Titre : Le Temps
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1879-10-16
Contributeur : Nefftzer, Auguste (1820-1876). Fondateur de la publication. Directeur de publication
Contributeur : Hébrard, Adrien (1833-1914). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 16 octobre 1879 16 octobre 1879
Description : 1879/10/16 (Numéro 6752). 1879/10/16 (Numéro 6752).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/10/2007
DIX-NEUVIEME ANNÉE>< N° 6753
JEUDI 16 OCTOBRE 1879.^
,ON S'ABONNE AU BUREAU DU JOURNAL, 10, FAUBOURG-MONTMARTRE, 10,
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PARIS. «T. 77. V.. Trois mois, 14 fr.– Six mois, SS fr.– Un an, fr.
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Un numéro 3O centimes^
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•̃̃ et ne se charge pas de les renvoyer'?
PRIX DE L'ABONNEMENT
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DÉPARTEMENTS. 17 lr. fr. 68 fr, A
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Un numéro <» JPavis) 1K centimes, V
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et au bureau du journal, 10, faubourg Montmartre. r
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.mois.
PARIS, 15 OCTOBRE f& r-,
blulrtin DU JOUR
L') Gazelle de Cologne a publié sous ce' titre
«Pour la paix », deux grands articles qui
méritaient à plus d'un titre d'attirer l'atten-
tion, mais qui, comme plaidoyer en faveur de la
paix, n'étaient pas irréprochables et ne portaient
pas d'un bout à l'autre latra^e d'une main diplo-
matiquement exercée. Ils ont été commentés e
légèrement rectifiés par la presse officieuse de
B'rlin. La feuille rhénane, après avoir dépeint à
grands traits la situation de l'Europe, s'étudiait à
mettre en lumière le caractère pacifique de la
politique de M. de Bismarck et de l'entente aus-
̃̃;tro-allemaude. « Les dix dernières années,
disait elle, nous ont valu assez de coin-
bcits et l'Europe fatiguée veut la paix. »
II serait inutile de suivre la Gazette de Cologne
dans le développement de cette excellente pen-
sée mais on s'est demandé avec raison si l'argu-
mentation du journal allemand en faveur de la
paix ne risquait pas de dépasser le but. Elle est
dédiée aux Russes, et cf-s aru ries leur expliquent
dans le plus grand détail que l'entente austro-
allemande a été faite principalement contre eux.
Cette alliance, c'est le mot employé, doit protéger
l'Autriche contre certaines velléités russes et ita-
liennes, l'Ai lemagne contre un dan ger venant de la
Russie ou de la France. La Gazette de Cologne, on
le voit, découvrait beaucoup de périls en Europe
c'était une première preuve de l'inspiration toute
personnelle de ses articles, car les gouvernements
et leurs organes officieux savent que, trop sou-
vent, en dénonçant un péril, on le crée. La Ga-
zette de Cologne, en outre, risquait beaucoup de
donner à entendre qu'il faudrait désormais prin-
cipalement compter sur l'intimidation pour assu-
rer la paix. L'effet de ces articles était infaillible
il ne s'est pas fait attendre. Le Journal de Saint-
Pétersbourg, organe de la chancellerie russe, en
cite aujourd'hui les conclusions que voici 1
« L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie unies for-
» meront au centre de l'Europe le noyau d'une
n ligue de la paix, assez forte en elle-même pour
» repousser des attaques et prévenir des trou-
» blés..» .r-: (.̃̃̃ r. ?. p.j j-7
Et la feuille russe ajoute
« Nous n'aurions aucune objection à faire con-
» tre cette conclusion, si la plus grande partie
» des deux articles n'était consacrée à démontrer
» que l'unique puissance par laquelle la paix eu-
» ropéenne puisse être menacée, c'est la Russie.
» Et cette audacieuse affirmation est basée sur
» quelques articles de journaux de Saint-Péters-
» bourg et de Moscou, sans qu'il soit le moins du
» monde tenu compte de ce fait que, à côté des
» feuilles russes belliqueuses que nous avons
» malheureusement l'honneur de compter parmi
» nous, il y en a d'autres absolument dévouées à
» la cause de la paix et qui répudient quotidien-
» nement toute entreprise pouvant appeler la na-
» tion russe à de nouveaux sacrifices pour une
» cause quelconque où ses intérêts vitaux ne se-
» raient pas directement menacés. »
Ajoutons qu'à Berlin on a compris l'inconvé-
nient des exagérations de la Gazette de Cologne,
et que la Gazette universelle de V Allemagne du
Nord, dont on connaît les attaches, déclare ne
pas pouvoir adhérer sans réserve aux apprécia-
tions du journal rhénan. « C'est parce que l'en-
tente austro-allemande a un caractère pacifique,
dit-elle, qu'elle doit nous aider à cultiver une sin-
cère amitié pour la Russie. » Les articles de la
Gazette de Cologne peuvent donc répondre, dans
:leur ensemble, aux réalités de la situation et tra-
duire à peu près fidèlement la pensée de M. de
Bismarck; mais ils sont l'œuvre d'une plume in-
dépendante et d'une de ces plumes qui desser-
vent la cause de la paix sous prétexte de la ser.
vir. « On n'arrive guère, dit le Journal de
Saint-Pétersbourg, à calmer les nerfs des gens
̃ susceptibles en leur montrant le diable adossé
au mur. »
f II s'est passé dernièrement un fait assez impor-
tant qui, par un singulier hasard, est resté pres-
que inaperçu. La Russie a désarmé à peu près
complètement dans la mer Noire. L'équipage de
flotte qu'elle y entretenait a été réduit au tiers
de son effectif et ne compte plus guère qu'un
millier d'hommes, affectés au service des ports et
'de la côte; le matériel a été diminué dans la
même proportion, et tous les navires jugés inutiles
ont été démolis ou vendus. On ne saurait dire
que la flotte russe de la mer Noire fût très impo-
'sante. Pendant la dernière guerre, elle n'avait
FEUILLETON DTJ TEMPS
r DU “̃- ̃ t ,•̃-•'̃ •;̃
l,-i DU 16 OCTOBRE 1879. [*1 •
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i, }. « 5Mf v,,(A"i^ ̃;
,Y4'wC.~ 5;`e.. · tt ~'Jy 1~ i ""T,t~S r Y_
LE DOCTEUR LAGARDE
.ii:
:̃̃'̃̃ INTRODUCTION
'S* -̃- ̃ '•,̃̃ ̃
"T~t.
M. Bervie, colonel en retraite, était toujours prêt à
répéter une histoire d'amour qui datait de sa jeu-
nesse. Quand il racontait la façon extraordinaire dont
un inconnu lui avait prédit certains événements qui
sont venus troubler le bonheur de deux personnes
et le sien, il ne demandait pas qu'on le crût à la
lettre. « Pensez-en ce que vous voudrez, mes amis.
disait-il, vous pouvez croire que c'est une série de
merveilles ou une suite de coïncidences bizarres,
peu importe mais je vous donne ma parole d'hon-
neur que je vous dis l'exacte vérité. Si celn ne vous
suffit pas, je ne puis que vous rap eler ce que dit j
Shakespeare dans Jiamlet, en parlant des choses que
notre esprit ne peut comprendre « Il se passe bien
des événements sur terre et dans le ciel, Horatio,
que tous nos philosophes ne sauraient expliquer.»
C'est ainsi que parlait dans sa vieillesse le vieux
soldat devenu plus tolérant envers tout le monde
qu'il no l'était dans sa jeunesse.
Nous allons à nntre tour raconter cette histoire
une fois de plus, avec toutes les réserves dont l'en-
tourait le colonel, mais non pas toujours dans les
mêmes termes. Il est par exemple un personnage à
la conduite duquel le colonel ne voulut jamais ren-
dre justice, qui. maintenant, va se trouver traité
comme ille uiéjite,
mis en ligne que des bateau) torpillards et quel-
ques vapeurs loués à, une compagnie de naviga-
tion. Mais cette flotte n'existe même plus. La ré-
duction du personnel indique suffisamment que
la Russie renonce pour le moment à l'idée
d'en reconstruire une dans les mêmes eaux. Elle
gardera évidemment désormais dans la mer
Noire une attitude toute de défense, et, après
avoir fait rayer la clause du traité de Paris qui
déclarait cette mer neutre, elle accepte les consé-
quences du traité de Berlin qui, en ne changeant
rien au régime des détroits, n'a pas modifié sa si-
tuation de puissance maritime cherchant une
issue sur la Méditerranée.
Mais en même temps la marine russe a pris son
essor vers de nouveaux et lointains parages où
elle trouvera peut-être une compensation à cette
abdication forcée dans les eaux de l'Euxin et en
tout cas un vaste champ d'exercice. Ce sont les
mers de l'Océan Paciflque, les côtes de la Sibérie
orientale et de l'île Sakhalian, devenue depuis
peu le siège d'une colonie de déportés, île riche
en houille et située en face des établissements
militaires de la région de l'Amour.
On signalait ces jours derniers le départ d'une
escadre russe pour Yokohama, dont elle fera sa
station habituelle. Le Golos et d'autres journaux
ont indiqué la composition de cette escadre, non
sans accompagner leurs renseignements de quel-
ques réflexions. Pour la première fois, en effet, un
cuirassé russe fera son apparition dans les eaux
de la Chine et du Japon; c'est la frégate Minine,
qui a passé dernièrement à Naptes et qui se rend
à sa destination en passant par le canal de Suez.
Les autres navires appartiennent à la catégorie
des croiseurs, et voici, d'après le Golos, la tâche
en quatre points de cette escadre exploration «t
relèvement géographique des côtes russes de l'O-
céan Pacifique étude des conditions coloniales
de l'île de Sakhalian protection des sujets russes
dans l'exercice de leurs droits de pêche étude du
Grand-Océan au point de vue de la guerre de
croisière.
M. Parnell, le chef du mouvement agraire en
Irlande, a tenu à Navan deux grands meetings
auquels assistaient environ 20,000 personnes. On
est revenu dans ces réunions sur l'expropriation
des landlords, et l'on a rappelé que naguère le
gouvernement anglais, en présence de la misère
des fermiers dans l'île du Prince Edouard, expro-
pria par décret les landlords de cette île et y tran-
cha ainsi la question agraire. L'île du Prince
Edouard fait partie du Dominion du Canada. Des
paroles audacieuses ont été prononcées dans les
meetings de Navan, et, tombant au milieu d'un
auditoire aisément inflammable, elles ont été
soulignées par des cris inquiétants, tels que « A
bas les landlords On tirera dessus» Le Times
commence à s'émouvoir de cette agitation que
l'approche d'un hiver rude rend assez menaçante.
Quelques mesures militaires ont été prises en lr-
lande. A Newcastle-on-Tyne, en Angleterre, il
vient'd'y avoir une grande réunion d'indigents et
de personnes sans travail.
A Bruges, le candidat clérical, M. van Ocker-
hout, a été élu.
-–•
Nous recevons les dépêches suivantes de nos
correspondants particuliers
r; ̃̃̃ (. v" Londres, 15 octobre, 11 h.
Le Slandard, dans un article très remarqué, dé-
clare que l'Angleterre salue avec satisfaction l'al-
liance défensive austro-allemande, parcequ'elle est
uniquement dirigée contre l'ambition russe, et non
contre la France.
On croit que lord Salisbury, dans un prochain dis-
cours, insistera sur l'alliance austro-allemande,
comme justification de la diplomatie anglaise et con-
solidation du traité de Berlin.
On dément le bruit de démarches du cabinet russe
concernant,l'Afghanistan.
Malgré l'entrée à Caboul, quelque mécontentement
subsiste relativement au silence gardé par le gou-
vernement sur l'avenir de la question afghane. On
espère que lord Salisbury fera quelques révélations
sur ce point.
Le comte Chouvalof, revenu seulement à Londres
pour y faire un court séjour, cédera bientôt défini-
tivement la place au prince Labanof.
Les tories croient que l'influence anglaise triomphe
à Constantinople. Le sultan reconnaîtrait son erreur
d'avoir suivi les avis des Russes qui ne veulent pas
que la Turquie s'européanise. L'Angleterre aurait
menacé d'abandonner la convention anglo-turque,
si les réformes demandées par sir Austin Layard sont
refusées. v> v
` Vienne, 15 octobre, 10 h. 45.
