un objet: c'est de
prolonger les jours du ministère. ha peur, dit-
on, est mauvaise conseil 'ère. C'est elle qui ins-
pire les décisions des unionistes anglais. Leur
œuvre législative au cours de la session a été
médiocre. Ils veulent permettre au ministère,
pendant l'armée qui le sépare encore des élec-
tions générales, de faire oublier au pays cette
stérilité. Pour cela, la devise ministérielle est
ïeprimiim vivere des gouvernements faibles.
C'est de cette question primordiale qu'on s'est
uniquement occupé dans la réunion du Foreign
office.
r~i~r;®~r ~~r ~~itt~
DU 20 JUILLET 1905 (P-)
L'ANNÉE DES MARIAGES
1 (Suite) <
La jeune Anglaise, pâle de terreur, s'était pré-
cipitée dans la chambre, tandis que Benoîte,
assise dans son lit, contemplait la scène avec un
air innocent et étonné.
For God's sake! gémissait l'institutrice
dont les yeux trahissaient une vague épouvante
Parlez donc, Gertrude, dit-elle enfin, que s'est-il
passé?
L'autre, debout devant la toilette, un verre à
la main, se gargarisait de toutes ses forces et
agitait les bras.
Laissez-moi, cria-t-elle enfin, laissez-moi
seule, je vais mourir 1. Oh mon Dieu, mon
Dieu, miss Nelly, tapez-moi dans le dos toi
aussi, Benoîte. J'ai avalé une chauve-souris
peut-être un hanneton. Donnez-moi encore un
peu d'eau, je vous prie.
Non, c'est du lait qu'il vous faut, du lait
chaud, s écria miss Nelly, dont l'émotion allait
en croissant.
Joignant l'action au conseil, elle courut vive-
ment a la sonnette et se mit à carillonner. Ce
bruit inusité révolutionna le château, dont les
habitants furent bientôt sur pied
Benoîte, qui ne s'attendait pas à une comédie
pareille, commençait à ne plus être rassurée.
^.«{«'S11^18 qu'en ces occasions la con-
te chambre^' P°Ur elle, c'était les arrêts à
1& chambre.
Ne pousse donc p as de tels cris, Gertrude,
BeDrochiction interdite. '̃ r~
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
DES CORRESPONDANTS PARTICULIERS DU Temps
Copenhague, 19 juillet, 8 h. 35.
Les relations entré le Danemark et l'Allemagne
témoignent d'une cordialité croissante par les visi-
tes du jeune couple impérial allemand dans le Jut-
land, par les fêtes que donneront à la fin de la se-
maine les ministres de la marine et des affaires
étrangères en l'honneur de la flotte allemande, et
enfin par la visite de l'empereur Guillaume lui-
même, qui est attendu peu après l'arrivée de sa
flotte.
Stockholm, 19 juillet, 8 h. 50.
Le bruit court que l'empereur Guillaume II avait
manifesté le désir de visiter Stockholm, mais qu'il
y a renoncé sur l'observation du roi Oscar lui-môme
que cette visite risquerait d'éveiller les susceptibilités
des Norvégiens, surtout après que le souverain alle-
mand a cru devoir renoncer cette fois à sa croisière
habituelle sur les côtes de Norvège.
Berlin, 19 juillet, 8 h 25.
La visite des membres des chambres de com-
merce anglaises, qui devait avoir lieu en septembre
sous la conduite de sir Thomas Barclay, est remise
à l'année prochaine. La raison donnée par les An-
glais est qu'ils ont d'autres obligations pour l'époque
primitivement fixée pour leur visite en Allema-
gne.
Budapest, 19 juillet, 8 h. 25.
La résistance passive au ministère Fejervary con-
tinue à s'organiser dans les comitats.
M. Aurel Vlad, un des rares Roumains siégeant à
la Chambre hongroise, où ils ne sont que quelques-
uns pour représenter les deux à trois millions de
Roumains du royaume', vient de publier dans son
journal, la Libertatea, une exhortation à ses cona-
tionaux leur recommandant la plus stricte, neutra-
lité dans le conflit entre l'opposition et le gouverne-
ment « Nous, Roumains, dit-il, nous n'avons rien
à espérer de la coalition dont un chauvin comme
Banfly est le principal -champion, et si, d'autre part,
nous nous mettions du côté do Vienne, nous pour-
rions être sûrs que notre tète, serait le prix de la
victoire de la coalition et que nous ferions, comme e
toujours, tous les frais de la réconciliation. »
La chambre de commerce de Budapest, où jadis
régnait sans partage le parti libéral recruté surtout
parmi les négociants israélites, entre les mains des-
quels sont le commerce et l'industrie, a voté à une
grande majorité une résolution en faveur de la sé-
paration économique des deux parties de la monar-
chie. La fraction extrême a complètement entraîné
les autres, au point que les modérés, partisans du
maintien de la communauté économique avec l'Au-
triche, n'ont pas osé prendre part au vote.
La Haye, 19 juillet, 9 h. 30.
Par l'intermédiaire de la légation d'Allemagne au
Maroc, le gouvernement néerlandais a fait parvenir
au sultan son adhésion à la conférence, à la condi-
tion que toutes les grandes puissances intéressées
y prennent part.
En remplacement de M. Ruyssenaers, le conseil
d'administration de la cour d'arbitrage a nommé
secrétaire général le baron Michiels Van Verduynen,
député catholique de Breda à la seconde Chambre.
Les délégués des différents Etats représentés à la
conférence de. droit internationnal privé ont signé a
le texte des conventions arrêtées à cette confé-
rence.
