Titre : La Dépêche algérienne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Alger)
Date d'édition : 1885-10-30
Contributeur : Robe, Eugène (1890-1970). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755912k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 30 octobre 1885 30 octobre 1885
Description : 1885/10/30 (A1,N106). 1885/10/30 (A1,N106).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t543241n
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10449
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/04/2021
PRÉFECTURE
(VaLGEH
■ , ■ DEPO T LEGAL
Première année. — N* 106. * TL.«© nixm&rio tS o«*iatiTrt«Ms. ^ ^ Vendredi, 30 octobre 1885
— - — ■ ■■ - ■■■■ - ^ ■ *
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
ALGÉRIE
EfjRA.NOH.
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois Un an
4.50 9 18
6 12 «4
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Ruo de la Marine, il® 9, ancien hôtel Bazin.
Tontes les communications relatires aui aannoace* et réclame* 4amtsL
Algérie, être adressées à l’AGENCB HAVAS, boulevard de la Hépublfqa*, &lgm @
En France, les commnnications sont reçues savoir :
A Marseillb, ches M. Gdstavs ALLARD, rue du Baussei, i ;
A Paris, ches -MM. ÀlIBBüURG et C i# , place de la Bourse, £@,
Et par leurs correspondants. • -
La DEPECHE ALGÉRIENNE! est désignée pour l’insertion des annonces légales, Judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrats.
1 ‘ ‘ - 'IL' ...M llifl I
Alger, le 29 Octobre 1885.
QUESTIONS THEATRALES
Les abonnés et la presse sont généra
lement d’accord pour approuver le choix
fait par M. Fromant des artistes lyriques
appelés à desservir la scène d’Alger pendant
la présente saison. Les critiques constatent
volontiers leurs mérites individuels. Cepen
dant nous n’avons pas encore lu une seule
chronique déclarant que la représentation
d’un opéra a été satisfaisante ; et le public
n’est pas sorti une seule fois de la salis de
la place Bresson, en reconnaissant qu’il
avait passé une bonne soirée.
II y a là une contradiction ou plutôt une
apparence de contradiction dont il importe
de rechercher les causes dans l’intérêt de
l’avenir de notre scène, dont l’importance
croît chaque année avec l’augmentation de
la population, £t qu’il conviendrait d’élever
au niveau auquel nous avons droit.
La bonne interprétation d’un ouvrage
lyrique exige plusieurs conditions : si une
seule vient à manquer ? le succès est com
promis.
Il faut des artistes suffisants, quoique pro
portionnés comme prix aux ressources de la
Direction, des chœurs corrects, un orchestre
bien composé et bien conduit, ayant une
connaissance approfondie des partitions;
enfin une mise en scène., sinon somptueuse,
du moins ne blessant pas la vue et ne frois
sant pas le sentiment artistique des spec
tateurs par des anachronismes ou des lési-
neries.
En ce qui touche les artistes, le public
est souverain juge et appréciateur, leur ad
mission ou leur refus est dans ses mains.
Si le directeur s’est trompé, il répare son
erreur, mais il n’a d’autre action sur les
trois derniers points que nous avons indi
qués, que de manifesterson mécontentement
ou de s’abstenir.
Dans le premier cas, les soirées sont trou
blées par des manifestations plus ou moins
bruyantes ; quant au second, il n’est guère
pratique, dans une ville qui, comme Alger,
ne possède qu’un théâtre comme lieu de
distractions intellectuelles et artistiques. On
a beau savoir que l’interprétation d’un ou
vrage laissera beaucoup à désirer, on va
tout de même le voir et l'eDtendre. Il faut
biep passer la soirée quelque part ; et c’est
ainsi que peu à peu le goût des masses, que
le grand répertoire a pour mission d’éclai
rer et de purifier, s’atrophie de plus en plus.
N’y a-t-il donc rien à faire ? Nous pen
sons que si, et nous allons indiquer les
moyens très simples de faire disparaître les
causes qui paralysent, Ja plupart du temps,
le bon vouloir des artistes agréés par le pu
blic.
