Titre : La Dépêche algérienne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Alger)
Date d'édition : 1885-09-08
Contributeur : Robe, Eugène (1890-1970). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755912k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 08 septembre 1885 08 septembre 1885
Description : 1885/09/08 (A1,N54). 1885/09/08 (A1,N54).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t544836z
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10449
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/04/2021
Première année. — N* 54.
Le numéro 5 centimes.
PRË'FEÜTUKE 0‘AI.GRH
OE POT .LEGAL
I S Mardi, 8 septembre 1885.
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
Algérie
Frange .
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois Un an
4.50 9 18
y.;. 6 1» 24
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n° 9, ancien hôtel Bazin.
Tontes les communications relatives aux annnonces et réclames doivent, m
Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, boulevard de la République, A!g«ï.
En France, les communications sont reçues savoir :
A Marseille, chez M. Gustave ALLARD, rue du Bausset, 4 ;
A Paris, chez MM. AUDBOURG et C‘«, place de la Bourse, 10,
Et par leurs correspondants.
I
La DÉPÊCHE ALGÉRIENNE est
Alger, le 7 Septembre 1885.
LES HOUES DD JOUR
XXXIV
M. PIERRE LEGRAND
MINISTRE DE L’AGRICULTURE
Le ministre de l’agriculture est âgé de
cinquante et un ans. Fils d’un ancien député
mort en 1859, il exerça à Lille, sa ville na
tale, la profession d’avocat, et justement
apprécié de ses confrères, il fut appelé par
eux aux fonctions de bâtonnier.
En 1870, après la chute de l’Empire, il fut
nommé par le gouvernement de la Défense
nationale, préfet du Nord, et s’acquitta avec
intelligence et dévouement de la lourde
tâche qui lui ôtait confiée dans un moment
si difficile Patriote ardent, il fut d’uq grand
secours au général Faidherbe dans l’orga
nisation de l’armée du nord.
Lorsque fut rendu le décret qui décidait la
dissolution des Conseils généraux, M. Pierre
Legrand donna sa démission.
Elle ne fut pas acceptée II la donna de
nouveau sans plus de succès. Ce ne fut que
le 10 janvier 1871 que M. Paul Bert vint le
remplacer à la préfecture de Lille.
Aux élections de 1871, il réunit plus de
60,000 suffrages, mais il ne vint au Parle
ment qu’en 1876. Il fut nommé aux élections
générales du 20 février, député de la l re cir
conscription de Lille.
Inutile de dire qu’il compte parmi les 363
qui refusèrent un vote de confiance au cabi
net de Broglie après l’acte du 16 mai 1877.
Les manœuvres des auteurs du coup d’Etat
n’empêchèrent pas le candidat officiel légiti
miste qu’ils avaient opposé à M. Pierre
Legrand, d’échouer piteusement le 14 octo
bre suivant, ayant réuni â peine un peuplas
du tiers des voix obtenues par sou concur
rent.
Très aimé et très populaire dans la ville
de Lille, aux élections de 1881, M. Pierre
Legrand a été réélu à une écrasante majorité.
C’est un nomme politique de valeur qui,
avant d’entrer dans la combinaison Brisson,
avait fait partie du ministère Ducierc avec
le même portefeuille.
C’est ud esprit actif et novateur qui appor
tera et a déjà apporté de sages et utiles ré
formes dans les différents services dont il
est le chef.
désignée pour l’insertion des annonces légales, judiciaires et
autres exigées pour la validité des procédures et contrats.
A PI U VESTE ?
Le Radical est mélancolique, le Petit Co
lon devient pudique. Leurs allures tapa
geuses ont soudain fait place à un petit air
tranquille et réservé qui tromperait notre
cher Marteau lui-même, malgré sa science
des hommes et des journalistes.
MM. Basset et Marchai deviennent si sa
ges que pour un peu ou leur donnerait la
candidature sans confession.
Ah ! pardon, j’oubliais que M. Basset, a
une foule de raisons pour ne pas laisser ac
coler son nom à celui de son ex ami dont il
vantait le cœur d’artiste et l’exquise délica
tesse, et qui a eu celle de faire photogra
phier les bons que son vieux protecteur
mettait en guise d’argent dans la caisse du
Petit Colon.