• o
O OUST TIRE Hj'3ïT^.K.OŒa:iEÎ
II faut que tous les bons citoyens s'unissent
contre l'anarchie qui pénètre dans les rangs
des fonctionnaires; sinon, il n'y aurait plus de
gouvernement et il n'y aurait plus de Républi-
que. Le pays ne pourrait se sauver qu'aux
dépens d u régime, ei peut-êtra. même serait-il-
trop tard. Parmi tous les poisons dont le corps
social doit se préserver, il n'y en a pas de plus
délétère que le venin qui se glisse dans tous
les groupements d'instituteurs, sous prétexte
de conférences, de pédagogie, d'études en com-
mun et même de mutualité Ceux qui luttent
contre cette menace redoutable pour l'existence
même de la patrie font œuvre difficile et néces-
saire. On ne saurait trop les louer et les en-
courager.
C'est pourquoi nous signalons le très impor-
tant et très beau discours que M. Collignon,
préfet du Finistère, vient de prononcer dans
une réunion d'instituteurs. Ceci se passait dans
le département même où, naguère, deux cents
instituteurs et institutrices acclamaient un
fonctionnaire de l'enseignement qui venait
d'être justement déplacé pour avoir attaqué
sans merci, dans des articles de journaux, les
autres fonctionnaires du département, le préfet
et le ministre lui-même. Moins le terrain sem-
blait favorable, plus nécessaires et plus urgen-
tes étaient les paroles que le préfet du Finistère
a prononcées. Une analyse affaiblirait le sens
de ce beau discours, dont on trouvera plus loin
le texte. M. Collignon a très heureusement pro-
fité des fêtes maritimes de Brest pour rappe-
Jer aux instituteurs qui l'écoutaient quelques
vérités essentielles. Il ne faut point se lasser de
leur répéter que le pacifisme est l'ennemi de
la paix que pour conserver la paix, il faut être
fort; et qu'il n'y a pas de sécurité pour les na-
tions que l'on sait désarmées et faciles à réduire
par la menace. Il faut également redire, à toute
occasion que nul-n'est obligé de demander un
salaire au gouvernement; que l'on ne peut pas
avoir la prétention de garder une indépendance
illimitée, lorsqu'on est fonctionnaire; et qu'il
est déloyal d'abuser de l'autorité que donne un
titre officiel pour s'attaquer aux principes sur
lesquels repose l'Etat.
Tous les jours se produisent des incidents ou
des manifestations qui montrent qu'on ne peut
plus tarder de livrer le combat aux doctrines
fit-elle d'un ton impatienté. Et toi, Nelly, je t'en
supplie, cesse de carillonner ainsi. Je vous dis
que c'était une fraise, une malheureuse fraise.
-Non, c'était une chauve-souris, s'écria Ger-
trude qui n'avait pas lâché son verre. Je la sens,
elle remue dans mon estomac.
Apportez du lait chaud, commanda Nelly
aux deux femmes de chambre qui venaient d'ac-
courir tout essoufflées. Du lait en aussi grande
quantité que possible.
C'est absurde 1 proclama Benoîte en sau-
tant à bas de son lit. Je vous répète que c'est
une plaisanterie et rien de plus. J'ai glissé une
fraise dans la bouche de Gertrude. D'ailleurs,
vous n'avez qu'à regarder, en voici d'autres. Ne
soyez donc pas ridicules.
A ce moment, la porte s'ouvrit brusquement
et livra passage à la baronne coiffée de son bon-
net de nuit et drapée dans un grand peignoirde
velours bleu défraîchi.
-Pour l'amour de Dieu, mes enfants, balbu-
tia la brave dame, que se passe-t-il chez vous ?
Gertrude, qui s'était écroulée sur une chaise
continuait à faire des efforts pour avaler et
pleurait à chaudes larmes. Benoîte avait une
mine piteuse et miss N'elly s'était réfugiée dans
sa chambre. Aucune des trois ne répondant à
sa question, la baronne la répéta
•– Voyons, que se passe-t-il ? Gertrude, ma
chère enfant, pourquoi pleurez-vous?. Allons,
Benoîte, vas-tu me dire ce qu'il y a eu?
Les deux jeunes filles se contentèrent de bais-
ser la tête.
La patience n'était pas la qualité maîtresse
de Mme de Tubingen. D'ailleurs, un secret pres-
sentiment lui disait que Benoîte, selon toute ap-
parence, était l'auteur de ce scandale inouï.
Miss Nelly, appela-t-elle d'un ton sec, je
désire connaître le motif de ce vacarme. Je sup-
pose que vous avez dû l'entendre?
Effectivement, madame, répondit l'institu-
trice, toujours calfeutrée dans sa chambre. Mlle
Gertrude s'est imaginé qu'elle avait avalé une
bête, mais elle s'est trompée.
Qui, reprit Benoîte avec un air penaud,
c était une fraise. J'ai voulu jouer un mauvais
tour à Gertrude, parce qu'elle dort toujours la
bouche ouverte.
