Titre : Journal de la Manche et de la Basse-Normandie : Républicain progressiste, politique, littéraire, agricole, industriel et commercial, "puis" Républicain indépendant, politique, littéraire, agricole, industriel et commercial. Paraissant le mercredi et le samedi, "puis" le samedi
Éditeur : [s.n.] (Saint-Lô)
Date d'édition : 1917-09-15
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32798129n
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 15 septembre 1917 15 septembre 1917
Description : 1917/09/15 (N1434). 1917/09/15 (N1434).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG50 Collection numérique : BIPFPIG50
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k2353784h
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JO-85930
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/08/2018
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ÏJIX CENTIMES LE NUMERO
samedi 15 Septembre I
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ET DE LA BASSE-WCIIIMIàllIIS
RÉPUBLICAIN PROGRESSISTE
Politique '
Littéraire — Agricole — Industriel et Commercial
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ïtédacîion & Àâmmistralion ;
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t*eo Manuscrite et, Dessins non insérés ne xo?i?/)&s T&lâzfa,
INSERTIONS
( Annonces. ^ Ha 'Cirjiæ *SX) Cerft.
ï Intérieur du Journal a — 150 —
;/ Réclames . , “■» <&B
Le renouveau
de la Grèce
lourdement pesé et pèsent encore sur
la poursuite de la guerre,
La Chambre des Députés de Grèce,
après des débats longs et mouvemen
tés, a voté une résolution qui, de façon
catégorique, lie le pays aux Alliés,
reconnaît les obligations de la Grèce à
l’égard de T héroïque Serbie et exprime
son entière confiance clans le gouver
nement de M. Venizelos.
Le vote a réuni 188 voix, les minis
tres s’étant abstenus ; parmi les vo
tants, on trouve 42 députés de l’oppo
sition, qui ont déclaré se rallior au
gouvernement. La victoire de M. Veni-
zelos est complète.
Le mal que la politique personnelle
du roi Constantin a fait à la Grèce a
éclaté en pleine lumière et on a pu
mesurer l’action néfaste exercée par
i’ex-mon arque, qui villégiature on ce
moment à Zurich, où il se tient en
rapports étroits avec la nuée cîe prin
ces et de diplomates allemands que
mille raisons attirent en Suisse.
M. Venizolos a expliqué qù’il avait
mis, quelques jours avant la bataille
de la Marne, toutes les forces de la
Grèce à la disposition de l’Entente et
qu’il avait obtenu du gouvernement
anglais la promesse formelle que ce
lui-ci ne permettrait pas à la flotte
turque de sortir des Dardanelles pour
attaquer la Grèce.
Il a rappelé que, malgré une pre
mière promesse, à lui donnée par
‘Constantin, celui-ci refusa d’attaquer
la Turquie en coopération avec les
Alliés et fit une déclaration dans ce
sens à l’amiral Kerr, chef delà mission
navale britannique, ajoutant que ce
serait seulement dans le cas d’une
attaque de la Grèce par la Turquie
qu’il accepterait le concours de l’An
gleterre. M. Venizelos remit alors sa
démission au roi, mais celui-ci ne l’ac
cepta pas, et l’amiral anglais s’enten
dit avec l’état-major grec au sujet des
détails do J’attaqiie projetée par F An
gleterre contre Gallipoli.
Cette entente pour une coopération
étroite de la Grèce avec la Grande-
Bretagne dans l’affaire de Gallipoli
devait avoir des conséquences consi
dérables. On les escomptait à Constan
tinople, où la panique a régné pendant
quelque temps.
C’était en. février 1915,’ la Turquie
aie possédait alors que 6.000 hommes
à Gallipoli. Avec le concours de l’ar
mée grecque, la flotte britannique eût
très vraisemblablement réussi l’opé
ration projetée, car on eût eu ainsi le
corps de débarquement dont l’absence
a fait échouer l’opération.
En prévision de cette intervention
possible, les banques germaniques et
autrichiennes avaient déjà transporté
leurs trésors et leurs archives de Cons
tantinople à Koniah, et le gouverne
ment s’apprêtait à transférer son siège
dans cette dernière ville.
Or, à ce moment, l’un des plus dra
matiques de cette guerre, Constantin,
poussé par son entourage germano
phile, donna à la Turquie et à la Bul
garie, par l’intermédiaire des empires
centraux, l’assurance que la Grèce
n’interviendrait pas. M. Venizelos dé
missionna.
Telle est l’histoire de la première
grande trahison du roi Constantin,
Trahison dont les conséquences ont si
Mais le beau-frère de Guillaume II
ne s’en tint pas là. M. Venizelos étant
revenu au pouvoir, le grand patriote
en profita pour déclarer que la Grèce
était l’amie des Alliés et se considé
rait comme solidaire de la Serbie.
Le roi, tout en acceptant cette dé
claration, s'empressa d’affirmer à l’Al
lemagne que c’était là un document de
pure forme et qu’il ne ferait pas appli
cation du casas fœderis en faveur de la
Serbie.
C’est alors que M. Venizelos se re
tira encore du pouvoir non sans avoir
préalablement proposé au roi de de
mander aux représentants de l’Entente
de faire débarquer àSalonique 150.000
hommes. Le même soir, a dit M. Ve
nizelos, à 17 heures, le roi acceptait
cette proposition ; une heure plus tard,
le ministre la transmettait aux minis
tres de l’Entente ; mais à 19 heures,
le roi déclarait qu’il n’était plus d’ac
cord avec son ministre.
L’influence allemande, qui s’exercait
par l’intermédiaire de la reine Sophie,
du baron Schenck, des Streit et des
Mctaxas, contrecarrait victorieusement
celle du premier ministre. « Le roi
Constantin était toujours d’accord avec
moi, a dit M. Venizelos, lorsque j’étais
près de lui, mais, dès que j’étais parti,
l’influence germanique qui gravitait
près de lui le faisait dévier et changer
instantanément de ligne politique. »
Constantin apparaît ici plus peut-
être comme un jouet entre les mains
de la clique, qui l’amena à troquer son
rôle de monarque constitutionnel pour
celui d’autocrate responsable seule
ment devant sa conscience et devant
Dieu, que comme un être plein de du
plicité.
Dans ce rôle nouveau, il a compro
mis tous les intérêts de l’hellénisme,
intérêts qu’aurait si bien servis l’allian
ce étroite avec l’Entente qu’avait orga
nisée M. Venizelos; mais il n’a même
pas pu suivre la recommandation que
lui faisait son impérial beau-frère de
garder son trône coûte que coûte.
La Nouveau Ministère
Présidence du Con
seil et ministère de
la guerre.........
Justice. ..........
Affaires étrangères
Intérieur.
Marine.,,...
Armement... 7 ....
Finances.......
Colonies.
Travaux publics..,
Instruction publig.
Travail
Commerce........
Agriculture......-.
Ravitaillement.. ..
Missions à i’étrang.
Ministres d'Etat et
membres du Comité
de guerre,,.... fi \
M. PainlEÿe.
M. Raoul Peu et.
M. Ri bot.
M. Steeg.
M. ClIAUMET.
M. Loücheur,
M. Klotz.
M. R. Besnard.
M, Claveille.
M. Daniel Vincent.
M. Renaud.
M. Clêmentel.
M. Fernand DaviU.
M, Maurice Long.
M. Franklin-Bouillon.
MM. Bartiiou, Bour
geois, Doumer, Jean
Dupuy.
Le ministère Painlevé comprend en outre
11 sous-secrétaires d’Etat.
Service de Santé .... M. Justin Godard.
Aéronautique M. Dumesnil.
Administration géné
rale M. Moürier.
Contentieux, justice
militaire et pen
sions;,,; A . M. Pierre Massé,
Inventions 1.77; .'. 77. . M. J.-L. Breton-
Ces cinq Sous-Secrétariats sont rattaches
au ministère de la guerre.
Intérieur..... i...... M. Victor Peytral,
Finances M. Paul Bourely.
Commerce M. Paul Morel.
Marine marchande et
transports mariti
mes rattaches au
commerce M. de Monzïe,
Blocus, rattaché aux
affaires étrang re8 ... M. Métin.
Beaux-Arts ...» M. Dalimier.
Les socialistes ne font pas partie du nou
veau Cabinet le groupe socialiste s’y étant
opposé à cause du choix fait parM. Pain-
levé de certaines personnalités, telles que
MM. Ribot et Barthou.
les voyages du roi d’Italie
Un journal de Londres apprend que le roi
d’Italie se rendra en Angleterre avant l’au
tomne.
D’autre part, une dépêche du Havre à
l’agence Fournier dit qu’à l’occasion de la
prochaine visite de Victor-Emmanuel III au
front français, le souverain italien visitera
également le front belge où il sera l’hôte du
roi Albert.