C’est dommage, ne pas pouvoir unir Mar
chai et Basset dans une même apothéose !
Le vieux praticien du Radical (n’écrivez
pas patricien, messieurs les protes, il aurait
IV déplacé) pardonnera-t-il à son protégé
cette petite infidélité ? C’est ce que les purs
d’Alger se demandent avec inquiétude Son
gez donc si les deux têtes du parti radical
continuent leur brouille, c’est que le succès
pourrait être compromis.
Et, vraiment, ce serait dommage, quand
on a tous les atouts en main.
Ces maladroits d’opportunistes ! Franche
ment, ils n’entendent rien au pétrissage de
la pâte électorale. Tout le monde aujourd’hui
connaît leurs candidats. Ils marchent tous
d’accord, à visage découvert, franchement,
loyalement, Sont-ils naïfs !
On n’est pas si bête dans le clan radical.
D abord on se garde bien de désigner trop
vite les candidats.
De mauvaises langues prétendent, il est
vrai, que l’enthousiasme des premiers jours
commence à faire place â un certain décou
ragement.
Hier, c’était le timide directeur du Petit
Colon qui commençait une retraita savante,
entraînant avec lui le brave colonel Fallet.
Le mariage de ces deux noms m’a rendu
rêveur.
C’est celui de la plume et de l’épée, disait
un ami.
Non, c’est celui du talent et de la fortune,
disait un autre.
Mais que faire alors du sympathique pré
sident de toutes les réunions, de toutes les
sociétés et même des Beaux-Arts ?
Pauvre Samary, avoir avalé tant de cou
leuvres depuis trois ans, avoir roucoulé tant
de discours, avoir fait depuis deux mois le
métier de raccoieur et de rabatteur dans
tant de communes et n’avoir devant soi que
des ingrats et des aveugles qui ne Voient
pas qu’il n’y a, en Algérie, qu’un seul can
didat socialiste, qu’un seul candidat ouvrier,
qu’un seul candidat radical, le candidat des
candidats, celui qui s’impose, en un mot, et
que c’est lui.
Eh! mais nous allions oublier le bouillant
Achille. Il est vrai qu’il ne s’oublie pas lui-
même. Boutemaiiie est son nom. A son seul
aspect les opportunistes affolés doivent se
tapir dans leurs gîtes, comme autrefois les
républicains du Mexique devant le farouche
officier de l'empereur. A toutes ses gloires
d’antan, il vient de joindre sa campagne de
Rome en compagnie de r.ex-anti-clôricai,
Léo Taxil. On dit que le jour de sa conver
sion, son ancien chef l’a sacré pape des
libres-penseurs. A bas la calotte, tas de
caffards !
Qui donc encore derrière lui? C’est 'la
modeste violette : la candidature déraille .
N'a-t-il pas donné des gages cet ex-con
seiller de Préfecture qui, lors de l’élection
sénatoriale, manifestait si bruyamment con
tre celui dont il demandait l’appui, quel
ques jours avant, pour obtenir la croix.
Faut-il parier de ce jeune avocat qui vint
cueillir à Alger un succès si facile et qui se
persuade depuis que lui seul connaît l’Al
gérie. Glissons. C’est le candidat pas sé
rieux.
Il n’en reste qu’un sur la brèche. C’est ce
bôau vieillard que son échec sénatorial n’a
pas fait blanchir. Prenez-le, messieurs les
radicaux, c’est encore le meilleur de vous.
Malgré son âge, c’est le seul qui ait encore
de la candeur et des illusions.
Un dernier conseil. Puisque vous ne pou
vez pas vous entendre, puisque vous êtes
tous trop populaires, ne vous faites pas
concurrence. Présentez-vous devant les
électeurs.
Ne vous préoccupez pas du résultat, il
sera le même.
Informations algériennes
M. Etienne est parti dimanche à 2 heu
res par le train d’inauguration de la ligne
d’Aïn-Témouchent et a assisté au banquet
donné à ce sujet par la municipalité de
cette ville.