Port heureusement pour elle, sa confession
fui interrompue nar une succession de couj>s
anarchiques répandues parmi les fonction-
naires, et surtout parmi les fonctionnaires de
l'enseignement. On l'a bien vu, hier encore, au
conseil départemental de l'enseignement pri-
maire, à Mâcon. Il s'agissait de prononcer sur le
cas de M. Breton, l'instituteur de Chalon qui
avait soutenu; en réunion publique, les théories
de M. Gustave Hervé sur la grève des réservistes
en cas de guerre. M. Bretin avait trouvé un
moyen assez original de faire le plus de mal
possible en courant le moindre risque. Il avait
fait sa conférence sous un pseudonyme! On
voit d'ici quelle pouvait être la valeur protec-
triée do'cette 'feuille'dë vigne dans la' ville
même où M. Bretin exerce ses fonctions. Ajou-
tons que la présence du député socialiste révo-
lutionnaire de l'endroit assurait à cette réunion
et à la conférence de l'instituteur internatio-
naliste un retentissement inusité. Bref, tout y
était. Et cependant la peine de la censure de-
mandée par l'administration n'a été prononcée
que par 7 voix contre 6. Seuls le préfet et les
fonctionnaires de l'ordre administratif ont con-
senti à censurer M. Bretin. Tous les élus du
conseil départemental, instituteurs et institu-
trices, ont voté contre, acceptant ainsi la solida-
rité de la thèse révolutionnaire et internationa-
liste. Naturellement les conseillers généraux ont
innocenté M. Bretin. Ils appartiennent aux
fractions les plus avancées du radicalisme et
ils ne veulent pas s'exposer aux rancunes des
instituteurs qui sont leurs agents électoraux.
Telle est la situation, qu'il ne servirait à rien de
dissimuler: si l'on ne prend pas d'énergiques
mesures pour guérir le mal, nous nous prépa-
rons à toutes les humiliations en attendant les
pires désastres.
• <3S»
POUR LES LANGUES VIVANTES
Parmi les réformes proposées au conseil supé-
rieur de l'instruction publique, il en est une qui
serait vraiment fâcheuse c'est celle qui consisterait
à rendre l'épreuve de langues vivantes facultative
aux examens du brevet supérieur. Inutile d'insister'
pour démontrer que cette meoure équivaudrait à la
suppression pure et simple des langues vivantes
dans les écoles normales et dans l'enseignement
primaire. Elles avaient été introduites il y a vingt
ans, par l'institution de l'épreuve obligatoire du
brevet supérieur, et depuis vingt ans ce régime
avait donné les meilleurs résultats. C'est à l'imita-
tion de la France que la Prusse, la Saxe, la Suisse,
le Danemark, la Suède, l'Angleterre, les Etats-Unis
ont inscrit les langues vivantes au programme de
leurs écoles normales d'instituteurs et d'institutrices.
Après avoir donné l'exemple d'un progrès, il serait
déplorable que la France donnât celui d'un recul
le premier exemple a été suivi, le second ne le serait
certainement pas.
On objecte qu'il n'y a aucune nécessité pratique à
ce que les instituteurs sachent une langue vivante
qu'ils n'auront pas à enseigner aux enfants des
écoles communales. Mais d'abord, tous les candi-
dats et toutes les candidates au brevet supérieur ne
se destinent pas à la carrière de l'enseignement
pour ceux, assez nombreux, qui entrent dans le
commerce, la connaissance d'une langue vivante est
d'un intérêt évident. Ensuite, si l'on voulait limiter
le programme du brevet aux matières qui s'ensei-
gnent dans les écoles primaires, ce n'est pas seule-
ment les langues qu'il en faudrait exclure. Mais de-
puis quand admet-on que le maître n'a besoin de
rien savoir de plus que ce qu'il est chargé d'ensei-
gner ? Il n'est rien de plus faux que cette conception
bassement utilitaire. Un maître digne de ce nom doit
posséder une culture générale suffisante pour être
capailfg-a-SOntlcrcardu Alliucr c* J»foror- -Vuirpri*– Jo-
ses élèves. Or, la valeur éducative de l'étude des lan-
gues est tellement certaine que les partisans de l'en-
seignement moderne ont soutenu que l'anglais ou
l'allemand pouvaient rendre, dans cet ordre d'idées,
presque les mômes services que le latin et le grec.
Enfin, ce serait une erreur de considérer cette con-
naissance des langues comme un objet de pur luxe
pour les instituteurs. Elle leur permet d'atteindre
aux emplois supérieurs de l'enseignement primaire,
professorat des écoles normales, etc. Elle leur as-
sure, dans les villes, un moyen d'arrondir par des
leçons particulières leur modeste traitement. Et si
l'on envisage l'intérêt direct des élèves, n'est-il pas
bon que leur instituteur puisse préparer à entrer
dans les lycées et collèges ceux qui montrent des
aptitudes pour l'enseignement secondaire?
A quelque point de vue que l'on se place, il faut
souhaiter que cette prétendue réforme, malgré l'au-
torité de la section permanente qui s'y est déclarée
favorable, ne soit pas adoptée parle conseil supé-
rieur. Dans son discours d'ouverture de la session,
le ministre, M. Bienvenu Martin, a appelé l'attention
du conseil sur les graves objections que soulevait
ce projet. L'opinion publique no comprendrait pas
qu'après tant de campagnes en faveur do la diffu-
sion des langues vivantes, le conseil se décidât à
sonner la retraite.
.PROPOS DIPLOMATIQUES
COMMENT M. WITTE A ETÉ NOMMÉ PLÉNIPOTENTIAIRE
M. Witte part aujourd'hui de Saint-Péters-
bourg. Il sera à Paris vendredi à quatre heures.
Il y restera jusqu'au mardi suivant et s'embar-
quera à Cherbourg le mercredi 26, sur le pa-
quebot allemand.
La nomination de l'ancien ministre des finan-
ces comme plénipotentiaire pour la paix a été,
au moins en apparence, d'une extrême
soudaineté. M. Mouravief était désigné. Il avait
de gong, lesquels eurent aussi l'avantage de dé-
tourner les idées de la baronne, déjà prête à lui
infliger un blâme des plus sévères. Toutefois,
elle lui adressa quelques paroles senties et la
rappela aux convenances.
Le puissant organe du baron, lui aussi dési-
reux d'être renseigné, faisait déjà trembler les
vitres du corridor, lorsque survint le grand-
père qui s'entremit aussitôt pour ramener le cal-
me.