Le dué de Bailen, venant demander officiellement
la main de l'archiduchesse Christine, arrivera à
Vienne le 18 octobre avec son cortège. L'empereur
retourne à Gœdœllœ le 20 octobre, et il recevra le
duc, en audience solennelle, le 21 octobre. Ensuite
aura lieu l'acte de renonciation de l'archiduchesse
Christine.
L'archiduchesse quittera Vienne le 17 novembre,
s'arrêtera quelques jours à Paris et se rendra ensuite
au château de plaisance du Pardo.
Le mariage aura lieu le 29 novembre. On voulait
d'abord célébrer le mariage le 28 novembre, jour
de la naissance du roi; mais le 28 étant un ven-
dredi on a remis la cérémonie au lendemain.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
~¡if i ~¡-<~ DE
'<, SERVICE DE L'AGENCE HAVAS
r Londres, 15 octobre.
Une dépêche de Berlin, adressée au Standard, affirme
qu'une alliance défensive entre l'Allemagne et l'Autrice a
été formellement conclut: et signée.
PREMIÈRE PARTIE. LA PRÉDICTION
,j! .I
'̃̃̃̃ •>' •• -̃̃ Le charlatan.
Les malheurs qui suivent toujours cet horrible ou-
trage à l'humanité que les hommes appellent la
guerre, se faisaient cruellement sentir en Angleterre,
pendant.la paix qui suivit la chute de Napoléon à
Waterloo. A cette triste période de notre histoire
nationale, l'agriculture, le commerce et l'industrie
étaient plus durement éprouvés qua jamais au
Parlement on avouait tout haut que le déficit du
budget commençait à donner de sérieuses inquié-
tudes à de rares exceptions près, la pénurie
pesait sur toutes les classes de la société; le
pays affamé était mûr pour un soulèvement révo-
lutionnaire contre ceux qui avaient versé le sang
du peuple et pressuré le pays, afin de continuer une
guerre restée sans résultat et sans compensation.
Parmi les malheureux qui furent forcés, durant
les premières années de ce siècle néfaste, à tâcher
de gagner leur vie par tous les moyens possibles,
était un obscur médecin d'origine française, nommé
Lagarde. Le docteur, dûment autorisé à porter ce
titre en Angleterre comme dans son pays, habitait
Londres et vivait dans une de ces rues étroites qui
rattachent la grande voie du Strand aux bords de la
Tamise.
La seule méthode qu'avait trouvée le pauvre La-
garde pour lutter contre la misère, était et est en
core regardée par les médecins prétendus sérieux,
comme une méthode de charlatan il faisait insérer
des annonces dans les journaux. Dans un-style
exempt de toute prétention et d'exagération, le mé
decin français déclarait qu'il était devenu un des
plus iervents adeptes du magnétisme animal, comme
on disait alors, grâce à de sérieuses études et grâce
surtout aux découvertes faites tout d'abord on
France par le fameux Mesmer. Son appel s'adres-
sait a plusieurs, classes de la société; premiè-
rement: aux personnes affectées de maladies que
la thérapeutique habituelle n'avait pu réussir à sou-
lager deuxièmement, aux personnes dont l'esprit,
tourné vers le mystérieux, était enclin à essayer le
pouvoir de la double vue comme un moyen de pré
voiries chances et les changements de l'avenir. « il
On télégraphie de Constantinople, au même journal,
que les cabinets autrichien, allemand et italien ont
donné des réponses favorables à la circulaire de Safvet-
Pacha, relative, à la question des frontières greiîques.
Le correspondant viennois du Times annonce à ce
journal que plusieurs puissances ont conseillé à la Grèce
d'accepter la dernière contre déclaration des commissai-
res turcs. y/.
Une dépêche de Berlin, au îlorning Post, annonce que
M. de Moltke, dans le rapport qu'il a présenté à l'empe-
reur, recommande l'augmentation des travaux de dé-
fense en Alsace-Lorraine.
D'après le Standard, les négociations pour un emprunt
de 1500,000 livres se poursuivent toujours à Constanti-
nople, entre le ministre de finances et les banquiers de
Ga ata.
Le même journal publie le télégramme suivant, daté
de Simla
« Le camp d'Alikheyl a été attaqué par les tribus voi-
sines vannes en grandes masses. Toutes les, attaques
ont été repoussées. Les Anglais sont ensuite sortis du
camp, et ont dispersé l'ennemi, lui tuaDt 23 hommes.
» La perte des Anglais se réduit à 5 hommes blessés
légèrement. »
Londres, 15 octobre.
Dans un meeting, tenu hier par les conservateurs à
Clitheroe (?), M. Cross a pris la parole. Ila défendu la con-
duite du gouvernement dan3 la question orientale et le
principe de l'observation des traitô3. Il a exprimé la con-
viction que le traité de Berlin sera exécuté dans tous ses
points essentiels. Il a déclaré que les libéraux, s'ils
avaient été au pouvoir, auraient agi de môme que les
conservateurs, en empêchant la Russie d'aller à Constan-
tinople. Enfin, il a terminé en affirmant que le gouver-
nement poursuivra la même politique qu'il a suivie jus-
qu'à présent.
Bucarest, 14 octobre, soir.
Chambre des députés. De nombreux orateuw sont
.inscrits encore, comme devant prendre la parole dans
la discussion du projet relatif à la question des is-
raélites.
M. Elaremberg demande que le vote sur le projet du
gouvernement ait lieu à l'appel nominal. Il déclare que
.si le vote est secret, comme il le sera probablement,
puisqu'il suffit qu'il soit réclamé par 15 membres de la
Chambre, il déposera une déclaration, déjà signée par
•56 députés, aux termes de laquelle il repousse le projet
du gouvernement.
Cette déciaration devra être insêrêe.au procès-verbal.
Tous les chefs'de l'opposition et, parmi eux. MM. 61a-
jorescu, Vernescu, Lahovary et Marzescu, ont signé cette
'declaraitïima*'?*' e'- ̃->
M. Blaremberg donne lecture du texte de cette décla-
ration.
L'orateur combat les arguments présentés par MM.
Boerescu et d'autres députés qui ont parlé en faveur
du projet.
Il déclare que les députés ne doivent pas subir la
pression étrangère, mais tenir compte de l'opinion expri-
mée. au moyen de nombreuses pétitions par le pays tout
entier.
«Le gouvernement, dit il, pourra prononcer la dissolu-
tion des Chambres actuelles si son projet est repoussé;
mais les Chambres qui viendront après lui feront encore
mieux connaître les sentiments du pays. »
Bucarest, 14 octobre, soir.
Le Romanul rend compte d'une réunion particulière
tenue hier soir. à laquelle assistait M. Bratiano. Le pre-
mier ministre a déclaré d'une façon catégorique qu'il ne
dissoudrait les Chambres qu'à la dernière extrémité. Il
a ajouté que, aussi longtemps qu'il serait soutenu par la
majorité, lors même qu'il devrait perd e la vie dans
l'accomplissement du devoir qui lui a été imposé par
la force des choses, il resterait înébranhblo à son
poste, tant que la question israélite ne serait pas réso-
lue d'une façon satisfaisante pour les exigences des puis
sancea. ̃ '• t
sancea. ,7i '°"1'"
""̃ '̃.• Copenhague, 15 octobre.
Hier a été donna chez le roi un grand diner, auquel
ont pris part tous les membres du Rigsdag. le prince hé-
ritier de Danemark et la princesse sa femme, le prince
et la princesse de Galles, te grand-duc héritier de Russie
et la grande-duchesse sa femme, les membres du cabi-
net et les membres du corps diplomatique.
M. Krablu, président du tfolksthing, au nom du Rigs-
dag, a porté uu toast au roi de Danemark. Le roi a ré-
pondu en portant un toast à la patrie danoise.
Berne, 14 octobre, soir.
Le Conseil fédéral a fixé comme suit le montant dos
subveAtions à accorder à la Compagnie du Gothard pour
l'année de construction 1879
Italie, 5,727 ,"705 fr.; Allemagne, 3.058,787 fr.; Suisse,
2,872,776 ff.
Les cantons intéressés à la construction du Gothard
payeront entre eux 2,458,753 fr., et la Confédération
414,023 fr.
4>
Le bruit exagéré qui se fait autour de la ques-
tion de l'amnistie, l'incident électoral de Javel,
les intempérances de langage de quelques feuilles
démagogiques ne sont pas des faits d'une impor-
tance telle qu'il faille les considérer comme une
cause d'embarras sérieux pour le gouvernement
de la République. Rien de plus commun dans tous
>les pays sur lesquels ne pèse pas un régime auto-
ritaire que ces agitations qui se produisent tantôt
sur une question, tantôt sur une autre. L'essen-
tiel est de ne pas s'en émouvoir outre mesure, et
de regarder, pour juger d'une situation ou d'un
gouvernement, non à quelques articles de jour-
naux ou à quelques discours prononcés sur une
tombe, mais à l'état général des esprits, à
ce qu'on pourrait appeler la constitution po-
litique du pays. Même en admettant, ce qui
pour nous n'est pas exact, que la question de
l'amnistie divise le pays et le parti républicain,
qu'est cette question, dont la solution, quelle
qu'elle soit, ne saurait entraîner aucune modifi-
cation dans notre régime politique et social à
côté de la question agraire qui s'agite en Angle-
terre et qui ne tend à rien de moins qu'à modifier
profondément les conditions de la propriété fon-
cière chez nos voisins? Qu'est l'agitation fuite sur
l'amnistie à côté de cette agitation profonde du
nihilisme, qui menace de miner l'état social de la
Russie? Nous avons en France l'élection de Javel;
en Russie il y a les assassinats et les incendies.
D'après les rapports officiels, plus de deux mille
incendies ont été allumés en moins d'un an
par les révolutionnaires, que dirions-nous si
nous en étions là? En somme, la France, même
avec la question de l'amnistie, est un des pays de
l'Europe où s'agitent le moins de questions gra-
ves, de nature à impliquer de véritables boulever-
sements. Nous discutons avec passion, parce qu'il
n'est pas dans notre tempérament de discuter
toujours avec calme, les questions de liberté
de la presse, de droit d'association, de droit de
réunion; nous nous disputons sur le plus ou
n'est rien demandé à ceux qui veulent bien m'hono-
rer de leur confiance, ajoutait modestement le doc-
teur, parce que je ne peux pas garantir d'avance que
je ne me tromperai pas en leur révélant leurs besoins
et leurs désirs.- Le procédé que j'emploie n'est pas un
secret; il a été dé voilé, longtemps avant moi. Je suis
plongé dans un sommeil magnétique, la main de la
personne qui me consulte est placée dans la mienne,
le résultat dépend entièrement des lois mystérieuses
de sympathie nerveuse qui existent, je puis l'affirmer,
mais que je ne puis expliquer, dans l'état ac-
tuel de la science. Ceux que j'aurai eu le bonheur
de satisfaire sont priés de déposer leurs offrandes,
suivant leurs moyens, dans le tronc fixé sur la table
de la salle d'attente. Ceux qui, au contraire, ne se-
ront pas satisfaits, sont priés d'accepter à l'avance
l'expression sincère de mes regrets et ne doivent
nullement se croire tenus à donner quelque chose.
Il est très possible que je sois dupe de convictions
erronées tout ce que je demande au public, c'est
de crqjra que ce sont au moins les convictions d'un
parfait honnête homme. J ajouterai seulement que
les dames et les messieurs qui voudront m'honorer
de leur visite me trouveront chez moi dans la soirée,
de six heures à dix heures. »
Cette étrange réclame était, vers la fin de l'année
1816,'le'sujet de toutes les conversations. Pendant
quelques semaines les séances du nouveau devin
furent avidement fréquentées, et, pour n'oublier
aucun détail, assez largement payées. Quelques fer-
vents croyaient en lui et racontaient des histoires
vraiment étonnantes sur ce qu'il avait dit ou prophé-
tisé dans son inspiration. La plupart des gens qui
allaient chez lui s'y rendaient en simples curieux et
se demandaient pourquoi un homme qui semblait
comme il^faut. cherchait à gagner sa vie. en s'exhi-
bant comme un simple charlatan.