De l’avis de tous, l’orchestre composé de
bons exécutants, si on les prend individuel
lement, ayant à sa tête un artiste expéri
menté, est rarement pendant, toute une soi
rée à la hauteur de sa tâche. Cela ne peut
tenir qu’à ce qu’il est insuffisamment exercé
et connaît mal les partitions. Or, il nous
semble qu’appartenant à la ville, payé sur
ses deniers, la municipalité conserve sur lui
une autorité qui lui permet d’exiger que
les répétitions soient suffisantes pour amener
l’ouvrage au point, si le directeur n’a pas
lui-même le sentiment de son devoir assez
développé pour comprendre qu’il doit autre
chose aux spectateurs que des parodies.
Deux légères modifications dans le cahier
des charges et un peu de vigilance de la
part de l’autorité municipale, remédieraient
également aux deux autres causes auxquel
les, avec les négligences de l’orchestre, on
a dû, on doit et on devra, si l’on demeure
toujôurs dans le statu quo, l'infériorité de
nos soirées lyriques, l’insuffisance des
chœurs et les iDCorrectionsj de la mise en
scène.
Le cahier des charges impose au direc
teur 30 choristes • et, en effet, ce nombre
figure bien sur la scène, mais recrutés où et
comment? Qui dit choriste, en terme de
théâtre, dit un 'individu sachant chanter ,
connaissant le répertoire, exerçant en un
mot une profession bien déterminée. Or,
combien’ y en a-t-il à Alger, remplissant
ces conditions? pouvant se dire choristes et
exerçer leur métier dans- n’importe quel
théâtre ?
Nous demandons que l’on dise à l’avenir
30 choristes de profession et qu’une com
mission principale soit préposée à l’effet de
surveiller la loyale exécution de l’engage
ment pris par le directeur, en s’assurant
que les choristes remplissent les conditions
voulues : la connaissance du chant et du
répertoire.
Quant à la mise en scène, elle se compose
r
des décors, des accessoires et des costumes.
Les décors sont à la charge de la ville, elle
manque à son contrat si elle ne fournit pas
ceux nécessaires à la réprésentation des
œuvres du répertoire ; mais le soin de four
nir accessoires et costumes incombe à la
Direction. Le cahier des charges dit bien
que le directeur est tenu d’avoir un maga
sin de costumes et d’accessoires, c’est trop
vague ; il faut ajouter : de costumes,et ac
cessoires d 'époque et de style, en nombre
suffisant pour représenter tous les ouvrages
lyriques du répertoire. Alors on ne verra
plus se produire les honteuses mascarades
qui déshonorent nos chefs-d’œuvre, frois
sent à la fois les yeux le ;goût et l’histoire
et font s’envoler bien loin l’illusion sans
laquelle-le-théâtre n’existe pas.
On lit dans le Tell :
Jadis, c’est-à-dire avant la nouvelle loi
municipale, les adjoints et les membres des
commissions municipales des communes
mixtes étaient nommés pour trois ans, par
les préfets, qui pouvaient les suspendre,
mais non les révoquer ; ce pouvoir était dé
volu au gouverneur.
L’autorité administrative a conservé le
droit de nommer les adjoints indigènes ain
si que las adjoints français, là où il n’existe
aucun centre de population européenne.
Partout, elle peut encore suspendre lés
fonctionnaires municipaux et les révoquer.
Mais il n’en est plus ainsi pour les adjoints
français et les membres des commissions
municipales des communes mixtes élus par
les citoyens français inscrits sur les listes
électorales d’un centre de population euro
péenne, faisant partie d’une commune mix
te. Les membres des" commissions rffdnici-
pales tiennent leur mandat de leurs élec
teurs et non de l’autorité administrative.
Ils sont nommés au même titre que les con
seillers des communes de plein exercice et
comme eux ils ne peuvent être frappés que
dans les conditions prévues par i’a=t. 56 de
la loi du 5 avril 1884, portant que les pré
fets déclarent démissionnaire tout con
seiller municipal qui, pour une cause sur
venue postérieurement à son élection, se
trouve dans un cas d’exelusion ou d'incom
patibilité prévu par la loi.