Allons, habillez-vous, dit alors Mme de
Tubingen, qui se retira pour faire sa toilette.
Lorsqu'elle pénétra dans le corridor, son mari
et son père se précipitèrent à sa rencontre, im-
patients de connaître les motifs de cette chaude
alerte.
C'est incroyable grogna le baron. Tu dis
qu'elle lui a mis une fraise dans la bouche? Où
va-t-elle chercher des idées pareilles, cette sa-
tanée gamine? Je me le demande. Et si Ger-
trude avait été asphyxiée Vois-tu, Eléonore,
cela ne peut aller plus longtemps ainsi. Ta fille
est insupportable, elle ne pense qu'à faire des
sottises. Dès aujourd'hui, je vais la fourrer en
pension.
Oserai-je te demander de qui elle tient son
caractère, mon cher Eberhard? 2
Est-ce de moi, peut-être? Hahaha! tu vas
me rendre responsable de tout. C'est naturel.
Quand les enfants sont mal élevés, on en re-
jette la faute sur le père, c'est entendu. Mais
Eléonore, tu es la mère, ne l'oublie pas, et si.
Le grand-père Teupen, dont la silhouette en-
core élégante, malgré l'âge, se noyait dans une
antique robe de chambre jaune sale, étendit les
mains en signe de supplication.
-Je vous en prie, mes enfants, ne vous dis-
putez pas.
Tu accorderas, mon cher père, que cette
situation ne peut durer plus lontemps, riposta
le baron. Je ne parviens plus à me faire obéir.
Miss Nelly n'a pas ce qu'il faut pour élever Be-
noîte. Si l'on m'avait écouté, l'on aurait pris une
institutrice d'un certain âge.
La baronne ne lui laissa pas le temps d'ache-
ver sa phrase.
Mon cher Eberhard, fit-elle, je connais
cette antienne. Cela n'aurait pas duré quatre
semaines, car tu ne resDfictes .pas x>lus l'âge
que. j 4
été appelé, à .Pétersbourg. Il devait être reçu
par l'empereur. C'est au sortir de cette audience
qu'une dépêche annonça que le tsar, lui trouvant
mauvaise mine, avait dit: « Vous êtes malade.
Ne^iartez pas. Sur quoi, après cette scène qui,
malgré la gravité du sujet, fait penser au Bar-
Mur de Séville, M. Witte fut nommé.
En réalité, les choses se sont passées beau-
coup moins brusquement. Et il est intéressant
de les rétablir telles qu'elles se sont dévelop-
pées.
Quand Nicolas II se décida à répondre affir-
mativement à la proposition de M. Roosevelt,
sa première pensée fut d'envoyer àWashington
un diplomate de carrière. Et c'est à M. Nelidow
que le comte Lamsdorf reçut l'ordre de s'adres-
ser. Aucun membre du corps diplomatique
russe n'était en effet mieux qualifié que l'am-
bassadeur de Russie à Paris pour remplir cette
lourde tâche. En même temps, l'empereur, frap-
pé de la nécessité de faire intervenir dans les
pourparlers un « spécialiste » des questions
d'Extrême-Orient, avait songé à associer M.
Witte à la mission de M. Nelidow. Et des ou-
vertures avaient été faites dans ce sens au pré-
sident du comité des ministres dans le courant
du mois de juin.
Celte combinaison ne put pas aboutir. M.
Nelidow qui, si jeune qu'il soit d'esprit et d'al-
lure, a cinquante ans de carrière derrière lui,
ne crut pas pouvoir s'imposer la fatigue d'un
voyage en mer, d'un séjour prolongé à Was-
hington, en plein été, dans des conditions dou-
blement éprouvantes. L'empereur, si désireux
qu'il fût de le voir accepter, comprit la force de
ces raisons. Il fit alors proposer, par un inter-
médiaire, à M. Mouravief, ambassadeur à
Rome, d'aller à Washington. M-. Mouravief
accepta, après certaines hésitations. Mais du
fait même de cette acceptation, on dut aban-
donner l'idée de comprendre M. Witte dans la
mission. Car ses relations personnelles avec
M! "Mouravief n'étaient, au su de tous, pas de
nature à leur faciliter une collaboration.
M. Mouravief partit pour Saint-Pétersbourg.
Il était, à ce moment, en très mauvais état. Il
venait de faire une saison d'eaux pour une ma-
ladie de rein dont il souffre et qu'il avait
soignée à Evian. Les longs trajets en chemin
de fer ne sont pas favorables à ces sortes d'af-
fections. M. Mouravief arriva à Pétersbourg
très fatigué. C'est là un fait incontestable, qui
explique pour une part sa retraite, mais qui ne
l'explique pas complètement. Cette retraite a
aussi des motifs politiques.
Au mois de février 1904, M. Mouravief, alors
ministre de laj usti ce, présidait en qualité de sur-
arbitre le tribunal arbitral réuni à la Haye pour
régler la question des indemnités vénézué-
liennes.