Ces visites sont subordonnées au voyage
du roi d'Italie en France, voyage qui devait
avoir lieu cette semaine et qui a été ajourné
en raison de la crise ministérielle française^
LA CHINE
déclare Sa guerre à l’Autriche
L’agence Reuter apprend que la Chine a
déclaré la guerre à l’Autriclie-IIongrie.
La Suède travaille
pour l’Allemagne
Le gouvernement des Etats-Unis a acquis
la preuve que certaines légations de Suède
dans des pays neutres, notamment en Ré
publique Argentine, faisaient passer, com
me correspondance suédoise, certains télé
grammes allemands.
Le secrétaire d’Etat a fait la déclaration
suivante :
« Le département de l’Etat s’est assuré la
possession de certains télégrammes du
comte Luxbourg, chargé d’aiïaires d’Alle
magne à Buenos-Ayres, au Foreing office à
Berlin, lesquels, je regrette de le dire, ont
été envoyés de Buenos-Ayres par la légation
suédoise comme étant des messages officiels
suédois adressés au ministère des affaires
de Stockholm. »
Parmi ces télégrammes, il en est qui con
seillaient de couler les bateaux argentins
sans laissa de traces. Or, on sait que l’Al
lemagne avait promis de ne pas couler les
navires de la République Argentine.
La duplicité suédoise a soulevé chez les
Alliés une émotion bien légitime. La Suède
est en effet sortie de la neutralité en se met
tant au service de l’Allemagne.
Aux Etats-Unis, le souci de ménager le
peuple suédois, qu’il serait, eh effet, impo-
litique de confondre avec son gouvernement
s’affirme chez le président et dictera sa
conduite. -M. Wilson ne désire pas sévir con
tre la Suède. Il considère l'embargo comme
l’arme la plus efficace contre la violation de
la neutralité.
A Londres, on considère que l’éventualité
d’une rupture complète avec la Suède est
improbable, parce qu’on croit que le gou
vernement de Stockholm fera amende ho
norable de sa propre initiative.
La Suède a rédigé une note pour expli
quer sa conduite. (Voir « Nos Dépêches » en
2 e page).
On espère, en outre, que la Suède mon
trera, par quelque mesure concrète, telle
qu’un contrôle plus serré des exportations
en Allemagne, qu’elle apprécie la façon
courtoise dont elle a été traitée parles alliés
dans ces circonstances -délicates .pour elle.
Une menace allemande à la Suède
La Gazette de Francfort a publié un long
article sur les élections suédoises. Cet arti
cle constitue uno menace non dissimulée
faite à la Suède pour le cas où les élections
amèneraient au pouvoir un cabinet de gau
che dont les personnalités dirigeantes se
raient le socialiste Branting et le radjcal
Baimstierna.
La Gazette clc Francfort rappelle que
l’Allemagne fournit à la Suède des matières
premières indispensables, en particulier du
charbon et delà potasse, et qu’elle ne pour
ra continuer à livrer ces matières premières
que si la Suède donne des garanties suffi
santes tant au point de vue des sympathies
politiques que des compensations économi
ques qu’elle pourra fournir.
EN RUSSIE
Comme nous l’apprennent « Nos Dépê
ches », publiées en 2® page, il y a conflit
grave entre le président du Conseil IÂercnsky
et le généralissime Korniloff.
Ces deux hommes sont animes des meil
leures intentions et veulent à tout prix sau
ver la Russie, mais leurs moyens ne sont
pas les mêmes ; si le ministre reste parle
mentaire, le général veut employer la ma
nière forte.
Le généralissime Korniloff a refusé de se
soumettre à l’ordre du gouvernement lui
prescrivant d’abandonner le commandement
des troupes et de quitter l'armée. Les cosa
ques, dont il fut l’hctman et dont il reste le
héros national, se sont mis en marche sur
Petrograd. Kerensky leur a envoyé clés dé
légués.
A Petrograd, les membres du gouverne
ment provisoire ont démissionné pour lais
ser à Kerensky toute liberté d’action. De
son côté, Korniloff fait arrêter au grand
quartier général les représentants du gou
vernement.
II semble, écrit-on de Pefrograd, que l’o
rigine de la situation actuelle repose sur un
malentendu entre Korniloff et le gouverne
ment. Ce malentendu, c’est le député Lvof
qui l’aurait provoqué par sa démarche dont
les intentions paraissent encore obscures.
Lvof serait allé spontanément trouver Kor
niloff lui déclarant qu’il venait de la part de
Kerensky pour demander au généralissime
d’accepter le pouvoir et de constituer un
gouvernement dictatorial. Korniloff aurait
alors remis à Lvof un projet de gouverne
ment qu’il considérait comme nécessaire.
Kerensky recevant la communication clc
Kornilof, se mit aussitôt en rapport avec le
généralissime, lui manifesta son étonnement
de cette démarche et l’assura qu’il n’avait
chargé Lvof d’aucune mission.
Au cours de la conversation, Korniloff dé
clara à Kerensky qu’il maintenait néan
moins ses exigences. De cette réponse,
simple malentendu, l’incident dégénérait
alors en un conflit des plus aîgus nettement
caractérisé.
Il faut espérer que la Russie ne connaîtra
pas les horreurs de la guerre civile qui amè
nerait le désastre complet. Il est grand
temps qu’un gouvernement énergique lui
fasse abandonner la politique pour Faction.
Ce qui importe d’abord, c’est vaincre l’Alle
mand.
Le bruit court, à New-York, que Kerensky
aurait été assassiné, mais on ignore si les
coupables .sont des maximalistes ou des
partisans des grands-ducs.
Quelques soldats américains traversaient
un cantonnement où ils avaient célébré
dignement la prise de la Bastille en 1789.
Un colonel français les interrogea pater«
nellement :
— De quel Etat êtes-vous ?
— De l’Etat d’Ohio 1
*— Et vous ?
— De l’Etat de New-York !
— Et vous?
— De l’état d’ebrielé, répondit le sammy
dans le plus pur français.
Le colonel, dissimulant un sourire dans sa
moustache grise, constata qu’en Amérique
comme en France les soldats aiment la
gaîté et les bons crus.
LES LEÇONS
•ta»
de la Révolution russe
Elles éclatont suffisamment aux yeux.
Elles démontrent qu’en dépit des plus géné
reux principes, un gouvernement ne s’im
provise pas. Elles démontrent que quelques
mois d’orgies oratoires et de propagande
malsaine parviennent à désorganiser une
vaillante et glorieuse armée. Elles démon
trent qu’une industrie sabotée ne se relève
pas.
Elles démontrent que les Allemands, loin
d’être gagnés par l’oxeinple révolutionnaire,
en prennent prétexte pour enrichir leur bu
tin et pour maintenir leur militarisme.
« Nous nous adressons à nos frères prolé
taires de la coalition austro-allemande et
avant tout au prolétariat allemand », disait
le Soviet dans son manifeste du 27 mars.
Réponse : Riga.
L’empire allemand, qui veut la ruineüe la
liberté russe et le démembrement de la
Russie, se réjouit peut-être de voir que le
jeu des manifestes continue, et qu’à Pelro-
gracl on croit avoir agi quand on a parlé.
Nous qui souhaitons au contraire le salut de
la Russie et de sa liberté, nous demandons
qu’on change do méthodes à Petrograd.
Pour mettre fin au désordre, il faut opérer
avec ordre. Il faut « sérier les questions » et
les régler. Un exemple le montrera.
Le relèvement de la Russie est impossible
sans un certain nombre d’améliorations
pratiques, dont la plus urgente paraît être
la réorganisation des transports. Dès main
tenant, le ravitaillement des troupes qui
opèrent en Roumanie est très précaire. Le
général Kornilof a déclaré, devant l’assem
blée de Moscou, qu’en novembre l’armée
russe risquera de ne plus être nourrie.
Des réquisitions, si draconiennes qu’elles
soient, ne suffiront pas à écarter le danger.
Il faut que les vivres et les munitions circu
lent. Que fait-on pour résoudre ce problème
concret ? Et si la Russie ne peut pas le ré
soudre par ses propres ressources — ce qui
ne surprendrait personne, — dans quelle
mesure accepte-t-elle la collaboration tech
nique de ses alliés ? Ils ont le devoir de le
demander et le droit de le savoir. Devant
l’avenir menaçant, que chacun prenne ses
responsabilités.
La prise de Riga fera aisément oublier au
peuple allemand la note du président Wil
son. L’avertissement de la démocratie amé
ricaine sera effacé par la défaillance de la
démocratie russe.