Quant aux adjoints des communes mixtes
élus, ils sont, comme leurs collègues des
communes de plein exercice, détenteurs
d’une partie de la puissance publique, et re
lèvent à ce titre du gouverneur qui a le droit
de les suspendre ou de les révoquer, mais
-3 J t
la suspension et la révocation ne peuvent
être prononcées contre eux- que dans les
cpnditions déterminées par l’art. 80 de la,
loi du 5 avril 1884.
Il paraît que ces explications étaient né
cessaires, puisqu’elles ont donné lieu, il y a
quelque temps, à une circulaire de M. Tir-
man, adressée à Messieurs les administra
teurs.
Du reste, ces messieurs paraissent avoir
grand besoin d’être surveillés; aussi les
instructions du gouvernement se leur man
quent pas. On ferait un gros volume avec
les circulaires qui leur sont adressées, non
pas seulement pour leur indiquer ce qu’ils
doivent faire, mais principalement et sur
tout pour leur indiquer ce qu’ils ne doivent
pas faire.
Ainsi, on s’est aperça en haut lieu qua
certains administrateurs ouvrent dessous-*
criptions dans leurs communes pour des
œuvres philanthropiques ou autres, sans
même demander l’autorisation préalable de.
l'administration supérieure.
« Oette manière de faire,dit le gouverneur
dans une récente circulaire, présente de
graves inconvénients et peut donner nais
sance à des abus. »
Je le crois b ; en : «Les indigènes —ajoute-
t-il sont portés à considérer comme des
ordres, toutes les invitations qui leur sont
adressées par les représentants de l'admi
nistration. Ils peuvent donc se croire obli
gés de souscrire, alors qu’ils y sont sim
plement invités,surtout s’ils ont affaire à des
adjoints indigènes qui, par excès de zèle ou:
pour toute autre cause, s’attachent à entre
tenir cette confusion dans leur esprit. »
M. Tirman a mis le doigt sur une plaie.
Il emploie une forme, un peu dubitative, U
est vrai, mais c’est là un pur usage admi
nistratif; au fond, il sait que les abus exis
tent, que les indigènes qu’on fait souscrire
obéissent à des ordres, et que même, en cas
de refus, on trouverait facilement un pré
texte pour leur appliquer le code de l’Indi-
génat.
Aussi l’approuvé-je fort -d’avoir formelle
ment interdit aux administrateurs d’ouvrir
et de laisser ouvrir des souscriptions sans
l’autorisation préalable de l’administration
supérieure.
Le général de division, inspecteur de ca
valerie, Robiliot, a passé avant-hier la re
vue des troupes de cavalerie cantonnées à;
Bône.
Avant son départ, M. le général inspec
teur a adressé aux troupes un ordre du jour
dans lequel il les félicitait de leur bonne
tenue.
X
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N° 32.
LES
PAR
K 1ÂC0T et G. FMDEL w
PREMIÈRE PARTIE
ÏÆS DEUX TESTAMENTS
Jouissant d’une assez belle fortune, de
goûts modestes, quoique élégants, il appor
tait une passion extrême dans l’exercice de
ses fonctions. Aussi y demeurait-il attaché.
Creuser une affaire, l’élucider, la déduire,
la débrouiller, l’amener à point, avait été le
but de toute sa vie. Mais il ne désirait point
accepter les lourdes responsabilités du ju
ge ; découvrir les coupables, mais non les
frapper ; leur faire avouer le crime, mais
non les punir, telle est la part qu’il avait
voulu prendre de la justice de sou pays,
sans aller au delà.
En dehors de ses fonctions, il se montrait
(1) Reproduction Interdite aux journaux qui n’ont
ÇA» traité avec la Société de* Gen* de Lettre*.
bon, humain, aimant, car il aimait sa fem
me. Mme de Nantrey avait quarante-quatre
ans, qu’.elle n’avouait pas, et était encore
dans tout l’éclat d’une opulente beauté. M.
de Nantrey aimait aussi sa fille Berlhe, une
enfant blonde et charmante qu’il avait eue
d'un premier mariage. La mère de Berthe
était morte en couches.
M. de Nantrey avait bien dix ans de plus
que sa femme ; mais il était sec, nerveux
et d’une santé parfaite. Avec cela l’œilbril-
lant, le pied sûr, la main ferme et toujours
trè,s empressé.