Après avoir lu la sentence, le président, qui
n'avait prévenu de ses intentions que M. de
Ruyssenaers, secrétaire général de la cour
d'arbitrage, prit la parole. Il commença par par-
ler de l'arbitrage en général, puis il vint à des
sujets moins généraux et conclut ainsi qu'il
suit
L'antique adage Si vis pacem, para bellum paraît
n'avoir pas beaucoup perdu de sa rigide portée. On
aspire à la paix de toutes les forces de son âme, on
y travaille assidûment avec conviction et ferveur,
et néanmoins on n'est pas à l'abri d'une provocation
hostile, d'une attaque inattendue. On veut chaleu-
reusement la conservation de la paix, et on se voit
obligé d'accepter une guerre de légitime défense, au
nom de l'honneur et de la dignité de la patrie.
j?^n*'Ge'x%]'XTïTfC~tî^ulMUlieTL&. iJ!crcx3etir~cvifcr– ctevofrï'
il rèste une consolation suprême la foi sincère et
absolue en la juste Providence des peuples et des
batailles, qui saura distinguer entre le bon droit et
les prétentions ambitieuses, entre la résolution tran-
quille, la fermeté inébranlable et l'élan belliqueux,
1 ardeur aveugle et assionnée. Mais quand la tem-
pête, mettant aux prises sanglantes du corps-à-
corps les deux courants européen et asiatique, aura
enfin passé tout passe, ici-bas 1 alors, et nous
y croyons religieusement, alors se dissiperont les
nuages qui ont obscurci notre horizon et renaîtra de
de nouveau le calme réparateur, faisant briller avec
beaucoup plus d'écîat encore les bienfaits du déve-
loppement pacifique.
On estima généralement que le lieu était mal
choisi pour une sortie de ce genre. Le gouver-
nement japonais la prit très mal. Et son minis-
tre à la Haye, M. Nobougata Mitsuhashi, adressa
au ministre des affaires étrangères néerlandais,
président du conseil d'administration de la
cour d'arbitrage la protestation suivante
Le soussigné, envoyé extraordinaire et ministre
plénipotentiaire de S. M. l'empereur du Japon, a
l'honneur, conformément aux instructions de son
gouvernement, d'adresser à S. Exe. le ministre des
affaires étrangères de S. M. la reine des Pays-Bas,
en qualité de président du conseil d'administration
de la cour permanente d'arbitrage, la communication
suivante
Convaincu que la cour d'arbitrage n'est pas le
lieu qu'il convient de choisir pour attaquer les actes,
les mobiles ou le bon renom d'une des puissances
qui ont signé la convention de la Haye du 29 juillet
1899, le gouvernement impérial du Japon, dans le
but de-défendre son honneur et sa dignité et en
même temps d'empêcher qu'il ne soit fait de cette
haute cour un usage incorrect et abusif, proteste
formellement et énergiquement contre les observa-
tions défavorables au Japon qui ont été émises dans
la. séance du 22 février par le président du tribunal
d'arbitra-e constitué en vertu du protocole de Was-
hington du 7 mai 1903.
Le gouvernement impérial demande que sa pro-
testation soit transcrite sur les registres de la cour
permanente d'arbitrage et qu'il lui soit donné la
mêrae.pubjiçit.é qu'aux paroles qui l'ont proyqquée.
Le soussigné saisit cette occasion pour renouveler
-Ne nous disputons pas, mes enfants, ne
nous disputons pas, je vous en prie.
Mais il ne s'agit pas d'une dispute, papa,
c'est une simple explication et rien de plus.
Ainsi, voici déjà trois semaines passées que
Bernard et Thierry n'ont plus de précepteur.
Et pourquoi cela, mon cher ami? demanda
la baronne.
Pourquoi?
Parce que celui-ci leur faisait apprendre
trop d'histoire ancienne.
C'est une erreur, ma chère amie. Je lui ai
donné congé parce que tu ne le trouvais pas
assez distingué, parce qu'il se servait de son
couteau en guise de fourchette. Or, il me sem-
ble qu'on aurait sans grand'peine réussi à lui
faire perdre cette mauvaise habitude.
A ces mots, le comte Teupen esquissa de nou-
veau le même geste suppliant.
Voyons, mes enfants, fit-il d'un ton plain-
tif, est-il bien nécessaire que vous ayez cette
explication dans le corridor? Et dans un pareil
costume? ajouta-t-il en ramenant les pans de sa
robe de chambre. Nous y gagnerons un beau
refroidissement. Eh 1 mon Dieu, ces gamins,
les entendez-vous crier?
Profondément scandalisé, le vieux diplomate
s'éloigna à grands pas en se bouchant les
oreilles.
Le baron de Tubingen de son côté courut à
là chambre occupée par les deux jumeaux et
les surprit en train de se livrer à des exercices
chorégraphiques accompagnés de chants qui
n'avaient rien d'harmonieux.
Le temps de leur administrer une paire de
taloches et de leur faire une admonestation sen-
tie, puis il regagna sa chambre, contiguë a celle
de sa femme et située au bout du corridor.
Ses colères ne duraient pas, surtout lorsqu'il
pouvait leur donner libre carrière. Au bout d'un
instant, il se surprit sourire à l'idée de ce qui
venait de se passer. Sans plus tarder, il passa
dans son cabinet de toilette et se mit en devoir
de se débarbouiller. Cette opération, qui durait
fort longtemps, se terminait généralement par
une inondation complète de la chambre. Pen-
ché sur sa cuvette, une éponge dans chaque
main, il lançait des éclaboussures dans toutes
les directions; ses cheveux et sa barbe ruisse-
laient, et pendant ce temps il ne cessait de
à S. Exc. le ministre des affaires étrangères l'assu-
rance de sa parfaite considération.
Par quelles voies discrètes et sûres améri-
aines ou autres, fit-on observer à Saint-
Pétersbourg que le souvenir de cet incident
pouvait ne pas rendre la tàche particulièrement
aisée à M. Mouravief? Comment cet avertisse-
ment amical vint-il fortifier la thèse de ceux
quiv dès le premier jour, avaient cru que l'an-
cien ministre n'était pas l'homme de la négocia-
tion qu'on lui confiait, de ceux qui, au minis-
tère même des affaires étrangères, pensaient
qu'un homme d'affaires ou un diplomate va-
lait mieux pour ces pourparlers compliqués
qu'un orateur ou un magistrat? Ce sont des
questions secondaires sur lesquelles l'heure
n'est pas venue d'insister. Quoi qu'il en soit, si
l'on se rappelle que M. Mouravief n'est pas un
ami du comte Lamsdorf, que dans les bureaux
il compte peu de sympathies, qu'enfin sa pré-
sence à la tête de la mission en excluait M.