Dès le début des opérations engagées au
tour de Riga, l’état-major allemand a eu
soin de déclarer que les troupes russes re
culaient d’elles-mêmes. Le 23 nqpt, comme
le communiqué de Petrograd avait parlé
d’une offensive allemande, l’agence Wolff a
publié un démenti: « En réalité, disait-elle,
les Russes ont évacué volontairement leurs
positions... Nos troupes ont occupé sans
combat la région abandonnée. » Le commu
niqué russe, en annonçant que l’ordre avait
été donné d’évacuer le secteur de Riga, a
dispensé l’état-major allemand de toute rec
tification. Le gouvernement impérial regret
tera-t-il que la vérité soit connue une fois
de plus? Rien, même uno bataille gagnée,
ne le consolide plus sûrement que le spec
tacle d’une révolution qui so suicide.
A vaincre sans péril, Ilindenburg et Lu-
dendorff ne triomphent pourtant pas sans
éclat. Ils obtiennent la revanche inespérée
d’une longe. déception: escomptée dès la
fin d’août 1915, la prise de Riga fut rendue
impossible parla résistance héroïque qu’op
posaient alors les Russes, presque désar
més. A plus forte raison, la Dvina semblait-
elle infranchissable, depuis que les Russes
ne manquaient plus de matériel.
LE VOTE DU BUDGET AMÉRICAIN
Après onze heures de débats, la Chambre
des représentants des Etats-Unis a voté à
main levée et à l’unanimité le plus grand
budget qui ait jamais été présenté au Con
grès américain, soit, en emprunts et en bons
du Trésor, une somme totalo de 11 milliards
538.945.400 dollars (57.094.727.000 fr.), y
compris 4 milliards de dollars (20 milliards
de francs) piétés aux alliés.
Le £énat ratifiera le vote dans le courant
de la semaine prochaine.
Les crédits supplémentaires présentés par
les départements de la guerre et de la mari
ne comportent 5 milliards do dollars (25 mil
liards de francs) dont 676 millions de dollars
(3.380 millions de francs) pour l’arliUeriâ
seule.
1. SiiîOB et le gemment allemand
Le correspondant du Times à Washington
télégraphie que M. Lansing, ministre des;
affaires étrangères, dément officiellement
les bruits mis en circulation et d’après les<
quels il aurait déclaré que le gouvernement
des Etats-Unis n’insistail pas sur la destitua
lion des Ilohenzollern comme condition pré-*
liminaire à toute négociation de paix.
Une déclaration semi-officielle définit ce
que le président Wilson entend par « dans
le gouvernement de l’Allemagne ». M. Wil
son veut dire changement dans lo principe
de gouvernement, et non pas seulement
changement de forme. Legouverneme.it des
Etats-Unis se réserve le droit do décide*
avec quelle sorte de gouvernement allemand
il négociera la paix.
A Washington, on déclare queM. Wilson
est d’opinion que les négociations de paix
ne pourront être utilement entamées que
lorsque les Ilohenzollern et le parti milita
riste prussien auront cessé de présider aux
destinées allemandes. Le président espère
sincèrement que le peuple allemand prendra
tôt ou tard les mesures nécessaires à la sau-s
vegarde de ses intérêts.
-*$>-
Wilson
et les travaillistes américains
M. Wilson a adresse une lettre auto*»
graphe à M. Gompers, président de la fédé
ration des travailleurs américains. Dans
cette belle lettre, le président paraphrase sa
réponse au pape et dénonce à nouveau en
termes énergiques les crimes du gouverne
ment allemand. Cette lettre a été écrite pour
féliciter M. Gompers d’avoir fondé la nou
velle alliance « Travail et Démocratie
destinée à grouper tous les éléments socia
listes patriotes des Etats-Unis.
Voici le passage principal do ce docu
ment :
De tout mon cœur je souhaite que les lea
ders comprennent quo le dévouement à leur
patrie ne comporte aucune trahison de leurs
principes et qu'en servant l'Amérique aujour
d’hui ils servent leur propre cause aussi fidèle*
ment que par le passé. J’ai moi-même eu do la
sympathie pour les craintes des travailleurs
des Etats-Unis, car la guerre a une tendance à
la réaction et trop souvent les nécessités mili
taires ont été des excuses pour la destruction
de progrès industriels et sociaux laborieuse
ment obtenus. Mais heureusement ces craintes
aujourd’hui n’ont aucune base. Avec son don.
rapide d’appréciation, avec son sens des dan-'
gers d'oppression, notre peuple, non seulement
a gardé chaque pouce du terrain qu’il avait
gagné par des années de lutte, mais il a encore
ajouté aux progrès de l’humanité.
Personne, à moins cl'êtro aveugle, ne peut
no pas voir aujourd’hui que la ligne de bataille
de la démocratie s’étend, pour l’Amériquo, des
campagnes de Flandre à ccs maisons et ces
ateliers où hommes et femmes, travaillant et
luttant, comptent à cette heure les trésors du
droit, de la justice, de la liberté menacée par
nos ennemis actuels. Je n’ai pas été surpris que'
les leaders de certains groupes aient clierohé
à ignorer nos griefs contre les hommes qui ont
également trompé le peuple allemand.
L'insistance qu’ils mettent à ce qu'un pava
dont les droits ont été outrageusement viole’s,
dont les citoyens ont été lâchement assassinés,
sous les plis du pavillon de leur propre bateau
Feuilleton clu Journal de la Manche et de
i la Basse-Normandie. -,
Septembre m g
Au-dessus
du Continent Noir
par le Capitaine DANBII
(Commandant ©RIAJXT)
Chapitre ÎX
L’Envoiée d’OurSda
,• b. Ton père pourtant n’ignore pas que ce
'^misérable* c’est Oswald, le soldat qui, autre
fois, a assassiné ton frère ?
— Il le sait : son cœur déborde de mépris et
de haine pour le cheikh, mais le cheikh est
puissant : il a des armes, de la poudre, do l'ar-
§ ent, et puis il est venu des ordres de Stam-
oul ; le P&dischah protège le cheikh el Qaçi
et mon père le redoute.
Müller se tut ; une saute de vent, la première
depuis le départ; venait de se produire et ré
clamait toute son attention ; il observa le ba
romètre et hocha la tête.
Il n’était cependant plus tenu, comme avec
les appareils précédents, d’opérer lui-même, à
l’aide de leviers, les gauchissements nécessai
res à rétablir l'équilibre au milieu des remous;
dans 1 Africain, ces gauchissements étaient
obtenus automatiquement par un stabilisateur
inventé par les officiers de l’école d’aviation
du colo'nel Estienne.
Le principe en était aimsi simple qu’ingé
nieux.
Un bain de mercure hermétiquement enfer
mé dans une large cuvette à parois de verre
que traversaient j,tis^u’à l'intérieur deux feOr?
es métalliques, participait aux moindres mou
vements de l’aéroplane. Lorsque ce dernier
penchait d’un côté, le plan du bain restant
horizontal, un contact se produisait entre le
liquide métallique et l’une des bornes de cuivre
reliée à la partie gauchissante de l'aile corres
pondante par un jeu de leviers coudés.
Sur le trajet de ces leviers un électro-aimant
actionné par ce contact et puisant son énergie
à des accumulateurs indépendants placés à
Barrière de la nacelle, agissait sur l’extrémité
do l’aile, la relevant ou l'abaissant dans la me
sure nécessitée par l’inclinaison générale de
l’appareil. Quand celui-ci se redressait, le con
tact cessait entre le mercure et la borne ; l'é
lectro-aimant s’immobilisait et avec lui la par
tie articulée de l’aile correspondante.
Mais si cette Importante question du gau
chissement était résolue automatiquement, il
m’en restait pas moins au conducteur de l’aé
roplane le souci angoissant, lorsqu’il arrivait
dans une de ces sortes de gouffres invisibles
qui se creusent dans l'espace, d’aider au re
dressement r?u monoplan à l’aide du gouver
nail de plongée.
Ce sont, en effet, des chutes de 200 à 300 mè
tres que fait l’esquif aérien dans ces abîmes
dont rien n’indique ni la proximité ni la pro
fondeur.
Aussi est-il indispensable, en cas de troubles
prévus dans l’atmosphère, que l’aviateur se
tienne à des hauteurs de 500 à 600 mètres au
minimum, de façon à avoir suffisamment de
temps et de champ pour ne pas toucher le sol
avant d’avoir repris sa stabilité.
U Africain avait donc atteint 600 mètres.
Müller ne voulait pas l’élever plus haut parce
qu’au-delà de cette altitude, les observations
ayant pour objet le sol au-dessous de l’aéro
plane fussent devenues difficiles et eussent
exigé l’emploi de la jumelle, que la jeune -Qrabe
ne connaissait point.