.•̃̃ IT ..H
.̃ :̃: -'y; ILes numéros»;- o •̃ '• } j
C'était vers la fin du mois de janvier 1817, par une
des plus froides soirées de l'hiver: il neigeait: uni^
homme suivait le Strand, il entra dans la rue où ha
bitait le docteur Lagarde et frappa à la porte du
mesmériste. Cet homme marchait avec une allure
qui annonçait à ne s'y pas tromper qu'il appartenait
à l'armée. Son costume n'avait dans sa coupe aucune
moia&de chaque chose; nous nous livrons à d'in-
finies hypothèses sur la durée probable du mi-
nistère mais ces ardeurs mêmes portant sur des
points secondaires prouvent qu'il n'y a point de
question vitale engagée et que la République
n'est aux prises avec aucun de ces embarras pro-
fonds, qui peuvent être une cause légitime de
préoccupations pour l'avenir des institutions et
du gouvernement. ̃' •̃' "-r:
Cependant le parti conservateur s'efforce de
faire croire à ces embarras. Il affecte même de
s'en réjouir. Tous les journaux de droite s'écrient
avec un air de satisfaction visible que la situation
du ministère n'est plus tenable; que les hommes
modérés du parti républicain sont débordés; qu'il
n'y a plus de majorité dans la Chambre pouvant
arrêter le flot démagogique. « L'impuissance de
» la majorité à enrayer la marche de la Révolu-
» tion, dit le Soleil, est égale à l'impuissance du
» ministère. » Il est à peine besoin de faire res-
sortir ce qu'il y a d'exagéré dans un tel langage;
mais, alors même que la situation serait telle
qu'on nous la dépeint, nous ne voyons pas en
quoi les conservateurs auraient lieu d'en conce-
voir quelque joie.. Nous ne voyons pas en quoi
le désordre gouvernemental et la substitu-
tion d'une République radicale à la Répu-
blique modérée profiterait aux intérêts conser-
vateurs. Sans doute les représentants de ces inté-
rêts pensent que le bien-tel qu'ils l'entendent-
résulterait de l'excès du mal. C'est là une de ces
vieilles idées d'autrefois absolument condamnées
par l'expérience. Il n'est nullement avéré,pas plus
en politique qu'en morale, que le bien soit la con-
séquence nécessaire du mal. Il peut arriver, au
contraire, qu'à- un /certain mal succède un plus
gfarrtPet que de maux en maux un pays arrive à
un épuisement dont les intérêts conservateurs ont
nécessairement les premiers à souffrir. Le mal
qu'on nous dénoue, nous le répétons, n'existe
pas il peut y avoir des difficultés, il n'y a pas de
périls mais si ces périls étaient réels, si vérita-
blement le gouvernement et les Chambres étaient
réduits à une absolue impuissance, que devrait
faire un parti conservateur intelligent de ses in-
térêts, sinon entrer résolument dans la Républi-
que pour y apporter un élément de résistance à
la politique radicale? Au lieu d'assaillir et de
chercher à affaiblir un gouvernement et une ma-
jorité déjà trop faibles, du moins à ce qu'ils
prétendent, les conservateurs devraient s'at-
tacher à leur donner cette force qui leur
manque. Quand on redoute la violence d'un flot,
la sagesse ne consiste pas à détruire la digue qui
peut le retenir. Cette sagesse n'est pas celle
des conservateurs. Ils redoutent l'envahissement
du radicalisme, et ils s'associent aux radicaux
contre la République modérée et ils se réjouissent
de tout ce qu'ils pensent être un embarras pour
le gouvernement. On ne saurait être plus illo-
gique. Heureusement ces abîmes où nous cou-
rons, au dire des journaux de droite, sont des
abîmes imaginaires; mais il faut convenir que
ceux qui croient à leur réalité et qui, tout en
craignant d'y tomber, se maintiennent en état
d'hostilité contre nos institutions et contre la
seule politique qui puisse garantir les intérêts
conservateurs, sont les plus inconséquents des
hommes.
<~ .!̃̃.̃•̃̃
A ceux que l'éclat de notre crédit public
étonne, que la plus-valua de nos fonds d'Etat
laisserailleurs ou sceptiques, nous nous permet-
trons de conseiller l'étude des tableaux que le
ministère des finances vient de publier, et où le
mouvement de nos rentrées budgétaires pendant
les neuf premiers mois de l'exercice en cours se
trouve indiqué.
Prenons d'abord nos impôts et revenus indi-
rects. Les recouvrements prévus sur ces impôts,
pour les neuf premiers mois de l'année courante,
s'élevaient à 1 milliard 478 millions. Les percep-
tions réelles ont atteint 1 milliard 586 millions et
demi, dépassant ainsi de 108 millions et demi les
évaluations budgétaires. Ce n'est pas seulement
l'équilibre de nos dépenses et de nos recettes lar-
gement assuré; pour le pays, c'est en outre, avec
l'attestation de sa vitalité et de sa richesse, la
promesse de réformes financières nouvelles et
de nouveaux dégrèvements. <: fument la nation
ne tiendrait-elle pas compte de la prospérité de
ses finances, de l'aisance générale que de si bril-
lantes plus-values révèlent, comment pourrait-
elle s'associer à cet esprit de défiance et de dé-
couragement qu'affectent les adversaires de nos
institutions libérales?
Divers éléments ont concouru, toutefois, à la
formation de cet excédant si considérable, et la
critique impartiale a le devoir de les distinguer.
Le développement inusité que nos importations
ont pris cette année a contribué, dans une forte
mesure, à l'accroissement des perceptions du fisc.
Une somme inattendue, nous n'osons dire un bé.-
néfico, de 28 millions et demi vient de là. Les
droits de douanes à l'importation des marchan-
dises diverses ont produit 159 millions, au lieu de
130 millions et demi. L'on ne peut souhaiter évi-
demment que cette ressource s'établisse définiti-
vement dans nos comptes, et il est permis d'es ̃
pérer, au contraire, qu'avec la fin de la crise in-
dustrielle et commerciale, avec notre retour à
des récoltes normales, elle s'atténuera peu à peu.
L'on pourrait, il est vrai, être tenté de voir dans
ces droits plus élevés une compensation à nos
de ces exagérations voulues par l'affreuse mode du
temps: en un mot, le cachet empreint sur toute sa
personne était un cachet de bon ton.
Un vieux domestique l'introduisit au premier étage
dans une salle d'attente. La lumière d'une petite
lampe placée sur une console fixée au mur, était
si bien tamisée par un abat-jour vert-foncé, qu'il
eût été difficile, sinon impossible, à deux visiteurs
se rencontrant par hasard, de distinguer leur3
traits la seule chose qu'on aperçût était un
tronc en métal posé sur la table. A la clarté vacil-
lante d'un petit feu qui brillait dans l'âtre l'é-
tranger vit la silhouette de trois hommes arrivés
avant lui et assis assez loin les uns des autres.
Il n'y avait pas de dames, sans doute à cause du
mauvais temps. Rien dans l'ameublement n'attirait
l'attention, les meubles étaient simples et de bon
goût. Le vieux domestique tendit au nouveau visi-
teur une carte portant un numéro, et dit à demi-
voix « On vous appelera à votre tour, monsieur »;
puis il disparut.
Pendant- quelques minutes, rien ne vint troubler
le profond silence qui régnait dans la pièce, si ce
n'est le tic-tac d'une pendulé; mais bientôt une son
nette se fit entendre dans la chambre voisine, une
porte s'ouvrit, et l'on vit apparaître une personne
dont l'entretien avec le docteur était terminé. Cette
personne exprima ouvertement, d'un mot, son opi-
nion sur la séance: «Niaiseries que tout cela! »
dit-il, et aucune offrande ne tomba de sa main lors-
qu'il passa devant le tronc.
Le numéro suivant, c'était le numéro 15, fut
appelé par le vieux domestique, ce fut là le pre-
mier incident de l'étrange série d'événements qui
devaient se dérouler ce soir même dans la maison
du docteur.
Les trois hommes qui attendaient se levèrent et
examinèrent l'un après l'autre, à la clarté douteuse
de la lampe, la carte qu'ils tenaient à la main; ils
retournèrent s'asseoir, surpris et désappointés. Le
domestique s'avança les numéros remis aux trois
vibiteurs, au lieu d'être 15, 16 et 17, étaient 16, 17 et
18; se tournant vers l'étranger qui était arrivé le
dernier, le domestique lui dit
Aurais-je fait une erreur, monsieur ? Ma vue
n'est plus aussi bonne qu'autrefois, et il est bien
possible que j'aie maladroitement mélangé les car-
maux passagers si nous recevons plus de mar-
chandises, nos encaissements s'élèvent; et, comme
il semble que ce soit l'étranger qui nous paye ce
tribut, l'on arriverait à en souhaiter le maintien.
Ce n'est là, on le voit sans peine, qu'une illusion
pure. Nous pouvons, certes, avoir avantage à im-
porter beaucoup; mais les taxes que les produits
étrangers acquittent pour franchir nos frontières
ont leur contre-coup dans les prix que nos con-
sommateurs payent eux-mêmes. Il y a gain ap-
parent pour l'Etat, et perte véritable pour le pays.
C'est ce qu'il convient de ne jamais perdre de vue
quand on veut, et avec raison d'ailleurs, faire du
droit de douane un impôt au fond, ce ne peut
être et ce n'est qu'un impôt indirect sur les na-
tionaux.
Ces 28 millions 1/2 ne sont pas les seuls aux-
quels nous refusions un caractère permanent.
Les droits d'enregistrement, de greffe, d'hypothè-
ques, devaient donner, suivant les évaluations of-
ficielles, une somme de 350 millions 1/2 ils ont
fourni près de 392 millions. Leur plus-value s'é-
lève à environ 41 millions 1/2. Or, si nous ne nous
trompons, deux causes principales, et qu'il im-
porte de ne point confondre, ont amené ce re-
marquable résultat d'une part, la constitution
d'un grand nombre de Sociétés nouvelles, et cette
fièvre des entreprises qui ne sera pas l'un des
traits les moins curieux de cette année d'autre
part, et nous sommes ici en face d'un phénomène
économique d'une tout autre portée, le change-
ment profond qui s'opère dans le taux de capita-
lisation des valeurs. La première de ces causes
de plus-value pour le Trésor peut tomber. Il n'est
pas vraisemblable que l'on assiste longtemps, ou
du moins indéûnin\ent, à ces réunions de fonds,
déclarations d'apports, transferts de propriétés,
qui, depuis quelque temps, donnent à l'enregis-
trement un tel surcroît de besogne. Il faut faire
la part des entraînements d'une spéculation que
de faciles succès ont grisée, mais qui succombe-
rait bientôt sous l'excès même de ses imitateurs.
En revanche, la multiplication des capitaux,
l'habitude croissante de l'épargne, la surabon-
dance de nos réserves métalliques, ont bouleversé
les conditions anciennes du crédit, élevé le prix
des valeurs, réduit de plus en plus le taux de l'in-
térêt. Il en est résulté que, dans toutes les trans-
actions où le fisc intervient, les droits sont perçus
sur des capitaux qui progressent sans cesse, et
que, par la seule influence de cette loi naturelle
de l'abaissement de l'intérêt, sans impôt nou-
veau, l'Etat voit ses recouvrements s'améliorer
et son budget des recettes grossir. Quoique
variable dans ses manifestations, cette loi
n'en est pas moins permanente, et l'on peut
admettre que les bénéfices qu'elle a déjà
donnés se maintiendront et s'accroîtront en-
core dans les exercices prochains. Mais elle a
une contre-partie. La hausse des prix qu'elle im-
plique peut agir sur le budget des dépenses et
reprendre à l'Etat, par le coût plus élevé des pro-
duils qu'il achète, le bénéfice qu'elle lui aura
procuré. C'est une question de doit et avoir, dans
laquelle il se peut que l'avantage reste au Trésor,
comme il se peut aussi qu'il ne lui reste pas. Les
Chambres, en redoublant de vigilance dans leur
contrôle, peuvent enrayer sans doute la force
aveugle qui, chaque année, porle un peu plus
haut le chiffre de nos dépenses publiques; mais
il ne faudrait pas croire à leur toute-puissance
'en cette matière. Leur bon vouloir ne pourrait
rien contre ce changement logique du prix de
toutes choses..
Ainsi, quand nous parlons de dégrèvements pos-
sibles, devons-nous avoir, les yeux fixés, non-seu-
lement sur les plus-values de nos impôts, mais en-
core sur leurs causes cachées et sur leurs consé-
quences générales. La simplicité et l'harmonie
•de.s lois économiques, pour qui sait les pénétrer,
'sont admirables mais' les phénomènes qui les
composent sont multiples et leurs manifestations
auront toujours une complexité infinie.