On était à la fia de Tété. Dans la salle à
manger, meublée en chêne noir fouillé, le
juge d’iustructiou achevait de dîner avec sa
femme,et sa fille,
Mme de Nantrey et sa belle-fille étaient
en grande toilette, M. de Nantrey en habit
noir et en cravate blanche. IL y avait ce
soir-là une solennité toute spéciale à l’Opéra
et, malgré la saison avancée, M. de Nao-
trey, que ses fonctions retenaient à Paris,
s’y rendait avec sa femme et sa fille.
Au moment où M. de Nantrey, les do
mestiques enlevant la desserte du café, al
lait demander sa voiture, le valet de cham
bre s’approcha de son maître et lui remit
sar un petit plat d’argent une carte de vi
site.
C’était plutôt un petit morceau de papier
épais, assez peu propre d’ailieurs, sur le
quel était écrit à la main un nom vulgaire :
« M. Choume. »
« M. de Nantrey ne put retenir un geste
d’impatience.
— Dites que je sors, fit-ii ; que l’on re
vienne demain matin.
Le domestique S’éloigna ; mais M. de
Nantrey n’eut pas le temps d’endosser un
léger pardessus, qu’il reparut portant la
même carte sur'le même plateau.
Le juge d’instruction prit le papier et le -
regarda attentivement. Sur un coin, le visi
teur avait ajouté un imperceptible trait au
crayon. La physionomie de M. de Nantrey
changea immédiatement et il murmura :
— Diable ! il paraît que c’est sérieux.
Lé domestique attendait un nouvel ordre,
que son maître formula ainsi,
— 0 est bien ! J'y vais.
S’adressant alors à Mme de Nantrey, qui
était demeurée debout, il s’excusa auprès
d’ella en lui disant :
— Chère amie, voes me pardonnerez, je
vous prie, si je ne puis vous accompagner
sur l'heure à l’Opéra, et vous voudrez bien
sans moi y conduire Berthe.
— Mais, répliqua avec empressement la
jeune fille, je ne tiens pas .à aller sans toi à
l'Opéra, cher père.
— Dites plutôt, fit Mme de Nantrey d’un
ton sec, que vous ne tenez pas à y aller
avec moi, ce serait plus exact.
Un nuage passa sur le.front du magistrat.
Une guerre froide, pleine de formes, mais
terrible, existait en permanence dans sa
maison. Mme de Nantrey était jalouse de sa
belle fille, et celle-ci ne pouvait pardonner
à sa belle-mère d’occuper la place de celle
qui n’était plus. Sans cette animosité, qui à
tout instant se traduisait par des mots ai
gres, par des scènes, M. de Nantrey eût été
parfaitement heureux. Mais cette discorde
permanente était pour lui un cuisant cha
grin. Avec une douce ferme:ô, 11 passait son
temps à apaiser ces*querella;-; sans cesse re
naissantes, et il eût toute >é pour pouvoir
les étouffer une bonne fois.
— Mais, dit-il, je c’en an val certainement
pas pour longtemps,’
Sans plus parler, M de Nantrey et sa
belle-fille descendirent. U « instant après,
un roulement de voiffare annonçait qu’elles
se rendaient à l’Opéra.
Le magistrat pénétra dans son cabinet.
Au milieu de cette pièce sombre et .sévère
qu’encadraient une haute bibliothèque et des
rangées de cartons et de f dossiers, un petit
homme se tenait debout/ le chapeau à la
main.
A première vue une chose frappait chez
ce petit homme : c’était d’énormes lunettes
bleues, rondes et concaves, derrière lesquel
les disparaisaient les yeux et les sourcils d©
leur propriétaire.
A l’aspect de M. de Nantrey, le petit hom
me enleva tout d’abord les énormes lunettes
et les mit dans sa poche. Oa vit alors deux
petits yeux noirs, vifs, perçants et remuants
comme les yeux d’uu véritable furet. Ces
petits yeux juraient avec le reste de la phy
sionomie : le nez était retroussé et rond, la
bouche large, épaisse, un peu bonasse ; en
fin un front dégarni, autour duquel courait
une couronne de cheveux grisonnants, com
plétait cette physionomie pleine d’opposi
tions. (A suivre .)