— Quarante-cinq kilomètres en dix-huit mi
nutes ! observa Paul Harzel en tirant sa mon
tre; voici un point de repère : l’oued Sindja,
que les cartes allemandes donnent comme
reconnu jusqu’à une vingtaine de kilomètres
desjmmïtagncs, le reste çst eu pointillé. Noqs
P assons juste au-dessus de son confluent avec
oued Nézib.
—• Bonne vitesse, opina Müller, mais c’est le
moment d’observer au-dessous de nous. Les
bandes que nous cherchons ne peuvent plus
être loin.
Et, dans le cornet acoustique, il fit à la jeu
ne fille la même recommandation.
— Cherche les Ouled Sliman, Ourida 1
Elle se pencha ; les yeux agrandis, elle voyait
défiler au-dessous d’elle, à une allure de cy
clone, les plaines de sable ou de galets que les
caravanes de son pays parcouraient si lente
ment. si péniblement, el elle so sentait péné
trée d’une admiration sans bornes pour ees
blancs qui inventent d’aussi merveilleuses
machines, alors que les musulmans restent
figés dans leurs^ coutumes, leurs préjugés et
leurs pratiques quotidiennes, immuables de
puis Mohammed.
Sa môre,circassienne d’une grande beauté,
mariée, à vingt-deux ans, « sur lo tard », au
oai’d Reliai, par l’intermédiaire d’une agence
de Ben Ghazi, avait fait un long séjour à
Stamboul. Le contact des femmes blanches
l’avait préservée de ce fanatisme musulman
qui fait du mépris des Roumis un acte de foi,
et elle avait élevé sa fille dans des Idées lar
ges. C’était uno « désenchantée ».
D’ailleurs, l'apparition dans la vie d'Ourida
d’un blanc libérateur et bon comme l’avait été
Frisch, avait orienté la vie de la jeune fille
vers des sentiments tout différents de ceux de
ses compagnons, et l’expérience extraordinaire
et audacieuse qu'elle faisait avec ces deux au
tres Français achevait sa conversion.
Elle se demandait si elle n’était pas subite
ment métamorphosée en quelqu’une de ces
petites reines aes contes orientaux que des
génies bienfaisants enlèvent sur des chars
attelés d’hirondelles pour les conduire à tra
vers l’azur aux glorieux époux qui les appel
lent.
Tout ce qu’elle avait vu depuis le départ lui
inspirait une confiance absolue. Elle ne doutait
plus do la réussite de l’expédition à laquelle
elle était si Inopinément associée ; elle arra
cherait au i’homiae aull’^Ù ejuîté®-
fadis, et, toujours comme dans les récits mer
veilleux des « Mille et une Nuits », elle le sui
vrait dans ces pays fabuleux que les auteurs
arabes placent très loin de l’autre côté des
mers.
Tout à coup, les premiers groupes d’ennemis
-apparurent; ils avaient dû marcher toute la
journée et toute la nuit.
C’étaient des fantassins ; ils formaient comme
des essaims à la surface du sol, et le soleil
faisait briller l’acier des fusils et des lances.
Puis apparurent des groupes plus compacts
le long d'un oued.
Soudain, une balle siffla aux oreilles des
aviateurs et, peu après, ils perçurent le bruit
de la détonation : l’aéroplane avait été signalé
et les coups de feu se précipitèrent. Aussi,
manœuvrant l’équilibreur, Müller gagna-t-il
rapidement l’altliude de 1.200 mètres où il était
en sûreté.
■— Les mehara ne doivent plus être loin, dit
Paul Harzel; nous sommes sur la bonne piste.
Au fur et à mesure que l’horizon s’élargis
sait, d’autres bandes se révélaient, contournant
les hauteurs, ou arrêtées autour du « gheçlair «
dont l’eau miroitait.
— Tout cela file vers l’Est, remarqua Müllef.
Songent-ils donc à se mettre à l’abri de notre
atteinte en passant sur le territoire anglais ?
Comme il achevait ces mots, Y Africain sc
cambra; le pilote n'eut que le temps de lui
faire « baisser le nez » à l’aide de l’équilibreur,,
et cédant aux remous qui se manifestaient, il
se laissa porter pendant quelques secondes
vers le nord.
A cet instant, Ourida se retourna et étendit
son bras vers le sud : le vent avait pris dans
cette direction une teinte cuivrée :
— Le simoun i fit-elle d’une voix grave.
Chapitre X
M’attaque des vautours
Le simoun I le vent empoisonné, mortel, du
Çahra...
Il accourait, chassant devant lui des tour-
billopj. Ryeuglants de poussière et de sabktL
r sous sa formidable poussée, des colonnes d’air
tourbillonnantes battaient l’aéroplane qui se
balançait, « donnait de la bande » fii menaçant
de se soulever sur l'extrémité d’une aile et do
chavirer.
Chute aussi périlleuse, aussi foudroyante
quo celle de « piquer du nez ».
Müller so maintint soigneusement dans la
direction du nord, pour ne pas prêter le flanc
à la tourmente.
Mieux valait fuir devant elle.
Quant à descendre pour s’abriter dans un
pli de terrain et laisser passer l’orage, il n’y
fallait pas songer : les bandes de Snoussia qui
sillonnaient la plaine constituaient un danger
plus redoutable encore que les pires perturba
tions atmosphériques.
— Nous avons trop attendu, murmura Mül
ler.
Il jeta un coup d’œil alternatif sur chacune
des ailes de l’appareil pour s’assurer que le
réseau des fils d'acier qui maintenait la rigi
dité de l’en6emble conservait bien le degré de
tension voulu.
L’Alsacien n’était pas homme à perdre son
sang-froid. Souvent il avait eu à lutter contre
la furie des cléments : mais, à vrai dire, c'était
la première fois qu’il les bravait dans des con
ditions aussi particulières et aussi redoutables.
Les difficultés d’atterrissage, la solitude, les
dangers qui attendraient les aviateurs dans
des régions parcourues sans cesse par des
pillards nomades, avaient été les principales
réfutations formulées à l'encontre de l’emploi
des aéroplanes dans le Çahra parles adversai
res du projet.
On ne savait rien, avaient-ils objecté, du
régime des vents sur ce continent ; on ignorait
i tout des courants, des remous, des dépressions
i occasionnées par la respiration des forêts im-
| menses et l’évaporation des réservoirs colos-
! saux qui alimentent le Nil et le Congo.
Les partisans du » progrès quand même »
avaient répondu quo s’il fallait attendre une
étude complète et la publication d’une annexe
à l’Annuaire du Bureau des Longitudes, l'avia
tion ne ferait jamais son apparition dans les
^cologies- qù e]{o était appelée à rendre pouy- X
tant les plus signalés services. Ils ajoutaient
qu’en Europe même on était encore presque
complètement ignorant des courants aériens,'
ce qui n'avait pas empêché les champions fran
çais de voler triomphalement de capitale en
capitale. ,
Et finalement, les partisans de l’aérostation
coloniale avaient eu gain de cause.
Un instant, Müller songea à revenir vers le
sud, car s’abandonner à Forage, c’était courir
le risque d'être emporté loin des montagnes
qui barraient l’horizon vers l’est et marquaient
la limite des territoires soumis théoriquement
à la Franco ; mais à la première tentative de,
virage qu'il effectua, l’hélice sembla s'arrêter
et un tel ébranlement se produisit dans la
membrure de l 'Africain que l’aviateur dut le
redresser d'un audacieux coup de barre... et la
course folle vers le nord continua avec un à.
vitêsse croissante. >
—- Montons, Müller, montons vite ! cria Paul
Harzel dans le porte-voix, car 11 n’était plu»
possible de s’entendre autrement.
Le pilote répondit par une manœuvre de l’é«,
quilibreur qui pointa l'appareil vers le ciel, et
Fascension commença vers des altitudes ofi>
les aviateurs trouveraient peut-être le calme.!
Ainsi les sous-marins échappent aux convul
sions qui bouleversent la surface des flots en
plongeant à des profondeurs de 20 à 25 mètres..
Le baromètre enregistra 1.800, 2.000. 2.600...
2.900 mètres, sans que la course vertigineuse'
parût se ralentir. ^ ;
Quelques centaines de mètres encore et les
aviateurs constataient avec un soupir de sou
lagement qu’ils avaient atteint une zone de
calme absolu. Müller, par un majestueux vi
rage, remit le cap à l’est : les montagnes se
rapprochaient à vue d’œil, mais leurs sommets
semblaient s'enfoncer peu à peu dans la turre,
en raison do la grande hauteur à laquelle vo-.
laitl’Â/Vicam.