Witte, on comprendra que le souvenir évoqué
à propos du discours de la Haye ait fait une
vive impression.
C'est dans ces conditions que la maladie de
M. Mouravief fut définitivement jugée trop
grave pour lui permettre le voyage et que, re-
venant à sa première idée, l'empereur fit appe-
ler M. Witte pour lui confier la mission d'aller
voir en Amérique si la paix était possible.
GEORGES VILLIERS.
LE CONGRÈS DE MOSCOU
Le congrès des zemstvos tenu à Moscou, au dé-
but de mai, s'était prononcé nettementcontre le sys-
tème du vote restreint et contre l'institution d'une
Chambre de représentants unique; il opposait à cet
ordre de choses le recours au suffrage Universel et
le projet de deux Chambres, dont une seule, la
Chambre haute, pourrait être formée au suffrage
restreint.
Le projet Bouliguine
Depuis lors, le projet Bouliguine a été définitive-
ment établi sur les bases condamnées par les zems-
tvos At déféré ensuite au comité des ministres. Ce
comité, s'il n'a pas encore prononcé sur les relations
à établir entre la future Assemblée représentative et
le conseil de l'empire, a corroboré du moins la pre-
mière partie du projet, celle qui a trait au système
d'élection. Dans ces conditions, on doit s'attendre à
ce que le nouveau congrès exprime d'une manière
plus explicite que le précédent sa réprobation pour
le projet officiel de représentation.
En effet, notre correspondant à Pétersbourg, parti
pour Moscou sur invitation d'assister aux séances
du congrès, nous télégraphie que le bureau mixte
d'organisation, constitué par des représentants des
zemstvos et des doumas, a arrêté le programme
d'un premier ordre du jour, énumérant les défauts
suivants du projet Bouliguine L'établissement de
distinctions préjudiciables, en ce qui concerne les
classes et les biens; l'exclusion de certains citoyens
(les ouvriers); l'absence de garanties de liberté per-
sonnelle, en raison de ce que les élections sont
soumises à la direction des fonctionnaires; l'absence
d'immunité parlementaire; la répartition de la
douma en neuf sections la nomination de prési-
dents le caractère secret des débats; la soumission
de l'Assemblée nationale au conseil de l'empire;
l'absence ou l'insuffisance d'initiative législative; le
contrôle défectueux des dépenses nationales, lié lui-
même au mode vicieux d'établissement du budget;
le manque de contrôle de la part de la douma sur les
questions de politique étrangère l'absence de res-
ponsabilité ministérielle vis-à-vis des représentants
de la nation.
La clause 7 énonce
Le projet va à rencontre de la déclaration du pou-
~ypa8aaam,·,·~· ae 1`.n;nn onlra..l8..153.1..8x.wlB~.
peuple par l'entremise des représentants de la nation
et se conforme au principe bureaucratique qu'ont con-
damné ce pouvoir et le peuple, en faisant intervenir le
conseil de l'empire entre le souverain et le peuple et
en reléguant la douma impériale au oaractère subor-
donné d'un comité serbe.
Il y a lieu de remarquer que la critique du con-
grès s'exerce sur un texte encore imparfaitement
connu, d'après des communiqués partiels parus dans
la presse, et même indéterminé dans certaines par-
ties, car le comité des ministres ne s'est pas pro-
noncé encore sur tous les articles soumis à son exa-
men. Il semble que la tactique des congressistes
soit de prendre les devants et de mettre le gouver-
nement en présence do votes de principe qui ren-
dent impossible par la suite la mise en vigueur du
projet. Notre correspondant particulier nous télé-
graphie à ce suj et p P
Moscou, 19 juillet.
Les Rousskia Védomosti, organe des zemstvos, publient
un nouveau projet de Constitution, variante du pro-
jet connu sous le nom de Projet de la douma de Moscou
et devenu celui des zemstvos, à la suite des votes
du mois de mai.
Il s'agirait de partager la Gosoudarstvennaïa douma en
deux Chambres l'une haute, appelée Zcmskaïa polata,
élue par les zemstvos: l'autre,- dite Chambre des repré-
sentants, formée au suffrage universel.
L'empereur aurait le droit de veto. Il nommerait les
ministres, qui seraient présidés par un grand-chance-
lier le ministère serait solidaire et responsable de-
vant la douma.
Les Novosti et le Novoïê Vrémia rompent des lances
sur le sujet de la solidarité ministérielle; celles-là
émettent la crainte que la solidarité ministérielle ne
soit un appui pour la réaction, si les ministres n'a-
vaient devant eux qu'une Chambre unique, faible-
ment constituée, d'après le projet Bouliguine; le jour-
nal de M. Souvorine affirme qu'en tout cas, et même
sous le régime monarchique pur, la solidarité minis-
térielle ne peut avoir que d'heureux effets.
Il est impossible, en présence d'informations con-
tradictoires, de discerner les intentions de l'empe-
reur en ce qui concerne la crise intérieure ouverte
par la réunion du congrès, ni de savoir lequel pré-
sente le plus de vraisemblance des bruits qui le
disent prêt à partir pour Copenhague ou prêt à par-
tir pour Moscou.
s'ébrouer, de souffler bruyamment, de geindre
et de monologuer.
Au fond, l'histoire de tout à l'heure l'amusait.
Les espiègleries de ce genre ne lui déplaisaient
pas, bien que pour la forme il se crût obligé de
les blâmer.