Il continuera son voyage par Bani-Saf,
Nemours, l’arrondissement de Tlemeen, ce
lui de Bel-Abbès, et enfin ceux de Mascara
et de Mostaganem, pour être de retour à
Oran à la veiile du 4 octobre, jour du scru
tin.
X
M. Dessoliers, qu’une circonstance im
prévue a empêché de se trouver, à l’heura
actuelle, dans le département, commencera
la semaine prochaine sa tournée électorale
par l’arrondissement de Mostaganem.
Comme M. Etienne, il visitera tout ie dé
partement.
X
M. Gaston Thomsom, député de Constan-
tine, s’est embarqué vendredi à Port-Yen-
dres. Il sera aujourd’hui lundi à Constan-
tine.
X
Jeudi matin, les jeunes soldats du contin
gent algérien, appartenant au 3° zouaves,
ont fait leur entrée à Coustantine, précédés
par la musique du régiment.
Nos jeunes concitoyens militaires arri
vaient de Philippenlle, où ils avaient été
habillés, èquiqués et armés.
Malgré la gène qu’occasionne le port du
[ « godillot «, ua sac surchargé, etc., les
nouvelles recrues avaient une excellente at
titude.
X
Lés deux escadrons du 7 e chasseurs en
garnison à Sètif, ont reçu l’ordre de se tenir
prêts à partir pour le 25 de ce mois.
Ils vont ailer remplacer à Batna le 13*
chasseurs qui revient à. Sètif.
X
Des élections municipales partielles ont
eu lieu le 30 août, à Sètif, pour le rempla
cement de deux conseillers, dont un ad
joint démissionnaire, l’honorable M. Du
mas.
214 électenrs ont pris part au vote.
Ont été élus : MM. Pinard, candidat radi
cal ouvrier, par 184 voix ; Grenier, candidat
I radical, par 180 voix.
Le 3 e candidat radical, M. Schwartz,
n’ayant obtenu que 150 voix, n’a pu passer
au premier tour.
Il y aura scrutin de ballottage dimanche,
en ce qui le concerne.
X
Feuilleton de LA DÉPÊCHE ALGÉRIENNE
N° 54.
LA
GBASBE IAR1IÈSE
PAR
Georges OHNET
Le matin, il se leva à son heure accoutu
mée, ouvrit son courrier, reçut quelques
personnes, et, comme neuf heures son
naient, se dit : Papillon et Fleury partent
pour Clairefont. Au même moment ou heurta
à la porte d’entrée, et la grosse voix de Ton
deur se fit entendre.
— Le patron est-il là ? Il faut que je lui
parle, et vivement !
Carvajan ouvrit lui-même : il pressentit
nn incident nouveau et éprouva un terrible
bouillonnement intérieur. Il regarda le mar
chand de bois avec des yeux dévorants et
dit rudement :
— Qu’y a-t-il ?
— Il y a que le marquis m’a fait, dès la
« piquette » du jour, quérir pour me pro
poser une drôle d’affaire... Je n’aurais ja
mais pensé ça de lui, par exemple !
— Allez donc, sacré bavard ! cria le mai
re, exaspéré par les développements de
Tondeur, au fait !... Quoi ? Qu’est-ce qu’il
voulait ?
— Me vendre toutes les futaies du parc,
ce matin même, pour soixante mille francs...
Il y a pour cent mille francs de bois, vous
savez, ou que le diable me brûle!... J’ai
dit non, IL a baissé à cinquante. J’ai dit
non. Il est devenu tout blaucet m’a déclaré :
Il me faut quarante mille francs ou je ne
vends pas.
— Comme vous voudrez, monsieur le
marquis, ai-je dit... Mai3 moi je ne dois
rien faire sans le consentement de M. Car
vajan. Lui seul peut autoriser l’opération...