Ourida, inconsciente du danger, était pen
chée sur la nacelle, contemplant avec admira
tion le sol mouvementé sur-lequel-tranchait le
ruban argenté d’un d’eau profondément
encaissé» -- _ .
GA suivre J
ÏJIX CENTIMES LE NUMERO
samedi 15 Septembre I
AB0F3TEME1TTS:
fjkïk Jmm\ 13, mTortsron, SAINT-LO ; %nc0Îi?as,PARS
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RÉPUBLICAIN PROGRESSISTE
Politique '
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3?avalssant le NXTYI^OilIJIÎi: et le SA3XS!i>X
Directeur : Emile ENÂULT
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iS me Torienm HMNT»LO* T-éiêjiïizme sa
t*eo Manuscrite et, Dessins non insérés ne xo?i?/)&s T&lâzfa,
INSERTIONS
( Annonces. ^ Ha 'Cirjiæ *SX) Cerft.
ï Intérieur du Journal a — 150 —
;/ Réclames . , “■» <&B
Le renouveau
de la Grèce
lourdement pesé et pèsent encore sur
la poursuite de la guerre,
La Chambre des Députés de Grèce,
après des débats longs et mouvemen
tés, a voté une résolution qui, de façon
catégorique, lie le pays aux Alliés,
reconnaît les obligations de la Grèce à
l’égard de T héroïque Serbie et exprime
son entière confiance clans le gouver
nement de M. Venizelos.
Le vote a réuni 188 voix, les minis
tres s’étant abstenus ; parmi les vo
tants, on trouve 42 députés de l’oppo
sition, qui ont déclaré se rallior au
gouvernement. La victoire de M. Veni-
zelos est complète.
Le mal que la politique personnelle
du roi Constantin a fait à la Grèce a
éclaté en pleine lumière et on a pu
mesurer l’action néfaste exercée par
i’ex-mon arque, qui villégiature on ce
moment à Zurich, où il se tient en
rapports étroits avec la nuée cîe prin
ces et de diplomates allemands que
mille raisons attirent en Suisse.
M. Venizolos a expliqué qù’il avait
mis, quelques jours avant la bataille
de la Marne, toutes les forces de la
Grèce à la disposition de l’Entente et
qu’il avait obtenu du gouvernement
anglais la promesse formelle que ce
lui-ci ne permettrait pas à la flotte
turque de sortir des Dardanelles pour
attaquer la Grèce.
Il a rappelé que, malgré une pre
mière promesse, à lui donnée par
‘Constantin, celui-ci refusa d’attaquer
la Turquie en coopération avec les
Alliés et fit une déclaration dans ce
sens à l’amiral Kerr, chef delà mission
navale britannique, ajoutant que ce
serait seulement dans le cas d’une
attaque de la Grèce par la Turquie
qu’il accepterait le concours de l’An
gleterre. M. Venizelos remit alors sa
démission au roi, mais celui-ci ne l’ac
cepta pas, et l’amiral anglais s’enten
dit avec l’état-major grec au sujet des
détails do J’attaqiie projetée par F An
gleterre contre Gallipoli.
Cette entente pour une coopération
étroite de la Grèce avec la Grande-
Bretagne dans l’affaire de Gallipoli
devait avoir des conséquences consi
dérables. On les escomptait à Constan
tinople, où la panique a régné pendant
quelque temps.
C’était en. février 1915,’ la Turquie
aie possédait alors que 6.000 hommes
à Gallipoli. Avec le concours de l’ar
mée grecque, la flotte britannique eût
très vraisemblablement réussi l’opé
ration projetée, car on eût eu ainsi le
corps de débarquement dont l’absence
a fait échouer l’opération.
En prévision de cette intervention
possible, les banques germaniques et
autrichiennes avaient déjà transporté
leurs trésors et leurs archives de Cons
tantinople à Koniah, et le gouverne
ment s’apprêtait à transférer son siège
dans cette dernière ville.
Or, à ce moment, l’un des plus dra
matiques de cette guerre, Constantin,
poussé par son entourage germano
phile, donna à la Turquie et à la Bul
garie, par l’intermédiaire des empires
centraux, l’assurance que la Grèce
n’interviendrait pas. M. Venizelos dé
missionna.
Telle est l’histoire de la première
grande trahison du roi Constantin,
Trahison dont les conséquences ont si
Mais le beau-frère de Guillaume II
ne s’en tint pas là. M. Venizelos étant
revenu au pouvoir, le grand patriote
en profita pour déclarer que la Grèce
était l’amie des Alliés et se considé
rait comme solidaire de la Serbie.
Le roi, tout en acceptant cette dé
claration, s'empressa d’affirmer à l’Al
lemagne que c’était là un document de
pure forme et qu’il ne ferait pas appli
cation du casas fœderis en faveur de la
Serbie.
C’est alors que M. Venizelos se re
tira encore du pouvoir non sans avoir
préalablement proposé au roi de de
mander aux représentants de l’Entente
de faire débarquer àSalonique 150.000
hommes. Le même soir, a dit M. Ve
nizelos, à 17 heures, le roi acceptait
cette proposition ; une heure plus tard,
le ministre la transmettait aux minis
tres de l’Entente ; mais à 19 heures,
le roi déclarait qu’il n’était plus d’ac
cord avec son ministre.
L’influence allemande, qui s’exercait
par l’intermédiaire de la reine Sophie,
du baron Schenck, des Streit et des
Mctaxas, contrecarrait victorieusement
celle du premier ministre. « Le roi
Constantin était toujours d’accord avec
moi, a dit M. Venizelos, lorsque j’étais
près de lui, mais, dès que j’étais parti,
l’influence germanique qui gravitait
près de lui le faisait dévier et changer
instantanément de ligne politique. »
Constantin apparaît ici plus peut-
être comme un jouet entre les mains
de la clique, qui l’amena à troquer son
rôle de monarque constitutionnel pour
celui d’autocrate responsable seule
ment devant sa conscience et devant
Dieu, que comme un être plein de du
plicité.
Dans ce rôle nouveau, il a compro
mis tous les intérêts de l’hellénisme,
intérêts qu’aurait si bien servis l’allian
ce étroite avec l’Entente qu’avait orga
nisée M. Venizelos; mais il n’a même
pas pu suivre la recommandation que
lui faisait son impérial beau-frère de
garder son trône coûte que coûte.
La Nouveau Ministère
Présidence du Con
seil et ministère de
la guerre.........
Justice. ..........
Affaires étrangères
Intérieur.
Marine.,,...
Armement... 7 ....
Finances.......
Colonies.
Travaux publics..,
Instruction publig.
Travail
Commerce........
Agriculture......-.
Ravitaillement.. ..
Missions à i’étrang.
Ministres d'Etat et
membres du Comité
de guerre,,.... fi \
M. PainlEÿe.
M. Raoul Peu et.
M. Ri bot.
M. Steeg.
M. ClIAUMET.
M. Loücheur,
M. Klotz.
M. R. Besnard.
M, Claveille.
M. Daniel Vincent.
M. Renaud.
M. Clêmentel.
M. Fernand DaviU.
M, Maurice Long.
M. Franklin-Bouillon.
MM. Bartiiou, Bour
geois, Doumer, Jean
Dupuy.
Le ministère Painlevé comprend en outre
11 sous-secrétaires d’Etat.
Service de Santé .... M. Justin Godard.
Aéronautique M. Dumesnil.
Administration géné
rale M. Moürier.
Contentieux, justice
militaire et pen
sions;,,; A . M. Pierre Massé,
Inventions 1.77; .'. 77. . M. J.-L. Breton-
Ces cinq Sous-Secrétariats sont rattaches
au ministère de la guerre.
Intérieur..... i...... M. Victor Peytral,
Finances M. Paul Bourely.
Commerce M. Paul Morel.
Marine marchande et
transports mariti
mes rattaches au
commerce M. de Monzïe,
Blocus, rattaché aux
affaires étrang re8 ... M. Métin.
Beaux-Arts ...» M. Dalimier.
Les socialistes ne font pas partie du nou
veau Cabinet le groupe socialiste s’y étant
opposé à cause du choix fait parM. Pain-
levé de certaines personnalités, telles que
MM. Ribot et Barthou.
les voyages du roi d’Italie
Un journal de Londres apprend que le roi
d’Italie se rendra en Angleterre avant l’au
tomne.
D’autre part, une dépêche du Havre à
l’agence Fournier dit qu’à l’occasion de la
prochaine visite de Victor-Emmanuel III au
front français, le souverain italien visitera
également le front belge où il sera l’hôte du
roi Albert.