Les impôts de consommation ont présenté, d'ail-
leurs, des augmentations qui sont d'un bon au-
-gure pour l'avenir, et où l'on peut voir ce carac-
tère de permanence sans lequel toute renonciation à
des impôts serait une imprudence de l'Etat.
Les droits sur les boissons ont produit 311 mill-.
Ions 1/2 au lieu de 291 millions. On n'attendait
de la vente des tabacs que 243 millions on en a
retiré 24S millions. Les droits sur les sucres ont
donné une plus-value de 35 millions, déduction
faite de 7 millions perçus en moins sur les sucres
étrangers. Les postes et télégraphes ont vu leurs
recettes monter à 87 millions 1/2, en progrès de
plus d'un demi-million sur les évaluations bud-
gétaires, et de près de 2 millions sur les recettes
correspondantes de l'année dernière. Il est juste
de mentionner que cette situation satisfaisante,
qui,donne un si heureux couronnement à la ré-
forme postale et télégraphique, est due à l'exten-
,sion presque inespérés des services du' télé-
•graphe.
De tous les chiffres qui précèdent, il se dégage,
en somme, une impression excellente. Que dirons-
nous si nous passons à l'examen de nos contribu-
tions directes ? Au 30 septembre dernier, huit dou-
zièmes étaient échus sur ces contributions. Ils
représentaient un total exigible de 481,800,000
francs. Or, .'les recouvrements effectués se sont
élèves à 536 millions et demi. L'anticipation
de.paiements n'est pas moindre de 54,700,000 fr.,
c'est à-dire de 90 centièmes de douzième. Pour
un pays que l'on dépeint parfois en termes si as-
tes, car il ne fait pas très-clair ici. Vous ai-je donné
le numéro 15 au lieu du numéro 18,?
La personne à laquelle s'adressait cette question
tendit sa carte. Une erreur avait été faite en effet,
mais non pas celle que supposait le domestique. Le
numéro reçu par le dernier visiteur était justement
le même numéro que celui qui avait été remis à la
personne qui venait de sortir en exprimant haute-
ment son mécontentement. C'était le 14! Quant à la
carte portantlechmre 15, on ne la retrouva que le len-
demain matin, à terre, dans un coin de chambre Se
laissant aller à son premier mouvement, le domesti-
que sortit à la hâte de la chambre pour appeler la
personne qui avait eu déjà le numéro 14 et la prier de
vouloir bien affirmer le fait devant les visiteurs qui
restaient. La propriétaire de la maison venait d'ouvrir
la porte de la rue: c'était une jolie femme, et le mon-
sieur mécontent s'était par bonheur arrêté quelques
instants pour lui parler. Il consentit à remonter,
grâce surtout à la propriétaire qui insista vivement.
Une fois dans la salle d'attente, il adressa cette ques-
tion caractéristique à tous ceux qui y étaient. « En-
core quelque bêtise, n'est-ce pas? » demanda le mon-
sieur qui aimait à causer avec les jolies femmes.
Le domestique essaya de s'excuser tant bien que
mal en expliquant la chose.
Je vous prie de me pardonner, messieurs, dit-
il. J'ai peur .d'avoir .mélangé les cartes que je distri-
bue, avec les cartes qu'on me rend en entrant chez
le docteur. En .cas d'erreur, j'ai ordre de réparer
sur-le-champ ma maladresse; mais dans le cas ac-
tuel, je crois qu'il vaut mieux que je consulte mon
maître.
Il entra dans la chambre voisine. Laissés seuls, les
visiteurs commencèrent à causer et à rire de l'é-
trange situation dans laquelle les laissait le domes-
tique en disparaissant ainsi. Le véritable possesseur
du numéro 14 raconta son entrevue avec le docteur
d'un ton moqueur qui semblait lui être habituel.
Je me suis présenté à cet individu pour qu'il
me prédise l'avenir. Il a commencé par s'endormir,
puis il m'a déclaré qu'il ne pouvait rien me dire. Je
demandai pourquoi. « Je ne sais pas », répondit- il.
Je le sais, moi, repris-je c'est que tout cela ce
sont des bêtises Je parie cent contre un que vous
serez de mon avis, messieurs, et que vous trouverez
aussi que ce sont des bêtises.
sombris, et que l'on, 4$ ruina par l'invasion des
produits étrangers, la France ne laisse pas, oiî1
en conviendra, de faire encore assez bonne:
figure. Au 30 septembre 1878, l'anticipation de
paiements était également considérable; elle n'é-j
galait pourtant pas celle qui a été réalisée cette
année elle n'était que de 52 millions, ou 87 cen-
tièmes de douzième. Ainsi le progrès ne s'est
pas seulement continué en 1879; il s'est'
affermi et étendu. Est-ce à dire que l'ad-
ministration ait redoublé de rigueurs pour
pressurer et presser les contribuables Les
frais de poursuites ont une éloquence contre la-
quelle rien ne saurait prévaloir. En fait, ils n'ont
pas dépassé 771,000 francs, soit 1 fr. 37 pour
1,000 francs de recouvrements. En 1878, ils
avaient été de 782,000 franc?, ou de 1 fr. 41 pour
1,000 francs. L'exercice 1879 a donc été marqué
par une diminution des frais et par une augmen-
tation des recouvrements anticipés. Voilà notre
état de misère et de ruine.
Les résultats de l'impôt sur le revenu des va-,
leurs mobilières sont-ils, du moins, en contradic-'
tion avec ceux-là? Loin de là, ils ne font que les
appuyer. L'Etat n'aurait dû recevoir, d'après la
moyenne des recettes des quatre dernières aunées,
rapprochée de l'évaluation budgétaire, que
26,200,000 fr. Il a touché 27,900,000 fr. L'amélio-
ration est, on le voit, de 1,700,000 francs, et il
n'y a pas d'exagération à admettre que, pour
l'exercice entier, elle ira bien à 2 millions. Or, il
s'agit d'un impôt qui est seulement de 3 0/0.
Cette plus-value de deux millions correspond,'
par conséquent, à une élévation de 66,700,000 fr.
environ dans le revenu des valeurs mobilières, et
à une plus-value supérieure à 1,600 millions dans
leur capital. Il n'y a rien à ajouter à de tels faits.
•-> ♦
Le gouverneur général de l'Algérie avait, dans
son discours de Bone, indiqué les traits princi-
paux de son programme algérien. La circulaire,
adressée par M. Albert Grévy aux trois préfets
sous ses ordres et dont nous ayons donné hier la
substance, a pour objet la première partie de ce
programme, relative à l'extension à donner au
territoire civil, par l'annexion de certaines parties
du territoire militaire.
«Le rattachement que j'ai préparé étonnera
peut-être les plus impatients », avait dit à Bone
M. Albert Grévy. Et, en effet, l'annexion projetée:
mettra le Tell tout entier, c'est-à-dire la terre de,
culture habitée par des populations sédentaires,'
sous l'administration civile. Exception est faite
seulement, et avec raison, pour lit zone frontière
du Maroc et de. la Tunisie. Cette bande de terrain,'
exposée aux brigandages des Beni-Snassen à
l'ouest, des Kroumirs et des Hammamas à l'est,
doit rester sous la surveillance militaire. Il faut1
y être sur le qui-vive. repousser les razzias des
bandits de l'autre côté de la frontière. 11 faudrait
même les poursuivre dans leur retraite, jusque
sur le territoire étranger. Le droit de suite, qui:
existe pour la chasse à courre, est légitime, en
pays barbare, pour la poursuite des bandits.
L'importance du rattachement -projeté se me-!
sure par deux chiffres un million d'indigènes et
cinq millions d'hectares vont passer de l'adminis-
tration militaire à 1 administration civile.
Ajoutons qu'un jour ou l'autre. l'administra-^
tion civile devait être étendue au Tell tout entier.;
C'était le but poursuivi, et qu'il fallait nécessaire-'
ment atteindre. Cette annexion a été formelle)
ment réclamée par les trois conseils généraux de'
l'Algérie, en 1871, dans la session où, pour la
première fois en Algérie, se sont réunis des'
conseils généraux issus de l'élection.
Le succès de cette grande réforme dépend des
mesures d'exécution. Ces mesures sont indiquer
dans la circulaire du gouverneur général assez
nettement pour qu'on puisse les bien compren-
dre. Mais il ne sera possible de les apprécier qu'a-
près la publication des textes de lois, de décrets!
et d'arrêtés qui leur donneront un corps et les
rendront complètement saisissables. i
La première mesure d'exécution est la division
administrative, en communes, du territoire an-
nexé. Le plan est fait, et en ce moment il est sou-
mis à l'examen des trois conseils généraux. C'est
une question locale et à juger sur place. Nous
•n'avons pas à nous y arrêter.
La seconde mesure, qui est la plus grave de
toutes, est l'organisation du personnel adminis-
tratif, judiciaire et financier.
Il faut organiser, dans les territoires annexés, la
perception et l'établissement de l'impôt arabe. La
..percaption n'offre pas de grandes difficultés. Mais
^'établissement de l'impôt est une opération déli-
cate. L'impôt arabe est une dîme sur les cé-
réales (achour) et sur les troupeaux (zekkat).1
Son total varie donc chaque année suivant la
quantité et la qualité des récoltes et suivant le
chiffre du bétail. Le contrôleur n'est donc pas
chargé comme en France de la répartition d'un
impôt foncier dont le chiffre est fixé à l'avance.
Il doit, par ses constatations, établir chaque année
le quantum de l'impôt pour chacun et pour l'en-
semble des contribuables. L'agent financier qui
arrive de France a son éducation à faire.
On doit également installer un juge de paix
dans les nouvelles'circonscriptions civiles, et le
choix des juges de" paix est difficile en Algé-
rie, si l'on tient àila qualité. Le juge de paix, en
pays arabe, doit réunir des qualités opposées. Il
Avant que le pari proposé ait pu être accepté ou
refusé, une porto s'ouvrit. La silhouette grande, mai-
gre et sombre d'un nouveau personnage apparut snr
le seuil, se détachant en noir sur le fond de ls,
chambre éclairée d'où il venait de sortir. Une voix
d'un timbre singulier, douce et triste, se .fit en-
tendre.
Messieurs, il faut que je réclame toute votre in-
dulgence. La cause de cet incident qui fait qu'un
numéro déjà donné à une personne qui m'a con-
sulté sans succès est ensuite tombé entre les mains
de la personne qui est venue ici après vous tous, peut
avoir une signification qu'aucun do nous ne comprend
pour le moment. Notez que je n'affirme rien, cVst
une simple supposition. Si les trois visiteurs qui
ont été assez bons pour attendre déjà veulent bien
permettre au possesseur actuel du numéro 11 de
me consulter avant son tour régulier, et, si la per-
sonne qui m'a quitté mécontente de sa consultation
consent à rester ici quelques instants encore,je m'en-
gage, s'il n'arrive, rien d'extraordinaire pendant les
dix premières minutes de l'entrevue, à recevoir.ceux
de vous qui ont encore à me consulter et à ne pas
retenir plus longtemps la personne qui m'a déjà vu.
D'un autre côté, remarquez qu'il y a une chance au
moins pour qu'un de vous, très probablement le réel
possesseur du numéro 14, soit intéressé à ce qui
va se passer. Dans ces circonstances, est-ce trop
de demander dix minutes de patience?
Les trois visiteurs qui avaient attendu longtemps
déjà se consultèrent entre eux, et n'ayant rien de
mieux à faire de leur temps consentirent à accepter
la proposition du docteur. Le visiteur qui croyait qua
tout cela était des « bêtises prit froidement une pièce
d'or dans sa poche, la jeta en l'air et la rattrapa au
vol, puis s'approchant de la lampe « Face, reste» dit-
il. « Pile, va-t'en. » II ouvrit la main et regarda la
pièce. « Face très bien. Continuez vos tours de pas-
se-passe, monsieur, j'attendrai. »
Vous croyez au hasard, reprit le docteur en
l'observant tranquillement vous avez tort, à mon
avis.
Il se tut, laissa la personne qui tenait le numé-
ro 14 passer dans la pièce voisine, et la suivit en
fermant la porte derrière lui.
WILKIE GOLLINS.
[A suivre)..
JEUDI 16 OCTOBRE 1879.^
,ON S'ABONNE AU BUREAU DU JOURNAL, 10, FAUBOURG-MONTMARTRE, 10,
PRIX DE L'ABONNEMENT
PARIS. «T. 77. V.. Trois mois, 14 fr.– Six mois, SS fr.– Un an, fr.