Fichtre, si j’allais de l’avant, je me mettrais
dans de jolis draps !... Quand tout va être
saisi ! Alors le vieux a marché pendant
quelques minute?... Il a marmotté entre
ses dents : quarante mille francs, et deux
mois de répit... c’est le salut! Puis il est
venu à moi et a ajouté : Croyez-vous que
M. Carvajan consentirait à venir me parler?
— Ça, je n’en sais rien, ai-je répondu,
faudrait le lui demander.
— Eh bien ! vouiez-vous vous en charger?
— Mais, tout de môme, monsieur le mar
quis, pour vous être agréable...
J’ai pris mes jambes, et, en quinze minu
tes, j’ai attrapé le bouton de votre porte.
Sans vous commander, je boirais bien quel
que chose : j’étrangle de soif !...
Le maire ouvrit la porte.
— Claudine, un verre et du vin, cria-t-il,
puis, revenant à Tondeur :
— Allons-y !
— Oh ! oh ! fit le marchand de bois...
Yous allez vous regarder de près, le vieux
sauvage et vous ?
— Il faut bien savoir ce qu’il veut... Pa-
pillou et Fleury doivent être en route.
— Je les ai rencontrés à la barrière...
— Nous les rattraperons sur le plateau.
— Bouffre ! s’écria Tondeur. Aujourd’hui
je vais maigrir de dix livres.
Il se mit à rire, s’étrangla, et fat pris
d’une quinte de toux qui le rendit violet.
Carvajan s’en allait déjà à grands pas
dans la rue du Marché. Ainsi, c'était le
marquis lui-même qui ie faisait appeler !
Un orgueil immense gonfU sa poitrine. II
l’avait donc amené à demander grâce ! Il
montait de nouveau à Clairefont, comme
trente ans auparavant. Mais quelle diffé
rence ! Autrefois c’était en pleine nuit, il
courait, trébuchant à tous les détours du
chemin, le cœur serré par l’angoisse. Main
tenant, sous le soleil resplendissant, il mar
chait d’un pas assuré sur une route aplanie,
conscient de sa force, et distinguant nette
ment le but vers lequel il tendait. Il était
prêt à crier aux arbres, aux pierres, aux
fossés de la route : Me reconnaissez-vous ?
Je suis le misérable que vous avez vu passer
un soir pleurant et désespéré, poursuivant
la femme qu’il aimait, le triste hère que
l’on pouvait bafouer, insulter, et frapper im
punément. C’est moi qui reviens en vain
queur, et aujourd’hui je reudrai, s’il me
plaît, insulte pour insulte et coup pour coup
En trente années la roue a tourné, n’est-il
pas vrai ? J’étais en bas et me voilà en haut.
C’est bien moi !
Il jeta sur le parc de Clairefont et sur la
terrasse qui s’étendait blanche à travers les
arbres un regard dominateur.
— Non, pensa-t-il, on n’abattra pas ces.
ombrages qui demain m’appartiendront. Je
ne laisserai pas abîmer mon domaine. C’est
là que je m’installerai bientôt, jouissant de
la joie de vivre où vécut mon ennemi, et
d’être heureux à sa place.
Ils arrivaient à la grande allée et lon
geaient les talus blancs de la Grande Mar-
nière. Cet aride et crayeux monticule dé
plut à Carvajan. Il se dit : Je ferai planter
trois rangées d’arbres verts pour masquer
la vue des travaux.
Il était déjà propriétaire, il disposait du
terrain, il le modifiait à son gré. Avant
d’arriver à la grille, Tondeur et lui rejoi
gnirent Fleury, Papillon et son acolyte.
— Qu’est-ce qui se passe donc ? demanda
le greffier avec inquiétude. Est-ce qu’il y a
des modifications au programme ?
— Elles seront avantageuses ou il n’y en
a pas! déclara Carvajan. Le marquis de
Clairefont a désiré me voir... et, par con
descendance, je suis venu ; car j’aurais pu
lui faire répondre de passer à mon bureau...
Mais quand on est le plus fort, il faut se
montrer accommodant... Entrons !