Ces visites sont subordonnées au voyage
du roi d'Italie en France, voyage qui devait
avoir lieu cette semaine et qui a été ajourné
en raison de la crise ministérielle française^
LA CHINE
déclare Sa guerre à l’Autriche
L’agence Reuter apprend que la Chine a
déclaré la guerre à l’Autriclie-IIongrie.
La Suède travaille
pour l’Allemagne
Le gouvernement des Etats-Unis a acquis
la preuve que certaines légations de Suède
dans des pays neutres, notamment en Ré
publique Argentine, faisaient passer, com
me correspondance suédoise, certains télé
grammes allemands.
Le secrétaire d’Etat a fait la déclaration
suivante :
« Le département de l’Etat s’est assuré la
possession de certains télégrammes du
comte Luxbourg, chargé d’aiïaires d’Alle
magne à Buenos-Ayres, au Foreing office à
Berlin, lesquels, je regrette de le dire, ont
été envoyés de Buenos-Ayres par la légation
suédoise comme étant des messages officiels
suédois adressés au ministère des affaires
de Stockholm. »
Parmi ces télégrammes, il en est qui con
seillaient de couler les bateaux argentins
sans laissa de traces. Or, on sait que l’Al
lemagne avait promis de ne pas couler les
navires de la République Argentine.
La duplicité suédoise a soulevé chez les
Alliés une émotion bien légitime. La Suède
est en effet sortie de la neutralité en se met
tant au service de l’Allemagne.
Aux Etats-Unis, le souci de ménager le
peuple suédois, qu’il serait, eh effet, impo-
litique de confondre avec son gouvernement
s’affirme chez le président et dictera sa
conduite. -M. Wilson ne désire pas sévir con
tre la Suède. Il considère l'embargo comme
l’arme la plus efficace contre la violation de
la neutralité.
A Londres, on considère que l’éventualité
d’une rupture complète avec la Suède est
improbable, parce qu’on croit que le gou
vernement de Stockholm fera amende ho
norable de sa propre initiative.
La Suède a rédigé une note pour expli
quer sa conduite. (Voir « Nos Dépêches » en
2 e page).
On espère, en outre, que la Suède mon
trera, par quelque mesure concrète, telle
qu’un contrôle plus serré des exportations
en Allemagne, qu’elle apprécie la façon
courtoise dont elle a été traitée parles alliés
dans ces circonstances -délicates .pour elle.
Une menace allemande à la Suède
La Gazette de Francfort a publié un long
article sur les élections suédoises. Cet arti
cle constitue uno menace non dissimulée
faite à la Suède pour le cas où les élections
amèneraient au pouvoir un cabinet de gau
che dont les personnalités dirigeantes se
raient le socialiste Branting et le radjcal
Baimstierna.
La Gazette clc Francfort rappelle que
l’Allemagne fournit à la Suède des matières
premières indispensables, en particulier du
charbon et delà potasse, et qu’elle ne pour
ra continuer à livrer ces matières premières
que si la Suède donne des garanties suffi
santes tant au point de vue des sympathies
politiques que des compensations économi
ques qu’elle pourra fournir.
EN RUSSIE
Comme nous l’apprennent « Nos Dépê
ches », publiées en 2® page, il y a conflit
grave entre le président du Conseil IÂercnsky
et le généralissime Korniloff.
Ces deux hommes sont animes des meil
leures intentions et veulent à tout prix sau
ver la Russie, mais leurs moyens ne sont
pas les mêmes ; si le ministre reste parle
mentaire, le général veut employer la ma
nière forte.
Le généralissime Korniloff a refusé de se
soumettre à l’ordre du gouvernement lui
prescrivant d’abandonner le commandement
des troupes et de quitter l'armée. Les cosa
ques, dont il fut l’hctman et dont il reste le
héros national, se sont mis en marche sur
Petrograd. Kerensky leur a envoyé clés dé
légués.
A Petrograd, les membres du gouverne
ment provisoire ont démissionné pour lais
ser à Kerensky toute liberté d’action. De
son côté, Korniloff fait arrêter au grand
quartier général les représentants du gou
vernement.
II semble, écrit-on de Pefrograd, que l’o
rigine de la situation actuelle repose sur un
malentendu entre Korniloff et le gouverne
ment. Ce malentendu, c’est le député Lvof
qui l’aurait provoqué par sa démarche dont
les intentions paraissent encore obscures.
Lvof serait allé spontanément trouver Kor
niloff lui déclarant qu’il venait de la part de
Kerensky pour demander au généralissime
d’accepter le pouvoir et de constituer un
gouvernement dictatorial. Korniloff aurait
alors remis à Lvof un projet de gouverne
ment qu’il considérait comme nécessaire.
Kerensky recevant la communication clc
Kornilof, se mit aussitôt en rapport avec le
généralissime, lui manifesta son étonnement
de cette démarche et l’assura qu’il n’avait
chargé Lvof d’aucune mission.
Au cours de la conversation, Korniloff dé
clara à Kerensky qu’il maintenait néan
moins ses exigences. De cette réponse,
simple malentendu, l’incident dégénérait
alors en un conflit des plus aîgus nettement
caractérisé.
Il faut espérer que la Russie ne connaîtra
pas les horreurs de la guerre civile qui amè
nerait le désastre complet. Il est grand
temps qu’un gouvernement énergique lui
fasse abandonner la politique pour Faction.
Ce qui importe d’abord, c’est vaincre l’Alle
mand.
Le bruit court, à New-York, que Kerensky
aurait été assassiné, mais on ignore si les
coupables .sont des maximalistes ou des
partisans des grands-ducs.
Quelques soldats américains traversaient
un cantonnement où ils avaient célébré
dignement la prise de la Bastille en 1789.
Un colonel français les interrogea pater«
nellement :
— De quel Etat êtes-vous ?
— De l’Etat d’Ohio 1
*— Et vous ?
— De l’Etat de New-York !
— Et vous?
— De l’état d’ebrielé, répondit le sammy
dans le plus pur français.
Le colonel, dissimulant un sourire dans sa
moustache grise, constata qu’en Amérique
comme en France les soldats aiment la
gaîté et les bons crus.
LES LEÇONS
•ta»
de la Révolution russe
Elles éclatont suffisamment aux yeux.
Elles démontrent qu’en dépit des plus géné
reux principes, un gouvernement ne s’im
provise pas. Elles démontrent que quelques
mois d’orgies oratoires et de propagande
malsaine parviennent à désorganiser une
vaillante et glorieuse armée. Elles démon
trent qu’une industrie sabotée ne se relève
pas.
Elles démontrent que les Allemands, loin
d’être gagnés par l’oxeinple révolutionnaire,
en prennent prétexte pour enrichir leur bu
tin et pour maintenir leur militarisme.
« Nous nous adressons à nos frères prolé
taires de la coalition austro-allemande et
avant tout au prolétariat allemand », disait
le Soviet dans son manifeste du 27 mars.
Réponse : Riga.
L’empire allemand, qui veut la ruineüe la
liberté russe et le démembrement de la
Russie, se réjouit peut-être de voir que le
jeu des manifestes continue, et qu’à Pelro-
gracl on croit avoir agi quand on a parlé.
Nous qui souhaitons au contraire le salut de
la Russie et de sa liberté, nous demandons
qu’on change do méthodes à Petrograd.
Pour mettre fin au désordre, il faut opérer
avec ordre. Il faut « sérier les questions » et
les régler. Un exemple le montrera.
Le relèvement de la Russie est impossible
sans un certain nombre d’améliorations
pratiques, dont la plus urgente paraît être
la réorganisation des transports. Dès main
tenant, le ravitaillement des troupes qui
opèrent en Roumanie est très précaire. Le
général Kornilof a déclaré, devant l’assem
blée de Moscou, qu’en novembre l’armée
russe risquera de ne plus être nourrie.
Des réquisitions, si draconiennes qu’elles
soient, ne suffiront pas à écarter le danger.
Il faut que les vivres et les munitions circu
lent. Que fait-on pour résoudre ce problème
concret ? Et si la Russie ne peut pas le ré
soudre par ses propres ressources — ce qui
ne surprendrait personne, — dans quelle
mesure accepte-t-elle la collaboration tech
nique de ses alliés ? Ils ont le devoir de le
demander et le droit de le savoir. Devant
l’avenir menaçant, que chacun prenne ses
responsabilités.
La prise de Riga fera aisément oublier au
peuple allemand la note du président Wil
son. L’avertissement de la démocratie amé
ricaine sera effacé par la défaillance de la
démocratie russe.