En somme, fit-il à mi-voix, Eléonore est
'dans le vrai. Benoîte me ressemble, c'est une
Tubingen, un garçon manqué; mais n'empêche,
elle a de la race. Les petits sont aussi de fameux
polissons. Ah par exemple, Max, notre aîné,
tient plutôt de son grand-père, c'est un diplo-
mate. Pas de danger qu'il fasse des bêtises I.
Trois fois il y avait eu baptême chez les Tu-
bingen, mais à de grands intervalles. Max,
l'aîné de leurs enfants, avait vingt-huit ans. Dix
ans après lui, Benoîte avait fait son entrée dans
la vie enfin, huit ans plus tard, étaient venus
les deux jumeaux. Pour le coup, le gros baron
Tubingen avait éprouvé un saisissement inex-
primable, car il ne s'attendait pas à une aussi
riche bénédiction du ciel. De plus, la naissance e
de ces deux garçons dérangeait ses combinai-
sons. En effet, il avait pris ses dispositions,
comme s'il devait n'avoir que deux fils. L'aîné,
Max, devait avoir un jour la propriété de Hohen-
kraatz, qui était constituée en majorat; le ca-
det, au cas où il en viendrait un, aurait eu Dra-
ke, un bien situé en Poméranie et apporté en
mariage par la baronne. Le deuxième fils était
bien venu, mais accompagné d'un troisième, et
cet événement avait bouleversé tous les plans
de l'infortuné baron.
Une autre difficulté se présentait encore
il était matériellement impossible d'établir quel
était l'aîné des jumeaux. Le père et le grand-
père affirmaient solennellement que c'était
Thierry; par contre, Mme de Tubingen jurait
ses grands dieux que c'était Bernard.
En attendant, les deux gamins étaient élevés
tant bien que mal au château plus tard ils de-
vraient entrer à l'académie noble de Liegnitz
et devenir officiers après quoi l'on verrait.
La toilette du baron était achevée d'ailleurs
elle était plutôt simple, car il n'attachait pas la
moindre importance à l'extérieur, et cela vexait
profondément sa femme, bien qu'il eût tout mis
en œuvre pour lui faire partager le mépris phi-
losophique au'il professait pour les apparences
brillantes.
Le congrès des représentants de la Bourse
et de l'industrie
L'administration supérieure avait interdit au con-
grès des délégués des Bourses de s'occuper de la
question constitutionnelle et lui avait recommandé
de se borner au programme arrêté par son prési-
dent, M. Kowaievsky l'assemblée ayant quand
même abordé la question constitutionnelle, le con-
grès a été sommé de suspendre ses travaux.
En dépit de cette interdiction, 50 délégués, repré-
sentant 38 institutions, se sont réunis le 18 au ma-
tin. De profondes dissidences règnent parmi eux.
Cependant, l'assemblée a voté à une majorité con-
sidérable le premier point du rapport Kowalevsky
concernant l'établissement de la représentation na-
tionale sur la base du suffrage universel et de deux
Chambres.
L'attitude de la noblesse
e rôle que jouera la noblesse, en face dé la coali-
tion des zemstvos et des doumas, est particulière-
ment intéressant à l'heure actuelle, mais reste mal
éclairci, en raison des dissidences qui se produisent
à l'intérieur de ce soslovie privilégié.
Le vote des maréchaux de noblesse, dans leur con-
grès partiel du 25 mars dernier, à Moscou, avait dé-
claré intangible le principe d'autocratie; mais de-
puis, nombre de maréchaux de noblesse ont paru
faire cause commune avec les zemstvos; ce rappro-
chement a été particulièrement marqué par les dé-
clarations expresses de M. Chipof, se ralliant à l'o-
pinion de la majorité des zemstvos telle qu'elle ré-
sultait des votes retentissar,ts du mois de mai.
Les maréchaux de noblesse, reçus le 19 juin par
l'empereur, avaient tenu de même devant le souve-
rain un langage purement constitutionnel. On ap-
prend aujourd'hui que la noblesse moscovite mar-
que en ce point un certain désaccord entre plusieurs
de ses membres et son président, le prince Serge
Troubetzkoï. Une lettre virulente, signée Chitcher-
batof, Chipof, Alexandre et Théodore Samarine, re-
proche au prince Troubetzkoï d'avoir outrepassé ses
droits et même manqué à ses devoirs en parlant de-
vant l'empereur comme il l'a fait le 19 juin la par-
tie conservatrice de la noblesse moscovite voterait,
dit-on, prochainement, une adresse de blâme desti-
née au prince Troi-ibetzkoï.
Quoi qu'il en soit de cetto «juoréllo do famille^ pro-
pre aux gentilshommes du gouvernement de Mos-
cou, on suppose que la réprobation exprimée n'atté-
nuera que dans une faible mesure l'effet des paroles
prononcées le 19 juin en présence de l'empereur,
au nom des maréchaux de noblesse de Moscou et de
Pétersbourg et avec l'approbation explicite des
assemblées de noblesse de vingt-six gouverne-
ments.
«»
LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE
Déclarations de M. Witte
La nomination de M. Witte comme plénipoten-
tiaire avait été annoncée partout comme une victoire
remportée par le parti de la paix sur le parti de la
guerre, dans les entourages immédiats de l'empe-
reur. Les commentaires parus à ce sujet dans la
presse avaient conclu à la paix inévitable en termes
si catégoriques qu'il était à craindre que cette paix
ne fût conclue à des conditions peu satisfaisantes
pour la Russie. D'un autre côté, les Japonais avaient
fait au choix de M. Witte un si bon accueil qu'ils
semblaient tout prêts à exploiter dans le sens de
leurs intérêts l'inclination bien connue du plénipo-
tentiaire russe dans le sens de la paix.