Il ouvrit lui-même la porte de fer et
foula, le premier, les pavés de la cour
d’houueur. Il s’avançait tête basse, cher
chant la place où il était tombé sous les
pieds des chevaux du marquis, la figure
coupés d’un sillon sanglant. Il la reconnut :
c’était là, prés d’un petit massif de rosier à.
bordure de réséda ; il s’v arrêta, la piétina
Le numéro 5 centimes.
PRË'FEÜTUKE 0‘AI.GRH
OE POT .LEGAL
I S Mardi, 8 septembre 1885.
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
Algérie
Frange .
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois Un an
4.50 9 18
y.;. 6 1» 24
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n° 9, ancien hôtel Bazin.
Tontes les communications relatives aux annnonces et réclames doivent, m
Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, boulevard de la République, A!g«ï.
En France, les communications sont reçues savoir :
A Marseille, chez M. Gustave ALLARD, rue du Bausset, 4 ;
A Paris, chez MM. AUDBOURG et C‘«, place de la Bourse, 10,
Et par leurs correspondants.
I
La DÉPÊCHE ALGÉRIENNE est
Alger, le 7 Septembre 1885.
LES HOUES DD JOUR
XXXIV
M. PIERRE LEGRAND
MINISTRE DE L’AGRICULTURE
Le ministre de l’agriculture est âgé de
cinquante et un ans. Fils d’un ancien député
mort en 1859, il exerça à Lille, sa ville na
tale, la profession d’avocat, et justement
apprécié de ses confrères, il fut appelé par
eux aux fonctions de bâtonnier.
En 1870, après la chute de l’Empire, il fut
nommé par le gouvernement de la Défense
nationale, préfet du Nord, et s’acquitta avec
intelligence et dévouement de la lourde
tâche qui lui ôtait confiée dans un moment
si difficile Patriote ardent, il fut d’uq grand
secours au général Faidherbe dans l’orga
nisation de l’armée du nord.
Lorsque fut rendu le décret qui décidait la
dissolution des Conseils généraux, M. Pierre
Legrand donna sa démission.
Elle ne fut pas acceptée II la donna de
nouveau sans plus de succès. Ce ne fut que
le 10 janvier 1871 que M. Paul Bert vint le
remplacer à la préfecture de Lille.
Aux élections de 1871, il réunit plus de
60,000 suffrages, mais il ne vint au Parle
ment qu’en 1876. Il fut nommé aux élections
générales du 20 février, député de la l re cir
conscription de Lille.
Inutile de dire qu’il compte parmi les 363
qui refusèrent un vote de confiance au cabi
net de Broglie après l’acte du 16 mai 1877.
Les manœuvres des auteurs du coup d’Etat
n’empêchèrent pas le candidat officiel légiti
miste qu’ils avaient opposé à M. Pierre
Legrand, d’échouer piteusement le 14 octo
bre suivant, ayant réuni â peine un peuplas
du tiers des voix obtenues par sou concur
rent.
Très aimé et très populaire dans la ville
de Lille, aux élections de 1881, M. Pierre
Legrand a été réélu à une écrasante majorité.
C’est un nomme politique de valeur qui,
avant d’entrer dans la combinaison Brisson,
avait fait partie du ministère Ducierc avec
le même portefeuille.
C’est ud esprit actif et novateur qui appor
tera et a déjà apporté de sages et utiles ré
formes dans les différents services dont il
est le chef.
désignée pour l’insertion des annonces légales, judiciaires et
autres exigées pour la validité des procédures et contrats.
A PI U VESTE ?
Le Radical est mélancolique, le Petit Co
lon devient pudique. Leurs allures tapa
geuses ont soudain fait place à un petit air
tranquille et réservé qui tromperait notre
cher Marteau lui-même, malgré sa science
des hommes et des journalistes.
MM. Basset et Marchai deviennent si sa
ges que pour un peu ou leur donnerait la
candidature sans confession.
Ah ! pardon, j’oubliais que M. Basset, a
une foule de raisons pour ne pas laisser ac
coler son nom à celui de son ex ami dont il
vantait le cœur d’artiste et l’exquise délica
tesse, et qui a eu celle de faire photogra
phier les bons que son vieux protecteur
mettait en guise d’argent dans la caisse du
Petit Colon.