Dès le début des opérations engagées au
tour de Riga, l’état-major allemand a eu
soin de déclarer que les troupes russes re
culaient d’elles-mêmes. Le 23 nqpt, comme
le communiqué de Petrograd avait parlé
d’une offensive allemande, l’agence Wolff a
publié un démenti: « En réalité, disait-elle,
les Russes ont évacué volontairement leurs
positions... Nos troupes ont occupé sans
combat la région abandonnée. » Le commu
niqué russe, en annonçant que l’ordre avait
été donné d’évacuer le secteur de Riga, a
dispensé l’état-major allemand de toute rec
tification. Le gouvernement impérial regret
tera-t-il que la vérité soit connue une fois
de plus? Rien, même uno bataille gagnée,
ne le consolide plus sûrement que le spec
tacle d’une révolution qui so suicide.
A vaincre sans péril, Ilindenburg et Lu-
dendorff ne triomphent pourtant pas sans
éclat. Ils obtiennent la revanche inespérée
d’une longe. déception: escomptée dès la
fin d’août 1915, la prise de Riga fut rendue
impossible parla résistance héroïque qu’op
posaient alors les Russes, presque désar
més. A plus forte raison, la Dvina semblait-
elle infranchissable, depuis que les Russes
ne manquaient plus de matériel.
LE VOTE DU BUDGET AMÉRICAIN
Après onze heures de débats, la Chambre
des représentants des Etats-Unis a voté à
main levée et à l’unanimité le plus grand
budget qui ait jamais été présenté au Con
grès américain, soit, en emprunts et en bons
du Trésor, une somme totalo de 11 milliards
538.945.400 dollars (57.094.727.000 fr.), y
compris 4 milliards de dollars (20 milliards
de francs) piétés aux alliés.
Le £énat ratifiera le vote dans le courant
de la semaine prochaine.
Les crédits supplémentaires présentés par
les départements de la guerre et de la mari
ne comportent 5 milliards do dollars (25 mil
liards de francs) dont 676 millions de dollars
(3.380 millions de francs) pour l’arliUeriâ
seule.
1. SiiîOB et le gemment allemand
Le correspondant du Times à Washington
télégraphie que M. Lansing, ministre des;
affaires étrangères, dément officiellement
les bruits mis en circulation et d’après les<
quels il aurait déclaré que le gouvernement
des Etats-Unis n’insistail pas sur la destitua
lion des Ilohenzollern comme condition pré-*
liminaire à toute négociation de paix.
Une déclaration semi-officielle définit ce
que le président Wilson entend par « dans
le gouvernement de l’Allemagne ». M. Wil
son veut dire changement dans lo principe
de gouvernement, et non pas seulement
changement de forme. Legouverneme.it des
Etats-Unis se réserve le droit do décide*
avec quelle sorte de gouvernement allemand
il négociera la paix.
A Washington, on déclare queM. Wilson
est d’opinion que les négociations de paix
ne pourront être utilement entamées que
lorsque les Ilohenzollern et le parti milita
riste prussien auront cessé de présider aux
destinées allemandes. Le président espère
sincèrement que le peuple allemand prendra
tôt ou tard les mesures nécessaires à la sau-s
vegarde de ses intérêts.
-*$>-
Wilson
et les travaillistes américains
M. Wilson a adresse une lettre auto*»
graphe à M. Gompers, président de la fédé
ration des travailleurs américains. Dans
cette belle lettre, le président paraphrase sa
réponse au pape et dénonce à nouveau en
termes énergiques les crimes du gouverne
ment allemand. Cette lettre a été écrite pour
féliciter M. Gompers d’avoir fondé la nou
velle alliance « Travail et Démocratie
destinée à grouper tous les éléments socia
listes patriotes des Etats-Unis.
Voici le passage principal do ce docu
ment :
De tout mon cœur je souhaite que les lea
ders comprennent quo le dévouement à leur
patrie ne comporte aucune trahison de leurs
principes et qu'en servant l'Amérique aujour
d’hui ils servent leur propre cause aussi fidèle*
ment que par le passé. J’ai moi-même eu do la
sympathie pour les craintes des travailleurs
des Etats-Unis, car la guerre a une tendance à
la réaction et trop souvent les nécessités mili
taires ont été des excuses pour la destruction
de progrès industriels et sociaux laborieuse
ment obtenus. Mais heureusement ces craintes
aujourd’hui n’ont aucune base. Avec son don.
rapide d’appréciation, avec son sens des dan-'
gers d'oppression, notre peuple, non seulement
a gardé chaque pouce du terrain qu’il avait
gagné par des années de lutte, mais il a encore
ajouté aux progrès de l’humanité.
Personne, à moins cl'êtro aveugle, ne peut
no pas voir aujourd’hui que la ligne de bataille
de la démocratie s’étend, pour l’Amériquo, des
campagnes de Flandre à ccs maisons et ces
ateliers où hommes et femmes, travaillant et
luttant, comptent à cette heure les trésors du
droit, de la justice, de la liberté menacée par
nos ennemis actuels. Je n’ai pas été surpris que'
les leaders de certains groupes aient clierohé
à ignorer nos griefs contre les hommes qui ont
également trompé le peuple allemand.
L'insistance qu’ils mettent à ce qu'un pava
dont les droits ont été outrageusement viole’s,
dont les citoyens ont été lâchement assassinés,
sous les plis du pavillon de leur propre bateau
Feuilleton clu Journal de la Manche et de
i la Basse-Normandie. -,
Septembre m g
Au-dessus
du Continent Noir
par le Capitaine DANBII
(Commandant ©RIAJXT)
Chapitre ÎX
L’Envoiée d’OurSda
,• b. Ton père pourtant n’ignore pas que ce
'^misérable* c’est Oswald, le soldat qui, autre
fois, a assassiné ton frère ?
— Il le sait : son cœur déborde de mépris et
de haine pour le cheikh, mais le cheikh est
puissant : il a des armes, de la poudre, do l'ar-
§ ent, et puis il est venu des ordres de Stam-
oul ; le P&dischah protège le cheikh el Qaçi
et mon père le redoute.
Müller se tut ; une saute de vent, la première
depuis le départ; venait de se produire et ré
clamait toute son attention ; il observa le ba
romètre et hocha la tête.
Il n’était cependant plus tenu, comme avec
les appareils précédents, d’opérer lui-même, à
l’aide de leviers, les gauchissements nécessai
res à rétablir l'équilibre au milieu des remous;
dans 1 Africain, ces gauchissements étaient
obtenus automatiquement par un stabilisateur
inventé par les officiers de l’école d’aviation
du colo'nel Estienne.
Le principe en était aimsi simple qu’ingé
nieux.
Un bain de mercure hermétiquement enfer
mé dans une large cuvette à parois de verre
que traversaient j,tis^u’à l'intérieur deux feOr?
es métalliques, participait aux moindres mou
vements de l’aéroplane. Lorsque ce dernier
penchait d’un côté, le plan du bain restant
horizontal, un contact se produisait entre le
liquide métallique et l’une des bornes de cuivre
reliée à la partie gauchissante de l'aile corres
pondante par un jeu de leviers coudés.
Sur le trajet de ces leviers un électro-aimant
actionné par ce contact et puisant son énergie
à des accumulateurs indépendants placés à
Barrière de la nacelle, agissait sur l’extrémité
do l’aile, la relevant ou l'abaissant dans la me
sure nécessitée par l’inclinaison générale de
l’appareil. Quand celui-ci se redressait, le con
tact cessait entre le mercure et la borne ; l'é
lectro-aimant s’immobilisait et avec lui la par
tie articulée de l’aile correspondante.
Mais si cette Importante question du gau
chissement était résolue automatiquement, il
m’en restait pas moins au conducteur de l’aé
roplane le souci angoissant, lorsqu’il arrivait
dans une de ces sortes de gouffres invisibles
qui se creusent dans l'espace, d’aider au re
dressement r?u monoplan à l’aide du gouver
nail de plongée.
Ce sont, en effet, des chutes de 200 à 300 mè
tres que fait l’esquif aérien dans ces abîmes
dont rien n’indique ni la proximité ni la pro
fondeur.
Aussi est-il indispensable, en cas de troubles
prévus dans l’atmosphère, que l’aviateur se
tienne à des hauteurs de 500 à 600 mètres au
minimum, de façon à avoir suffisamment de
temps et de champ pour ne pas toucher le sol
avant d’avoir repris sa stabilité.
U Africain avait donc atteint 600 mètres.
Müller ne voulait pas l’élever plus haut parce
qu’au-delà de cette altitude, les observations
ayant pour objet le sol au-dessous de l’aéro
plane fussent devenues difficiles et eussent
exigé l’emploi de la jumelle, que la jeune -Qrabe
ne connaissait point.