(VaLGEH
■ , ■ DEPO T LEGAL
Première année. — N* 106. * TL.«© nixm&rio tS o«*iatiTrt«Ms. ^ ^ Vendredi, 30 octobre 1885
— - — ■ ■■ - ■■■■ - ^ ■ *
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
ALGÉRIE
EfjRA.NOH.
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois Un an
4.50 9 18
6 12 «4
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Ruo de la Marine, il® 9, ancien hôtel Bazin.
Tontes les communications relatires aui aannoace* et réclame* 4amtsL
Algérie, être adressées à l’AGENCB HAVAS, boulevard de la Hépublfqa*, &lgm @
En France, les commnnications sont reçues savoir :
A Marseillb, ches M. Gdstavs ALLARD, rue du Baussei, i ;
A Paris, ches -MM. ÀlIBBüURG et C i# , place de la Bourse, £@,
Et par leurs correspondants. • -
La DEPECHE ALGÉRIENNE! est désignée pour l’insertion des annonces légales, Judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrats.
1 ‘ ‘ - 'IL' ...M llifl I
Alger, le 29 Octobre 1885.
QUESTIONS THEATRALES
Les abonnés et la presse sont généra
lement d’accord pour approuver le choix
fait par M. Fromant des artistes lyriques
appelés à desservir la scène d’Alger pendant
la présente saison. Les critiques constatent
volontiers leurs mérites individuels. Cepen
dant nous n’avons pas encore lu une seule
chronique déclarant que la représentation
d’un opéra a été satisfaisante ; et le public
n’est pas sorti une seule fois de la salis de
la place Bresson, en reconnaissant qu’il
avait passé une bonne soirée.
II y a là une contradiction ou plutôt une
apparence de contradiction dont il importe
de rechercher les causes dans l’intérêt de
l’avenir de notre scène, dont l’importance
croît chaque année avec l’augmentation de
la population, £t qu’il conviendrait d’élever
au niveau auquel nous avons droit.
La bonne interprétation d’un ouvrage
lyrique exige plusieurs conditions : si une
seule vient à manquer ? le succès est com
promis.
Il faut des artistes suffisants, quoique pro
portionnés comme prix aux ressources de la
Direction, des chœurs corrects, un orchestre
bien composé et bien conduit, ayant une
connaissance approfondie des partitions;
enfin une mise en scène., sinon somptueuse,
du moins ne blessant pas la vue et ne frois
sant pas le sentiment artistique des spec
tateurs par des anachronismes ou des lési-
neries.
En ce qui touche les artistes, le public
est souverain juge et appréciateur, leur ad
mission ou leur refus est dans ses mains.
Si le directeur s’est trompé, il répare son
erreur, mais il n’a d’autre action sur les
trois derniers points que nous avons indi
qués, que de manifesterson mécontentement
ou de s’abstenir.
Dans le premier cas, les soirées sont trou
blées par des manifestations plus ou moins
bruyantes ; quant au second, il n’est guère
pratique, dans une ville qui, comme Alger,
ne possède qu’un théâtre comme lieu de
distractions intellectuelles et artistiques. On
a beau savoir que l’interprétation d’un ou
vrage laissera beaucoup à désirer, on va
tout de même le voir et l'eDtendre. Il faut
biep passer la soirée quelque part ; et c’est
ainsi que peu à peu le goût des masses, que
le grand répertoire a pour mission d’éclai
rer et de purifier, s’atrophie de plus en plus.
N’y a-t-il donc rien à faire ? Nous pen
sons que si, et nous allons indiquer les
moyens très simples de faire disparaître les
causes qui paralysent, Ja plupart du temps,
le bon vouloir des artistes agréés par le pu
blic.