DÉPARTEMENTS. 17.fr. 34 fr. 68 ftv
.-If:) LES ABONNEMENTS DATENT DES 1er ET 16 DE CHAQUE MOIS
< J ?
Un numéro
la rédaction ne repond pas des arliclts communiqués
•̃̃ et ne se charge pas de les renvoyer'?
PRIX DE L'ABONNEMENT
PARïS Trois mois, 14 fr.– Six mois, SS fr.– Un an, 56 fr.
DÉPARTEMENTS. 17 lr. fr. 68 fr, A
LES ABONNEMENTS DATENT DES 1er ET 16 DE CHAQUE MOIS 1
Un numéro <» JPavis) 1K centimes, V
ANNONCES mm. FAUCHEY-LAFFITE ET ce, 8, place de la Bourse/
et au bureau du journal, 10, faubourg Montmartre. r
"ï. (Droit d'insertion réservé à la rédaction.) .i- ¡.
Sur leur demande, leg»; abonnés
nouveaux recevront tout ce qui
a paru du feuilleton en cours de
publication.
Le meilleur mode de renouvellement est l'envol
d'un mandat sur la poste ou d'un chèque à vue sur
Paris. Il suffit de joindre l'une des dernières bandes
du ournal. Les nouveaux souscripteurs sont priés
d'écrire lisiblement leur nom et leur adresse.
Les abonnements datent des 1er et 16 de chaque
.mois.
PARIS, 15 OCTOBRE f& r-,
blulrtin DU JOUR
L') Gazelle de Cologne a publié sous ce' titre
«Pour la paix », deux grands articles qui
méritaient à plus d'un titre d'attirer l'atten-
tion, mais qui, comme plaidoyer en faveur de la
paix, n'étaient pas irréprochables et ne portaient
pas d'un bout à l'autre latra^e d'une main diplo-
matiquement exercée. Ils ont été commentés e
légèrement rectifiés par la presse officieuse de
B'rlin. La feuille rhénane, après avoir dépeint à
grands traits la situation de l'Europe, s'étudiait à
mettre en lumière le caractère pacifique de la
politique de M. de Bismarck et de l'entente aus-
̃̃;tro-allemaude. « Les dix dernières années,
disait elle, nous ont valu assez de coin-
bcits et l'Europe fatiguée veut la paix. »
II serait inutile de suivre la Gazette de Cologne
dans le développement de cette excellente pen-
sée mais on s'est demandé avec raison si l'argu-
mentation du journal allemand en faveur de la
paix ne risquait pas de dépasser le but. Elle est
dédiée aux Russes, et cf-s aru ries leur expliquent
dans le plus grand détail que l'entente austro-
allemande a été faite principalement contre eux.
Cette alliance, c'est le mot employé, doit protéger
l'Autriche contre certaines velléités russes et ita-
liennes, l'Ai lemagne contre un dan ger venant de la
Russie ou de la France. La Gazette de Cologne, on
le voit, découvrait beaucoup de périls en Europe
c'était une première preuve de l'inspiration toute
personnelle de ses articles, car les gouvernements
et leurs organes officieux savent que, trop sou-
vent, en dénonçant un péril, on le crée. La Ga-
zette de Cologne, en outre, risquait beaucoup de
donner à entendre qu'il faudrait désormais prin-
cipalement compter sur l'intimidation pour assu-
rer la paix. L'effet de ces articles était infaillible
il ne s'est pas fait attendre. Le Journal de Saint-
Pétersbourg, organe de la chancellerie russe, en
cite aujourd'hui les conclusions que voici 1
« L'Allemagne et l'Autriche-Hongrie unies for-
» meront au centre de l'Europe le noyau d'une
n ligue de la paix, assez forte en elle-même pour
» repousser des attaques et prévenir des trou-
» blés..» .r-: (.̃̃̃ r. ?. p.j j-7
Et la feuille russe ajoute
« Nous n'aurions aucune objection à faire con-
» tre cette conclusion, si la plus grande partie
» des deux articles n'était consacrée à démontrer
» que l'unique puissance par laquelle la paix eu-
» ropéenne puisse être menacée, c'est la Russie.
» Et cette audacieuse affirmation est basée sur
» quelques articles de journaux de Saint-Péters-
» bourg et de Moscou, sans qu'il soit le moins du
» monde tenu compte de ce fait que, à côté des
» feuilles russes belliqueuses que nous avons
» malheureusement l'honneur de compter parmi
» nous, il y en a d'autres absolument dévouées à
» la cause de la paix et qui répudient quotidien-
» nement toute entreprise pouvant appeler la na-
» tion russe à de nouveaux sacrifices pour une
» cause quelconque où ses intérêts vitaux ne se-
» raient pas directement menacés. »
Ajoutons qu'à Berlin on a compris l'inconvé-
nient des exagérations de la Gazette de Cologne,
et que la Gazette universelle de V Allemagne du
Nord, dont on connaît les attaches, déclare ne
pas pouvoir adhérer sans réserve aux apprécia-
tions du journal rhénan. « C'est parce que l'en-
tente austro-allemande a un caractère pacifique,
dit-elle, qu'elle doit nous aider à cultiver une sin-
cère amitié pour la Russie. » Les articles de la
Gazette de Cologne peuvent donc répondre, dans
:leur ensemble, aux réalités de la situation et tra-
duire à peu près fidèlement la pensée de M. de
Bismarck; mais ils sont l'œuvre d'une plume in-
dépendante et d'une de ces plumes qui desser-
vent la cause de la paix sous prétexte de la ser.
vir. « On n'arrive guère, dit le Journal de
Saint-Pétersbourg, à calmer les nerfs des gens
̃ susceptibles en leur montrant le diable adossé
au mur. »
f II s'est passé dernièrement un fait assez impor-
tant qui, par un singulier hasard, est resté pres-
que inaperçu. La Russie a désarmé à peu près
complètement dans la mer Noire. L'équipage de
flotte qu'elle y entretenait a été réduit au tiers
de son effectif et ne compte plus guère qu'un
millier d'hommes, affectés au service des ports et
'de la côte; le matériel a été diminué dans la
même proportion, et tous les navires jugés inutiles
ont été démolis ou vendus. On ne saurait dire
que la flotte russe de la mer Noire fût très impo-
'sante. Pendant la dernière guerre, elle n'avait
FEUILLETON DTJ TEMPS
r DU “̃- ̃ t ,•̃-•'̃ •;̃
l,-i DU 16 OCTOBRE 1879. [*1 •
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LE DOCTEUR LAGARDE
.ii:
:̃̃'̃̃ INTRODUCTION
'S* -̃- ̃ '•,̃̃ ̃
"T~t.
M. Bervie, colonel en retraite, était toujours prêt à
répéter une histoire d'amour qui datait de sa jeu-
nesse. Quand il racontait la façon extraordinaire dont
un inconnu lui avait prédit certains événements qui
sont venus troubler le bonheur de deux personnes
et le sien, il ne demandait pas qu'on le crût à la
lettre. « Pensez-en ce que vous voudrez, mes amis.
disait-il, vous pouvez croire que c'est une série de
merveilles ou une suite de coïncidences bizarres,
peu importe mais je vous donne ma parole d'hon-
neur que je vous dis l'exacte vérité. Si celn ne vous
suffit pas, je ne puis que vous rap eler ce que dit j
Shakespeare dans Jiamlet, en parlant des choses que
notre esprit ne peut comprendre « Il se passe bien
des événements sur terre et dans le ciel, Horatio,
que tous nos philosophes ne sauraient expliquer.»
C'est ainsi que parlait dans sa vieillesse le vieux
soldat devenu plus tolérant envers tout le monde
qu'il no l'était dans sa jeunesse.
Nous allons à nntre tour raconter cette histoire
une fois de plus, avec toutes les réserves dont l'en-
tourait le colonel, mais non pas toujours dans les
mêmes termes. Il est par exemple un personnage à
la conduite duquel le colonel ne voulut jamais ren-
dre justice, qui. maintenant, va se trouver traité
comme ille uiéjite,
mis en ligne que des bateau) torpillards et quel-
ques vapeurs loués à, une compagnie de naviga-
tion. Mais cette flotte n'existe même plus. La ré-
duction du personnel indique suffisamment que
la Russie renonce pour le moment à l'idée
d'en reconstruire une dans les mêmes eaux. Elle
gardera évidemment désormais dans la mer
Noire une attitude toute de défense, et, après
avoir fait rayer la clause du traité de Paris qui
déclarait cette mer neutre, elle accepte les consé-
quences du traité de Berlin qui, en ne changeant
rien au régime des détroits, n'a pas modifié sa si-
tuation de puissance maritime cherchant une
issue sur la Méditerranée.
Mais en même temps la marine russe a pris son
essor vers de nouveaux et lointains parages où
elle trouvera peut-être une compensation à cette
abdication forcée dans les eaux de l'Euxin et en
tout cas un vaste champ d'exercice. Ce sont les
mers de l'Océan Paciflque, les côtes de la Sibérie
orientale et de l'île Sakhalian, devenue depuis
peu le siège d'une colonie de déportés, île riche
en houille et située en face des établissements
militaires de la région de l'Amour.
On signalait ces jours derniers le départ d'une
escadre russe pour Yokohama, dont elle fera sa
station habituelle. Le Golos et d'autres journaux
ont indiqué la composition de cette escadre, non
sans accompagner leurs renseignements de quel-
ques réflexions. Pour la première fois, en effet, un
cuirassé russe fera son apparition dans les eaux
de la Chine et du Japon; c'est la frégate Minine,
qui a passé dernièrement à Naptes et qui se rend
à sa destination en passant par le canal de Suez.
Les autres navires appartiennent à la catégorie
des croiseurs, et voici, d'après le Golos, la tâche
en quatre points de cette escadre exploration «t
relèvement géographique des côtes russes de l'O-
céan Pacifique étude des conditions coloniales
de l'île de Sakhalian protection des sujets russes
dans l'exercice de leurs droits de pêche étude du
Grand-Océan au point de vue de la guerre de
croisière.
M. Parnell, le chef du mouvement agraire en
Irlande, a tenu à Navan deux grands meetings
auquels assistaient environ 20,000 personnes. On
est revenu dans ces réunions sur l'expropriation
des landlords, et l'on a rappelé que naguère le
gouvernement anglais, en présence de la misère
des fermiers dans l'île du Prince Edouard, expro-
pria par décret les landlords de cette île et y tran-
cha ainsi la question agraire. L'île du Prince
Edouard fait partie du Dominion du Canada. Des
paroles audacieuses ont été prononcées dans les
meetings de Navan, et, tombant au milieu d'un
auditoire aisément inflammable, elles ont été
soulignées par des cris inquiétants, tels que « A
bas les landlords On tirera dessus» Le Times
commence à s'émouvoir de cette agitation que
l'approche d'un hiver rude rend assez menaçante.
Quelques mesures militaires ont été prises en lr-
lande. A Newcastle-on-Tyne, en Angleterre, il
vient'd'y avoir une grande réunion d'indigents et
de personnes sans travail.
A Bruges, le candidat clérical, M. van Ocker-
hout, a été élu.
-–•
Nous recevons les dépêches suivantes de nos
correspondants particuliers
r; ̃̃̃ (. v" Londres, 15 octobre, 11 h.
Le Slandard, dans un article très remarqué, dé-
clare que l'Angleterre salue avec satisfaction l'al-
liance défensive austro-allemande, parcequ'elle est
uniquement dirigée contre l'ambition russe, et non
contre la France.
On croit que lord Salisbury, dans un prochain dis-
cours, insistera sur l'alliance austro-allemande,
comme justification de la diplomatie anglaise et con-
solidation du traité de Berlin.
On dément le bruit de démarches du cabinet russe
concernant,l'Afghanistan.
Malgré l'entrée à Caboul, quelque mécontentement
subsiste relativement au silence gardé par le gou-
vernement sur l'avenir de la question afghane. On
espère que lord Salisbury fera quelques révélations
sur ce point.
Le comte Chouvalof, revenu seulement à Londres
pour y faire un court séjour, cédera bientôt défini-
tivement la place au prince Labanof.
Les tories croient que l'influence anglaise triomphe
à Constantinople. Le sultan reconnaîtrait son erreur
d'avoir suivi les avis des Russes qui ne veulent pas
que la Turquie s'européanise. L'Angleterre aurait
menacé d'abandonner la convention anglo-turque,
si les réformes demandées par sir Austin Layard sont
refusées. v> v
` Vienne, 15 octobre, 10 h. 45.