— Quarante-cinq kilomètres en dix-huit mi
nutes ! observa Paul Harzel en tirant sa mon
tre; voici un point de repère : l’oued Sindja,
que les cartes allemandes donnent comme
reconnu jusqu’à une vingtaine de kilomètres
desjmmïtagncs, le reste çst eu pointillé. Noqs
P assons juste au-dessus de son confluent avec
oued Nézib.
—• Bonne vitesse, opina Müller, mais c’est le
moment d’observer au-dessous de nous. Les
bandes que nous cherchons ne peuvent plus
être loin.
Et, dans le cornet acoustique, il fit à la jeu
ne fille la même recommandation.
— Cherche les Ouled Sliman, Ourida 1
Elle se pencha ; les yeux agrandis, elle voyait
défiler au-dessous d’elle, à une allure de cy
clone, les plaines de sable ou de galets que les
caravanes de son pays parcouraient si lente
ment. si péniblement, el elle so sentait péné
trée d’une admiration sans bornes pour ees
blancs qui inventent d’aussi merveilleuses
machines, alors que les musulmans restent
figés dans leurs^ coutumes, leurs préjugés et
leurs pratiques quotidiennes, immuables de
puis Mohammed.
Sa môre,circassienne d’une grande beauté,
mariée, à vingt-deux ans, « sur lo tard », au
oai’d Reliai, par l’intermédiaire d’une agence
de Ben Ghazi, avait fait un long séjour à
Stamboul. Le contact des femmes blanches
l’avait préservée de ce fanatisme musulman
qui fait du mépris des Roumis un acte de foi,
et elle avait élevé sa fille dans des Idées lar
ges. C’était uno « désenchantée ».
D’ailleurs, l'apparition dans la vie d'Ourida
d’un blanc libérateur et bon comme l’avait été
Frisch, avait orienté la vie de la jeune fille
vers des sentiments tout différents de ceux de
ses compagnons, et l’expérience extraordinaire
et audacieuse qu'elle faisait avec ces deux au
tres Français achevait sa conversion.
Elle se demandait si elle n’était pas subite
ment métamorphosée en quelqu’une de ces
petites reines aes contes orientaux que des
génies bienfaisants enlèvent sur des chars
attelés d’hirondelles pour les conduire à tra
vers l’azur aux glorieux époux qui les appel
lent.
Tout ce qu’elle avait vu depuis le départ lui
inspirait une confiance absolue. Elle ne doutait
plus do la réussite de l’expédition à laquelle
elle était si Inopinément associée ; elle arra
cherait au i’homiae aull’^Ù ejuîté®-
fadis, et, toujours comme dans les récits mer
veilleux des « Mille et une Nuits », elle le sui
vrait dans ces pays fabuleux que les auteurs
arabes placent très loin de l’autre côté des
mers.
Tout à coup, les premiers groupes d’ennemis
-apparurent; ils avaient dû marcher toute la
journée et toute la nuit.
C’étaient des fantassins ; ils formaient comme
des essaims à la surface du sol, et le soleil
faisait briller l’acier des fusils et des lances.
Puis apparurent des groupes plus compacts
le long d'un oued.
Soudain, une balle siffla aux oreilles des
aviateurs et, peu après, ils perçurent le bruit
de la détonation : l’aéroplane avait été signalé
et les coups de feu se précipitèrent. Aussi,
manœuvrant l’équilibreur, Müller gagna-t-il
rapidement l’altliude de 1.200 mètres où il était
en sûreté.
■— Les mehara ne doivent plus être loin, dit
Paul Harzel; nous sommes sur la bonne piste.
Au fur et à mesure que l’horizon s’élargis
sait, d’autres bandes se révélaient, contournant
les hauteurs, ou arrêtées autour du « gheçlair «
dont l’eau miroitait.
— Tout cela file vers l’Est, remarqua Müllef.
Songent-ils donc à se mettre à l’abri de notre
atteinte en passant sur le territoire anglais ?
Comme il achevait ces mots, Y Africain sc
cambra; le pilote n'eut que le temps de lui
faire « baisser le nez » à l’aide de l’équilibreur,,
et cédant aux remous qui se manifestaient, il
se laissa porter pendant quelques secondes
vers le nord.
A cet instant, Ourida se retourna et étendit
son bras vers le sud : le vent avait pris dans
cette direction une teinte cuivrée :
— Le simoun i fit-elle d’une voix grave.
Chapitre X
M’attaque des vautours
Le simoun I le vent empoisonné, mortel, du
Çahra...
Il accourait, chassant devant lui des tour-
billopj. Ryeuglants de poussière et de sabktL
r sous sa formidable poussée, des colonnes d’air
tourbillonnantes battaient l’aéroplane qui se
balançait, « donnait de la bande » fii menaçant
de se soulever sur l'extrémité d’une aile et do
chavirer.
Chute aussi périlleuse, aussi foudroyante
quo celle de « piquer du nez ».
Müller so maintint soigneusement dans la
direction du nord, pour ne pas prêter le flanc
à la tourmente.
Mieux valait fuir devant elle.
Quant à descendre pour s’abriter dans un
pli de terrain et laisser passer l’orage, il n’y
fallait pas songer : les bandes de Snoussia qui
sillonnaient la plaine constituaient un danger
plus redoutable encore que les pires perturba
tions atmosphériques.
— Nous avons trop attendu, murmura Mül
ler.
Il jeta un coup d’œil alternatif sur chacune
des ailes de l’appareil pour s’assurer que le
réseau des fils d'acier qui maintenait la rigi
dité de l’en6emble conservait bien le degré de
tension voulu.
L’Alsacien n’était pas homme à perdre son
sang-froid. Souvent il avait eu à lutter contre
la furie des cléments : mais, à vrai dire, c'était
la première fois qu’il les bravait dans des con
ditions aussi particulières et aussi redoutables.
Les difficultés d’atterrissage, la solitude, les
dangers qui attendraient les aviateurs dans
des régions parcourues sans cesse par des
pillards nomades, avaient été les principales
réfutations formulées à l'encontre de l’emploi
des aéroplanes dans le Çahra parles adversai
res du projet.
On ne savait rien, avaient-ils objecté, du
régime des vents sur ce continent ; on ignorait
i tout des courants, des remous, des dépressions
i occasionnées par la respiration des forêts im-
| menses et l’évaporation des réservoirs colos-
! saux qui alimentent le Nil et le Congo.
Les partisans du » progrès quand même »
avaient répondu quo s’il fallait attendre une
étude complète et la publication d’une annexe
à l’Annuaire du Bureau des Longitudes, l'avia
tion ne ferait jamais son apparition dans les
^cologies- qù e]{o était appelée à rendre pouy- X
tant les plus signalés services. Ils ajoutaient
qu’en Europe même on était encore presque
complètement ignorant des courants aériens,'
ce qui n'avait pas empêché les champions fran
çais de voler triomphalement de capitale en
capitale. ,
Et finalement, les partisans de l’aérostation
coloniale avaient eu gain de cause.
Un instant, Müller songea à revenir vers le
sud, car s’abandonner à Forage, c’était courir
le risque d'être emporté loin des montagnes
qui barraient l’horizon vers l’est et marquaient
la limite des territoires soumis théoriquement
à la Franco ; mais à la première tentative de,
virage qu'il effectua, l’hélice sembla s'arrêter
et un tel ébranlement se produisit dans la
membrure de l 'Africain que l’aviateur dut le
redresser d'un audacieux coup de barre... et la
course folle vers le nord continua avec un à.
vitêsse croissante. >
—- Montons, Müller, montons vite ! cria Paul
Harzel dans le porte-voix, car 11 n’était plu»
possible de s’entendre autrement.
Le pilote répondit par une manœuvre de l’é«,
quilibreur qui pointa l'appareil vers le ciel, et
Fascension commença vers des altitudes ofi>
les aviateurs trouveraient peut-être le calme.!
Ainsi les sous-marins échappent aux convul
sions qui bouleversent la surface des flots en
plongeant à des profondeurs de 20 à 25 mètres..
Le baromètre enregistra 1.800, 2.000. 2.600...
2.900 mètres, sans que la course vertigineuse'
parût se ralentir. ^ ;
Quelques centaines de mètres encore et les
aviateurs constataient avec un soupir de sou
lagement qu’ils avaient atteint une zone de
calme absolu. Müller, par un majestueux vi
rage, remit le cap à l’est : les montagnes se
rapprochaient à vue d’œil, mais leurs sommets
semblaient s'enfoncer peu à peu dans la turre,
en raison do la grande hauteur à laquelle vo-.
laitl’Â/Vicam.
Ourida, inconsciente du danger, était pen
chée sur la nacelle, contemplant avec admira
tion le sol mouvementé sur-lequel-tranchait le
ruban argenté d’un d’eau profondément
encaissé» -- _ .
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