C’est dommage, ne pas pouvoir unir Mar
chai et Basset dans une même apothéose !
Le vieux praticien du Radical (n’écrivez
pas patricien, messieurs les protes, il aurait
IV déplacé) pardonnera-t-il à son protégé
cette petite infidélité ? C’est ce que les purs
d’Alger se demandent avec inquiétude Son
gez donc si les deux têtes du parti radical
continuent leur brouille, c’est que le succès
pourrait être compromis.
Et, vraiment, ce serait dommage, quand
on a tous les atouts en main.
Ces maladroits d’opportunistes ! Franche
ment, ils n’entendent rien au pétrissage de
la pâte électorale. Tout le monde aujourd’hui
connaît leurs candidats. Ils marchent tous
d’accord, à visage découvert, franchement,
loyalement, Sont-ils naïfs !
On n’est pas si bête dans le clan radical.
D abord on se garde bien de désigner trop
vite les candidats.
De mauvaises langues prétendent, il est
vrai, que l’enthousiasme des premiers jours
commence à faire place â un certain décou
ragement.
Hier, c’était le timide directeur du Petit
Colon qui commençait une retraita savante,
entraînant avec lui le brave colonel Fallet.
Le mariage de ces deux noms m’a rendu
rêveur.
C’est celui de la plume et de l’épée, disait
un ami.
Non, c’est celui du talent et de la fortune,
disait un autre.
Mais que faire alors du sympathique pré
sident de toutes les réunions, de toutes les
sociétés et même des Beaux-Arts ?
Pauvre Samary, avoir avalé tant de cou
leuvres depuis trois ans, avoir roucoulé tant
de discours, avoir fait depuis deux mois le
métier de raccoieur et de rabatteur dans
tant de communes et n’avoir devant soi que
des ingrats et des aveugles qui ne Voient
pas qu’il n’y a, en Algérie, qu’un seul can
didat socialiste, qu’un seul candidat ouvrier,
qu’un seul candidat radical, le candidat des
candidats, celui qui s’impose, en un mot, et
que c’est lui.
Eh! mais nous allions oublier le bouillant
Achille. Il est vrai qu’il ne s’oublie pas lui-
même. Boutemaiiie est son nom. A son seul
aspect les opportunistes affolés doivent se
tapir dans leurs gîtes, comme autrefois les
républicains du Mexique devant le farouche
officier de l'empereur. A toutes ses gloires
d’antan, il vient de joindre sa campagne de
Rome en compagnie de r.ex-anti-clôricai,
Léo Taxil. On dit que le jour de sa conver
sion, son ancien chef l’a sacré pape des
libres-penseurs. A bas la calotte, tas de
caffards !
Qui donc encore derrière lui? C’est 'la
modeste violette : la candidature déraille .
N'a-t-il pas donné des gages cet ex-con
seiller de Préfecture qui, lors de l’élection
sénatoriale, manifestait si bruyamment con
tre celui dont il demandait l’appui, quel
ques jours avant, pour obtenir la croix.
Faut-il parier de ce jeune avocat qui vint
cueillir à Alger un succès si facile et qui se
persuade depuis que lui seul connaît l’Al
gérie. Glissons. C’est le candidat pas sé
rieux.
Il n’en reste qu’un sur la brèche. C’est ce
bôau vieillard que son échec sénatorial n’a
pas fait blanchir. Prenez-le, messieurs les
radicaux, c’est encore le meilleur de vous.
Malgré son âge, c’est le seul qui ait encore
de la candeur et des illusions.
Un dernier conseil. Puisque vous ne pou
vez pas vous entendre, puisque vous êtes
tous trop populaires, ne vous faites pas
concurrence. Présentez-vous devant les
électeurs.
Ne vous préoccupez pas du résultat, il
sera le même.
Informations algériennes
M. Etienne est parti dimanche à 2 heu
res par le train d’inauguration de la ligne
d’Aïn-Témouchent et a assisté au banquet
donné à ce sujet par la municipalité de
cette ville.