Le dué de Bailen, venant demander officiellement
la main de l'archiduchesse Christine, arrivera à
Vienne le 18 octobre avec son cortège. L'empereur
retourne à Gœdœllœ le 20 octobre, et il recevra le
duc, en audience solennelle, le 21 octobre. Ensuite
aura lieu l'acte de renonciation de l'archiduchesse
Christine.
L'archiduchesse quittera Vienne le 17 novembre,
s'arrêtera quelques jours à Paris et se rendra ensuite
au château de plaisance du Pardo.
Le mariage aura lieu le 29 novembre. On voulait
d'abord célébrer le mariage le 28 novembre, jour
de la naissance du roi; mais le 28 étant un ven-
dredi on a remis la cérémonie au lendemain.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES
~¡if i ~¡-<~ DE
'<, SERVICE DE L'AGENCE HAVAS
r Londres, 15 octobre.
Une dépêche de Berlin, adressée au Standard, affirme
qu'une alliance défensive entre l'Allemagne et l'Autrice a
été formellement conclut: et signée.
PREMIÈRE PARTIE. LA PRÉDICTION
,j! .I
'̃̃̃̃ •>' •• -̃̃ Le charlatan.
Les malheurs qui suivent toujours cet horrible ou-
trage à l'humanité que les hommes appellent la
guerre, se faisaient cruellement sentir en Angleterre,
pendant.la paix qui suivit la chute de Napoléon à
Waterloo. A cette triste période de notre histoire
nationale, l'agriculture, le commerce et l'industrie
étaient plus durement éprouvés qua jamais au
Parlement on avouait tout haut que le déficit du
budget commençait à donner de sérieuses inquié-
tudes à de rares exceptions près, la pénurie
pesait sur toutes les classes de la société; le
pays affamé était mûr pour un soulèvement révo-
lutionnaire contre ceux qui avaient versé le sang
du peuple et pressuré le pays, afin de continuer une
guerre restée sans résultat et sans compensation.
Parmi les malheureux qui furent forcés, durant
les premières années de ce siècle néfaste, à tâcher
de gagner leur vie par tous les moyens possibles,
était un obscur médecin d'origine française, nommé
Lagarde. Le docteur, dûment autorisé à porter ce
titre en Angleterre comme dans son pays, habitait
Londres et vivait dans une de ces rues étroites qui
rattachent la grande voie du Strand aux bords de la
Tamise.
La seule méthode qu'avait trouvée le pauvre La-
garde pour lutter contre la misère, était et est en
core regardée par les médecins prétendus sérieux,
comme une méthode de charlatan il faisait insérer
des annonces dans les journaux. Dans un-style
exempt de toute prétention et d'exagération, le mé
decin français déclarait qu'il était devenu un des
plus iervents adeptes du magnétisme animal, comme
on disait alors, grâce à de sérieuses études et grâce
surtout aux découvertes faites tout d'abord on
France par le fameux Mesmer. Son appel s'adres-
sait a plusieurs, classes de la société; premiè-
rement: aux personnes affectées de maladies que
la thérapeutique habituelle n'avait pu réussir à sou-
lager deuxièmement, aux personnes dont l'esprit,
tourné vers le mystérieux, était enclin à essayer le
pouvoir de la double vue comme un moyen de pré
voiries chances et les changements de l'avenir. « il
On télégraphie de Constantinople, au même journal,
que les cabinets autrichien, allemand et italien ont
donné des réponses favorables à la circulaire de Safvet-
Pacha, relative, à la question des frontières greiîques.
Le correspondant viennois du Times annonce à ce
journal que plusieurs puissances ont conseillé à la Grèce
d'accepter la dernière contre déclaration des commissai-
res turcs. y/.
Une dépêche de Berlin, au îlorning Post, annonce que
M. de Moltke, dans le rapport qu'il a présenté à l'empe-
reur, recommande l'augmentation des travaux de dé-
fense en Alsace-Lorraine.
D'après le Standard, les négociations pour un emprunt
de 1500,000 livres se poursuivent toujours à Constanti-
nople, entre le ministre de finances et les banquiers de
Ga ata.
Le même journal publie le télégramme suivant, daté
de Simla
« Le camp d'Alikheyl a été attaqué par les tribus voi-
sines vannes en grandes masses. Toutes les, attaques
ont été repoussées. Les Anglais sont ensuite sortis du
camp, et ont dispersé l'ennemi, lui tuaDt 23 hommes.
» La perte des Anglais se réduit à 5 hommes blessés
légèrement. »
Londres, 15 octobre.
Dans un meeting, tenu hier par les conservateurs à
Clitheroe (?), M. Cross a pris la parole. Ila défendu la con-
duite du gouvernement dan3 la question orientale et le
principe de l'observation des traitô3. Il a exprimé la con-
viction que le traité de Berlin sera exécuté dans tous ses
points essentiels. Il a déclaré que les libéraux, s'ils
avaient été au pouvoir, auraient agi de môme que les
conservateurs, en empêchant la Russie d'aller à Constan-
tinople. Enfin, il a terminé en affirmant que le gouver-
nement poursuivra la même politique qu'il a suivie jus-
qu'à présent.
Bucarest, 14 octobre, soir.
Chambre des députés. De nombreux orateuw sont
.inscrits encore, comme devant prendre la parole dans
la discussion du projet relatif à la question des is-
raélites.
M. Elaremberg demande que le vote sur le projet du
gouvernement ait lieu à l'appel nominal. Il déclare que
.si le vote est secret, comme il le sera probablement,
puisqu'il suffit qu'il soit réclamé par 15 membres de la
Chambre, il déposera une déclaration, déjà signée par
•56 députés, aux termes de laquelle il repousse le projet
du gouvernement.
Cette déciaration devra être insêrêe.au procès-verbal.
Tous les chefs'de l'opposition et, parmi eux. MM. 61a-
jorescu, Vernescu, Lahovary et Marzescu, ont signé cette
'declaraitïima*'?*' e'- ̃->
M. Blaremberg donne lecture du texte de cette décla-
ration.
L'orateur combat les arguments présentés par MM.
Boerescu et d'autres députés qui ont parlé en faveur
du projet.
Il déclare que les députés ne doivent pas subir la
pression étrangère, mais tenir compte de l'opinion expri-
mée. au moyen de nombreuses pétitions par le pays tout
entier.
«Le gouvernement, dit il, pourra prononcer la dissolu-
tion des Chambres actuelles si son projet est repoussé;
mais les Chambres qui viendront après lui feront encore
mieux connaître les sentiments du pays. »
Bucarest, 14 octobre, soir.
Le Romanul rend compte d'une réunion particulière
tenue hier soir. à laquelle assistait M. Bratiano. Le pre-
mier ministre a déclaré d'une façon catégorique qu'il ne
dissoudrait les Chambres qu'à la dernière extrémité. Il
a ajouté que, aussi longtemps qu'il serait soutenu par la
majorité, lors même qu'il devrait perd e la vie dans
l'accomplissement du devoir qui lui a été imposé par
la force des choses, il resterait înébranhblo à son
poste, tant que la question israélite ne serait pas réso-
lue d'une façon satisfaisante pour les exigences des puis
sancea. ̃ '• t
sancea. ,7i '°"1'"
""̃ '̃.• Copenhague, 15 octobre.
Hier a été donna chez le roi un grand diner, auquel
ont pris part tous les membres du Rigsdag. le prince hé-
ritier de Danemark et la princesse sa femme, le prince
et la princesse de Galles, te grand-duc héritier de Russie
et la grande-duchesse sa femme, les membres du cabi-
net et les membres du corps diplomatique.
M. Krablu, président du tfolksthing, au nom du Rigs-
dag, a porté uu toast au roi de Danemark. Le roi a ré-
pondu en portant un toast à la patrie danoise.
Berne, 14 octobre, soir.
Le Conseil fédéral a fixé comme suit le montant dos
subveAtions à accorder à la Compagnie du Gothard pour
l'année de construction 1879
Italie, 5,727 ,"705 fr.; Allemagne, 3.058,787 fr.; Suisse,
2,872,776 ff.
Les cantons intéressés à la construction du Gothard
payeront entre eux 2,458,753 fr., et la Confédération
414,023 fr.
4>
Le bruit exagéré qui se fait autour de la ques-
tion de l'amnistie, l'incident électoral de Javel,
les intempérances de langage de quelques feuilles
démagogiques ne sont pas des faits d'une impor-
tance telle qu'il faille les considérer comme une
cause d'embarras sérieux pour le gouvernement
de la République. Rien de plus commun dans tous
>les pays sur lesquels ne pèse pas un régime auto-
ritaire que ces agitations qui se produisent tantôt
sur une question, tantôt sur une autre. L'essen-
tiel est de ne pas s'en émouvoir outre mesure, et
de regarder, pour juger d'une situation ou d'un
gouvernement, non à quelques articles de jour-
naux ou à quelques discours prononcés sur une
tombe, mais à l'état général des esprits, à
ce qu'on pourrait appeler la constitution po-
litique du pays. Même en admettant, ce qui
pour nous n'est pas exact, que la question de
l'amnistie divise le pays et le parti républicain,
qu'est cette question, dont la solution, quelle
qu'elle soit, ne saurait entraîner aucune modifi-
cation dans notre régime politique et social à
côté de la question agraire qui s'agite en Angle-
terre et qui ne tend à rien de moins qu'à modifier
profondément les conditions de la propriété fon-
cière chez nos voisins? Qu'est l'agitation fuite sur
l'amnistie à côté de cette agitation profonde du
nihilisme, qui menace de miner l'état social de la
Russie? Nous avons en France l'élection de Javel;
en Russie il y a les assassinats et les incendies.
D'après les rapports officiels, plus de deux mille
incendies ont été allumés en moins d'un an
par les révolutionnaires, que dirions-nous si
nous en étions là? En somme, la France, même
avec la question de l'amnistie, est un des pays de
l'Europe où s'agitent le moins de questions gra-
ves, de nature à impliquer de véritables boulever-
sements. Nous discutons avec passion, parce qu'il
n'est pas dans notre tempérament de discuter
toujours avec calme, les questions de liberté
de la presse, de droit d'association, de droit de
réunion; nous nous disputons sur le plus ou
n'est rien demandé à ceux qui veulent bien m'hono-
rer de leur confiance, ajoutait modestement le doc-
teur, parce que je ne peux pas garantir d'avance que
je ne me tromperai pas en leur révélant leurs besoins
et leurs désirs.- Le procédé que j'emploie n'est pas un
secret; il a été dé voilé, longtemps avant moi. Je suis
plongé dans un sommeil magnétique, la main de la
personne qui me consulte est placée dans la mienne,
le résultat dépend entièrement des lois mystérieuses
de sympathie nerveuse qui existent, je puis l'affirmer,
mais que je ne puis expliquer, dans l'état ac-
tuel de la science. Ceux que j'aurai eu le bonheur
de satisfaire sont priés de déposer leurs offrandes,
suivant leurs moyens, dans le tronc fixé sur la table
de la salle d'attente. Ceux qui, au contraire, ne se-
ront pas satisfaits, sont priés d'accepter à l'avance
l'expression sincère de mes regrets et ne doivent
nullement se croire tenus à donner quelque chose.
Il est très possible que je sois dupe de convictions
erronées tout ce que je demande au public, c'est
de crqjra que ce sont au moins les convictions d'un
parfait honnête homme. J ajouterai seulement que
les dames et les messieurs qui voudront m'honorer
de leur visite me trouveront chez moi dans la soirée,
de six heures à dix heures. »
Cette étrange réclame était, vers la fin de l'année
1816,'le'sujet de toutes les conversations. Pendant
quelques semaines les séances du nouveau devin
furent avidement fréquentées, et, pour n'oublier
aucun détail, assez largement payées. Quelques fer-
vents croyaient en lui et racontaient des histoires
vraiment étonnantes sur ce qu'il avait dit ou prophé-
tisé dans son inspiration. La plupart des gens qui
allaient chez lui s'y rendaient en simples curieux et
se demandaient pourquoi un homme qui semblait
comme il^faut. cherchait à gagner sa vie. en s'exhi-
bant comme un simple charlatan.