De l’avis de tous, l’orchestre composé de
bons exécutants, si on les prend individuel
lement, ayant à sa tête un artiste expéri
menté, est rarement pendant, toute une soi
rée à la hauteur de sa tâche. Cela ne peut
tenir qu’à ce qu’il est insuffisamment exercé
et connaît mal les partitions. Or, il nous
semble qu’appartenant à la ville, payé sur
ses deniers, la municipalité conserve sur lui
une autorité qui lui permet d’exiger que
les répétitions soient suffisantes pour amener
l’ouvrage au point, si le directeur n’a pas
lui-même le sentiment de son devoir assez
développé pour comprendre qu’il doit autre
chose aux spectateurs que des parodies.
Deux légères modifications dans le cahier
des charges et un peu de vigilance de la
part de l’autorité municipale, remédieraient
également aux deux autres causes auxquel
les, avec les négligences de l’orchestre, on
a dû, on doit et on devra, si l’on demeure
toujôurs dans le statu quo, l'infériorité de
nos soirées lyriques, l’insuffisance des
chœurs et les iDCorrectionsj de la mise en
scène.
Le cahier des charges impose au direc
teur 30 choristes • et, en effet, ce nombre
figure bien sur la scène, mais recrutés où et
comment? Qui dit choriste, en terme de
théâtre, dit un 'individu sachant chanter ,
connaissant le répertoire, exerçant en un
mot une profession bien déterminée. Or,
combien’ y en a-t-il à Alger, remplissant
ces conditions? pouvant se dire choristes et
exerçer leur métier dans- n’importe quel
théâtre ?
Nous demandons que l’on dise à l’avenir
30 choristes de profession et qu’une com
mission principale soit préposée à l’effet de
surveiller la loyale exécution de l’engage
ment pris par le directeur, en s’assurant
que les choristes remplissent les conditions
voulues : la connaissance du chant et du
répertoire.
Quant à la mise en scène, elle se compose
r
des décors, des accessoires et des costumes.
Les décors sont à la charge de la ville, elle
manque à son contrat si elle ne fournit pas
ceux nécessaires à la réprésentation des
œuvres du répertoire ; mais le soin de four
nir accessoires et costumes incombe à la
Direction. Le cahier des charges dit bien
que le directeur est tenu d’avoir un maga
sin de costumes et d’accessoires, c’est trop
vague ; il faut ajouter : de costumes,et ac
cessoires d 'époque et de style, en nombre
suffisant pour représenter tous les ouvrages
lyriques du répertoire. Alors on ne verra
plus se produire les honteuses mascarades
qui déshonorent nos chefs-d’œuvre, frois
sent à la fois les yeux le ;goût et l’histoire
et font s’envoler bien loin l’illusion sans
laquelle-le-théâtre n’existe pas.
On lit dans le Tell :
Jadis, c’est-à-dire avant la nouvelle loi
municipale, les adjoints et les membres des
commissions municipales des communes
mixtes étaient nommés pour trois ans, par
les préfets, qui pouvaient les suspendre,
mais non les révoquer ; ce pouvoir était dé
volu au gouverneur.
L’autorité administrative a conservé le
droit de nommer les adjoints indigènes ain
si que las adjoints français, là où il n’existe
aucun centre de population européenne.
Partout, elle peut encore suspendre lés
fonctionnaires municipaux et les révoquer.
Mais il n’en est plus ainsi pour les adjoints
français et les membres des commissions
municipales des communes mixtes élus par
les citoyens français inscrits sur les listes
électorales d’un centre de population euro
péenne, faisant partie d’une commune mix
te. Les membres des" commissions rffdnici-
pales tiennent leur mandat de leurs élec
teurs et non de l’autorité administrative.
Ils sont nommés au même titre que les con
seillers des communes de plein exercice et
comme eux ils ne peuvent être frappés que
dans les conditions prévues par i’a=t. 56 de
la loi du 5 avril 1884, portant que les pré
fets déclarent démissionnaire tout con
seiller municipal qui, pour une cause sur
venue postérieurement à son élection, se
trouve dans un cas d’exelusion ou d'incom
patibilité prévu par la loi.
Quant aux adjoints des communes mixtes
élus, ils sont, comme leurs collègues des
communes de plein exercice, détenteurs
d’une partie de la puissance publique, et re
lèvent à ce titre du gouverneur qui a le droit
de les suspendre ou de les révoquer, mais
-3 J t
la suspension et la révocation ne peuvent
être prononcées contre eux- que dans les
cpnditions déterminées par l’art. 80 de la,
loi du 5 avril 1884.