Il continuera son voyage par Bani-Saf,
Nemours, l’arrondissement de Tlemeen, ce
lui de Bel-Abbès, et enfin ceux de Mascara
et de Mostaganem, pour être de retour à
Oran à la veiile du 4 octobre, jour du scru
tin.
X
M. Dessoliers, qu’une circonstance im
prévue a empêché de se trouver, à l’heura
actuelle, dans le département, commencera
la semaine prochaine sa tournée électorale
par l’arrondissement de Mostaganem.
Comme M. Etienne, il visitera tout ie dé
partement.
X
M. Gaston Thomsom, député de Constan-
tine, s’est embarqué vendredi à Port-Yen-
dres. Il sera aujourd’hui lundi à Constan-
tine.
X
Jeudi matin, les jeunes soldats du contin
gent algérien, appartenant au 3° zouaves,
ont fait leur entrée à Coustantine, précédés
par la musique du régiment.
Nos jeunes concitoyens militaires arri
vaient de Philippenlle, où ils avaient été
habillés, èquiqués et armés.
Malgré la gène qu’occasionne le port du
[ « godillot «, ua sac surchargé, etc., les
nouvelles recrues avaient une excellente at
titude.
X
Lés deux escadrons du 7 e chasseurs en
garnison à Sètif, ont reçu l’ordre de se tenir
prêts à partir pour le 25 de ce mois.
Ils vont ailer remplacer à Batna le 13*
chasseurs qui revient à. Sètif.
X
Des élections municipales partielles ont
eu lieu le 30 août, à Sètif, pour le rempla
cement de deux conseillers, dont un ad
joint démissionnaire, l’honorable M. Du
mas.
214 électenrs ont pris part au vote.
Ont été élus : MM. Pinard, candidat radi
cal ouvrier, par 184 voix ; Grenier, candidat
I radical, par 180 voix.
Le 3 e candidat radical, M. Schwartz,
n’ayant obtenu que 150 voix, n’a pu passer
au premier tour.
Il y aura scrutin de ballottage dimanche,
en ce qui le concerne.
X
Feuilleton de LA DÉPÊCHE ALGÉRIENNE
N° 54.
LA
GBASBE IAR1IÈSE
PAR
Georges OHNET
Le matin, il se leva à son heure accoutu
mée, ouvrit son courrier, reçut quelques
personnes, et, comme neuf heures son
naient, se dit : Papillon et Fleury partent
pour Clairefont. Au même moment ou heurta
à la porte d’entrée, et la grosse voix de Ton
deur se fit entendre.
— Le patron est-il là ? Il faut que je lui
parle, et vivement !
Carvajan ouvrit lui-même : il pressentit
nn incident nouveau et éprouva un terrible
bouillonnement intérieur. Il regarda le mar
chand de bois avec des yeux dévorants et
dit rudement :
— Qu’y a-t-il ?
— Il y a que le marquis m’a fait, dès la
« piquette » du jour, quérir pour me pro
poser une drôle d’affaire... Je n’aurais ja
mais pensé ça de lui, par exemple !
— Allez donc, sacré bavard ! cria le mai
re, exaspéré par les développements de
Tondeur, au fait !... Quoi ? Qu’est-ce qu’il
voulait ?
— Me vendre toutes les futaies du parc,
ce matin même, pour soixante mille francs...
Il y a pour cent mille francs de bois, vous
savez, ou que le diable me brûle!... J’ai
dit non, IL a baissé à cinquante. J’ai dit
non. Il est devenu tout blaucet m’a déclaré :
Il me faut quarante mille francs ou je ne
vends pas.
— Comme vous voudrez, monsieur le
marquis, ai-je dit... Mai3 moi je ne dois
rien faire sans le consentement de M. Car
vajan. Lui seul peut autoriser l’opération...
Fichtre, si j’allais de l’avant, je me mettrais
dans de jolis draps !... Quand tout va être
saisi ! Alors le vieux a marché pendant
quelques minute?... Il a marmotté entre
ses dents : quarante mille francs, et deux
mois de répit... c’est le salut! Puis il est
venu à moi et a ajouté : Croyez-vous que
M. Carvajan consentirait à venir me parler?
— Ça, je n’en sais rien, ai-je répondu,
faudrait le lui demander.