.•̃̃ IT ..H
.̃ :̃: -'y; ILes numéros»;- o •̃ '• } j
C'était vers la fin du mois de janvier 1817, par une
des plus froides soirées de l'hiver: il neigeait: uni^
homme suivait le Strand, il entra dans la rue où ha
bitait le docteur Lagarde et frappa à la porte du
mesmériste. Cet homme marchait avec une allure
qui annonçait à ne s'y pas tromper qu'il appartenait
à l'armée. Son costume n'avait dans sa coupe aucune
moia&de chaque chose; nous nous livrons à d'in-
finies hypothèses sur la durée probable du mi-
nistère mais ces ardeurs mêmes portant sur des
points secondaires prouvent qu'il n'y a point de
question vitale engagée et que la République
n'est aux prises avec aucun de ces embarras pro-
fonds, qui peuvent être une cause légitime de
préoccupations pour l'avenir des institutions et
du gouvernement. ̃' •̃' "-r:
Cependant le parti conservateur s'efforce de
faire croire à ces embarras. Il affecte même de
s'en réjouir. Tous les journaux de droite s'écrient
avec un air de satisfaction visible que la situation
du ministère n'est plus tenable; que les hommes
modérés du parti républicain sont débordés; qu'il
n'y a plus de majorité dans la Chambre pouvant
arrêter le flot démagogique. « L'impuissance de
» la majorité à enrayer la marche de la Révolu-
» tion, dit le Soleil, est égale à l'impuissance du
» ministère. » Il est à peine besoin de faire res-
sortir ce qu'il y a d'exagéré dans un tel langage;
mais, alors même que la situation serait telle
qu'on nous la dépeint, nous ne voyons pas en
quoi les conservateurs auraient lieu d'en conce-
voir quelque joie.. Nous ne voyons pas en quoi
le désordre gouvernemental et la substitu-
tion d'une République radicale à la Répu-
blique modérée profiterait aux intérêts conser-
vateurs. Sans doute les représentants de ces inté-
rêts pensent que le bien-tel qu'ils l'entendent-
résulterait de l'excès du mal. C'est là une de ces
vieilles idées d'autrefois absolument condamnées
par l'expérience. Il n'est nullement avéré,pas plus
en politique qu'en morale, que le bien soit la con-
séquence nécessaire du mal. Il peut arriver, au
contraire, qu'à- un /certain mal succède un plus
gfarrtPet que de maux en maux un pays arrive à
un épuisement dont les intérêts conservateurs ont
nécessairement les premiers à souffrir. Le mal
qu'on nous dénoue, nous le répétons, n'existe
pas il peut y avoir des difficultés, il n'y a pas de
périls mais si ces périls étaient réels, si vérita-
blement le gouvernement et les Chambres étaient
réduits à une absolue impuissance, que devrait
faire un parti conservateur intelligent de ses in-
térêts, sinon entrer résolument dans la Républi-
que pour y apporter un élément de résistance à
la politique radicale? Au lieu d'assaillir et de
chercher à affaiblir un gouvernement et une ma-
jorité déjà trop faibles, du moins à ce qu'ils
prétendent, les conservateurs devraient s'at-
tacher à leur donner cette force qui leur
manque. Quand on redoute la violence d'un flot,
la sagesse ne consiste pas à détruire la digue qui
peut le retenir. Cette sagesse n'est pas celle
des conservateurs. Ils redoutent l'envahissement
du radicalisme, et ils s'associent aux radicaux
contre la République modérée et ils se réjouissent
de tout ce qu'ils pensent être un embarras pour
le gouvernement. On ne saurait être plus illo-
gique. Heureusement ces abîmes où nous cou-
rons, au dire des journaux de droite, sont des
abîmes imaginaires; mais il faut convenir que
ceux qui croient à leur réalité et qui, tout en
craignant d'y tomber, se maintiennent en état
d'hostilité contre nos institutions et contre la
seule politique qui puisse garantir les intérêts
conservateurs, sont les plus inconséquents des
hommes.
<~ .!̃̃.̃•̃̃
A ceux que l'éclat de notre crédit public
étonne, que la plus-valua de nos fonds d'Etat
laisserailleurs ou sceptiques, nous nous permet-
trons de conseiller l'étude des tableaux que le
ministère des finances vient de publier, et où le
mouvement de nos rentrées budgétaires pendant
les neuf premiers mois de l'exercice en cours se
trouve indiqué.
Prenons d'abord nos impôts et revenus indi-
rects. Les recouvrements prévus sur ces impôts,
pour les neuf premiers mois de l'année courante,
s'élevaient à 1 milliard 478 millions. Les percep-
tions réelles ont atteint 1 milliard 586 millions et
demi, dépassant ainsi de 108 millions et demi les
évaluations budgétaires. Ce n'est pas seulement
l'équilibre de nos dépenses et de nos recettes lar-
gement assuré; pour le pays, c'est en outre, avec
l'attestation de sa vitalité et de sa richesse, la
promesse de réformes financières nouvelles et
de nouveaux dégrèvements. <: fument la nation
ne tiendrait-elle pas compte de la prospérité de
ses finances, de l'aisance générale que de si bril-
lantes plus-values révèlent, comment pourrait-
elle s'associer à cet esprit de défiance et de dé-
couragement qu'affectent les adversaires de nos
institutions libérales?
Divers éléments ont concouru, toutefois, à la
formation de cet excédant si considérable, et la
critique impartiale a le devoir de les distinguer.
Le développement inusité que nos importations
ont pris cette année a contribué, dans une forte
mesure, à l'accroissement des perceptions du fisc.
Une somme inattendue, nous n'osons dire un bé.-
néfico, de 28 millions et demi vient de là. Les
droits de douanes à l'importation des marchan-
dises diverses ont produit 159 millions, au lieu de
130 millions et demi. L'on ne peut souhaiter évi-
demment que cette ressource s'établisse définiti-
vement dans nos comptes, et il est permis d'es ̃
pérer, au contraire, qu'avec la fin de la crise in-
dustrielle et commerciale, avec notre retour à
des récoltes normales, elle s'atténuera peu à peu.
L'on pourrait, il est vrai, être tenté de voir dans
ces droits plus élevés une compensation à nos
de ces exagérations voulues par l'affreuse mode du
temps: en un mot, le cachet empreint sur toute sa
personne était un cachet de bon ton.
Un vieux domestique l'introduisit au premier étage
dans une salle d'attente. La lumière d'une petite
lampe placée sur une console fixée au mur, était
si bien tamisée par un abat-jour vert-foncé, qu'il
eût été difficile, sinon impossible, à deux visiteurs
se rencontrant par hasard, de distinguer leur3
traits la seule chose qu'on aperçût était un
tronc en métal posé sur la table. A la clarté vacil-
lante d'un petit feu qui brillait dans l'âtre l'é-
tranger vit la silhouette de trois hommes arrivés
avant lui et assis assez loin les uns des autres.
Il n'y avait pas de dames, sans doute à cause du
mauvais temps. Rien dans l'ameublement n'attirait
l'attention, les meubles étaient simples et de bon
goût. Le vieux domestique tendit au nouveau visi-
teur une carte portant un numéro, et dit à demi-
voix « On vous appelera à votre tour, monsieur »;
puis il disparut.
Pendant- quelques minutes, rien ne vint troubler
le profond silence qui régnait dans la pièce, si ce
n'est le tic-tac d'une pendulé; mais bientôt une son
nette se fit entendre dans la chambre voisine, une
porte s'ouvrit, et l'on vit apparaître une personne
dont l'entretien avec le docteur était terminé. Cette
personne exprima ouvertement, d'un mot, son opi-
nion sur la séance: «Niaiseries que tout cela! »
dit-il, et aucune offrande ne tomba de sa main lors-
qu'il passa devant le tronc.
Le numéro suivant, c'était le numéro 15, fut
appelé par le vieux domestique, ce fut là le pre-
mier incident de l'étrange série d'événements qui
devaient se dérouler ce soir même dans la maison
du docteur.
Les trois hommes qui attendaient se levèrent et
examinèrent l'un après l'autre, à la clarté douteuse
de la lampe, la carte qu'ils tenaient à la main; ils
retournèrent s'asseoir, surpris et désappointés. Le
domestique s'avança les numéros remis aux trois
vibiteurs, au lieu d'être 15, 16 et 17, étaient 16, 17 et
18; se tournant vers l'étranger qui était arrivé le
dernier, le domestique lui dit
Aurais-je fait une erreur, monsieur ? Ma vue
n'est plus aussi bonne qu'autrefois, et il est bien
possible que j'aie maladroitement mélangé les car-
maux passagers si nous recevons plus de mar-
chandises, nos encaissements s'élèvent; et, comme
il semble que ce soit l'étranger qui nous paye ce
tribut, l'on arriverait à en souhaiter le maintien.
Ce n'est là, on le voit sans peine, qu'une illusion
pure. Nous pouvons, certes, avoir avantage à im-
porter beaucoup; mais les taxes que les produits
étrangers acquittent pour franchir nos frontières
ont leur contre-coup dans les prix que nos con-
sommateurs payent eux-mêmes. Il y a gain ap-
parent pour l'Etat, et perte véritable pour le pays.
C'est ce qu'il convient de ne jamais perdre de vue
quand on veut, et avec raison d'ailleurs, faire du
droit de douane un impôt au fond, ce ne peut
être et ce n'est qu'un impôt indirect sur les na-
tionaux.
Ces 28 millions 1/2 ne sont pas les seuls aux-
quels nous refusions un caractère permanent.
Les droits d'enregistrement, de greffe, d'hypothè-
ques, devaient donner, suivant les évaluations of-
ficielles, une somme de 350 millions 1/2 ils ont
fourni près de 392 millions. Leur plus-value s'é-
lève à environ 41 millions 1/2. Or, si nous ne nous
trompons, deux causes principales, et qu'il im-
porte de ne point confondre, ont amené ce re-
marquable résultat d'une part, la constitution
d'un grand nombre de Sociétés nouvelles, et cette
fièvre des entreprises qui ne sera pas l'un des
traits les moins curieux de cette année d'autre
part, et nous sommes ici en face d'un phénomène
économique d'une tout autre portée, le change-
ment profond qui s'opère dans le taux de capita-
lisation des valeurs. La première de ces causes
de plus-value pour le Trésor peut tomber. Il n'est
pas vraisemblable que l'on assiste longtemps, ou
du moins indéûnin\ent, à ces réunions de fonds,
déclarations d'apports, transferts de propriétés,
qui, depuis quelque temps, donnent à l'enregis-
trement un tel surcroît de besogne. Il faut faire
la part des entraînements d'une spéculation que
de faciles succès ont grisée, mais qui succombe-
rait bientôt sous l'excès même de ses imitateurs.
En revanche, la multiplication des capitaux,
l'habitude croissante de l'épargne, la surabon-
dance de nos réserves métalliques, ont bouleversé
les conditions anciennes du crédit, élevé le prix
des valeurs, réduit de plus en plus le taux de l'in-
térêt. Il en est résulté que, dans toutes les trans-
actions où le fisc intervient, les droits sont perçus
sur des capitaux qui progressent sans cesse, et
que, par la seule influence de cette loi naturelle
de l'abaissement de l'intérêt, sans impôt nou-
veau, l'Etat voit ses recouvrements s'améliorer
et son budget des recettes grossir. Quoique
variable dans ses manifestations, cette loi
n'en est pas moins permanente, et l'on peut
admettre que les bénéfices qu'elle a déjà
donnés se maintiendront et s'accroîtront en-
core dans les exercices prochains. Mais elle a
une contre-partie. La hausse des prix qu'elle im-
plique peut agir sur le budget des dépenses et
reprendre à l'Etat, par le coût plus élevé des pro-
duils qu'il achète, le bénéfice qu'elle lui aura
procuré. C'est une question de doit et avoir, dans
laquelle il se peut que l'avantage reste au Trésor,
comme il se peut aussi qu'il ne lui reste pas. Les
Chambres, en redoublant de vigilance dans leur
contrôle, peuvent enrayer sans doute la force
aveugle qui, chaque année, porle un peu plus
haut le chiffre de nos dépenses publiques; mais
il ne faudrait pas croire à leur toute-puissance
'en cette matière. Leur bon vouloir ne pourrait
rien contre ce changement logique du prix de
toutes choses..