Il paraît que ces explications étaient né
cessaires, puisqu’elles ont donné lieu, il y a
quelque temps, à une circulaire de M. Tir-
man, adressée à Messieurs les administra
teurs.
Du reste, ces messieurs paraissent avoir
grand besoin d’être surveillés; aussi les
instructions du gouvernement se leur man
quent pas. On ferait un gros volume avec
les circulaires qui leur sont adressées, non
pas seulement pour leur indiquer ce qu’ils
doivent faire, mais principalement et sur
tout pour leur indiquer ce qu’ils ne doivent
pas faire.
Ainsi, on s’est aperça en haut lieu qua
certains administrateurs ouvrent dessous-*
criptions dans leurs communes pour des
œuvres philanthropiques ou autres, sans
même demander l’autorisation préalable de.
l'administration supérieure.
« Oette manière de faire,dit le gouverneur
dans une récente circulaire, présente de
graves inconvénients et peut donner nais
sance à des abus. »
Je le crois b ; en : «Les indigènes —ajoute-
t-il sont portés à considérer comme des
ordres, toutes les invitations qui leur sont
adressées par les représentants de l'admi
nistration. Ils peuvent donc se croire obli
gés de souscrire, alors qu’ils y sont sim
plement invités,surtout s’ils ont affaire à des
adjoints indigènes qui, par excès de zèle ou:
pour toute autre cause, s’attachent à entre
tenir cette confusion dans leur esprit. »
M. Tirman a mis le doigt sur une plaie.
Il emploie une forme, un peu dubitative, U
est vrai, mais c’est là un pur usage admi
nistratif; au fond, il sait que les abus exis
tent, que les indigènes qu’on fait souscrire
obéissent à des ordres, et que même, en cas
de refus, on trouverait facilement un pré
texte pour leur appliquer le code de l’Indi-
génat.
Aussi l’approuvé-je fort -d’avoir formelle
ment interdit aux administrateurs d’ouvrir
et de laisser ouvrir des souscriptions sans
l’autorisation préalable de l’administration
supérieure.
Le général de division, inspecteur de ca
valerie, Robiliot, a passé avant-hier la re
vue des troupes de cavalerie cantonnées à;
Bône.
Avant son départ, M. le général inspec
teur a adressé aux troupes un ordre du jour
dans lequel il les félicitait de leur bonne
tenue.
X
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N° 32.
LES
PAR
K 1ÂC0T et G. FMDEL w
PREMIÈRE PARTIE
ÏÆS DEUX TESTAMENTS
Jouissant d’une assez belle fortune, de
goûts modestes, quoique élégants, il appor
tait une passion extrême dans l’exercice de
ses fonctions. Aussi y demeurait-il attaché.
Creuser une affaire, l’élucider, la déduire,
la débrouiller, l’amener à point, avait été le
but de toute sa vie. Mais il ne désirait point
accepter les lourdes responsabilités du ju
ge ; découvrir les coupables, mais non les
frapper ; leur faire avouer le crime, mais
non les punir, telle est la part qu’il avait
voulu prendre de la justice de sou pays,
sans aller au delà.
En dehors de ses fonctions, il se montrait
(1) Reproduction Interdite aux journaux qui n’ont
ÇA» traité avec la Société de* Gen* de Lettre*.
bon, humain, aimant, car il aimait sa fem
me. Mme de Nantrey avait quarante-quatre
ans, qu’.elle n’avouait pas, et était encore
dans tout l’éclat d’une opulente beauté. M.
de Nantrey aimait aussi sa fille Berlhe, une
enfant blonde et charmante qu’il avait eue
d'un premier mariage. La mère de Berthe
était morte en couches.
M. de Nantrey avait bien dix ans de plus
que sa femme ; mais il était sec, nerveux
et d’une santé parfaite. Avec cela l’œilbril-
lant, le pied sûr, la main ferme et toujours
trè,s empressé.