— Eh bien ! vouiez-vous vous en charger?
— Mais, tout de môme, monsieur le mar
quis, pour vous être agréable...
J’ai pris mes jambes, et, en quinze minu
tes, j’ai attrapé le bouton de votre porte.
Sans vous commander, je boirais bien quel
que chose : j’étrangle de soif !...
Le maire ouvrit la porte.
— Claudine, un verre et du vin, cria-t-il,
puis, revenant à Tondeur :
— Allons-y !
— Oh ! oh ! fit le marchand de bois...
Yous allez vous regarder de près, le vieux
sauvage et vous ?
— Il faut bien savoir ce qu’il veut... Pa-
pillou et Fleury doivent être en route.
— Je les ai rencontrés à la barrière...
— Nous les rattraperons sur le plateau.
— Bouffre ! s’écria Tondeur. Aujourd’hui
je vais maigrir de dix livres.
Il se mit à rire, s’étrangla, et fat pris
d’une quinte de toux qui le rendit violet.
Carvajan s’en allait déjà à grands pas
dans la rue du Marché. Ainsi, c'était le
marquis lui-même qui ie faisait appeler !
Un orgueil immense gonfU sa poitrine. II
l’avait donc amené à demander grâce ! Il
montait de nouveau à Clairefont, comme
trente ans auparavant. Mais quelle diffé
rence ! Autrefois c’était en pleine nuit, il
courait, trébuchant à tous les détours du
chemin, le cœur serré par l’angoisse. Main
tenant, sous le soleil resplendissant, il mar
chait d’un pas assuré sur une route aplanie,
conscient de sa force, et distinguant nette
ment le but vers lequel il tendait. Il était
prêt à crier aux arbres, aux pierres, aux
fossés de la route : Me reconnaissez-vous ?
Je suis le misérable que vous avez vu passer
un soir pleurant et désespéré, poursuivant
la femme qu’il aimait, le triste hère que
l’on pouvait bafouer, insulter, et frapper im
punément. C’est moi qui reviens en vain
queur, et aujourd’hui je reudrai, s’il me
plaît, insulte pour insulte et coup pour coup
En trente années la roue a tourné, n’est-il
pas vrai ? J’étais en bas et me voilà en haut.
C’est bien moi !
Il jeta sur le parc de Clairefont et sur la
terrasse qui s’étendait blanche à travers les
arbres un regard dominateur.
— Non, pensa-t-il, on n’abattra pas ces.
ombrages qui demain m’appartiendront. Je
ne laisserai pas abîmer mon domaine. C’est
là que je m’installerai bientôt, jouissant de
la joie de vivre où vécut mon ennemi, et
d’être heureux à sa place.
Ils arrivaient à la grande allée et lon
geaient les talus blancs de la Grande Mar-
nière. Cet aride et crayeux monticule dé
plut à Carvajan. Il se dit : Je ferai planter
trois rangées d’arbres verts pour masquer
la vue des travaux.
Il était déjà propriétaire, il disposait du
terrain, il le modifiait à son gré. Avant
d’arriver à la grille, Tondeur et lui rejoi
gnirent Fleury, Papillon et son acolyte.
— Qu’est-ce qui se passe donc ? demanda
le greffier avec inquiétude. Est-ce qu’il y a
des modifications au programme ?
— Elles seront avantageuses ou il n’y en
a pas! déclara Carvajan. Le marquis de
Clairefont a désiré me voir... et, par con
descendance, je suis venu ; car j’aurais pu
lui faire répondre de passer à mon bureau...
Mais quand on est le plus fort, il faut se
montrer accommodant... Entrons !
Il ouvrit lui-même la porte de fer et
foula, le premier, les pavés de la cour
d’houueur. Il s’avançait tête basse, cher
chant la place où il était tombé sous les
pieds des chevaux du marquis, la figure
coupés d’un sillon sanglant. Il la reconnut :
c’était là, prés d’un petit massif de rosier à.
bordure de réséda ; il s’v arrêta, la piétina
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