Ces circonstances, que les ennemis do M. Witte à
Pétersbourg ne manquèrent pas de souligner, fu-
rent de nature à lui faire regretter l'attitude très
nettement pacifique prise par lui dès l'an dernier et
le déterminèrent à donner au correspondant de
VAssociated Press une interview dans laquelle il
protestait dans les termes suivants contre l'idée de
conclure la paix à tout prix
J'ai été désigné,- dit M. Witte, par l'empereur, comme
ambassadeur extraordinaire pour entrer en pourpar-
lers avec les plénipotentiaires japonais et constater la.
possibilité de conclure un traité de paix. Mes vues
..x.nrj±annolloo Boni ^'importance secondaire, mais mes..
idées sont tout à fait les mêmes que celles de mon
ami le comte Lamsdorf, ministre des affaires étran-
gères. Je sers l'empereur. J'ai reçu des instructions
précises de Sa Majesté. Je les suivrai. La décision dé-
flnitive est entre les mains du tsar. Il lui appartient
de décider des destinées de la Russie. L'empereur est
ami de la paix et la désire. Mais je crains beaucoup
que les conditions proposées par le Japon ne soient
telles qu'elles empêcheront tout accord.
D'autre part, le monde doit cesser de croire que la.
Russie veut la paix à tout prix. Il y a deux partis %̃
l'un en faveur de la continuation de la guerre à ou-
trance, parti qui est très puissant; le second, auquel
j'appartiens, est favorable à la paix.
Je l'avoue franchement, car dire la vérité a toujours
été le principe de ma politique j'étais pour la paix
avant l'ouverture des hostilités quand la guerre a
éclaté, la situation s'est trouvée modifiée; toutefois,
malgré l'existence de deux partis, l'un favorable, l'au-
tre opposé à la continuation de la guerre, dans les cir-
constances actuelles, je ne doute pas que ces deux par-
tis ne s'uniraient si les exigences japonaises devaient
blesser l'amour-propre de la Russie ou compromettre
l'avenir de la nation. Je suis sûr que si je déclare les
conditions du Japon inacceptables, la Russie acceptera
ce verdict et que le peuple russe sera prêt à conti-
nuer la guerre plusieurs années encore si cela est né-
céssaire..
La Russie n'est pas épuisée, comme la presse étran-
gère incite le monde à le croire. La situation intérieure
est mauvaise, très sérieuse, je ne le nie pas; mais la
signification vraie des événements n'est pas connue,
ni en Amérique, ni en Europe.
Les correspondants de journaux viennent ici, parlent
à quelques centaines de personnes de Saint-Péters-
bourg et de Moscou, interprètent mal les événements
et remplissent le monde de fausses impressions sur
l'avenir de la Russie.
La Russie ressemble peu aux autres pays de l'ouest
de l'Europe; pour la connaître, pour comprendre
l'âme du peuple russe, il faut être né ici, ou avoir vécu
de nombreuses années dans notre pays; les cou-
tumes, l'histoire, la psychologie du peuple russe
sont entièrement différentes de celles des nations oc-
cidentales.
La Russie ne peut être jugée selon les vues occiden-
tales; la Russie est tellement grande, elle est composée
de tant d'éléments divers!
Actuellement, elle donne l'image d'une grande ra-
Ce jour-là, comme à son ordinaire, il portait
une sorte de veston de chasse, pas mal râpé,
d'une nuance indéfinissable, et dont les innom-
brables et vastes poches renfermaient un véri-
table arsenal d'objets extraordinaires, tels, par
exemple, un couteau de poche de dimensions
anormales, un petit sécateur, une tabatière en
buis, un mouchoir rouge grand comme un drap
de lit, un étui à cigares très fatigué, bourré
d'abominables produits hollandais, longs, jau-
nâtres et couverts de taches parfois encore des
échantillons de pommes de terre, des cartou-
ches de Lefaucheux, des bourres en feutre, des
boîtes d'allumettes, un sifflet de chasse, le cour.
rier du matin, la gazette du jour; à l'occasion
aussi, quelque scarabée ou cerf-volant pour
Thierry, voire même une rainette pour Ber-
nard, etc., etc. Bref, les poches de ce fameux
veston, que le seul Stupps était admis à brosser,
servaient de réceptacle aux objets les plus di-
vers et leur contenu aurait suffi pour monter un
petit musée ou pour approvisionner l'é venta ire
d'un marchand ambulant.
Pour compléter le costume, une paire de
grosses bottes dans lesquelles se perdaient les
extrémités d'un pantalon démesurément large,
un tricot de chasse rouge et vert, et enfin un6
coiffure monstrueuse, antédiluvienne, une sorte
de casquette avec des oreillettes relevées et
nouées par-dessus le fond. Le monocle, dont t le
baron ne se séparait jamais, jurait singulière.
ment avec la tenue qui vient d'être décrite.
C'était une habitude qu'il avait contractée danâ
sa jeunesse, quand il était lieutenant; et sur
ses vieux jours, il ne pouvait plus s'en défaire.
Quarante ans auparavant, Tubingen avait faif
ses débuts au régiment des gardes du corps e?
l'on avait peine à croire les gens venant affir*
mer que ce hobereau ventripotent et fatigua
avait été jadis l'officier le plus élégant de ce ré-
giment aristocratique. Mieux que cela même, la
baronne, en ses bons moments, racontait qu'aux
trefois et à juste titre, assurait-elle il pas-
sait pour a le plus bel officier de Sa Majesté »,
F. DE ZOBKLTITZ.
Traduit de l'allemand par P. ok Pardmlla*-
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