Ainsi, quand nous parlons de dégrèvements pos-
sibles, devons-nous avoir, les yeux fixés, non-seu-
lement sur les plus-values de nos impôts, mais en-
core sur leurs causes cachées et sur leurs consé-
quences générales. La simplicité et l'harmonie
•de.s lois économiques, pour qui sait les pénétrer,
'sont admirables mais' les phénomènes qui les
composent sont multiples et leurs manifestations
auront toujours une complexité infinie.
Les impôts de consommation ont présenté, d'ail-
leurs, des augmentations qui sont d'un bon au-
-gure pour l'avenir, et où l'on peut voir ce carac-
tère de permanence sans lequel toute renonciation à
des impôts serait une imprudence de l'Etat.
Les droits sur les boissons ont produit 311 mill-.
Ions 1/2 au lieu de 291 millions. On n'attendait
de la vente des tabacs que 243 millions on en a
retiré 24S millions. Les droits sur les sucres ont
donné une plus-value de 35 millions, déduction
faite de 7 millions perçus en moins sur les sucres
étrangers. Les postes et télégraphes ont vu leurs
recettes monter à 87 millions 1/2, en progrès de
plus d'un demi-million sur les évaluations bud-
gétaires, et de près de 2 millions sur les recettes
correspondantes de l'année dernière. Il est juste
de mentionner que cette situation satisfaisante,
qui,donne un si heureux couronnement à la ré-
forme postale et télégraphique, est due à l'exten-
,sion presque inespérés des services du' télé-
•graphe.
De tous les chiffres qui précèdent, il se dégage,
en somme, une impression excellente. Que dirons-
nous si nous passons à l'examen de nos contribu-
tions directes ? Au 30 septembre dernier, huit dou-
zièmes étaient échus sur ces contributions. Ils
représentaient un total exigible de 481,800,000
francs. Or, .'les recouvrements effectués se sont
élèves à 536 millions et demi. L'anticipation
de.paiements n'est pas moindre de 54,700,000 fr.,
c'est à-dire de 90 centièmes de douzième. Pour
un pays que l'on dépeint parfois en termes si as-
tes, car il ne fait pas très-clair ici. Vous ai-je donné
le numéro 15 au lieu du numéro 18,?
La personne à laquelle s'adressait cette question
tendit sa carte. Une erreur avait été faite en effet,
mais non pas celle que supposait le domestique. Le
numéro reçu par le dernier visiteur était justement
le même numéro que celui qui avait été remis à la
personne qui venait de sortir en exprimant haute-
ment son mécontentement. C'était le 14! Quant à la
carte portantlechmre 15, on ne la retrouva que le len-
demain matin, à terre, dans un coin de chambre Se
laissant aller à son premier mouvement, le domesti-
que sortit à la hâte de la chambre pour appeler la
personne qui avait eu déjà le numéro 14 et la prier de
vouloir bien affirmer le fait devant les visiteurs qui
restaient. La propriétaire de la maison venait d'ouvrir
la porte de la rue: c'était une jolie femme, et le mon-
sieur mécontent s'était par bonheur arrêté quelques
instants pour lui parler. Il consentit à remonter,
grâce surtout à la propriétaire qui insista vivement.
Une fois dans la salle d'attente, il adressa cette ques-
tion caractéristique à tous ceux qui y étaient. « En-
core quelque bêtise, n'est-ce pas? » demanda le mon-
sieur qui aimait à causer avec les jolies femmes.
Le domestique essaya de s'excuser tant bien que
mal en expliquant la chose.
Je vous prie de me pardonner, messieurs, dit-
il. J'ai peur .d'avoir .mélangé les cartes que je distri-
bue, avec les cartes qu'on me rend en entrant chez
le docteur. En .cas d'erreur, j'ai ordre de réparer
sur-le-champ ma maladresse; mais dans le cas ac-
tuel, je crois qu'il vaut mieux que je consulte mon
maître.
Il entra dans la chambre voisine. Laissés seuls, les
visiteurs commencèrent à causer et à rire de l'é-
trange situation dans laquelle les laissait le domes-
tique en disparaissant ainsi. Le véritable possesseur
du numéro 14 raconta son entrevue avec le docteur
d'un ton moqueur qui semblait lui être habituel.
Je me suis présenté à cet individu pour qu'il
me prédise l'avenir. Il a commencé par s'endormir,
puis il m'a déclaré qu'il ne pouvait rien me dire. Je
demandai pourquoi. « Je ne sais pas », répondit- il.
Je le sais, moi, repris-je c'est que tout cela ce
sont des bêtises Je parie cent contre un que vous
serez de mon avis, messieurs, et que vous trouverez
aussi que ce sont des bêtises.
sombris, et que l'on, 4$ ruina par l'invasion des
produits étrangers, la France ne laisse pas, oiî1
en conviendra, de faire encore assez bonne:
figure. Au 30 septembre 1878, l'anticipation de
paiements était également considérable; elle n'é-j
galait pourtant pas celle qui a été réalisée cette
année elle n'était que de 52 millions, ou 87 cen-
tièmes de douzième. Ainsi le progrès ne s'est
pas seulement continué en 1879; il s'est'
affermi et étendu. Est-ce à dire que l'ad-
ministration ait redoublé de rigueurs pour
pressurer et presser les contribuables Les
frais de poursuites ont une éloquence contre la-
quelle rien ne saurait prévaloir. En fait, ils n'ont
pas dépassé 771,000 francs, soit 1 fr. 37 pour
1,000 francs de recouvrements. En 1878, ils
avaient été de 782,000 franc?, ou de 1 fr. 41 pour
1,000 francs. L'exercice 1879 a donc été marqué
par une diminution des frais et par une augmen-
tation des recouvrements anticipés. Voilà notre
état de misère et de ruine.
Les résultats de l'impôt sur le revenu des va-,
leurs mobilières sont-ils, du moins, en contradic-'
tion avec ceux-là? Loin de là, ils ne font que les
appuyer. L'Etat n'aurait dû recevoir, d'après la
moyenne des recettes des quatre dernières aunées,
rapprochée de l'évaluation budgétaire, que
26,200,000 fr. Il a touché 27,900,000 fr. L'amélio-
ration est, on le voit, de 1,700,000 francs, et il
n'y a pas d'exagération à admettre que, pour
l'exercice entier, elle ira bien à 2 millions. Or, il
s'agit d'un impôt qui est seulement de 3 0/0.
Cette plus-value de deux millions correspond,'
par conséquent, à une élévation de 66,700,000 fr.
environ dans le revenu des valeurs mobilières, et
à une plus-value supérieure à 1,600 millions dans
leur capital. Il n'y a rien à ajouter à de tels faits.
•-> ♦
Le gouverneur général de l'Algérie avait, dans
son discours de Bone, indiqué les traits princi-
paux de son programme algérien. La circulaire,
adressée par M. Albert Grévy aux trois préfets
sous ses ordres et dont nous ayons donné hier la
substance, a pour objet la première partie de ce
programme, relative à l'extension à donner au
territoire civil, par l'annexion de certaines parties
du territoire militaire.
«Le rattachement que j'ai préparé étonnera
peut-être les plus impatients », avait dit à Bone
M. Albert Grévy. Et, en effet, l'annexion projetée:
mettra le Tell tout entier, c'est-à-dire la terre de,
culture habitée par des populations sédentaires,'
sous l'administration civile. Exception est faite
seulement, et avec raison, pour lit zone frontière
du Maroc et de. la Tunisie. Cette bande de terrain,'
exposée aux brigandages des Beni-Snassen à
l'ouest, des Kroumirs et des Hammamas à l'est,
doit rester sous la surveillance militaire. Il faut1
y être sur le qui-vive. repousser les razzias des
bandits de l'autre côté de la frontière. 11 faudrait
même les poursuivre dans leur retraite, jusque
sur le territoire étranger. Le droit de suite, qui:
existe pour la chasse à courre, est légitime, en
pays barbare, pour la poursuite des bandits.
L'importance du rattachement -projeté se me-!
sure par deux chiffres un million d'indigènes et
cinq millions d'hectares vont passer de l'adminis-
tration militaire à 1 administration civile.
Ajoutons qu'un jour ou l'autre. l'administra-^
tion civile devait être étendue au Tell tout entier.;
C'était le but poursuivi, et qu'il fallait nécessaire-'
ment atteindre. Cette annexion a été formelle)
ment réclamée par les trois conseils généraux de'
l'Algérie, en 1871, dans la session où, pour la
première fois en Algérie, se sont réunis des'
conseils généraux issus de l'élection.
Le succès de cette grande réforme dépend des
mesures d'exécution. Ces mesures sont indiquer
dans la circulaire du gouverneur général assez
nettement pour qu'on puisse les bien compren-
dre. Mais il ne sera possible de les apprécier qu'a-
près la publication des textes de lois, de décrets!
et d'arrêtés qui leur donneront un corps et les
rendront complètement saisissables. i
La première mesure d'exécution est la division
administrative, en communes, du territoire an-
nexé. Le plan est fait, et en ce moment il est sou-
mis à l'examen des trois conseils généraux. C'est
une question locale et à juger sur place. Nous
•n'avons pas à nous y arrêter.
La seconde mesure, qui est la plus grave de
toutes, est l'organisation du personnel adminis-
tratif, judiciaire et financier.
Il faut organiser, dans les territoires annexés, la
perception et l'établissement de l'impôt arabe. La
..percaption n'offre pas de grandes difficultés. Mais
^'établissement de l'impôt est une opération déli-
cate. L'impôt arabe est une dîme sur les cé-
réales (achour) et sur les troupeaux (zekkat).1
Son total varie donc chaque année suivant la
quantité et la qualité des récoltes et suivant le
chiffre du bétail. Le contrôleur n'est donc pas
chargé comme en France de la répartition d'un
impôt foncier dont le chiffre est fixé à l'avance.
Il doit, par ses constatations, établir chaque année
le quantum de l'impôt pour chacun et pour l'en-
semble des contribuables. L'agent financier qui
arrive de France a son éducation à faire.
On doit également installer un juge de paix
dans les nouvelles'circonscriptions civiles, et le
choix des juges de" paix est difficile en Algé-
rie, si l'on tient àila qualité. Le juge de paix, en
pays arabe, doit réunir des qualités opposées. Il
Avant que le pari proposé ait pu être accepté ou
refusé, une porto s'ouvrit. La silhouette grande, mai-
gre et sombre d'un nouveau personnage apparut snr
le seuil, se détachant en noir sur le fond de ls,
chambre éclairée d'où il venait de sortir. Une voix
d'un timbre singulier, douce et triste, se .fit en-
tendre.
Messieurs, il faut que je réclame toute votre in-
dulgence. La cause de cet incident qui fait qu'un
numéro déjà donné à une personne qui m'a con-
sulté sans succès est ensuite tombé entre les mains
de la personne qui est venue ici après vous tous, peut
avoir une signification qu'aucun do nous ne comprend
pour le moment. Notez que je n'affirme rien, cVst
une simple supposition. Si les trois visiteurs qui
ont été assez bons pour attendre déjà veulent bien
permettre au possesseur actuel du numéro 11 de
me consulter avant son tour régulier, et, si la per-
sonne qui m'a quitté mécontente de sa consultation
consent à rester ici quelques instants encore,je m'en-
gage, s'il n'arrive, rien d'extraordinaire pendant les
dix premières minutes de l'entrevue, à recevoir.ceux
de vous qui ont encore à me consulter et à ne pas
retenir plus longtemps la personne qui m'a déjà vu.
D'un autre côté, remarquez qu'il y a une chance au
moins pour qu'un de vous, très probablement le réel
possesseur du numéro 14, soit intéressé à ce qui
va se passer. Dans ces circonstances, est-ce trop
de demander dix minutes de patience?
Les trois visiteurs qui avaient attendu longtemps
déjà se consultèrent entre eux, et n'ayant rien de
mieux à faire de leur temps consentirent à accepter
la proposition du docteur. Le visiteur qui croyait qua
tout cela était des « bêtises prit froidement une pièce
d'or dans sa poche, la jeta en l'air et la rattrapa au
vol, puis s'approchant de la lampe « Face, reste» dit-
il. « Pile, va-t'en. » II ouvrit la main et regarda la
pièce. « Face très bien. Continuez vos tours de pas-
se-passe, monsieur, j'attendrai. »
Vous croyez au hasard, reprit le docteur en
l'observant tranquillement vous avez tort, à mon
avis.
Il se tut, laissa la personne qui tenait le numé-
ro 14 passer dans la pièce voisine, et la suivit en
fermant la porte derrière lui.
WILKIE GOLLINS.
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