On était à la fia de Tété. Dans la salle à
manger, meublée en chêne noir fouillé, le
juge d’iustructiou achevait de dîner avec sa
femme,et sa fille,
Mme de Nantrey et sa belle-fille étaient
en grande toilette, M. de Nantrey en habit
noir et en cravate blanche. IL y avait ce
soir-là une solennité toute spéciale à l’Opéra
et, malgré la saison avancée, M. de Nao-
trey, que ses fonctions retenaient à Paris,
s’y rendait avec sa femme et sa fille.
Au moment où M. de Nantrey, les do
mestiques enlevant la desserte du café, al
lait demander sa voiture, le valet de cham
bre s’approcha de son maître et lui remit
sar un petit plat d’argent une carte de vi
site.
C’était plutôt un petit morceau de papier
épais, assez peu propre d’ailieurs, sur le
quel était écrit à la main un nom vulgaire :
« M. Choume. »
« M. de Nantrey ne put retenir un geste
d’impatience.
— Dites que je sors, fit-ii ; que l’on re
vienne demain matin.
Le domestique S’éloigna ; mais M. de
Nantrey n’eut pas le temps d’endosser un
léger pardessus, qu’il reparut portant la
même carte sur'le même plateau.
Le juge d’instruction prit le papier et le -
regarda attentivement. Sur un coin, le visi
teur avait ajouté un imperceptible trait au
crayon. La physionomie de M. de Nantrey
changea immédiatement et il murmura :
— Diable ! il paraît que c’est sérieux.
Lé domestique attendait un nouvel ordre,
que son maître formula ainsi,
— 0 est bien ! J'y vais.
S’adressant alors à Mme de Nantrey, qui
était demeurée debout, il s’excusa auprès
d’ella en lui disant :
— Chère amie, voes me pardonnerez, je
vous prie, si je ne puis vous accompagner
sur l'heure à l’Opéra, et vous voudrez bien
sans moi y conduire Berthe.
— Mais, répliqua avec empressement la
jeune fille, je ne tiens pas .à aller sans toi à
l'Opéra, cher père.
— Dites plutôt, fit Mme de Nantrey d’un
ton sec, que vous ne tenez pas à y aller
avec moi, ce serait plus exact.
Un nuage passa sur le.front du magistrat.
Une guerre froide, pleine de formes, mais
terrible, existait en permanence dans sa
maison. Mme de Nantrey était jalouse de sa
belle fille, et celle-ci ne pouvait pardonner
à sa belle-mère d’occuper la place de celle
qui n’était plus. Sans cette animosité, qui à
tout instant se traduisait par des mots ai
gres, par des scènes, M. de Nantrey eût été
parfaitement heureux. Mais cette discorde
permanente était pour lui un cuisant cha
grin. Avec une douce ferme:ô, 11 passait son
temps à apaiser ces*querella;-; sans cesse re
naissantes, et il eût toute >é pour pouvoir
les étouffer une bonne fois.
— Mais, dit-il, je c’en an val certainement
pas pour longtemps,’
Sans plus parler, M de Nantrey et sa
belle-fille descendirent. U « instant après,
un roulement de voiffare annonçait qu’elles
se rendaient à l’Opéra.
Le magistrat pénétra dans son cabinet.
Au milieu de cette pièce sombre et .sévère
qu’encadraient une haute bibliothèque et des
rangées de cartons et de f dossiers, un petit
homme se tenait debout/ le chapeau à la
main.
A première vue une chose frappait chez
ce petit homme : c’était d’énormes lunettes
bleues, rondes et concaves, derrière lesquel
les disparaisaient les yeux et les sourcils d©
leur propriétaire.
A l’aspect de M. de Nantrey, le petit hom
me enleva tout d’abord les énormes lunettes
et les mit dans sa poche. Oa vit alors deux
petits yeux noirs, vifs, perçants et remuants
comme les yeux d’uu véritable furet. Ces
petits yeux juraient avec le reste de la phy
sionomie : le nez était retroussé et rond, la
bouche large, épaisse, un peu bonasse ; en
fin un front dégarni, autour duquel courait
une couronne de cheveux grisonnants, com
plétait cette physionomie pleine d’opposi
tions. (A suivre .)
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